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vendredi 20 février 2026

21 janvier 1793 : la France a osé guillotiner son roi

 

Le 21 janvier 1793, journée de la honte

« Prenons-y garde, nous aurons peut-être un jour à nous reprocher un peu trop d’indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions. La philosophie du siècle a une arrière-pensée. »
(Louis XVI, lettre à Malesherbes, 13 décembre 1786)

« Au nom de la très sainte Trinité, du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Aujourd’hui… moi Louis, seizième du nom, Roi de France, étant depuis quatre mois renfermé avec ma famille dans la Tour du Temple, à Paris…, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l’issue… n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser, je déclare ici, en sa présence, mes dernières volontés et sentiments… Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis… et je prie Dieu de leur pardonner… Je recommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi ; de les soutenir par sa grâce, s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable… Je pardonne très volontiers à ceux qui me gardent, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissent dans leur cœur, de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser !… Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi. » (Extraits du testament du Roi Louis XVI, à Noël 1792)

La Révolution, imprégnée de la philosophie maçonnique, a fait du Français un égoïste, un viveur, un jouisseur sans contrainte, qui n’a plus aucun devoir et ne revendique plus que des droits. Adepte, du moins en théorie, du « vivre-ensemble » et du multiculturalisme, il est en réalité devenu hédoniste, égocentrique et narcissique. Il se veut « citoyen » (du monde) et se moque éperdument de la Nation, de sa culture chrétienne et de son histoire.

On aura compris que je ne jette pas l’anathème sur tous les Français, ces Gaulois que le pouvoir actuel déteste. Je vise le « peuple de gauche » ou l’électorat d’Emmanuel Macron, ce pantin du Nouvel Ordre Mondial, qui nous parle si souvent, tel un gourou, des « valeurs républicaines », de l’Europe, mais jamais de la France (si ce n’est le sempiternel « vive la République, vive la France ! » qui clôture ses interminables prêches).

La Révolution a tué « le Trône et l’Autel » et depuis, une majorité de Français ne croit plus à rien sinon au fric roi. Mais le Français – athée ou agnostique – ne renoncerait pour rien au monde aux sacro-saints « jours fériés » attachés aux fêtes et/ou aux traditions chrétiennes. Jours qui, accessoirement, lui permettent de « glander » au lieu d’aller travailler.

Il pense que l’histoire de France commence en 1789, mais il se réjouit des fêtes médiévales ou votives qui tirent sa bourgade ou son patelin de sa morosité habituelle. Elles le distraient un instant du foot, du porno, du loto et de la téléréalité.
Il « guinche » au 14 juillet, persuadé qu’on fête la prise de la Bastille. Or le massacre du gouverneur de Launay et de la petite garnison de la Bastille par une populace avinée est un non-évènement. Notre fête nationale a été instituée par la loi du 6 juillet 1880, pour commémorer la « Fête de la Fédération » de 1790 (1). Le Roi Louis XVI vint sur place pour donner un coup de pioche. On a chanté le « Ah ! Ça ira ». Les soldats se mêlaient aux Gardes nationaux et au peuple en liesse.

Et le bon roi, qui avait accepté de coiffer le bonnet phrygien, n’a pas compris que ce jour-là symbolisait la victoire des loges maçonniques sur le pouvoir royal et que son coup de pioche signait, à terme, l’arrêt de mort de la monarchie.
Louis XVI était un puritain parfaitement honnête. On ne peut pas en dire autant de certains de ses prédécesseurs sur le Trône. Mais il n’était pourtant pas le personnage falot et faible décrit par les historiens. Il fut, au contraire, un précurseur et un homme de progrès dans bien des domaines. On lui doit, entre autres :

D’être à l’origine d’un hôpital pour enfants: l’« Hôpital des enfants malades », qui existe encore aujourd’hui.

D’avoir aidé et protégé l’abbé de l’Épée dans son œuvre pour l’éducation des « sourds-muets sans fortune ». Le roi lui versa une pension de 6 000 livres sur sa propre cassette (et contre l’avis de l’archevêché qui soupçonnait cet homme de jansénisme).

D’avoir doté l’école de Valentin Hauy pour les aveugles.

Il finança les aménagements de « l’Hôtel-Dieu » pour que chaque malade ait un lit individuel.

Il fit, sur ses deniers personnels, un don de sept millions-or aux victimes du froid excessif de l’hiver 1784.

Il créa les premières pensions de retraite pour ceux qui exerçaient une profession maritime.

Et c’est encore lui qui donna l’ordre aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi » (90 ans avant la première Convention de Genève !).

Louis XVI abolit le servage et la « mainmorte » dans le domaine royal, ainsi que le « droit de suite » permettant au seigneur de faire poursuivre le serf qui quittait son domaine.

Il dispensa le peuple du « droit de joyeux avènement ». Cet impôt inique était perçu à chaque changement de règne.

Il exigea l’établissement annuel de la balance du commerce.

Il créa un « Mont-de-piété » à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens.

Il abandonna aux équipages de ses vaisseaux le tiers de la valeur des prises (qui lui était réservé en temps de guerre).

C’est encore à Louis XVI qu’on doit l’abolition de la « question » (torture) préparatoire et préalable.

La construction, à ses frais, d’infirmeries « claires et aérées » dans les prisons. Il s’inquiéta du sort réservé aux prisonniers détenus en prison préventive avant le procès.

Par ailleurs, il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès.

On lui doit encore l’état-civil aux non catholiques.

Et il exempta les Juifs du péage corporel et autres droits humiliants.

Il permit aux femmes mariées et aux mineurs de toucher eux-mêmes leur pension sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur.

Il accorda le droit de vote aux femmes dans le cadre de l’élection des députés à l’Assemblée des États Généraux.

Il leur permit aussi d’accéder à toutes les maîtrises.

Louis XVI a également été le fondateur de l’école de musique et de danse de l’Opéra de Paris et le musée du Louvre.

On lui doit aussi le « droit de propriété » des auteurs et compositeurs de musique.

Il créa le musée des Sciences et Techniques, futur « Centre National des Arts et Métiers ».

Il dota Paris d’un corps des Sapeurs-Pompiers.

C’est encore lui qui autorisa l’installation de pompes (à feu), pour approvisionner Paris en eau de manière régulière.

Il est le fondateur de l’École des Mines.

Il finança sur ses propres deniers les expériences d’aérostation des frères Montgolfier, aussi que les expériences de Jouffroy pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation.

Cette liste est loin d’être exhaustive. Ajoutons qu’il fut le premier monarque à employer l’expression « Justice sociale ».

Et pourtant… le 21 janvier 1793, après une courte nuit, Louis XVI est réveillé à 5 heures par Cléry, son valet. Vers 6 heures, l’abbé Henri de Firmont les rejoint et célèbre la dernière messe du roi déchu. Le roi reçoit le viatique (la communion du mourant).
À 7 heures, Louis XVI confie ses dernières volontés à l’abbé. Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour son fils Louis-Charles et son alliance pour son épouse. Il conserve au doigt l’anneau du sacre. Puis il s’entretient une dernière fois avec son confesseur. Vers 8 heures, il est interrompu par Antoine Joseph Santerre qui commande les Gardes Nationaux.
Il remet son testament à l’un des officiers municipaux présents.

Ce matin du 21 janvier, il fait 3 °C. Un brouillard épais enveloppe Paris. Louis XVI prend place dans la voiture du maire de Paris, avec l’abbé de Firmont et deux miliciens. La voiture quitte le Temple vers 9 heures au son des tambours. 80 000 hommes en armes (Fédérés, Gardes nationaux, Fusiliers) occupent les carrefours, les places et les avenues.
Des canons sont postés à chaque point stratégique. Le convoi est précédé de 200 gendarmes à cheval. Les Parisiens sont venus en nombre assister à l’exécution.

Dans le quartier de Bonne-Nouvelle, aux environs de la rue de Cléry, le baron de Batz, soutien de la famille royale (qui a financé la fuite à Varennes), a convoqué 300 royalistes pour tenter de faire évader le roi. La tentative échoue car, à la suite de dénonciations, seuls quelques aristocrates ont pu venir sur place. Trois d’entre eux seront tués ; le baron de Batz réussit à s’échapper. Le cortège poursuit son trajet. Il débouche vers 10 h 15 sur la place de la Révolution et s’arrête au pied de l’échafaud installé entre les Champs-Élysées et le piédestal de la statue de Louis XV (qui vient d’être déboulonnée). L’échafaud, peint en rouge, est placé au milieu d’un espace encadré de canons et d’une troupe de 20 000 hommes.

Le roi est accueilli par le bourreau Charles-Henri Sanson. Il ôte sa redingote et son foulard-cravate. Voyant qu’on veut lui lier les mains, il refuse. L’abbé de Firmont parvient à le convaincre d’accepter. On lui lie les mains dans le dos ; un assistant de Sanson découpe son col et lui coupe les cheveux. Accompagné par des roulements de tambour, le roi, assisté de l’abbé de Firmont, monte sur l’échafaud.
Là il fait signe aux tambours de s’arrêter et déclare :
« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ».
Santerre donne l’ordre de faire battre les tambours pour couvrir sa voix. À 10 h 22 le bourreau Sanson actionne le couperet. Gros, un assistant du bourreau, saisit la tête sanguinolente et la présente au peuple. Quelques spectateurs crient « Vive la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté ! ». Des salves d’artillerie sont tirées et une partie de la populace danse la Carmagnole.

La France venait de guillotiner son roi, rompant le lien sacré entre le peuple, le Trône et l’Autel. En tentant de détruire « le Divin et le Sacré », les fomenteurs de la Révolution (tous ou presque francs-maçons) voulaient  tuer l’« âme française ».
La persécution des prêtres, la confiscation des biens du clergé, le culte de la déesse Raison, le « populicide » vendéen (2), les lois de 1901 et 1905, l’excommunication de l’« Action Française » en 1927, la déchristianisation de la France après « Vatican II » et, « comme un clou chasse l’autre », la montée de l’islam conquérant, en sont les conséquences plus ou moins directes.
Ce « crime contre la Nation », nous le payons au prix fort !
« Tuez le catholicisme et vous aurez l’islam » disait déjà Chateaubriand.
Nous y sommes, enfin presque.

Tous les 21 janvier, ayons une pensée ou mieux, une prière, pour le bon roi Louis le XVIe, victime de la furie révolutionnaire.

Eric de Verdelhan

1)- Le 14 juillet ne commémore pas la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. L’article unique de la loi du 6 juillet 1880 stipule : « La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le site Internet du gouvernement rajoute : « Si le 14 juillet est généralement associé à la prise de la Bastille en 1789, c’est dans les faits le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération, qui est officiellement commémoré… ».
2)- Le terme est de Gracchus Babeuf. « Génocide » conviendrait mieux.

https://ripostelaique.com/21-janvier-1793-la-france-a-ose-guillotiner-son-roi/

jeudi 6 février 2025

La Franc-Maçonnerie, moteur invisible de la Révolution

 

La France travaille pour l’humanité entière et accepte tous les concours dès 1789. Jean-Paul Marat (1743-1793) avoue : « Les vainqueurs de la Bastille sont pour la plupart allemands ».
Mr de Montmorin note : « Presque tous ceux qui ont forcé les portes des Tuileries, le 20 Juin 1792 étaient des étrangers.
Alexandre de Lameth (1760-1829), à la veille du 10 Août 1792, interroge : « Le peuple est-il dans un ramassis d’étrangers sans patrie que depuis six mois on appelle dans Paris ? »
Anacharsis Klotz, prussien président du Club des Jacobins, déguise un jour des vagabonds en Turcs, Indiens et Persans pour les mener à l’Assemblée et demander la « République universelle » ».

La Révolution de 1789 a des ambitions planétaires, mais d’abord européennes. Frère Lanfrey le démontre dans son Essai sur la Révolution française : « Les révolutions qui s’étaient opérées en Autriche sous Joseph II, en Toscane sous Pierre-Léopold, et plus récemment aux Etats-Unis d’Amérique, n’étaient que des aspects divers d’une même pensée, dont la révolution française fut l’expression la plus parfaite ».
Selon Alfred Fierro, historien français, né en 1941, la révolution de France est « associée avec la révolution américaine dans le cadre de ce qu’on a nommé Révolution occidentale ».
Jacques Mallet du Pan, journaliste suisse (1749-1800), remarque l’universalité du dessein révolutionnaire : « Le système révolutionnaire est applicable à toutes les nations ; il a pour bases des maximes philosophiques propres à tous les climats et ennemies de tous les gouvernements… Le fanatisme d’irréligion, d’égalité, de propagandisme, est aussi exalté et mille fois plus atroce dans ses moyens que ne le fut jamais le fanatisme religieux ».

La Maçonnerie est aux premières loges. Jacques Mallet du Pan évoque les connivences : nulle part la révolution « ne rencontre un terrain aussi bien préparé, un gouvernement aussi médiocre, des effusions d’âmes aussi vives, d’aussi puissantes complicités »…
Le Siècle de Lumières, si brillant en France, privilégie l’action des 30 000 maçons que compte les 629 loges de la France de Louis XVI. Et l’Assemblée constituante dénombre 477 députés maçons, soit 82,5 % des effectifs du Tiers Etat.

Un plan d’action en deux temps prévoyait de mettre à bas l’édifice millénaire du trône et de l’autel. Jacques Mallet du Pan précise ce plan : « On exécuta sur le territoire un plan particulièrement hardi. Il se résume en ces mots : ameuter, au nom du roi, les peuples contre les seigneurs ; les seigneurs, une fois renversés, se précipiter sur le trône désormais sans défense et le briser ».
On reconnaît ici le schéma de la lutte des classes. Il oppose la classe la plus nombreuse à la classe la moins nombreuse, qui détient encore une bonne part de l’autorité.

L’ENCYCLOPÉDIE SE RÉVÈLE ETRE UN CHEVAL DE TROIE propre à séduire les profanes. Le projet, diligenté par Diderot (1713-1784), a reçu le soutien de André Michel de Ramsay, chevalier de Ramsay, protestant anglais, « converti » par Fénelon, auteur du Discours à l’origine de l’Ecossisme dans la Franc-Maçonnerie (1686-1743) : « On réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage qui sera comme un magasin général de tout ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences naturelles et dans tous les arts nobles ».
Les philosophes seraient-ils les enfants perdus de la Veuve, envoyés batailler à l’avant-garde ?
Le Rousseau du Contrat social prélude aux théories séductrices de Morelly, philosophe méconnu (1717-1778), de l’abbé Mably (1709-1785), de Gracchus Babeuf (1760-1797).
Rousseau que « Marat lisait et commentait dans les promenades publiques, au milieu des applaudissements des foules ».

La conquête méthodique de la société française de haut en bas passe par le « Comité d’instruction », bureau d’instituteurs fondé par d’Alembert vers 1762, par les théories savantes de la « physiocratie maçonnique » de François Quesnay, Vincent de Gournay, Robert Jacques Turgot.
Elle suppose un long travail de préparation des esprits. Ces esprits, touchés par les catéchismes populaires, accréditent dans les campagnes et les faubourgs des idées connues de Droits de l’Homme, de Contrat social, de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.
La noblesse libérale, enrôlée par Ramsay au premier tiers du siècle, est subjuguée par les charlatans de la Cour de Louis XVI. La bourgeoisie se joint à la noblesse libérale.
En 1777, la Maçonnerie adopte la devise du martinisme, le ternaire séché « Liberté, Egalité, Fraternité ». Cette devise préside aux travaux des ateliers florissants, et sera reprise par le club des Cordeliers en 1791.
Dans un rapport lu en 1883, frère Charles Brunelière (1847-1917), affirme le rôle de la franc-maçonnerie au XVIIIe Siècle : « Ce fut de 1772 à 1789 que la franc-maçonnerie élabora la Grande Révolution qui devait changer la face du monde. C’est alors que les francs-maçons vulgarisèrent les idées qu’ils avaient puisées dans les loges ».

Mais des buts de l’illuminisme, retour de l’Age d’Or, rien n’est révélé aux simples initiés des Loges mondaines. Les prêches contre le patriotisme, contre le localisme, contre l’esprit de famille. Les prêches en faveur de l’état de nature, l’état sauvage primitif, où « le monde était une grande famille », et où tous les hommes s’aimaient entre eux d’un amour général. Le cantique d’Adam Weishaupt, théologien allemand, maître des Illuminés de Bavière, (1748-1830) : « Oui, les princes et les nations disparaîtront de dessus la terre ! Oui, il viendra ce temps où les hommes n’auront plus d’autre loi que le livre de la nature ! Oui, cette révolution sera l’ouvrage des sociétés secrètes. Tous les efforts des princes pour empêcher nos projets sont pleinement inutiles. Cette étincelle peut longtemps encore couver sous la cendre, mais le jour de l’incendie arrivera ».
Les simples initiés ne doivent pas avoir connaissance de ce COURANT CACHÉ. Le mouvement de 1789 est la confluence de deux démarches : celle des loges fermées, et celle des salons, démarches distinctes tout au long du siècle.
Voltaire théorise cette pratique de la dissimulation : « Que les philosophes véritables fassent une confrérie comme les francs-maçons… Frappez et cachez votre main ». Il écrit à d’Alembert qu’à Ferney, il « communie » publiquement, et qu’il « rend le pain bénit », pour mieux tromper son monde.
Après 1750, une partie du clergé sait qu’un système idéologique vient de se mettre en place pour faire triompher l’incrédulité. Mais les clercs sont victimes de cette langue de bois. L’abbé Tardif de Laborderie, Vénérable et fondateur de loges avant et après 1789, proclame en terre d’émigration : « Qui dit maçon dit un homme religieux ». Le clergé trompé fournit 27 vénérables sous Louis XVI.

La franc-maçonnerie, déiste dans son principe, présente sa théorie par principes et adopte des formes compatibles avec le christianisme. Selon Octave Aubry, Aucun frère « ne s’avoue athée ; tous se réclament d’un dieu vague et bienveillant, mais sous les coups portés aux rites et aux symboles, ils visent la foi ».
La maçonnerie gouverne INDIFFÉRENTE AUX FORMES DU RÉGIME, À LA NATURE DU RÉGIME. Les initiés veulent faire avancer la révolution, plus qu’ils ne désirent fonder la République. Ils soutiennent d’abord les ambitions du duc d’Orléans. En 1795, on émet l’hypothèse d’un roi protestant, faire couronner Brunswick, le « vaincu » de Valmy.

Les chefs révolutionnaires ont des affiliations maçonniques. Danton, Bailly, Camille Desmoulins, Siéyès, Chénier, Voltaire, Chamfort, Greuze, Houdon, Lacépède, Condorcet, Pétion, Brissot… appartiennent à la loge des 7 sœurs, sous le marteau du vénérable Benjamin Franklin. L’abbé Barruel (1741-1830) énumère les 32 membres de cet atelier. Louis Amiable, dignitaire du Grand Orient (1837-1897), reprend cette allégation dans une monographie de la loge. Louis Blanc, franc-maçon (1811-1882), avoue : « La maçonnerie s’ouvrit jour après jour (à dater de 1772) à la plupart des hommes que nous retrouverons dans la mêlée révolutionnaire. »
Le comte Kurt von Haugwitz, ministre de Prusse, qui dirigea les loges de Prusse, de Pologne et de Russie, révéla au Congrès de Vérone en 1822 : « Tout ce qui arriva en France, à partir de 1788, était décidé et préparé dès 1777 ».

Selon la psychologie des Hauts Initiés, le peuple constitue la masse de manœuvre des révolutionnaires. En Mai 1789, Chamfort avoue à Marmontel : « La nation sait-elle ce qu’elle veut ? On lui fera vouloir et on lui fera dire ce qu’elle n’a jamais pensé… La nation est un grand troupeau qui ne songe qu’à paître, et qu’avec de bons chiens, les bergers mènent à leur gré. Après tout, c’est son bien que l’on veut faire à son insu ; car, mon ami, ni votre vieux régime, ni votre culte, ni vos mœurs, ni vos antiquailles de préjugés ne méritent qu’on les ménage… et pour tracer un nouveau plan, on a toute raison de vouloir faire place nette. Le trône et l’autel tomberont ensemble ; ce sont deux arcs-boutants appuyés l’un sur l’autre ; que l’un des deux soit brisé, l’autre va fléchir ».
Les témoignages sur les distributions d’argent aux émeutiers éclairent d’un jour nouveau le « spontanéisme » des émeutiers.

Premier témoignage. « En faisant viser mon passeport au sortir de Paris, j’ai vu un homme tirer de sa poche deux assignats de cinq livres tenant ensemble. On paraissait étonné de cette richesse d’un malheureux déguenillé.
C’est, répondit-il, ce qu’on a distribué hier aux vainqueurs de la Bastille ».
Deuxième témoignage. À un député modéré qui voulait calmer les émeutiers, l’un d’eux répond en brandissant douze francs : « Ce que vous dites est vrai, mais vos raisons ne valent pas celle-ci ».
Le seul désaccord des témoins concerne les tarifs qui varièrent. La Fayette cite douze francs par jour. Lameth révèle : « Nous payons les habitués des tribunes de l’Assemblée. Nous nous faisons applaudir par une centaine de soldés que nous décorons du nom de « Peuple » ».
Cette tactique préside au progrès des discussions. L’abbé Grégoire et ses amis orientent les débats et obtiennent les votes souhaités. Ils s’arrangent pour que la discussion mûrisse l’opinion publique. On peut parler « D’UN VIOL DES FOULES ». Ce viol des foules est tout à fait actuel.

Dès la prise de la bastille, Jean Sylvain Bailly (1736-1793) écrit : « Il y avait un moteur invisible qui semait à propos les fausses nouvelles pour perpétuer le trouble. Ce moteur a dû avoir un grand nombre d’agents, et pour avoir suivi ce plan abominable, il faut un esprit profond et beaucoup d’argent. Quelque jour, on connaîtra Génie infernal et le bailleur de fonds ».
André Chénier avoue en 1792 : au centralisme des loges, répond celui des « sociétés populaires affiliées au club des Jacobins, qui, se tenant toutes par la main, forment une chaîne électrique autour de la France. Au même instant, elles s’agitent ensemble, poussent les mêmes cris, inspirent les mêmes mouvements qu’elles n’ont certes pas grand-peine à prévoir ».

DE CURIEUSES ANALOGIES, D’INNOMBRABLES RAPPROCHEMENTS APPARENTENT LES VOCABULAIRES RÉVOLUTIONNAIRE ET MAÇONNIQUE.
Maurice Talmeyr, essayiste français (1850-1931), s’efforce de démontrer que la Révolution française n’a pas eu pour origine un mouvement populaire, mais une conspiration maçonnique :
« Les premiers Maçons établis en France, en 1725, étaient des Jacobites, et le grand club directeur de la Révolution est le club des Jacobins. Condorcet, dans la Septième époque des progrès de l’esprit humain, désigne la Franc-Maçonnerie comme une continuation mystérieuse de l’Ordre des Templiers, et Louis XVI a pour prison le Temple, ancien asile de ces mêmes Templiers. La grande assemblée annuelle des francs-maçons s’appelle le Convent, et la plus fameuse assemblée révolutionnaire s’appelle la Convention. La Maçonnerie, quand elle avait à proscrire un adepte, le déclarait suspect, et chacun sait comment, sous la Terreur, on était déclaré suspect… Enfin, l’une des épreuves de la Franc-Maçonnerie, avant la Révolution, consistait à faire opérer au dignitaire maçonnique l’exécution en effigie d’un roi de France sur un mannequin représentant Philippe le Bel, le prince même qui avait exterminé l’Ordre des Templiers ; et l’acte suprême de la Révolution devait être, de même, l’exécution du roi ».

Pierre-Gaspard Chaumette (1763-1794), soumis à l’Assemblée, désirait dépecer le corps de Louis XVI en 83 morceaux destinés aux départements. Ainsi avait été traité le corps d’Osiris, le Père des maçons, mutilé par Typhon, fils de Gaïa et de Tartare, que les Égyptiens identifiaient avec le Dieu de la Bible. Mais Chaumette se garde bien d’indiquer à la tribune l’origine de ce souhait.
Chaumette obtient de l’Assemblée qu’elle incarcère la famille royale au Temple, en souvenir de Jacques de Molay dont les initiés jurent de venger la mort.
François Joseph Bara, jeune soldat républicain de 14 ans, tombe sous les coups des Vendéens, en criant « Vive la République ». Gustave Bord, essayiste français (1852-1934), démonte sa légende. Joseph Agricol Viala, âgé de 15 ans, est tué à Caumont-sur-Durance par les fédéralistes.
Bara et Viala fournirent des arguments à la propagande républicaine.
Dans un discours sur Bara et Viala, à la Convention, le peintre David fait une allusion aux croyances secrètes des initiés : « Les sans-culottes iront verser leur sang, dit-on ; c’est bien là le langage des aristocrates. Est-ce qu’un sans-culotte peut être atteint ? N’est-il pas invulnérable, comme le dieu qu’il remplace sur la terre ? ».

La révolution emprunte constamment au symbolisme maçonnique. Gustave Gautherot, professeur d’histoire (1880-1948), écrit : « Sur les baudriers de l’Ecole de Mars, les mots liberté, égalité, étaient séparés par le niveau égalitaire ; le même symbole était gravé sur leur sabre. Le franc-maçon David l’avait aussi dessiné sur le sabre des Représentants du peuple ; sur la poignée de l’épée des membres du Directoire, il y ajouta le pélican, principal symbole du grade de chevalier Rose-croix. Parmi les insignes officiels, abondent les triangles et l’œil rayonnant. Enfin, il suffit de parcourir l’Histoire numismatique de la Révolution française de M. Michel Hennin pour y remarquer que la médaille gravée en souvenir des Etats généraux porte le compas, l’équerre, les deux colonnes surmontées du soleil et de la lune ; que la médaille de Louis XVI renferme le compas, l’échelle graduée, l’équerre, la poignée de truelle, la lune et le soleil ; que la médaille de la « Fédération nationale des Français » porte le nom hébreu de Jéhovah dans un triangle rayonnant ; que le jeton de présence du club des Cordeliers, le club qui se fit le fourrier de la République, est un écu entouré d’un cordon formant plusieurs lacs et terminé par deux houppes ; que sur la médaille d’huissier de la Convention, un niveau est suspendu par une corde au bonnet de la liberté ».
Ces emprunts au symbolisme maçonnique sont d’autant plus actuels que la Révolution continue et arrive à son aboutissement.

Jean Saunier

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jeudi 23 janvier 2025

Le souffle glacé d’une terreur sans nom…

 

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Ce billet d’Henry Montaigu nous semble une judicieuse lecture en ces temps de souvenir royal… qui donne matière à réflexion.

Par Henry Montaigu

Place de la Révolution. 21 janvier 1793. Le souffle glacé d’une terreur sans nom et presque sans visage a figé le peuple le plus gai du monde, le plus policé de l’Europe – le plus civilisé, croyait-il encore il y a quatre ans – mais surtout le moins propre à se laisser dominer par la peur, l’illusion, le mensonge préludant aux vastes infamies collectives de notre XXe siècle. Avec les principes inversés, les croyances foulées, les conditions abolies, les biens spoliés, les symboles détruits jusqu’aux propres idéaux qui avaient été à la genèse du phénomène (dont l’abolition de la peine de mort), ce peuple avait lui-même abdiqué son état d’être le plus constant depuis plus de mille ans d’histoire, et qui était, qui demeure encore, on veut le croire, saugrenu, frivole ou salvateur mais toujours nécessaire, l’esprit de contradiction. Hébété par un événement qui le dépasse et qu’il ne pouvait souhaiter, Paris assiste sans broncher, sans même pousser d’atroces clameurs nocturnes de délivrance, à cette grand-messe de la terreur qui va partager en deux l’histoire du monde.

En lisant, en relisant parfois le long, le sinueux, le difficile ouvrage désormais indispensable des Girault de Coursac, Enquête sur les procès du Roi Louis XVI, j’ai eu l’impression que cette histoire de la Révolution et de la Terreur a été jusqu’ici faussée, non point seulement par les idéologies politiques qui en découlent, voire même in adversum, mais surtout par l’esprit de système, d’analyse, de banalisation méthodique pseudo cartésien des faits qui, parce qu’il taille des avenues en toute obscure forêt, croit et fait croire qu’il s’y retrouve. Il ne s’y retrouve pas. Il ne fait que la traverser.

Les auteurs de l’Enquête sont descendus dans l’enfer des archives. Ils ont eu le courage de rompre avec le discours et la patience de s’y tenir au cours des 650 pages qui représentent l’énorme labeur de plusieurs années. Je ne puis affirmer qu’ils nous éclairent – sinon sur le fait majeur que cette grande décomposition spirituelle et sociale ne peut être maîtrisée par l’argument. En refusant de survoler cette Brocéliande, de la photographier de haut et de loin, ils ont multiplié nos doutes, nos incertitudes, et provoqué – enfin ! – d’indispensables interrogations.

Place de la Révolution. La tête montrée au peuple est celle d’un innocent au regard lucide qui n’est ni sot, ni faible, ni borné, et qui, hors sa légende à présent démolie, nous apparaît bien plus énigmatique, au centre de ce carrefour d’énigmes, où vont s’engouffrer toutes les déchirures de la modernité. S’il a désiré la Révolution, il ne l’a que trop bien conduite vers son terme fatal. Mais s’il est vrai que ce terme est d’abord sacrificiel, il se situe davantage dans la mystique antérieure du royaume que dans la philosophie des « Lumières » qui était lénifiante et pacifiste et qui avait horreur du sang répandu. En vérité, la mort du Roi n’assure le triomphe des idées nouvelles que dans l’ordre des apparences. Dans la totalité harmonique de l’histoire, elles ne sont plus que les instruments passagers d’un ordre qui tombait de beaucoup plus haut et venait de beaucoup plus loin.

Dans cette perspective, la question de la culpabilité de Louis XVI n’a pas plus à se poser que celle de son innocence à présent démontrée. Le tribunal d’apostasie ne savait pas ce qu’il faisait – mais il faisait ce qu’il devait faire. On peut ruiner juridiquement les chefs d’accusation d’un procès entre tous inique (mais pas plus que celui des Templiers ou de Jeanne). On peut défendre l’homme Louis XVI au nom des « droits de l’homme » si l’on veut, mais qu’importe ! Cela ne peut empêcher la Révolution d’être la Révolution. Aucune bataille de procédure ne saurait avoir raison des réponses de Saint-Just et de Robespierre qui ne sont eux-mêmes que les instruments aveugles d’une toute autre histoire.

La question n’est même pas de savoir si le royalo-progressisme peut faire de Louis XVI le Roi-prophète de tous les aménagements possibles. Il est vrai qu’il a voulu ou accepté des réformes arbitraires dont le démantèlement des institutions traditionnelles, la dégradation de la noblesse, etc., et que la rupture de continuité que représente le viol des serments du sacre, lui interdisent à jamais quelque révolution qui vaille – toutes celles que ses ancêtres avaient menées à bien – et qui sont impossibles hors des structures fortes, mouvantes et incarnées qui demeuraient du monde médiéval.

Les analyses historiques dont la raison spirituelle est absente ne peuvent qu’augmenter notre ignorance de la tragédie des Temps. De même, une lecture trop rapide – ou « dirigée » – du livre des Girault de Coursac peut conduire à une nouvelle condamnation de Louis XVI cette fois au nom de principes plus « immortels » à tous égards que ceux de 89. Mais je continue à penser pour ma part qu’au seuil tragique de la grande échéance, Louis XVI s’était réellement battu pour amoindrir la rupture et en retarder l’inconvénient, et que e pourquoi du drame de 93 ne tient pas au règne, à l’entourage et à la personnalité de Louis XVI, mais à une longue, longue, très longue histoire qu’il faudrait d’abord commencer par apprendre.

(Illustration : eau-forte, auteur anonyme, Musée Carnavalet)

https://www.actionfrancaise.net/2025/01/23/le-souffle-glace-dune-terreur-sans-nom/

mardi 26 novembre 2024

Nouveau cours d’histoire pour LFI sur le vrai visage des lois liberticides

 

image wikimedia commons
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La proposition récente de La France Insoumise (LFI), menée par le député Ugo Bernalicis, visant à abroger le délit d’apologie du terrorisme inscrit dans le Code pénal, relance le débat sur l’équilibre entre liberté d'expression et sécurité nationale. Cette disposition légale, instaurée en 2014, combat la propagande terroriste en limitant les incitations à la violence. Pourtant, en la qualifiant de menace à la liberté d’expression et en sous-entendant que notre République limiterait nos libertés, LFI ignore, volontairement ou non, notre histoire de France qui permet de nuancer ces affirmations.

En effet, si l’on souhaite évoquer de véritables lois répressives contre la liberté d’expression, il suffit de plonger dans notre passé national. Deux exemples marquants : la loi des suspects de 1793 et la loi de sûreté générale de 1858, deux textes législatifs bien plus autoritaires et répressifs que celles en vigueur aujourd’hui. Ces lois et leur contexte historique révèlent que notre cadre légal contemporain est modéré, axé sur la protection des citoyens plutôt que sur une prétendue répression.

La loi des suspects de 1793 : un outil de répression sans précédent

En pleine période de la Terreur, la Convention nationale décide le 17 septembre 1793 d’instaurer une nouvelle législation visant à sauver la République de ses ennemis intérieurs. Ainsi, cette loi dite des suspects vise alors à arrêter toute personne désignée comme « ennemis de la liberté ». Dans les faits, cela entraîna l’incarcération arbitraire de milliers de citoyens, sans preuves solides ni droit à une défense équitable. Tout homme ou femme soupçonné de sympathies ou d’être en accord avec les idées des monarchistes, de la noblesse, des prêtres réfractaires, ou même des révolutionnaires jugés modérés pouvait ains être injustement être emprisonné.

Selon l’historien Jean Tulard, près de 500 000 personnes auraient été jetées dans les geôles de la Révolution à cause de cette loi. Suite à ces incarcérations, s’ensuivaient des jugements expéditifs devant le terrible tribunal révolutionnaire, qui condamnait certains suspects jugés coupables à la guillotine. Ainsi, la parole de Danton« soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être », devint réalité avec cette loi qui contribua à la création de la légende noire de la Terreur et symbolise aussi ce qu’est une véritable répression idéologique. Abrogée en 1795, cette loi demeure un exemple frappant de l’excès liberticide au nom de la sécurité.

La loi de sûreté générale de 1858 : réprimer l’opposition sous le Second Empire

Lors de son accession au pouvoir en 1852, l’empereur Napoléon III entame un règne autoritaire. L'héritier politique de Napoléon Ier cherche à consolider son pouvoir ainsi qu’à réprimer les adeptes de l’anarchie, qu’ils soient français ou étrangers. Ainsi, après avoir réussi à échapper miraculeusement à l’attentat du révolutionnaire italien Felice Orsini le 14 janvier 1858, Napoléon III décide de durcir davantage son régime. Ainsi, le 27 février 1858, il promulgue une loi dite de sûreté générale. Celle-ci permet alors l’emprisonnement ou la déportation sans jugement des personnes soupçonnées d’opposition au régime impérial : républicains, socialistes et anciens révolutionnaires en sont les principales cibles.

Néanmoins, cette loi soulève de nombreuses critiques au sein de la société. Napoléon III, ne pouvant ignorer cette situation, accorde de nombreuses amnisties tout en maintenant sa législation. Certaines personnalités reviennent alors en France, mais d’autres, comme Victor Hugo en exil depuis 1852, choisissent de rester solidaires des opprimés afin de manifester leur opposition au régime impériale. L’auteur du Bossu de Notre-Dame déclarait ainsi : « Fidèle à l'engagement que j'ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu'au bout l'exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai ». Ce souhait se concrétisa en 1870, quand le Second Empire disparut et que la loi de sûreté générale fut supprimée. La IIIe République chercha à réparer cette injustice le 30 juillet 1881 en promulguant une loi de réparation nationale, qui alloua une pension aux victimes de la répression impériale.

L'évocation de ces deux lois prouve à quel point la France a réellement connu, dans son passé, de véritables excès liberticides, contrastant avec le cadre légal actuel diabolisé par les élus de la France Insoumise. Le délit d’apologie du terrorisme repose sur des faits précis et protège les citoyens contre des discours incitant à la violence. LFI, en dénonçant cette loi, minimise les dangers réels du terrorisme tout en exagérant les parallèles avec des régimes autoritaires. Par ailleurs, aucun intellectuel contemporain de gauche ou d’extrême-gauche n’a encore pris le chemin de l’exil par conviction comme a pu le faire Victor Hugo, prouvant ainsi que nous sommes encore dans un pays garant des libertés fondamentales.

Eric de Mascureau

vendredi 22 novembre 2024

3 novembre 1793 : mort d’Olympe de Gouges, la féministe de la Révolution

 CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Le 3 novembre 1793, la Terreur emporta l'un des esprits les plus libres et audacieux de son époque. Femme de caractère et de conviction, Olympe de Gouges mena jusqu'à la fin de sa vie un combat unique : celui de la liberté pour tous, mais surtout pour les femmes. En contradiction avec les mœurs de son temps, elle doit faire preuve d'un talent et d'une détermination exceptionnelle pour faire entendre sa voix. Cependant, c'est ce même caractère impétueux et inflexible, comparable à une tempête, qui conduit cette féministe de la Révolution jusqu'à l'échafaud.

Une femme révoltée et engagée

Olympe de Gouges, née Marie Gouze en 1748 à Montauban, grandit dans une famille bourgeoise. À seulement 17 ans, elle est contrainte par ses parents de se marier avec un homme qu'elle ne connaît pas, une union imposée qui suscite chez elle un sentiment de révolte. Cependant, ce mariage malheureux prend fin rapidement avec le décès de son époux, lui offrant une liberté inattendue qu'elle décide de préserver. Refusant de se remarier, elle se rend à Paris en 1770 pour commencer une nouvelle vie. Dans la capitale, elle adopte un nouveau nom, Olympe de Gouges, et choisit la plume pour exprimer ses idées. Inspirée par le courant des Lumières, elle défend des motivations d'égalité et de justice sociale. Sa « renaissance » en tant qu'Olympe marque son engagement pour un monde meilleur. Elle fréquente ainsi les salons intellectuels de Paris, où elle exprime des idées audacieuses sur l'égalité et la condition féminine. Elle critique aussi vivement le rôle limité des femmes dans la société, qui les réduit généralement au simple statut de mères et d'épouses.

En 1788, elle s'attaque à un autre sujet brûlant : l'esclavage. Dans son ouvrage Réflexions sur l'homme nègre, elle plaide pour les droits des esclaves en dénonçant les abus du commerce triangulaire et s'attirant l'hostilité de ceux qui ont bâti leur fortune et leur pouvoir sur cet odieux négoce. Ce nouvel engagement renforce son image de femme engagée et rebelle, refusant de se conformer aux attentes de son époque.

Emportée par la tempête révolutionnaire

Lorsque la Révolution éclate, Olympe y voit un espoir de changement et peut-être le moyen d’établir cette égalité tant recherchée. Cependant, elle se rend vite compte que les femmes restent exclues de cette nouvelle société. Voyant l’absence des femmes en 1789 dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, elle rédige en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Olympe désire aussi plus de représentativité des femmes dans les organes du pouvoir, et notamment à l’Assemblée. Elle déclare ainsi que si « la femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». Ces revendications, radicales pour l'époque, provoquent l'indignation de nombreux révolutionnaires, qui y voient une menace pour l'ordre public et pour la nouvelle société qu'ils veulent établir.

En 1792, elle s'oppose aux excès de la Révolution, notamment aux massacres de Septembre, dénonçant ces violences en affirmant que « le sang même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement la révolution ». Son opposition aux méthodes meurtrières la pousse à critiquer le Comité de salut public et les dirigeants révolutionnaires, dont Robespierre. Pour cela, Olympe n’hésite pas à prendre la plume pour accuser l’Incorruptible de vouloir instaurer une dictature. Ces prises de position, perçues par les autorités révolutionnaires comme trop modérées et hostiles aux intérêts de la République, lui valent d'être arrêtée le 20 juillet 1793.

Après plusieurs mois de détention, elle est traduite devant le Tribunal révolutionnaire, qui la condamne à mort. Le 3 novembre 1793, Olympe de Gouges est conduite à l'échafaud et déclare : « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort. »

Olympe de Gouges disparaît ainsi, victime de la Terreur et de son refus de se plier aux dogmes de son temps. Elle laisse derrière elle une œuvre inestimable, qui rappelle l'importance de la liberté d'expression et de l'engagement pour la justice. En son temps, elle fut souvent incomprise, jugée tour à tour comme trop radicale ou trop modérée, mais elle reste aujourd'hui une figure emblématique de la lutte pour les droits des femmes et de la résistance face à l'injustice.

Eric de Mascureau

dimanche 20 octobre 2024

16 octobre 1793, exécution de Marie-Antoinette : le féminicide de la Révolution

 

Anonyme, photographe, CC0, via Wikimedia Commons
Anonyme, photographe, CC0, via Wikimedia Commons
Ce 16 octobre, nous commémorons la mort de la reine Marie-Antoinette, exécutée à Paris en 1793. Victime de la Révolution, elle a affronté, aux côtés de son époux Louis XVI, la haine implacable des sans-culottes. Quelques mois après l'exécution de son mari, le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette est à son tour traduite devant le Tribunal révolutionnaire. Là, elle doit affronter le jugement de ceux qui l'accusent non seulement en tant que souveraine, mais aussi en tant que mère et femme.

Un simulacre de procès

Captive à la prison du Temple, puis à la Conciergerie après la chute des Tuileries le 10 août 1792, Marie-Antoinette est présentée devant le Tribunal révolutionnaire le 14 octobre 1793. Ce dernier est alors dominé par le redoutable accusateur public Fouquier-Tinville, qui accuse « l'Autrichienne » d'avoir conspiré contre la France en informant les puissances étrangères, d'avoir corrompu le roi et d'avoir affamé le peuple. Mais cette parodie de justice n'est qu'un prétexte pour éliminer l'un des derniers symboles de la monarchie française. En effet, le verdict est déjà décidé et il ne reste qu'à mener un simulacre de procès en chargeant la future condamnée d’accusations parfois grossières et mensongères. Ainsi, on propage la rumeur que le jeune Louis XVII, fils de Marie-Antoinette, retiré à sa famille et élevé par le brutal citoyen Simon, aurait dénoncé des actes incestueux de sa mère et de sa tante, Madame Élisabeth, envers lui. Face à cette accusation abominable contre sa nature de femme et de mère, Marie-Antoinette, restée jusque-là silencieuse, se lève pour protester avec force : « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature elle-même refuse de répondre à une telle accusation faite à une mère ! J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ! » L'assemblée, notamment les femmes, jusque-là hostile, est bouleversée. Elles changent d'attitude, prenant pitié de cette mère, brisée par la séparation de ses enfants, à qui l'on inflige en plus l'horreur de l'accusation d'inceste. Saisi par cette réaction inattendue de l’assemblée, le tribunal suspend la séance. Beaucoup croient alors que l'on finira par exiler Marie-Antoinette, mais en réalité, son sort est scellé depuis longtemps.

Une dernière lettre

Marie-Antoinette est pleinement consciente de son destin et ne se fait guère d'illusions : à quel titre les bourreaux de son mari lui témoigneraient-ils davantage de respect, elle qui a toujours été perçue comme une étrangère ? Ainsi, le matin du 16 octobre, le jury rend son verdict : Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est condamnée à mort pour haute trahison. Après l'annonce de la sentence, on lui laisse le temps d'écrire une dernière lettre à sa belle-sœur, Madame Élisabeth, et à ses enfants. Mais cet ultime adieu, confisqué par Robespierre, ne leur parviendra jamais. Marie-Antoinette y exprime son déchirement : « C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux […]. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. […] Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants ; mon Dieu ! qu’il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu, adieu ! » Après avoir rédigé ces adieux poignants, elle se prépare pour son dernier voyage vers la guillotine.

Digne face à la mort

Le bourreau de la Révolution, Charles-Henri Sanson, attache les mains de Marie-Antoinette dans son dos, lui retire sa coiffure et coupe ses cheveux autrefois magnifiques. Vêtue d'une simple chemise, elle monte dans une charrette à bestiaux, un cortège funèbre bien plus modeste que celui de Louis XVI qui, huit mois plus tôt, avait été conduit en carrosse dans un silence respectueux. Aujourd'hui, ce sont des cris de haine qui accompagnent la reine déchue, sous la garde de 30.000 soldats, en direction de la place de la Révolution. Vers midi, elle arrive devant l’échafaud. En en gravissant les escaliers, elle marche sur le pied de Sanson. Et s'en excuse alors dignement : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l'ai pas fait exprès ». Quelques instants plus tard, sans résister, Marie-Antoinette est guillotinée. Son corps est ensuite inhumé dans une fosse commune au cimetière de la Madeleine, aux côtés de Louis XVI.

Il faudra attendre la Restauration, en 1815, pour que Louis XVIII rende hommage à son frère et à Marie-Antoinette. Leurs restes sont alors retrouvés et transportés à la nécropole des rois de France : la basilique Saint-Denis. Une chapelle expiatoire est ensuite érigée sur le site de la fosse commune, ornée de sculptures représentant le couple royal, pour que la France honore à jamais ses souverains martyrs, et notamment Marie-Antoinette. Jusqu'à la fin, elle aura su conserver sa dignité et sa grandeur, malgré une destinée frappée par la fureur révolutionnaire. Ce régicide, teinté de féminicide, ensanglante à jamais la Révolution française, que certains continuent pourtant à glorifier. Une ironie cruelle, soulignée lors de l'ouverture des Jeux olympiques, où l'on osa encore ridiculiser cette pauvre reine.

Eric de Mascureau

vendredi 19 juillet 2024

13 juillet 1793 : assassinat de Marat, le faux ami du peuple

 © Paris Musées CC

© Paris Musées CC
Marat, en voici, un nom synonyme de terreur et de folie sanguinaire. Cet homme prétendant être l’ami du peuple fut plutôt son fossoyeur, durant la Révolution française. Usant d'un talent d’orateur qui valait bien celui d'un certain Jean-Luc Mélenchon, il n’eut de cesse de haranguer les foules afin de mieux les contrôler, mais aussi de déchaîner les plus bas instincts de l’humanité sur ses ennemis. Cette folie ne prit fin que lorsque, d'une lame affûtée, la jeune Charlotte Corday tua Jean-Paul Marat, le 13 juillet 1793.

Au commencement était un médecin

Né en 1743 dans ce qui est aujourd'hui le canton de Neuchâtel, en Suisse, le jeune Marat, avant de devenir le révolutionnaire que nous connaissons, se tourne vers les sciences et la médecine. Diplômé, il s’installe en Angleterre afin d’exercer sa nouvelle profession, mais il s’investit aussi dans la politique parlementaire d’Albion. Revenu dans les frontières du royaume de France, Marat - comble d’ironie pour un futur républicain - se met en 1777 au service du frère du roi de France, le comte d’Artois, futur Charles X. Mais cela ne pouvait pas durer car Marat, fort de son expérience anglaise, voit en la Révolution de 1789 un espoir et l'occasion d'imaginer enfin un nouveau monde.

N’étant pas élu à la jeune Assemblée nationale, il ne se fait d'abord entendre qu’à travers ses déclarations dans la presse. Cette procédure l'incite à entamer une carrière de journaliste, d’agitateur public et de tribun du peuple.

Marat, « l’Ami du peuple »

Comme la Révolution à son début, Marat est au départ assez modéré dans ses propos. Il défend de justes principes d’égalité. Ainsi en 1790, il déclare : « Qu'aurons-nous gagné à détruire l'aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l'aristocratie des riches ? » Bien vu ! Il soutient aussi la cause des personnes de couleur. Mais ses discours se radicalisent rapidement et Marat finit par appeler à l’insurrection dans les colonies puis dans les villes de France.

En 1792, après avoir été l’un des plus grands orateurs du Club des Cordeliers, il est élu député de la Seine dans le camp des Montagnards, les plus fervents adeptes de la Révolution. Désormais, dans les organes du pouvoir, Marat déchaîne sa haine. Indifférent aux massacres de Septembre, il continue à appeler au meurtre des ennemis de la Révolution. N’avait-il pas déjà déclaré, en 1790, dans les colonnes de son journal L'Ami du peuple, qu’« il y a une année, cinq ou six cents têtes abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd’hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois, peut-être, en abattrez-vous cent mille. »

Cependant, pour Marat, les monarchistes ne sont pas les seuls ennemis de la Révolution qui, tel Cronos, dévore ses propres enfants. Toute personne en contradiction avec lui devient un ennemi. Ainsi, la faction des Girondins opposée à celle des Montagnards finit-elle par être considérée par les meneurs de la Révolution comme trop modérée. Marat, usant des outils à sa disposition, ne cesse de les diaboliser : il les accuse de trahir les valeurs de la jeune République. Face à ces appels au meurtre incessants, le député girondin Pierre Vergnaud lance, à l'Assemblée nationale : « Donnez un verre de sang à ce cannibale : il a soif ! » Cette déclaration n’arrête pas pour autant le tranchant de la guillotine qui entraîne dans la mort la majorité des Girondins, en juin 1793.

Tuer Marat pour sauver la patrie

Paris purgé des Girondins qui la corrompaient, Marat s’attaque aux provinces où se sont réfugiés les rares survivants de ces révolutionnaires modérés. Tentant de rallier le peuple à leur cause, les Girondins poussent une jeune fille à agir. Faire « tomber la tête de Marat et la patrie est sauvée », lancent-ils. Charlotte Corday part à Paris en juillet 1793 et tente d’approcher sa future victime. Mais Marat reste cloîtré chez lui et n'apparaît plus en public. Il est, en effet, condamné à passer de longues heures dans sa baignoire afin de soulager, à l’aide de soufre, les terribles souffrances provoquées par une maladie de peau. Mais si son corps est tourmenté, son esprit n'a rien perdu de son appétit sanguinaire. L’Ami du peuple continue à écrire et à envoyer ses ordres à l'Assemblée. Charlotte Corday finit par prétexter une dénonciation qu’elle est prête à faire à Marat afin de l’approcher. Il accepte et la reçoit le 13 juillet. Instinctivement, la jeune fille frappe de sa lame sa victime, qui meurt dans l’instant.

Devenu martyr de la Révolution, Marat est panthéonisé en novembre 1793, avant que la Terreur ne soit enfin vaincue et que la France regarde d’un autre œil celui qui fut l’instigateur de nombreux excès révolutionnaires. Dépanthéonisé en 1795, son corps finit par disparaître dans la terre du cimetière Sainte-Geneviève à Paris. Les monuments en son honneur sont détruits. L’un de ses bustes est même jeté à la Seine par des enfants aux cris de « Marat, voilà ton panthéon ». Dans Paris circulent comme un dernier épitaphe les vers suivants : « Appui de l’assassin opprobre de la France, j’ai plongé le poignard au sein de l’innocence ; Par les grands forfaits je me suis fait un nom. Passant, les Jacobins m’ont mis au Panthéon. » Le sort des « amis du peuple », grands démagogues et orateurs enflammés, lorsqu'ils deviennent les bourreaux de la patrie, peut être cruel.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/13-juillet-1793-assassinat-de-marat-le-faux-ami-du-peuple/

dimanche 26 mai 2024

5 janvier 1759, naissance de Jacques Cathelineau, le « Saint de l’Anjou »

 

Jacques Cathelineau, né le 5 janvier 1759 au Pin-en-Mauges (Maine-et-Loire) et mort le 14 juillet 1793 à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), est, au cours de la guerre de Vendée, pendant la Révolution française, le premier généralissime de l’Armée catholique et royale de Vendée.

Cathelineau était voiturier, et colporteur en 1793. Toujours sur les routes, il connaissait bien le « pais » et les villages qu’il visitait. Sa grande piété lui commanda de prendre la tête des processions pour le retour des prêtres réfractaires. Et son curé, l’abbé Cantiteau le pressa de prendre les armes, lui père de famille de cinq enfants, alors qu’il était exempté pour cette première conscription. Les Vendéens comme beaucoup en France, refusèrent cet enrôlement. Avec les tensions existants depuis 1791, ce refus de la conscription et l’incompréhension face à l’exécution du roi, la révolte grondait, grondait et s’organisait.

Cathelineau représente par l’enthousiasme et la sincérité de sa foi naïve, l’héroïsme légendaire des premiers jours de la Vendée. Il rassemble autour de lui les paysans toujours plus nombreux, et en mars 1793 il comptait 3000 hommes sous les armes. Puis vinrent Bonchamps, d’Elbée, mais Cathelineau était aimé et son influence sur les hommes était sans égale.

Les batailles se sont succédées, Cholet, Vihiers, Chalonnes, Beaupréau avec Stofflet, puis Thouars. Victoires souvent, mais aussi replis, échecs, mais toujours l’espérance vissée au cœur. Cette insurrection des Vendéens prenant une ampleur considérable, il fallait un chef à la tête du mouvement et  Cathelineau fut proclamé Généralissime de l’Armée catholique et royale par l’Assemblée des Chefs vendéens le 12 juin 1793.

Puis ce fut la bataille de Nantes le 29 juin 1793. A la tête de 4 000 hommes il prit d’assaut la «  Cité des ducs de Bretagne » mais fut blessé gravement. En agonie pendant 15 jours, il continuait à recevoir les rapports journaliers et à donner ses ordres. Napoléon 1er (que je n’aime pas du tout), dira de lui « Il avait cette première qualité d’un homme de guerre, l’inspiration de ne jamais laisser reposer ni les vainqueurs ni les vaincus ».

Jacques Cathelineau mourra le 14 juillet 1793 à Saint-Florent des blessures reçues pendant cette dernière bataille à Nantes. Son curé et ami, l’abbé Cantiteau, le veilla pendant ses derniers jours,  aimant sa grande foi et son abandon à la volonté de Dieu. Quatre mois après avoir pris les armes le Saint de l’Anjou rendait son âme à Dieu. L’abbé Cantiteau a retracé son destin dans une lettre écrite en 1907 au Pin-en-Mauges, à l’un des premiers historiens de la Vendée en quête de témoins.

Cathelineau fut inhumé dans le cimetière de Saint-Florent à côté d’une chapelle et pour être sûr d’identifier sa tombe par la suite, on plaça un silex blanc au fond de la fosse. En 1858, le comte de Quatre Barbes fit ériger une chapelle dans le jardin de la maison où était mort notre héros.

Plusieurs historiens ont écrit sur cette belle figure de la Vendée dont la devise familiale était « Dieu et le Roi ». En un style pittoresque et plein de panache, ces livres retracent la flamboyante épopée qu’à la pointe de leurs sabres et de leurs faux,  gravèrent au fronton de notre histoire, de 1793 à 1795, “les brigands” de Cathelineau, et les autres….

Cathelineau : retrouvez les meilleurs auteurs sur LIVRES EN FAMILLE

Pour la jeunesse :

Pour Dieu et le Roi avec Cathelineau de Brigitte Lundi

Avec Cathelineau, une BD de Coline Dupuy

Au nom du Christ-Roi de Stéphan Hiland

Le petit tambour de Vendée de Marion

Pour adultes :

Jacques Cathelineau – Premier Généralissime de l’Armée Catholique et Royale de Jean Silve de Ventavon

« Rembarre ! Rembarre ! »

Et entre nous, voilà une date à retenir,  14 juillet , et à fêter en pavoisant pour le saint de l’Anjou !

De dernière minute : Compte tenu de sa Grande Piété et de son courage reconnu pour la défense de la Foi, sa cause de Béatification fut introduite dès la fin du XIX° siècle. Mais lors de bombardements en 1944, la plus grande partie des pièces informatives du Procès Diocésain a péri dans l’incendie des Archives de l’Evêché d’Angers, et l’instruction s’en trouve, de ce fait, bloquée.  Cathelineau reste cependant prié comme un “saint homme”  même s’il n’est pas reconnu comme tel par l’Eglise.

https://www.medias-presse.info/5-janvier-1759-naissance-de-jacques-cathelineau-le-saint-de-lanjou/184402/

dimanche 28 avril 2024

Histoire : 21 janvier 1793, exécution de Louis XVI

 Louis XVI perd son titre de roi de France lors de la prise des Tuileries la journée du 10 août 1792, avant que la République ne soit proclamée par la Convention le 22 septembre. Dès lors que la monarchie est officiellement abolie, la personne du roi devient encombrante et la question du jugement se pose très vite.

Maximilien de Robespierre donne d’emblée le ton :

« Quel est le parti que la saine politique prescrit pour cimenter la République naissante ? C’est de graver profondément dans les cœurs le mépris de la royauté et de frapper de stupeur tous les partisans du roi. […] Louis ne peut donc être jugé ; il est déjà condamné, ou la République n’est point absoute. […] j’abhorre la peine de mort prodiguée par vos lois ; et je n’ai pour Louis ni amour ni haine ; je ne hais que ses forfaits. J’ai demandé l’abolition de la peine de mort à l’Assemblée que vous nommez encore constituante ; et ce n’est pas ma faute si les premiers principes de la raison lui ont paru des hérésies morales et politiques […] Oui, la peine de mort, en général est un crime […] mais un roi détrôné au sein d’une révolution qui n’est rien moins que cimentée par des lois justes […] ne peut rendre son existence indifférente au bonheur public […]. Je prononce à regret cette fatale vérité… mais Louis doit mourir, parce qu’il faut que la patrie vive. »

La découverte de l’armoire de fer contenant des papiers compromettants, le 20 novembre, aux Tuileries, finit d’accabler le roi déchu. Le procès s’ouvre le 10 décembre et dure jusqu’au 26 du même mois. Les débats sont clos le 7 janvier. Le 15, les membres de la Convention votent en utilisant la procédure de l’appel nominal. A la première question « Louis est-il coupable ? », 691 représentants répondent par l’affirmative, aucun pour le non, 27 refusent de choisir. Le même jour, une proposition d’appel au peuple est repoussée à 424 voix contre 287 (et 12 refus de choix). Le 16 arrive la question décisive : « Quelle peine Louis, ci-devant roi des Français, a-t-il encourue ? ». Le vote dure toute la nuit, certains représentants prenant largement leur temps pour expliquer leur position si bien que leur choix en devient obscur ! ; le 17 les chiffres donnent : 366 pour la peine de mort, 34 pour la mort assortie de diverses conditions (date, sursis, etc.), 321 pour la détention. Après plusieurs contestations (des représentants souhaitant être comptés autrement), un contrôle est fait, et finalement les résultats définitifs sont proclamés le 18 : 387 pour la mort sans condition, 46 pour la mort avec sursis, 288 pour la détention.

La légende de la petite voix de majorité : « Ces chiffres vont vite faire naître une légende, celle d’un roi condamné par une seule voix d’écart, grâce à un calcul pour le moins contestable. En effet, sur les 387 partisans du régicide, 26 ont demandé une discussion sur le fait de savoir s’il convenait ou non de différer l’exécution, mais tout en précisant que leur choix était indépendant de ce vœu. Il suffisait alors aux royalistes de les décompter des 387, puis de faire l’addition suivante : 26 + 46 + 288 = 360 voix refusant la mort immédiate de l’accusé… contre 361 ! Arithmétique toute politique que celle-ci et qui ne peut évidemment sauver Louis XVI. » (BIARD Michel, BOURDIN Philippe, MARZAGALLI Silvia, Révolution, Consulat, Empire, 1789-1815, Paris, Belin, 2010, p. 104).

Procès verbal de la séance de la Convention des 16 et 17 janvier (Archives de l’Assemblée Nationale)

La mort de Louis XVI d’après Charles-Henri Sanson, bourreau.

Le témoignage de Charles-Henri Sanson a été publié le 21 février 1793 dans le Thermomètre du jour pour mettre fin à diverses rumeurs concernant les derniers instants de Louis XVI. L’orthographe de la lettre a été respectée.

« Paris, ce 20 février 1793, l’an II de la République française. Citoyen, Un voyage d’un instant a été la cause que je n’aie pas eut l’honneur de répondre à l’invitation que vous me faite dans votre journal au sujet de Louis Capet. Voici, suivant ma promesse, l’exacte véritée de ce qui c’est passé.
Descendant de la voiture pour l’exécution, on lui a dit qu’il faloit oter son habit ; il fit quelques difficultées, en disant qu’on pouvoit l’exécuter comme il étoit. Sur la représentation que la chose étoit impossible, il a lui-même aidé à oter son habit. Il fit encore la même difficultée lorsquil cest agit de lui lier les mains, qu’il donna lui-même lorsque la personne qui l’accompagnoit lui eut dit que c’étoit un dernier sacrifice. Alors il s’informa sy les tembours batteroit toujour : il lui fut répondu que l’on n’en savoit rien. Et c’étoit la véritée. Il monta l’echaffaud et voulu foncer sur le devant comme voulant parler. Mais on lui représenta que la chose étoit impossible encore. Il se laissa alors conduire à l’endroit où on l’attachât, et où il s’est écrié très haut : Peuple, je meurs innocent. Ensuitte, se retournant ver nous, il nous dit : Messieur, je suis innocent de ce dont on m’inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. Voilà, citoyen, ses dernières et ses véritables paroles.
L’espèce de petit débat qui se fit au pied de l’echaffaud roulloit sur ce qu’il ne croyoit pas nécessaire qu’il otat son habit et qu’on lui liât les mains. Il fit aussi la proposition de se couper lui-même les cheveux. Et pour rendre hommage à la véritée, il a soutenu tout cela avec un sang froid et une fermette qui nous a touts étonnés. Je reste très convaincu qu’il avoit puisé cette fermetée dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissoit pénétrée ny persuadé.
Vous pouvez être assuré, citoyen, que voila la véritée dans son plus grand jour.
J’ay l’honneur d’estre, citoyen, Votre concitoyen. Sanson »

Source : ARMAND Frédéric, Les bourreaux en France, Paris, Perrin, 2012, p. 285.

https://www.fdesouche.com/2015/01/21/21-janvier-1793-execution-de-louis-xvi-2/

lundi 26 février 2024

Le tribunal révolutionnaire, d’Antoine Boulant

 

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Les éditions Perrin viennent de publier le livre d’Antoine Boulant, le tribunal révolutionnaire.

Ce livre court et facile à lire réussit cependant à nous faire connaître tous les rouages de ce tribunal qui fonctionna d’avril 1793 à juillet 1794 et qui est l’incarnation parisienne de la répression révolutionnaire. Marqué par la figure prépondérante de l’accusateur public FOUQUIER-TINVILLE, ce tribunal exécuta les basses besognes en leur donnant un vernis légal. Pendant ces mois de répression jacobine, le tribunal jugea 5215 personnes et prononça 2791 condamnations à mort avec souvent comme seule justification le désir d’appliquer les principes utopiques de l’égalité dogmatique.

Si les Evénements eurent bon dos (Lutte contre les émigrés, les ci-devant nobles, les pactisants avec l’étranger, les déviationnistes …), c’est avec une enveloppe légale que la Terreur eut cet instrument implacable pour guillotiner ceux qui ne plaisaient pas au régime et à son ange exterminateur. La machine se déréglant et broyant ceux qui l’avaient conçue, Danton et Robespierre passèrent eux aussi sous les fourches caudines et  eurent à connaître le rasoir national.

En huit chapitres le livre développe la naissance de ce tribunal, ses locaux, le quotidien, la dichotomie entre justice et pouvoir, la mise au service de la destruction du royalisme, le retour de couperet, la Terreur, le procès de celle-ci. Une bibliographie conséquente permet au curieux d’aller plus loin s’il le désire.

Ce tribunal est symbolique de la folie de cette révolution qui tua 300000 personnes à travers toutes sortes de juridictions d’exception ou d’actes individuels commis par inféodation à une idéologie meurtrière désirant réprimer «  toute entreprise contre révolutionnaire ou tout attentat contre la liberté, l’égalité, l’unité et l’indivisibilité de la République » et laissant libre court à toute interprétation oiseuse de ces entreprises…

Les archives sont nombreuses car les révolutionnaires étaient aussi des paperassiers et l’historien n’a que l’embarras du choix.  Le livre se veut une synthèse des travaux des historiens précédents augmentée de sources inédites à l’époque de leurs travaux et défrichées en particulier par Olivier BLANC et autres universitaires.

Ce livre se veut descriptif et sans réel parti pris mais ne peut que constater que cette révolution fut un génocide (Gérard Walter) même s’il y eut un souci d’un certain respect de formes judiciaires pour ce ci-devant tribunal de sinistre mémoire mais qui pouvait préfigurer les cours prévôtales, martiales, de la « Libération », ou de la cour de sûreté de l’Etat, cours pour lesquelles les droits des accusés furent souvent réduits à néant. En définitive il s’agirait d’un processus « conduisant progressivement le pouvoir politique à éliminer ses rivaux et des individus potentiellement dangereux en les privant des garanties les plus élémentaires. »

En définitive un livre synthétique documenté et montrant l’efficacité d’un instrument de terreur ( la manipulation de la « Justice ») au service d’une idéologie démente que l’on aimerait savoir ne pas pouvoir renaître.

Eric ABGRAAL

Le tribunal révolutionnaire – Antoine Boulant – Perrin – 23€ (à commander ci-dessous) :

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