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dimanche 17 juin 2012

Aux origines de la Conférence « de Bilderberg » (1ère partie)

Du 31 mai au 3 juin 2012 s’est tenue à l’hôtel Westfields Marriott de Chantilly (Virginie, Etats-Unis), à une quarantaine de kilomètres de la Maison Blanche et à mi-chemin entre le Dulles International Airport et le siège central de la CIA à Langley, la Conférence annuelle « de Bilderberg ». C’est sous la nouvelle présidence du Français Henri de Castries (Président du Directoire du groupe AXA) et avec la discrétion qui caractérise son organisation et la tenue de ses débats que cette rencontre a réuni cette année encore un peu plus de 145 participants parmi lesquelles MM Josef Ackermann (Chairman de la Deutsche Bank AG), Kenneth Clarke (Membre du Parlement Britannique et Ministre de la Justice), Peter D. Sutherland (Chairman de la banque Goldman Sachs International) ou encore M Henry A. Kissinger, participant de longue date de ces rencontres. A l’occasion de cette soixantième Conférence et pour mieux cerner la nature et les objectifs de celle-ci, remontons le temps jusqu’en mai 1954, moment où eut lieu la première Conférence dite « de Bilderberg ».
JOSEF RETINGER, ARCHITECTE DU « GROUPE DE BILDERBERG »
Intéressons nous tout d’abord à la personnalité de celui que tous, conformément au mots de C. D. Jackson (Général Américain, expert de la Guerre Psychologique ayant servi au Strategic Services durant la Seconde Guerre Mondiale puis devenu Assistant Spécial du Président Eisenhower), considéraient comme « une sorte d’éminence grise de l'Europe » et qui, par son action de père fondateur et de Secrétaire du groupe « de Bilderberg », réussit dans l’après-guerre à fédérer autour de l’idée d’une unification européenne dans le cadre du Traité de l’Alliance Atlantique des personnalités parmi les plus influentes de son temps, tant européennes qu’américaines.
Né le 17 avril 1888 à Cracovie, dans la Pologne autrichienne, Josef Hieronimus Retinger part en 1906 faire ses études à Paris où, fréquentant de nombreux salons et cafés littéraires français, il fera la rencontre d’André Gide, de Giraudoux, de François Mauriac, de Maurice Ravel , ou encore du Marquis Boni de Castellane.
Dès 1917, Josef Retinger s'intéresse activement à la question européenne, nourrissant ses réflexions des théories des fédéralistes britanniques, propagateurs et ardents défenseurs notamment de l’idée d’un gouvernement mondial. Patriote dans l’âme, Retinger s'attachera également à promouvoir, dans une optique fédéraliste, les intérêts de son pays natal, la Pologne, celui-ci étant alors pris en étau entre la Russie et l'Allemagne.
Vers la fin de la Première Guerre Mondiale, ses machinations pour une Pologne libre ayant toutefois fini de le rendre indésirable aux yeux de tous, sa tête sera rapidement mise à prix par les Puissances Centrales et les Alliés lui interdiront l’accès à leur sol. Exilé aux Etats-Unis, il sera jeté pour un temps en prison.
Revenu de ces aventures, Retinger sera durant la Seconde Guerre Mondiale étroitement associé avec le Chef du Gouvernement Polonais en exil, le Général Wladyslaw E. Sikorski et sera notamment l’inspirateur, en 1943, du Comité Interallié des Ministres des Affaires Etrangères à Londres.
A la fin du terrible conflit mondial, peu avant qu’il ne fonde avec son ami M Paul Van Zeeland (Homme d’Etat et ex-Premier Ministre Belge) la Ligue Européenne de Coopération Economique et ne devienne, suite au Congrès de La Haye qu’il co-organisa, Secrétaire du Mouvement Européen et du Comité International de Coordination des Mouvements pour l'Unité Européenne, Josef Retinger tint un discours au Royal Institute of International Affairs le 7 mai 1946 à Londres qui restera dans les annales pour avoir été, dans l’après-guerre, l'un des tous premiers appels en faveur de l'unification politique du Vieux Continent.
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Le 9 décembre 1948, une délégation du Mouvement Européen se rend au quai d’Orsay, à Paris, pour remettre au comité d’étude pour l’Union Européenne créée par les cinq Etats signataires du Traité de Bruxelles un projet d’Assemblée européenne
Le 9 décembre 1948, une délégation du Mouvement Européen se rend au Quai d'Orsay, à Paris, pour remettre au comité d'étude pour l'Union européenne créé par les cinq États signataires du Traité de Bruxelles un projet d'Assemblée européenne. De g. à dr. : Francis Leenhardt (ancien résistant et Député Français), Étienne de la Vallée Poussin (Sénateur Belge et membre de l’Assemblée Consultative du Conseil de l’Europe), Duncan Sandys (gendre de Sir Winston Churchill, Député Britannique puis Ministre d’Etat) , Robert Bichet (Parlementaire Français, Président du Conseil Supérieur du Pétrole et Vice-Président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe), Joseph Retinger, Raoul Dautry (Ministre d’Etat Français et Administrateur Général du Comissariat à l’Energie Atomique) et Henri Brugmans (Président Exécutif de l'Union Européenne des Fédéralistes).
LA METHODE RETINGER
Durant la première partie de l’année 1952, Josef Retinger consulta un certain nombre de ses amis, parmi lesquels MM Paul van Zeeland et Paul Rykens (à l’époque Président du groupe Unilever), et réussit grâce à ces nombreux contacts liés durant la Seconde Guerre Mondiale à réunir un groupe de personnes, parmi les hommes les plus influents dans leurs domaines respectifs et à les amener à prendre un intérêt actif dans ses projets.
La principale difficulté de cette tâche était, selon Retinger, de trouver les personnes les plus appropriées pour jouer un rôle de premier plan.
En mai, le Dr Paul Rykens introduisit Retinger auprès du Prince Bernhard des Pays-Bas. Au cours de leur premier entretien, celui-ci se montra à la fois sympathique et intrigué à l’égard du projet. Josef Retinger pensa au rôle que pourrait jouer le Prince, qu’il avait rencontré brièvement durant la guerre et au Congrès de la Haye en 1948. Celui-ci, fervent défenseur de la cause de l’unité européenne, s’intéressait à la politique et accepta de se joindre à MM van Zeeland et Rykens.
Le groupe s’élargi rapidement et fut rapidement rejoint par M Alcide de Gasperi (Président du Conseil et fondateur du parti Democrazia Cristiana) et l'Ambassadeur Pietro Quaroni pour l'Italie, M Hugh Gaitskell (à l’époque leader du Labour Party) et Sir Colin Gubbins (ex-Chef du Special Operations Executive) pour la Grande-Bretagne, MM Antoine Pinay (Président du Conseil) et Guy Mollet (ex-Ministre d’Etat, devenu chef de fil de l’opposition) pour la France, M Max Brauer (Maire de Hambourg) et le Dr Rudolf Mueller (avocat d’affaires et ancien président de la German Economic Administration de la zone anglaise pour l'Allemagne), MM Panagiotis Pipinelis (Représentant Permanent pour la Grèce auprès de l’OTAN) et M Ole Bjorn Kraft (Ministre des Affaires Etrangères) pour le Danemark.
Une première réunion fut ainsi organisée à Paris le 25 Septembre 1952 et les participants y convînrent de l’urgence d’agir afin d’améliorer les relations entre alliés européens et américains.
Des années plus tard, l'ambassadeur Quaroni, décrira ainsi cette réunion : « Je me souviens de la première réunion à laquelle j'ai été invité. Nous avons été pressés autour d'une très grande table dans une petite pièce. Nous nous sommes accordés sur le principe, mais ne savions pas comment exécuter, organiser les choses, comment trouver les moyens. Rien n'était clair. Des suggestions jaillirent de la bouche de Retinger comme des rafales de mitrailleuses. Elles n'étaient pas toutes excellentes, il est vrai, mais quand l’une d’elles était réfutée, il en tirait dix de plus de sa manche. Il était probablement le seul parmi nous qui ait jamais vraiment étudié la question des deux côtés de l'Atlantique et qui avait des idées précises sur le sujet ».
Après la réussite de cette première réunion, le « groupe » se consacrera durant l’année 1953 à l’établissement de nouveaux contacts ainsi qu’à des consultations, ponctuées d’une série d’autres réunions ainsi que deux visites aux Etats-Unis où, en raison de l’agenda politique (les élections présidentielles s’étant déroulées le 4 novembre 1952), et selon Retinger, « les choses avaient été un peu plus lentes à démarrer ». Un groupe américain fut alors créé et, rapidement, se réunit sous la présidence M John Coleman (Président de la Société Burroughs), assisté par M Joseph Johnson (Directeur de la Fondation Carnegie).
LE GROUPE SE MET AU TRAVAIL
 Ainsi constitué, le groupe réuni autour de Josef Retinger se mit rapidement au travail et dès la fin du mois de janvier 1954, celui-ci s’attela, sur base des notes de MM Gaitskell, Rykens, van Zeeland, du Dr Mueller et de l’Ambassadeur Quaroni, à la rédaction d’un premier rapport relatif aux relations entre l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique.
 Les 7 et 8 février, le « groupe » se réunit de nouveau à Paris, au 12bis Rue Christophe Colomb (8ème arr.), dans l’appartement de M. Kajetan Morawski (ami de Retinger et militant pro-européen, surnommé « Le légendaire ambassadeur de la Pologne libre », il fut l’un des partisans « d’une Europe cuisinée à la française »).
La réunion commença le dimanche 7 février à 16h30, les participants travaillèrent jusqu’à l’heure du dîner et reprirent leurs travaux le lendemain dès 9h30 jusqu’au soir, ne s’arrêtant à peine que pour prendre un déjeuner à la fourchette offert par leur hôte.
 Le 25 février, une réunion du groupe adopta à l’unanimité la version finale du rapport dont, comme il avait été convenu et afin d’éliminer d’avance toute zone de friction côté européen, la note contenant certaines critiques émises par les Américains ne serait transmise qu’à ces derniers.
L’ARAIGNEE TISSE SA TOILE
Durant les mois de mars, avril et jusqu’à la première conférence qui se tiendra fin mai, Josef Retinger va multiplier les contacts et les échanges avec les différents membres du groupe afin de s’assurer du bon déroulement du recrutement des personnalités à inviter lors de celle-ci.
Début mars il rencontre M Harold Macmillan (Ministre d’Etat Britannique dans les cabinets Eden et Churchill) avant d’aller à Paris s’entretenir avec MM Antoine Pinay et Guy Mollet.
Le 28 mars il arrive à Bruxelles pour assister à la réunion du Bureau Exécutif du Mouvement Européen où il s’entretiendra notamment avec M Paul-Henri Spaak (ancien Ministre d’Etat Belge, Président du Mouvement Européen et premier Président de l’Assemblée Générale de l’O.N.U.) et Sir Winston Churchill.
Le 13 avril, S.A.R. le Prince Bernhard des Pays-Bas lui rend visite à Londres afin de lui assurer que « tout est bien en mains pour la conférence Europe-Amérique. »
Début mai, les cartons d’invitations, à en-tête du Palais de Soestdijk et signés de la main du Prince, sont imprimés et envoyés personnellement à la septantaine d’invités qui participeront à cette première conférence.
Le Prince et Retinger se reverront le 15 mai afin de parler des derniers arrangements à prendre avant que celui-ci ne se rende le lendemain à Bruxelles dans l’intention d’en référer à Paul van Zeeland, à qui il écrira pas moins d’une dizaine de lettres durant cette période.
SHOW MUST GO ON…
Cette première conférence se tint donc à l’Hôtel Bilderberg d’Oosterbeek, près d'Arnhem, dans les hautes terres boisées de l'Est des Pays-Bas, les 29, 30 et 31 mai 1954.
Elle réunit un groupe d'hommes d'Etat éminents, de financiers, d’industriels et d’intellectuels des principales nations d'Europe et des Etats-Unis d’Amérique pour la conférence internationalle la plus inhabituelle jamais tenue jusque-là.
Le samedi 29 mai à 10 heures, S.A.R. le Prince Bernhard des Pays-Bas ouvrit cette première journée de rencontre en remerciant tous les participants d’avoir bien voulu répondre à son invitation ainsi que de leur présence à cette conférence qui devrait « permettre un libre échange de vues sur le développement des relations entre les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés de l’Europe Occidentale. »
Dans son discours inaugural, le Prince enjoignit ceux-ci à garder à l’esprit les points suivants :
· « Etant donné que les pays libres de l’Europe, les Etats-Unis et le Canada doivent agir comme une unité, ils devront s’efforcer de penser de même » (nous soulignons) ;
· « Il s’agit d’un processus à long terme. Mais entretemps, nous devons nous efforcer d’éliminer les frictions et les malentendus qui existent dans le monde occidental » (nous soulignons) ;
· « Les peuples de l’Occident doivent devenir plus conscients de leur responsabilités à l’égard du monde entier et (…) nous devons apporter au monde la preuve que notre réponse aux problèmes mondiaux est la bonne. Nous devons offrir au monde une conception de la coopération internationale, de la civilisation et du mode de vie qui permette à tous de trouver une place, y compris ceux qui sont nos adversaires aujourd’hui ».
Après de vifs applaudissements, le Prince laissa la parole aux rapporteurs du groupe afin que ceux-ci exposent aux participants le contenu des premiers rapports qui servirent de base de travail pour la conférence.
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Vue aérienne de l’Hôtel Bilderberg à Oosterbeek
Très vite après, les premiers échanges de vues s’organisèrent. Parmi les interventions marquantes, nous noterons celle de M Gardner Cowles (patron de presse Américain) qui, partant du « fait que, selon lui, les Etats-Unis pour la première fois de leur histoire ne se sentent plus en sécurité » face au « danger réel, important et immédiat pour la civilisation mondiale » (nous soulignons) que représente l’Union Soviétique, il est d’avis que « l’Otan constitue la meilleure protection possible pour l’Europe Occidentale », position sur laquelle il sera rejoint par M Gaitskell.
Certains européens se montrent quant à eux plus nuancés sur ce point, tel M Giovanni F. Malagodi (Député Italien et Directeur de Banca Commerciale Italiana) qui, déplorant « que l’Article 2 du Traité Atlantique, relatif à l’évolution de cette alliance vers une communauté atlantique ait été négligé », ira jusqu’à se plaindre « qu’il n’est pas si facile de jouer le rôle de partenaire secondaire dans l’alliance occidentale ». Ce dernier fit enfin remarquer « qu’on a trop souvent tendance à parler de « leur » plan (« le plan des Américains », ndA) ou de « leurs » idées au lieu de « notre » plan, « nos » idées, concluant, que les grands ne devraient pas vouloir dominer les petits mais que tout devrait être réglé d’un commun accord ».
On peut ici constater une des oppositions fondamentales entre les Etats-Unis et certains de leurs alliés européens sur la question du rapport de force au sein de l’Alliance atlantique, opposition que l’activité du « groupe » doit tenter d’aplanir par son action afin que tous puissent « agir comme une unité » et s’efforcent « de penser de même. »
Après un déjeuner, les échanges de vues se poursuivirent toute l’après-midi.
Parmi ces interventions, celle du Dr H. M. Hirschfeld (Economiste Hollandais), membre du « noyau dur » du « groupe », illustre bien l’état d’esprit « interdisciplinaire » qui règne durant les débats de cette assemblée, tout en dégageant la ligne idéologique derrière laquelle les participants sont attendus à se ranger.
Ainsi, il dit : « Il existe deux systèmes au sein du monde libre, celui de la « libre entreprise » (le système libéral/capitaliste, ndA) et celui de la « sécurité sociale » (le système de l’état-providence/socialiste, ndA). Entre eux, il nous appartient de trouver un juste milieu (la « troisième voie », ndA). » Le Dr Hirschfeld poursuivra son allocution, déclarant avoir « été frappé du fait que jusqu’à maintenant dans la discussion sur la défense contre le communisme on n’ait pas porté attention au rôle joué sur ce point par la religion et les divers communautés confessionnelles car il s’agit là, pour Hirschfeld, d’un des points les plus importants » qu’il regrette d’avoir vu omis jusqu’ici.
Durant ces trois jours, on verra ainsi les interventions se succéder et le discours des membres du « noyau dur » et des quelques intervenants qui y réagissent glisser allégrement du point de vue militaire à celui de l’économie, de la politique ou bien encore du spirituel, dans un esprit de totale communion contre « l’ennemi Soviétique ». Dans ces Mémoires (rédigées par son secrétaire personnel, M John Pomian), Retinger racontera d’ailleurs qu’ « après trois jours à vivre ensemble dans ce lieu isolé, que les participants n’ont quitté qu’une seule fois, lorsque le Prince Bernhard les a invités à un cocktail au Palais Royal tout proche, un lien encore flou mais déjà discernable avait était créé. Une nouvelle entité était née. »
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Photo prise durant la première Conférence « de Bilderberg »
L’EFFET BILDERBERG
Quiconque a déjà assisté à ce « genre » de session sait qu’un panel limité de rapporteurs peut à lui seul diriger et orienter comme bon lui semble les débats d’une « telle » assemblée.
C’est grâce à son côté à la fois « formellement informel » et « informellement formel » (les participants agissant ici à titre privé mais avec la qualité d’expert que leur confère leur fonction) que les Conférences « de Bilderberg » réussirent à fédérer autour de leurs idées tant d’hommes influents de cette époque jusqu’à aujourd’hui.
C’est grâce à cette ambiance si particulière où se mêle solennité et convivialité que les membres du « groupe » réussirent depuis 1954 à amener chaque participant à s’ouvrir à la confidence de tous mais également à se montrer réceptif et à recevoir la parole qui lui était délivrée.
Grâce à l’autorité qui émane de ses rapporteurs ainsi que de son nom, le « groupe de Bilderberg » a su influencer depuis près de soixante ans et dans une majeure partie les intérêts politiques, économiques, sociaux et culturels des peuples d’Europe et d’Amérique.
A ce propos et afin de mieux pénétrer l’esprit et les buts de cette réunion, relisons ensemble ce qu’écrivait Josef Retinger dans une note circulaire aux membres du « groupe » (le « noyau dur ») datée du 5 mai 1954 :
« Il convient de rappeler que la Conférence ne visera pas à élaborer des solutions à chacun des problèmes que doit affronter l’alliance occidentale. (…) Mais la Conférence étudiera les répercussions de ces problèmes sur l’opinion publique et les voies par lesquelles celle-ci peut-être influencée favorablement (nous soulignons).
« Les gouvernements démocratiques peuvent diriger l’opinion de leur pays, mais ils doivent également suivre ses orientations, et c’est pourquoi nous croyons qu’à l’heure actuelle, alors que les gouvernements occidentaux développent tous leurs efforts pour maintenir leur unité, la tâche qui revient en propre aux individus est d’agir sur l’opinion publique de leur propre pays afin de la conduire d’aussi près que possible à la rencontre de celle des autres pays de l’alliance occidentale (nous soulignons). »
EPILOGUE
Depuis 1954, les conférences annuelles « de Bilderberg » ont réunis des centaines de participants issus du monde politique, de la finance, de l’industrie ou encore de la presse.
Grâce à un agenda parfaitement choisi, des rapports minutieusement rédigés afin d’orienter le plus efficacement le panel de participants sélectionnés pour leur influence et leurs « sympathies transatlantiques », et surtout grâce à la renommée de son organisation, le « groupe de Bilderberg » a réussi à guider et à influencer de manière déterminante l’opinion publique et les principaux dirigeants politiques et économiques du « monde occidental » en vue de la construction d’un bloc économique et politique européen dans le cadre d’une interdépendance économique (Plan Marshall) et militaire (OTAN) avec les Etats-Unis.
A travers les origines du « groupe », c’est toute l’ingérence de ces quelques hommes dans les grands évènements de la seconde moitié du XXème siècle et jusqu’à aujourd’hui qui apparaît au grand jour, comme semble nous l’indiquer les grands thèmes inscrits à l’agenda de ces conférences ainsi que les personnalités qui s’y retrouvent pour, chaque année, y communier durant trois jours…

vendredi 17 juin 2011

Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg

Depuis plusieurs années, l’idée s’est répandue que le Groupe de Bilderberg serait un embryon de gouvernement mondial. Ayant eu accès aux archives de ce club très secret, Thierry Meyssan montre que cette description est une fausse piste utilisée pour masquer la véritable identité et fonction du Groupe : le Bilderberg est une création de l’OTAN. Il vise à convaincre des leaders et à manipuler l’opinion publique à travers eux pour la faire adhérer aux concepts et aux actions de l’Alliance atlantique.
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Première réunion du Groupe, à l’hôtel Bilderberg (1954)
Chaque année, depuis 1954, une centaine des plus éminentes personnalités d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord se réunissent —à huis clos et sous très haute protection— au sein du Groupe de Bilderberg. Leur séminaire dure trois jours et rien ne transparait de leurs débats.
Depuis la dislocation de l’Union soviétique, des journalistes se sont intéressés à cette organisation élitiste et secrète. Certains auteurs y ont vu un embryon de gouvernement mondial et lui attribuent les principales décisions politiques, culturelles, économiques et militaires de la seconde moitié du XXe siècle. Une interprétation qu’a relayée Fidel Castro, mais que rien n’est venue confirmer, ni infirmer.
Pour savoir ce qu’est ou n’est pas le Groupe de Bilderberg, j’ai cherché des documents et des témoins. J’ai eu accès à l’intégralité de ses archives pour la période 1954-1966 et à de nombreuses pièces ultérieures, et j’ai pu discuter avec un de ses anciens invités que je connais de très longue date. Aucun journaliste à ce jour, et certainement pas les auteurs à succès qui ont popularisé les clichés actuels, n’a eu accès à tant de documents internes du Bilderberg.
Voici ce que j’ai découvert et compris.

La première réunion

70 personnalités, issues de 12 pays, participent à la première réunion du Groupe. C’est un séminaire de trois jours, du 29 au 31 mai 1954, près d’Arnhem (Pays-Bas). Les invités sont répartis dans deux autres hôtels avoisinants, mais les débats se tiennent dans l’établissement principal qui donna son nom au Groupe.
Les invitations, à en-tête du Palais de Soestdijk, sont sybillines. : « J’apprécierais vivement votre présence au congrès international, sans caractère officiel, qui se tiendra aux Pays-Bas vers la fin du mois de mai. Ce congrès désire étudier un certain nombre de questions d’une grande importance pour la civilisation occidentale et a pour but de stimuler le goodwill et l’entente réciproque grâce à un libre échange de vues ». Elles sont signées du prince consort des Pays-Bas, Bernhard zur Lippe-Biesterfeld, et accompagnées de quelques pages d’informations administratives sur le transport et l’hébergement. Tout au plus y apprend-on que les délégués seront issus des États-Unis et de 11 États ouest-européens, et que 6 séances de travail de 3 heures chacune sont prévues.
Vu le passé nazi du prince Bernhard (qui avait servi dans la cavalerie SS jusqu’à son mariage en 1937 avec la princesse Juliana) et dans le contexte du McCarthysme, il est clair que les « questions d’une grande importance pour la civilisation occidentale  » tournent autour de la lutte contre le communisme.
Une fois arrivé sur place, l’impression des invités est tempérée par les deux présidents de séance : l’entrepreneur états-unien John S. Coleman et le ministre belge sortant des Affaires étrangères Paul van Zeeland. Le premier est un militant du libre-échange, le second est un partisan de la Communauté européenne de Défense (CED) [1]. Enfin, on aperçoit en bout de tribune Joseph Retinger, l’éminence grise des Britanniques. Tout cela laisse à penser que les monarchies hollandaise et britannique ont sponsorisé cette réunion pour soutenir la Communauté européenne de Défense et le modèle économique du capitalisme libre-échangiste face à l’anti-américanisme que promeuvent communistes et gaullistes.
Cependant, les apparences sont trompeuses. Il ne s’agit pas de faire campagne pour la CED, mais de mobiliser les élites pour la Guerre froide.

S.A.R. le prince Bernhard a été choisi pour convoquer ce congrès parce que son statut de prince consort lui donne un caractère étatique sans pour autant être officiel. Il masque le commanditaire : une organisation inter-gouvernementale qui entend manipuler les gouvernements de certains de ses États membres.
John S. Coleman n’est pas encore le président de la Chambre de Commerce des États-Unis, mais il vient de créer le Comité des citoyens pour une politique nationale du Commerce (Citizen’s Committee for a National Trade Policy — CCNTP). Selon lui, le libre-échange absolu, c’est-à-dire le renoncement à tous les droits de douane, permettra aux pays alliés des États-Unis d’accroître leur richesse et de financer la Communauté européenne de Défense (c’est-à-dire de réarmer l’Allemagne et d’intégrer sa puissance militaire potentielle au sein de l’OTAN)
Or, les documents en notre possession montrent que le CCNTP n’a de citoyen que le nom. C’est en réalité une initiative de Charles D. Jackson, le conseiller en guerre psychologique de la Maison-Blanche. L’opération est pilotée en amont par William J. Donovan, l’ancien commandant de l’OSS (le service de renseignement US durant la guerre) désormais chargé d’édifier la branche américaine du nouveau service secret de l’OTAN, le Gladio [2].
Paul van Zeeland n’est pas seulement le promoteur de la Communauté européenne de Défense, c’est aussi un politicien de grande expérience. À la Libération, il a présidé la Ligue indépendante de coopération européenne (LICE) dont l’objectif est de créer une union douanière et monétaire. Cette organisation a été mise en place par Joseph Retinger, déjà cité.
Précisément Retinger, qui fait office de secrétaire du congrès de Bilderberg, a servi durant la guerre dans les services secrets anglais (SOE) du général Colin Gubbins. Aventurier polonais, Retinger s’est retrouvé conseiller du gouvernement Sikorski en exil au Royaume-Uni. À Londres, il a animé le microsome des gouvernements en exil se faisant ainsi le plus beau carnet d’adresse de l’Europe libérée.
Son ami Sir Gubbins a officiellement quitté le service et le SOE a été dissout. Il dirige une petite entreprise de tapis et textiles, qui lui sert de « couverture ». En réalité, aux côtés de son homologue Donovan, il est chargé de créer la branche anglaise du Gladio. Il a participé à toutes les réunions préparatoires du congrès de Bilderberg et est présent parmi les invités, assis à côté de Charles D. Jackson.
À l’insu des participants, ce sont donc les services secrets de l’OTAN qui sont la puissance invitante. Bernhard, Coleman et van Zeeland servent de paravents.
N’en déplaise aux journalistes imaginatifs qui ont cru discerner dans le Bilderberg une volonté de créer un gouvernement occulte mondial, ce club de personnalités influentes n’est qu’un outil de lobbying de l’OTAN pour la promotion de ses intérêts. C’est beaucoup plus sérieux et beaucoup plus dangereux, car c’est l’OTAN qui ambitionne d’être un gouvernement occulte mondial garantissant la pérennité du statu quo international et de l’influence US.
D’ailleurs, la sécurité de chaque réunion ultérieure ne sera pas assurée par la police du pays hôte, mais par les soldats de l’Alliance.
Parmi les dix orateurs inscrits, on relève deux anciens Premiers ministres (Guy Mollet, France et Alcide de Gasperi, Italie), trois responsables du Plan Marshall, le faucon de la Guerre froide (Paul H. Nitze) et surtout un très puissant financier (David Rockefeller).
Selon les documents préparatoires, une vingtaine de participants sont dans la confidence. Ils savent plus ou moins en détail qui sont les tireurs de ficelles et ont rédigé à l’avance leurs interventions. Les moindres détails ont été ajustés et il n’y a aucune part d’improvisation. Au contraire, la cinquantaine d’autres participants ignore tout de ce qui se trame. Ils ont été choisis pour influencer leurs gouvernements respectifs et l’opinion publique de leur pays. Le séminaire est donc organisé pour les convaincre et pour les pousser à s’engager à propager les messages que l’on veut diffuser.
Les interventions ne portent pas sur les grands problèmes internationaux, mais analysent la stratégie idéologique supposée des Soviétiques et exposent la manière dont elle doit être contrée dans le « monde libre ».
Les premières interventions évaluent le danger communiste. Les « communistes conscients » sont des individus qui entendent placer leur patrie au service de l’Union soviétique afin d’imposer au monde un système collectiviste. Ils doivent être combattus. Mais cette lutte est difficile car ces « communistes conscients » sont noyés en Europe dans une masse d’électeurs communistes qui ignorent tout de leurs sombres desseins et les suivent dans l’espoir de meilleures conditions sociales.
Progressivement, la rhétorique se durcit. Le « monde libre » doit affronter le « complot communiste mondial », non seulement de manière générale, mais aussi en répondant à des questions concrètes sur les investissements états-uniens en Europe ou sur la décolonisation.
Enfin, les orateurs en arrivent au problème principal —que les Soviétiques, assurent-ils, exploitent à leur profit— : pour des raisons culturelles et historiques, les responsables politiques du « monde libre » emploient des arguments différents aux États-Unis et en Europe, arguments qui se contredisent parfois. Le cas le plus emblématique est celui des purges organisées par le sénateur McCarthy aux États-Unis. Elles sont indispensables pour sauver la démocratie, mais la méthode choisie est ressentie en Europe comme une forme de totalitarisme.
Le message final, c’est qu’aucune négociation diplomatique, aucun compromis n’est possible avec les « Rouges  ». Il faut empêcher coûte que coûte les communistes de jouer un rôle en Europe occidentale, mais il va falloir ruser : comme on ne peut pas les arrêter et les fusiller, il faudra les neutraliser avec discrétion, sans que leurs électeurs eux-mêmes s’en rendent compte. Bref, l’idéologie qui est développée, c’est celle de l’OTAN et du Gladio. Il n’a jamais été dit que l’on truquerait les élections, ni que l’on assassinerait les tièdes, mais tous les participants ont admis que pour sauver le « monde libre », il faudrait mettre la liberté entre parenthèses.
Bien que le projet de Communauté européenne de Défense (CED) ait échoué trois mois plus tard sous les coups de boutoir des députés communistes et « nationalistes extrémistes » (c’est-à-dire gaullistes) au Parlement français, le congrès fut considéré comme un succès. Malgré les apparences, il n’avait pas pour but de soutenir la création de la CED ou toute autre mesure politique précise, mais de diffuser une idéologie dans la classe dirigeante, puis à travers elle dans la société. Objectivement, les Européens de l’Ouest avaient de moins en moins conscience des libertés dont ils étaient privés et ils étaient de plus en plus informés des libertés qui faisaient défaut aux habitants de l’Europe de l’Est.

Le Bilderberg devient une organisation

Un second congrès est donc organisé en France, du 18 au 20 mars 1955. À Barbizon.
Progressivement l’idée que ces congrès seront annuels et qu’ils nécessitent un secrétariat permanent s’impose. Le prince Bernhard se met en retrait lorsqu’il est pris en flagrant délit de trafic d’influence (scandale Lockheed-Martin). Il cède à l’ancien Premier ministre britannique Alec Douglas Home (1977-80), la présidence qui sera ensuite tenue par l’ancien chancelier et président allemand Walter Scheel (1981-85), l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre Eric Roll (1986-89), l’ancien secrétaire général de l’OTAN Peter Carrington (1990-98), et enfin l’ancien vice-président de la Commission européenne Étienne Davignon (depuis 1999).
Pendant longtemps, le président du Groupe de Bilderberg est assisté de deux secrétaires généraux, un pour l’Europe et le Canada (les États vassaux), l’autre pour les États-Unis (le suzerain), cependant, il n’y a plus qu’un seul secrétaire général depuis 1999.
D’une année sur l’autre, les débats sont très redondants, c’est pourquoi les invités changent. Il y a toujours un noyau dur qui a préparé le séminaire à l’avance et des nouveaux venus à qui l’on inculque la rhétorique atlantiste du moment.
Actuellement, les séminaires annuels rassemblent plus de 120 participants, dont toujours un tiers forment le noyau dur. Ils ont été sélectionnés par l’Alliance en fonction de l’importance de leurs relations et de leur capacité d’influence, indépendamment de leurs fonctions dans la société. Ainsi, ils restent membres du noyau dur lorsqu’ils changent de métier.
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Étienne Davignon, secrétaire général du Groupe de Bilderberg
Conseil d’administration
Banquier suisse, directeur de la Deutsche Bank, vice-président du Forum de Davos.
Roger C. Altman     Banquier états-unien, ancien conseiller des campagnes électorales de John Kerry et Hillary Clinton, directeur de la banque d’affaire Evercore Partners Inc.
Francisco Pinto Balsemão     Ancien Premier ministre socialiste du Portugal (1981-83), président-fondateur du plus important groupe de télévision portugais SIC. (T)
Fran Bernabè     Banquier italien, actuel patron de Telecom Italia (T)
Henri de Castries     Pdg de l’assureur français AXA
Juan Luis Cebrián     Directeur du groupe de presse écrite et audiovisuel espagnol Prisa.
W. Edmund Clark     Banquier canadien, PDF de Toronto-Dominion Bank Financial Group
Kenneth Clarke     Ancien vice président de British American Tobacco (1998-2007), Garde des sceaux et ministre britannique de la Justice, vice-président du Mouvement européen UK.
George A. David     Pdg de Coca-Cola.
Étienne Davignon     Homme d’affaire belge, ancien vice-président de la Commission européenne (1981-85), actuel vice-président de Suez-Tractebel.
Anders Eldrup     Pdg de la société danoise des gaz et pétrole DONG Energy.
Thomas Enders     Directeur d’Airbus.
Victor Halberstadt     Professeur d’économie à l’université néerlandaise de Leiden, il conseille diverses sociétés telles que Goldman Sachs ou Daimler-Chrysler.
James A. Johnson     Financier états-unien, il fut un des principaux responsables du Parti démocrate et un des artisans de l’investiture de Barack Obama. Il est vice-président de la banque d’affaire Perseus.
John Kerr of Kinlochard     Ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, vice-président du groupe pétrolier Royal Dutch Shell (T)
Klaus Kleinfeld     Pdg allemand du géant états-unien de l’aluminium, Alcoa.
Mustafa V. Koç     Pdg de la holding Koç, première entreprise turque.
Marie-Josée Drouin-Kravis     Éditorialiste économique dans la presse écrite et audiovisuelle canadienne. Chercheuse au très militariste Hudson Institute. Elle est la troisième épouse de Henry Kravis.
Jessica T. Mathews     Ancienne directrice des affaires globales au Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis. Actuelle directrice de la Fondation Carnegie.
Thierry de Montbrial     Économiste, directeur-fondateur de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et de la World Policy Conference.
Mario Monti     Économiste italien, ancien commissaire européen à la concurrence (1999-2005), co-fondateur du Spinelli Group pour le fédéralisme européen.
Egil Myklebust     Ancien président du patronat norvégien, directeur de Scandinavian Airlines System (SAS).
Matthias Nass     Directeur adjoint du quotidien allemand Die Zeit
Jorma Ollila     Homme d’affaire finlandais, ancien Pdg de Nokia, actuel président du groupe pétrolier Royal Dutch Shell.
Richard N. Perle     Ancien président du Conseil consultatif de Défense du Pentagone, il est un des principaux leaders des Straussiens (les disciples de Leo Strauss) et à ce titre, une figure majeure du néo-conservatisme.
Heather Reisman     Femme d’affaire canadienne, Pdg du groupe d’édition Indigo-Chapters.
Rudolf Scholten     Ancien ministre autrichien des Finances, gouverneur de la Banque centrale.
Peter D. Sutherland     Ancien commissaire européen irlandais à la concurrence, puis directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce.Ancien directeur de BP. Actuel président de Goldman Sachs International. Ancien président de la section européenne de la Commission trilatérale, et vice-président de l’European Round Table of Industrialists, actuel président d’honneur du Mouvement européen Irlande.
J. Martin Taylor     Ancien député britannique, Pdg du géant de la chimie et de l’agroalimentaire Syngenta.
Peter A. Thiel     Chef d’entreprise états-unien, Pdg de PayPal, président de Clarium Capital Management et à ce titre actionnaire de Facebook.
Daniel L. Vasella     Pdg du groupe pharmaceutique suisse Novartis.
Jacob Wallenberg     Banquier suédois, il est administrateur de nombreuses compagnies transnationales.
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Henry Kissinger, principal responsable des invitations au Groupe de Bilderberg
Membres cachés du noyau dur
Carl Bildt     Ancien Premier ministre libéral de Suède (1991-94), ancien envoyé spécial de l’Union européenne puis de l’ONU dans les Balkans (1995-97, 1999-2001), actuel ministre suédois des Affaires étrangères. (T)
Oscar Bronner     Pdg du quotidien autrichien Der Standard.
Timothy C. Collins     Financier états-unien, directeur du fond de placement Ripplewood. (T)
John Elkann     PDG du groupe italien d’automobile Fiat (son grand-père Gianni Agnelli fut pendant quarante ans un des animateurs du Groupe de Bilderberg. Il a hérité de la fortune familiale après le décès de mort naturelle de son grand-père Giovanni et la mort prématurée de son oncle Edoardo. Cependant, des sources policières sont convaincues que Edoardo a été assassiné après qu’il se soit converti à l’islam chiite, de sorte que la fortune revienne à la branche juive de la famille).
Martin S. Feldstein     Ancien conseiller économique de Ronald Reagan (1982-84), et actuel conseiller économique de Barack Obama. Il a aussi été conseiller de George W. Bush pour le Renseignement extérieur. Il enseigne à Harvard. (T)
Henry A. Kissinger     Ancien conseiller de sécurité nationale des Etats-Unis et secrétaire d’Etat, personnalité centrale du complexe militaro-industriel US, actuel président de la société de conseil Kissinger Associates.
Henry R. Kravis     Financier états-unien gestionnaire du fond de placement KKR. Il est un des principaux collecteurs de fonds du Parti républicain.
Neelie Kroes     Ancienne ministre néerlandaise libérale des Transports, commissaire européenne à la concurrence, et actuelle commissaire à la société numérique.
Bernardino Léon Gross     Diplomate espagnol, secrétaire général de la présidence du gouvernement socialiste de José-Luis Zapatero.
Frank McKenna     Ancien membre de la Commission de surveillance des services de renseignement canadiens, ambassadeur du Canada à Washington (2005-06), vice-président de la Banque Toronto-Dominion.
Beatrix des Pays Bas     Reine de Hollande. Elle est la fille du prince Bernhard.
George Osborne     Ministre britannique des Finances. Ce néo-conservateur est considéré comme un eurosceptique. Il faut comprendre par là qu’il est opposé à la participation du Royaume-Uni à l’Union européenne, mais qu’il est partisan de l’organisation du continent au sein de l’Union.
Robert S. Prichard     Économiste canadien, directeur du groupe de presse écrite et audiovisuelle Torstar.
David Rockefeller     Le patriarche d’une longue lignée de financiers. Il est le plus ancien membre du noyau dur des Bilderbergers. Il est également le président de la Commission Trilatérale, une organisation similaire intégrant des participants asiatiques.
James D. Wolfensohn     Financier australien ayant pris la nationalité états-unienne pour devenir président de la Banque mondiale (1995-2005), aujourd’hui directeur du cabinet conseil Wolfensohn & Co.
Robert B. Zoellick     Diplomate états-unien, ancien délégué au Commerce des États-Unis (2001-05), actuel président de la Banque mondiale.
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David Rockefeller, conseiller du Groupe de Bilderberg
Les Bilderbergers n’engagent pas les entreprises ou institutions dans lesquelles, ils travaillent. Cependant, il est intéressant d’observer la diversité de leurs secteurs d’activité.

Le lobby de la plus puissante organisation militaire mondiale

Au cours des dernières années, le nombre de sujets abordés lors des séminaires annuels a augmenté en fonction de l’actualité internationale. Mais cela ne nous apprend rien, car ces discussions n’ont aucun objet en elles-mêmes, elles sont juste des prétextes pour faire passer des messages. Malheureusement, nous n’avons pas eu accès aux documents préparatoires les plus récents et ne pouvons que supputer sur les mots d’ordre que l’OTAN s’efforce de diffuser via ces leaders d’opinion.
La réputation du Groupe de Bilderberg a conduit certains auteurs à lui attribuer des capacités de nomination. C’est stupide et cela masque les vrais tireurs de ficelles qui se trouvent au sein de l’Alliance atlantique.
Par exemple, on a rapporté que durant la dernière campagne électorale présidentielle aux États-Unis, Barack Obama et Hillary Clinton ont disparu durant une journée, le 6 juin 2008, pour négocier à l’écart la fin de leur rivalité. Ils se sont en réalité rendus au séminaire annuel du Groupe de Bilderberg, à Chantilly (Virginie, USA). Or, le lendemain, Mme Clinton annonçait qu’elle se retirait de la course. Certains auteurs en ont conclu que la décision a été prise au cours de la réunion du Bilderberg. Ce n’est pas logique, dans la mesure où cette décision était certaine depuis trois jours vu le nombre de voix du sénateur Obama au sein du comité d’investiture du Parti démocrate.
Selon notre source, c’est autre chose qui s’est passé. Barack Obama et Hillary Clinton ont conclu à l’écart un accord financier et politique. Le sénateur Obama a renfloué les caisses de sa rivale et lui a offert un poste dans son administration (Mme Clinton a refusé la vice-présidence et a choisi le département d’État) en échange de son soutien actif durant la campagne contre le candidat républicain. Puis, les deux leaders ont été introduits par James A. Johnson au séminaire du Bilderberg où ils ont assuré les participants qu’ils travailleraient ensemble. Depuis longtemps déjà, Barack Obama était le candidat de l’OTAN. M. Obama et sa famille ont toujours travaillé pour la CIA et le Pentagone [3]. De plus, les premiers financements de sa campagne ont été fournis par la Couronne d’Angleterre via l’homme d’affaire Nadhmi Auchi. En présentant le sénateur noir aux Bilderbergers, l’Alliance atlantique organisait à l’échelle internationale les relations publiques du futur président des États-Unis.
De même, on a rapporté que le Groupe de Bilderberg a organisé un dîner impromptu, hors séminaire, le 14 novembre 2009 au Château de Val Duchesse, propriété du roi de Belgique. L’ancien Premier ministre belge Herman von Rompuy y a prononcé un discours. Or, cinq jours plus tard, il fut élu président du Conseil européen. Là encore, certains auteurs en on conclu à tort que le Groupe de Bilderberg était le « faiseur de roi ».
En réalité, le président de l’Union européenne ne pouvait pas être choisi en dehors des cercles de l’OTAN, puisque —rappelons-le— l’Union européenne est issue des clauses secrètes du Plan Marshall. Et ce choix devait être avalisé par les États membres. Ce type de décision nécessite de longues négociations et ne se prend pas lors d’un dîner entre amis.
Toujours selon notre source, le président du Groupe de Bilderberg, Étienne Davignon, a convoqué ce dîner exceptionnel pour présenter van Rompuy à ses relais d’influence. La chose était d’autant plus indispensable que la première personnalité à occuper la nouvelle fonction de président de l’Union était totalement inconnue en dehors de son pays. Au cours du repas, M. Van Rompuy a exposé son programme de création d’un impôt européen pour financer directement les institutions de l’Union sans passer par les États membres. Il restait aux Bilderbergers à clamer partout où ils le pouvaient qu’ils connaissent Herman von Rompuy et attestent de ses qualités pour présider l’Union.
La réalité du Groupe de Bilderberg est donc moins romantique que certains auteurs à succès l’ont imaginée. L’incroyable déploiement de forces militaires pour assurer sa sécurité n’a pas tant pour objet de le protéger que d’impressionner ceux qui y participent. Il ne manifeste pas leur puissance, mais leur montre que la seule vraie puissance en Occident, c’est l’OTAN. Libre à eux de la soutenir et d’être appuyés par elle, ou de la combattre et d’être inexorablement écrasés.
En outre, bien que le Groupe de Bilderberg ait développé à ses débuts une rhétorique anti-communiste, il n’était pas tourné contre l’URSS et n’est pas aujourd’hui tourné contre la Russie. Il suit la stratégie de l’Alliance qui n’est pas un Pacte contre Moscou, mais pour la défense —et éventuellement l’extension— de la zone d’influence de Washington. À sa création, l’OTAN avait espéré intégrer l’Union soviétique, ce qui aurait équivalu à un engagement de Moscou de ne pas remettre en cause le partage du monde issu des conférences de Postdam et de Yalta. Récemment l’Alliance a accueilli le président Dmitry Medvedev au sommet de Lisbonne et lui a proposé que la Russie se joigne à elle. Il ne s’agirait pas alors d’une vassalisation, mais de la reconnaissance du Nouvel Ordre Mondial, dans lequel toute l’Europe centrale et orientale est passée dans l’orbite états-unienne. Une adhésion russe vaudrait en quelque sorte traité de paix : Moscou reconnaitrait sa défaite dans la Guerre froide et le nouveau partage du monde.
Dans ce cas, le Groupe de Bilderberg inviterait des personnalités russes à ses réunions annuelles. Il ne leur demanderait pas d’influer l’opinion publique russe pour l’américaniser, mais pour la convaincre de renoncer définitivement aux rêves de grandeur du passé.

[1] La CED est un projet qui visait à créer une armée européenne intégrée à l’OTAN. Il fut rejeté en 1954 par le Parlement français à l’instigation des Gaullistes et du Parti communiste. Il faut attendre 2010-11 pour que ce projet trouve un début de réalisation avec l’entente franco-britannique au sein de l’OTAN et la guerre de Libye.
[2] « Les armées secrètes de l’OTAN », par Daniele Ganser. Cet ouvrage est publié en feuilleton sur Voltairenet.org.
[3] « La biographie cachée des Obama : une famille au service de la CIA » (2 parties), par Wayne Madsen, Réseau Voltaire, 30 août et 20 septembre 2010.