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dimanche 8 mars 2026

Libye, Maghreb, mémoire coloniale : l’Afrique réelle décrypte les fractures du continent

 

Dans son numéro de mars 2026, L’Afrique Réelle, dirigée par Bernard Lugan, propose une série d’analyses consacrées aux grandes lignes de force du continent africain : assassinat de Seif al-Islam Kadhafi et avenir de la Libye, recompositions géopolitiques au Maghreb, dépendance énergétique de l’Algérie ou encore questions historiques liées aux accords d’Évian et à l’ethnogenèse des Berbères. Un numéro qui entend éclairer l’actualité africaine à la lumière des réalités historiques,  politiques et géographiques du continent.

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Sommaire du n°195 (mars 2026)

Actualité
– Seif al-Islam Kadhafi assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie
Dossier
– Maroc-Algérie-pays du Golfe, la nouvelle géopolitique du Maghreb
– L’Algérie exportera-t-elle encore des hydrocarbures en 2040 ?
– Le blé, une production stratégique pour l’Afrique
 Histoire
– Les « Accords d’Evian » ou le début de l’épuration ethnique des Européens d’Algérie et du massacre des Harkis
– L’Empire africain britannique, un « mauvais investissement » ?
– L’ethnogenèse des Berbères

Editorial de Bernard Lugan

Seif al-Islam Kadhafi a été assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie. Cette vieille terre berbère aujourd’hui arabisée et islamisée après avoir été tour à tour colonisée par les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Turcs, et enfin par les Italiens, se caractérise par la faiblesse du pouvoir central face aux permanences tribales et régionales. Véritables « fendeurs d’horizons », les ensembles tribaux les plus forts ont toujours contrôlé les couloirs de nomadisation reliant la Méditerranée à la région tchadienne. Les trafics d’aujourd’hui (drogue et migrants), se font le long de ces voies tracées par la géographie.

N’ayant pas voulu voir que la réalité  politique libyenne repose sur l’équilibre et sur les jeux de pouvoir entre les grandes confédérations tribales et régionales, ceux qui, en 2011, au nom de l’ingérence démocratique, mirent à bas le régime du colonel Kadhafi, ont directement provoqué le chaos. Ceux qui viennent de faire assassiner son fils Seil al-Islam ont décidé de l’entretenir car ils en vivent.

La longue histoire des Berbères précède de 10 000 ans la conquête arabo-musulmane. Une évidence niée par certains historiens « officiels » algériens, dont Mohamed El Amine Belghit, pour qui « l’amazighité est un projet idéologique sioniste-français par excellence » car, selon lui, les Berbères n’existent pas. En 1962, Abderrahmane Ben Hamida, ministre algérien de l’Education nationale, avait quant à lui déclaré que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »… L’ethnogenèse des Berbères permet de réfuter un tel mensonge ethnique et historique.

L’Algérie se trouve dans une situation de grande vulnérabilité avec à la fois une baisse de la production des hydrocarbures, et une hausse de la demande interne. Or, comme les hydrocarbures représentent près de 95% des exportations et plus de 60% du budget algérien, la situation économique rentière du pays va inéluctablement devenir intenable.

En France, nous disposons des travaux pionniers de Jacques Marseille qui montrent que son empire colonial fut une ruine pour la France. Aujourd’hui, grâce aux publications universitaires récentes, il est possible d’affirmer que l’empire africain ne fut pas un élément de la puissance économique britannique car il n’en constituait qu’un élément secondaire, pour ne pas dire marginal. En revanche, il fut un espace stratégique, politique et symbolique.

Les 18 et 19 mars, la France officielle et masochiste va « célébrer » l’anniversaire des « accords d’Evian » et du « cessez-le-feu » en Algérie. La « célébration » d’un abandon doublé d’une tragédie. Les accords d’Évian ont en effet été violés sur plusieurs points essentiels par les nouvelles autorités algériennes, notamment en ce qui concerne la sécurité des personnes (Harkis, Européens), les biens, et certaines clauses de coopération.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2026/03/08/257494/libye-maghreb-memoire-coloniale-lafrique-reelle-decrypte-les-fractures-du-continent/

samedi 25 janvier 2025

La traite oubliée des esclaves blancs en Afrique du Nord

 

Dans sa chronique, l’historien Samuel Touron évoque un pan de l’histoire peu étudié : la traite des esclaves blancs en Barbarie qui concerna entre 1,3 millions et 2,5 millions de personnes dont une partie du Sud de la France, l’actuelle Provence et le Languedoc.

***

par Samuel Touron

Victor Hugo dans Ruy Blas créait le diabolique et manipulateur Don Salluste, odieux personnage qui, afin de retrouver les bonnes grâces de la monarchie espagnole n’hésite pas à faire livrer aux Barbaresques son neveu Don César. Cette pièce, qui entra dans la culture populaire avec le film de Gérard Oury, La Folie des grandeurs, où le génial Louis de Funès incarne l’affreux Don Salluste rendant la réplique à un fringant Ruy Blas joué par Yves Montand, montrait pour la première fois au cinéma un épisode très peu étudié par les historiens et largement méconnu en France : la traite des esclaves blancs en Barbarie.

Les Ottomans contrôlent l’Afrique du Nord

Qu’est-ce que la Barbarie ? La Barbarie désigne jusqu’au XIXe siècle la côte nord-africaine s’étendant du Maroc à la Tripolitaine c’est-à-dire l’actuelle Libye. Ces terres ne connaissent pas de pouvoir central fort ni de système politique organisé autour d’une structure étatique. À partir du XIVe siècle, les Ottomans prennent le contrôle de l’Afrique du Nord et s’imposent en maîtres sur la région. Ils n’y exercent néanmoins qu’un pouvoir lointain laissant à des chefs locaux l’essentiel des fonctions régaliennes. L’affrontement entre mondes chrétien et musulman, caractérisés par l’ensemble des croisades menées entre le XIe et le XIIIe siècle se poursuit largement à compter du XIVe siècle au travers de l’expansion de l’Empire ottoman, étant donné que la Reconquista a stoppé puis réduit l’expansion arabo-musulmane sur l’Espagne, le Portugal et la moitié Sud de la France. À partir de ce moment charnière, deux événements conjoints vont expliquer l’âge d’or de la traite des esclaves blancs au Maghreb.

De 400 000 et 800 000 personnes quittent l’Espagne

D’abord en 1492, la chute de Boabdil, émir de Grenade, entraîne le début du reflux massif des Morisques vivant en Espagne vers l’Afrique du Nord, notamment en raison du décret de 1502 qui fait de l’ensemble des sujets espagnols, des catholiques. En 1609, le roi Philippe III d’Espagne prend un décret promulguant l’expulsion des Morisques. Ils furent entre 400 000 et 800 000 à quitter la péninsule ibérique la plupart vivant en Aragon (20% de la population totale) et dans la région de Valence (40% de la population totale). Une fois au Maghreb ils furent massacrés par les populations locales qui voyaient en eux des chrétiens et, qui plus est, des renégats. Ceux qui survécurent vinrent gonfler les rangs des pirates barbaresques, notamment au sein de la République de Salé où des morisques originaires du village d’Hornachos en Estrémadure ont fondé une république corsaire.

Dar-el-Islam, Dar-al-Ahd, Dar-al-Harb

En parallèle, à compter du XIVe siècle, les Ottomans mettent la main sur l’Afrique du Nord. Ils annexent également à la même période les terres allant jusqu’au Yémen au sud-est et dominent les Balkans depuis la chute de Constantinople en 1453. L’Empire ottoman est alors à son apogée.

En islam, le monde se divise en trois catégories : le Dar-al-Islam, «territoire de l’islam» ; le Dar-al-Ahd, «territoire de l’alliance», rassemblant les États ayant fait alliance avec les pays musulmans et le Dar-al-Harb désignant le «territoire de la guerre», où il faut combattre les infidèles, principalement les chrétiens. L’objectif de chaque souverain étant d’unifier l’ensemble de ces territoires sous le Dar-al-Islam. Cette conception de l’organisation du monde combiné à l’expansion d’une grande puissance musulmane ainsi qu’à l’analyse de la situation que nous avons faites en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique nous permet de comprendre les raisons qui expliquent le développement de la traite des esclaves blancs en Barbarie.

Ainsi, musulmans et chrétiens s’affrontent tant sur terre que sur mer. Sur terre, la situation est contrastée nous l’avons vu, les Ottomans sont, certes, aux portes de Vienne mais les Morisques viennent d’être chassés de la péninsule ibérique. Sur mer, la bataille de Lépante est remportée par la coalition chrétienne face aux troupes ottomanes en 1571. Cependant, les musulmans ne peuvent se résoudre à laisser la domination des mers aux chrétiens. La traite des esclaves s’impose alors comme une solution de choix pour les Ottomans.

Le Languedoc et la Provence sont notamment victimes de ces raids incessants depuis le début de l’an 1000

En effet, les Barbaresques pratiquent la traite des esclaves depuis l’Antiquité, la région de Béjaïa en Kabylie est alors connue comme étant le grand repère des Barbaresques. En effet, Béjaïa est proche d’Alger où se trouve le plus important marché aux esclaves du monde musulman. Le Languedoc et la Provence sont notamment victimes de ces raids incessants depuis le début de l’an 1000. Les villes côtières languedociennes et provençales se sont construites en hauteur afin de dominer la mer et de pouvoir faire face aux incursions, au pillage et au vol des hommes, des femmes et des enfants. Les Maures s’installent notamment dans le massif du même nom et sont à l’origine du nom de plusieurs localités dont Ramatuelle (Rahmatu-Allah) signifiant miséricorde divine ou encore Saint-Pierre d’Almanarre (Al-Manar signifant le phare). Jusqu’au XVIIIe siècle, les Languedociens et les Provençaux vivent avec la menace des incursions barbaresques de même que l’ensemble des résidents du pourtour du nord de la Méditerranée occidentale. Les Ottomans exploitèrent par la suite cette longue tradition en donnant davantage de moyens aux Barbaresques, notamment en les équipant en navires.

Des raids jusqu’à Reykjavik, en Islande

Redoutables corsaires, les Barbaresques dominèrent les mers entre le XVIe et le XVIIIe siècle : ils pillaient et attaquaient tous les navires chrétiens qu’ils croisaient en Méditerranée et en Atlantique et menèrent des raids jusqu’à Reykjavik, en Islande. Durant cette période, la violence des Barbaresques était telle que les terres comprises entre Venise et Malaga connurent un exode généralisé vers leurs arrières-pays. Certains villages disparurent car l’ensemble de la population fut déportée et réduite en esclavage. Le 20 juin 1631, le village irlandais de Baltimore est, par exemple, entièrement vidé de ses habitants. En Islande, entre 400 et 900 personnes sont prises puis vendues à Alger en 1627. Une question se pose alors : que deviennent ces esclaves ?

Esclaves vendus sur les marchés d’Alger, Tripoli, Tunis…

La plupart d’entre-eux sont vendus sur les marchés d’Alger, de Tripoli ou de Tunis au côté notamment des esclaves noirs notamment en Libye. Les hommes d’un statut social peu élevé sont vendus à des propriétaires où ils travaillent comme serviteurs ou dans des exploitations agricoles et fermières, d’autres sont vendus comme galériens où ils rament toute leur vie durant dans les galères barbaresques ou ottomanes. Les femmes sont vendues comme domestiques ou pour alimenter les harems qui étaient entièrement composés de femmes européennes ou subsahariennes.

En effet, il est interdit en islam d’asservir à des pratiques sexuelles ou divertissantes une femme musulmane. Le rôle des plus séduisantes d’entre-elles est de fournir des successeurs au sultan. Les esclaves les plus riches ou les plus influents étaient, eux, conservés pour rançon. Parmi les esclaves célèbres des Barbaresques notons l’auteur espagnol Miguel de Cervantès vendu comme esclave à Alger en 1575 à la suite de la bataille de Lépante et racheté par l’Espagne en 1580. Enfin, les jeunes garçons étaient convertis à l’islam et étaient éduqués pour devenir des janissaires c’est-à-dire des combattants dans un corps spécial au service de l’Empire ottoman. Les jeunes filles, elles, rejoignaient le harem.

Les Américains donnaient 20% de leur budget pour que leurs navires ne soient pas rançonnés

Peu d’historiens se sont intéressés à la traite des esclaves blancs en Barbarie notamment à son poids démographique et économique, il est pourtant considérable. Sur une période allant de 1500 à 1800 on estime le nombre de personnes réduites en esclavage entre 1,3 et 2,5 millions de personnes. Le poids économique est délicat à calculer mais, à titre d’exemple, le gouvernement américain allouait 20% de son budget aux Barbaresques afin que leurs navires marchands ne soient pas rançonnés. Au début du XIXe siècle, les puissances européennes s’unirent pour mettre un terme à l’esclavage des Blancs en Afrique du Nord. Dès le Congrès de Vienne de 1815, les bases sont posées «pour l’abolition de l’esclavage des blancs aussi bien que des noirs en Afrique», selon les mots de l’Amiral Sidney Smith de la Royal Navy. En 1830, la conquête d’Alger par la France mit un terme définitif à la traite des esclaves en Afrique du nord et au règne des Barbaresques.

source : Dis-leur via L’Échelle de Jacob

https://reseauinternational.net/la-traite-oubliee-des-esclaves-blancs-en-afrique-du-nord/

samedi 21 octobre 2023

Livre de Bernard Lugan : Histoire de l’Afrique du Nord

 

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Les éditions du Rocher ont publié à la fin du mois de mai un nouvel ouvrage de Bernard Lugan, grand spécialiste de l’Afrique. Il s’agit d’une Histoire de l’Afrique du Nord, qui fait suite à de nombreux ouvrages, et notamment une incontournable Histoire de l’Afrique, mais aussi Décolonisez l’AfriqueOsons dire la vérité à l’Afrique ou encore plus récemment une Histoire et Géopolitique de la Libye.

Pour quiconque veut comprendre comment se sont formés les pays d’Afrique du Nord, quelles furent leurs histoires et  ce qui les a amenés à être ce qu’ils sont aujourd’hui, , ce livre est indispensable. Il devrait trôner en bonne place dans les bibliothèques de nombreux étudiants, mais aussi de militaires désireux de mieux comprendre ce continent. L’ouvrage fait 736 pages et est illustré d’une centaine de cartes en couleur.

Présentation de l’éditeur :
L’Afrique du Nord est formée de cinq pays (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc) que ce livre présente dans leur longue durée historique. À l’est, centrée sur l’étroit cordon du Nil, l’Égypte développa, dès le 5e millénaire av. J.-C., une civilisation aussi brillante qu’originale. À l’ouest, en Berbérie, apparurent au VIe siècle av. J-C., trois royaumes berbères dont les limites correspondaient aux actuels États du Maghreb. Rome imprégna ensuite toute la région de sa marque. L’empire byzantin qui lui succéda s’établit de l’Égypte jusqu’à l’est de l’actuelle Tunisie, renonçant à la plus grande partie du Maghreb où la « reconquête » berbère eut raison du vernis romano-chrétien.

Aux VIIe-VIIIe siècles, l’islamisation provoqua une rupture entre les deux rives de la Méditerranée ainsi qu’une profonde mutation des sociétés nord-africaines. Au XVIe siècle, l’expansion turco-ottomane subjugua toute l’Afrique du Nord avant de buter sur le Maroc qui réussit à maintenir son indépendance en s’alliant à l’Espagne chrétienne. Durant la période coloniale, les Britanniques s’installèrent en Égypte, les Italiens disputèrent le vide libyen à la Turquie et, à l’exception de la partie nord du Maroc devenue protectorat espagnol, le Maghreb fut tout entier rattaché au domaine français. L’Égypte recouvrit son indépendance en 1922, la Libye en 1951.

Quant au Maghreb, il connut des péripéties sanglantes avec la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). En dépit d’une « arabité » postulée et d’une islamité commune, les cinq pays composant l’Afrique du Nord eurent ensuite des destins divers illustrés par l’épisode dit des « printemps arabes ».

Riche d’une centaine de cartes en couleur, ce livre est l’outil de référence indispensable à tous ceux qui veulent connaître les constantes qui fondent la géopolitique de cette arrière-cour de l’Europe qu’est l’Afrique du Nord.

Histoire de l'Afrique du Nord 1

Il est possible de commander Histoire de l’Afrique du Nord directement sur le site de l’Afrique Réelle moyennant une participation aux frais de port :
– 6€ pour livraison (colissimo suivi) en France métropolitaine, soit 35€
– 10€ pour l’UE, soit 39€
– 15€ pour le reste du monde et Dom-Tom, soit 44€

 

Crédit photo  : [cc] David Osborn, aeroprints.com, via WikipediaCC BY-SA 3.0
[cc] Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source

https://www.breizh-info.com/2016/06/12/44731/nouveau-livre-de-bernard-lugan-histoire-de-lafrique-nord/

dimanche 19 avril 2020

Le « crime » racial est imprescriptible Où s'arrêtera la chasse aux sorcières ?

Où s'arrêtera la chasse aux sorcières ?.jpegJusqu'où iront-ils ? « Ils », ce sont tous ceux qui se focalisent jusqu'à la névrose, sur les années 1940. Il faut en parler toujours. Trouver la phrase ou découvrir le simple mot qui permettent de recommencer l'éternel procès des acteurs de ces années qui ont dérapé, ne fut-ce qu'une fois, sur la question raciale.
Le 8 mai 1945, l'Allemagne capitule sans condition. Exit le nazisme. Au diable Hitler. Outre-Rhin, le procès de Nuremberg rime avec condamnations et pendaisons. En France, c'est l'épuration avec son cortège de dégradations et d'exécutions. Soixante ans plus tard, chacun pourrait croire que la page est bien tournée. Il n'en est rien. Nous avions déjà eu droit aux procès à retardement des octogénaires sortis du formol pour rejoindre le banc des accusés Barbie, Touvier, Bousquet, Papon, ou la gérontologie au centre des réquisitoires.
Les fonds de tiroir raclés jusqu'à épuisement, il faut trouver ailleurs. Les écrivains ! Beaucoup sont morts, mais leurs écrits sont restés. Il y a dix ans, le cadavre du docteur Alexis Carrel, prix Nobel de médecine et de physiologie en 1912, et auteur d'un ouvrage magistral, L'homme, cet inconnu, publié en 1935, est exhumé. Carrel a défendu des thèses eugénistes. Il a donc ouvert la porte des chambres à gaz. Les rues qui portent son nom sont débaptisées. Lyon. Paris. Rennes. Plus d'une quinzaine de villes épurent la voirie du nom de ce médecin de sinistre mémoire. Philippe Marini, le maire de Compiègne, qui s'obstine à vouloir conserver sa rue Alexis-Carrel, est dénoncé par les ligues de vertu.
Un proscrit que Mauriac fut content de revoir
En 2002, ce sont les Pyrénées-Atlantiques qui découvrent l'indicible. À Saint-Palais, un établissement scolaire porte le nom de Léon Bérard. Une grande figure de la IIIe République. Parlementaire. Ministre de l'Instruction publique. Ministre de la Justice. Membre de l'Académie française.
Alors, où est le problème ? Il y a une ombre au tableau, relevée par le conseil d'administration du collège, qui veut qu'il soit rebaptisé (par exemple du nom de Guy Môquet). Et quelle ombre ! Léon Bérard a été ambassadeur du régime de Vichy au Vatican, de 1940 à 1944. Le 2 septembre 1941, il a adressé au maréchal Pétain un rapport dans lequel il analysait la position du Saint-Siège sur la promulgation par Vichy de la seconde loi portant statut des juifs. Or, une lecture rapide laisse penser que Bérard y approuve que certaines professions soient interdites aux juifs. En fait, le mémo qu'il adresse à Pétain porte sur la compatibilité entre le statut des juifs et la doctrine catholique romaine.
Oubliant qu'il avait écrit qu'« il y a une opposition foncière, irréductible, entre la doctrine de l'Eglise et les théories "racistes" », il lui fut reproché, après guerre, de s'être égaré. Mais pas avec la haine actuelle. Avec la mansuétude qui convenait à l'égard de ce personnage hors du commun, de ce « survivant d'un milieu où la culture était aimable », comme l'écrivit le gaulliste François Mauriac, qui ajoutait : « Quand les choses se gâtèrent, il attendit sagement sous le porche de Saint-Pierre la fin de la grêle; et nous fûmes tous bien contents de le voir revenir. »
En ce début 2009, un séisme d'amplitude 10 sur l'échelle de l'historiquement correct a frappé. Le scandale est venu de l'Epaulette, une association nationale d'officiers fondée en 1964 avec pour missions principales l'entraide et le rayonnement. Reconnue d'utilité publique, elle regroupe plus de six mille officiers et publie une revue éponyme tirée à sept mille exemplaires.
Un de ses membres, le colonel Guy Husson, a demandé à son président, le général Daniel Brûlé, de présenter sa démission. C'est lui qui sera viré, pour avoir causé un « préjudice moral aux intérêts de L'Epaulette et porté atteinte au renom de l'association », à la suite de quoi il annoncera la création d'une association dénommée par antiphrase Honneur de France, dont les statuts précisent qu'elle sera dissoute « lorsque plusieurs publications rédigées par des militaires, dans le cadre d'associations militaires, dont certaines sont hébergées aux frais de la République […] cesseront d'ouvrir leurs colonnes à des thèses antirépublicaines et antisémites ». Bigre !
Si Weygand n'était pas patriote, qui l'est ?
L'affaire semble sérieuse. Tellement sérieuse que le général Daniel Brûlé a cédé sa place le 7 février au général Jean-François Delochre. Et quelle est la cause du coup de sang de Husson ? La revue L'Epaulette a publié un texte du général Maxime Weygand faisant l'apologie, de l'obéissance « Dans l'armée, l'honneur est inséparable du devoir et le devoir militaire ne peut se concevoir sans discipline. Un principe essentiel est à faire respecter l'obéissance aux chefs immédiats ne doit en aucun cas être contestée; elle constitue une obligation impérative dont le respect ne peut être considéré ultérieurement comme une faute. » Or, ce principe n'a, paraît-il, plus cours au sein de l'armée, le code du soldat disposant désormais que le militaire obéit aux ordres « dans le respect des lois, des coutumes de la guerre et des conventions internationales ».
Mais ce débat sur l'idée que le général Weygand se faisait de l'obéissance n'est pas l'objet principal du courroux du colonel Husson. Maxime Weygand a fait pire que prêcher l'obéissance. Le 30 septembre 1941, il aurait signé une note de service interdisant aux enfants juifs de fréquenter les écoles primaires et secondaires. Weygand antisémite! L'insulte qui tue plus sûrement qu'un coup de 12. Et ce d'autant plus que Weygand aurait « manqué de foi en la patrie ».
Quels sont les titres qui permettent au colonel Husson de faire la morale post mortem au général Weygand ? Sur quels champs de bataille s'est-il illustré ? Quelles armées a-t-il mis en déroute ? Ne doutons pas que son palmarès est impressionnant. Mais soyons également certains d'un autre fait il sera toujours dérisoire à côté de celui du général Weygand. Ne parlons même pas du rôle de celui-ci au cours de la Grande Guerre. Il suffirait à démontrer l'indécence du colonel Husson. N'abordons pas non plus le général Weygand appelé le 19 mai 1940 par Paul Reynaud, en pleine catastrophe, pour remplacer le généralissime Gamelin. Appelé au secours à l'âge de 73 ans !
En sauvant l'Empire, il a sauvé la France
Evoquons simplement le général Weygand à partir du 22 juin 1940. C'est-à-dire la date de l'armistice voulu par Weygand et qui aujourd'hui symbolise « le manque de foi en la patrie », alors même que Churchill déclara en 1944 « l’armistice nous a en somme rendu service. Hitler a commis une faute en l'accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord, s'en emparer pour continuer sur l'Egypte. Nous aurions eu alors une tâche bien difficile »; alors même que Gœring dut reconnaître que « l'armistice a été la pire erreur de Hitler » ; alors même que De Gaulle dira au général Robert Odic, qui était en 1940 chef d'état major de l'armée de l'air « N'avouez jamais que l'armistice ne pouvait pas être évité. »
Grâce à l'armistice, l'Empire n'est effectivement pas tombé entre les mains de l'Allemagne. L'Empire et son immense potentiel humain. L'Empire et sa nombreuse population juive mise à l'abri des persécutions allemandes. Face au tribunal de l'Histoire, cela pèse quand même plus lourd qu'une simple note de service sur l'interdiction d'aller à l'école.
Le 7 septembre 1940, le général Weygand est nommé délégué général du gouvernement en Afrique, avec pour mission d'y rétablir « la confiance, l'espoir, l'unité de vues, rassurer les populations et les préserver contre toute tentative d'agression ». Sitôt nommé, le vieil officier relève le défi. Il entreprend une grande tournée de l'Empire. Partout où il se rend, il appelle les populations européennes et autochtones à se ressaisir. Il insiste sur la nécessité de l'union et de la discipline.
Derrière cette action psychologique se dissimule son véritable objectif - la reprise en main de l'armée malgré les commissions de contrôle de l'Allemagne. Rien n'est oublié formation morale et militaire. Entraînement physique. Rajeunissement des cadres. Chasse à la routine et aux pesanteurs administratives. Dissimulation du matériel. Fabrication clandestine d'armements. L'action du général Weygand contredit tellement les visées du Reich que Berlin finit par faire pression sur Vichy pour qu'il soit relevé de ses fonctions. Pétain tente de résister, avant d'être contraint de le révoquer le 17 novembre 1941.
Le non-lieu de la Haute Cour passé sous silence
Pour l'Allemagne, il est déjà trop tard. Les armées d'Afrique du Nord et d'Afrique occidentale, réorganisées par Weygand, comptent désormais 181 000 et 56 000 hommes. Partout l'armement a été caché. Dans des fermes. Des grottes. Des forêts d'accès difficile. Le moindre recoin dissimule du matériel militaire. Des chars d'assaut. Des canons de 155. 55000 fusils. 82 canons de 75. 40000 grenades. Des mortiers de 81. 1500 mitrailleuses. Des canons de 47 antichars. Des obus. 210 mortiers. L'armée est reconstituée. Prête pour la revanche.
Après son départ, le général Weygand est remplacé par le général Juin qui poursuit, dans le même esprit, les opérations de camouflage. Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. Dans la foulée, l'Armée d'Afrique entre en guerre pour écrire quelques-unes des plus belles pages de l'histoire militaire française. Le général Weygand, quant à lui, est arrêté par la Gestapo près de Vichy en novembre 1942 pour être déporté en Allemagne. Très exactement au château d'Itter qui dépendait administrativement de Dachau. Un lieu dont le colonel Husson a probablement entendu parler.
En mai 1945, il est délivré par les Américains. Rapatrié, il est alors arrêté par la police française en raison de ses activités avec le gouvernement de Vichy. Trois ans plus tard, la Haute Cour de Justice le lave de tout soupçon et lui accorde un non-lieu.
Le général Weygand s'est éteint le 28 janvier 1965. Quarante-quatre ans après sa mort, son nom n'a été oublié par personne. Ni par ceux qui savent ce que la France lui doit. Ni par ceux qui se permettent de venir le juger.
Celui du colonel Husson, lui, retournera d'où il vient, dans l'anonymat le plus complet.

Thierry Normand Le Choc du Mois février 2039

lundi 20 juin 2016

Bernard Lugan publie une Histoire de l’Afrique du Nord qui fera date

Lugan-Afrique-du-Nord-226x350.jpgL’africaniste Bernard Lugan publie, aux éditions du Rocher, une Histoire de l’Afrique du Nord, une somme de quelque 740 pages qui fera date. Voici la présentation qu’en fait l’éditeur :
L’Afrique du Nord est formée de cinq pays (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc) que ce livre présente dans leur longue durée historique. À l’Est, centrée sur l’étroit cordon du Nil, l’Égypte développa, dès le 5e millénaire av. J.-C., une civilisation aussi brillante qu’originale. À l’Ouest, en Berbérie, apparurent au VIe siècle av. J-C., trois royaumes berbères dont les limites correspondaient aux actuels États du Maghreb.
Rome imprégna ensuite toute la région de sa marque. L’empire byzantin qui lui succéda s’établit de l’Égypte jusqu’à l’est de l’actuelle Tunisie, renonçant à la plus grande partie du Maghreb où la « reconquête » berbère eut raison du vernis romano-chrétien.
Aux VIIe-VIIIe siècles, l’islamisation provoqua une rupture entre les deux rives de la Méditerranée ainsi qu’une profonde mutation des sociétés nord-africaines. Au XVIe siècle, l’expansion turco-ottomane subjugua toute l’Afrique du Nord avant de buter sur le Maroc qui réussit à maintenir son indépendance en s’alliant à l’Espagne chrétienne.
Durant la période coloniale, les Britanniques s’installèrent en Égypte, les Italiens disputèrent le vide libyen à la Turquie et, à l’exception de la partie Nord du Maroc devenue protectorat espagnol, le Maghreb fut tout entier rattaché au domaine français. L’Égypte recouvrit son indépendance en 1922, la Libye en 1951. Quant au Maghreb, il connut des péripéties sanglantes avec la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962).
En dépit d’une « arabité » postulée et d’une islamité commune, les cinq pays composant l’Afrique du Nord eurent ensuite des destins divers illustrés par l’épisode dit des « printemps arabes ».
Riche d’une centaine de cartes en couleur, ce livre est l’outil de référence indispensable à tous ceux qui veulent connaître les constantes qui fondent la géopolitique de cette arrière-cour de l’Europe qu’est l’Afrique du Nord.

vendredi 3 juin 2016

Le génome d’un Carthaginois révèle une origine européenne

CARTHAGE (NOVOpress avec le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) : Une équipe internationale de chercheurs a procédé auséquençage du génome mitochondrial complet d’un jeune homme de Carthage. Cette ville de l’actuelle Tunisie était une colonie phénicienne à l’époque, vers 500 ans avant Jésus-Christ.
On savait déjà que ce Carthaginois était de race europoïde. C’est ce que révélait son squelette et plus particulièrement son crâne : il avait l’apparence d’un Européen de type méditerranéen et mesurait 1,70 m. Cette origine est confirmée par l’étude génétique, publiée par la revue Plos One. En effet, l’homme appartenait à un groupe génétique européen appelé U5b. Cet haplogroupe est hérité de la population de chasseurs-cueilleurs d’Europe de l’Ouest.
Aujourd’hui, moins de 2% des Européens de l’Ouest portent cette marque génétique. On en trouve notamment trace dans l’Europe de l’Ouest, par exemple au Portugal. Cette proximité fait dire aux chercheurs que ce Carthaginois-là n’avait probablement pas d’origines proche-orientales, alors que les Phéniciens sont supposés être des Sémites. En revanche, par leurs multiples implantations en Méditerranée occidentale, les Phéniciens ont pu faciliter la venue d’Européens en Afrique du Nord.
Ce génome constitue le témoignage génétique le plus ancien que l’on ait trouvé de la présence européenne dans une zone géographique qui était alors berbère. Cette présence remonte donc a minima au VIe siècle avant l’ère chrétienne. Les scientifiques espèrent désormais pouvoir séquencer l’ADN de Phéniciens de souche, pour en savoir plus sur l’origine de ce peuple.

jeudi 27 juin 2013

241 avant J.-C. : la Sicile devient la première province romaine

Au troisième siècle avant Jésus Christ, Rome n’était qu’une puissance terrestre, dont l’ambition territoriale semblait limitée à la péninsule italienne. Elle avait étendu sa domination par des annexions ou des alliances avec les peuples du centre de cette péninsule, qui exception faite des Étrusques, lui étaient très proches par leur langue, leur religion, leur culture.
Limitée au nord par les Gaulois installés dans la plaine du Pô, l’avancée vers le Sud s’était réalisée par un système d’alliances avec les cités grecques qui occupaient le terrain depuis l’époque archaïque. C’est à l’extrême Sud, au détroit de Messine, qu’elle se heurte à Carthage qui domine tout l’ouest de la Sicile, l’Est étant resté aux Grecs.
Dès la fin de la première guerre contre Carthage, qui va durer vingt-trois ans de 264 à 241 avant Jésus Christ, même victorieuse, Rome ne peut se permettre la même politique qu’auparavant. Militairement, elle s’est emparée d’un site stratégique vital pour l’empire carthaginois dont la métropole est intacte, entraînant un conflit ultérieur qui ne se terminera que 120 ans plus tard par l’anéantissement de Carthage en 146 avant JC.
Politiquement aussi : elle avait jusqu’alors rallié de gré ou de force des peuples voisins avec leur terre, là elle a conquis une terre plus lointaine dont elle ne peut s’allier les hommes sans risque. C’est ainsi que Rome a commencé à bâtir son empire, au sens où on l’entend actuellement.
I. Rome et Carthage, les origines d’un long conflit
Carthage était un empire maritime. Fondée par les Phéniciens du Moyen Orient au IXe siècle avant JC (- 814) peuple sémite, elle possédait de nombreux comptoirs dans toute la Méditerranée. Elle y régnait en maître, et contrôlait le trafic maritime jusqu’aux colonnes d’Hercule, actuellement Gibraltar. Sa domination sur la Sicile, tête de pont entre le Sud de l’Europe et le Nord de l’Afrique lui assurait le contrôle du passage entre la Méditerranée orientale et occidentale.
Tirant sa richesse de la mer, jusqu’alors ses principaux ennemis avaient été les Grecs, ou du moins ceux dont les colonies étaient des comptoirs marchands à savoir les Phocéens installés à Massalia (Marseille), Alalia (Aléria), Empuria (actuel Emporia Brava), avec lesquels la concurrence était rude. En 535 avant JC, ils avaient chassé les Phocéens d’Alalia en Corse, avec l’aides des Etrusques. Les Grecs occupaient le Sud de la péninsule italienne (appelée la Grande Grèce) et l’Est de la Sicile où leur arrivée remontait à l’époque archaïque.
Politiquement, c’est une nation très bien organisée, d’après de nombreux auteurs anciens dont Aristote, « les Carthaginois passent pour être bien gouvernés, leur constitution est à beaucoup d’égards supérieure à la nôtre ». Carthage était même passée d’un mode de gouvernement monarchique à un mode démocratique.
Mais ses possessions en Afrique du Nord (actuelle Tunisie), sur la côte sud de l’Espagne, l’actuelle Andalousie (Gadès aujourd’hui Cadix) précieuse pour ses métaux, et surtout la côte ouest de la Sicile, la Sardaigne et quelques comptoirs en Corse en faisait aussi une puissance terrestre.
Toutes ces possessions faisaient face à la péninsule italienne.
Rome était à l’époque une puissance terrestre en expansion.
Rome était restée avant tout une cité-Etat même si cette cité avait fini par chapeauter toute l’Italie centrale, par un système politique très complexe. Elle avait commencé à fédérer autour d’elle, les cités voisines du Latium, visiblement dans le but de constituer un ensemble géographique cohérent. Ce fut l’instauration du synœcisme. On distinguait trois catégories de citoyens :
- Les citoyens romains des origines qui participaient pleinement à la démocratie.
- Autour de ce noyau romain, on trouve les Latins. Ce sont des peuples qui ont une origine proche, tant par leur langue (italique, indo-européenne) que par leur religion. Les Latins, les Sabins, les Ombriens, les Volsques… Et les Étrusques, co-fondateur de Rome bien que d’origine différente (à l’heure actuelle, la question se pose encore de savoir s’ils étaient autochtones ou d’origine asiatique encore que cette hypothèse semble l’emporter). Ils étaient les citoyens romains, mais certains étaient des civitas sine suffragio, étaient citoyens mais privés du droit de vote. Cette différence pouvait venir des conditions d’où était venue l’alliance avec Rome. Soit ils avaient accepté l’alliance sans avoir combattu soit ils avaient tenté de résister et perdu. Mais pas toujours. Souvent c’était d’ailleurs ceux dont le territoire était plus éloigné de Rome. L’ager romanus occupe à peu près 1/5 Italie actuelle. Ils avaient le droit de se marier avec des citoyens romains.
Rome avait aussi des « alliés », des cités plus lointaines, où elle avait implanté des colons, qui perdaient leur citoyenneté romaine en échange de terres… Les « alliances » ayant été obtenues soit par la force (victoire militaire), soit par reddition sans combats. Ces cités devaient participer à l’effort de guerre et à la contribution financière, mais n’avaient pas le droit de vote donc aucun pouvoir décisionnel. Elles avaient gardé une certaine autonomie. Elles formaient un ensemble terrestre cohérent.
C’est avec la Sicile se rompt l’amitié avec Carthage.
Rome dominait toute la péninsule sauf la plaine du Pô. Cet espace, très riche, était occupé par les Gaulois qui avaient posé de gros problèmes au IVe siècle avant JC. Le célèbre épisode du chef gaulois Brennus, qui avait opposé aux tentatives romaines de négocier le montant du tribut du après un raid victorieux un tonitruant « malheur aux vaincus » est resté dans la légende. La conquête de la Cisalpine gauloise à l’époque n’était pas encore garantie.
Au Sud les Grecs contrôlaient au départ toute la partie méridionale de l’Italie, la Grande Grèce et l’Est de la Sicile. Rome avait commencé à étendre son influence vers le Sud en obligeant les Grecs à des alliances. En 272 avant JC, avait eu lieu le siège de Tarente, sa capitulation, puis en 266 avant JC, celle des Sallentins et les Messapiens. Ces cités et ces peuples bénéficiaient de la protection romaine, mais avaient gardé une certaine autonomie.
Les historiens sont très partagés sur la raison pour laquelle Rome est passée « outre-mer ». La Sicile, quoique proche malgré une séparation maritime, lui était un territoire complètement étranger. Elle était occupée de surcroît par deux peuples amis, les Grecs et les Carthaginois, rivaux entre eux.
On peut supposer qu’il y avait la nécessité d’acquérir de nouvelles terres cultivables, Rome n’ayant pas encore conquis la riche plaine du Pô, car la Sicile était un grenier à blé. A moins qu’il ne se soit agit du désir d’abaisser la puissance carthaginoise en vertu d’un principe maintes fois prêté aux Romains : « si tu veux la paix, prépare la guerre ».
En effet, la rivalité séculaire entre les Carthaginois et les Grecs avait amené une alliance objective entre Rome et Carthage depuis les Étrusques. Ils avaient conclu des traités d’alliance, le premier daté de 509 avant JC (d’après Polybe), puis en 348 avant JC d’après Diodore et Tite Live, en 306 et 278 avant JC cités par Tite Live. Les premiers étaient favorables à Carthage, le dernier plus favorable à Rome.
C’est Rome qui a ouvert les hostilités sous un prétexte apparemment futile.
II. La première guerre punique dite « guerre de Sicile »
Ce fut le détroit de Messine qui servit de casus belli. Rome, puissance terrestre, n’avait pas jusqu’alors tenté de conquêtes « outre-mer ». Suite à divers conflits localisés elle avait pris cependant pied à Reghium (actuel Reggio di Calabre), face à Messine. Messine était dans la zone contrôlée par les Grecs, mais des mercenaires latins, les « Mamertins » (dont le nom vient du culte de Mars), en avaient pris possession par la force.
Devant leur comportement agressif à l’encontre du voisinage, Hiéron tyran de Syracuse mit le siège devant Messine. Ils en appelèrent donc à Carthage encore alliée de Rome et qui répondit immédiatement. Mais ils en appelèrent également à Rome (étant eux-même Campaniens). Le Sénat hésita car le traité de 306 avant JC prévoyait de ne pas concurrencer la présence carthaginoise en Sicile. Mais l’affaire portée devant le peuple par le Tribun de la Plèbe amena une décision en faveur des Mamertins. Prudente Rome envoya des « conseillers » aux Mamertins. Ils devaient aider à trouver un accord, en fait il donnèrent des conseils aux Mamertins pour se débarrasser de leurs alliés carthaginois devenus importuns.
Devant ce qu’elle considéra comme une rupture d’alliance, donc une déclaration de guerre, Carthage s’allia alors au tyran de Syracuse. Mais celui-ci privilégia l’alliance romaine. C’était en 264 avant JC, et c’est ainsi que commença la première Guerre Punique.
La victoire romaine fut difficile, la guerre dura de 264 à 241 avant JC.
Rome et Syracuse tentèrent de s’emparer de la Sicile occidentale, Carthage avec sa flotte menaçait les côtes italiennes. Rome qui avait déjà commencé à se constituer une flotte a dû fournir un immense effort pour se hisser au niveau de Carthage. Elle connut d’abord de nombreux déboires dont une défaite à Drépane en 249 avant JC, en tentant de s’emparer de la Sicile occidentale. Il existe une légende qui prétend que les Romains auraient construit 120 bateaux en 60 jours, à partir d’un navire carthaginois échoué. Leur volonté de vaincre les amena à trouver un moyen d’aborder les navires ennemis (technique du corbeau citée par Polybe) de façon à éviter le combat naval pour le remplacer par un combat de fantassins sur les ponts des navires. Malgré tout, elle remporta, presque par miracle, une victoire navale inespérée aux îles Égades en 241 avant JC. Les Carthaginois demandèrent la paix. Ils durent céder la partie de la Sicile qu’ils contrôlaient et payer un tribut.
Ce qui ressort de cette guerre, c’est que Rome a fini par l’emporter par une victoire inattendue, et surtout une victoire navale. La guerre l’a obligée à avoir une flotte, elle lui a resservi souvent après.
En Sicile, les cités « libres » (grecques) qui avaient soutenu Rome furent récompensées par une immunité de prélèvements, et il fut conclue une alliance avec Syracuse. L’est de l’île reste grecque.
Par contre pour la partie carthaginoise, après sa victoire, Rome fut amenée à concevoir un autre mode d’organisation. Jusqu’alors elle avait soumis l’intégralité des territoires des cités libres à son autorité, souvent en ralliant l’élite à sa cause par l’octroi de la citoyenneté romaine. Jusqu’à présent les Alliés devaient payer un tribut et surtout envoyer des hommes pour soutenir l’effort de guerre.
Or il était évident que Carthage restait potentiellement dangereuse et Rome ne pouvait donc faire confiance aux Phéniciens de Sicile. Elle avait eu parfois à déplorer des défections chez ses alliés. Les anciennes recettes d’assimilation, applicables à des hommes libres ne pouvaient s’appliquer, la Sicile était composée de grandes propriétés sur lesquelles ont trouvait de nombreux esclaves. Pour la Sicile carthaginoise, cette organisation préexistante, même très différente de celle de Rome, pouvait être reprise sous réserve de concevoir un statut particulier : la Province.
Ce qui fut fait et se fera par la suite après chaque conquête, même sur le sol italien comme en Cisalpine, bien que ce territoire devint Romain avant les autres par la suite. Il semble qu’il y ait eu à ce moment ce moment, une distinction entre l’Italie et le reste du Monde.
III. La Sicile devint la première province du futur empire romain
La Province, stricto sensu est la « sphère d’activité d’un magistrat ». Dans la république romaine, un magistrat avait en charge un domaine, jusqu’alors une activité. Là, en Sicile, le Magistrat était le gouverneur envoyé par Rome afin de faire appliquer les décisions prises au Sénat. Il était le seul à détenir l’autorité de Rome, l’imperium. Il avait le pouvoir civil, militaire, judiciaire et pratiquement pas de contrôle, Rome était trop éloignée. Il y eut aussi très peu de fonctionnaires, les magistrats étaient envoyés pour un an. Du fait de l’éloignement, ils purent gouverner de façon autocratique. Il ne fut concédé aucun statut aux provinciaux.
Les gouverneurs devinrent souvent très riches au détriment des assujettis et leur attitude fut souvent concussionnaire. Rome préleva de lourds tributs sur l’île sous forme de production agricole, droits de douane.. Une partie des terres fut confisquée et louée. La Sicile devint le grenier à blé de Rome et ses productions virent concurrencer celles produites en Italie continentale.
Les produits agricoles de Sicile furent en concurrence directe avec ceux d’Italie continentale. La richesse ainsi procurée aux riches Romains qui s’y accaparèrent de grandes terres en Sicile (les latifundias) ainsi qu’aux riches négociants, combinée aux désastres causés par la guerre chez les citoyens romains plus modestes, contribuèrent à aggraver le clivage entre l’élite romaine et le peuple.
La Sardaigne fut quant à elle, l’objet de la deuxième guerre punique.
Les rapports avec Carthage s’étaient améliorés après la première guerre punique, une paix avait été conclue en 241 avant JC, la paix de Lutatius Catulus. Mais, profitant de la faiblesse de Carthage, Rome ne tarda pas à pousser son avantage.
Carthage étendait sa domination sur la Sardaigne et la Corse. Rome l’accusa de menacer ses côtes juste en face, et annexa la Sardaigne en 237 avant JC, puis la Corse. La Sardaigne présentait un avantage stratégique au milieu de la Méditerranée, économique aussi (c’était aussi une terre à blé) mais de surcroît, couverte de forêts elle pouvait fournir le bois nécessaire à la construction des navires. Il semblerait que Rome, dès son passage outre-mer, était bien décidée à continuer à s’étendre.
Hamilcar, à la tête de Carthage décida de s’étendre en Espagne afin de reconstituer une partie de sa puissance. En 218 avant JC, son fils, Hannibal reprit les hostilités. Il mit pied en Europe – à dos d’éléphant selon la légende – et franchit ainsi les Alpes vers l’Italie. Il espérait jouer des frustrations occasionnées chez les Alliés de Rome entre citoyens selon qu’ils soient ou non de plein droit. Certaines villes comme Capoue trahirent Rome, qui échappa de peu à la défaite.
Hannibal n’osa pas attaquer la ville de Rome elle même mais la menace fut à un moment pressante. Le noyau central des cités entourant Rome tint bon et resta fidèle. Ainsi Hannibal, resté quinze ans sur la péninsule romaine et malgré des succès notoires ( le Tessin en –218, de La Trébie en –217, du Lac Trasimène également en –217, et de Cannes en –216), dut malgré tout repartir sans avoir vaincu Rome. Carthage fut amenée à conclure un traité très dur en faveur de Rome en 201 avant JC après la victoire de Zama en -202 remportée par Scipion devenu de ce fait Scipion l’Africain.
IV. La bataille de Zama
Rome s’empara d’une partie de l’Espagne après la deuxième guerre punique.
On ignore s’il y a eu volonté dominatrice au départ où si l’Empire est né du hasard de l’extension à l’infini des possessions. Ce qui est sûr c’est qu’au départ, le mot Empire pour qualifier Rome renvoie à une notion géographique. Rome était encore ne l’oublions pas une République quand commença les premiers assujettissements de peuples plus lointains que les métropolitains.
Quoiqu’il en soit, la première Guerre Punique, suivie d’une attitude que nous qualifierions aujourd’hui d’ »impérialiste », provoqua la deuxième Guerre Punique qui failli lui être fatale. Hannibal avait pénétré en Italie, y était resté plusieurs années et le lent travail de Rome pour unifier l’Italie a bien failli être anéanti. Parce qu’elle ne l’a pas été, et qu’elle a éliminé militairement la puissance dominante de l’époque, Carthage, et mis en oeuvre un processus de gouvernement adapté à la gestion pragmatique de ses conquêtes, Rome avait désormais les mains libres pour conquérir le reste du monde méditerranéen.
On peut considérer que c’est la conquête de la Sicile carthaginoise qui a marqué une rupture dans la politique romaine, autant par la fin de l’ alliance carthaginoise que par le nouveau mode d’organisation choisi pour établir son autorité sur les vaincus. Rupture également par une extension au delà de la Mer de ses prétentions territoriales. La cité état des origines commençait à se comporter en grande puissance. Avec toutes les conséquences induites. Quand Rome a attaqué Carthage, l’issue du combat n’était en rien acquise. Parce qu’elle a su s’adapter à l’adversaire pour le battre sur son propre terrain, la Mer, parce qu’elle a compris dès la victoire acquise qu’il lui fallait poser les bases de la colonisation, la République romaine a généré une autre société beaucoup plus inégalitaire qui la conduisit à l’Empire.

lundi 16 juillet 2012

La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212)

Au XIe siècle, en Espagne, le califat omeyyade entre dans une phase de « décomposition ». En 1031, il n’y a plus de calife, et al-Andalus éclate en une multitude de petits États appelés taifas, sur des bases ethniques. La reconquête s’accélère pour les États chrétiens du Nord. En 1086, l’année qui suit la prise de Tolède, les rois des taifas appellent à l’aide les Berbères almoravides qui venaient de fonder un empire en Afrique du Nord. L’émir Yûsuf ibn Tashfin stoppe alors la reconquête en écrasant l’armée chrétienne à Sagrajas (1086) avant de rembarquer pour le Maroc.Les chrétiens parviennent néanmoins à rétablir la situation et l’expansion chrétienne reprend. En Afrique du Nord, la puissance almoravide s’effondre, remplacée par les Almohades. Ceux-ci débarquent en Espagne et s’opposent aux chrétiens, avec sur le plan militaire des hauts et des bas. En 1195 survient le désastre d’Alarcos pour les chrétiens, un traumatisme en Occident car survenant peu après la reprise de Jérusalem par les musulmans en Orient (1187). Les chrétiens sont repoussés jusqu’au Tage.
En 1199, le nouveau calife almohade, Muhammad an-Nasîr, souhaite en découdre avec les États chrétiens du Nord de la péninsule. Le calife est appelé chez les chrétiens le « Miramamolin » (déformation du titre al-Amîr al-Mu’Minin, « émir des croyants »). La puissance militaire de l’empire almohade est alors à son sommet et l’effroi se fait sentir jusque dans le Midi de la France : « à nous sont la Provence et le Toulousain, / jusqu’au Puy tout ce qui est au milieu ! » diraient les Sarrasins selon le troubadour Gévaudan. La trêve entre les Almohades et le royaume de Castille est rompue au milieu de l’année 1210.
I. Vers la bataille
Au milieu de l’année de l’année 1210, an-Nâsir décide de lancer une grande offensive contre la Castille pour abattre son plus redoutable ennemi. An-Nâsir proclame le djihad, traverse le détroit de Gibraltar avec une grande armée puis assiège la forteresse de Salvatierra. Mais les défenseurs de Salvatierra se défendent bien, au moment où Alphonse VIII de Castille ne peut pas riposter.
Lorsque Salvatierra chute, Alphonse VIII décide de rassembler l’ensemble de ses forces pour livrer une bataille rangée. Il envoie également des émissaires auprès des rois espagnols, du roi de France et du pape. Quelques troubadours deviennent les propagandistes de la cause castillane. Innocent III déclare la croisade et des prières pour la victoire s’organisent en France et à Rome. Un peu partout on s’enrôle pour partir combattre les Almohades.
Les croisés se regroupent à Tolède fin mai 1212. Parmi ces troupes, on retrouve le chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, l’archevêque Arnaud Amaury de Narbonne. Les sources donnent un chiffre de 40.000 fantassins et 10.000 cavaliers. Le roi d’Aragon est venu accompagné de ses chevaliers, les rois du Léon et du Portugal ont envoyé des contingents. L’armée almohade se concentre à Séville. Elle se compose de Berbères, d’Arabes, de Turcs, de Noirs et d’un certain nombre de volontaires.
L’armée croisée progresse à la vitesse moyenne de 15 kilomètres par jour. Une chaleur étouffante accable les hommes et de ce fait un certain nombre de croisés désertent. Deux forteresses musulmanes sont prises : Malagon et Calatrava. De son côté, le calife avance jusqu’à la Sierra Morena et adopte une stratégie défensive. Les chrétiens avancent vers l’armée musulmane, tandis que le roi de Navarre Sanche VII arrive au dernier moment avec 200 chevaliers.
Le 14 juillet, les croisés établissent leur camp sur un haut plateau du versant sud de la sierra. An-Nâsir, qui ne les attendait pas là, essaie de les y expulser en provoquant immédiatement la bataille.
II. La bataille de Las Navas de Tolosa
Le lundi 16 juillet, l’armée croisée se range en ordre de bataille. « Jamais tant et telles armes de fer n’avaient été vues en Espagne » rapporte la Chronique latine des rois de Castille. Les chrétiens sont 10.000 à 14.000. Les Castillonais sont placés au centre, les Catalans et Aragonais à droite, les Navarrais à droite. Les autres croisés se sont placés dans les rangs castillans.
Face à eux, An-Nâsir aligne 20.000 à 25.000 hommes. Dans l’avant-garde et sur les flancs, des cavaliers turcs, berbères et arabes ; derrière la foule des volontaires pauvrement armée ; au centre et à l’arrière Almohades et Andalous avec une cavalerie lourde. Derrière l’armée musulmane, une enceinte fortifiée sur une colline.
La bataille débute par l’attaque des avant-gardes chrétiennes contre les cavaliers musulmans ; ceux-ci ripostent par une attaque rapide et un volte-face. Les croisés chargent alors les volontaires et les massacrent. Ils poursuivent l’effort mais se heurtent au centre de l’armée almohade. C’est à ce moment qu’arrivent les deuxièmes corps chrétiens. Les Almohades tentent sans succès d’attaquer les flancs des croisés pour les encercler.
An-Nâsir ordonne alors à son arrière-garde de partir au combat. Les croisés, exténués et ayant subi des pertes, supportent mal ce nouvel assaut. Les pertes sont nombreuses chez les chrétiens ; parmi les morts, le maître du Temple, le maître de Saint-Jacques et l’évêque de Burgos. Voyant le moment décisif arriver, les rois chrétiens chargent alors avec leurs troupes encore intactes. Les rangs musulmans s’effondrent. C’est une débandade.
Les chevaliers avancent vers la forteresse sur la colline. Les défenseurs luttent courageusement tandis que le calife abandonne le camp et part en direction de Séville. Finalement, les croisés pénètrent l’enceinte fortifiée du fort par plusieurs côtés. La bataille est terminée. Les musulmans continuent à fuir jusqu’à la nuit.
Les pertes sont mal connues : probablement quelques milliers de combattants pour les croisés, au moins 10.000 pour l’armée almohade.
III. Le début de la fin de la Reconquista
L’armée croisée mène dans les jours qui suivent des opérations militaires dans la région (prise des forteresses de Ferras, Navas de Tolosa, Vilches, Banos de la Encina ; capture de la ville abandonnée de Baeza ; capture de la ville d’Ubeda). Touchée par la dysenterie, l’armée chrétienne se retire fin juillet. A Calatrava, les rois rencontrent le duc Léopold VI d’Autriche, arrivé trop tard pour la bataille ! Les vainqueurs parviennent à Tolède où est organisée une grande cérémonie religieuse et populaire.
La bataille a un grand retentissement. « En Espagne, jamais il n’y eut une bataille comme celle-là » écrit l’évêque Luc de Tuy. Le 11 août 1212, l’archevêque de Narbonne Arnaud Amaury déclare au chapitre de l’ordre de Cîteaux : « Nous vous annonçons une nouvelle de grande joie, parce que Miramamolin, roi de Maroc, qui, selon ce que nous avons entendu de beaucoup, avait déclaré la guerre à tous ceux qui adoraient la Croix, a été vaincu et mis en fuite en bataille rangée par les adorateurs de la Croix. »
Sur le long terme, la bataille prépara la reconquête de l’Andalousie avec le passage de la Sierra Morena sous contrôle chrétien. Les Almohades se virent largement affaiblis militairement. La défaite atterra les musulmans tandis que les chrétiens virent dans leur victoire le « jugement de Dieu ».
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Sources :
ALBANEL Laurent, GOUZY, Nicolas (dir.), Les grandes batailles méridionales (1209-1271), Toulouse, Privat, 2005.
MENJOT Denis, Les Espagnes médiévales. 409-1474, Paris, Hachette, 1996.

mardi 24 janvier 2012

« Les touaregs sont le rempart à l’expansion du terrorisme d’Al-Qaida »

La tension monte au Mali. Les Touaregs veulent chasser de leur territoire l’armée et Al-Qaida, qu’ils accusent de collusion. 
Les ONG présentes dans la région ont tiré la sonnette d’alarme. Les enlèvements de ressortissants occidentaux au Sahel ne sont que le symptôme d’une situation qui va en se dégradant. « Le dialogue est rompu. Le pouvoir malien est en train d’envoyer des chars et plusieurs milliers d’hommes sur le terrain dans l’extrême nord. Nous sommes dans la reprise des hostilités entre Bamako et les Touaregs », déclare à la Tribune de Genève Hama Ag Sid’Ahmed, porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).
La mort en août dernier du fondateur du MNLA, Ibrahim Ag Bahanga, vraisemblablement tué dans une embuscade, a nourri la colère des Touaregs. En outre, l’aide promise par l’Etat malien lors de la signature de l’accord de paix, à Alger en 2006, n’est jamais arrivée.
Une région instable
« Nous comptons reprendre notre destin en main », explique le représentant du MNLA. Créée il y a un peu plus d’un an, la nouvelle rébellion touareg du Nord s’est dotée d’une direction politique et d’un commandement militaire. La chute du régime libyen a ramené vers elle des hommes aguerris, qui disposent sans doute d’une partie de l’arsenal militaire qui s’est évaporé dans le désert ces derniers mois. Le reste est tombé entre les mains d’Al-Qaida. La région de l’Azawad a toujours été instable. La première rébellion remonte au début des années 60.
« On veut constituer un gouvernement, une sorte d’Etat qui prendrait en compte tous les aspects politiques, sécuritaires et économiques de la région », poursuit Hama Ag Sid’Ahmed, qui déplore la passivité de la communauté internationale. « Elle a minimisé le problème et tardé à prendre conscience de la gravité de la situation », déplore-t-il. La capture d’otages a changé la donne. Les rebelles touaregs, voient d’ailleurs dans ces enlèvements une raison de plus pour défier le pouvoir malien.
Le représentant du MNLA soutient qu’une partie de l’armée malienne est de connivence avec les groupes terroristes d’Al-Qaida au Maghreb islamiste (AQMI). « Certaines bases d’AQMI se situent à 10 ou 15 kilomètres à peine des bases militaires. Des officiels ont des contacts directs avec les chefs terroristes. Cela, pour faire en sorte d’évacuer les Touaregs de leur territoire », soutient Hama Ag Sid’Ahmed, qui pointe aussi le rôle joué dans la région par les « barons de la drogue ».
Un millier de combattants
Les Touaregs ne sont pas les premiers à dénoncer cette collusion. Désormais, ils ne souhaitent plus être de « simples spectateurs ». « Bamako et AQMI, c’est du pareil au même. Puisque tout le monde tente de nous chasser de la région, nous essayons de nous réorganiser pour récupérer progressivement ce qui nous appartient », explique le porte-parole du MNLA. « Aujourd’hui, les Touaregs restent le seul rempart possible à l’expansion d’AQMI », insiste-t-il.
En octobre dernier, la rébellion a déclaré la guerre à Al-Qaida. Hama Ag Sid’Ahmed reconnaît que certains jeunes Touaregs se sont laissés embrigader par l’AQMI. « Depuis deux mois, nous avons intensifié nos efforts pour les récupérer. Vingt-cinq d’entre eux ont déjà regagné nos rangs », assure-t-il. L’envie d’en découdre est là. Elle répond aussi à une soif de liberté.
« Cela fait vingt ans que les groupes islamistes installent ou tentent d’installer leur autorité à quelques kilomètres de nos maisons, qu’ils interdisent à nos jeunes le plaisir de la musique, et on ne devrait rien faire? Vous savez, cette musique du groupe Tinariwen que vous avez appréciée au festival de Montreux en 2007, elle est interdite par Al-Qaida dans mes montagnes ! » rappelle Hama Ag Sid’Ahmed. Et de compléter: « Notre culture, c’est la tolérance et l’hospitalité, pas les enlèvements. »
Le MNLA disposerait d’un millier de combattants et d’une quarantaine d’officiers touaregs, tous très bien formés. « Nous avions alerté les pays occidentaux il y a plus de quatre ans sur la situation dans la région. Personne n’a voulu nous croire ni nous écouter », déplore Hama Ag Sid’Ahmed, qui lance un ultime appel à la communauté internationale pour qu’elle aide les Touaregs « à sortir de ce chaos et évite l’embrasement de l’ensemble de la région ».
Source du texte : TRIBUNE DE GENEVE

mardi 14 juin 2011

De Gaulle contre Roosevelt ?

Un témoignage peu connu du Caudillo
Franco qui commanda ou, comme eût dit l’esprit du temps, guida son pays avant qu’il n’accoste sur les rives de la démocratie ordinaire et y attende, toutes portes ouvertes, le tsunami prévu de la crise, était un dictateur peu commun ; il publiait en effet, lors du blocus international de l’Espagne débuté par la démocratie chrétienne de Georges Bidault en France et appuyé sur les Nations Unies, des articles, dans le quotidien madrilène « Arriba » (Debout), sous le pseudonyme de Jakim Boor, afin justement d’échapper à une censure plus importante que la sienne, à savoir une censure mondiale, venue d’une organisation qui était pour lui un spectre, comme à tout catholique normal d’alors, depuis le pape Clément XII en 1738 1, y compris aux autres sectes chrétiennes et musulmanes : la Maçonnerie. Société de pensée déiste dans sa Constitution, puisqu’elle jure initialement sur la Bible, athée ou plutôt impie dans la pratique, et utile aux ambitieux. C’est sur ce plan qu’il situait l’opposition de De Gaulle à Roosevelt, ou plus exactement celle des ateliers londoniens aux ateliers états-uniens, et dont la conséquence aurait été l’assassinat à Alger, le 24 décembre 1942, de l’amiral François Darlan 2 dévoué à ces derniers.
Cette page de Franco journaliste peu connue du public français, mettant en scène l’influence américaine en Europe, mérite d’être lue attentivement : « L’amiral Darlan était de mèche avec Roosevelt et avec la Maçonnerie américaine, mais le personnage de Darlan gênait la conception anglaise d’un De Gaulle britannisé, et devant la décision américaine d’utiliser Darlan en Afrique du Nord, la maçonnerie européenne s’est chargée de l’élimination. Ne convenait pas aux intérêts maçonniques européens contrôlés par l’Angleterre la prépondérance de Darlan que coiffaient Roosevelt et la Maçonnerie américaine, et ne manquait la main d’un fanatique qui s’y prêterait facilement. Faire silence sur la mort correspondra à l’action maçonnique. C’est ainsi ce qui s’est produit  », commente le Caudillo d’Espagne, « mais la franc-maçonnerie américaine l’a su et ne l’a pas pardonné. Un abîme s’est ensuite ouvert entre les deux Maçonneries que rien ni personne ne réussira à remplir. Ce n’est pas en vain que la maçonnerie est une arme pour la prédominance et a sonné l’heure de la décadence des empires européens. La doctrine de Monroe 3 est ancrée dans les milieux maçonniques américains et l’obédience européenne est remplacée à grands pas sur le Continent par la discipline américaine «  » 4
L’intérêt du pieux et perspicace généralissime espagnol à cette question, dont il était devenu un expert, car il aimait à s’instruire en affinant le détail, venait de son père libéral et de l’influence, qu’il jugeait maligne, exercée sur lui par cette organisation aux racines anglaises et maintenue par tous les régimes de l’île jusqu’à ce jour, en premier dans ses colonies d’Amérique. Qui ne connaît, après la reprise, plus ou moins négociée, de la place forte de Philadelphie en décembre 1778 aux Britanniques - en fait des mercenaires majoritairement allemands du Hanovre -, ce défilé dans lequel le général Washington s’est montré avec les attributs maçonniques : épée au côté, tablier sur le ventre, écharpe barrant la poitrine et paré de tous les bijoux de l’Ordre : équerre, compas, phénix, pentagramme, lettre « G », étoile flamboyante, etc ? Le général La Fayette, dans sa déclaration enregistrée à la loge « Quatre » de Wilmington dans le Delaware avoue que son intronisation dans la loge « l’Union Américaine » lui valut l’estime immédiate du principal Père fondateur des Etats-Unis : « Auparavant je ne pouvais arracher de mon esprit le soupçon que le général commandant l’armée américaine avait des doutes sur mon cas ; ce soupçon était confirmé par le fait que je n’avais jamais reçu un commandement en chef. Cette pensée m’obsédait et parfois me rendait bien malheureux. Après que je fus entré dans la Maçonnerie américaine, le général Washington sembla avoir reçu une illumination. Depuis ce moment je n’eus plus jamais à douter de son entière confiance. Et peu après je reçus un commandement en chef important  ». 5
L’amiral Darlan, maçon avéré, fils de député radical-socialiste du Lot-et-Garonne de la même fraternité, a-t-il songé à suivre l’exemple du « frère » La Fayette ? C’est ce que veut nous faire entendre Franco après l’assassinat du marin français par le pied-noir algérois Fernand Bonnier de la Chapelle, précipitamment passé par les armes. Mais l’histoire ne s’est pas répétée de la même façon pour deux raisons : l’une évidente au regard du chercheur, quoique inconnue du public et en ce sens cachée, celle des rivalités entre obédiences maçonniques anglo-américaines (thèse de Franco), une autre soupçonnable, celle de l’opposition personnelle feutrée de De Gaulle, non pas des gaullistes, - ce terme désignant une adhésion grégaire et souvent momentanée, un agrégat aurait dit le grand philosophe allemand Leibniz, et non pas une substance - opposition, dis-je, à l’ordre mondial que dénonçait sa formation catholique et nationaliste, au sens le plus large.
« Un nouveau Vichy » (De Gaulle)
L’absence de résistance française au débarquement en Afrique du Nord marque la rupture des conditions d’Armistice et permet juridiquement à l’armée allemande d’occuper la zone libre. Ceci est bien connu. En même temps s’affaiblissait populairement la raison d’être du gouvernement du Maréchal qui était de maintenir une France libre d’occupation ; mais De Gaulle, qui est la lance offensive d’une France dont son ancien instructeur à l’Ecole militaire se voulait le bouclier, désigne d’instinct - selon l’expression de son télégramme de Londres du 12 novembre 1942 au général Catroux, au gouverneur général Félix Eboué de l’Afrique Française Libre (A.F.L.), au général Leclerc qui en commande les forces et à l’amiral Thierry d’Argenlieu Haut-Commissaire du Pacifique - un nouveau Vichy inféodé à l’Amérique de Roosevelt.
Effectivement De Gaulle reprend les termes de l’analyse franquiste que nous venons de présenter de la situation ; il suffit de lire ce passage du télégramme sur Darlan, agent non pas Allemand comme le clament les aveugles aujourd’hui, mais bien des Américains, agent rooseveltien : « C’est alors que Darlan est entré en scène. S’étant laissé faire, pour commencer, prisonnier des Américains, il a négocié avec eux la reddition d’Alger. Puis, il vient d’ordonner de cesser le combat en proclamant qu’il exerçait l’autorité en Afrique du Nord au nom du Maréchal, que tous les chefs actuels restaient en place et que les troupes devaient garder la neutralité. Les Américains pressés d’en finir et espérant qu’un jour Darlan se joindra activement à eux, inclinent maintenant à trouver cette situation satisfaisante…Tout se passe comme si une sorte de nouveau Vichy était en train de se reconstituer en Afrique du Nord, sous la coupe des Etats-Unis » 6.
Ceci ne fait point apparaître la position hostile de Roosevelt à l’égard de De Gaulle. Il faut attendre le débarquement, que les Allemands présentent comme une invasion de l’Europe, De Gaulle n’est du reste point encore éclairé sur l’impérialisme états-unien car il reprocherait à cette puissance grossie par la Grande Guerre, comme on a nommé la première, de ne pas avoir été assez interventionniste. Il dit : « Sa conception me paraît aussi grandiose qu’inquiétante pour l’Europe et pour la France. Il est vrai que l’isolationnisme des Etats-Unis est pour lui une grande erreur révolue. Mais passant d’un système à l’autre, c’est un système permanent d’intervention qu’il entend instituer de par la loi internationale. Dans sa pensée, un directoire à quatre : Amérique, Russie soviétique, Chine, Grande-Bretagne, règlera les problèmes de l’univers. Un parlement des Nations Unies donnera un aspect démocratique à ce pouvoir des « quatre grands ». La suite est une prophétie : « J’écoute Roosevelt me décrire ses projets. Comme cela est humain, l’idéalisme y habille la volonté de puissance. C’est par touches légères qu’il dessine, si bien qu’il est difficile de contredire catégoriquement cet artiste, ce séducteur. Je lui réponds, cependant, marquant qu’à mon sens son plan risque de mettre en péril l’Occident. »

Sans commentaire. M. Ben Ali voulez-vous prendre la parole sur la maçonnerie américaine ?
par Pierre Dortiguier http://www.geopolintel.fr/

Notes :

(1) « et tels des renards, ne travaillent à démolir la vigne, ne pervertissent le cœur des simples et ne le transpercent dans le secret de leurs dards envenimé… » (Bulle pontificale « In eminenti - 28 avril 1738). Corsini, le pape en question, relève que « dans plusieurs États, ces dites sociétés ont été, depuis longtemps déjà, proscrites et bannies comme contraires à la sûreté des royaumes ».
(2) Varios han sido los asesinatos de este orden cometidos durante la última contienda ; pero uno sólo ha sido la causa de la gran escisión : el del almirante Darlan, del que nadie se atreve a hablar. El almirante Darlan estaba en inteligencia con Roosevelt y con la masonería norteamericana ; pero la figura de Darlan estorbaba a la concepción inglesa de un De Gaulle britanizado, y ante la decisión americana de utilizar a Darlan en el norte de Africa, la masonería europea se encargó de la eliminación. No convenía a los intereses masónicos europeos, controlados por Inglaterra, la preponderancia de Darlan, que Roosevelt y la masonería americana patrocinaban, y no faltó la mano de un fanático que se prestara fácilmente a ello. A la acción masónica correspondería hacer silencio sobre la muerte. Así ocurrió, pero la masonería americana lo supo y no lo perdonó. Un abismo se abrió desde entonces entre las dos masonerías, que nada ni nadie logrará llenar. No en vano la masonería es arma para el predominio y había sonado la hora de la decadencia de los imperialismos europeos. La doctrina de Monroe había arraigado en los medios masónicos americanos y la obediencia masónica europea es sustituida a grandes pasos en aquel Continente por la disciplina masonica americana (op. cit. Los que no pardonan, 16 de febrero 1949).
(3) L’Amérique aux Américains (entendez les États-Unis).cf. Discours du 8 décembre 1823 du Président Monroe qui excluait par ailleurs toute intervention dans les affaires intérieures européennes
(5) Je remercie mon ami corse de toujours, le penseur traditionaliste Jean-Pierre Barbieri de la communication de son Discours encore inédit sur l’Histoire de l’Angleterre, qui est le travail d’une vie.
(6) Général de Gaulle, Mémoires de Guerre, l’unité 1942-1944, tome 2, Plon 1956, 712 pp. p.398-399