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mardi 24 janvier 2012

« Les touaregs sont le rempart à l’expansion du terrorisme d’Al-Qaida »

La tension monte au Mali. Les Touaregs veulent chasser de leur territoire l’armée et Al-Qaida, qu’ils accusent de collusion. 
Les ONG présentes dans la région ont tiré la sonnette d’alarme. Les enlèvements de ressortissants occidentaux au Sahel ne sont que le symptôme d’une situation qui va en se dégradant. « Le dialogue est rompu. Le pouvoir malien est en train d’envoyer des chars et plusieurs milliers d’hommes sur le terrain dans l’extrême nord. Nous sommes dans la reprise des hostilités entre Bamako et les Touaregs », déclare à la Tribune de Genève Hama Ag Sid’Ahmed, porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).
La mort en août dernier du fondateur du MNLA, Ibrahim Ag Bahanga, vraisemblablement tué dans une embuscade, a nourri la colère des Touaregs. En outre, l’aide promise par l’Etat malien lors de la signature de l’accord de paix, à Alger en 2006, n’est jamais arrivée.
Une région instable
« Nous comptons reprendre notre destin en main », explique le représentant du MNLA. Créée il y a un peu plus d’un an, la nouvelle rébellion touareg du Nord s’est dotée d’une direction politique et d’un commandement militaire. La chute du régime libyen a ramené vers elle des hommes aguerris, qui disposent sans doute d’une partie de l’arsenal militaire qui s’est évaporé dans le désert ces derniers mois. Le reste est tombé entre les mains d’Al-Qaida. La région de l’Azawad a toujours été instable. La première rébellion remonte au début des années 60.
« On veut constituer un gouvernement, une sorte d’Etat qui prendrait en compte tous les aspects politiques, sécuritaires et économiques de la région », poursuit Hama Ag Sid’Ahmed, qui déplore la passivité de la communauté internationale. « Elle a minimisé le problème et tardé à prendre conscience de la gravité de la situation », déplore-t-il. La capture d’otages a changé la donne. Les rebelles touaregs, voient d’ailleurs dans ces enlèvements une raison de plus pour défier le pouvoir malien.
Le représentant du MNLA soutient qu’une partie de l’armée malienne est de connivence avec les groupes terroristes d’Al-Qaida au Maghreb islamiste (AQMI). « Certaines bases d’AQMI se situent à 10 ou 15 kilomètres à peine des bases militaires. Des officiels ont des contacts directs avec les chefs terroristes. Cela, pour faire en sorte d’évacuer les Touaregs de leur territoire », soutient Hama Ag Sid’Ahmed, qui pointe aussi le rôle joué dans la région par les « barons de la drogue ».
Un millier de combattants
Les Touaregs ne sont pas les premiers à dénoncer cette collusion. Désormais, ils ne souhaitent plus être de « simples spectateurs ». « Bamako et AQMI, c’est du pareil au même. Puisque tout le monde tente de nous chasser de la région, nous essayons de nous réorganiser pour récupérer progressivement ce qui nous appartient », explique le porte-parole du MNLA. « Aujourd’hui, les Touaregs restent le seul rempart possible à l’expansion d’AQMI », insiste-t-il.
En octobre dernier, la rébellion a déclaré la guerre à Al-Qaida. Hama Ag Sid’Ahmed reconnaît que certains jeunes Touaregs se sont laissés embrigader par l’AQMI. « Depuis deux mois, nous avons intensifié nos efforts pour les récupérer. Vingt-cinq d’entre eux ont déjà regagné nos rangs », assure-t-il. L’envie d’en découdre est là. Elle répond aussi à une soif de liberté.
« Cela fait vingt ans que les groupes islamistes installent ou tentent d’installer leur autorité à quelques kilomètres de nos maisons, qu’ils interdisent à nos jeunes le plaisir de la musique, et on ne devrait rien faire? Vous savez, cette musique du groupe Tinariwen que vous avez appréciée au festival de Montreux en 2007, elle est interdite par Al-Qaida dans mes montagnes ! » rappelle Hama Ag Sid’Ahmed. Et de compléter: « Notre culture, c’est la tolérance et l’hospitalité, pas les enlèvements. »
Le MNLA disposerait d’un millier de combattants et d’une quarantaine d’officiers touaregs, tous très bien formés. « Nous avions alerté les pays occidentaux il y a plus de quatre ans sur la situation dans la région. Personne n’a voulu nous croire ni nous écouter », déplore Hama Ag Sid’Ahmed, qui lance un ultime appel à la communauté internationale pour qu’elle aide les Touaregs « à sortir de ce chaos et évite l’embrasement de l’ensemble de la région ».
Source du texte : TRIBUNE DE GENEVE

dimanche 28 novembre 2010

L’âge d’or du Sahel


C’est dans la zone contact entre les mondes saharien et sahélien que sont apparus les grands empires urbanisés de l’ouest africain, à savoir le Ghana, le Mali et l’empire Songhai ou empire du Gao. Ils s’y succédèrent, déplaçant leur coeur depuis le fleuve Sénégal jusqu’à l’est de la boucle du Niger.
L’initiative de la création des premières villes commerçantes de la partie septentrionale de la zone sahélienne est probablement due à des Berbères. Les exemples de Tadmakka et d’Aoudaghost semblent le prouver. Fondés pour et par le commerce, les empires sahéliens définirent toujours la même priorité qui fut la défense des fours sahariens et le maintien du monopole des transactions entre l’Afrique du Nord et le Sahel.
Peuplés et dirigés par des Noirs - Soninké au Ghana, Malinké ou Mandingue au Mali, Kanuzi (Nilo-sahariens) au Kanem, Songhai dans l’empire de Gao, etc. - leur développement semble dû aux musulmans qui importèrent une civilisation urbaine au sud du Sahara.
Au XIIe siècle, les Berbères almohades évincent les Berbères almoravides. Avec eux, le Sahel est intégré au monde commercial européo-méditerranéen.
Une grande voie de commerce relie désormais l’Espagne musulmane au Niger.
Les ports d’Afrique du Nord abritent des colonies de marchands catalans, pisans ou génois, qui donnent une impulsion à l’économie marocaine.
Au XIVe siècle, le coeur politique et économique du Sahel commence à se déplacer vers l’est, vers le lac Tchad. La Libye et l’Égypte remplacent le Maroc et le grand axe transsaharien, qui permettait de relier Sidjilmassa-Oualata et le Bambouk ou Oualata-Taoudeni et Tombouctou, s’efface progressivement au profit des pistes orientales qui, par Ghat et Zaouila, conduisent en Libye.
Le monde sahélien va alors peu à peu s’enfoncer dans la torpeur. Son âge d’or est passé.
Son acte de décès est signé par les Marocains qui lancent une expédition militaire à travers le Sahara afin de tenter de rétablir les relations commerciales avec la région du Niger. L’oasis de Tegharza est prise, puis l’empire songhai ; soumis mais il est trop tard, le monde économique ouest-africain a basculé vers le Nord-Est, mais surtout vers le Sud, avec l’installation portugaise sur le littoral africain. Après leur victoire de 1591, les Marocains créent le Pachalik de Tombouctou.
par Bernard Lugan Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 28 du 19 février 1994

mercredi 25 novembre 2009

L’Afrique en partie responsable de ses frontières


Si l’Afrique est aujourd’hui divisée en plus de 50 Etats, les responsabilités de ce fait n’incombent pas aux seuls colonisateurs ; ceux-là avaient, au contraire, créé de vastes ensembles territoriaux : Est africain britannique ou encore, dans le domaine français, l’AEF et l’AOF.
Parmi ces ensembles territoriaux, certains étaient naturellement plus favorisés que d’autres au point de vue économique et c’est pourquoi la France eut l’intention de bien répartir les richesses, les potentialités, afin que tous puissent en profiter.
En 1958, en Afrique noire française, seuls trois pays avaient une balance commerciale excédentaire. Car ils étaient exportateurs de bois, de café et de cacao. Il s’agissait du Gabon, du Cameroun et de la Côte-d’Ivoire. L’indépendance approchant, la France eut l’intention de constituer des ensembles économiques et politiques autour de ces pôles de relative prospérité. Paris proposa alors de regrouper les trois territoires les plus riches avec d’autres, moins bien dotés. Le projet n’eut pas de suite, car les territoires les plus favorisés ne voulurent pas que des régions sans ressources dépendissent de leurs richesses et c’est en partie pourquoi l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui balkanisée.
En outre, à l’époque coloniale, l’existence d’immenses ensembles géographiques unis sous la même administration avait permis de désenclaver l’Afrique centrale et l’Afrique sahélienne. L’exemple du Mali illustre parfaitement cette idée. Le Mali est aujourd’hui étranglé par un enclavement géographique et politique qui lui interdit tout développement en raison des insolubles problèmes de transport et de frontières douanières qui l’assaillent. Toutes ses importations et toutes ses exportations se font en effet par la route, en direction des ports de la façade maritime africaine. Des milliers de kilomètres doivent donc être parcourus et plusieurs frontières franchies, d’où des coûts que l’économie nationale ne peut supporter.
Avant 1960, la situation était totalement différente, car, placé au carrefour de sept territoires relevant d’une seule autorité, l’autorité française, le Mali n’était pas un cul-de-sac comme aujourd’hui, mais une plaque tournante essentielle de l’Ouest africain. Comme bien d’autres pays africains, le Mali a été tué, non par la colonisation, mais par l’indépendance.
Avec l’AOF et l’AEF, la France avait constitué des ensembles viables subdivisés en territoires administrativement autonomes.
Ces derniers n’avaient pas vocation à devenir des "Etats". Et pourtant, l’autonomie administrative accordée par la "loi-cadre" de 1956 fut comprise par les dirigeants africains locaux comme l’encouragement à la balkanisation. Alors que l’autonomie, puis l’indépendance auraient dû être accordées aux fédérations, c’est à leurs composantes qu’elles le furent. Mais la constitution de vastes ensembles régionaux, ou, plus encore, le panafricanisme, n’auraient pas fait disparaître un problème ethnique qui n’aurait été qu’élargi aux limites d’Etats gigantesques encore plus ingérables que les actuels.
De plus, c’est l’OUA et non l’Europe qui, en 1963, décréta que les frontières étaient fixées une fois pour toutes. Le raisonnement des chefs d’Etat africains était que, compte tenu de la fragilité de leurs pays, véritables mosaïques ethniques, toute "retouche" provoquerait des réactions en cascade avec, pour horizon, l’anarchie et la guerre généralisée. C’est pourquoi les sécessions du Katanga et du Biafra furent noyées dans le sang et avec la bénédiction des organisations.
par Bernard Lugan
(22 février 1995)

Texte publié dans Le Libre Journal n°60.