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lundi 8 janvier 2024

13 février 1820 : l’assassinat du duc de Berry

 Le 13 février 1820, Charles Ferdinand de Bourbon, duc de Berry et second fils de Charles X, âgé de 42 ans, s’écroule sur les marches de l’Opéra, rue de Richelieu, à Paris. Il vient d’être frappé d’un coup de couteau par un ouvrier républicain, Louis Louvel. Par son geste, il espérait mettre fin à la dynastie des Bourbons.

Le prince mortellement blessé expira le lendemain à six heures du matin, en ayant pardonné à son assassin qui sera guillotiné le 7 juin 1820.
La victime était la seule personne susceptible de donner un héritier à la famille royale. L’autre fils de Charles X, Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, n’eut pas de postérité légitime. Les ultra-royalistes accusent de laxisme le chef du gouvernement Elie Decazes. «Le pied lui a glissé dans le sang», écrivit Chateaubriand.
Pourtant, l’espoir renaît chez les Bourbons. On apprend que l’épouse du duc de Berry est enceinte. Le 29 septembre, elle donne le jour à un fils posthume, Henri qui fut surnommé «l’enfant du miracle».
Une souscription publique est organisée pour lui offrir le domaine de Chambord, d’où le titre de comte de Chambord qui sera désormais le sien. Mais en 1830, quand Charles X est renversé, l’enfant doit suivre son grand-père dans l’exil.
En 1871, après la chute de Napoléon III, alors qu’une restauration de la monarchie devient possible, le comte de Chambord refusera d’abandonner le drapeau blanc pour le drapeau tricolore et renoncera au trône de France.
Sources : 1, 2

https://www.fdesouche.com/2010/02/13/13-fevrier-1820-lassassinat-du-duc-de-berry/

jeudi 30 septembre 2021

Chateaubriand (Ghislain de Diesbach)

 

Ghislain de Diesbach, essayiste et ancien vice-président de l’association des amis de Rivarol, est l’auteur de nombreuses biographies. Il nous revient avec une biographie de Chateaubriand.

De Chateaubriand, chacun retient les Mémoires d’outre-tombe et le Génie du christianisme. Mais qui était-il véritablement ? Le portrait qu’en dresse Ghislain de Diesbach n’est guère flatteur.

Farouchement indépendant, foncièrement, vaniteux, Chateaubriand a recherché le pouvoir pendant trente ans, moins pour la satisfaction de gouverner que comme consécration de son talent d’écrivain. Pour lui, la véritable récompense du talent, ce n’est pas l’Académie, mais un ministère, et non un des moindres, puisqu’il jugeait l’Instruction publique indigne de lui. Il s’émerveilla par contre de recevoir celui des Affaires étrangères.

A Louis XVIII et à Charles X, il apparaît plus dangereux qu’utile et tous deux s’efforcent de le reléguer dans une ambassade où, à peine installé, il se comporte en souverain. Pour maints royalistes ultras, Chateaubriand est même un révolutionnaire.

C’est que son orgueil en fait l’ennemi naturel de tout pouvoir qu’il ne partage pas. C’est le vrai motif de son opposition à Napoléon, outragé que celui-ci ne l’ait jamais prié d’exercer à ses côtés une espèce de magistrature de la pensée. Après avoir vu en Bonaparte un sauveur et lui avoir dédié, pour attirer son regard, la deuxième édition du Génie du christianisme, il se scandalise qu’un si grand esprit ne l’associe pas à son œuvre, passant de l’admiration au doute et du doute au ressentiment.

Par contre, Chateaubriand n’oubliera jamais le service rendu à Dieu. En écrivant Génie du christianisme, il illustrait le réveil de la foi en France et rendait son prestige à la religion qui avait été la risée des philosophes des Lumières et la cible des révolutionnaires.

Chateaubriand, Ghislain de Diesbach, éditions Perrin, 672 pages, 27 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/chateaubriand-ghislain-de-diesbach/93551/

dimanche 21 mars 2021

Hommage à l'historien de la monarchie de Juillet 1/4

 L'Histoire de la monarchie de Juillet, de M. Thureau-Dangin, conquiert tous les jours de nouveaux lecteurs. Mais elle est encore loin d'être appréciée à son juste mérite. Je voudrais l'analyser ici sommairement, et essayer en même temps une description aussi exacte que possible du talent de son auteur. On excusera ce qu'il y aura d'incomplet dans cette exposition, de précipité dans ces jugements, en songeant que ce bel ouvrage n'est pas terminé, et que M. Thureau-Dangin n'a pas dit, tant s'en faut, le dernier mot de son talent.

I

Dans la nuit du 29 au 30 juillet 1830, Charles X ayant quitté Paris, la ville était à l'émeute et la France sans gouvernement. M. Thiers, alors simple journaliste, se souvint fort à propos d'anciennes intrigues nouées autour du duc d'Orléans par l'opposition libérale, et, sans même attendre son assentiment, mit en avant le nom de ce prince dans des proclamations qui furent affichées au matin.

Déjà fort embarrassés de leur situation, troublés de leur victoire, les députés furent presque unanimes à se rallier autour de ce nom, et le duc d'Orléans, dans la journée du 31, finit par accepter le titre de lieutenant-général du royaume et le rôle de pacificateur. Rôle ingrat à cette heure. La révolution courait les rues, en rayonnant de l'Hôtel-de-Ville, où s'agitait la garde nationale, sous le commandement honoraire de La Fayette. Opposer la force à la force eût été dangereux pour ce gouvernement de quelques heures, le duc aima mieux négocier. Dans cette même journée du 31, précédé d'un tambour et des huissiers de la Chambre, et suivi de quatre-vingts députés, il quitta le Palais-Royal, et dans cet équipage plus que modeste, se dirigea vers l'Hôtel-de-Ville, au milieu d'une foule assez mêlée d'abord, mais de plus en plus houleuse, à mesure qu'il pénétrait dans les quartiers populaires. Il entra néanmoins dans l'Hôtel-de-Ville et tout à coup parut au balcon, donnant le bras à La Fayette, ombragés tous les deux d'un drapeau tricolore. Ce fut une explosion de sensibilité :

— Vive La Fayette ! Vive le duc d'Orléans !

De tous les points de la place l'immense acclamation des badauds armés consomma l'établissement du trône de Juillet.

Les orateurs républicains, les historiens absolument hostiles ne reconnaissent pas à la dynastie d'Orléans une autre origine ; ils ne tiennent compte, dans la journée du 31, que du « sacre de l'Hôtel-de-Ville ». Ils avaient intérêt à représenter Louis-Philippe comme un fils ingrat de la révolution, issu des barricades, élevé sur le pavois populaire et devant sa couronne au suffrage de la nation révoltée ; il était clair, dès lors, que ce roi par la grâce du peuple était un simple prête-nom, tout au plus l'intendant de l'idée révolutionnaire, ayant pour tout mandat d'appliquer le programme qu'elle dicterait. M. Thureau-Dangin, tout en regrettant et en blâmant en termes formels la violation de la tradition monarchique, rectifie cet exposé en le complétant ; il met au premier plan dans son récit, comme elle fut dans les faits, la démarche collective des députés auprès du duc d'Orléans et les motifs qui les décidèrent à cette démarche, leur espoir qu'un Bourbon serait aux yeux de la France et de l'Europe une garantie de sécurité.

La scène du balcon ne fut qu'un incident assez secondaire au milieu des événements qui marquèrent cette journée. Mais il faut avouer qu'elle prêtait à des malentendus, et qu'à cette époque il était délicat, peut-être impossible, de les dissiper ; car dès qu'on y touchait on avait l'air de renier son origine, de rompre avec ses précédents, ce qui est toujours vilain dans la bouche des parvenus, et Louis-Philippe en était un, incontestablement. C'est ce qui explique les premières avances que faisait à son peuple, ouvriers et bourgeois, le nouveau roi des Français. Par malheur, ces familiarités contribuèrent à former la légende du roi citoyen et de la monarchie élue. Ces concessions peut-être nécessaires aux exigences du moment, on les prit argent comptant, pour la véritable « politique de Juillet ». Dieu sait quelles visées disparates on associait tous les matins à cette formule. Cela signifiait tantôt le roi soliveau, tantôt la délivrance de la Pologne ou le passage des Alpes par la garde nationale, en somme : révolution, et les esprits logiques disaient tout court : émeute. On était loin du jour où M. Guizot devait réprouver en pleine Chambre ce mot de révolution ; personne encore ne disait : « c'est un grand mal qu'une révolution ; une révolution coûte fort cher, financièrement, moralement, politiquement, de mille manières. » Personne ne le disait, mais cette vérité commençait à briller dans plus d'un esprit, à la clarté de certains événements, comme le pillage de Saint-Germain-l'Auxerrois et le sac de l'Archevêché.

De son côté, le roi venait de découvrir parmi ces clairvoyants un homme assez courageux pour exprimer la pensée commune, assez énergique pour l'imposer aux Chambres, assez haut de cœur pour braver l'opinion. Casimir Périer osa, du premier coup, renier toute parenté révolutionnaire au nom de la nouvelle dynastie : « Non, Monsieur, criait-il avec colère à Odilon Barrot, il n'y a pas eu de révolution, il n'y a eu qu'un simple changement dans la personne du roi. » Il faut souvent parler aux assemblées comme on parle aux enfants, exagérer la vérité pour la leur faire admettre. Ce mensonge ou semi-mensonge officiel était le seul moyen de conserver le trône, l'ordre par conséquent. Les « carlistes », avec le sûr instinct des profonds ennemis, l'avaient compris immédiatement. Pendant dix-huit ans, Berryer ne fit que répéter aux divers cabinets :

— Vous êtes sortis d'une révolution, vous et l'ordre des choses dont vous faîtes partie ; c'est un fait, je l'accepte en tant que fait ; mais soyez conséquents et révolutionnaires, soyez-le en plein, gouvernez dans le sens de la Révolution.

Casimir Périer ne se contenta pas de déjouer cette manœuvre. Il osa davantage, il se fit le champion du principe d'autorité, et lui sacrifia, pour commencer, sa popularité : c'est le plus cher des biens de l'homme d'État, mais c'est le plus gênant. Songer à plaire à la galerie est toujours une entrave pour qui veut agir. Il s'en débarrassa et n'en fut que plus fort. Il reprit possession de Paris, qui jusque là avait appartenu à l'émeute, et fit descendre la troupe dans la rue, ce que personne n'avait osé depuis les glorieuses. Dans les Chambres, il se pétrit une majorité, et cette majorité lui survécut comme de politique. Le ministère du 11 octobre était encore un ministère Périer, avec les mêmes vues, mais élargies, et dressées par M. Guizot à la hauteur d'une théorie gouvernementale, appliquées par le duc de Broglie et M. Thiers, avec un ensemble, un concert qu'on ne retrouve plus dans les cabinets postérieurs. Malgré tout, la mort de Casimir Périer 1 fut un malheur irréparable. Le parti de la résistance perdit en lui l'homme le plus capable d'en assurer la cohésion et d'en maintenir l'unité.

La série des fautes commença le jour où M. Thiers se sépara de ses collègues et fit bande à part. Trop fier pour disputer un portefeuille, le duc de Broglie se confina dans un demi-silence. M. Guizot, plus ambitieux, se mit à la tête d'un groupe, non point hostile à M. Thiers, mais réservé, attendant les actes du jeune ministre ; celui-ci se dépêchait d'agir dans le sens le plus désagréable à M. Guizot. Il débordait la majorité si difficilement réunie par Casimir Périer, et se soutenait par des votes de hasard, recrutés à la bonne fortune des débats parlementaires : politique de bascule au-dedans, de girouette au dehors, ne visant qu'à l'effet. On doute que M. Thiers se soit cru, en 1836, un très grand diplomate, mais ce qui est bien certain, c'est qu'il désirât que les autres le crussent. À quelles fantaisies ne s'est-il pas livré dans ce but ! L'alliance anglaise était depuis Juillet notre point d'appui en Europe. M. Thiers l'abandonna tout à coup. Pourquoi cela ? Parce qu'il caressait un projet de mariage entre le duc d'Orléans et une archiduchesse. L'entreprise était difficile, les ambassadeurs la déclaraient absurde, et M. Thiers n'y voyait que plus de lauriers à moissonner. Or, par malheur, il échoua ; nouveau coup de gouvernail rapprochant la politique française du cabinet de Saint James. C'est M. Thiers qui l'a donné, M. Thiers furieux de se déconvenue, ne sachant quelle attitude prendre pour la dissimuler, voulant faire la guerre uniquement pour faire quelque chose ; or, les troubles d'Espagne en fournissaient quelque lointain prétexte : si l'armée française allait faire un tour de ce côté ? Louis-Philippe refusa net, et M. Thiers trouva enfin l'occasion de faire parler de lui ; il donna sa démission, et put poser avec fracas pour « le ministre de l'honneur national ».

Soult et Guizot le remplacèrent, et cela ne simplifia rien. Il y eut deux oppositions au lieu d'une, M. Thiers au centre gauche et, au centre droit, M. Guizot lui-même, quand ses procédés trop anguleux, ses théories trop peu flexibles l'eurent éliminé du ministère Molé. Comme toutes les oppositions, ces deux centres finirent par trouver le terrain d'une entente ; M. Thiers et M. Guizot se donnèrent le baiser de paix, chacun mettant en poche un bout de son drapeau : ce fut la coalition, compromis peu honorable, dont le prétexte étonne et saisit douloureusement. On ne conçoit plus aujourd'hui que des hommes politiques de la valeur de M. Guizot aient pu admettre un seul instant la fameuse maxime : le roi règne et ne gouverne pas ; tout ce que l'on peut dire pour les défendre, c'est que l'expérience du gouvernement représentatif leur faisait défaut. Encore leur méprise nous paraît-elle singulière. Sous prétexte d'attaquer le pouvoir personnel, la politique de la cour, dans la personne de M. Molé, les doctrinaires ont porté à la monarchie de Juillet une atteinte dont elle eut grand'peine à se relever. Ils en furent d'ailleurs bien punis, car après le scandaleux interrègne ministériel de 1839, ils n'obtinrent pas un seul portefeuille dans le cabinet Soult.

Mais voyons, puisque nous y sommes, ce qu'était ce gouvernement personnel dont ils feignaient de craindre les plus néfastes résultats, et surtout ce que vaut ce gouvernement, si on compare sa politique à celle des divers ministères, après 1836.

M. Thureau-Dangin a tracé à plusieurs reprises le portrait du roi Louis-Philippe, un portrait peu flatteur, mais juste en toutes ses parties. Il n'a rien laissé subsister de la grotesque légende créée par la petite presse et la caricature, mais sans dissimuler le manque absolu de prestige qui nuisit tant à Louis-Philippe dans l'opinion des Français de 1830. Il a même insisté sur ce point avec une telle vivacité que la mémoire du roi de Juillet resterait en souffrance, si le lecteur ne se rappelait les mille et une circonstances où la sagesse un peu bourgeoise, un peu vantarde, un peu tatillonne de Louis-Philippe sauva notre pays. Sans ce pauvre roi qui sut s'allier à temps à « la perfide Albion » la France courait, en 1830, le danger de subir une invasion étrangère suivie d'un morcellement. Les bonnets à poils de la garde nationale n'auraient pas suffi pour intimider le czar Nicolas et M. de Metternich. Sans doute « Ulysse », comme Heine 2 et A. de Vigny se sont accordés à le nommer, fut soutenu dans les premières années par M. de Talleyrand, son ambassadeur à Londres. Plus tard, bon gré mal gré, il dut céder la direction de la diplomatie à M. de Broglie ; mais après la chute de ce dernier, Louis-Philippe eut bien le droit d'appeler son système la conservation de nos alliances, en dépit de la légèreté de M. Thiers, de l'indolence de M. Molé et de l'incapacité du maréchal Soult.

Cette politique ne fut pas, comme on l'a trop redit, sans aucune gloire. Ne fallait-il pas, en outre une grande souplesse diplomatique, une certaine audace, pour braver l'Angleterre en Algérie et en Portugal, l'Autriche à Ancône et en Belgique tout le continent 3 ? Notre action était impossible dans un rayon plus étendu. Le roi le comprenait. M. Thureau-Dangin nous le fait toucher du doigt ; mais l'opinion française ne se résignait pas à accepter cette impossibilité matérielle, bien indépendante de la personne de Louis-Philippe et de ses secrets désirs. C'est ce qui commença à rendre le souverain si impopulaire, impopulaire comme aucun de ses prédécesseurs ne l'avait été. On n'imagine pas que cette politique, en somme si sage, ait rencontré dans toutes les classes de la nation un accueil aussi malveillant. Terre-à-terre comme elle était, elle devait évidemment déplaire à la jeunesse d'alors ; mais cette jeunesse elle-même, sentimentale et nerveuse, vivant dans l'absolu, dédaigneuse du fait, grisée d'art et de philosophie, la tête pleine de légendes napoléoniennes et révolutionnaires, ivre du nom de France, dont des poètes historiens venaient de lui révéler le splendide passé, cette jeunesse qui rêvait pour son pays des destins gigantesques, était une infime minorité, en complète opposition de tendance et d'esprit avec le gros de l'armée électorale.

À suivre

dimanche 25 octobre 2020

Le jour où les fleurs de lys flottèrent sur Alger

   


Même avec quelques mois de retard, il n'est pas trop tard pour saluer l'anniversaire de la prise d'Alger par les troupes du maréchal de Bourmont, le 5 juillet 1830, voilà 170 ans.

« Nous reviendrons ! » avait promis le MM chevalier de Malte français Pons de mm Balaguer en plantant sa porte dans la porte Bab-Azoun lorsque Charles-Quint avait tenté de s emparer d Alger en 1541. Trois siècles plus tard, le 5 juillet 1830, le maréchal de Bourmont, tenant cette promesse, y entrait en vainqueur, réalisant une autre prophétie qui prédisait que la ville blanche serait conquise par des soldats vêtus de rouge, couleur du képi et des pantalons - garance - des fantassins français.

Plusieurs raisons avaient déterminé le roi Charles X et son gouvernement à décider de l'expédition contre la régence turque d'Alger.

La plus souvent citée tient à une créance du dey d'Alger sur la France : en 1797 le Directoire avait acheté à la régence 15 000 quintaux de blé, pour 24 millions de francs. Le dey Mustapha Pacha avait confié le marché à des intermédiaires appartenant à deux riches familles juives d'Alger, les Bacri et les Busnach, qui s'adjugèrent une marge de 300 % sur le marché et exigèrent des taux d'intérêts faramineux sur les paiements différés.

La dette française traîna jusqu'à ce qu’en 1820 un accord soit signé entre la Régence et la France, qui versa 4,5 millions aux Busnach et Bacri… lesquels se gardèrent de rentrer à Alger. Dupé et furieux, le dey Hussein Pacha persécuta les comptoirs français de La Calle et du Bastion de France, et en vint, le 30 avril 1827 à souffleter publiquement le consul de France d'un coup de chasse-mouches.

Cette offense venait s'ajouter aux coups portés au commerce en Méditerranée par les corsaires d'Alger, dont les prises allaient gonfler le Trésor du dey et alimenter les bagnes en esclaves chrétiens. Pour mettre un terme à la piraterie barbaresque, Charles X décida, au lendemain de l'insulte faite au consul Delval, d'envoyer une division navale bloquer le port d'Alger. Les vaisseaux français remportèrent plusieurs combats navals contre des corsaires qui tentaient de forcer le blocus, mais en 1830, deux bricks participant au blocus, le Silène et l’Aventure, s'échouèrent à l’est d'Alger. Plus de 80 marins français furent massacrés et décapités, les autres - plus d'une centaine - emprisonnés. Entre temps, le 3 août 1929 les Turcs d'Alger avaient de nouveau offensé la France en canonnant La Provence, vaisseau de l'amiral de La Bretonnière, venu parlementer sur la foi d'un sauf-conduit du dey.

La coupe était pleine. En dépit de l'opposition de la Chambre - et de celle de l’Angleterre, qu'irritait le projet français -, Charles X décida de s’emparer d'Alger et confia le commandement d'un corps expéditionnaire de 30 000 hommes au général de Bourmont. Celui de la flotte chargée de convoyer les troupes et de les appuyer de ses feux fut donné à l’amiral Duperie, choix lourd de conséquences politiquement proche de l'opposition, Duperré allait tout faire pour retarder l'expédition.

Pluie mortelle sur la Casbah

Le 14 juin, le débarquement des troupes eut enfin lieu, dans l’enthousiasme, dans la baie de Sidi-Ferruch, en dépit des contre-attaques désordonnées de la cavalerie ennemie. La véritable offensive turque se produisit au matin du 19 juin et se solda par la victoire des Français, qui célébrèrent une messe d'action de grâce dans le village de Staouéli.

Les 24 et 26 juin, de nouvelles attaques turques ne connurent pas plus de succès. Au soir du 30 juin, Bourmont arriva devant la citadelle du Fort-L'Empereur, aux portes d'Alger, auquel les Français donnèrent l'assaut le 4 juillet, au lendemain d'un pilonnage de la ville par les vaisseaux de Duperré qui ne produisit pas beaucoup d’effet. Constatant que les canons français ouvraient des brèches dans ses murailles, le commandant de la citadelle décida de la faire sauter, ce qui provoqua une effroyable explosion et une pluie mortelle de pierres sur la Casbah d'Alger. Comprenant qu'il n’était plus en mesure de résister, le dey menaça de faire sauter la Casbah elle-même. Bourmont, craignant cette éventualité, préféra entrer en pourparlers et lui proposa de se retirer où il le souhaiterait avec ses femmes, en emportant ses biens personnels. Par ailleurs, il garantissait la liberté des musulmans de pratiquer leur religion à Alger, dont il s'engageait à protéger les habitants.

La capitulation fut signée au matin du 5 juillet et les troupes françaises pénétrèrent dans la ville « dans une pagaille absolue (…) après s’être longtemps égarées dans d'inextricables entrelacs de haies d'aloès, de lauriers-roses et de figuiers de barbarie », écrit Georges Fleury(1) Avant 15 heures, salués par 21 coups de canon tirés par La Provence, les drapeaux blancs fleurdelisés flottèrent sur la Casbah. Ils n'allaient pas y demeurer longtemps. À Paris, les « Trois glorieuses » - trois jours d'émeutes, du 26 au 29 juillet - aboutirent à l’abdication de Charles X et à l'accession au trône, le 31 juillet 1830, de Louis-Philippe, roi des Français. Informé des événements, Bourmont, élevé au maréchalat après la prise d Alger repoussa les offres du nouveau gouvernement et voulut rapatrier le gros du corps expéditionnaire en France pour marcher sur la capitale, mais il se heurta au refus de Duperré. Celui-ci fit allégeance au nouveau régime, qui l'en récompensa en l'élevant à la dignité d'amiral de France, en attendant que la propagande n'en fasse l'unique vainqueur d'Alger.

Le 18 août 1830, les trois couleurs remplacèrent les fleurs de lys et le 2 septembre, le général Clauzel débarqua à Alger pour remplacer Bourmont. Comme on lui déconseillait de s'embarquer pour la France, le vrai conquérant d'Alger s’embarqua pour les Baléares sur un vieux brick affrété à ses frais, Duperré lui ayant refusé un bateau. Il emportait dans un coffret le cœur de son fils Amédée, lieutenant de grenadiers blessé mortellement au combat de Sidi-Khalef le 24 juin. Avant de mourir, le jeune officier avait souhaité : « Espérons que mon sang servira à apaiser les ennemis de mon père. »

1). Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, coll. Tempus, éd. Perrin.

monde&vie 2 novembre 2010 n°834

dimanche 20 septembre 2020

Le 4 septembre 1870, une journée dans l’Histoire de France

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« Ce que vous me proposez, Messieurs, je ne puis, je ne dois pas y consentir. Croyez-moi, les épreuves que je viens de subir ont été si douloureuses, si horribles, que dans ce moment, la pensée de conserver cette couronne à l’empereur et à mon fils me touche très peu. Mon unique souci, la seule ambition est de remplir dans toute leur étendue, les devoirs qui me sont imposés. Si vous croyez, si le Corps Législatif croit que je suis un obstacle, que l’on prononce la déchéance, je ne me plaindrais pas. Je pourrais quitter mon poste avec honneur, je ne l’aurais pas déserté. Mais je suis convaincu que la seule conduite sensée, patriotique, pour les représentants du pays serait de se serrer autour de moi, de laisser de côté, quant à présent, toutes les questions intérieures et d’unir étroitement nos effort pour repousser l’invasion ».
Dans la matinée du 4 septembre 1870, l’impératrice des Français, Eugénie de Montijo, éconduit une délégation de parlementaire venue lui demander de remette son pouvoir à l’assemblée.
Contraint à l’exil en 1830, le comte de Chambord, Henri d’Artois, écrit le même jour au Kaiser Guillaume Ier dont les troupes ont défait à Sedan l’empereur Napoléon III, désormais prisonnier de l’ennemi prussien. « Je suis donc prêt si mon pays m’appelle, à remplir la mission qu’un devoir sacré m’impose. De la restauration de ce principe en France, dépend, j’en ai la conviction, le sort de l’Europe. Que Votre majesté le sache bien, la nation a été surprise, elle ne sera jamais abattue. (…) Si la victoire à ses exigences, c’est à la sagesse des princes qu’il convient de les refermer dans de justes limites (…). ». Guillaume Ier ignore la supplique et laisse son chancelier Otto von Bismarck, celui qui a manipulé les français en produisant un faux afin de mener le Second empire dans une inéluctable chute, s’empresser de doucher les espoirs du petit-fils de Charles X. Il n’entend pas « contribuer à encourager la droite monarchique en France » et préfère une « faible république à une forte monarchie » confesse-t-il. La proclamation du Reich, dans la galerie des Glaces au château de Versailles, n’est plus qu’une question de temps.
Averti de tout cette agitation, les événements s’enchaînant rapidement, le député Léon Gambetta, chef de l’opposition, prend la décision de monter à la tribune de l’assemblée nationale … « (…) Attendu que tout le temps nécessaire a été de donner à la représentation nationale pour prononcer la déchéance, Nous déclarons que Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la France. Le peuple a devancé la Chambre qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République : elle est proclamée, et cette révolution est faite au nom du droit et du salut public ».
Parallèlement à cette chute, les fils de Louis-Philippe Ier d’Orléans, le duc d’Aumale et le prince de Joinville, arrivent à la frontière française après avoir quitté Bruxelles. Ils sont refoulés. Gambetta, qui craint une insurrection royaliste, ordonne leur arrestation en cas de récidive. Le comte de Paris, Philippe d’Orléans, tentera d’ailleurs à son tour de débarquer depuis l’Angleterre, quelques jours plus tard mais en vain. C’est un vrai coup d’état qui viennent d’opérer les républicains qui n’ont finalement de légitime que leur seule illégitimité. Preuve en est, que la déchéance de Napoléon III ne sera officiellement acté, presqu’un an plus tard, après l’écrasement dans le sang de la Commune de Paris qui s’est soulevée contre le nouveau régime. L’ultime utopie autogestionnaire tragique de la France avec ses figures incontournables.
L’impératrice Eugénie de Montijo n’a plus d’autres choix que de partir en exil, où elle et son fils vont écrire un nouveau chapitre du roman bonapartiste.
Une république qui, durant ses 7 décennies d’existence, va s’échiner à réécrire l’Histoire de France, tentant de trouver de nouveaux héros afin de mieux s’incarner à travers eux, malmenant son héritage capétien qu’elle manque pourtant de restaurer sur son trône (affaire du drapeau Blanc). Un régime parlementaire marqué par de nombreux scandales de corruption (affaire de Panama, Stavisky..) et d’instabilité parlementaire, bafouant le principe même de suffrage universel. Une république sans liberté, ni égalité ou fraternité, ce credo qu’elle enseigne pourtant dans ses écoles, une réussite et une fierté de modèle laïc. Un régime qui sera définitivement terrassé par les allemands en 1940, ayant lui-même contribué à semer les graines d’une seconde guerre mondiale.
Une république, loin de ce principe de Res Publica qui a caractérisé nos 1000 ans de monarchie, fondée en toute illégalité, il y a 150 ans. Avons-nous réellement quelque chose à célébrer alors que sa cinquième consœur, en fin de vie, nous offre ce triste visage identique et quotidien de divisions et de crises en tout genre, mettant à mal autant notre histoire , notre identité française désormais menacée de l’intérieur ? Quelque soit la teneur et la symbolique du discours que prononcera le chef de l’état ce matin, qui entend s’inscrire dans la continuité de la IIIème République afin de dénoncer « ce séparatisme » qui pourrait nous faire basculer dans une guerre civile, elle a déjà les mêmes saveurs que ce 4 septembre 1870 : Celle de l’échec.

Frederic de Natal

https://www.actionfrancaise.net/2020/09/19/le-4-septembre-1870-une-journee-dans-lhistoire-de-france/

lundi 23 mars 2020

Passé-Présent n°269 : L’assassinat du duc de Berry

Février 1820 : l’assassinat du duc de Berry
Philippe Conrad revient sur les conséquences politiques de l’assassinat de Charles, Duc de Berry, 2ème fils de Charles X et héritier du trône de France, par un fanatique isolé. Le meurtrier, Jean-Pierre Louvel (1783-1820), justifiera son acte par haine des Bourbons, mais son geste n’aura pas l’effet escompté, à savoir l’extinction de la lignée, car la Duchesse de Berry, enceinte au moment du drame, donnera le jour à « l’enfant du miracle », le futur Comte de Chambord, même si avec ce dernier disparaîtra la branche aînée des Bourbons.
A la lumière de Renoir
Michèle Dassas met son talent de romancière au service d’un très sérieux travail historique pour retracer la vie de Jeanne Baudot (1877-1957) élève, muse et modèle de Pierre-Auguste Renoir. Passionnée de peinture dès l’adolescence, fascinée ensuite par l’art du Maître, Jeanne Baudot affinera auprès de lui ses dons et établira sa propre notoriété dans les Salons parisiens à partir de 1905. Unique disciple de Renoir, elle deviendra la marraine de son fils Jean avec lequel elle restera liée tout au long de la vie du cinéaste.
« A la lumière de Renoir », roman de Michèle Dassas, préfacé par Jean-Marie Rouart de l’Académie française, 304 p. – Ramsay – 2020.

jeudi 12 mars 2020

L’expédition de Morée : la dernière croisade française

 
L’Empire ottoman a occupé la Grèce pendant près de quatre siècles. Quatre siècles de domination brutale. Elle se traduisait notamment par l’enlèvement des garçons grecs pour en faire des janissaires. Forcés de se convertir à l’islam, ils étaient les soldats-esclaves du sultan. À cela s’ajoutaient des impôts insupportables et des humiliations innombrables.
Durant cette période obscure, on a vu des Grecs combattre à chaque occasion les occupants. Dès la célèbre bataille de Lépante en 1571, des Grecs étaient présents aux côtés de la Sainte-Ligue. À cette insoumission, les Turcs répondirent par de nombreux massacres. Pour les Grecs, la reconquête demeura longtemps un rêve inaccessible tant l’Empire ottoman semblait puissant. En 1683, les Turcs mettaient même le siège devant Vienne, au cœur de l’Europe.
Ce n’est qu’au début du XIXème siècle que ce rêve devint enfin réalisable. La Russie, notamment, portait des coups rudes aux Ottomans en remportant guerre après guerre. En 1821, la guerre d’indépendance éclate enfin. Encore une fois, les Turcs répondirent par des massacres. Ils allèrent même jusqu’à pendre le patriarche orthodoxe de Constantinople, Grégoire V, et jeter son corps dans le Bosphore.
Naissance du philhellénisme
Suite aux exactions turques sur l’île de Chios, Victor Hugo écrivit le bouleversant poème L’Enfant. Eugène Delacroix exposa sa Scène des massacres de Chios au Salon de 1824. Lord Byron, un des plus grands poètes de langue anglaise, se rendit en Grèce soutenir militairement les insurgés. Accueilli comme le messie, il y trouvera la mort, emporté par la fièvre des marais.
Un des épisodes les plus marquants de la guerre se produisit lors du quatrième siège de Missolonghi. Assiégés et sans espoir de secours, les défenseurs grecs et la population de la ville se résolurent à une sortie. Sur les 7 000 qui chargèrent les forces turques, seuls 1 800 parvinrent à s’enfuir. Les autres furent massacrés. 3 000 têtes furent exposées sur les remparts de la ville. Les derniers Grecs présents de la ville se firent exploser dans la poudrière plutôt que de se rendre.
Impressionnées par l’héroïsme des Grecs, les opinions publiques française, britannique et russe s’enflammèrent pour leur cause. Châteaubriand, partisan comme Victor Hugo d’une intervention militaire en Grèce, immortalisa le sentiment général :
« Missolonghi, presque sans fortifications, repoussant les barbares entrés deux fois jusque dans ses murs ».
« On aime encore à espérer que Missolonghi n’aura pas succombé, que ses habitants, par un nouveau prodige de courage, auront donné le temps à la chrétienté enfin éclairée de venir à leur secours. Mais s’il en était autrement, chrétiens héroïques, s’il était vrai que, près d’expirer, vous nous eussiez chargés du soin de votre mémoire, si notre nom avait obtenu l’honneur d’être au nombre des derniers mots que vous avez prononcés, que pourrions-nous faire pour nous montrer digne d’exécuter le testament de votre gloire ? Que sont à tant de hauts faits, à tant d’adversités, d’inutiles discours ? Une seule épée tirée dans une cause si sainte aurait mieux valu que toutes les harangues de la terre. »
Les puissances européennes interviennent enfin
En 1827, la France, le Royaume-Uni et la Russie signèrent le traité de Londres. Ils y reconnurent l’autonomie de la Grèce. Ils dépêchèrent une flotte pour convaincre le sultan d’en accepter les termes. Lors d’une manœuvre destinée à impressionner la flotte turco-égyptienne dans la baie de Navarin, des navires de la coalition furent la cible des Ottomans. La bataille éclata, la flotte européenne écrasa en deux heures la flotte musulmane.
Une fois la flotte détruite, il fallait encore nettoyer tout le Péloponnèse, appelé Morée, des troupes turco-égyptienne qui s’y trouvaient encore. Charles X, déjà proche de la cause grecque, fut convaincu par une opinion publique fortement philhellène. L’année suivante, il décida l’envoi d’un corps expéditionnaire. La France n’avait pas d’intérêt stratégique particulier à défendre. L’atmosphère était tout simplement à la croisade. Il fallait délivrer des frères chrétiens du joug musulman. Il fallait libérer le berceau de la civilisation européenne de la barbarie ottomane.
Les opérations militaires furent expédiées assez rapidement. Les Turcs ne voulaient pas céder devant les Grecs. Ils estimaient par contre qu’il n’y avait aucun déshonneur à le faire devant les Français auréolés de gloire napoléonienne. Quelques coups de canons plus tard, la Morée était libre de soldats turcs. La Grèce pouvait dès lors devenir indépendante.
L’Europe de ce temps-là aspirait à la paix, fatiguée par les troubles révolutionnaires et les guerres napoléoniennes. Metternich, le puissant chancelier autrichien s’employait à faire respecter l’équilibre des puissances. Soutenir une rébellion allait donc à l’encontre de l’aspiration générale à la stabilité. L’expédition de Morée fut un éclair dans la torpeur. La conscience européenne transcenda les clivages partisans. Ce fut la dernière croisade française.
Jean-David Cattin
Illustration : Le Général Maison reçoit la reddition de Château de Morée. 1828. Expédition française en Morée (1828-1833).
Jean-Charles Langlois (1789-1870) — Collections du château de Versailles

dimanche 11 mars 2018

Livres & Histoire • Deux rois sans couronne : Louis XVII et Louis XIX

3884406673.pngPar Anne Bernet
« Si qua fata aspera rumpas… » comme chantait Virgile. Rien n’est plus désolant que les destins princiers anéantis. 
Cousins germains, tour à tour héritiers présomptifs du trône de France, Louis Antoine, duc d’Angoulême, et Louis Charles, duc de Normandie, devaient, en effet, ceindre un jour la couronne, mais ne jamais régner. Autant l’un a suscité, en raison de son destin tragique, une surabondante historiographie, autant l’autre a sombré dans l’oubli. À tort.
Dernier des petits-fils de Louis XV à convoler, le jeune comte d’Artois épouse en 1773, à seize ans, la princesse Marie-Thérèse de Savoie, sœur de la comtesse de Provence. Si la jeune mariée est à peine moins laide que son aînée, de sorte qu’elle ne tardera pas à voir le beau Charles Philippe, pris « d’une indigestion de gâteau de Savoie » se détourner d’elle au profit de nombreuses maîtresses, il ne lui en aura pas moins fait trois enfants en trois ans : deux fils, titrés duc d’Angoulême et duc de Berry, et une fille, Sophie, qui mourra en bas âge.
Angoulême, toujours en second
Lorsque Angoulême naît à Versailles, le 6 août 1775, la stérilité persistante du couple royal et celle du mauvais ménage Provence fait de lui, au grand dam de Marie-Antoinette, le seul prince de la nouvelle génération et un futur roi potentiel. Il le restera jusqu’en 1780 et la naissance du premier dauphin, Louis Joseph. Penché sur le berceau du nouveau-né, Angoulême aurait dit à son père : « Qu’il est donc petit, mon cousin ! » ; à quoi Artois, dépité, aurait répliqué : « Mon fils, un jour viendra où vous le trouverez bien assez grand … » Ce jour ne vint jamais et Angoulême, finalement, retrouva le premier rang dans la succession royale.
Tout, pourtant, s’est ligué, pendant sa vie, afin de réduire ce prince, qui ne manquait pas de qualités ni de vertus, à jouer les seconds rôles sous les regards désapprobateurs, méprisants ou apitoyés de contemporains dont il ne sut pas se faire apprécier. Était-il pour autant aussi nul que la postérité le prétendra sans nuance ? C’est à cette question que tente de répondre, dans une biographie, la première publiée depuis longtemps, François de Coustin. En l’intitulant Louis XIX, l’auteur affiche son intention de rendre son rôle politique à celui qui fut roi de France quelques secondes, le temps, à Rambouillet, de signer, avant son père, le 3 août 1830, sa renonciation à la couronne au profit de son neveu, le petit duc de Bordeaux.
Au lendemain de la prise de la Bastille, à la demande instante du Roi, qui craint pour sa vie, Artois a quitté la France avec sa famille. Louis Antoine a quatorze ans et, avec une maturité précoce, il pressent que cet exil va durer. En effet, il ne reverra la France qu’un quart de siècle plus tard.
Dans l’intervalle, l’emprisonnement de la Famille royale, la mort de Louis XVI, puis celle du petit Louis XVII au Temple auront refait de lui l’espoir de la branche aînée des Bourbons. « Spes », l’espoir, tel est d’ailleurs le nom que, dans sa correspondance codée, lui attribue son oncle Louis XVIII.
Très vite, inquiet des positions politiques et des choix du comte d’Artois, Louis XVIII s’évertue à prendre sous sa tutelle ce neveu qu’il désire former à son futur métier de roi selon ses vues. Comme le souligne Coustin, vivre pris entre un père qu’il aime et auquel il doit obéissance, et un oncle qui est son souverain, incapables d’être d’accord sur rien, sera pour Angoulême cause d’un perpétuel malaise. Son mariage avec sa cousine, Madame Royale, ne fera que rendre sa position plus délicate.
Prêtant à Louis XVI et Marie-Antoinette des intentions qu’ils n’avaient pas, Louis XVIII affirmera, au lendemain de la libération de leur fille, que leur plus cher désir avait toujours été de marier les deux cousins. En fait, en 1789, Louis Antoine était officiellement fiancé à une autre de ses parentes, la princesse Adélaïde d’Orléans. Cette union devenue impossible, lui faire épouser « l’orpheline du Temple » s’avérait, stratégiquement, le meilleur choix. D’abord parce qu’il interdisait aux Autrichiens de concrétiser leur projet de marier Marie-Thérèse à un archiduc et, après avoir aboli la loi salique, d’imposer un souverain Habsbourg à la France, ensuite parce que la gloire douloureuse de la princesse conférerait à son époux une légitimité nouvelle.
12 mars 1814. Louis-Antoine de Bourbon, duc d’Angoulême, entre à Bordeaux après l’abdication de Napoléon. 
4205179713.jpgUn prince de qualité
Coustin s’intéresse peu aux sentiments de son héros ; il est vrai qu’en ce domaine, celui-ci fut toujours d’une discrétion exemplaire et qu’au nom de la charité chrétienne, peu avant sa mort, en 1844, il détruisit son journal intime car il y avait porté sur autrui des jugements peu amènes. Il serait donc difficile de percer le secret de cette union politique muée en authentique histoire d’amour, la duchesse d’Angoulême portant, pour son mari, ce surnom révélateur « Gioia mia », ma joie, si, en 1815, Napoléon n’avait eu l’inélégance de publier la correspondance, interceptée, que le prince, dans le Midi, adressait à sa femme à Bordeaux.
Jusqu’à la première Restauration, malgré les nombreuses tentatives d’Angoulême pour servir en première ligne, on aura eu soin de préserver sa vie trop précieuse à la dynastie. Lors des Cent-Jours, les circonstances feront cependant qu’il se retrouvera exposé comme jamais. Coustin souligne l’attitude exemplaire du prince pendant cette campagne malheureuse dans le Midi, qui se soldera, car il aura refusé d’abandonner ses maigres troupes, par son arrestation. On affirmera que Napoléon, vengeur, aurait envisagé de le faire fusiller mais qu’il y renonça, sous la pression de son entourage. Le fait est, en tout cas, que les bonapartistes devaient rendre hommage à l’incontestable courage du prince, qu’il démontrera de nouveau lors de la campagne d’Espagne, par ailleurs si décriée, en 1823.
Peu rancunier, Angoulême sera néanmoins l’un des plus chauds partisans de la politique de réconciliation nationale prônée par Louis XVIII, ce contre les vœux de sa femme et de son père. Charles X le lui fit-il durement payer, comme le pense le biographe, en 1830, en interdisant à ce fils qui ne partageait pas ses vues ultra de régner, serait-ce quelque minutes, pour l’excellente raison que, roi, Louis XIX, aussitôt, eût tenté d’imposer sa ligne politique, fort proche, sans doute, de celle par nécessité, choisie par Louis-Philippe ? Peut-être … Dès lors, ne reste qu’à rêver à ce qui aurait pu être …
3181369742.jpgEt Louis XVII ?
Charles X et la duchesse d’Angoulême n’étaient pas seuls à déplorer les positions trop libérales du prince. C’est parce que Louis XVIII et Angoulême déçoivent les espérances de royalistes au demeurant d’un dévouement incontestable, que ceux-ci se prennent à espérer une impossible survie de Louis XVII. D’emblée, Hélène Becquet qui, après avoir consacré un essai à Madame Royale en publie un sur son frère Louis XVII, l’assène : Louis XVII ne saurait être, pour un universitaire, objet d’histoire. Comme elle l’a déjà fait pour la fille de Louis XVI, elle ne s’intéresse donc pas à la personne que recouvre le titre, mais à l’image politique qui découle de la naissance et de la fonction.
Dans cette étude, il n’est guère question de l’enfant martyr et beaucoup de ce qu’il incarna. Fils cadet que la mort prématurée de son frère aîné fait dauphin à l’instant où débute la Révolution, puis prince royal, puis fils Capet et « louveteau » issu d’une « race criminelle » vouée à l’extermination, Louis Charles réunit sur sa tête de sept ans toute la haine des uns et toute la ferveur des autres. Qu’en a-t-il compris ? À cette question, l’historienne ne répond pas. Tel n’est pas son propos. Louis XVII peut être terrifié par les événements, arraché à sa mère, maltraité par des éducateurs improvisés et brutaux, transformé sans le comprendre en accusateur de la reine et de Madame Élisabeth, souffrir des mois durant seul dans une chambre murée, et finalement agoniser interminablement de tuberculose presque sans aucun réconfort, puis mourir à dix ans, cela n’est pas son propos. Il n’est à ses yeux qu’un symbole. En quoi il se peut qu’elle se trompe.
Lorsque, en février 1795, Charette, à La Jaunais, accepta une paix que d’aucuns jugèrent déshonorante, ce ne fut pas pour une image que le général du Roi s’exposa aux rumeurs honteuses de trahison, mais pour une personne vivante, un enfant de chair et de sang, qui souffrait et que les Conventionnels avaient promis de lui remettre. La monarchie française est incarnée. C’est sa force. Si la République n’est qu’une idée, le Roi, lui, est une personne.   
Louis XIX, François de Coustin, Perrin. 470 p. 25 €.
Louis XVII, Hélène Becquet, Perrin, mai 2017, 304 pages, 20,90 €

mardi 24 octobre 2017

Il y a cent quatre vingt dix ans, le 20 octobre 1827..

.... La bataille de Navarin donnait un nouveau tour à l’histoire de France
On a beaucoup dit que la bataille de Navarin méritait une place de choix dans les livres d’histoire pour au moins quatre raisons : elle fut la dernière grande bataille de la marine à voile  – encore que l’un des navires de combat,  la Karteria, fut pour partie un vapeur -, elle marqua une étape déterminante vers l’indépendance de la Grèce, elle illustra l’irrésistible déclin de l’empire ottoman, enfin elle représenta la première intervention militaire à objectif humanitaire. Mais surtout, en confirmant le premier rang occupé par la France dans le concert européen, elle signalait aussi que celui-ci ne serait conservé qu’à la condition de demeurer fidèlement à l’exigeante alliance avec l’Angleterre.
   Depuis treize ans déjà, la France remontait peu à peu la pente après que la Révolution puis l’Empire l’avaient jetée dans le cul de basse fosse de l’Europe pacifiée. Si les puissances alliées avaient contribué au retour des Bourbons et à la restauration de la monarchie légitime, ce n’était pas sans une certaine méfiance à l’égard de ce pays toujours prompt aux emportements et aux débordements. Et l’épisode des Cent-Jours avait donné raison aux sceptiques. Après quoi, l’habileté diplomatique du duc de Richelieu, combinée au réalisme politique de Louis XVIII, avait permis à la France de rejoindre la Sainte-Alliance dès 1818 mais sans l’Angleterre.
    Celle-ci n’avait d’ailleurs pas vu d’un très bon œil l’intervention de la France en 1823 pour rétablir le roi d’Espagne détrôné, Ferdinand VII. Elle contribua, en 1825, profitant de la disparition du tsar Alexandre Ier qui l’avait initiée, à ce que l’entente continentale prit fin, au profit d’ententes plus conjoncturelles et comptant moins de participants. Le gouvernement de Londres voulait bien s’allier avec la France mais à la double condition que ce ne fût pas dans un contexte multilatéral et qu’elle pût toujours disposer d’une forme de droit de veto. Car jamais jusqu’ici les deux puissances n’avaient vu leurs armes réunies en face d’un ennemi commun. Navarin fut donc la grande première de l’histoire franco-britannique.
    La Grèce, tombée dans l’orbite turque depuis le milieu du XVe siècle, n’avait jamais supporté cette occupation et, comme on disait alors, le « joug ottoman » qui ne connaissait que deux catégories d’hommes : les musulmans et les infidèles. À l’occupation militaire s’ajoutèrent, à partir du XVIIIe siècle, une administration inefficace, vulgaire et corrompue, puis des seigneurs locaux rançonnant sans  complexe l’indigente économie locale. Mais si les puissances occidentales, surtout leurs hommes de lettres et leurs philosophes, pleuraient régulièrement sur ce berceau de l’humanisme livré à des barbares et à des soudards, leurs monarques consacraient leur énergie à se disputer des territoires centraux ou ultramarins : engager un conflit destiné à libérer un peuple n’était pas encore dans l’esprit de l’époque. Et si la Russie de Catherine II avait des visées sur la région, c’était pour que son empire remplaçât celui des Turcs, non pour libérer les Grecs. Toutefois, la victoire russe de 1774 avait institué le tsar  « protecteur des Orthodoxes ». Sous ce fragile équilibre, les populations du nord disposèrent d’une certaine liberté, tandis que celles du Péloponnèse demeuraient soumises à un quasi esclavage. Dès lors, les révoltes se multiplièrent et les autorité turques, aussi brutales que mal organisées, parvenaient de moins en moins à les réprimer. Des gouvernements locaux, issus des élites et soutenus par la population se formaient un peu partout De sorte que, le 1er janvier 1822, à Epidaure, cinquante-neuf se réunirent et proclamèrent l’indépendance de la Grèce. La violente mais désordonnée réaction turque se traduisit par plusieurs massacres qui indignèrent l’Europe.
    Dans le climat romantique du temps, des volontaires  « philhellènes » se pressèrent pour venir aider les Grecs, dont le poète anglais lord Byron. Sa mort (de maladie) le 18 avril 1824 à Missolonghi provoqua une vive émotion et les puissances décidèrent de mettre enfin la question grecque à l’ordre du jour de leurs congrès annuels. Les discussions trainèrent en longueur, sans résultats concrets, d’autant que les dirigeants grecs insurgés commençaient à se diviser.
    Monté sur le trône le 16 septembre 1824, Charles X ne pouvait, malgré la prudence de Villèle, son premier ministre, décevoir les partisans -  qui s’appelaient notamment Hugo, Lamartine et autres prestigieuses signatures - d’une intervention en faveur des Grecs ; en outre son penchant chevaleresque le conduisait naturellement à regarder le secours aux orthodoxes persécutés comme une obligation morale de bon chrétien. La Russie également changea de dirigeant avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas 1er, le 1er décembre 1825. Lui aussi était décidé à en découdre avec les Turcs et, pour ce qui était de la Grèce, de façon définitive. De l’autre côté de la Manche, le même courant romantique exigeait que Byron ne fût pas mort pour rien : Georges IV, et son premier ministre Georges Canning, ne pouvaient donc demeurer en reste.
    C’est ainsi que, après de nouvelles et laborieuses tractations,  fut signé, le 6 juillet 1827, le traité de Londres entre l’Angleterre, la France et la Russie. Les grandes puissances de l’époque mettaient autant de temps à se mobiliser que les actuelles contre l’État islamique, comme si s’attaquer à des criminels musulmans et prendre la défense des chrétiens d’Orient persécutés emportaient un  mystérieux tabou : vieux complexe de l’échec des Croisades ?
    Pendant ce temps, les Turcs rassemblaient une flotte de guerre dans la baie de Navarin, au sud-ouest du Péloponnèse  (aujourd’hui Pylos) zone à l’abri des turbulences, un peu comme le serait le Scapa Flow des Anglais durant les première et deuxième guerres mondiales, afin de préparer une offensive d’envergure contre plusieurs points de la côte et des îles tenus par les nationalistes grecs.
    Depuis plusieurs années, une flotte anglaise, commandée par l’amiral Edward Codrington et une flotte française, commandée par l’amiral Henri de Rigny, croisaient en Méditerranée orientale afin de lutter contre la piraterie barbaresque. La première prit position devant Navarin le 12 septembre, la deuxième le 22. Une escadre russe, commandée par l’amiral Lodewijk von Heiden, les rejoignit le 10 octobre. Les alliés regroupèrent ainsi vingt-huit bateaux, contre environ quatre-vingt navires turcs, disparates et beaucoup moins bien armés.
    La bataille, engagée, après d’ultimes et vaines négociations avec les Turcs, en fin de matinée du 20 octobre, s’acheva cinq heures plus tard. La puissance de feu des navires alliés en avait presque fait une formalité. Les Turcs perdirent une soixantaine de navires et six mille combattants. Il ne leur restait plus qu’à se retirer.
    Bien que décisive sur le plan maritime, la victoire n’entraîna pas ipso facto l’indépendance de la Grèce. Il fallait, pour cela, la compléter par une offensive au sol afin d’éliminer toute présence militaire ottomane. Ce fut, avec l’accord, total de l’Angleterre et, plus nuancé, de la Russie, la tâche de l’armée française lors de ce qu’on appela l’expédition de Morée (ancien nom du Péloponnèse) qui se déroula du 29 août au 5 novembre 1828 : l’une des grandes victoires, à la fois déterminante pour l’Histoire, et peu coûteuse en hommes, qu’il faut mettre au compte de Charles X.
Daniel de Montplaisir

mardi 25 juillet 2017

Histoire • 1803: Bonaparte, demande aux Princes de la Maison de France de renoncer à leurs droits dynastiques

Par Matthias Beaufort*
Le 26 Février 1803, alors que le comte de Provence, chef de la Maison de France, était en exil en Pologne à Varsovie, un message venu au nom de Bonaparte, Premier Consul, vint demander au chef de la Maison de France et aux Princes de son sang de renoncer à leurs droits dynastiques au Trône de France.
En échange de cette renonciation, Bonaparte promettait une rente à vie à l’ensemble des Princes. Cette tentative est comparable à celle menée cinq années plus tard en Espagne lorsque Ferdinand VII abdiqua le Trône en faveur de Napoléon Ier qui le donna à son frère Joseph.
La réponse du comte de Provence (datée du 28 Février) fut d’une clarté absolue :
Je ne confonds pas M. Bonaparte avec ceux qui l’ont précédé ; j’estime sa valeur, ses talents militaires ; je lui sais gré de plusieurs actes d’administrations ; car le bien que l’on fait à mon peuple me sera toujours cher ; mais il se trompe, s’il croit m’engager à transiger sur mes droits : loin de là, il les établirait lui-même s’ils pouvaient être litigieux, par la démarche qu’il fait en ce moment.
J’ignore quels sont les desseins de Dieu sur ma race et sur moi : mais je connais les obligations qu’il m’a imposées par le rang où il lui a plu de me faire naître ; chrétien, je remplirai ces obligations jusqu’à mon dernier soupir ; fils de Saint Louis, je saurai, à son exemple, me respecter jusque dans les fers ; successeur de François Ier, je veux du moins pouvoir dire comme lui : Nous avons tout perdu fors l’honneur.
Et plus bas de cette réponse est rajoutée la phrase : Avec la permission de mon oncle, j’adhère de cœur et d’âme, au contenu de cette note. Signé : Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême.
Après avoir été éconduit par le chef de la Maison de France, ce dernier informa de cette visite incongrue son frère le comte d’Artois (futur Charles X) qui était chargé d’en faire part au Princes de la Maison de France. Le 22 Avril 1803, tous réunis (à l’exception duc d’Enghien, et du prince de Conti qui n’ont pu rejoindre le groupe) autour du comte d’Artois, les Princes de la Maison de France signèrent la déclaration suivante :
Nous Princes, soussignés, frère, neveu, cousins de S. M. Louis XVIII, roi de France et de Navarre, pénétrés des mêmes sentiments dont notre Souverain Seigneur et Roi se montre si dignement animé dans sa réponse à la proposition qui lui a été faite de renoncer au trône de France, et d’exiger de tous les Princes de sa maison une renonciation à leurs droits imprescriptibles de succession à ce même trône, déclarons :
Que notre attachement à nos devoirs et à notre honneur, ne peuvent jamais nous permettre de transiger sur nos droits ; nous adhérons de cœur et d’âme à la réponse de notre Roi.
Qu’à son exemple, nous ne nous prêterons jamais à la moindre démarche qui puisse nous faire manquer à ce que nous nous devons à nous-mêmes, à nos ancêtres, à nos descendants.
Déclarons enfin, que positivement certains que la grande majorité des Français partage intérieurement tous les sentiments qui nous animent, c’est en leurs noms comme au nôtre, que nous renouvelons devant Dieu, sur notre épée et entre les mains de notre Roi, le serment sacré de vivre fidèles à l’honneur et à notre légitime Souverain.
Wanstead-House, le 23 Avril 1803.
Signé :
  • Charles-Philippe de France, comte d’Artois.
  • Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry.
  • Louis-Philippe d’Orléans, duc d’Orléans.
  • Antoine-Philippe d’Orléans, duc de Montpensier.
  • Louis-Charles d’Orléans, comte de Beaujolais.
  • Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé.
  • Louis-Henri-Joseph de Bourbon-Condé, duc de Bourbon.
Le 22 Mars 1803, le duc d’Enghien écrira au Chef de sa Maison pour adhérer publiquement aux deux déclarations. 
Il n’est pas utile de souligner qu’aucun descendant du roi d’Espagne, Philippe V, n’a été associé à cette déclaration, et que selon le premier paragraphe de cette déclaration, ils ne sont pas assimilés aux Prince de la Maison de France. Preuve une fois de plus, que Louis XVIII et Charles X excluaient bel et bien leurs cousins de la la branche Espagnole de toutes prétentions dynastiques au trône de France.  • 
Source : Gallica / Maison de France. D’un certain « Monsieur F ». Livre adressé à Monsieur Bayard de Plainville, député de l’Oise en 1815.

mardi 15 novembre 2016

Relire Une jeunesse réactionnaire

Dans ce petit livre de François Leger se cache un vrai trésor. C'est un récit court mais dense, où l'on rencontre Charles Maurras, Léon Daudet, Jacques Bainville, Maurice Pujo...
Un voyage irrésistible, en excellente compagnie !
Un des travers qui ponctuent l'histoire des hommes d'Action française est le goût excessif des honneurs, pourtant prodigués par ce régime d'usurpation et d'occupation, cette gueuse aux cinq visages, la République. Même Maurras ne put s'empêcher de briguer l'Académie française. Même Bainville !
Petit côté province
S'agissant du Martégal, Léon Daudet et son épouse assuraient : « C'est son petit côté province », touchante concession à la vanité des notables. On sent pourtant dans la formule le même fiel qui inspira Daumier pour ses caricatures. Maurras n'avait pu s'empêcher de succomber à la tentation de l'habit vert ! Cette faiblesse toute humaine est comme une dernière douceur lorsque arrive le grand âge. Et combien d'autres personnalités d'AF, prêtes à hurler contre la Chambre et les voleurs qui la peuplent, ont été capables d'aller à Canossa dès que miroitait une légion d'honneur ? On peut s'interroger sur les intentions réelles de ces pères fondateurs à vouloir bousculer le régime du haut des bureaux qu'ils occupaient, de la rue de Rome à la rue du Boccador, en passant par la rue Croix-des-Petits-Champs. Chacun connaît l'assertion du général Bonaparte: « C'est avec des hochets qu'on tient les hommes », pour désigner l'appétit bien commun de ses sujets pour les médailles et autres citations en vérité peu coûteuses à l'État mais tellement fédératrices.
François Leger est décédé le 11 juin 2010, à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Il fut un patient analyste de l'oeuvre d'Hippolyte Taine, auquel il consacra l'essentiel de sa vie intellectuelle. D'aucuns assuraient qu'il était le seul et le dernier en mesure de rédiger le livre, l'ouvrage de référence sur l'Action française, qu'il avait connue de l'intérieur de la fin des années 1920 à sa mort. Qui d'autre bénéficiait de l'épaisseur d'une existence aussi longue et si marquée par la pensée maurrassienne ? Mais ce livre ne vint pas. Il fallut donc se contenter d'un petit manuscrit, Une jeunesse réactionnaire, publié en 1993. Maigre en apparence, chétif même dans son ambition, limité qu'il est aux premières années de formation d'un petit Parisien du lycée Buffon, le livre recèle des informations de première main à qui sait le lire attentivement. Un trésor est caché dedans.
François Leger avait un caractère bien trempé mais contenu par une extrême courtoisie ; tout en lui révélait une indéniable distinction. Mais Il n'était pas de ces rares hommes qui font tomber les gouvernements et les régimes. Il appartenait aux purs produits de la IIIe République, fruits des indépassables classes préparatoires, kagnes et hypokagnes, élites ou pseudo-élites de la nation républicaine. « N'importe quel trou du cul se prend pour Jupiter dans la glace » affirmait Céline, peut-être à leur intention. De surcroit, un grand-père slavisant, Louis Leger, titulaire d'une chaire universitaire, incarnait davantage les solides valeurs de la méritocratie démocratique que l'esprit réactionnaire.. Le terme de citoyen n'était pas tout à fait un gros mot.
Devenir réactionnaire
Comment devient-on réactionnaire ? s'interroge au préalable François Leger. Par imprégnation du milieu ? la famille, l'école, le contexte historique ?... ou bien, telle une génération spontanée, par goût aristocratique de déplaire, de parler à rebours de ce qui incarne pourtant le politiquement correct ? Comment ne pas retrouver là Philippe Murray jetant aux oreilles des bonnes consciences : « Le règne du bien triomphe, il est temps de le saboter. » Ce fut un peu des deux qui mena François Leger à l'Action française. Il avait bien un ancêtre maternel qui avait défendu Charles X en 1830, il avait surtout des parents qui lisaient quotidiennement le journal de Charles Maurras. Leger appartient au même moule qui façonna Philippe Ariès, Raoul Girardet, Pierre Boutang. Certains de ces hommes ont appris à lire dans L'Action Française. C'est à neuf ans que le jeune Leger conçoit son premier article, jamais publié bien sûr, mais qui affiche d'emblée le désir d'en être, d'appartenir à ce monde-là, du papier, de l'encre, des idées pour lesquelles on vibre.
Mais il y avait aussi, sans doute, autre chose que la simple imitation du milieu familial. Il y avait encore un dérivatif physique et stimulant à des études exclusivement cérébrales. Une éructation d'intellectuel se dépensant par des imprécations, des cris, des bousculades, des bastonnades pour compenser le travail répétitif, laborieux, des heures durant sur une chaise, penché sur le bureau, à la lueur d'une ampoule. Le grand défouloir en somme, même fil qui relie Marinetti à Brasillach. Vous trouverez tout cela dans Une jeunesse réactionnaire. Reste que Leger avait vingt ans au lendemain du 6 février 1934, au lendemain du cruel « Inaction française » de Lucien Rebatet. Même Girardet « prit à notre égard assez vite ses distances car il s'était aperçu, non sans lucidité, qu'à force de répéter que la violence devait être mise au service de la raison, notre violence avait quelque tendance à s'émousser » (p. 118). Le royaliste en herbe connut malgré tout sa première distribution de tracts intitulé « Une fripouille, Pierre Laval, président du Conseil » rue Soufflot en 1932 et ce qui suivit, l'arrestation par deux agents et les trois heures au poste de police, sis place du Panthéon. Il y aura encore une démonstration de force sur le Boul Mich, qui tient plus de la farce et des films de Buster Keaton. Il y aura enfin un combat régulier dans le parc de Versailles avec un honorable partisan du Front populaire. Et ce sera tout. On sent que le véritable Leger n'est pas là, ou alors juste en passant, façon de dire je l'ai fais aussi, j'ai assuré le minimum syndical. Par delà cet inévitable rituel de passage, Leger a beaucoup plus à nous apprendre.
À travers le récit court mais dense de François Léger, vous retrouverez l'odeur même de Maurras, « odeur d'amende amère qui devait tenir au savon qu'il employait ». Vous arrêterez votre lecture pour retrouver en pensée les mimiques, la gestuelle de ce maître sourd et charismatique: « Quand il avait marqué un point qu'il estimait important, il ponctuait la conclusion en frappant de ses deux mains, en renversant le torse en arrière sur le dossier de son fauteuil »(p.106-107). Vous vous promènerez à la campagne avec Léon Daudet qui parle en marchant de Kant et de Nietzcshe, l'air de rien. Vous connaitrez un petit quart d'heure de grâce en la compagnie de Jacques Bainville, rue du Boccador, où Leger fut reçu quelques mois avant de remettre à l'historien son épée d'académicien. Leger rendra justice enfin à Maurice Pujo en évoquant cette « personnalité calme et de réflexion qui émanait de toute sa personne ». Bref, vous serez en bonne compagnie.
Un journal foisonnant
Enfin, François Leger apporte avec ce petit livre les éclairages exceptionnels sur le fonctionnement de ce journal encore foisonnant qu'était L'AF de la rue du Boccador dans les années 1930, du petit bureau de 1938 à1939 qu'il occupa lorsqu'il obtint définitivement la revue de presse quotidienne initiée par Maurras. Au cours de l'été 1939, alors que se préparait une guerre tragique, Maurras redoubla sa campagne pour la paix. Son jeune collaborateur se trouvait à Arcachon, en vacances chez la famille de Philippe Ariès. « Nous lisions tout haut ses articles... Ce fut le sommet de sa vie. Il y fut sublime de lucidité, d'intrépidité, et son attitude durant l'été justifierait à elle seule le culte que nous vouons à sa mémoire. »
Marc Savina L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 3 au 16 mars 2011

samedi 30 avril 2016

1865 : Le roi protecteur des humbles

Le 20 avril 1865, le comte de Chambord publie sa Lettre publique sur les ouvriers. Tandis qu'émerge la grande industrie, il promeut le droit d'association sous la surveillance de l'État.
Cette année-là, Henri V, comte de Chambord, quarante- cinq ans, de jure roi de France depuis les abdications le 2 août 1830 de son grand-père Charles X et de son oncle Louis XIX duc d'Angoulême, et chef de la maison de France depuis la mort de ce dernier le 3 juin 1844, montrait que, même écartés du trône, les Bourbons, restaient bienfaisants.
Enfant du miracle
Ce prince, salué à sa naissance le 29 septembre 1820 comme « l'enfant du miracle » parce qu'il avait déjoué les projets de Louvel, assassin de son père le duc de Berry le 14 février précédent, n'allait pas tarder à s'affirmer comme l'incarnation de la monarchie traditionnelle dans sa foi profonde, dans sa haute dignité et dans son amour sans faille pour les plus humbles. À treize ans, âge de la majorité royale, ayant dû quitter Holyrood en Angleterre pour le château royal de Prague, il avait élevé une protestation contre l'usurpation de son cousin Louis-Philippe d'Orléans porté par les bourgeois libéraux et francs-maçons sur le trône de "roi des Français". Dès 1844, à vingt-quatre ans, l'année où il avait quitté Goritz à la frontière italo-slovène pour s'installer au château de Frohsdorf au sud-est de Vienne, il avait annoncé ce qu'il allait toujours considérer comme un devoir dans la grande tradition de sa lignée : « étudier tout ce qui se rattache à l'organisation du travail et à l'amélioration de sort des classes laborieuses ».
Atteint de claudication par suite d'une chute de cheval dans ses jeunes années, il ne semble guère avoir reçu une grande affection de la part de la stérile Marie-Thérèse de Modène, une Habsbourg qu'il avait épousée en 1846 faute d'avoir pu obtenir la main de sa soeur Marie-Béatrice, déjà promise au prétendant carliste à la couronne d'Espagne... Très sourcilleux sur les liens de famille, il n'était point rancunier et avait fait célébrer une messe à Frohsdorf pour le repos de l'âme du "roi des Français" quand celui-ci mourut en 1850, deux ans après avoir été à son tour renversé de son trône : le comte de Chambord avait ainsi déjà marqué sa volonté de pardonner aux Orléans, n'oubliant pas que la "reine des Français", née Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, était la tante de sa propre mère, la duchesse de Berry.
Dès 1855, il marquait à nouveau son intérêt pour les associations ouvrières, voulant qu'elles fussent « représentées et entendues pour pouvoir être suffisamment protégées ». Et le 20 avril 1865, il publia sa Lettre publique sur les ouvriers, célèbre et grand texte politique dont l'effet marqua pour longtemps l'histoire des idées sociales dans ce XIXe siècle où la grande industrie s'érigeait sur fond de concurrence égoïste et de misère ouvrière 1.
Lettre sur les ouvriers
Nous ne pouvons ici que le survoler : « La royauté a toujours été la patronne des classes ouvrières. Les établissements de saint Louis, les règlements des métiers, le système des corporations en sont des preuves manifestes. » Le prince reconnaît que des abus s'y étaient introduits avec le temps, mais la Constituante n'a rien résolu en détruisant les jurandes et les maîtrises : « La liberté du travail fut proclamée mais la liberté d'association fut détruite du même coup. De là cet individualisme dont l'ouvrier est encore aujourd'hui la victime. Condamné à être seul, la loi [Le Chapelier] le frappe s'il veut s'entendre avec ses compagnons, s'il veut former pour se défendre, pour se protéger, pour se faire représenter une de ces unions qui sont de droit naturel, que commande la force des choses et que la société devrait encourager en les aidant. » Le tableau est saisissant des conséquences de « cet isolement contre-nature » qui laisse l'individu « en proie à une concurrence sans limite » et à la domination oppressive des « privilèges industriels ».
Après le constat, les remèdes : « À l'individualisme opposer l'association ; à la concurrence effrénée le contrepoids de la défense commune ; au privilège industriel la constitution volontaire et réglée de corporations libres. » Le prince étudie ensuite comment doivent s'articuler dans le souci du bien commun les diverses associations. « En résumé, droit d'association sous la surveillance de l'État et avec le concours de cette multitude d'oeuvres admirables, fruits précieux des vertus évangéliques, tels sont les principes qui semblent devoir servir efficacement à délier le noeud si compliqué de la question ouvrière. » Et puis, idée cruciale pour l'avenir, faire entrer ces corporations « dans l'organisation de la commune et dans les bases de l'électorat et du suffrage ».
Ainsi donc la premier texte social au XIXe siècle ne fut pas le Capital de Karl Marx paru en 1867, mais la lettre parue en 1865 de celui qui aurait dû être le roi de France et aurait possédé toutes les vertus pour appliquer de si salutaires principes.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 21 octobre au 3 novembre 2010
1 Texte intégral dans Xavier Vallat : La Croix, les Lys et la Peine des hommes ; Ulysse. 1982.