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lundi 29 août 2011

1357 : Scènes de révolution


De retour à Paris, le futur Charles V trouve une ville sous la coupe d'Étienne Marcel, allié à Charles le Mauvais. Le dauphin interdira toute forme de représailles, préférant cicatriser les convulsions révolutionnaires.
Cette année-là, le dauphin Charles, duc de Normandie, futur roi Charles V, dix-neuf ans, assumait la tâche de lieutenant général et gouverneur du royaume, en l'absence de son père le roi Jean II le Bon, fait prisonnier par les Anglais le 19 septembre de l'année précédente après s'être bravement défendu à la bataille de Poitiers. Nous avons également aperçu deux démagogues qui rêvaient de profiter du malheur de la dynastie pour agiter le peuple : le roi de Navarre, comte d'Evreux, Charles le Mauvais, vingt-cinq ans, qui revendiquait le trône de France du chef de sa mère, petite- fille de Philippe le Bel, et le drapier Étienne Marcel, environ cinquante ans, prévôt des marchands de Paris et, à ce titre, nanti de pouvoirs économiques et juridiques, mais aussi militaires.
Frêle et timide
Quand le dauphin Charles était revenu de Poitiers, jeune homme frêle et timide, beaucoup se demandaient comment il pourrait s'imposer. Il avait dû affronter les États généraux, plus arrogants que jamais, qui, sous l'instigation du fourbe Robert Le Coq, évêque de Laon, avaient décidé de libérer Charles le Mauvais, que le roi Jean avait sagement fait arrêter l'année précédente. C'est alors que le dauphin, sûr au moins de l'appui des États de Normandie et du Languedoc, se rendit à Metz pour demander à son cousin l'empereur Charles IV sa médiation entre la France et l'Angleterre en vue de délivrer le roi son père. Succès diplomatique réel. Mais quand il revint (mars 1357), Paris était sous la coupe d'Étienne Marcel, véritable dictateur.
Les États, auxquels les représentants de la province se lassaient de participer, rédigèrent alors des ordonnances, puis établirent un conseil avec Marcel et Le Coq en vue de s'emparer du pouvoir exécutif. Se sentant ainsi ligoté, le dauphin partit chercher de l'aide en Normandie, mais fut bientôt rappelé à Paris par Marcel qui voulait l'amadouer. En fait, Charles le Mauvais (dont les liens avec les Anglais n'étaient pas très nets), entrait bientôt dans Paris et, dès le 30 novembre, haranguait la foule au Pré-aux-Clercs, tandis que Marcel faisait sortir de prison les condamnés de droit commun ! Le dauphin, qui se souciait, lui, d'organiser la défense de Paris contre des foules de mercenaires désoeuvrés, prit aussi la parole (11 janvier 1358) et hardiment !, devant la foule des Halles. La lutte entre les deux Charles (qui, en outre, étaient beaux-frères) allait tourner au désavantage du Mauvais (dont les Parisiens se méfiaient), mais le ton monta, le dauphin ne pouvant évidemment pas accepter qu'on lui imposât une monarchie contrôlée par les bourgeois de Paris.
Étienne Marcel
Ni Le Coq, ni Marcel, ni le Mauvais n'avaient intérêt à ce que la paix fût signée avec l'Angleterre : dès que des envoyés du roi Jean eurent annoncé à Paris qu'un traité était en projet, le trio infernal lâcha le 22 février 3 000 émeutiers sur le palais de la Cité. Le dauphin, terrorisé, fut éclaboussé du sang des maréchaux de Champagne et de Clermont abattus dans sa propre chambre, où Étienne Marcel le força à coiffer le chaperon rouge et bleu (depuis lors les couleurs de Paris…). Sentant que l'on voulait faire de lui le roi d'une révolution, le dauphin n'eut plus qu'à s'échapper de nuit avec l'aide de deux bateliers de la Seine…
À Compiègne, il convoqua les États qui désavouèrent la révolution de Paris, tandis qu'Étienne Marcel soutenait les chefs d'une jacquerie de paysans ravageant les alentours de la capitale. Pour sa part Charles le Mauvais, nommé par Marcel capitaine général de Paris et ne voulant pas s'aliéner la noblesse, écrasa cruellement ces miséreux à Meaux avant de laisser, à Paris même, une bande d'Anglais perpétrer des massacres. Voilà donc Étienne Marcel incapable de maîtriser les violences qu'il avait lui-même engendrées. Il allait offrir la couronne au Mauvais et plaçait déjà à la Porte Saint-Denis les gardes devant ouvrir les portes à ce misérable prince, quand le 31 juillet, il fut abattu au cours d'une rixe avec un bourgeois, Jean Maillart.
Sagesse royale
Le corps du traitre fut jeté à la Seine, tandis que le dauphin, déjà en route pour le Dauphiné, fit demi-tour et entra solennellement dans Paris, veillant à interdire toutes formes de représailles. Le temps des partis était révolu. Puis Jean II le Bon revint à Paris et régna jusqu'en 1364. Déjà l'héritier avait montré ce qu'il serait quand il deviendrait Charles V le Sage, imposant sa souveraineté contre les Anglais et contre Charles le (toujours aussi) Mauvais…
La preuve fut ainsi donnée que la sage hérédité monarchique assurait le triomphe de l'unité nationale et cicatrisait les convulsions révolutionnaires. Quand cent trente-quatre ans plus tard l'on revivrait à Paris les mêmes scènes d'horreur, les “philosophes” seraient hélas passés par là pour donner aux pires exactions la coloration idéologique et libertaire qui paralyserait le roi…
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 5 au 18 mars 2009

dimanche 21 août 2011

1356 : Bravoure royale


Harcelé par les Anglais, tandis qu'un vent de trahison souffle sur le royaume, Jean II le Bon fait face à la débandade de ses armées. Descendant de cheval, il se saisit d'une hache pour combattre seul jusqu'à épuisement.
Cette année-là, la sixième de son règne, Jean II le Bon, trente-sept ans, deuxième roi de la branche des Valois, devait faire face à une situation exécrable, héritée de son père Philippe VI. Le roi d'Angleterre Édouard III, petit-fils par sa mère de Philippe IV le Bel, non seulement prétendait que les Valois lui avaient volé la couronne de France, mais il avait, en 1346 à Crécy, infligé à la royauté française sa première grande défaite.
L'événement avait fortement démoralisé la noblesse, la trahison planait partout, même au sein de la famille royale où le gendre du roi Jean, le puissant et tortueux roi de Navarre, Charles le Mauvais, arrière-petit-fils par sa mère de Philippe le Bel, prétendait au trône, et intriguait partout dans le pays…
L'autre “bataille de Poitiers”
En 1354, le parti de Navarre avait assassiné le connétable de France, Charles de La Cerda. Le roi répondit en séquestrant les nombreux domaines que possédait le Mauvais en Normandie et dans l'Ouest de la France - ce qui eut pour effet de pousser celui-ci dans le camp anglais. Puis un jour le roi parvint par surprise à mettre la main sur ce gendre insupportable en train de dîner secrètement à Rouen chez le jeune dauphin Charles, duc de Normandie (premier prince héritier à porter le titre de dauphin). L'arrestation du Mauvais mit la Normandie, l'Artois, la Picardie en ébullition. Édouard III pensa que l'heure était venue pour lui de s'emparer de la France. Dès 1355, les troupes anglaises se mirent à ravager le Sud-Ouest…
Édouard pouvait compter sur l'aide de grands industriels et commerçants, ainsi que des banquiers florentins ; Jean, lui, n'avait pratiquement pas un sou, ni pour améliorer l'armement, ni pour entretenir des troupes. Le pays rechignait fort à l'idée de payer plus d'impôts. Il fallut s'adresser aux États provinciaux, notamment ceux du Languedoc, les plus fidèles, puis aux États généraux. Quelques taxes furent votées, mais sans grand succès. Puis le roi procéda à des variations monétaires, prit quelques fermes mesures de discipline militaire, institua même un ordre pour redonner aux féodaux le sens de l'honneur. Enfin il décréta le 1er septembre 1355 la mobilisation générale des seigneurs et des troupes soldées.
Une année d'heureuses mais aléatoires escarmouches réduisirent les traitres angevins, mais quand il fallut en septembre 1356 barrer la route de Poitiers au prince de Galles, dit le Prince Noir, remontant du Languedoc (qu'il avait dévasté), les deux armées se trouvèrent face à face près de Maupertuis. Une trêve d'un jour, demandée par le légat du pape Innocent IV, le cardinal de Talleyrand-Périgord, n'eut pour résultat que de permettre aux Anglais de s'organiser. Très vite, le 19 septembre, dans l'armée française, pourtant supérieure en nombre, commandée par deux maréchaux qui ne s'entendaient pas, ce fut le sauve-qui-peut.
C'est alors que l'on vit sur le lieu dit champ Alexandre Jean II le Bon, faisant mettre à l'abri les Enfants de France, descendre de cheval et se saisir d'une hache pour combattre seul jusqu'à épuisement, tandis que son plus jeune fils, Philippe, quatorze ans, futur duc de Bourgogne, revenu à ses côtés, lui criait les héroïques conseils restés célèbres dans la grande histoire (et qui n'ont jamais cessé d'être de circonstance…) : « Père, gardez-vous à droite ! - Père, gardez-vous à gauche ! »
La deuxième bataille de Poitiers de notre histoire fut hélas une grande défaite. Le roi de France, blessé au visage, fut emmené captif en Angleterre, mais au moins avait-il sauvé sa couronne, et sa bravoure lui avait acquis un immense prestige, qui émut même ses vainqueurs. Édouard III le reçut à Bordeaux puis à Londres en souverain.
Royaume orphelin
Toutefois le pays privé de son roi « payait cher cinquante ans d'insubordination et de désordre », comme dit Jacques Bainville. Le jeune et courageux dauphin Charles, à dix-huit ans, avait à faire face à la révolution menée par le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, tandis que Charles le Mauvais était à deux doigts de prendre la couronne. Nous reviendrons dans cette rubrique sur ces faits terribles qui préfigurent déjà 1793.
Le roi, quant à lui, de moins en moins bien traité par les Anglais, dut se résoudre en 1360 à signer sous la contrainte, donc sans engagement moral, le traité de Brétigny, rendant aux Anglais tout le Sud-Ouest français et leur cédant Calais. Quelques années de paix permirent alors à Jean II rentré à Paris de procéder à d'utiles réformes fiscales, notamment de créer le franc, monnaie forte qui allait durer jusqu'en 2002 ! Puis, son fils Louis d'Anjou retenu en otage à sa place s'étant enfui, il revint lui-même à Londres négocier la rançon. Il y mourut le 8 avril 1364, laissant le pays quasi ruiné, mais aux mains du jeune Charles V qui portait tous les espoirs de redressement et qu'on allait bien vite appeler “le Sage”.
MICHEL FROMENTOUX  L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 19 février au 4 mars 2009

samedi 11 décembre 2010

1360 : La naissance du franc

Prisonnier du roi d'Angleterre, Jean II le Bon doit s'acquitter d'une rançon astronomique. Pour en faciliter le règlement, il crée le 5 décembre une nouvelle monnaie, le franc, ainsi nommée pour commémorer sa libération.
Cette année-là, la dixième de son règne, Jean II le Bon, quarante et un ans, rentrait d'Angleterre où il avait été depuis 1356 captif du roi Édouard III à la suite d'une bataille livrée à Poitiers où le roi des lys avait été battu en manifestant une bravoure qui lui avait acquis malgré tout un grand prestige (voir L'AF 2000 du 19 février 2009). Pendant cette longue et douloureuse absence, son fils le dauphin Charles, avait maîtrisé avec un grand courage la véritable révolution fomentée par le drapier Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. Il avait réussi à vaincre cet ambitieux voyou, tout en sauvegardant la souveraineté de la couronne (voir L'AF 2000 du 5 mars 2009).
Le traité de Brétigny
Le roi Jean, donc, était de retour en France, mais toujours captif à Calais. Il avait dû, pour cela, ratifier le 13 juin à la Tour de Londres, sous la contrainte donc sans engagement moral, le très dur traité de Brétigny signé le 8 mai par les représentants des deux rois. Le roi de France rendait aux Anglais tout le Sud-Ouest français et leur cédait Calais. Ces clauses imposées par l'étranger n'avaient nullement atteint l'honneur capétien, bien au contraire ! En revanche, les haines contre l'Anglais en furent cristallisées dans le Midi.
Toutefois pour le roi, encore maintenu à Calais, et pour le dauphin Charles, le souci principal restait la rançon astronomique réclamée par le roi Édouard III : pas moins de trois millions de livres, soit 12,5 tonnes d'or ! Or des années de guerre étrangère et de guerre civile avaient ruiné le royaume ! Dans les quinze jours, de nouvelles taxes furent créées, dont l'impôt sur le sel, la fameuse “gabelle”. Des lettres furent expédiées fixant les cotisations de chaque ville et le délai de leur versement. Les trois ordres, clergé, noblesse, tiers-état, furent imposés sans discrimination. Reims, Rouen, Lille, les cités du Languedoc, Paris, l'abbé de Saint-Denis, versèrent beaucoup ; même le pape Innocent VI, pourtant harcelé dans sa bonne ville d'Avignon par la menace des grandes compagnies, se prit de pitié pour la France et accorda un large prêt. Néanmoins, l'on ne put réunir que les deux tiers du premier acompte : 400 000 écus…
Or, avec l'accord de son père, Charles négociait déjà le mariage de sa petite soeur Isabelle de France, onze ans, avec Jean, fils de Galéas Visconti, coseigneur de Milan, qui n'avait pas encore neuf ans. Celui-ci était infiniment riche, et cette union était une mésalliance. Mais le besoin d'argent était vital pour le roi et pour la France ! Il fallait bien que la famille royale participât au sacrifice de la nation. Galéas offrit 600 000 écus d'or, dont un premier acompte fixé au mois de juillet, le reste au jour de la célébration du mariage bien sûr ultérieurement.
Édouard III gardait quelques otages
Édouard III, toujours prétendant à la couronne de France comprit alors qu'il obtiendrait l'argent de la rançon et, le jour même de l'entrée d'Isabelle à Milan, il vint à Calais rendre sa totale liberté à Jean II. Les deux rois festoyèrent quelques jours et l'on remit à plus tard la discussion des dernières clauses du traité de Brétigny. Toutefois, le roi anglais gardait quelques enfants de Charles en otage jusqu'au paiement total de la rançon !
La souveraineté royale
Pour faciliter le règlement de cette somme, Jean II créa le 5 décembre une nouvelle monnaie, le franc, ainsi nommée pour commémorer sa libération. « Nous avons été délivré de prison et sommes franc et délivré à toujours », déclara-t-il. Ainsi le denier fut appelé franc d'or. La pièce de 3,88 grammes d'or fin, montrait le roi chargeant à cheval selon l'idéal chevaleresque. Cette monnaie allait représenter dès le règne du dauphin devenu Charles V le Sage en 1364 une monnaie stable, garante de la puissance et de l'autorité du souverain, capable de rivaliser avec le florin de Florence qui dominait alors l'Europe. En dépit de bien des vicissitudes, le franc allait symboliser l'indépendance de la France jusqu'à ce que le 17 février 2002, un gouvernement républicain de rencontre se permît de sacrifier le droit essentiel à la souveraineté d'un pays de frapper monnaie, et imposât l'euro apatride, dont le nom est d'une banalité à pleurer. Même dans une France ruinée, Jean II le Bon et son fils avaient, eux, sauvé la liberté de leur pays.
Jean ne profita guère de son affranchissement. Après une visite au pape en Avignon et une tentative d'organiser une nouvelle croisade, il dut revenir à Londres en 1364 renégocier le traité de Brétigny et y prendre la place de son fils Louis, duc d'Anjou qui, lassé d'être otage, venait de s'enfuir. Le roi, modèle de bravoure et de sacrifice, devait y mourir le 8 avril 1364, laissant la succession à Charles lequel était prêt et, avec Du Gesclin, chasserait bientôt les Anglais de France.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 4 au 17 mars 2010