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mercredi 11 décembre 2024

L’histoire macabre des pensionnats autochtones au Canada : Une conséquence de la 3ème conquête britannique en Amérique

 

par Robin Philpot.

En faisant tomber le monument de la Reine Victoria devant l’Assemblée législative à Winnipeg à la suite de la découverte de plus de mille corps d’enfants autochtones autour de 3 pensionnats, les Premières Nations du Manitoba ont choisi la bonne cible. Leur action a résonné un peu partout sur la planète, car ce qu’ils ont subi au nom de la Reine Victoria est exactement ce qu’ont subi d’autres peuples, souvent à la même époque et aux mains des mêmes militaires britanniques : conquête militaire, répression sanglante, colonisation massive et domination raciste.

Au cimetière de la Première Nation Cowessess, en Saskatchewan, où 751 corps de jeunes autochtones ont été identifiés, le premier enterrement a eu lieu en 1885. C’était l’année de la célèbre conférence de Berlin où les empires européens se sont rencontrés pour partager et diviser l’Afrique en vue de la colonisation.

L’année 1885, loin d’être anodine, est aussi une date charnière dans l’histoire de l’Empire britannique et son nouveau dominion, l’Amérique du Nord britannique ou le Canada. C’est l’année où cet Empire scelle sa 3ème conquête en terres d’Amérique, après celle de 1759-60 (appelée aussi Guerre de 7 ans ou French and Indian War), et celle de 1837-38, où il a maté la révolte les Patriotes républicains québécois.

Portrait de Louis Riel. Auteur inconnu.  Crédit / Source : Notman Studio. Library and Archives Canada, PA-139073. Flickr.com

Le 16 novembre 1885, le gouvernement du Canada sous John A. MacDonald pend Louis Riel dans les quartiers de la North-west Mounted Police (ancêtre de la GRC), sous les applaudissements nourris du tout Toronto, dominé par les Orangistes, mais sous la condamnation bruyante et massive du Québec, y compris de son premier ministre Honoré Mercie

Le crime de Riel : avoir tenté de fédérer les Métis et des peuples autochtones sous un gouvernement provisoire opposé à la prise des terres et la colonisation des territoires du Nord-Ouest que peuples autochtones occupaient depuis toujours.

Onze jours plus tard, Le 27 novembre 1885, le même gouvernement pend en public 6 guerriers cris et 2 guerriers nakotas à Battleford, en Saskatchewan. Ce sont Kah – Paypamahchukways (Wandering Spirit), Pah Pah-Me-Kee-Sick (Walking the Sky), Manchoose (Bad Arrow), Kit-Ahwah-Ke-Ni (Miserable Man), Nahpase (Iron Body), A-Pis-Chas-Koos (Little Bear), Itka (Crooked Leg), Waywahnitch (Man Without Blood). La pendaison publique et l’enterrement dans une fosse commune suivaient de quelques semaines des procès expéditifs devant un jury composé de colons anglo-protestants et un juge du nom de Charles Rouleau dont le conflit d’intérêts était flagrant : sa maison avait brûlée lors du conflit.

Pour enfoncer le message, on fait venir des membres des nations dont les guerriers sont issus pour qu’ils n’oublient jamais. Dans une lettre confidentielle écrite le 20 novembre, le premier ministre John A. MacDonald écrit : « les exécutions … devraient convaincre l’homme rouge que c’est l’homme blanc qui gouverne ». Ce message suivait de peu sa déclaration que « Louis Riel serait pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ».

Il s’agissait de la deuxième grande intervention militaire visant à imposer la souveraineté britannique sur les Territoires du Nord-Ouest. La première, celle de 1870, avait pour objectif d’éliminer le premier gouvernement provisoire du Manitoba dirigé aussi par Louis Riel.

Une conquête coloniale parmi d’autres

Aux commandes des troupes britanniques en 1870, on trouve le maréchal Garnet Wolseley. Wolseley n’est pas un quidam. Il est le grand symbole de l’expansion planétaire, et sanglante, de l’Empire britannique au XVIIIe siècle. Nommé Vicomte Sir Wolseley en 1885 par la Reine Victoria, Wolseley, avant sa confrontation avec Louis Riel, avait gagné ses galons aux guerres coloniales meurtrières en Inde en 1857 et en Chine en 1860, dont le pillage et la destruction du magnifique Palais d’été de Beijing, cette « merveille du monde », selon Victor Hugo.

Après Riel, à titre de gouverneur de la Gold Coast (aujourd’hui le Ghana), il dirige les troupes britanniques dans la prise de la capitale du royaume Ashanti, Kumasi, qu’il incendie; il commande les troupes contre une rébellion en Égypte et à Khartoum et en Afrique du Sud. Ardent défenseur du général esclavagiste Robert E. Lee, Wolseley est toujours honoré par le Canada où des rues de Montréal-Ouest, de Toronto, de Thunder Bay, de Winnipeg portent son nom de même qu’une petite ville de la Saskatchewan … tout près de la Première Nation Cowessess.

Major-général britannique Frederick Middleton

En 1885, c’est le major-général britannique Frederick Middleton, autre vétéran des guerres coloniales britanniques, qui est aux commandes des troupes envoyées pour mater la résistance des Métis et des nations autochtones. Comme Wolseley, Middleton avait participé à titre d’officier à la répression de la révolte en Inde en 1857, mais aussi dans la guerre contre les Maoris en Nouvelle-Zélande. Écraser la résistance de peuples autochtones est dans ses cordes. En 1885, ses troupes sont composées de paramilitaires de la NWMP, de milices volontaires, surtout orangistes de l’Ontario. La Couronne britannique voulait éviter de provoquer la plus puissante armée du monde en y déployant l’armée britanniques.

Sans saisir la nature et le contexte de cette 3ème conquête britannique, on ne peut comprendre ce qui s’ensuit, de l’imposition des traités de dépossession – pudiquement qualifiés de traités numérotés – et de la Loi sur les Indiens jusqu’à la désolante situation actuelle où le gouvernement du Canada parle de « réconciliation » tandis que des dirigeants autochtones réclament justice.

« Frapper l’organisation tribale en plein cœur »

Comme dans toute conquête, tous les moyens sont bons pour faire en sorte que les peuples conquis ne se relèvent pas : déportation (comme les Acadiens dans le prélude de la première conquête), confinement dans des réserves, assujettissement, assimilation, ou un peu de tout ça. Les Britanniques s’y connaissent.

Nous nous souvenons de la pendaison de Louis Riel en 1885, beaucoup moins de la pendaison publique des huit guerriers autochtones. Ces pendaisons sont des symboles incontournables à la compréhension de l’histoire du Canada, mais elles ne sont que la pointe de l’iceberg de la politique de conquérant pratiquée par l’Empire britannique et son rejeton l’État canadien.

À la suite de l’intervention militaire de 1870, on pourchasse les Métis du Manitoba, qui, avant l’arrivée de Wolseley, comptaient pour environ 80% de la population ; on inonde la région de colons de l’Ontario ou des « Îles britanniques », dont un grand nombre sont des Orangistes, en leur donnant des terres en les refusant aux Métis. On impose rapidement des traités de dépossession – 7 traités en l’espace de 6 ans (1871-1877) couvrant presque tout le territoire de ce qui deviendra le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta. Et on fait bien savoir aux nations autochtones que même si les chefs ne signent pas, le gouvernement canadien ira de l’avant sans leur accord.

En 1876, on adopte l’inique Loi sur les Indiens qui impose le statut de « pupilles de l’État fédéral » à tous les autochtones. Cette loi donne un pouvoir inouï aux fonctionnaires/agents sur la vie et la mort de milliers d’autochtones, mais aussi à la North-West Mounted Police. Et dans les années 1880, on commence à déployer sérieusement la politique des pensionnats, appelés aussi écoles résidentielles ou industrielles.

À cette époque, le Commissaire aux Affaires indiennes et Lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest, Edgar Dewdney, est l’homme de confiance de John A. MacDonald (il sera l’un de ses exécuteurs testamentaires) en plus d’être un « homme profondément attaché à l’Empire et à la tradition monarchique » selon le Dictionnaire biographique du Canada.

Dès sa nomination en 1879, Dewedney se donne comme mission de « frapper l’organisation tribale en plein cœur » notamment en ouvrant rapidement davantage d’écoles industrielles ou techniques (pensionnats) et ainsi mettre fin à toute agitation des nations autochtones visant à obtenir plus d’autonomie et des améliorations aux termes des traités qui avaient été signés. Il y réussit … pour un certain temps.

La petite loterie : « loyal » ou « disloyal »

Dès le 20 juillet 1885, quelques mois après l’arrestation de Riel, le Commissaire adjoint aux Affaires indiennes, Hayter Reed, soumet un rapport en 15 points sur « The Future Management of Indians ». Aussi, il soumet une liste de toutes les nations/bandes autochtones en les qualifiant de « loyal » ou « disloyal » avec force détails sur les chefs et les membres soupçonnés d’avoir participé de près ou de loin à la résistance. Son rapport devient la base de la politique canadienne à l’égard des premières nations pour les années à venir.

Tout y est : peines exemplaires aux résistants (d’où les pendaisons); châtiments collectifs sévères, notamment par privation de nourriture et d’autres nécessités pour tous ceux qui, selon les agents, auraient manqué de fidélité à la reine ; confiscation des chevaux, des armes, des outils des autochtones « non loyaux » ; confinement aux réserves à moins d’avoir la permission écrite d’un agent du Ministère des Affaires indiennes ; séparation nécessaire des Métis et des nations autochtones et interdiction de communiquer entre eux, et la même chose avec les « Canadiens » résistants ; distinction de « bons » Indiens (loyal), qui mériteraient des récompenses et des cadeaux, et des Indiens « mauvais et paresseux » (bad and lazy), qui méritent de perdre leur réserve.

Cette « petite loterie » utilisée pour contrôler les Premières Nations ressemble beaucoup à celle déployée avec un certain succès par la Couronne britannique après la répression des Patriotes québécois. L’objectif est de coopter une certaine élite canadienne-française avec des émoluments, des récompenses, des nominations et autres miettes. La petite loterie réussit à transformer un certain nombre de révolutionnaires patriotes en collaborateurs bien apprivoisés du nouveau régime.

Quel rôle pour les églises ?

Dans toute conquête coloniale, les églises jouent un rôle important d’appui au pouvoir militaire et politique. C’est le cas en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Amérique du Nord. Dans le cas de l’Amérique du Nord britannique, l’Église anglicane est la préférée de la Couronne car le roi ou la reine est le gouverneur suprême de cette Église (toujours le cas en 2021).

Mais l’Église catholique n’est pas en reste; elle s’accorde très bien avec cet Empire : lors de la révolte de 1837-38 dans le Bas Canada, l’Église catholique se range du côté des Britanniques en refusant aux Patriotes le droit d’être enterrés dans les cimetières catholiques, en les menaçant d’excommunication et en les ordonnant de se plier aux directives du gouvernement.

C’est à ce titre que les églises sont amenées à réaliser pour l’État canadien sa promesse, écrite dans les traités de dépossession, de fournir des écoles aux nations autochtones. Les églises viendront en appui à une politique conçue par et pour la puissance conquérante, l’Empire britannique et son nouveau Dominion du Canada. L’État canadien doit en assurer le financement, mais il réduit constamment et arbitrairement le financement accordé, ce qui oblige les religieux de se débrouiller sans les fonds minimaux requis.

Pour remplir ces pensionnats, ça prend une loi obligeant les familles autochtones à envoyer leurs enfants aux pensionnats. Le gouvernement autorise, par la loi, les agents des Indiens à prendre tout enfant d’âge scolaire et à l’envoyer aux pensionnats. Si les parents s’y opposent, les agents ont le pouvoir de leur couper leurs allocations. On rapporte aussi qu’on menaçait de mettre les parent récalcitrants en prison.

Ça prend aussi une force policière pour appliquer la loi. Ce rôle reviendra à la NWMP (aujourd’hui la GRC). Les témoignages sur le travail de la police sont ahurissants :

« Des enfants qui étaient attirés dans des bateaux et des avions à l’insu des parents, et qui, parfois, disparaissaient à jamais. Des agents de la GRC en uniforme arrachaient les enfants des bras de leur mère. De nombreux survivants ont décrit les camions à bétail et les wagons où ils étaient tassés chaque automne. Des coups à la porte la nuit, la maison envahie par des étrangers à la recherche d’enfants en fugue, tout cela évoque la guerre ».

« [les agents de la GRC] encerclaient les réserves pour empêcher les enfants de se sauver, et allaient de porte à porte pour prendre les enfants, faisant fi des protestations des parents et des enfants eux-mêmes. Les enfants étaient enfermés dans des postes de police locaux ou des enclos à bestiaux jusqu’à ce que le rassemblement soit terminé, puis on les conduisait à l’école en train » (« Le rôle de la Gendarmerie royales du Canada sous le régime des pensionnats indiens », rapport réalisé dans le cadre de la CVR, 2011)

En somme, le Canada délègue aux Églises la responsabilité d’ouvrir des pensionnats ; il les finance ; ses agents des Indiens et sa police sont investis par la du pouvoir de contraindre les parents à envoyer les enfants à ces pensionnats sous des menaces de toutes sortes.

Et le Canada a le pouvoir de mettre fin à ce système. Ce qu’il ne fait pas pendant environ 100 ans même s’il sait fort bien, parce qu’il en est informé par certains fonctionnaires, que ce régime est criminel.

L’État canadien savait tout

Le docteur P. H. Bryce est médecin en chef du Ministère des affaires indiennes de 1904 à 1921, année où on le contraint à prendre sa retraite.

docteur P. H. Bryce

Lançeur d’alerte sur les conditions sanitaires des enfants autochtones dans les pensionnats, il publie, après son renvoi, un petit livre intitulé : « The Story of A National Crime, An Appeal for Justices to the Indians of Canada, The Wards of the Nation : Our Allies in the Revolutionary War : Our Brothers-in-Arms in the Great War », (James Hope, 1922, Ottawa).

Chaque année Dr. Bryce soumet à ses supérieurs, y compris au ministre responsable des Affaires indiennes, un rapport accablant sur les conditions de vie des autochtones, et surtout celles des enfants dans les pensionnats. Il y fait des recommandations urgentes pour y remédier, mais sans réponse.

La tuberculose est très grave à cette époque, le Dr. Bryce compare notamment le taux de mortalité des villes comme Hamilton et Ottawa à celui des réserves de l’Ouest. Alors que dans le premier cas le taux de mortalité baisse constamment, dans les réserves (y compris chez les enfants en pensionnat, ce taux est effarant. La population autochtone diminue constamment d’année en année en raison de la tuberculose. Chaque rapport de ce médecin est étouffé. Pire encore, des représentants du ministère font tout pour empêcher ce spécialiste de la tuberculose de parler en public, notamment à l’assemblée annuelle de la National Tuberculosis Association.

Biblioarchives : Écoliers et responsables à l’extérieur du Pensionnat indien [catholique] de Fort Providence, Fort Providence (Territoires du Nord-Ouest), vers 1920. Créateur : F. H. Kitto. Prise vers 1920. F. H. Kitto. Library and Archives Canada, PA-101545. Source internet : Flickr.com

Et le Québec dans cette tragédie

Dans le débat qui suit la découverte des corps d’enfants sur les lieux des pensionnats, on s’interroge sur le rôle du Québec. D’aucuns y voient un lien par le biais de l’Église catholique ou des congrégations religieuses dont la maison mère est au Québec. D’autres pointent du doigt des politiciens ou des fonctionnaires québécois qui ont pris part aux décisions de l’État canadien ou des autorités britanniques ou qui ont participé à leur application ou encore des deux bataillions québécois envoyés dans l’ouest en 1885.

Dans la mesure où des individus, des membres de partis politiques, ou des institutions ont souscrit à l’ordre britannique établi au Canada à la suite des deux premières conquêtes militaires et à la marche impériale et coloniale britannique vers l’ouest, ils en portent une responsabilité évidente.

Toutefois, cet ordre a été contesté souvent et vivement par beaucoup de Québécois et de Canadiens français, tout au long de l’histoire.

À titre d’exemple, la Déclaration de l’indépendance du Bas-Canada écrite en 1838 par le patriote Robert Nelson dit ceci au troisième article :

« Que sous le gouvernement libre du Bas-Canada, tous les individus jouiront des mêmes droits : les sauvages ne seront plus soumis à aucune disqualification civile, mais jouiront des mêmes droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada ».

Il en est de même pour l’Église catholique. Adoubée par la Couronne et associée aux autorités britanniques et canadiennes dans l’espoir d’enrayer au Canada les idées républicaines inspirées de la France révolutionnaire, elle aussi a été vivement contestée.

En ce qui concerne les deux bataillons de Québec envoyés sous les ordres du major-général Middleton pour mater la résistance en 1885, le naturel britannique est revenu au galop. Se méfiant de la loyauté de ces troupes devant des Métis qui parlaient le français, les autoritaires s militaires les ont éloignés du combat en les envoyant en Alberta. Les troupes québécoises ont vite compris qu’ils étaient encore et toujours des membres de deuxième ordre des institutions de l’Amérique du Nord britannique. Cette histoire se répéterait.

Faire du Canada un pays anglais

À mesure que le Dominion du Canada impose sa souveraineté dans l’ouest après les deux interventions militaires, il fait disparaître la langue française de la carte politique et culturelle avec presque autant de zèle que dans le combat contre les langues et cultures autochtones.

En 1890, le Manitoba abolit le français comme langue officielle et peu après l’éducation en français a été interdite. (Gabrielle Roy, née à Saint-Boniface, Manitoba, rappelle dans « Détresse et enchantement » comment les sœurs francophones à son école catholique enseignaient en anglais, mais parfois, en cachette, elles sortaient des livres en français, loin des yeux des inspecteurs gouvernementaux.)

En 1905, la Saskatchewan et l’Alberta deviennent des provinces du Canada mais on a éliminé le statut bilingue qu’avaient les Territoires du Nord-Ouest. Quelques années plus tard, l’utilisation du français au gouvernement, devant les tribunaux et à l’école est interdite.

Plus ça change…

Dans leurs combats contre l’Empire britannique, les Premières Nations du Canada et les Métis n’étaient pas seuls ; les Canadiens-français/Québécois non plus. Pour les puissances européennes qui étendaient leur empire partout au monde, ils représentaient tous un obstacle au projet impérial. En cela, ils faisaient effectivement cause commune avec les Chinois, les peuples de l’Inde et des autres pays du sud asiatique, les Maoris en Nouvelle-Zélande, les peuples autochtones de l’Australie ou des États-Unis, les nations africaines.

Cent cinquante ans plus tard, les mêmes puissances européennes et nord-américaines tentent, tant bien que mal, de rétablir leur hégémonie, notamment en faisant la morale, en imposant des sanctions et en menaçant militairement des pays et des peuples qui choisissent la voie de l’indépendance politique et économique.

Aujourd’hui, comme hier, elles n’ont ni le droit ni l’autorité morale, mais cela ne les arrêtera pas.

Si on tire une seule leçon de l’histoire macabre des pensionnats au Canada, ce serait de se garder de se faire embrigader aujourd’hui dans des interventions militaires ou autres campagnes impériales contre des pays étrangers.

Quelques sources

Bryce, P.H. « The Story of A National Crime, An Appeal for Justices to the Indians of Canada, The Wards of the Nation : Our Allies in the Revolutionary War : Our Brothers-in-Arms in the Great War ». James Hope, 1922.

Dictionnaire biographique du Canada.

LeBeuf, Marcel-Eugène. Au nom de la GRC. « Le rôle de la Gendarmerie royales du Canada sous le régime des pensionnats indiens », rapport réalisé dans le cadre de la CVR, 2011

Momudu, Samuel. « The Anglo-Ashanti Wars » (1823-1900). Black Past. 24 mars 2018.

Morton, Desmond. « A Military History of Canada, From Champlain to Kosovo », Fourth Edition. M&S, 1999.

Ogg, Arden. « An infamous anniversary : 130 years since Canada’s Largest Mass Hanging 27 November 1885 ». Cree Literacy Network.

Reed, Hayter. « Memorandum for the Hon(ourable) the Indian Commissioner Relative to the Future Management of the Indians ». 20 July 1885.

Stonechild, Blair ; Waiser, Bill. « Loyal Till Death, Indians and the North-West Rebellion ». Fifth House Publishers, 2010

Wolseley, Garnet. “General Lee”. Lee Family Digital Archive.

source : https://www.mondialisation.ca

https://reseauinternational.net/lhistoire-macabre-des-pensionnats-autochtones-au-canada-une-consequence-de-la-3eme-conquete-britannique-en-amerique/

dimanche 1 décembre 2024

Les Britanniques ont tué des milliers de prisonniers soviétiques en 1945, révèle un historien

 

Pendant très longtemps, les Russes ont gardé par devers eux les preuves du double visage des « alliés » durant la deuxième guerre mondiale, mais avec l’actuelle offensive de l’OTAN contre la Russie et par ailleurs ce qu’ils considèrent comme une falsification historique, ils publient des archives qui montrent à quel point les « alliés », les USA mais aussi l’empire britannique n’avaient cessé de soutenir en sous main tout ce qui pouvait détruire l’URSS ~ Danielle Bleitrach

MOSCOU, 3 mai – (RIA Novosti). Début mai 1945, l’armée britannique, poursuivant des objectifs politiques, détruisit brutalement des navires allemands avec plusieurs milliers de prisonniers sans défense des camps de concentration nazis, dont la plupart étaient des prisonniers de guerre soviétiques, et les Britanniques ont malmené les survivants, citoyens de l’URSS, a déclaré l’historien du renseignement Dmitri Khokhlov à RIA Novosti, révélant des détails jusque-là inconnus de cette tragédie.

Lundi marque le 76ème anniversaire de la tragédie qui a eu lieu le 3 mai 1945 dans la baie de Lübeck en mer Baltique (qui est entrée dans l’histoire comme le naufrage du paquebot Cap Arcona),quand l’aviation de l’armée de l’air britannique a attaqué des navires allemands avec des prisonniers de camps de concentration. Parmi les victimes des bombes, missiles et obus britanniques, il y avait des représentants de plus de 25 nationalités, originaires non seulement de l’URSS, mais aussi des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France, du Canada, de l’Italie, de la République Tchèque, de la Pologne, des Pays baltes et scandinaves, de Grèce, Serbie et autres. Des corps ont continué à être trouvés sur la côte pendant plusieurs décennies.

Le nombre de personnes décédées à la suite de cette tragédie, selon diverses estimations, varie de 7 à 12 mille personnes, ce qui est comparable au nombre de membres d’une division de fusiliers ou, par exemple, aux pertes des troupes alliées lors du débarquement en Sicile, ou avec les pertes de l’Armée rouge lors de l’opération Novorossiysk, a déclaré Khokhlov. « En termes d’échelle, le naufrage du Cap Arcona est considéré comme la quatrième catastrophe maritime de l’histoire de l’humanité », a-t-il souligné.

Le nombre de prisonniers survivants de Cap Arcona, selon diverses sources, est estimé entre 310 et 350. Il existe également des informations selon lesquelles seuls 140 citoyens soviétiques ont réussi à s’échapper. La température de l’eau ce jour-là ne dépassait pas sept degrés, a noté Khokhlov.

L’armée britannique lors d’un défilé à Berlin. 13 juillet 1945 – RIA Novosti, 1920, 17/12/2020

Lettre d’un prisonnier évadé

Dans les années 1960-1970, le grand public a pris conscience pour la première fois de la tragédie du 3 mai 1945 grâce à des publications en URSS et à l’étranger, dit Khokhlov. Ensuite, divers témoignages supplémentaires ont été rendus publics, et maintenant il y a de nouveaux détails sur les événements d’il y a 76 ans.

Comme l’a dit Khokhlov, dans les documents de la correspondance du Ministère de la Sécurité d’État de l’URSS avec le bureau du Conseil des ministres de l’URSS chargé du rapatriement des citoyens soviétiques en 1949, une lettre a été trouvée écrite par l’un des participants directs à la tragédie du 3 mai 1945, Vasily Salomatkine (1919-1999).

En septembre 1939, Salomatkin a participé à la libération de la Biélorussie occidentale, avant le début de la Grande Guerre patriotique, il a servi dans les troupes du district spécial biélorusse. Du 22 juin au 12 octobre 1941, il participe à des batailles avec les nazis près de Moguilev, sur le Dniepr, près de Yartsevo (région de Smolensk) et près de Vyazma, où il est grièvement blessé et capturé dans une bataille nocturne. Il était dans des camps nazis à Smolensk et Minsk occupés, depuis avril 1942 – dans un camp de la ville de Kalvariya (Lituanie). Échappé de là, il a été capturé dans l’ouest de la Pologne, envoyé dans un camp pénitentiaire dans la région de la ville allemande de Hanovre… Puis il a été transféré au camp de concentration de Neuengamme, situé à 30 kilomètres au sud-est de la ville allemande de Hambourg.

« La lettre de Vasily Filippovich Salomatkine du 2 mai 1949 est la première preuve documentaire trouvée dans les archives à ce jour, révélant les détails de la tragédie, reçue par les autorités soviétiques », a déclaré Khokhlov. Le 14 mai 1949, une copie de cette lettre a été envoyée au chef de la 2ème direction principale du Ministère de la Sécurité d’État de l’URSS (contre-espionnage et lutte contre les éléments antisoviétiques), le général de division Yevgeny Pitovranov.

Parmi les sources historiques sur la tragédie du 3 mai 1945, la lettre de Salomatkine a une valeur particulière, car elle a été composée par lui, n’a pas été publiée auparavant, n’a pas été soumise à un traitement ou une mise en forme littéraires, et contient également des détails inconnus sur l’attitude de l’administration militaire britannique envers les prisonniers survivants, a souligné Khokhlov.

Il a cité pour RIA Novosti certains des fragments les plus informatifs de ce document.

« Le 29 avril 1945, le commandement SS, sentant l’approche des troupes alliées vers le camp de concentration de Neuengamme (près de Hambourg), fit sortir tous les prisonniers qui pouvaient se déplacer un tant soit peu vers la ville de Lübeck (port allemand sur la Mer Baltique – ndlr.). Ils étaient 12 000. L’écrasante majorité étaient des prisonniers de guerre russes », a écrit Salomatkine.

Les prisonniers ont été emmenés sous bonne garde par les SS à Lübeck en train pendant une journée entière, ils n’ont rien eu à boire ni à manger du tout. À Lübeck, les prisonniers ont été placés sur des barges et, sous haute surveillance, des soldats et des bateaux ont été emmenés le long de la baie de Lübeck sur la mer Baltique, où étaient stationnés deux petits et un gros navires océaniques.

« Sur les deux premiers, ils ont mis environ 2 mille prisonniers. Le nom d’un navire était « Thielbek », et je ne me souviens plus de l’autre maintenant (le second était le navire « Deutschland » – ndlr.). 8 mille prisonniers ont été placés sur le grand navire océanique sur lequel j’étais. Ce navire s’appelait Cap Arcona. Le commandement des navires était SS », se souvient Salomatkine.

Un massacre sauvage

La suite des événements, selon la lettre de Salomatkine, s’est déroulée comme suit. Le 3 mai, les troupes britanniques sont arrivées devant la ville de Neustadt près de Lübeck et posé un ultimatum de se rendre avant midi. Neustadt a accepté la reddition. Puis les Britanniques ont exigé la capitulation aux navires sur lesquels se trouvaient les prisonniers des camps de concentration. Les navires étaient situés à 6 kilomètres de Neustadt.

« Le commandement SS des navires a refusé la reddition. Alors, les avions britanniques ont décollé en grand nombre et ont commencé à bombarder les navires … Les navires sur lesquels nous nous trouvions n’ont pas tiré un seul coup de feu en retour sur l’avion britannique », écrit Salomatkine, qui a été témoin personnellement de tout le panorama du bombardement.

« La première victime du bombardement a été le Thielbeck. Il a immédiatement pris feu et a commencé à couler. Les prisonniers qui ont pu sortir du navire ont sauté à l’eau. Après que la première bombe britannique a frappé Thielbeck, le commandement SS du navire Cap Arcona, sur lequel j’étais, a agité un drapeau blanc, en signe de reddition », a rappelé Salomatkine. Les prisonniers sur le pont ont enlevé leurs maillots de corps blancs et ont commencé à les agiter, signalant aux pilotes anglais que le navire se rendait, acceptait la capitulation.

« Mais les pilotes britanniques, semblables à des fascistes, ne reconnaissant rien, ne prêtant pas attention au drapeau blanc sur le navire, ne prêtant pas attention à l’agitation des gens sur le pont, aux chemises blanches, implorant grâce, suppliant pour leurs vies, ont continué à bombarder les navires. Le bombardement avait lieu sur une très petite hauteur », a déclaré Salomatkine. « Les pilotes britanniques ont vu toutes les horreurs de leur bombardement et ont continué à le perpétrer encore plus, ne prêtant (attention) à aucun appel du peuple. Les pilotes britanniques dans leurs brutales représailles ne différaient pas du tout des pilotes barbares fascistes », a-t-il ajouté.

Revenant sur ces événements tragiques, Salomatkine a écrit : « La deuxième victime après Thielbek était le deuxième petit navire. Puis une bombe a frappé la poupe du navire Cap Arcona, alors que j’étais à l’avant du navire. Le commandement SS à ce moment-là a jeté les canots à l’eau et est parti. Sur le bateau du Cap Arcona, la panique s’est installée parmi les prisonniers. Les prisonniers se sont précipités sur le pont supérieur dans le plus grand désordre ».

Comme Salomatkin l’a rappelé, à ce moment-là, une deuxième bombe a frappé le milieu du navire, qui a pris feu et a commencé à couler.

« À cause de la panique, les prisonniers essayaient de sortir sur le pont, mais ils se poussaient les uns les autres dans l’escalier et donc beaucoup n’ont pas pu sortir sur le pont,sont restés dans le navire et ont coulé avec. Après que la deuxième bombe ait touché le navire Cap Arkona, je me suis jeté à l’eau avec d’autres prisonniers de guerre russes », a-t-il ajouté.

Mais ce n’était pas fini

« À environ un kilomètre du lieu de naufrage du navire Cap Arcona, des torpilleurs sont apparus. Quand nous les avons vus, nous nous sommes précipités pour nager vers eux, pensant qu’ils allaient nous chercher et nous sauver. Mais ce fut le contraire. Les soldats sur les bateaux se mirent debout et tirèrent à la mitrailleuse sur les prisonniers dans l’eau. Le sort d’une mort par balle de mitrailleuse m’a été épargné, car je n’avais pas réussi à m’approcher plus près du bateau, comme d’autres l’avaient fait, j’étais à environ 400 mètres », a déclaré Salomatkine dans une lettre.

« Voyant ce qui se passait, j’ai changé de cap et pris la direction du rivage. Le rivage était à peine visible. Je nageais sans aide, avec seulement mes bras et mes jambes. Moi non plus, je n’aurais pas atteint à terre, comme les autres, mais par chance, alors que j’avais déjà nagé sur une distance considérable, la marée montante a commencé, elle m’a sauvé », se souvient-il.

Selon Salomatkine, à ce moment-là, il était déjà complètement épuisé et des vagues l’ont emporté sur le rivage. « J’étais dans un état semi-conscient. J’ai vu à travers mes yeux embués sur le rivage des immeubles blancs, les mouvements des gens, mais je ne pouvais pas distinguer un homme d’une femme. Et quand j’ai heurté de la poitrine sur le rivage, j’ai complètement a perdu connaissance à cause de la joie. À ce moment-là, d’autres Russes rescapés, plus forts que moi, étaient déjà sur le rivage, et ils m’ont tiré sur le rivage et ont commencé à me faire cracher l’eau des poumons, et quand j’ai repris mes sens, ils m’ont envoyé à l’hôpital. À cette époque, il y avait là des Britanniques », a ajouté Salomatkine.

Maltraitance de la part des alliés

Mais les épreuves pour les survivants se sont poursuivies sur terre.

« Si le bombardement de navires avec des prisonniers des camps nazis a déjà été décrit à la fois à l’étranger et dans notre pays, ce que les personnes secourues ont vécu ne peut être appris que de l’histoire de Salomatkine », explique Khokhlov.

« Après avoir quitté l’hôpital, j’étais dans un camp de survivants. Les Britanniques nous ont mal traités. Ils nous ont conduits dans des quartiers exigus, nous ont très mal nourris, avec du rutabaga allemand en conserve et des épinards. Quand un jour nous avons protesté et exigé de la vraie nourriture, on nous a rétorqué que vous n’en valions pas la peine, et ils ont emmené deux prisonniers avec eux, les ont accusés de sabotage et les ont mis en prison. Je ne connais pas leur sort. Quand j’ai quitté le camp, ils étaient encore en prison », poursuit Salomatkine dans sa lettre de mai 1949.

Alors, les prisonniers soviétiques ont adressé une plainte pour mauvaise alimentation au colonel-général Philip Golikov, représentant autorisé du gouvernement soviétique pour le rapatriement des citoyens soviétiques d’Allemagne et des pays sous occupation.

« Après un certain temps, le commandant de la ville (Neunstadt) a été changé et la nourriture s’est améliorée, mais ne répondait toujours pas aux exigences qui avaient été avancées à la conférence de Yalta pour que nos prisonniers de guerre bénéficient de la ration d’un soldat anglais », écrit Salomatkin.

« »En effet, le 11 février 1945, lors de la Conférence de Crimée, un accord a été signé concernant les prisonniers de guerre et les civils libérés par les troupes sous commandement soviétique et les troupes sous commandement britannique ». L’article 1 de l’accord prévoyait la protection des citoyens Soviétiques libérés », déclare Dmitry Khokhlov.

Et le 21 mars 1945, le premier ministre britannique Churchill avait même adressé un message au dirigeant soviétique Staline, dans lequel il déclarait : « Il n’y a pas de question à laquelle la nation britannique serait plus sensible que celle du sort des prisonniers détenus par les Allemands, de leur libération rapide et de leur retour dans leur patrie. Je vous serais très reconnaissant si vous pouviez considérer personnellement la question, car je suis sûr que vous souhaiterez faire de votre mieux pour notre peuple, tout comme je peux vous assurer que nous le ferons pour vos hommes lorsqu’ils passeront sous notre contrôle ».

Deux jours plus tard, Staline a répondu à Churchill : « Quant aux prisonniers de guerre britanniques, vous n’avez aucune raison de vous inquiéter pour eux. Ils sont dans de meilleures conditions que les prisonniers de guerre soviétiques ne l’étaient dans les camps britanniques où ils se trouvaient, dans un nombre de cas, victimes de harcèlement et même de coups ».

Salomatkine a décrit dans sa lettre l’attitude de l’administration militaire britannique de Neunstadt à l’égard de la mémoire des victimes.

Comme il le raconte, quelque temps plus tard, des cadavres de prisonniers ont commencé à flotter sur la mer depuis les navires coulés. Les prisonniers soviétiques ont réuni une commission pour enterrer les morts avec les honneurs militaires dans une fosse commune, et ont demandé de l’aide à un officier britannique – le commandant de Neunstadt.

Mais le commandant, selon Salomatkine, a fini par refuser la demande des citoyens soviétiques. « Je ne vous donnerai rien, allez-y, enterrez comme vous pouvez et faites tous les honneurs que vous voulez, je n’ai rien pour vous. C’est ainsi que les Britanniques nous ont traités – nous, leurs alliés russes. Et comme nous avons pu, nous avons rendu honneur à notre camarades victimes de l’aviation britannique. C’est ainsi que les Britanniques nous ont traités », a écrit Salomatkine.

Dans sa lettre, il cite également un deuxième épisode, qui montre avec éloquence l’attitude véritable et, de surcroît, discriminatoire des Britanniques à l’égard des prisonniers de guerre soviétiques et allemands.

« À ce moment-là, les Britanniques avaient fait venir dans la ville des prisonniers de guerre allemands. Ils déambulaient librement, se promenaient, attaquaient et battaient nos prisonniers de guerre survivants, menaçaient de nous égorger tous la nuit, parce qu’ils étaient armés de couteaux. Après ces menaces , nous sommes allés voir le commandant britannique et avons expliqué cela », écrit Salomatkine. « Le commandant s’est contenté de sourire et n’a pris aucune mesure efficace. N’ayant pas reçu de réponse satisfaisante, nous sommes revenus au camp et avons annoncé à nos gars qu’ils devaient se procurer des armes pour se défendre. Ayant trouvé des armes, nous avons établi une garde dans le camp pour le protéger des attaques des Allemands. Voilà dans quelles conditions nous étions avec les Britanniques », a-t-il ajouté.

Selon Salomatkine, il a ensuite été engagé dans une mission militaire pour rapatrier des citoyens soviétiques, où il « a été confronté à des faits flagrants hostiles à l’Union soviétique ». « Les Britanniques faisaient de la propagande parmi nos prisonniers de guerre, exhortant à ne pas retourner en Union soviétique, en particulier parmi les Ukrainiens, les Lettons, les Estoniens », écrit Salomatkine.

Le calcul politique des Britanniques

Khokhlov a expliqué pourquoi les nazis avaient emmené les prisonniers du camp de concentration sur la mer et ce qui aurait pu amener les Britanniques à commettre pareille atrocité.

« Peut-être que le régime nazi agonisant avait planifié le naufrage des prisonniers de guerre, essayant ainsi de se débarrasser rapidement des témoins indésirables de ses crimes. À son avis, cette version est également étayée par le fait que les mécanismes usés du paquebot n’auraient pas pu résister à une nouvelle traversée. « Néanmoins, la situation sur le front a évolué si rapidement que lorsque les troupes britanniques se sont approchées, les prisonniers avaient une chance de survivre », ajoute notre interlocuteur.

Mais les Britanniques, à leur tour, poursuivant des objectifs politiques, ont concentré tous les efforts possibles sur la prise de Lübeck, souligne Khokhlov.

Churchill écrivait à l’époque à son ministre des Affaires étrangères Eden : « Je considère qu’il est prioritaire que Montgomery prenne Lübeck le plus tôt possible … Notre arrivée à Lübeck avant nos amis russes de Stettin nous évitera de nombreux différends à l’avenir ». « La distance entre ces villes est d’environ 260 kilomètres, c’est-à-dire que même en comptant avec la résistance de l’ennemi, l’Armée rouge pourrait la franchir en environ deux semaines », explique Khokhlov.

Selon lui, ainsi « le calcul politique a mis des milliers de vies, ayant survécu miraculeusement dans les camps de prisonniers nazis, entre le marteau britannique et l’enclume allemande ». Du 2 au 4 mai, les ports allemands ont été lourdement bombardés par des avions britanniques.

De nombreuses théories du complot sont encore en cours d’élaboration autour de la tragédie du 3 mai 1945, a noté Khokhlov. Y compris il y a une opinion selon laquelle les nazis ont ainsi tenté de monter une provocation et d’embrouiller les alliés en progression, a-t-il ajouté. « Mais alors, il aurait été logique que les autorités soviétiques apprennent ce qui s’est passé le plus tôt possible. Des hypothèses sont également faites sur le lien entre l’opération de sauvetage menée par la Croix-Rouge suédoise et, en particulier, la mission de Folke Bernadotte, avec le chargement des prisonniers par les Allemands sur Cap Arcona et d’autres navires », a noté Khokhlov.

Pour les personnes qui étudient la tragédie, les résultats d’une enquête menée en juin 1945 par le major britannique Noel Till sont disponibles, a déclaré Khokhlov. « Et ils disent que les informations sur les prisonniers détenus à bord des navires dans la baie de Lübeck ont ​​été transmises aux représentants du commandement britannique le 2 mai 1945. En particulier, elles ont été transférées au général de division George Philip Bradley Roberts, commandant de la 11e division de tanks qui progressait dans la région de Lübeck. Cependant, pour des raisons inconnues, elle n’a pas été portée à l’attention d’autres unités de l’armée active, qui, dans les derniers jours de la guerre, visaient à s’emparer le plus rapidement possible de centres clés », a-t-il ajouté.

La tâche politique était de montrer leur participation directe aux hostilités contre l’Allemagne et d’empêcher le contrôle de l’Armée rouge sur le territoire qui permettrait de développer une offensive en direction du Danemark, a expliqué Khokhlov.

Selon l’historien, la mémoire des victimes de la tragédie du 3 mai 1945 en Russie n’a pas été correctement immortalisée. Des journées commémoratives ont eu lieu dans les villes allemandes de Grevesmühlen et à Neustadt-Pelzerhaken, où les restes des victimes de la tragédie ont été enterrés. À l’occasion du 45ème anniversaire du Neunstadt Museum, une exposition permanente consacrée aux événements de la baie de Lübeck a été inaugurée.

« Cette histoire confirme une fois de plus l’axiome selon lequel il est impossible de cacher la vérité – tôt ou tard, elle sera connue. L’histoire de la guerre se compose de nombreuses échelles différentes de tragédies. Combien d’autres tragédies de ce genre peuvent rester inconnues si personne n’a laissé de souvenirs à un moment ou quelque part dans les archives il n’y a pas un document contenant des informations à leur sujet ? » – dit Khokhlov. La tâche des historiens est de l’étudier et de les faire connaître à tout le monde, a-t-il ajouté. « Plus nous imaginons clairement les événements de cette guerre et nous compatissons avec eux, moins il y a de chances qu’ils se reproduisent », a-t-il souligné.

9 mai 2021 source : https://histoireetsociete.com

https://reseauinternational.net/les-britanniques-ont-tue-des-milliers-de-prisonniers-sovietiques-en-1945-revele-un-historien/

mardi 19 mars 2024

L’Europe d’une guerre à l’autre (IX) – Comment les Britanniques ont “libéré” la Grèce

 

Par Nikolay STARIKOV  ORIENTAL REVIEW

Les premières troupes aéroportées de l’armée britannique débarquèrent en Grèce le 4 octobre 1944. L’objectif principal de l’Angleterre dans ce pays n’était cependant pas de vaincre les forces allemandes, loin de là, mais de réaliser une avance rapide pour rencontrer les troupes soviétiques du maréchal Tolboukhine, qui venaient juste de mener avec succès une opération pour libérer la Yougoslavie. Ne rencontrant aucune résistance de la part des troupes allemandes, les Anglais s’empressèrent d’occuper le territoire libéré pour ne pas laisser entrer les Russes en Grèce.

La paix n’a pas suivi leur arrivée en Grèce. Au contraire, les opérations militaires ont éclaté avec une vigueur renouvelée. Les Anglais étaient opposés aux partisans du puissant mouvement communiste ELAS. En conséquence, les «libérateurs» britanniques ont commencé des opérations militaires contre les Grecs.

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Voici quelques faits sur ce conflit qui, aujourd’hui, est passé complètement sous silence :

– En novembre 1944, le général Scobie, commandant des forces britanniques en Grèce, donne l’ordre de désarmer les unités ELAS. Les représentants communistes du Cabinet refusent de signer un décret ordonnant la dissolution de l’ELAS et, le 2 décembre, ils démissionnent. Le lendemain, une manifestation de 500 000 hommes a lieu à Athènes contre les actions du gouvernement et du commandement britannique. Les armes sont utilisées contre les manifestants par les autorités. Le 4 décembre 1944, les combats commencent entre les unités de l’ELAS d’un côté et les troupes britanniques et gouvernementales de l’autre, et les membres de l’ELAS prennent le contrôle d’Athènes et du Pirée. Le fait que les unités de l’ELAS ne soient évacuées du Pirée que le 12 décembre 1944 donne une indication de la gravité des combats. À Athènes, Les troupes britanniques sont encerclées et elles ne réussissent à s’en sortir que vers la fin du mois. En outre, deux divisions sont redéployées en Grèce depuis le front italien.

Comme nous pouvons le voir, il y avait tellement de partisans de l’ELAS dans la capitale grecque qu’ils avaient facilement pris le contrôle de toute la ville. En ouvrant le feu sur les manifestants, les troupes britanniques avaient montré de quel côté du conflit ils étaient. Rappelez-vous que c’est précisément pour ce genre d’actions que Londres a condamné Kadhafi et Assad récemment.

Voici ce que Winston Churchill écrit dans son livre “La Seconde Guerre Mondiale”:

 “Le dimanche 3 décembre, les partisans communistes, engagés dans une manifestation interdite, se sont heurtés avec la police et la guerre civile a commencé. Le lendemain, le général Scobie ordonna à l’ELAS d’évacuer Athènes et le Pirée sur-le-champ. Au lieu d’obtempérer, leurs troupes et leurs civils armés tentèrent de s’emparer de la capitale par la force. A ce moment j’ai pris un contrôle plus direct de l’affaire. En apprenant que les communistes avaient déjà pris presque tous les commissariats d’Athènes, assassinant la majeure partie de leurs occupants qui n’étaient pas engagés de leur côté, et se trouvaient déjà à un demi mile des bureaux du gouvernement, j’ordonnai au général Scobie et à ses 5 000 soldats britanniques qui, dix jours auparavant, avait été reçus avec ravissement comme libérateur par la population, d’intervenir et tirer sur les traîtres agresseurs. Il ne sert à rien de faire des choses comme celles-là à moitié. “

– Au total, du 3 décembre 1944 au 15 janvier 1945, les avions britanniques ont effectué 1665 sorties au-dessus de la Grèce, détruisant 455 automobiles, quatre pièces d’artillerie et six locomotives.

– Les Anglais n’ont réussi plus ou moins à établir le contrôle sur le territoire de la Grèce continentale qu’après six semaines de combats acharnés. Le 12 février 1945, un accord visant à mettre fin à la guerre civile fut signé à Varkiza, aux termes duquel toutes les unités de l’ELAS se retiraient des régions d’Athènes, de Selanik et de Patras.

– La majorité des combattants de l’ELAS cessèrent les hostilités et rentrèrent chez eux. Cependant, les représentants du gouvernement démocratique, ainsi que la nation humaine du «monde libre», violèrent l’accord et commencèrent à les arrêter par centaines et à les fusiller sans procès.

– En fin de compte, la situation a explosé à la suite des élections dites «générales», qui eurent lieu le 31 mars 1946. Les communistes et un certain nombre de partis démocratiques avaient accusé le gouvernement d’avoir falsifié les résultats et d’avoir fait pression sur les électeurs. Il convient de mentionner que la brutalité policière n’avait pas diminué durant toute l’année 1945. Les élections servirent de prétexte à une nouvelle confrontation. Le premier conflit ouvert eut lieu en juillet 1946, lorsque les forces gouvernementales tentèrent de débarrasser les régions de Vermion et du Mont Olympe des communistes. Malgré le fait que ceux qui étaient à l’offensive étaient soutenus par des chars et des Spitfires, les attaques échouèrent. Les unités ELAS bénéficiaient d’un large soutien parmi la population du pays, d’une vaste expérience de la guérilla contre les Allemands, et il y avait aussi le fait qu’il y avait un certain nombre d’alliés secrets dans l’armée grecque. Un nouveau cycle de guerre civile avait commencé dans le pays.

– La guerre de Grèce a duré jusqu’au début de 1949, soit un total (avec des pauses) de cinq ans!

– Selon les chiffres officiels, les forces gouvernementales ont subi des pertes de 12 777 personnes tuées et 37 732 soldats et officiers blessés, tandis que les unités pro-communistes ont subi des pertes de 38 000 tués, et il n’y a pas de chiffres sur le nombre de blessés. Mais combien de personnes tuées et torturées étaient des civils? Le pays était en ruines; les Allemands, en se retirant de la Grèce, n’ont pas réussi à détruire entièrement leurs lignes de communication, ce qui a été fait par les Grecs eux-mêmes – non sans l’aide des Anglais et des Américains, bien sûr.

L’histoire des Balkans, et surtout de la Grèce, est un exemple clair de la misère d’une vision en noir et blanc de l’Histoire, une Histoire dans laquelle Staline et l’URSS sont accusés de tout, tandis que l’Occident a toujours raison dans tout ce qu’il fait.

Traduit du Russe par ORIENTAL REVIEW

Source : https://orientalreview.org/2012/10/31/episodes-9-how-the-english-liberated-greece/

Traduction : Avic – Réseau International

Photo: Aris Velouchiotis le « Che Guevara grec – ELAS

https://reseauinternational.net/leurope-dune-guerre-a-lautre-ix-comment-les-britanniques-ont-libere-la-grece/

vendredi 23 février 2024

Staline, les Alliés et le démembrement de l’Allemagne

 

« Le gouvernement soviétique est probablement en retard dans l’étude de cette question… Nos dirigeants sont maintenant occupés par des problèmes militaires. »

Molotov, en réponse à Antony Eden, à la Conférence de Moscou des ministres des Affaires étrangères de l’URSS, des États-Unis et de la Grande-Bretagne du 19 au 30 octobre 1943.

Note du Saker Francophone

 Où l’on apprend incidemment, que dès 1943, probablement au vu des défaites de la Wehrmacht en Russie, les Anglo-Saxons anticipaient déjà l’issue finale de la reddition allemande et le démembrement de l’Allemagne. Ils ont malgré tout attendu juin 1944 pour débarquer en Normandie et… « gagner la guerre » !

 Où l’on comprend aussi la décision de Staline d’occuper l’Allemagne de l’Est pour assurer la sécurité de l’URSS, suite à la volonté des Anglo-Saxons de démembrer et occuper l’Ouest du pays.

 Une attention particulière doit être accordée au fait que ce sont les Anglo-Saxons qui, en 1943, ont établi plusieurs zones d’occupation temporaire en Allemagne. Ce sont eux aussi qui faisaient des plans de fragmentation de l’Allemagne en un certain nombre de mini-États. En fait, leur idée pour l’Allemagne d’après-guerre était de restaurer le Traité de Westphalie de 1648, qui pendant plus de trois cents ans a éliminé l’Allemagne comme nation unifiée de l’histoire européenne.

La position de principe de l’Union Soviétique par rapport à l’Allemagne unifiée est évoquée par Joseph Staline le 23 février 1942 dans l’ORDRE du COMMISSAIRE DU PEUPLE DE LA DÉFENSE DE L’URSS N° 55 Moscou

« La presse étrangère dit parfois que l’Armée rouge vise à exterminer la nation allemande et à détruire l’État allemand. Ceci, bien sûr, est un non-sens stupide et une calomnie contre l’Armée rouge. L’Armée rouge ne peut pas avoir de tels buts idiots.

L’Armée rouge a pour but d’expulser les occupants allemands de notre pays et de libérer les terres soviétiques des envahisseurs fascistes allemands. Il est très probable que la guerre pour la libération des terres soviétiques conduira à l’expulsion et à la destruction de la clique d’Hitler. Nous souhaiterions un tel résultat. Mais il serait ridicule d’identifier la clique d’Hitler avec le peuple allemand, avec le pays allemand. La connaissance de l’histoire montre que les ‘Hitlers’ vont et viennent, mais le peuple allemand et l’État allemand restent. »

La deuxième déclaration publique la plus importante montrant que la position de l’Union Soviétique était la préservation de l’Allemagne a été faite par Joseph Staline le 9 mai 1945, dans son discours radio au peuple soviétique le Jour de la Victoire sur l’Allemagne. Le texte a été publié par le journal Pravda le 10 mai 1945. Il est connu comme le discours du commandant suprême J. V. Staline le 9 mai 1945 :

« Il y a trois ans, Hitler a publiquement déclaré ses objectifs, y compris un démembrement de l’Union soviétique et la séparation d’avec le Caucase, l’Ukraine, la Biélorussie, les États baltes et d’autres régions. Il a déclaré sans ambages : ‘Nous détruirons la Russie, de sorte qu’elle ne puisse jamais plus se relever.’

C’était il y a trois ans. Mais les idées folles de Hitler n’étaient pas destinées à se réaliser, le cours de la guerre les dispersa aux 4 vents. En fait, il s’est produit quelque chose de complètement opposé au délire des Allemands. L’Allemagne est vaincue. Les troupes allemandes capitulent. L’Union Soviétique célèbre la victoire, bien qu’elle n’ait pas l’intention de démembrer ou de détruire l’Allemagne.«

Cité par l’édition de Joseph Vissarionovich Staline, « The Complete Collection of works », Volume 15

La Conférence, à Moscou, des ministres des Affaires étrangères de l’URSS, des États-Unis et de la Grande-Bretagne du 19 au 30 octobre 1943.

Le 25 octobre 1943, lors de la discussion du plan des Alliés présenté par Cordell Hull « Principes de base concernant la reddition allemande ».

Traduction, par l’auteur, de la transcription officielle de la conversation entre Anthony Eden et Molotov

Eden : En ce qui concerne le statut permanent de l’Allemagne. Nous aimerions avoir une division de l’Allemagne en États séparés. En particulier, nous aimerions séparer la Prusse du reste de l’Allemagne. Nous encouragerions donc (…) le démembrement en Allemagne .(…) Il serait intéressant de connaître l’opinion du gouvernement soviétique sur cette question.

Molotov : Je dis à M. Eden et à M. Hull que pour toutes les mesures des alliés visant à maximiser la neutralisation de l’Allemagne en tant qu’État agressif, le gouvernement soviétique soutient le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. Est-ce suffisant ou pas assez ?

Eden : Je voudrais savoir ce que vous, Monsieur Molotov, pensez de la question dont nous discutons. À Londres (…) nous sommes arrivés à la conclusion qu’il serait important de connaître votre opinion et celle du Maréchal Staline concernant le démembrement de l’Allemagne (…) le défi présenté ici est de savoir si nous devrions essayer d’utiliser la force (…)

Molotov : Le gouvernement soviétique est probablement en retard dans l’étude de cette question… Nos dirigeants sont maintenant occupés par des problèmes militaires.

Source : « Qui a divisé l’Allemagne en 1945 : ce dont les Allemands et les Russes, devraient se souvenir » par Sergey Brezkun, professeur à l’Académie des sciences militaires.

La conférence de Téhéran entre Joseph Staline, Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill, du 28 novembre au 1er décembre 1943

Le 1er décembre, Roosevelt, durant sa conversation avec Staline, face à face, pendant le petit-déjeuner, a dit : « Allons-nous discuter de la partition de l’Allemagne ? »

Staline a répondu : « Cela ne me dérange pas ». [Il voulait dire que ça ne le dérangeait pas de discuter de la question. Note de l’auteur].

Quand la discussion officielle a commencé, Roosevelt a immédiatement déclaré qu’il aimerait discuter des questions de la Pologne et de l’Allemagne.

Staline a demandé, s’il y avait d’autres sujets pour la discussion.

Roosevelt a immédiatement répondu : « le démembrement de l’Allemagne ».

Selon le dossier sténographique :

Churchill : Je suis pour le démembrement de l’Allemagne. Mais je voudrais examiner la question du démembrement de la Prusse, aussi. Je suis pour la séparation de la Bavière et d’autres provinces d’Allemagne.

Roosevelt : Je voudrais déclarer que j’ai compilé moi-même, il y a deux mois, un plan de démembrement de l’Allemagne en cinq États.

Churchill : La racine du mal en Allemagne, c’est la Prusse.

Roosevelt : La Prusse doit être affaiblie et réduite en taille (…) la deuxième partie (…) doit être établie dans les régions de Hanovre et du Nord-Ouest de l’Allemagne. La troisième partie dans la Saxe et un quartier de Leipzig. La quatrième partie est la province de Hesse, Darmstadt, Kassel et les zones situées au sud du Rhin et la vieille ville de Westphalie. Une cinquième partie en Bavière, Baden, Württemberg. Chacune de ces cinq parties représentera un État indépendant. En outre, la partie de l’Allemagne devrait être attribuée aux zones du canal de Kiel et de Hambourg …

Churchill : Ce que vous avez dit est juste une bouchée (…) Je crois qu’il y a deux questions : l’une destructive et l’autre constructive. J’ai deux pensées. La première est l’isolement de la Prusse (…) la seconde est la séparation des provinces méridionales de l’Allemagne – Bavière, Bade, Würtemberg, Palatinat, de la Sarre à la Saxe incluse (…) Je pense que la province méridionale est facile à séparer de la Prusse et à inclure dans la Confédération du Danube (…)

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Staline est resté silencieux durant cet échange

Staline : Je n’aime pas le projet de nouvelles associations [Staline pensait, bien sûr, à une collection de petits États artificiels, Note de l’auteur]. Peu importe la façon dont nous avons abordé la question du démembrement de l’Allemagne, il n’est pas nécessaire de créer une Association mort-née des pays du Danube. La Hongrie et l’Autriche doivent exister séparément l’une de l’autre (…)

Roosevelt : Je suis d’accord avec le Maréchal Staline (…)

Churchill : Je ne veux pas être interprété comme si je n’étais pas pour le démembrement de l’Allemagne. Mais je voulais dire que si vous divisez l’Allemagne en plusieurs parties, alors, comme l’a dit le Maréchal Staline, le jour viendra où les Allemands se réuniront.

Staline Il n’y a aucune mesure qui éliminerait la possibilité de l’unification de l’Allemagne.

Churchill : Le maréchal Staline préfère-t-il une Europe divisée ?

Staline Qu’est-ce que l’Europe a à voir avec tout cela ? Je ne sais pas s’il faut créer quatre, cinq ou six États allemands indépendants. Ce problème doit être discuté. Mais il est clair pour moi qu’il n’est pas nécessaire de créer de nouvelles unions d’États.

Source : Sergey Kremlev, « Les mythes à propos de 1945, Moscou ». Maison d’édition Eksmo, 2010. Кремлёв Сергей. Date de publication : « Мифы о 1945 годе ». … Издательский дом : Яуза : Эксмо. Год издания : 2010

La conférence de Potsdam, du 17 juillet au 2 août 1945

Extrait des « mémoires du maréchal Joukov ». Georgiĭ Konstantinovich Joukov

Nous avons eu une discussion sérieuse sur la question soulevée, encore une fois, par les délégations des États-Unis et de l’Angleterre, sur le démembrement de l’Allemagne en trois États l’Allemagne du Sud,  l’Allemagne du Nord et l’Allemagne de l’Ouest. Cette question a été soulevée par eux, pour la première fois, à la conférence de Crimée, elle a été rejetée par la délégation soviétique.

À Potsdam, le chef du gouvernement soviétique a de nouveau rejeté la question du démembrement de l’Allemagne.

J.V. Staline avait l’habitude de dire :

« Nous ne devrions pas permettre, par rapport au peuple allemand, cette injustice historique. Le peuple allemand ne serait jamais d’accord avec le démembrement artificiel de sa patrie. Cette proposition, que nous rejetons, est contre nature. Ce que nous devons accomplir, ce n’est pas démembrer l’Allemagne, mais la rendre démocratique et pacifique. »

La délégation soviétique à la conférence de Potsdam a insisté sur l’inclusion d’une disposition dans le document final de la conférence. Cependant, à cause de l’opposition des représentants des puissances occidentales, cette décision a été rejetée. Les organes d’un gouvernement centralisé n’ont pas été établis et l’unification de l’Allemagne sur une base pacifique et démocratique, telle qu’envisagée à Potsdam, n’a pas été réalisée.

C’est Staline qui avait insisté pendant la conférence de Potsdam pour que la résolution suivante soit incluse dans les conclusions :

« Les alliés ne vont pas détruire ou jeter dans l’esclavage le peuple allemand. Les alliés entendent donner au peuple allemand l’occasion de se préparer à poursuivre sa reconstruction sur une base démocratique et pacifique. »

Source : Teheran – Yalta – Potsdam, Collection de documents, compilée par W.P. Sanakoev, BL Cybulski. 2e édition Moscou : Maison d’édition « Relations internationales », 1970. – 416 p.

Le dernier jour de la conférence de Potsdam, Staline a parlé à deux reprises de la nécessité d’un « appareil administratif central pour l’Allemagne » sans lequel « la politique générale contre l’Allemagne est difficile à mener ». [Du point de vue de Staline, l’administration centrale pour l’Allemagne pourrait empêcher les Alliés de diviser le pays, comme ils ont insisté pour le faire. Note de l’auteur].

Le même jour, parlant de la préservation de l’industrie de la Ruhr, Staline a proposé dans le document final de la conférence d’ajouter un procès-verbal disant que la région de la Ruhr devait rester une partie de l’Allemagne.

Quand le ministre des affaires étrangères britannique, Ernest Bevin, a demandé pourquoi Staline avait même mentionné cette question, Staline a déclaré que « l’idée d’une région séparée pour la Ruhr est apparue initialement à partir de la thèse du démembrement de l’Allemagne « , et a ajouté : « Après cela, il y a eu un changement de point de vue sur cette question. L’Allemagne restera un pays uni. La délégation soviétique pose cette question : êtes-vous d’accord pour dire que la région de la Ruhr soit laissée à l’Allemagne ? C’est pourquoi cette question est soulevée ici. »

Truman a accepté. Bevin, dont le gouvernement voulait prendre le contrôle de la Ruhr, a déclaré qu’il devait consulter son gouvernement. Il a également déclaré : « Nous proposons de ne créer aucun gouvernement central allemand pendant un certain temps. »

Source : « L’histoire de l’Allemagne ». Volume 2. « De la création de l’Empire allemand jusqu’au début du XXIe siècle ». Manuel en 3 volumes / éd. par Y. V. Galaktionov. – Moscou: KDU, 2008.

Le premier jour de la conférence de Yalta, le 4 février 1945

En réponse à l’offre de Churchill de discuter du futur de l’Allemagne, et même s’il y en aurait un, Staline répondit brièvement : « L’Allemagne aura un avenir. »

Lorsque la discussion a commencé à Yalta, Staline a déclaré que « Si les alliés ont l’intention de démembrer l’Allemagne, il faut le dire ».

Roosevelt a déclaré le 5 février 1945 que « dans les conditions actuelles « , il ne voit « pas d’autre issue pour l’Allemagne que le démembrement ».

Staline avec son humour noir habituel a demandé :

« Combien de parties ? Six à sept ou moins ? »

Staline a maintenu cette position de principe contre le démembrement de l’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Et cette position devint la position officielle de l’URSS.

L’URSS s’opposait au Plan Morgenthau

Bien que l’Union Soviétique ait souffert plus que les autres du fascisme allemand, elle a pris cependant une position humaine.

Avant le 9 mai 1945, Les États-Unis et les Alliés ont entrepris de nombreuses tentatives pour pousser à la coopération de l’URSS sur la division de l’Allemagne.

Tout d’abord ils ont présenté à Staline le plan Hans Morgenthau de division de l’Allemagne, qui a été approuvé par Churchill et Roosevelt. Staline rejeta ce plan.

Le plan de Morgenthau comprenait le démembrement de l’Allemagne, le transfert sous contrôle international des zones industrielles importantes, l’élimination des industries lourdes, la démilitarisation et la transformation de l’Allemagne en pays agricole.

Ce deuxième plan Morgenthau fut proposé en septembre 1944 à la deuxième conférence du Québec, à laquelle ont participé Winston Churchill et Franklin Roosevelt. Staline n’a pas assisté à cette conférence. Lors de la conférence, un mémorandum fut signé, selon lequel l’Allemagne était supposée devenir un pays à prédominance agricole.

Plus tard, en raison de l’opposition de l’URSS, le plan dans sa forme originale fut rejeté, cependant, dans l’Allemagne d’après-guerre, l’administration US a pris un certain nombre de mesures pour limiter le développement économique (en particulier la directive JCS 1067).

Le 26 mars 1945, lorsque, conformément aux décisions prises à la conférence de Yalta, la commission sur le démembrement de l’Allemagne a commencé ses travaux à Londres, le représentant soviétique à la Commission, FT Gusev, au nom du gouvernement soviétique, a envoyé une lettre au président de la commission consultative européenne Anthony Eden :

« Le gouvernement soviétique ne voit pas la décision de la conférence de Crimée [Yalta] sur le démembrement de l’Allemagne comme un plan obligatoire, mais comme la perspective d’une pression possible sur l’Allemagne pour protéger l’URSS au cas où d’autres moyens devraient se prouver insuffisants. »

À partir de cette déclaration, toutes les discussions effectives sur le démembrement de l’Allemagne avec la participation de l’Union soviétique ont cessé.

Après la Seconde Guerre

Extraits de l’interview de I.V. Staline au correspondant à Moscou du Sunday Times M. Alexander Werth, le 17 septembre 1946. Source : « J. V. Staline  Œuvres ». – Vol. 16. – Moscou : Maison d’édition « Pisatel », 1997. P. 37-39

« En bref, la politique de l’Union soviétique en ce qui concerne la question allemande revient à la démilitarisation et la démocratisation de l’Allemagne. (…) La démilitarisation et la démocratisation de l’Allemagne sont l’une des garanties les plus importantes d’une paix durable et stable. »

Scott Humor

Scott Humor auteur de L’ennemi de l’ÉtatSuivre sur twitter.

Source The Saker

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

via: http://lesakerfrancophone.fr/staline-les-allies-et-le-demembrement-de-lallemagne

https://reseauinternational.net/staline-les-allies-et-le-demembrement-de-lallemagne/