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jeudi 7 août 2025

Monarchie fédérative, société autogestionnaire

 

Par Philippe Germain

Quel sera le gouvernement normal du royaume ? Après la transition dictatoriale de « république monarchique », pourquoi pas une « démocratie couronnée » ? Une monarchie parlementaire qui apporterait les avantages d’un pouvoir indépendant, garant de l’unité nationale, voire jouant le rôle d’autorité morale, tout en composant avec les principes démocratiques, dont elle essaierait d’atténuer les effets par son « en même temps » constitutionnel. En fait, ce type de régime compose difficilement des pouvoirs de légitimités opposées, l’une hiérarchique et l’autre égalitaire. Finalement toutes les monarchies constitutionnelles d’Europe, d’origine ancienne comme en Grande-Bretagne ou en Belgique, ou plus récente comme en Espagne, font partie du camp du bien alors que pour survivre, la France doit trouver sa voie nationale lui permettant à l’inverse d’intégrer le camp du refus de la mondialisation.

L’avenir se construit toujours à partir du passé, par contestation du présent. C’est pourquoi les institutions d’une France post-progressiste, adaptées aux exigences de la technologie et de la démographie, ressembleront davantage à ce qu’elles furent avant 1789, qu’à ce qu’elles devinrent depuis. En dehors des principes fondateurs, définis par les lois fondamentales du Royaume, nous ignorons ce qu’elles seront. Élaborer une constitution monarchique serait un délire théoricien, c’est pourquoi le corps de la doctrine du royalisme traditionnel, se contente de la dialectique plaçant les libertés en bas, l’autorité en haut. Cela permet de reconstituer l’ordre naturel et rationnel. D’en retrouver la constitution car le règne du Roi sera le retour à notre ordre, comme clairement établi en 1899 par Maurras dans son manifeste Dictateur et roi. À l’électeur anonyme, il convient d’opposer le citoyen, qui se détermine non plus abstraitement mais en sa qualité de membre, d’une famille, d’une commune, d’une profession dont il doit pouvoir défendre les intérêts. En 1978 dans Reprendre le pouvoir, Pierre Boutang ajouta à cette dialectique de la représentation, la médiation entre le bas et le haut par la légitimité, résultant du dialogue entre l’autorité et le consentement populaire.

La dyade de l’autorité souveraine en haut et en bas d’uneliberté autogestionnaire à tous les degrés de la société française, fut en 1980, qualifiée par Bernard-Henri Lévy, de dispositif maurrassien composé de grandes cathédrales hiérarchisées. Cet intellectuel majeur du camp du bien nomma « communautés étagées façon Action française », la hiérarchie de corps, d’élites, d’intermédiaires de faits, assurant, de haut en bas, la continuité du circuit. Pour lui, cette architectonique baptisée « hiérarchique », viserait à résorber, entre Haut et Bas, le déchirement que maintient le lien social démocratique. Elle consisterait à maintenir les deux pôles, les laisser à leur place, travailler leur intervalle en le meublant d’une foule de prudents relais, d’une procession de patients et réguliers degrés qui, sans heurt ni cahot, sans risque d’hiatus parviennent à combler l’écart qui les tenait séparés. Un espace dilaté maintenant, commode à gravir, plein de corps intermédiaires où souffler dans l’ascension et dont on puisse parcourir sans peine, au pas du paysan, la parfaite hiérarchie.

Pour fonctionner, prévient Boutang dans son Maurras. La destinée & l’œuvre de 1982, la dyade du Haut et Bas suppose une théorie du Bien commun. Il insiste sur « l’extrême autogestion », sur le pouvoir d’agir en bas grâce à l’instauration du pouvoir royal protecteur naturel du peuple. Ce pouvoir d’agir ne touchera pas tel domaine particulier, mais toute la société française. Celle-ci doit être fédérée, comme proposé par Maurras dès 1892 dans sa provocatrice Déclaration des Félibres fédéralistes, bientôt suivie en 1898 de sa brochure L’idée de décentralisation qui précède de peu la dialectique entre autorité et libertés de son Dictateur et roi.

Si la Monarchie fédérative d’une société autogestionnairefut le projet de toute la vie de Maurras, c’est en 2025 celui du gouvernement normal du royaume.

https://www.actionfrancaise.net/2025/08/05/combat-royaliste-85/

lundi 24 février 2025

Une nouvelle enquête ?

 

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par Adègne Nova

Pourquoi avoir enquêté sur la monarchie ? Quand Charles Maurras s’est lancé dans cette étude, longue, il s’y est attelé parce que le contexte de son époque le poussait à vouloir y voir clair dans l’État pour en vérifier les organes et les positions. Des décennies plus tard, le contexte encore – le même ? Non ! Bien pire… – nous fait dire que, définitivement, le régime en vigueur n’est pas apte à autre chose que mener la France à sa perte totale.

En 1925, quand l’Enquête sur la monarchie est réimprimée, son auteur s’étonne de la longévité de ses dires, déplorant en même temps sa toujours grande actualité. Malgré une guerre abominable et des millions de morts, partout, malgré des changements immenses « dans les êtres et dans les choses », ainsi que Maurras le mentionne dans le « discours préliminaire » paru en ouverture de cette nouvelle édition, rien « n’a fait varier d’un iota le problème central de la vie publique française, sa faiblesse de direction ! »

Un quart de siècle après l’Enquête, « on se demande toujours, et de plus en plus : oui ou non, l’institution d’une monarchie traditionnelle, héréditaire et décentralisée n’est-elle pas de salut public ? » Alors, un siècle après ce quart de siècle, imaginez donc… après le collège unique le programme commun, l’abolition de la peine de mort, l’arrêt de la conscription, la fin de la diplomatie, le culte de la personne jupitérienne, les magouilles et prises illégales d’intérêts, après des désaveux, le mariage pour tous et les morts du terrorisme, après les saccages liés à la transition énergétique, après les lois travail, santé, pouvoir d’achat et autres, après hadopi, le paritarisme et la GPA, après les gilets jaunes, la covid et la dissolution, après la constitutionnalisation de l’avortement, l’islamisation de la société et la déculturation, après le musellement de l’expression… les sources de mécontentement sont légion et, surtout, semblent sans fin et sont légitimes quand on constate la défaillance de tous ces gouvernements successifs. Certains de ces mécontentements sont superficiels, d’autres ne touchent pas la population dans sa totalité pendant que d’autres encore peuvent être plus graves et bien plus globaux.

Maurras disait en son temps que « la politique spécifiquement républicaine de la République ou, plus généralement [de trop nombreuses années] de démocratie, ont déterminé un abaissement considérable… » et que, par ailleurs, celle-ci est bien la dernière à pouvoir s’occuper de demain puisque jamais elle ne pense à l’avenir. Nous vérifions cela tous les jours ! Bien sûr, la République donne l’illusion à l’électeur qu’il a la possibilité de choisir et que, en cela, s’il n’est pas satisfait il n’a qu’à patienter quelques années pour pouvoir changer les choses… mais finalement, il ne change rien du tout bien que changeant les hommes qui, évidemment, n’échappent pas à la constante de la démocratie historique.

Petit aparté, pour mener son Enquête, Charles Maurras s’est tourné vers la Maison de France, ce n’est pas le chemin de l’Espagne qu’il a pris pour évoquer le sujet. Non, c’est auprès des « deux représentants de l’opinion royaliste ayant la confiance du Prince [le duc d’Orléans], M. André Buffet, chef du bureau politique de Monsieur le duc d’Orléans, et le comte de Lur-Saluces, président des Comités royalistes du sud-ouest », exilés résidant tous deux à Bruxelles, qu’il s’est rendu… et aujourd’hui encore, en 2025, les militants d’AF, les membres d’AF, les sympathisants d’AF soutiennent la Maison de France, pas les Blancs d’Espagne, abusivement qualifiés de légitimistes sans en avoir la légitimité, seule détenue par la Maison de France.

Si nous prenons la peine de seulement regarder autour de nous sans préjugé de quelque nature qu’il soit, nous ne pouvons que convenir d’une chose : « la République ne peut faire les affaires de la France ». En effet, les enfants sont tués dans l’œuf, constitutionnellement parlant, les diplômes sont dépréciés, l’ascenseur social est en panne, les portes ont été détruites aux frontières, la laïcité se meut de « bouffeuse de curés » en marraine de l’islamisation, la souveraineté française n’est même plus réduite à peau de chagrin, elle est complètement dissoute dans l’empire bruxellois, les vieux sont euthanasiés, les entrepreneurs saignés, les agriculteurs méticuleusement suicidés, l’argent du labeur français généreusement distribué à l’étranger.

Empruntant les mots de Maurras, comment admettre que « la patrie s’effondre, ou que la civilisation nationale périsse » ? Peut-être serait-il temps de mener une autre enquête… sur la République cette fois ! Il a été établi par l’Enquête que « la royauté dispose seule de pouvoirs assez vifs, assez réguliers, assez prolongés, par là même assez pénétrants, pour opérer le difficile sauvetage de la France », que pouvons-nous établir s’agissant de la République ?

Les années ont passé, le siècle a changé, la civilisation s’est transformée, les hommes se sont affaiblis, pourquoi ? Pour quoi ? À cause de quoi ? Voilà bien les questions que nous, royalistes, devons nous poser aujourd’hui. Il faut mener une Enquête sur la République… au plus vite.

https://www.actionfrancaise.net/2025/02/22/une-nouvelle-enquete/

dimanche 19 janvier 2025

Royaliste, résolument royaliste

 

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L’éditorial de François Marcilhac

La présence du comte et de la comtesse de Paris, ainsi que du dauphin de France, à la cérémonie de réouverture de Notre-Dame, le 7 décembre — le comte de Paris a également assisté à la messe du 8 décembre —, est un signe d’espoir pour la France.

« Un grand moment de communion »

Non seulement en raison du lien particulier que les rois ont toujours entretenu avec la cathédrale mais, plus profondément, parce que, comme le Prince le dit dans son communiqué annonçant la venue de la famille de France : « Notre-Dame, joyau de notre histoire construite sous nos Rois et symbole de l’âme de Paris, notre capitale, retrouve aujourd’hui toute sa splendeur. Le Prince est heureux de partager ce moment avec tous ceux qui ont œuvré pour le retour à la vie de cet édifice, avec les invités de la France et le public présent ». Et de témoigner à Point de vue le 8 décembre : « La cathédrale nous a offert un grand moment de communion ».

Le comte de Paris ne pouvait pas mieux dire, car c’est bien de communion que les Français ont besoin, en cette période par ailleurs si incertaine de notre vie nationale. L’incendie, au début de la Semaine sainte de 2019, avait plongé la France, toute la France, et une grande partie du monde, dans l’affliction, mais un affliction qui ne pouvait qu’avoir du sens : Notre-Dame était appelée à la résurrection, une résurrection qui ne pouvait pas être seulement patrimoniale mais invitait à une communion supérieure du peuple de France avec son identité profonde, pour les Français eux-mêmes et sous le regard du monde : identité tout à la fois spirituelle, historique et politique, verticale et horizontale, qu’incarne précisément le comte de Paris. Le Prince faisait lien, ces 7 et 8 décembre, entre, d’une part, lui-même et une transcendance nécessaire au politique, sans laquelle le politique risque de devenir fou, et, d’autre part, lui-même et les Français, quelles que soient, par ailleurs, leurs convictions, car tous sont appelés à cette communion nationale. La devise de Jean de France n’est-elle pas : « Je pense en Prince chrétien, j’agis en Princefrançais » ? Que Notre-Dame soit le lieu même de notre centralité nationale — jusqu’à être le kilomètre zéro de toute distance ! — n’exclut personne dans une France qui ne renie rien de son être.

« Renouer le pacte historique et nécessaire »

Ce lien, il nous appartient de le fortifier de nouveau, en le rendant tous les jours plus concret aux yeux des Français. Cette même année 2019, mais en février, le jour des obsèques de son père, le nouveau comte de Paris publiait un communiqué dans lequel il invitait les Français à « renouer le pacte historique et nécessaire entre la Nation et la Famille royale ». Il se mettait dans les pas de ses aïeux, notamment de son arrière-grand-oncle, Philippe VII, comte de Paris, qui écrivait en 1888 qu’il y a « deux choses qui ont vécu mille ans, et qui ne peuvent être grandes que par leur union : l’idée nationale française et la race capétienne. Il est beau de pouvoir encore travailler à les réunir ». Ces mille ans, à l’époque, c’étaient ceux qui séparaient Philippe VII d’Eudes, qui échangeait pour la première fois, en 888, son titre de comte de Paris pour celui de roi. Aujourd’hui, la France et avec elle notre dynastie sont plus que millénaires. Mais les Français attendent toujours de renouer le pacte historique. C’est que nous n’avons pas encore assez travaillé !

En ce début d’année 2025, nous ne sommes pas enclins à évoquer la vie politique, tant sa médiocrité éclabousse la dignité des Français. On a même appris peu avant Noël qu’un ancien président de la République, définitivement condamné pour corruption à un an de bracelet électronique, se tournait vers une juridiction étrangère, la Cour européenne des droits de l’homme, pour faire condamner la justice de son propre pays ! C’est dire combien jusqu’au plus haut sommet du pays légal républicain on a perdu tout repère, combien la France ne compte plus. C’est pourquoi il faut faire face en allant à l’essentiel, au moment où une crise politique se double d’une crise de régime, les institutions ne pouvant manifestement plus absorber ce mensonge d’une VeRépublique rempart contre les oligarchies qui veulent monopoliser l’État, alors même qu’elle est désormais leur vecteur le plus direct et le plus sûr. Nous ne le répéterons jamais assez : la VeRépublique apparaissait comme la moins mauvaise république en ce qu’elle paraissait la moins républicaine de toutes. Du moins, est-ce ainsi que De Gaulle l’avait, affirmait-il, conçue et voulue. Or, très tôt, dès 1965, le pari était perdu. Peu à peu, les partis, les factions, les oligarchies l’ont investie. Et, à travers l’« Europe » et l’OTAN, elle est redevenue le règne de l’étranger.

« Sauve qui peut ! »

C’est pourquoi il est temps, grand temps, même, de tirer de toute notre histoire politique et nationale, pour l’avenir, une fois libéréede tous les réflexes conditionnés et de toutes les inhibitions enseignés aux Français par l’école de la République, des leçons capables de bouleverser notre regard politique. Pour revenir aux Capétiens ? Non pas revenir, mais poursuivre une amitié entre un peuple et sa dynastie qui fut celle de la France durant mille ans et assura à la fois son existence et sa grandeur. D’autant que les bienfaits de la monarchie découlent de sa nature même : le fait que le roi échappe à l’élection est le principe de base d’où découlent tous les avantages de ce régime, car cela garantit son impartialité et son indépendance. Le roi ne dépend de personne. « Et c’est bien ce qui change tout » (Prince Jean). Pourtant, nul danger de despotisme : « En monarchie », poursuit le Prince, « le despotisme est à la fois impraticable, dans la mesure où l’on se place sur le long terme, et inutile : disposant du pouvoir de décision ultime, le roi n’a pas besoin d’être despotique, ceci étant d’ailleurs, en général, une manifestation de faiblesse ». La monarchie est donc à l’opposé de l’exercice solitaire, « personnel », du pouvoir. De plus, l’existence de lois fondamentales intangibles (contrairement aux constitutions républicaines) garantit l’État de droit en monarchie royale. Ce que rappelait le grand-père du Prince Jean, Henri VI, dans une Lettre aux Français : « Jusqu’à la fin, la monarchie fut un pouvoir soumis à des lois fondamentales, non écrites, qu’elle n’avait pas la possibilité de transformer, et limitépar l’immense réseau de contre-pouvoirs et de libertés que la société avait tissé au fil des siècles. […] Il était possible d’organiser ces libertés vivantes dans un système moderne de représentation et de redonner aux communautés locales l’autonomie qu’elles avaient perdue ». Malheureusement, la Révolution interdit aux Français de prendre le tournant d’une modernité qui répondît véritablement à la fois à la nature politique et aux besoins du pays, notamment en matière de représentation. Nous le payons toujours, et même de plus en plus chèrement : c’est le pays réel qui est aujourd’hui menacé de disparition, placé qu’il est entre une Europe despotique et l’invasion migratoire que cette même Europe favorise et qui menace sa cohésion profonde.

Parce que, Français depuis Louis-Philippe, mais, qu’abandonnés par la République, ils sont de nos compatriotes les plus pauvres, ceux, donc, qui auraient le plus besoin d’un roi protecteur, c’est aux Mahorais que l’Action française, qui a tant combattu pour qu’ils puissent rester Français, tient à envoyer un message d’indéfectible solidarité en ce début d’année. En effet, pourquoi être royaliste en ce premier quart du XXIe siècle ? Parce que : « SAUVE QUI PEUT ! » Comme le disait Pierre Boutang, si les royalistes en appellent au Prince, c’est qu’ils en appellent à celui-là seul qui peut sauver, non seulement la paix civile mais plus fondamentalement la nation elle-même. Nous envoyons à Monseigneur le comte de Paris, à Madame, au Dauphin, ainsi qu’à toute la Famille de France nos vœux les plus sincères.

https://www.actionfrancaise.net/2025/01/16/leditorial-de-francois-marcilhac-79/

jeudi 17 octobre 2024

Royauté et sainteté, un lien millénaire

 

Saint Louis
Au cours de l'Histoire, le lien entre royauté et sainteté a toujours été étroit. Si certains monarques se sont parfois égarés et ont penché du côté du Diable, d'autres ont su mener des vies en accord avec Dieu et les dogmes de l'Église catholique. Parmi ces pieux souverains figure le roi des Belges, Baudouin, dont le procès en béatification a été annoncé par le pape François le 28 septembre. Cette démarche souligne ainsi, pour ceux qui en douteraient, l'importance incontestable du christianisme au cœur de notre civilisation contemporaine. Par ce processus, Baudouin pourrait s'ajouter à la longue liste des monarques déclarés saints ou bienheureux, dont l'exemple demeure une source d'inspiration pour ceux qui aspirent à gouverner avec sagesse et vertu.

Louis IX, le saint capétien

Nul ne peut évoquer un saint roi sans penser à Louis IX. Couronné en 1226, il consacre son règne à la promotion de la paix et de la morale chrétienne, valeurs qui lui furent soigneusement inculquées par sa mère, Blanche de Castille. Cette dernière n'a ainsi pas hésité à lui dire : « Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un seul péché mortel », et lui rappelant qu'« un roi illettré est un âne couronné ». Fort de cette éducation chrétienne, Louis IX instaure des réformes judiciaires, favorisant l'équité et l'accès à la justice pour tous, qu'il exerce, selon l'image d'Épinal, sous un chêne verdoyant. Le roi de France fait également preuve d'humilité, de charité et de simplicité. Lors de banquets, il n'hésite pas à affadir ses plats et à réserver les meilleures portions aux pauvres. Louis IX fonde également la Sainte-Chapelle à Paris, un reliquaire monumental qui abrite en son cœur des reliques sacrées telles que la couronne d'épines portée par le Christ et un fragment de la Sainte Croix. Poussé par sa profonde foi, il entreprend aussi deux croisades, en 1248 et en 1270. C'est lors de cette dernière qu'il décède, loin des fastes du pouvoir, sur un lit de cendres. Canonisé en 1297, Saint Louis demeure un ardent exemple de dévotion aux valeurs chrétiennes qui ont façonné la France.

Sainte Clotilde, reine des Francs

Cependant, s'il existe de saints rois, il convient de rappeler qu'il y a également de saintes reines, dont certaines comptent parmi les premiers souverains chrétiens de France, à l'image de sainte Clotilde. Ancienne princesse burgonde devenue reine des Francs par son mariage avec Clovis, elle joue un rôle crucial dans la christianisation de son peuple, en commençant par son propre époux. Avec l'aide de saint Remi, évêque de Reims, elle convainc Clovis de se faire baptiser, surtout après que celui-ci, suite à sa victoire à la bataille de Tolbiac en 496, a juré : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien. » Profondément dévote, la reine Clotilde profite de son statut pour soutenir la fondation et la construction de nombreuses églises et monastères, renforçant ainsi la foi chrétienne et l’évangélisation chez les Francs. Attirée par la vie monastique, après la mort de Clovis, elle se retire dans un monastère près de Tours, où elle consacre la fin de sa vie à la prière jusqu'à son décès en 545. Son exemple inspirera d'autres souveraines, dont sa belle-fille, sainte Radegonde, qui suivra un chemin similaire. Sainte Clotilde reste ainsi à jamais la sainte patronne et mère de la France chrétienne.

Charles Ier de Habsbourg, l’empereur de la paix

Rois et reines ne sont pas immédiatement canonisés, car ce processus exige du temps et que des miracles soient avérés et reconnus par l’Église. En attendant, de pieux monarques peuvent être déclarés bienheureux en reconnaissance de leurs actions remarquables. L'un des souverains récents à avoir reçu cette grâce de la béatification et en attente de canonisation est Charles Ier de Habsbourg-Lorraine. Devenu empereur d'Autriche et roi de Hongrie en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, il s'efforça en vain de rétablir la paix en Europe en privilégiant le dialogue et la diplomatie, avec le soutien du pape Benoît XV. Sa politique, opposée à celle des autres puissances belligérantes qui recherchaient une victoire sans compromis, était motivée par ses profondes convictions catholiques et son souci de préserver la vie humaine.
Cependant, Charles Ier dut également affronter la chute des empires européens, ce qui le conduisit à l'exil avec sa famille. Vivant humblement, il succombe à une maladie en 1922, laissant derrière lui une veuve et huit enfants. Béatifié en 2004 par le pape Jean-Paul II, il est reconnu pour son engagement chrétien exemplaire et ses efforts inlassables pour la paix, incarnant ainsi les valeurs d'un souverain dévoué au bien commun. Son petit-fils, l'archiduc Georges de Habsbourg-Lorraine, ambassadeur de Hongrie en France, le décrivait en 2022 dans le magazine Dynastie comme « très religieux et [qui] puisait une grande force dans sa religion. Il avait une grande confiance en Dieu et dans la prière. C’était un homme très optimiste, car il était toujours en contact avec Dieu par la prière. » À la question de savoir si Charles Ier pouvait être un modèle pour l'Europe, l'archiduc a répondu simplement : « Quand [Jean Paul II] a béatifié mon grand-père, il a donné sa vie en exemple. »

Par leurs béatifications et canonisations, l’Église catholique cherche à mettre en lumière l’exemplarité de ces souverains, dont la vie fut intimement liée au destin de l’Europe et, parfois, du monde entier. Ces monarques, bien qu’investis de pouvoirs temporels considérables, ont su incarner les valeurs chrétiennes de charité, d’humilité et de justice, faisant de leur règne un service à la fois spirituel et politique. Ainsi, l’Église nous rappelle que la responsabilité de gouverner doit être exercée avec une conscience morale élevée, inspirée par la foi et le souci du bien commun.

Eric de Mascureau

Le retour du Roi et la Monarchie de droit divin, entretien avec Mayenne Aujourd’hui

 

Alors que la France s’enlise dans les crises politiques et que la confiance envers les institutions républicaines ne cesse de s’effriter, rares sont ceux qui osent proposer une alternative radicale et chargée d’Histoire : la Monarchie de droit divin. C’est pourtant le chemin que Franck Abed, essayiste et penseur politique, explore avec passion. Son travail, à contre-courant des idées dominantes, offre une réflexion fascinante sur l’avenir de la France et sa gouvernance.

Dans cet entretien exceptionnel, Franck Abed revient sur les origines de son engagement monarchiste, les fondements historiques et religieux de ce modèle politique, et explique pourquoi, selon lui, un retour à la royauté pourrait bien représenter la clé de voûte pour un avenir plus stable et juste. Ce dialogue, riche et nuancé, vous invite à découvrir une vision audacieuse et exigeante de la France, une vision que beaucoup jugeront utopique, mais que Franck Abed défend avec un argumentaire solide et une foi inébranlable.

Installez-vous confortablement et laissez-vous emporter par cette conversation aussi érudite que surprenante, qui pourrait bien bouleverser certaines de vos certitudes. Pierre d'Herbais pour  Mayenne Aujourd’hui 

Bonjour Monsieur Abed, merci d’avoir accepté cet entretien. Votre parcours intellectuel est riche et singulier, notamment vos réflexions sur la monarchie en France. À une époque où ce thème est peu exploré, je trouve votre travail particulièrement intrigant. Pour commencer, qu'est-ce qui vous a conduit à cette quête pour le retour de la monarchie ?

Mon papa est issu d’un milieu social très modeste et ouvrier. Il n’a pas eu l’opportunité de suivre un parcours scolaire. Par conséquent, une fois adulte et chef de famille, il a décidé que, le moment venu, son fils lirait un maximum de livres. A l’âge de dix ans, mon père a commencé à emprunter chaque semaine, à la bibliothèque de son entreprise, des livres historiques ainsi que des romans classiques (Zola, Hugo, Verne essentiellement). Quand vous lisez des livres d’histoire, vous finissez tôt ou tard par découvrir la magnifique histoire de France et vous en tombez amoureux.

Dès mes premières lectures, mes personnages préférés étaient Auguste, Louis XIV, Napoléon : tous monarchistes. Depuis, mon Panthéon personnel s’est enrichi d'autres grandes figures, qu'elles soient monarchistes françaises ou étrangères. Rapidement, j’ai compris que le gouvernement en un seul offrait des avantages incomparables : légitimité, tradition, autorité, unité, vision à long terme.

En approfondissant les questions philosophiques, politiques et doctrinales, on découvre que la France est née du baptême de Clovis et de ses 3000 guerriers. Le baptême de Clovis par Saint Rémi et le sacre des rois de France restent des éléments fondamentaux de la dimension charnelle de notre pays. Il existe une analogie très forte entre le baptême de Clovis et celui du Christ, car durant les deux cérémonies, l’Esprit Saint apparaît sous la forme d'une colombe. De même, si la France est devenue la Reine des Nations, elle le doit à cette institution méconnue et injustement critiquée qu'est la monarchie catholique.

En lisant des livres d’histoire, chaque lecteur réalise que nous sommes à des années lumières des légendes noires forgées au fil des années par des propagandistes qui ne reculent devant aucun mensonge. Ces derniers déclament, sans aucune honte, que la société féodale se résumait à « des gentils serfs et des méchants seigneurs  ». La caricature outrancière ne se conjugue pas avec une saine analyse historique. Le combat pour la restauration de la monarchie en France, en plus de promouvoir un sain projet politique, incarne un projet de civilisation et une promotion de la vérité historique.

Vous parlez souvent de monarchie de droit divin. Pouvez-vous nous expliquer comment cette forme de monarchie pourrait fonctionner dans une société moderne ? Qu'est-ce qui, selon vous, ferait que ce système serait plus juste et efficace qu'une république ?

Je précise d’emblée que chaque période se définit comme moderne par rapport à la précédente. Il s’agit d’une logique implacable. Ainsi, une monarchie pourrait très bien fonctionner en France à l’époque contemporaine, même et surtout à l’heure de notre monde informatique et technologique. Dans notre pays, il a toujours existé des progrès techniques et scientifiques, comme en témoignent les 1300 ans de monarchie. Par exemple, nos adversaires dépeignent souvent les Temps Féodaux comme une période sombre et obscure, alors qu’elle fut une période haute en couleurs, au cours de laquelle nos ancêtres tapissèrent l’Europe de merveilleuses cathédrales. Pour bâtir ces monuments prodigieux, nos anciens devaient nécessairement maîtriser de nombreuses techniques ; nous pouvons même parler d’art.

Dans le même ordre d’idées, ne perdons jamais de vue que les machines, les ordinateurs et les smartphones ne sont que des outils, un moyen et non une fin en soi. En conséquence, la technologie doit œuvrer pour le Bien Commun et non réduire l’Homme à l’état d’esclave de la cybernétique. Jamais un roi catholique ne consentirait à l’émergence de ce funeste projet.

Dès à présent, il me semble essentiel d’expliciter le terme de monarchie de droit divin. Comme vous le savez certainement, les hommes ne désignent pas le roi. De plus, lors du Sacre de Reims, le roi se soumet à Dieu et prête le serment de légiférer selon la loi naturelle, c’est-à-dire le droit divin, d’où l’appellation monarchie de droit divin. Il reconnaît bien évidemment la Révélation et l’Institution, l’Eglise, qui en garde le dépôt, envers et contre tout, quelles que soient les vicissitudes de l’époque.

De plus, le roi n’est pas tenu par des intérêts étrangers, financiers ou capitalistiques, d’où le terme de roi absolu, qui signifie en réalité sans lien. Concrètement, le roi ne doit pas sa place à une élection, à une puissance étrangère ou à une coterie. Il est, tout simplement. Le réel avantage de la monarchie reste, entre autres, que la première place de l’Etat ne peut être soumise à la compétition. Depuis l’Antiquité greco-romaine et les grandes tragédies associées, nous savons qu’élection rime forcément avec mensonge, démagogie, corruption et trahison. Il suffit d’ouvrir les yeux sur notre actualité politique pour nous rendre compte de la permanence singulière de ces faits regrettables.

Je poursuis mon propos en citant l’illustre Saint-Thomas d’Aquin qui a écrit dans la Somme contre les Gentils : « Dans tout gouvernement, celui qui préside désire l’unité ; c’est pourquoi de tous les gouvernements, le principal est la monarchie ou la royauté  ». En politique, la recherche et la préservation de l’unité doit être constamment promue car « tout royaume divisé contre lui-même périra ; et toute ville, toute maison divisée contre elle-même sera détruite  » (Matthieu 12 : 25). Ainsi, le gouvernement en un seul se révèle bien plus fort, stable et cohérent que le gouvernement de tous par tous ou le gouvernement de la multitude ou des intérêts privés.

De fait, le roi règne en conformité avec la loi divine et naturelle ; sinon, il sait pertinemment qu’il met son âme en danger. Il représente Dieu sur Terre, tenant lieu de son autorité, responsable du bien-être de ses sujets et soumis à des principes moraux et religieux qu’il ne tire pas de lui-même, mais de la Bible, du Magistère de l’Eglise et de l’expérience politique des siècles. Enfin, dans une monarchie catholique, le Beau, le Bien et le Vrai sont promus, et le Mal n’a pas le droit de cité.

Concernant l’efficacité, il me paraît judicieux de rappeler que Louis XIV était entouré de 4 à 6 ministres, selon les périodes. De même, les historiens estiment que le Grand Roi pouvait compter sur 20 000 à 25 000 fonctionnaires royaux. Ces serviteurs de l’Etat royal comprenaient des intendants (représentants du roi dans les provinces), des collecteurs d’impôts et des officiers de justice. Aujourd’hui, en République, nous avons entre 20 à 30 ministres et un gouvernement peut aller jusque quarante membres, auxquels s’ajoutent presque six millions de fonctionnaires.

Quand nous comparons, objectivement, les réalisations exceptionnelles accomplies au Grand Siècle et celles de la Ve République en tenant compte des moyens humains, techniques et financiers respectifs, il ne subsiste guère de doute quant au régime le plus efficace pour la grandeur de la France. A l’heure où les initiatives budgétaires de l’actuel Premier ministre sont décriées et contestées, je lui propose de réelles pistes pour réduire la dette astronomique de la République…

Beaucoup associent la monarchie à une nostalgie du passé, alors que vous semblez y voir une solution d'avenir. Pensez-vous qu’il soit réaliste de parler du retour d’un roi dans une époque où les démocraties parlementaires dominent la scène mondiale ? Quelles seraient les premières étapes concrètes pour un tel retour ?

Je ne suis pas royaliste par atavisme familial ou en vertu d’une nostalgie ancienne, ou à cause d’un romantisme à l’eau de rose. Je suis royaliste parce que catholique romain. Je précise également que ma raison et l’analyse politique me conduisent au royalisme. Il est malheureusement vrai que certaines personnes qui se déclarent royalistes expriment un passéisme de mauvais aloi. 

Nous ne voulons pas retourner dans le passé. C’est une position absurde, notamment par le simple fait que la chose s’avère impossible. Nous désirons seulement revenir aux principes qui régissaient le passé. Le monarchisme ne souffre pas des aléas du temps, car il est intemporel. Il ne s’enferme pas ou ne se cantonne pas à une époque donnée. Raison pour laquelle il garde toujours sa pertinence nonobstant les siècles qui passent.

Je tiens à rappeler qu’il existe une cinquantaine de monarchies dans le monde et une centaine de démocraties. Le nombre exact de régimes monarchiques ou démocratiques peut varier légèrement en fonction des critères spécifiques retenus. Quoiqu’il en soit, il existe bien plus de monarchies que chacun ne le pense communément. 

Ainsi, être monarchiste n’exprime nullement une lubie ou une tendance, mais un principe bien incarné même dans le monde de 2024. Pour que les Français deviennent monarchistes, ils devront renouer avec leur histoire et leurs traditions séculaires. Aujourd’hui, malheureusement, comme nous l’avons encore récemment éprouvé lors des élections Présidentielle, Européennes et Législatives, le virus démocratique reste bien inoculé chez nos compatriotes, même si l’abstention représente très souvent le premier parti de France.

Par exemple, au premier tour de la Présidentielle de 2022, Macron a obtenu 9,8 millions de voix, tandis que l’abstention a atteint 13 millions, sans compter les bulletins nuls ou blancs. Aux Européennes, la première liste en voix, celle de Bardella, a rassemblé un peu moins de 8 millions de Français, alors que l’abstention a en regroupé 24 millions. Aux Législatives, l’abstention figure encore en tête au premier tour avec 17 millions de compatriotes, tandis que le parti qui obtient le plus de voix dans l’urne, à savoir le RN, arrive à peine à 11 millions d’électeurs. Au deuxième tour de ces mêmes élections, nous comptons 15 millions d’abstentionnistes, sans compter les bulletins nuls ou blancs, alors que le RN atteint à peine 10 millions d’électeurs. La seule fois où l’abstention n’occupe pas la première place, sur ces trois dernières élections, fut le deuxième tour de l’élection Présidentielle entre Macron et Le Pen.

Les commentateurs politiques, souvent stipendiés par le système, ainsi que les acteurs politiques, eux aussi financés par des fonds publics, évoquent trop rarement les chiffres mentionnés ci-dessus, car ils mettent à mal leurs petites logiques politiciennes et journalistiques, qui consistent à présenter un peuple de France marchant joyeusement vers ses élus. 

En réalité, le désamour entre les Français et l’institution républicaine s’accroît de jour en jour, comme tout le monde peut aisément le constater. Il en va de même pour les relations entre les Français et les élus, marquées par la méfiance, la défiance, l’hostilité, l’indifférence et même parfois par la violence. Un jour prochain, ces dernières augmenteront proportionnellement à l’aggravation du climat politique en France. Nous pouvons la déplorer, la regretter et la condamner. Toutefois, les élus et les acteurs politiques de premier plan portent une énorme part responsabilité dans le déclin de la France et le climat malsain qui sévit dans notre pays. 

A nous de travailler pour transformer ces abstentionnistes et tous ces mécontents en fervents monarchistes. Comme l’écrivait Talleyrand, qui ne figure pas dans mon Panthéon, dans ses Mémoires : « A force de murmurer le nom du Roi, naîtront l’espoir du Roi, puis la nécessité du Roi ; enfin, la Royauté renaîtra ». Il aurait également dit : « Il faut murmurer le nom du roi, et ne pas crier le nom de la République ». Aujourd’hui, qui parle de monarchie ? Qui rappelle les actions de Clovis, Charlemagne, Philippe Auguste et Saint Louis ? Trop peu de personnes. En revanche, ceux qui se disent de droite déclarent tous leur amour pour la République et la Démocratie.

Pour voir le Roi gouverner le pays du Palais du Louvre ou du Château de Versailles, nous devons accomplir un véritable travail de formation et de réinformation. Sans cette étape nécessaire de reconstruction intellectuelle et de formation des esprits, le retour du Roi à la tête de l’Etat restera un vain mot. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des républicains qui le sont par habitude ou par indifférence. Nous n’affrontons pas des masses de fervents républicains comme en 1793. Il est vraiment important de bien saisir cette réalité politique. Le champ des possibles, loin d’être fermé, s’ouvre à nous, à condition de bien tirer les leçons de l’Histoire…

Vous critiquez souvent la politique de droite, même parmi les mouvements qui se veulent conservateurs. Vous semblez penser qu'ils ne vont pas assez loin dans leur défense des valeurs traditionnelles. Quelles sont, selon vous, les erreurs fondamentales de la droite actuelle ?

Je ne pense pas qu’ils ne vont pas assez loin dans leur défense des valeurs traditionnelles. Mon avis personnel ne compte pas en la matière. Je constate simplement qu’ils ne défendent pas les valeurs traditionnelles. Prenons un sujet majeur qui touche au cœur de l’anthropologie humaine : l’avortement. Soit ils sont pour, soit ils sont indifférents, ce qui revient peu ou prou au même, soit ils vous disent comme Zemmour ou Bellamy : «  Je suis contre à titre personnel, mais si nous arrivons au pouvoir nous ne remettrons pas en cause ce droit fondamental pour les femmes  ». Le combat pour le respect de la vie humaine de sa conception jusqu’aux fins dernières est un combat fondamental pour les militants politiques authentiquement traditionnels ou de droite. 

Il paraît tout d’abord évident que la droite française dans son ensemble, qu'elle soit dissidente ou aux commandes, n’embrasse jamais véritablement le combat des idées. Elle préfère se limiter aux aspects économiques, gestionnaires et réactionnaires. Elle ne réalise toujours pas qu’elle paie le prix fort de laisser à la gauche tous les secteurs qui façonnent les esprits et les consciences : l’école, l’université, les médias, et bien évidemment la culture.

La droite dite nationale s’est toujours construite en réaction à des événements et, en ce sens, mérite véritablement le qualificatif de réactionnaire, au sens authentique du terme. Incapable d’être l’avant-garde, elle se contente du rôle de la dernière roue du carrosse. Elle subit les assauts de ses adversaires et de la modernité, toujours avec une voire deux guerres de retard.

Dans ces conditions, remporter la victoire s’avère impossible. Alors que la droite sous la Révolution défendait Dieu et le Roi, aujourd’hui, les militants et les sympathisants dits de droite oublient ces deux piliers. Parlez de Dieu, et vous passerez certainement pour un bigot ; évoquez le roi, et vous êtes catalogué comme un nostalgique de l’Ancien Régime. La droite prétendument nationale n’a plus rien de royaliste, de monarchiste ou de catholique.

Les mouvements dits de droite, ou présentés comme tels, défendent tous le principe de laïcité politique, reléguant le catholicisme à la sphère privée. Dans l’arène publique, que ce soit à la télévision, à la radio ou dans les médias de masse, quel homme ou quelle femme politique oseraient énoncer que le Décalogue et le Sermon sur la Montagne doivent être au-dessus des lois humaines et des vaniteux droits de l’homme ? Poser la question revient à y répondre. Lorsqu'ils évoquent le catholicisme ou assistent à un hommage pour Jeanne d’Arc, c’est souvent pour donner le change à un public bien naïf, afin de diffuser une petite photo sur les réseaux sociaux. Ils oublient les fondamentaux du catholicisme et négligent de rappeler la véritable mission de la Sainte de la Patrie : perpétuer la légitimité monarchique.

Définissons clairement le FN / RN : il est démocrate, républicain, parlementariste et laïque, bien loin des fondamentaux de la droite nationale entre les deux guerres, et encore plus éloigné des fondements intellectuels et politiques de la droite originelle. Avec Marine Le Pen (ou même Bardella), la ligne politique de son Rassemblement national, inacceptable mais acceptée par le système, n’apportera rien de bon à la France, bien au contraire. Le fait qu’elle soit une femme n'y change rien, elle défend de mauvaises idées. De plus, elle se montre, comme son père, incapable de prendre le pouvoir nonobstant un contexte politique favorable aux partis présentés comme contestataires au pouvoir macroniste. 

Le dernier point de ma critique pointe certainement l’élément le plus essentiel : Maurras écrivait « Politique d’abord », les disciples français de Gramsci crient « Culture d’abord  », mais le véritable discours politique serait de proclamer le principe suivant : « Spirituel d’abord  ». Peu importe que l’on se reconnaisse ou non dans l’appellation de droite, nous ne pourrons pas éviter un retour au et du spirituel si nous voulons redresser la France. La droite nationale humanise trop le combat politique, elle l’a complètement laïcisé, renvoyant Dieu aux oubliettes. Les gens dits de droite préfèrent mettre leurs espoirs dans des idoles humaines forcément décevantes.

Si les gens dits de droite continuent leur combat politique en ignorant Dieu, ils engrangeront toujours des défaites. Souvenons-nous de Jeanne d’Arc qui rappelait constamment la conduite à suivre : « En Dieu les gens d’armes combattront, et Dieu donnera la victoire  ». Luttons toujours contre nos adversaires, mais il devient urgent de donner à Dieu la place qui lui revient, la première, que ce soit en politique ou dans nos vies privées…

Une autre dimension importante de votre pensée semble être liée à la foi catholique. Vous parlez souvent de la monarchie comme un retour au principe de droit divin, mais aussi comme un élément d'unité pour les chrétiens. Comment conciliez-vous foi et politique dans votre projet de monarchie ? Et comment cette monarchie renforcerait-elle la présence chrétienne dans la société française ?

Il existe un domaine spirituel et un domaine temporel. Conformément à la doctrine catholique romaine, ces deux domaines ne doivent ni être séparés ni confondus ; ils doivent être liés mais distincts. Le temporel doit être soumis au spirituel, et non l’inverse. Mes aînés, engagés dans le combat politique en 1790, se sont élevés contre la Constitution Civile du Clergé. Ceux qui l’ont soutenue siégeaient à gauche de l’Assemblée, tandis que ceux qui s’y opposaient siégeaient à droite. Voter « oui  » revenait à affirmer que le spirituel devait être subordonné au politique ; voter « non » signifiait que le politique devait rester subordonné au spirituel. De la même manière, nous retrouvons cet éternel clivage lors du vote sur le veto de Louis XVI : la gauche voulait lui retirer ce droit légitime, tandis que la droite s’efforçait de maintenir cette prérogative royale.

Saint Augustin, l'un des plus grands Pères et Docteurs de l'Eglise, a rédigé La Cité de Dieu, un ouvrage de référence tant théologique que philosophique. Il s’agit d’un chef-d'œuvre intellectuel que tous les catholiques devraient lire et étudier. Dans cette étude, l’évêque d'Hippone distingue deux cités : « Deux amours ont bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi fit la cité de Dieu  ».

Avec l'avènement de la Révolution et la victoire temporaire du modernisme théologique, philosophique et politique, l'amour de soi a malheureusement pris sa revanche. La soi-disant philosophie des Lumières a produit un corpus doctrinal et politique qui a enfanté, par césarienne, d’une société contre-nature, anti-humaine, et anti-Dieu. Cette société nie les droits de Dieu sur l'Homme et cherche à transformer l'Homme en Dieu.

Pour illustrer cette distinction augustinienne entre la cité de Dieu et la cité des hommes, les notions d’hétéronomie et d’autonomie apparaissent dans des disciplines aussi diverses que la sociologie, l’histoire, la théologie ou encore les sciences politiques. Une société hétéronome trouve sa justification et sa légitimité hors d’elle-même, dans la divinité. Ces sociétés sont bâties sur un système de valeurs issu d’un principe à la fois extérieur et supérieur.La France monarchique était une société hétéronome, car Jésus-Christ y demeurait institutionnellement reconnu comme le véritable Roi.

Pour être concret et le plus didactique possible, j’affirme que le combat qui nous oppose à nos adversaires dépasse largement la sphère politique. Nous vivons une véritable guerre de civilisation, car nous défendons une vision radicalement différente de l’homme, de la femme, de l’enfant, de la société et de leur relation à Dieu.

D’une manière générale, la droite politique ou intellectuelle n’existe pas dans le Grand Forum Public. Nous vivons à la marge, exclus des débats et des controverses intellectuelles. Même dans les médias alternatifs qui comptent, je ne suis pas invité. Pourquoi ? Parce que je rejette l’idéologie révolutionnaire, les principes de 1789 et la Déclaration des droits de l’Homme. Aujourd'hui, l'ensemble de cette caste et de cette sous-caste politico-médiatique valide, à divers degrés, les idées révolutionnaires.

Nous en voyons l'évidence avec la promotion de la démocratie, de l'avortement, de l'euthanasie, de la PMA et de la GPA. Hélas, la constitutionnalisation de l’avortement, marque de la Révolution et de la « Bête », est devenue une réalité dans un silence assourdissant. Les évêques et les partis politiques dits de droite sont restés silencieux ou n'ont publié que des communiqués extrêmement discrets voire tièdes. Ce silence et ces faibles réactions devraient alarmer et réveiller les catholiques authentiques, les incitant à une réflexion et à une prise de conscience salutaire.

Lorsque nous aurons de nouveau un monarque à la tête de l’Etat, il sera naturellement catholique. Il accordera à la religion catholique la première place qui lui revient de droit. Les décisions politiques seront prises en fonction de cette réalité spirituelle, politique et philosophique. Le catholicisme doit être la religion de l’Etat. Il est dangereux pour les âmes et la bonne marche de la société que des fêtes comme Pâques ou Noël soient réduites à des occasions de consumérisme effréné, détachées de leur profonde signification religieuse.

De plus, au lieu de promouvoir le laid, le vide ou l’art contemporain qui défie tout sens esthétique, le Beau sera vraiment remis à l’honneur. Nous célébrerons et soutiendrons ce qui élève l'âme, ce qui s’enracine dans une tradition chrétienne et française. Les patronages, les foires, les traditions locales, provinciales, les pèlerinages, les coutumes seront réintroduis et mis en valeur, non pas par simple nostalgie ou par souci d’esthétisme, mais parce qu’ils reflètent authentiquement ce que nous sommes en tant que peuple, ce que nous avons toujours été et ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être.

En mettant en avant ces piliers de notre identité et de notre foi, la France renouera avec son héritage spirituel, culturel et artistique. Ce travail nous permettra de retrouver cette unité entre le temporel et le spirituel que la modernité a combattue et défigurée.

Aujourd'hui, la France est un Etat laïc, et beaucoup de gens, y compris des chrétiens, trouvent que la laïcité est une protection contre les abus du pouvoir religieux. Comment répondez-vous à ceux qui pourraient voir dans le retour de la monarchie de droit divin une menace à la liberté de conscience et à la diversité religieuse ?

Je rappelle que la France reste un pays authentiquement chrétien. La République en France est laïque. Les chrétiens qui défendent la laïcité républicaine ne comprennent ni le catholicisme, ni les soubassement idéologiques des républicains démocrates. En France monarchique, les abus du pouvoir religieux semblent avoir été très rares voire anecdotiques. Nous ne sommes ni à Genève, ni en Iran, ni en Arabie saoudite.

Je précise, sans aucune réserve, que la résurgence de la monarchie en France ne signifie pas revenir en arrière, mais simplement un retour à l’état normal. Quand un individu est atteint d’une maladie et retrouve la santé grâce à la médecine, personne ne dit qu’il repart en arrière. La même logique s’applique à la France. Notre pays est grandement affligé par le laïcisme, le démocratisme, le républicanisme, le parlementarisme, la culture dite de l’effacement, le relativisme philosophique, etc. La guérison passe inévitablement par la monarchie de droit divin.

Dans la France monarchique, des minorités religieuses, plus ou moins importantes, ont pu vivre paisiblement. Il y a également eu des périodes plus compliquées, au cours desquelles des violences furent exercées contre ces minorités, mais ces événements étaient dus à des contextes très particuliers et douloureux, et non à des principes moraux ou religieux. Sur le même sujet, je rappelle que le gouvernement royal ne pouvait admettre, en vertu de la cohésion sociale et de la cohérence politique, le développement d’un état dans l’Etat. Tout ce qui menace l’Etat dans ses fondements ou toute entreprise qui vise à le déstabiliser doivent être combattues, tout en restant respectueux de la morale et de la vertu, cela va de soi.

Cela étant dit, certains protestants, comme Sully, furent de très bons serviteurs du Royaume. Le futur roi décidera de la politique en la matière, mais à l’aune de la doctrine catholique et de l’expérience des siècles, nous pouvons considérer qu’il existera une tolérance religieuse dont bénéficieront les membres des autres croyances. Il ne faut pas oublier que la monarchie catholique, grâce à l’action de ses plus illustres représentants, fut très souvent la protectrice des petits et des faibles face aux menées des Grands et du Parti de l’Etranger.

Rappelons-nous que Saint Louis rendait la justice sous un chêne. Louis XIV était plus accessible dans les jardins de Versailles que Macron à l’Elysée. La violence politique républicaine se montre bien plus oppressive et néfaste que la violence légitime de l’Etat royal. Les constitutionnalistes enseignent que Macron détient bien plus de pouvoir que n’importe quel roi de France, y compris Louis XIV. Si nous voulons une société saine, juste et heureuse, il convient de remettre l’Eglise au centre du village. 

Que vos lecteurs se rassurent, aucun roi de France ne fut un tyran ou un dictateur au sens moderne du terme. Il n’existe aucun risque pour que cela change lors de la Restauration. Le futur roi de France adoptera les coutumes de ses devanciers dont le plus illustre fut déclaré saint…

Votre intérêt pour la monarchie semble être plus qu'une simple réflexion politique, mais aussi une quête personnelle, peut-être spirituelle. Comment cette quête a-t-elle évolué au fil des années ? Voyez-vous des points de convergence avec d'autres mouvements royalistes ou traditionalistes en Europe, voire ailleurs dans le monde ?

En tant que philosophe, je recherche la sagesse, et comme le disait Saint Ambroise de Milan, l’authentique sagesse se trouve dans la Bible. Vous avez parfaitement raison de dire que mon catholicisme monarchiste puise sa source dans une quête spirituelle, politique et mystique. 

Depuis que je sais lire, je suis monarchiste. Au fil des années, mon monarchisme s’est grandement enrichi sur le plan religieux, philosophique, politique, historique, littéraire, etc. Je ne cesserai jamais de lire, d’apprendre et d’étudier la monarchie, tout comme je continuerai de promouvoir la monarchie catholique, tant qu'il plaira à Dieu.

Je vis mon combat intellectuel et politique comme un sacerdoce. Je me fixe une discipline de fer pour prier, lire et écrire chaque jour que Dieu fait. Les années défilent et je mesure vraiment la grande grâce d'avoir baigné dans la lecture dès mon plus jeune âge ; merci papa. Je ne remercierai jamais assez ma mère de m'avoir fait baptiser quand j'étais bébé, tout comme je la chéris pour sa transmission du catholicisme. La véritable tradition consiste à transmettre ce que nous avons reçu. J’apprécie particulièrement la citation suivante  : « La tradition n’est pas le culte des cendres, mais la préservation du feu ». 

Malgré les critiques incessantes et souvent fallacieuses de nos adversaires, j’écris que les monarchistes portent un message résolument avant-gardiste. Nous défendons un monde organique, une société pyramidale, hiérarchisée, décentralisée et respectueuse de l’ordre naturel. Dans une époque décadente et centrée sur l'Homme, nous restons fidèles à Dieu. Nous portons un flambeau incandescent que nos ennemis n’éteindront jamais. Nous refusons les idées modernes telles que le suffrage universel, l’égalitarisme, la souveraineté nationale incarnée dans la masse, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le parlementarisme et la laïcisation de l’Etat. Nous devons convertir les Français au catholicisme romain et à la monarchie.

J’ai eu l’opportunité politique de donner des conférences en Ecosse et en Ukraine sur la monarchie française, mais cela remonte à plus de dix ans. Le travail à accomplir en France pour promouvoir la monarchie se révèle immense, surtout en raison des divisions internes entre monarchistes français, sans oublier la prédominance des idées républicaines, démocratiques et nationalistes sur le camp dit de droite.

Cependant, je reste intimement convaincu qu'une Internationale Monarchiste pourrait voir le jour en Europe, pour au moins deux raisons : les autres pays européens souffrent des mêmes maux que les nôtres et l’Europe domina le monde lorsqu’elle était très majoritairement monarchiste…

Pour finir, si vous deviez convaincre quelqu'un qui, comme moi, a des positions différentes sur ce sujet, que diriez-vous pour expliquer pourquoi le retour du roi est une solution aux problèmes actuels de la France ? Quels sont, selon vous, les principaux arguments qui pourraient faire basculer l'opinion publique en faveur d'une monarchie ?

Un point de vigilance très important : il ne faut pas envisager le retour du Roi comme le deus ex machina des tragédies grecques qui réglerait tous les problèmes en claquant des doigts. Le retour du Roi sera préparé par une élite intellectuelle et politique, composée d’une ossature de cadres accompagnés de militants formés, dévoués et tous authentiquement chrétiens. 

Pour répondre précisément à votre question, je citerai le Testament de Saint Rémi : « Apprenez, mon Fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Eglise romaine qui est la seule véritable Eglise du Christ. Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes, il embrassera les limites de l'Empire romain et il soumettra tous les peuples à son sceptre... Il durera jusqu'à la fin des temps. Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la foi romaine, mais il sera rudement châtié toutes les fois où il sera infidèle à sa vocation. » 

Je me permets également de convoquer Thomas d’Aquin qui a écrit dans le De Regno le propos suivant : « Il est manifeste que ce qui est un par soi peut mieux réaliser l’unité que ce qui est multiple. De même la cause la plus efficace de chaleur est ce qui est chaud par soi. Donc le gouvernement d’un seul est plus utile que celui de plusieurs. »

Les rois de France ont très tôt fixé leur doctrine : le roi, souverain béni par l’onction du sacre, selon une belle formule définie par les juristes, « est empereur en son royaume ». Durant des siècles, pour concrétiser cette idée, ils luttèrent à la fois contre les dangers de l’étranger, car nos ennemis étaient prêts à imposer leurs règles à la souveraineté nationale, et contre les périls intérieurs, de ceux qui voulaient limiter la souveraineté du roi en l’encadrant, pour mieux dicter leur loi. Entre ces deux écueils, la France s’est bâtie et a prospéré. Aujourd’hui, la question de la royauté s’impose de plus en plus face au désastre républicain.

La royauté, en tant que régime politique, conférait à l’Etat des qualités que la République ne pourra jamais obtenir : mémoire, unité, continuité, indépendance, souveraineté, responsabilité, légitimité, libertés, etc. L’héritage de la royauté couvre 15 siècles d’histoire, de Clovis à Charles X. Les républicains, pour la plupart, jettent un voile sur la partie la plus importante de notre histoire, car ils défendent une vision idéologique et partiale de la France. Ils refusent l’héritage de nos rois et de notre passé glorieux.

Si nous ne savons pas d’où nous venons, nous ne pourrons aller nulle part. L’unité, sans laquelle il ne saurait y avoir d’autorité véritable et qui est indispensable pour garantir l’indépendance nationale, voilà ce que permet, entre autres, la royauté. La démocratie, au contraire, divise les Français en favorisant la guerre civile permanente. Dans une démocratie, le bien commun, les intérêts supérieurs du pays, passent au second plan après les luttes partisanes que se livrent les différents groupes d’influence. La royauté incarne la continuité dans le temps, loin de la mascarade de l’élection présidentielle. Le roi n’est pas tenu par elle et il ne peut pas tomber dans la malice en énonçant des promesses démagogiques pour se faire élire. Le roi représente le lien vivant entre le passé et le présent, ainsi que l’avenir : « le roi est mort, vive le roi ». Il demeure le chef naturel et légitime de la France. 

Les rois conduisirent la France à son plus haut degré de civilisation. Il importe au roi d’être responsable de sa politique, parce que les intérêts dynastiques et personnels du roi se confondent avec les intérêts nationaux, pour la simple et bonne raison que son fils (ou son plus prochain parent) sera le prochain à régner après sa mort. Vous l’avez compris, le roi gagne à laisser un bel héritage au dauphin, car la prospérité du fils sera le mérite du père. 

Le pouvoir républicain dilue la responsabilité dans les majorités changeantes et relatives. « Après moi, le déluge » ne peut être le mode de fonctionnement du roi. Chaque républicain au pouvoir entend savonner la planche d’autrui pour que celui-ci échoue, afin de récupérer l’assiette électorale à la prochaine mandature. La royauté française ne repose pas sur l’élection au suffrage prétendument universel, qui lie le pouvoir à l’opinion publique, mais également, et n’oublions pas, aux financiers. Ce « je te tiens, tu me tiens » oblige les acteurs politiques à pratiquer une démagogie éhontée pour recueillir des suffrages, et cette mascarade mensongère provoque toujours de nombreux mécontentements.

Pour maintenir la base et contrôler le peuple de France, le régime républicain et démocrate se voit contraint de « jacobiniser » l’administration du pays au détriment des particularités locales. La République a littéralement détruit les libertés municipales, provinciales et professionnelles. Il n’existe pas de vraie légitimité en démocratie puisque le pouvoir repose sur des compétitions électorales. De plus, les partis exercent le pouvoir selon les caprices de l’opinion qui se montre, par nature, très changeante. Je n’exprime ici aucun avis personnel ; j’établis un constat factuel sur le régime républicain en France.

Le souci de continuité est inscrit dans les gènes de la royauté française. Celle-ci se définissait des objectifs précis et déterminés. La lente mais certaine ascension de notre pays en tant que première puissance mondiale fut le fruit d’un labeur constant et efficace. Depuis la Révolution de 1789, notre pays s’enfonce hormis quelques rares période de répit, comme les deux Empires. Qui oserait contester ce déclin politique ? Cette chute et cette anarchie constante contrastent avec l’histoire d’avant la Révolution.

L’Etat royal puise sa légitimité dans l’histoire et les services qu’il a rendus au pays au cours des siècles. Dégagé des soucis électoraux et indépendant des groupes d’influence, le roi sera en mesure de restaurer le pays en vue de l’établissement du bien commun. La royauté traditionnelle et héréditaire a littéralement construit la France et l’a conduite à son apogée. Les royalistes œuvrent à changer ces institutions. Le régime républicain est condamné par ses échecs, ses déboires et ses turpitudes. Je m’emploie, et bientôt avec vous j’espère, ainsi qu’avec toutes les personnes de bonne volonté, à le chasser hors de France. 

Le salut de notre pays passe inévitablement par la Restauration monarchique ; sinon, notre pays disparaîtra…

Propos recueillis le 14 octobre 2024

La vision présentée par Franck Abed est claire : le salut de la France repose sur un retour à la monarchie de droit divin, une monarchie ancrée dans la Foi catholique et dans l’Histoire millénaire du pays. Selon lui, cette forme de gouvernement garantirait la continuité, la stabilité et la grandeur de la Nation, des qualités que la République, déchirée par ses divisions internes et ses luttes partisanes, ne peut jamais pleinement offrir. Ce retour à la Monarchie, loin d’être un simple pas en arrière, est envisagé comme une renaissance nécessaire, une guérison pour un pays qu’il juge gravement malade du laïcisme, du démocratisme et du relativisme moral.

Pour Abed, le roi incarnerait la sagesse et la responsabilité, garantissant l’unité du peuple autour d’une vision commune et enracinée dans la Foi Catholique. La restauration monarchique permettrait ainsi à la France de retrouver sa grandeur passée, en réconciliant le temporel et le spirituel, en exaltant le Beau, et en respectant l’ordre naturel. Ce futur roi, ancré dans les traditions chrétiennes et françaises, serait non seulement un chef politique, mais aussi un guide spirituel pour un peuple qu’il souhaite voir renouer avec ses racines profondes.

En somme, Franck Abed ne plaide pas seulement pour un changement politique, mais pour une véritable renaissance spirituelle et culturelle de la France, guidée par une monarchie éclairée et Catholique.

Pierre d’Herbais.

jeudi 29 août 2024

Mémoire du royalisme 7

 

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L’Action française s’impose

Après la mort du comte de Chambord en 1883, le royalisme s’était peu à peu réduit à lui-même. Il disposait encore d’une presse moins puissante mais combattive. En revanche si sa force parlementaire déclinait, ses liens avec le catholicisme social étaient très forts. Avec la mort du chef de la Maison de France, Philippe VII, arrive Philippe VIII, le duc d’Orléans. Le mouvement de la « Jeunesse royaliste » (JR) échoue dans une tentative de coup de force en 1899 et ses responsables s’exilent pour échapper à la Haute-Cour. Maurras lance alorsl’Enquête sur la monarchie et l’Action française va s’imposer.

La « Jeunesse royaliste » s’est fondue, depuis la Haute-Cour, au sein des Comités départementaux traditionnels. L’activité est grande dans tous les domaines : « Librairie nationale », « Congrès monarchiques de presse et de propagande », « Étudiants royalistes », « Dames royalistes », « Action royaliste populaire » encadrant des « groupes ouvriers » et travaillant avec l’« Avant-garde royaliste » (fondée en 1901 par Firmin Bacconnier), nombre de cercles et d’œuvres divers. Que de bonnes volontés ! Que d’efforts ! Il faut lutter contre le manque de capitaux, l’isolement, la concurrence des ralliés de I’ «Action libérale », la tentation de l’apolitisme, particulièrement nette dans la presse provinciale où trop souvent on ne crie « Vive le Roi » que le dimanche.

L’Action française « royalisée » et formée en ligue à partir de janvier 1905, s’impose en trois années et, dès 1907, éclipse toutes les autres organisations traditionnelles ; elle constitue des groupes parallèles aux formations anciennes qui, pour la plupart, se vident et s’assoupissent, mais certaines résistent à l’emprise. La presse en place pâtit aussi du succès rapide, à partir de 1908, du nouveau quotidien. Conscients du génie maurrassien, et du dynamisme des néophytes qu’il a convertis, les anciens cadres royalistes sont d’abord reconnaissants mais s’inquiètent aussi de la démarche positiviste de Maurras et des thèses biopolitiques de Bourget. Maurras répond qu’il ne faut pas opposer ce qui peut être composé : la propagande d’idée et de doctrine et la propagande de sentiment. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de royaliser les esprits et, d’abord, de convertir les nationalistes afin de pouvoir exploiter efficacement une nouvelle affaire Dreyfus ; il s’agit d’élargir au maximum l’opération qui vient d’être réussie au sein de l’Action française. Quels chefs seraient mieux qualifiés pour mener cette entreprise que ceux de cette même Action française ?

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vendredi 23 août 2024

L’Enquête sur la monarchie (1900)

 

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Mémoire du royalisme 6

Nous commençons à retrouver la mémoire du royalisme d’après la mort du comte de Chambord en 1883. Il s’était peu à peu réduit à lui-même. Il disposait encore d’une presse moins puissante mais combattive. En revanche, si sa force parlementaire décline, ses liens avec le catholicisme social sont très forts. Avec la mort du chef de la Maison de France Philippe VII arrive Philippe VIII le duc d’Orléans et le mouvement de la « Jeunesse royaliste » (JR). Le royalisme est alors brisé. Ses responsables sont en exil.

Dans Le Tombeau du Prince, publié en 1927, Maurras rend hommage au duc d’Orléans – « Il était notre recruteur» et notre animateur – et vante le nationalisme démophile de Philippe VIII qui affranchit la notion de royauté ; on ne sera plus royaliste seulement par tradition de naissance mais aussi par une prise de conscience nationale. Maurras précise que « sans son programme des années 1894, 1895, 1896, 1897, 1898 et 1899, je n’eusse jamais pu écrire en 1900 l’Enquête sur la Monarchie», puis il proteste contre ceux qui affirment que l’Action française a donné un programme au prétendant ; au contraire, elle l’a reçu de lui, par ses messages et par l’intermédiaire des deux exilés de Bruxelles. On s’étonne que Maurras ait milité pour un prince inconnu de lui, de 1896 à 1902 : « Je ne l’avais pas vu, mais je l’avais lu. J’avais suivi ses admirables, ses incomparables avertissements à la France de l’affaire Dreyfus, véritables et premières prophéties d’avant-guerre. D’abord rétif, puis intéressé, puis saisi aux entrailles ». Maurras insiste sur le fait que « les actes décisifs du Prince ont eu lieu entre 1894 et 1900 ». L’Enquête n’a fait que conclure, avec l’aide d’André Buffet et celle d’Eugène de Lur-Saluces, « ce gentilhomme si cultivé portait en lui tout ce que Bonald, Maistre, Blanc de Saint-Bonnet, Veuillot avaient élaboré pour nous depuis 75 ans. Il allait jusqu’à Taine et Bourget. Nous arrivions avec d’autres auteurs classés plus à gauche et tout aussi concluants en faveur de la réorganisation nationale et royale, de Renan à Barrés, de Fustel à Proudhon, à Guesde, à Lafargue ».

Dans sa lettre du 5 septembre 1900, le duc d’Orléans ratifie l’essentiel des idées que ses deux amis, ses deux témoins, alors bannis par la Haute-Cour, avaient émises sur la réforme des réformes : la réduction de l’étatisme et le principe décentralisateur. Ce programme, Maurras le précise dans un article du Soleil (10 mars 1900) sous le titre « La propagande royaliste » : « La monarchie ne plaît ni ne déplaît en France, elle est ignorée… Il est certain que la tradition est rompue même moralement… Sauf en quelques régions très rares »Maurras pense que cela vaut mieux : « Une véritable révolution pourra s’effectuer, qui ne sera ni la restauration parlementaire du XIXe siècle, ni la restauration de l’Ancien Régime bourbonien présidé par un César héréditaire… il s’agit, en un mot, de revenir à la pratique des meilleurs moments de la monarchie, quand les communes et les associations de tout ordre s’administraient elles-mêmes et que le roi se renfermait dans la gestion des intérêts supérieurs de la patrie ».

L’Enquête sur la Monarchie provoque un renouveau du vieux « parti royaliste » ; publiée dans La Gazette de France puis en fascicules, dont le premier (dialogue avec les exilés et première réponse, celle de Paul Bourget) est répandu à plus de 500 000 exemplaires. Il s’agit d’une vaste opération de propagande doctrinale et Maurras élargit son audience, l’année suivante, grâce à « Une campagne royaliste », série d’articles que publie Le Figaro.

https://www.actionfrancaise.net/2024/08/23/memoire-du-royalisme-6/

lundi 19 août 2024

Grandeur de la monarchie

 

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Archétype de l’intellectuel de droite, futur académicien, Thierry Maulnier (1909-1988) n’a que vingt-trois ans lorsqu’il publie, en 1932, La Crise est dans l’Homme ; à travers un exercice brillantissime de critique littéraire consacrée aux grands ouvrages publiés à l’époque, le jeune normalien livre les premiers éléments d’une philosophie marquée par la pensée maurrassienne, le goût de la liberté et la tradition classique.

Il y affirme par exemple que « La théorie démocratique, en élevant à l’absolu l’individu supposé libre, ne lui a pas fait un beau sort. Elle l’a séparé de ses appuis éternels et de ses nourritures essentielles, elle a fait des hommes solidement unis et organisés de l’ancienne société une poussière de volontés solitaires et désemparées, une armée de fantômes prête pour toutes les oppressions ».

Cet essai fondateur est précédé de Grandeur de la Monarchie, texte paru en 1936, où il décrit cette dernière comme le plus sûr moyen de concilier l’autorité et la liberté.

Aux éditions de Flore, le texte est paru dans la collection « Maîtres et témoins», si vous souhaitez le lire, rendez-vous sur la page https://www.librairie-de-flore.fr/, toutes les informations nécessaires s’y trouvent.

https://www.actionfrancaise.net/2024/08/19/grandeur-de-la-monarchie/

dimanche 18 août 2024

Le nationalisme intégral et l’institution monarchique

 

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Par Pierre Gourinard

La monarchie, dans la pensée maurassienne, est représentée comme le couronnement du nationalisme intégral. Le patriote peut se croire républicain, dit Maurras. Pourtant, il aime mieux voir la force française s’unir et se multiplier devant les rivalités étrangères, que de se diviser et de s’épuiser dans les conflits intérieurs.

Pour Maurras, sans Roi, tout ce que veulent conserver les nationalistes s’affaiblira d’abord et périra ensuite nécessairement. Sans Roi, tout ce qu’ils veulent réformer durera ou s’aggravera, ou, à peine détruit, reparaîtra sous des formes équivalentes. Dans ce cas, le royalisme correspond à tous les divers postulats du nationalisme, d’où le nom de nationalisme intégral.

La République a besoin de s’imposer aux consciences puisqu’elle repose sur des volontés. Elle a besoin de l’enthousiasme de ses sujets qui sont ses électeurs, et qui, nominalement, constitutionnellement, ont ses destinées dans leurs mains.

« La République est une religion. La Monarchie est une famille ».

Actuellement, la France est menacée de l’intérieur par une immigration étrangère qui, contrôlée ou non, se révèle inassimilable, parce que la barrière religieuse de l’Islam engendre des coutumes incompatibles avec notre culture chrétienne française et occidentale.

L’autorité de l’État ne s’exerce plus sinon sous une forme coercitive, celle de la police de la pensée avec ses corollaires, le politiquement correct et l’historiquement correct.

Que peuvent les institutions actuelles ?

Impuissantes ou complices devant les empiètements de souveraineté de l’Europe de Bruxelles, elles offrent le spectacle consternant d’une mascarade électorale perpétuelle qui atteint en ce moment le paroxysme de la bouffonnerie. Nous ne pouvons que constater la dilution même de la notion d’État.

Comment sortir de cette situation sinon en revenant aux sources du nationalisme intégral ?

vendredi 31 mai 2024

La monarchie sociale

 

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Le sujet est de plus en plus abordé dans les milieux royalistes, ainsi que l’explique Jean-Philippe Chauvin, mettant en évidence une formule : sociaux parce que royalistes !

Une formule qui rappelle une vérité simple : les royalistes, et avant eux les rois de France, ont toujours prêté attention aux questions sociales. Non pas pour tout commander ou tout diriger mais pour arbitrer, corriger, pour assumer des devoirs sociaux qui sont à la base même de la royauté traditionnelle, de la défense du travail du peuple dans sa double acception, c’est-à-dire à la fois le peuple en tant que population du royaume mais aussi en tant que classe populaire…

L’Action française se préoccupe de la question sociale, se référant au marquis de La Tour du Pin, véritable théoricien du corporatisme et de la décentralisation. D’autres apports complètent sa vision : Le Play, Maurras, Valois, Arès ou encore Bacconnier. La vidéo ici proposée permet d’en savoir davantage sur la monarchie sociale que nous défendons :


https://www.actionfrancaise.net/2024/05/30/la-monarchie-sociale/