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jeudi 19 mars 2026

Quand Napoléon rêvait d’envahir l’Angleterre

 

La plus grande charge de cavalerie de l

Ce sont des  milliers d’ouvrages qui retracent régulièrement l’épopée napoléonienne et nous font revivre le fabuleux roman d’aventures de la Grande Armée, qui fit trembler les rois d’Europe jusqu’à Moscou.

Chasseurs, grenadiers, dragons, hussards, cuirassiers ou simples grognards, commandés par de prestigieux maréchaux, ont formé l’invincible instrument qui a accompagné Napoléon jusqu’en 1815, du Camp de Boulogne  à Waterloo, en écrivant les plus fabuleuses pages de l’Histoire de France.

Les hauts faits d’armes s’écrivent en lettre d’or sur les drapeaux de tous ces régiments de l’Empire.

Évidemment, les grincheux ne retiennent de cette glorieuse épopée que le boucher sanguinaire qui a saigné la France, oubliant que Napoléon dut faire face à sept coalitions ourdies par nos ennemis de toujours, les Anglais. À Waterloo, c’est une coalition de dix nations qui affrontait la France.

Mais les grincheux ne comprennent rien et n’intéressent qu’eux-mêmes.

D’ailleurs, l’Histoire ne s’écrit pas avec ces pisse-froid. Ils relisent l’histoire avec leurs lunettes du XXIe siècle, incapables de remonter le temps.

Que peut comprendre un grincheux à la plus grande charge de cavalerie de l’histoire, menée par l’illustre Murat à la tête de 80 escadrons, plus de 8 000 cavaliers, contre les troupes russo-prussiennes, au cours de la bataille d’Eylau en 1807 ?

Imaginez la terre qui gronde sous 32 000 sabots ! Imaginez l’effet sur l’adversaire attendant le choc frontal !

Courage impétueux, honneur et panache, sont la marque de ces héros, toujours prêts à mourir pour l’Empereur et pour la gloire.

Et qui, mieux que Georges Blond, a su nous dépeindre au quotidien ces soldats de l’Empire, à la fois héros et martyrs, pillards ou déserteurs, mais infatigables conquérants pleins de courage, formant l’armée la plus efficace au monde ?

La Grande Armée est née au camp de Boulogne, avec la volonté de Napoléon d’envahir l’Angleterre.

Cette armée d’invasion, c’est l’Armée d’Angleterre, qui deviendra plus tard la Grande Armée, quand elle marchera sur l’Europe, pour se couvrir de gloire à Austerlitz.

Nous sommes en 1805. Voilà des mois que Napoléon a préparé son plan d’invasion de l’Angleterre. Cap sur Deal, à 13 km de Douvres.

140 000 hommes sont stationnés à Boulogne. 80 000 embarqueront le même jour, avec 16 000 chevaux.

Les maréchaux Lannes, Davout, Murat, Soult et Ney sont de la fête.

Et si Napoléon reste persuadé d’écraser l’armée anglaise, simple formalité, il semblerait qu’il ait sous-estimé le risque naval, avec un plan plus qu’audacieux.

Les escadres françaises de Toulon, de Rochefort et de Brest doivent accaparer suffisamment les forces navales anglaises au large, afin de permettre à la flottille de bateaux transportant l’Armée d’Angleterre, de traverser la Manche de nuit sans dommage. Huit heures de mer.

On ne saura jamais comment aurait tourné l’aventure, car avec un rusé renard comme l’amiral Horatio Nelson, la Manche aurait pu se transformer en cercueil pour toute l’Armée d’Angleterre, piégée sur des bateaux sans défense.

En revanche, un anéantissement de l’armée anglaise aurait changé le cours de l’Histoire.

En attendant, au soir du 20 août 1805, Napoléon lance l’ordre d’invasion de la perfide Albion.

Il est temps d’en finir avec cette nation, qui « depuis 10 siècles, opprime la France ».

C’est la joie au sein des régiments. 100 000 hommes trépignent pour embarquer. Avec les 16 000 chevaux ! Napoléon n’a peur de rien.

« Cette fois, ça y est. Pas trop tôt. On s’est assez emmerdé ici. Vivement qu’on voie les habits rouges ! »

« Et  ces putes d’Anglaises ! »

À Montreuil, le maréchal Ney donne un bal, quand un messager transmet l’ordre de l’Empereur.

Aussitôt, les jeunes officiers plaquent leurs cavalières et sautent sur leur cheval pour regagner Boulogne. Pas question de manquer la gloire !

Hélas, le contrordre arrive. L’amiral Villeneuve a fait faux bond. Et plus question d’attendre.

La guerre se déplace à l’Est. Le 26 août, maréchaux et généraux lisent à leurs troupes l’ordre du jour devenu fameux :

« Braves soldats du camp de Boulogne ! Vous n’irez point en Angleterre. L’or des Anglais a séduit l’empereur d’Autriche, qui vient de déclarer la guerre à la France. Son armée a rompu la ligne qu’elle devait garder, la Bavière est envahie. Soldats, de nouveaux lauriers vous attendent au-delà du Rhin. Courons vaincre ces ennemis que nous avons déjà vaincus ! »

Ce sont 200 000 hommes qui se mettent en marche, prenant le nom de Grande Armée, dont les exploits et les souffrances couvriront les pages de 80 000 ouvrages à travers le monde.

Et le 2 décembre 1805, cette Grande Armée entre à jamais dans la légende, avec l’éclatante victoire Austerlitz.

Une victoire que nos poules mouillées au pouvoir n’osent plus célébrer, pour ne pas froisser les minorités ! C’est dire le naufrage moral de ce pays !

Russes et Autrichiens sont laminés. De cette bataille mémorable, étudiée dans bien des académies militaires du monde, retenons deux discours de Napoléon.

L’un très célèbre, à la gloire des grognards. L’autre moins connu, réprimandant un régiment qui a perdu son aigle.

« Soldats ! Je suis content de vous »… »Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire : « J’étais à la bataille d’Austerlitz », pour qu’on vous réponde : « Voilà un brave ».

 Mais face au régiment qui s’était laissé déposséder de son aigle par la Garde russe, Napoléon pouvait être intraitable.

« Où est votre aigle ? Vous êtes le seul régiment de l’armée française à qui je peux faire cette question ! J’aimerais mieux avoir perdu mon bras gauche que d’avoir perdu une aigle ! Elle va être portée en triomphe à Pétersbourg et, dans cent ans, les Russes la montreront avec orgueil. »

« Que ferez-vous pour réparer cette honte ? »

« Il faut qu’à la première occasion votre régiment m’apporte au moins quatre drapeaux ennemis, et alors je verrai si je dois lui rendre son aigle. »

Nul doute que ce régiment ait fait merveille sur les champs de bataille pour laver l’affront et récupérer son aigle.

De 1805 à 1815 la Grande Armée laissera 1 million de morts sur les champs de bataille.

Morts pour rien diront certains. Non, morts en écrivant de belles pages d’histoire, à une époque où la guerre était la norme en Europe.

Une époque où les mots patrie, courage et honneur avaient encore un sens.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/quand-napoleon-revait-denvahir-langleterre/

samedi 25 octobre 2025

[HISTOIRE] 14 octobre 1066 : Hastings, une bataille oubliée des manuels scolaires

 

@Wikimedia
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Le 14 octobre 1066, sur les hauteurs d’Hastings, s’est joué un événement décisif qui a marqué durablement l’Histoire de l’Angleterre médiévale. La France y a tenu un rôle déterminant. Les répercussions de cette bataille ont également profondément transformé le visage politique, culturel et linguistique de l’Europe occidentale. Comprendre cette journée, en saisir le contexte, le déroulement et la portée, c’est se doter d’un regard éclairé sur les débats qui entourent la tapisserie de Bayeux. C’est saisir les enjeux autour de la préservation de ce patrimoine aujourd’hui menacé quand l’enseignement d’Hastings et de ses conséquences tend à disparaître des programmes scolaires au profit de sujets biens différents.

Une course au trône d’Angleterre

Tout commence le 5 janvier 1066, lorsque le roi d’Angleterre Édouard le Confesseur meurt sans laisser d’héritier direct. Le trône d’Angleterre attire alors plusieurs prétendants, chacun armé de ses propres arguments Le premier est Harold Godwinson, puissant comte du Wessex et figure influente parmi la noblesse saxonne, qui ne perd pas de temps et se fait couronner quelques jours après la disparition d’Édouard. De l’autre côté de la Manche, Guillaume, duc de Normandie, surnommé « le Bâtard », revendique lui aussi la couronne, se fondant sur sa parenté avec le défunt roi et sur une bénédiction reçue par le pape Alexandre II. Fort de cela, Guillaume prépare ainsi une expédition militaire d’envergure pour conquérir ce qu’il considère comme son héritage.

Cependant, un nouveau prétendant vient entrer dans le jeu. En effet, le roi de Norvège, Harold, vient lui aussi revendiquer la couronne d’Angleterre en vertu d’anciens accords. Si Harold ne veut pas être pris en étau par ses deux rivaux, il doit agir vite.

Pour y arriver, il se précipite dans le nord afin de défaire les Vikings à Stamford Bridge, en septembre. Fort de cette première victoire, Harold fait marcher en hâte vers le sud ses 7.000 hommes pour contrer l’invasion normande. En effet, Guillaume vient de débarquer dans le Sussex avec une armée estimée à environ 7.500 fantassins et 2.000 chevaux, selon l’historien Paolo Cau, spécialiste de l'Histoire militaire (Les 100 plus grandes batailles de l'Histoire, Éditions Place des Victoires). Le 14 octobre, les deux camps se font ainsi face sur les collines de Senlac, près d’Hastings, pour une confrontation décisive qui scellera le destin de l’Angleterre et de son roi.

Hastings, une colline à conquérir

Au matin du 14 octobre, Harold occupe une position défensive avantageuse, ses troupes formant un mur de boucliers au sommet d’une colline. Les Normands, obligés d’attaquer en montée et donc épuisés, subissent d’abord de lourdes pertes. La discipline saxonne et la solidité de la formation tiennent tête aux premières vagues des troupes de Guillaume.

Ce dernier adapte alors sa stratégie : il ordonne des feintes de retraite qui attirent des groupes de Saxons hors de leur ligne fortifiée. Désorganisées, ces unités sont ensuite massacrées par des contre-charges de cavaliers. Ainsi, au fil de la journée, le mur de boucliers se fragilise sous les assauts répétés et les volées de flèches. L’une d’entre elle atteint même Harold au visage. Affaibli, il devient la cible des cavaliers de Guillaume qui le pourfendent. Sa mort entraîne alors la désorganisation de l’armée anglaise. La victoire de Guillaume, méritant bien son surnom de Conquérant, est totale.

Une dynastie française sur le trône d’Angleterre

Le succès de Guillaume a de profondes conséquences. Pour la première fois, une dynastie d’origine française s’installe sur le trône d’Angleterre : le Conquérant est couronné roi à Westminster le 25 décembre 1066. L’Angleterre devient alors une double entité politique, à la fois royaume indépendant et possession personnelle d’un vassal du roi de France.

En effet, le duché de Normandie reste officiellement sous l’autorité féodale du roi de France, malgré le fait que son titulaire soit désormais roi d’Angleterre. Cette situation va engendrer deux siècles de rivalités et de conflits qui atteindront leur apogée lors du duel entre les Capétiens et les Plantagenêts.

Sur le plan culturel et linguistique, la conquête provoque un véritable choc. La noblesse anglo-normande se met à parler et à écrire en français, langue de la cour, de l’administration et de la justice, tandis que la population anglaise conserve sa langue vernaculaire saxonne. Cette situation influencera profondément l’évolution de la langue anglaise, qui intégrera des milliers de mots d’origine française.

Les rivalités sociales entre les anciens seigneurs saxons et la nouvelle aristocratie normande nourrissent également, pendant des décennies, un climat de méfiance et de tensions politiques, une idée parfaitement reprise et illustrée par le Ivanhoé de Walter Scott.

Enseigner Hastings aujourd’hui

La bataille d’Hastings n’est pas un simple épisode militaire : elle constitue un véritable pivot historique entre la France et l’Angleterre. Son héritage se lit encore aujourd’hui dans les institutions, les langues, les dynasties et les structures politiques européennes. Pourtant, cet événement majeur tend progressivement à s’effacer des programmes scolaires en France, à l’inverse de l’Angleterre, aussi bien au collège qu’au lycée, comme le soulignent plusieurs enseignants auprès de Boulevard Voltaire, au profit de thématiques moins centrées sur notre Histoire nationale. Cela n’interdit pas heureusement aux professeurs, notamment dans le hors-contrat, de l’évoquer, mais le programme en fait un savoir optionnel plutôt que fondamental.

Enseigner Hastings, c’est donner aux citoyens les outils pour comprendre les liens profonds entre la France et l’Angleterre, mais c’est aussi affirmer que notre Histoire française et notre gloire militaire dépassent nos frontières. La controverse récente autour de la tapisserie de Bayeuxchef-d’œuvre médiéval illustrant la conquête du duc Guillaume, en est une parfaite illustration.

Eric de Mascureau

vendredi 25 juillet 2025

La France auxiliaire anglo-saxon, l’ombre portée du passé russe

 

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Alors que Dmitri Medvedev évoque ouvertement l’idée de frappes préventives contre l’Occident, les tensions entre la Russie et les puissances occidentales ne cessent de s’aggraver. La France, autrefois connue pour son autonomie diplomatique, semble désormais pleinement alignée sur les intérêts anglo-saxons. Cet alignement, renforcé depuis l’ère Macron, s’inscrit dans une continuité historique d’influence américaine sur les institutions françaises.

La subordination française en pleine lumière

Plusieurs affaires récentes en témoignent. En 2015, les révélations sur les écoutes de la NSA ont confirmé que les présidents Chirac, Sarkozy et Hollande avaient été espionnés¹. Cette opération, dénoncée par l’Élysée comme "inacceptable", n’a donné lieu à aucune véritable sanction ni rupture d’alliance.

L’affaire Uber révèle comment Emmanuel Macron, alors ministre, a facilité l’entrée du géant américain des VTC en contournant les règles françaises². Le programme Young Leaders, soutenu par l’État français, façonne depuis des décennies une élite politico-économique favorable à l’intégration transatlantique³. Macron, membre en 2012, y a côtoyé nombre de figures politiques et économiques aujourd’hui aux responsabilités.

Enfin, l’affaire Alstom–General Electric incarne le cœur du problème. L’arrestation de Frédéric Pierucci par le FBI, en vertu du Foreign Corrupt Practices Act, a facilité le démantèlement d’un fleuron stratégique français⁴. Cette manœuvre judiciaire, relayée par une classe dirigeante peu combative, illustre la guerre économique menée par Washington avec la complicité passive de Paris.

Une hostilité téléguidée

Dans ce contexte, la posture hostile de la France vis-à-vis de la Russie apparaît moins comme une stratégie souveraine que comme le prolongement d’une logique d’alignement. Paris s’inscrit dans une campagne plus vaste visant à contenir la Russie, perçue comme un obstacle à l’hégémonie atlantiste.

La Russie, victime d’un vieux piège

La Russie n’a pas toujours été dans une logique de confrontation. Elle aussi a longtemps été utilisée comme auxiliaire des ambitions anglo-saxonnes. Sous le tsar Paul Ier, elle s’engage dans la Seconde Coalition contre Napoléon, livrant des batailles coûteuses comme la Trebbia ou Novi⁵, pour finalement se voir marginalisée par ses alliés. Déçu, Paul Ier envisage une alliance avec la France, qu’il ne pourra concrétiser, assassiné en 1801⁶ dans des circonstances encore controversées.

Au XIXe siècle, la rivalité impériale avec la Grande-Bretagne prend la forme du « Grand Jeu » en Asie centrale⁷. Moscou cherche à étendre son influence vers le sud, mais Londres multiplie les contre-mesures pour protéger ses intérêts en Inde. En Crimée (1853–1856), la Russie affronte une coalition anglo-française soucieuse de préserver l’Empire ottoman et l’accès britannique à la Méditerranée⁸. Plus tard, la guerre russo-japonaise de 1905 se solde par une défaite humiliante pour Saint-Pétersbourg, soutenue indirectement par les intérêts anglo-saxons alliés au Japon⁹.

Une mémoire à réveiller

Cette longue histoire d’instrumentalisation, de trahisons et de marginalisations pourrait nourrir une certaine compréhension entre nations aujourd’hui opposées. Si la Russie résiste aujourd’hui à l’hégémonie occidentale, elle fut hier l’auxiliaire docile d’un empire maritime sans scrupules. De même, la France, naguère indépendante, subit désormais les mêmes logiques d’influence que Moscou au siècle dernier.

Une reconnaissance croisée de ces trajectoires pourrait jeter les bases d’un dialogue plus lucide. Il ne s’agirait plus d’alliances de circonstance, mais d’un équilibre exigeant entre nations conscientes de leur passé, déterminées à ne plus servir de marchepieds à une puissance déclinante.

Notes de fin (liens copiables dans Word) :

  1. Écoutes de la NSA : https://www.france24.com/fr/france/20220710-uberfiles-une-enqu%C3%AAte-journalistique-r%C3%A9v%C3%A8le-des-liens-privil%C3%A9gi%C3%A9s-entre-macron-et-l-entreprise

  2. Affaire Uber : https://www.france24.com/fr/france/20220710-uberfiles-une-enqu%C3%AAte-journalistique-r%C3%A9v%C3%A8le-des-liens-privil%C3%A9gi%C3%A9s-entre-macron-et-l-entreprise

  3. Young Leaders : https://www.french-american.org/programmes-et-evenements/young-leaders/

  4. Alstom / Pierucci : https://www.lajauneetlarouge.com/soupcons-sur-la-vente-dalstom-energie-a-ge/
    – Biographie de Frédéric Pierucci : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Pierucci

  5. Campagnes de 1799 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_Trebbia_(1799)

  6. Assassinat de Paul Ier : https://www.herodote.net/almanach-ID-572.php

  7. Le Grand Jeu : https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Jeu_(g%C3%A9ostrat%C3%A9gie)

  8. Guerre de Crimée : https://www.herodote.net/Francais_et_Anglais_cote_a_cote-synthese-154.php

  9. Alliance anglo-japonaise : https://www.britannica.com/topic/Anglo-Japanese-Alliance

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lundi 17 mars 2025

Londres louche aussi sur les minerais ukrainiens

 

par Mark Curtis

Il n’y a pas que Trump. Le Royaume-Uni considère aussi les minéraux critiques comme une priorité gouvernementale et souhaite ouvrir les vastes ressources de l’Ukraine aux entreprises britanniques.

Lorsque les responsables britanniques ont signé un partenariat de 100 ans avec l’Ukraine à la mi-janvier, ils ont affirmé être le «partenaire privilégié» de l’Ukraine dans le développement de la «stratégie des minéraux essentiels» du pays.

Pourtant, un mois plus tard, Donald Trump a présenté au président ukrainien Volodymr Zelensky une proposition visant à accéder aux vastes ressources minérales du pays en «compensation» du soutien américain à l’Ukraine dans la guerre contre la Russie.

Whitehall n’a guère apprécié l’ingérence de Washington.

Lorsque le ministre des Affaires étrangères David Lammy a rencontré Volodymr Zelensky à Kiev le mois dernier, il aurait soulevé la question des minéraux, «signe que le gouvernement de Starmer tient toujours à accéder aux richesses de l’Ukraine», a rapporté iPaper.

Lammy affirmait plus tôt, dans un discours prononcé l’année dernière :

«Observez le monde. Les pays se battent pour accéder aux minéraux rares, tout comme les grandes puissances se sont autrefois disputées le contrôle du pétrole».

Le ministre britannique des Affaires étrangères avait raison, mais la Grande-Bretagne est l’une de ces puissances, et l’Ukraine l’un des principaux pays que les responsables britanniques – ainsi que l’administration Trump – envisagent de contrôler.

La raison en est évidente. L’Ukraine compte environ 20 000 gisements de minéraux couvrant 116 types de ressources telles que le béryllium, le manganèse, le gallium, l’uranium, le zirconium, les métaux rares et le nickel.

Le pays, dont l’économie a été dévastée par la guerre, possède également l’une des plus grandes réserves de graphite au monde, les plus grandes réserves de titane d’Europe et un tiers des gisements de lithium du continent.

Ces ressources jouent un rôle clé dans des secteurs tels que la production militaire, la technologie de pointe, l’aérospatiale et les énergies vertes.

Ces dernières années, le gouvernement ukrainien a cherché à attirer les investissements étrangers pour développer ses ressources minérales stratégiques, a signé des partenariats et organisé des forums d’investissement pour présenter ses opportunités minières.

Le pays a également commencé à mettre aux enchères des permis d’exploration pour des minéraux tels que le lithium, le cuivre, le cobalt et le nickel, offrant ainsi des opportunités d’investissement lucratives.

Les médias répètent en boucle que l’engagement du gouvernement britannique en Ukraine consiste à résister à l’agression. Mais Whitehall a, ces dernières années, redoublé d’intérêt pour l’accès aux minéraux rares dans le monde, notamment en Ukraine.

«Les métaux rares ont la cote»

Nusrat Ghani, ministre du Commerce du gouvernement de Rishi Sunak, a tenu au moins 10 réunions consacrées aux ressources et minerais stratégiques en 2023 et au premier semestre 2024, selon les dernières statistiques gouvernementales.

Parmi les entreprises contactées, on retrouve les géants miniers britanniques Rio Tinto et Anglo American, le groupe d’armement BAE Systems et le lobbyiste militaire aérospatial ADS.

On ne sait pas si l’Ukraine a fait l’objet de ces discussions, mais une autre entreprise de premier plan rencontrée par Ghani pour discuter des «filières d’approvisionnement en minerais» était Rothschild, qui détient des intérêts importants en Ukraine.

Ghani s’est entretenue avec le cabinet de conseil international basé à Paris en avril 2023, tandis que son successeur Alan Mak a fait de même l’année suivante, en mai. Mak a rencontré l’entreprise «pour discuter de l’activité de Rothschild dans le domaine des minerais rares» selon les données.

La société a été invitée à la Conférence sur la reprise de l’Ukraine de 2023 qui s’est tenue à Londres et est membre du Partenariat financier Royaume-Uni-Ukraine. Elle est également le principal conseiller du ministère ukrainien des Finances depuis 2017.

Rothschilds, dont le conseil d’administration compte l’ancien conseiller britannique à la Sécurité nationale Lord Mark Sedwill, a investi pas moins de 53 milliards de dollars en Ukraine.

«Partenariat anglo-ukrainien»

Dans un article récemment publié dans Unherd, le chercheur Sang-Haw Lee cite les propos d’un haut responsable travailliste selon lesquels le Royaume-Uni a mené des négociations approfondies tout au long de l’année dernière pour obtenir un accès exclusif aux ressources minières ukrainiennes, mais qu’il n’a pas reçu le soutien adéquat du gouvernement.

D’autres réunions ont été rendues publiques. En avril dernier, deux éminents parlementaires britanniques ont rencontré à Londres l’une des plus grandes sociétés d’investissement minier d’Ukraine pour discuter d’un «partenariat anglo-ukrainien dans le domaine de l’extraction de minéraux critiques».

BGV Group, qui a investi 100 millions de dollars dans des projets miniers ukrainiens, s’est entretenu avec Lord Martin Callanan, alors ministre de l’Énergie, et Bob Seely, alors député conservateur siégeant à la commission des affaires étrangères du Parlement.

La société recherche des investisseurs pour ses activités liées au graphite et au béryllium et a déclaré dans un communiqué de presse que «l’Ukraine possède tous les atouts pour devenir l’un des principaux fournisseurs de la Grande-Bretagne en minéraux essentiels aux technologies de pointe et à la transition vers les énergies vertes».

«En tant qu’allié européen de l’Ukraine, le Royaume-Uni pourrait tirer parti de sa position forte au sein de l’OTAN pour aider à sécuriser les sites miniers et les réseaux logistiques», écrit Andriy Dovbenko, fondateur de UK-Ukraine TechExchange.

«D’immenses ressources»

Le Ukraine Business Guide du gouvernement britannique note que «l’Ukraine dispose de formidables ressources» et «d’une abondante réserve de minerais de fer, de manganèse, de charbon et de titane».

S’assurer l’accès aux minerais rares a certainement été une priorité majeure à Whitehall au cours des trois dernières années.

Le Royaume-Uni a élaboré sa toute première stratégie sur les minéraux critiques en 2022 et l’a actualisée l’année suivante. Elle identifie les 18 minéraux «hautement prioritaires» pour le Royaume-Uni, dont plusieurs en Ukraine, tels que le graphite, le lithium et les métaux rares.

La stratégie du Royaume-Uni vise, entre autres, à «soutenir les entreprises britanniques pour favoriser leur implantation à l’étranger» via les filières d’approvisionnement de ces minéraux et à «promouvoir Londres comme la capitale mondiale de la finance responsable pour les minéraux rares».

Dans le cadre de sa stratégie relative à ces minéraux, le gouvernement a mis en place un groupe de travail, appelé Task & Finish, chargé d’analyser les risques pour l’industrie britannique, et composé de représentants de BAE, Rio Tinto et ADS. Le groupe souligne que le titane, les métaux rares, le cobalt et le gallium comptent parmi les minéraux présentant un risque d’approvisionnement pour le secteur militaire britannique.

Le Royaume-Uni a également lancé le Critical Mineral Intelligence Centre et créé un comité d’experts sur les minéraux rares chargé de conseiller le gouvernement.

Un rapport de la commission des affaires étrangères sur les métaux rares publié en décembre 2023 a conclu que «le Royaume-Uni ne peut se permettre la moindre vulnérabilité dans des secteurs d’approvisionnement d’une telle importance stratégique».

Signe révélateur des préoccupations du gouvernement, ce dernier a déclaré qu’il «veillera à ce que la question des terres rares soit intégrée» dans les accords de libre-échange qu’il négocie avec plusieurs pays.

«Structures régulatrices»

Accéder aux ressources minérales à l’étranger dépend souvent de l’assouplissement des réglementations gouvernementales pour favoriser les accords favorables aux entreprises étrangères.

La déclaration de partenariat, d’une durée de 100 ans, engage le Royaume-Uni et l’Ukraine à «soutenir le développement d’une stratégie ukrainienne en matière de minéraux rares et des infrastructures réglementaires nécessaires pour maximiser les bénéfices tirés des ressources naturelles de l’Ukraine, par la création éventuelle d’un groupe de travail conjoint».

L’objectif principal du partenariat est de «favoriser un environnement plus propice aux investissements du secteur privé dans la transition vers les énergies propres» et «d’attirer les investissements des entreprises britanniques dans le développement des énergies renouvelables».

Plus généralement, les deux partenaires «travailleront ensemble pour stimuler et moderniser l’économie ukrainienne en accélérant les réformes destinées à attirer les financements privés» et «renforcer la confiance des investisseurs».

Comme Declassified l’a récemment montré, l’aide britannique à l’Ukraine est axée sur le soutien à ces réformes favorables au secteur privé et sur la pression exercée sur le gouvernement de Kiev pour qu’il ouvre son économie aux investisseurs étrangers.

Les documents du ministère des Affaires étrangères relatifs à son projet phare d’aide à l’Ukraine, en faveur de la privatisation, notent que la guerre offre à l’Ukraine des «opportunités» pour mener à bien «des réformes capitales».

Le Royaume-Uni soutient un projet intitulé SOERA (State-owned enterprises reform activity in Ukraine), financé par l’USAID, avec le ministère britannique des Affaires étrangères comme partenaire secondaire.

Le SOERA s’efforce de «faire progresser la privatisation de certaines entreprises publiques et de développer un modèle de gestion stratégique pour les entreprises publiques conservées par l’État».

Des documents britanniques indiquent que le programme a déjà «jeté les bases» de la privatisation, dont l’un des éléments clés est la modification de la législation ukrainienne.

«Le SOERA a travaillé main dans la main avec le gouvernement ukrainien et a proposé 25 textes de loi, dont 13 ont été adoptés et mis en œuvre», indiquent les documents les plus récents.

«Rivalités géostratégiques»

La politique étrangère et les guerres du Royaume-Uni s’expliquent en grande partie par l’intérêt de Whitehall à faire main basse sur les ressources de pays étrangers.

L’invasion de l’Irak en 2003 a été essentiellement motivée par le pétrole, tandis que la guerre brutale menée par le Royaume-Uni en Malaisie dans les années 1950 avait pour principal enjeu le caoutchouc. Le soutien de la Grande-Bretagne à l’Afrique du Sud de l’apartheid ne se justifie que par l’intérêt du Royaume-Uni à l’accès aux immenses ressources minérales de l’Afrique du Sud.

Mais la principale préoccupation concerne désormais la Chine, plus grand producteur de 12 des 18 minéraux considérés comme cruciaux par le Royaume-Uni.

Les principales prévisions géopolitiques du ministère de la Défense, ses «Global Strategic Trends», publiées l’année dernière, mentionnent à 57 reprises les minéraux, notant qu’ils «prendront une importance géopolitique croissante» et pourraient mener à «de nouvelles rivalités et tensions géostratégiques».

La stratégie internationale de Whitehall sur les ressources, et sa ruée vers celles de l’Ukraine, vont façonner la politique étrangère du Royaume-Uni et contribuer aux conflits internationaux futurs.

source : Declassified UK via Spirit of Free Speech

https://reseauinternational.net/londres-louche-aussi-sur-les-minerais-ukrainiens/

dimanche 9 février 2025

Le Royaume-Uni et les États-Unis attendront «que l’Allemagne soit mortellement blessée par l’offensive russe»

 

par Alexander Samsonov

Préhistoire

Les dirigeants des grandes puissances se sont réunis à Téhéran pour résoudre un certain nombre de questions difficiles liées à la poursuite de la guerre contre l’Allemagne nazie, à la structure de l’Europe d’après-guerre et à l’entrée de l’URSS dans la guerre avec le Japon.

Nous avons d’abord dû décider où se tiendrait la conférence. En Europe occidentale, il n’y avait nulle part où il était dangereux de tenir une réunion des Trois Grands. Les Américains et les Britanniques ne souhaitaient pas tenir la conférence sur le territoire soviétique. En août 1943, Moscou fut informée que ni Arkhangelsk ni Astrakhan n’étaient aptes à une telle conférence. Roosevelt et Churchill ont proposé une réunion à Fairbanks, en Alaska.

Staline a refusé de quitter Moscou pour parcourir une si longue distance à un moment aussi tendu. Le dirigeant soviétique a proposé de tenir une réunion dans un État où se trouvent des représentations des trois puissances, par exemple en Iran. Outre Téhéran, le Caire (proposé par Churchill), Istanbul et Bagdad étaient considérées comme des «capitales de conférence». Nous nous sommes installés à Téhéran, car à ce moment-là elle était contrôlée par les troupes soviétiques et britanniques, et il y avait aussi un contingent américain.

L’opération iranienne (Opération «Concord») a été menée par les troupes anglo-soviétiques fin août – première quinzaine de septembre 19411. Les forces alliées ont occupé l’Iran pour un certain nombre de considérations militaro-stratégiques et économiques. L’URSS et l’Angleterre ont éliminé préventivement une tête de pont potentielle du Troisième Reich et ont mis sous contrôle les gisements de pétrole iraniens. En outre, les Russes et les Britanniques ont créé un couloir de transport vers le sud par lequel les alliés pourraient soutenir la Russie dans le cadre du programme de prêt-bail.

Les unités de l’Armée rouge occupent le nord de l’Iran. Les troupes britanniques contrôlaient les provinces du sud-ouest de l’Iran. Les troupes américaines, sous prétexte de protéger les marchandises livrées à l’Union soviétique, entrent en Iran à la fin de 1942. Sans aucune formalité, les Américains occupent les ports de Bandar Shahpur et Khorramshahr. Une importante ligne de communication traversait désormais le territoire iranien, par laquelle les marchandises stratégiques américaines étaient transférées vers l’URSS.

En général, la situation en Iran, bien que difficile, était sous contrôle. Le 182e régiment soviétique de fusiliers de montagne était stationné dans la capitale perse et gardait les installations les plus importantes (avant le début de la conférence, il fut remplacé par une unité plus entraînée). La plupart des Perses ordinaires traitaient le peuple soviétique avec respect. Cela a facilité les actions des services de renseignement soviétiques, qui ont facilement trouvé des assistants volontaires parmi les Iraniens.

Le maréchal de l’Union soviétique, président du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS et président du Comité de défense de l’État de l’URSS Joseph Vissarionovich Staline, le président américain Franklin Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill à la Conférence de Téhéran. Debout de gauche à droite : le conseiller présidentiel américain Harry Hopkins, le commissaire du peuple aux Affaires étrangères de l’URSS Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov. Le deuxième à droite est le ministre britannique des Affaires étrangères Anthony Eden. 29 novembre 1943

Arrivée des Trois Grands en Iran

Staline a refusé de prendre l’avion et s’est rendu à la conférence le 22 novembre 1943 à bord du train de lettres n°501, qui traversait Stalingrad et Bakou. Beria était personnellement responsable de la sécurité routière, il voyageait dans une voiture séparée. La délégation comprenait également Molotov, Vorochilov, Shtemenko, des employés concernés du Commissariat du peuple aux Affaires étrangères et de l’état-major.

Nous avons décollé de Bakou à bord de deux avions. Le premier était piloté par l’as pilote, commandant de la 2e Division aérienne spéciale Viktor Grachev ; Staline, Molotov et Vorochilov volaient à bord de l’avion. Commandant aviation long-courrier Alexander Golovanov a personnellement piloté le deuxième avion.

Churchill s’est rendu de Londres au Caire, où il attendait que le président américain coordonne à nouveau les positions des États-Unis et de l’Angleterre sur les principales questions des négociations avec le dirigeant soviétique. Roosevelt a traversé l’océan Atlantique sur le cuirassé Iowa, accompagné d’une importante escorte. Après neuf jours de traversée maritime, l’escadre américaine arrive dans le port algérien d’Oran. Roosevelt arrive alors au Caire. Le 28 novembre, des délégations des trois grandes puissances étaient déjà dans la capitale iranienne.

En raison de la menace des agents allemands, des mesures importantes ont été prises pour assurer la sécurité des Trois Grands. La délégation de l’URSS s’est arrêtée sur le territoire de l’ambassade soviétique. Les Britanniques se sont installés sur le territoire de l’ambassade britannique. Les missions diplomatiques britanniques et soviétiques étaient situées de part et d’autre d’une même rue de la capitale iranienne, d’une largeur maximale de 50 m. Le président américain, en raison de la menace de sabotage, a accepté une invitation à vivre dans le bâtiment de l’ambassade soviétique. L’ambassade américaine était située à la périphérie de la ville, ce qui compromettait sérieusement les capacités de sécurité.

Les réunions ont eu lieu à l’ambassade soviétique, où Churchill a parcouru un couloir couvert spécialement construit qui reliait les missions soviétiques et britanniques. Autour du complexe diplomatique soviéto-britannique réuni par ce «corridor de sécurité», les services de renseignement soviétiques et britanniques ont créé trois anneaux de sécurité renforcée, appuyés par des véhicules blindés. L’ensemble de la presse de Téhéran a dû cesser ses activités, les communications téléphoniques, télégraphiques et radio ont été coupées.

Berlin, s’appuyant sur de nombreux agents, tente d’organiser une tentative d’assassinat contre les dirigeants des puissances hostiles (opération Long Jump). Cependant, les renseignements soviétiques étaient au courant de cette opération. De plus, les officiers du renseignement soviétique, ainsi que leurs collègues britanniques du MI6, ont pris les commandes et déchiffré tous les messages des opérateurs radio allemands qui préparaient une tête de pont pour le débarquement d’un groupe de sabotage. Les opérateurs radio allemands ont été interceptés, puis l’ensemble du réseau de renseignement allemand (plus de 400 personnes) a été capturé. Certains d’entre eux se sont convertis. La tentative d’assassinat contre les dirigeants de l’URSS, des États-Unis et de l’Angleterre a été déjouée.

Staline embrasse «l’épée de Stalingrad» lors de la cérémonie de présentation dans la salle de conférence de l’ambassade soviétique lors de la conférence de Téhéran. Le Premier ministre britannique Winston Churchill se tient devant J.V. Staline. À la gauche de Staline se trouve le commissaire du peuple aux Affaires étrangères de l’URSS, V. M. Molotov. «L’épée de Stalingrad» est une épée de récompense fabriquée sur ordre spécial du roi George VI de Grande-Bretagne en signe d’admiration pour le courage des défenseurs de Stalingrad. Conservée au Musée de la Bataille de Stalingrad. 29 novembre 1943

Membre du Conseil de défense d’État de l’URSS Kliment Efremovich Vorochilov tient l’épée de Stalingrad après la cérémonie de présentation dans la salle de conférence de l’ambassade soviétique lors de la conférence de Téhéran. Après la cérémonie de présentation, l’épée a été examinée par le président américain F. Roosevelt (assis au centre), et après cela, Vorochilov a de nouveau accepté la récompense du roi de Grande-Bretagne George VI et l’a remis à un officier de la garde d’honneur soviétique. À gauche dans le cadre se trouve Staline, à droite se trouve Churchill. Derrière Roosevelt se tient son fils, le colonel Elliott Roosevelt de l’US Air Force, qui a servi comme aide de camp du président pendant la conférence.

Le problème de l’ouverture d’un «deuxième front»

Parmi les questions les plus importantes discutées à Téhéran figuraient :

1) le problème de l’ouverture par les Alliés d’un «deuxième front». C’était la question la plus difficile. L’Angleterre et les États-Unis ont fait de leur mieux pour retarder l’ouverture d’un deuxième front en Europe occidentale. En outre, Churchill espérait ouvrir un «Front balkanique» avec la participation de la Turquie afin, en avançant à travers les Balkans, de couper les Russes des centres les plus importants de l’Europe centrale ;

2) la question polonaise – sur les frontières de la Pologne après la guerre ;

3) la question de l’entrée en guerre de l’URSS contre l’Empire japonais ;

4) la question de l’avenir de l’Iran, en lui accordant l’indépendance ;

5) les questions liées à la structure de l’Europe d’après-guerre – qui ont principalement décidé du sort de l’Allemagne et de la garantie de la sécurité dans le monde après la guerre.

La décision d’ouvrir ce qu’on appelle Le «deuxième front», c’est-à-dire le débarquement des troupes alliées en Europe et la création du front occidental, était censé accélérer considérablement la chute du Troisième Reich. Après le tournant stratégique de la Grande Guerre patriotique, survenu lors des batailles de Stalingrad et de Koursk, la situation sur le front oriental (russe) s’est développée favorablement pour l’URSS.

Les troupes allemandes ont subi des pertes irréparables et ne pouvaient plus les rattraper, et les dirigeants militaro-politiques allemands ont perdu l’initiative stratégique dans la guerre. La Wehrmacht est passée à la défense stratégique. L’Armée rouge a repoussé l’ennemi, libéré le Donbass et d’autres régions de la RSS d’Ukraine, traversé le Dniepr et repris Kiev. Les Russes ont chassé l’ennemi du Caucase du Nord et ont débarqué en Crimée.

Mais la victoire était encore loin : l’Empire allemand était encore un adversaire redoutable doté de forces armées puissantes et d’une industrie forte. Les Allemands contrôlaient de vastes zones de l’URSS et de l’Europe de l’Est, du Sud-Est, centrale et occidentale. Il n’a été possible d’accélérer la défaite du Troisième Reich et de ses alliés que grâce aux efforts conjoints des trois grandes puissances.

Les Alliés avaient promis d’ouvrir un deuxième front en 1942, mais une année s’est écoulée et aucun progrès n’a été enregistré. Militairement, les Alliés étaient prêts à commencer l’opération en juillet-août 1943, alors qu’une bataille acharnée se déroulait sur le front de l’Est, sur le renflement d’Orel-Koursk. Une armée expéditionnaire de 500 XNUMX hommes a été déployée en Angleterre, qui était en pleine préparation au combat, elle disposait de tout le nécessaire, y compris des navires et des navires pour la couverture de combat, l’appui-feu et le débarquement. Les Alliés pourraient assurer la supériorité aérienne. Les généraux étaient impatients de se battre.

Le front n’a pas été ouvert principalement pour des raisons géopolitiques. Londres et Washington n’allaient pas aider Moscou. Les renseignements soviétiques ont découvert qu’en 1943, les Alliés n’ouvriraient pas de deuxième front dans le nord de la France. Ils attendraient «que l’Allemagne soit mortellement blessée par l’avancée russe».

Joseph Staline et le Premier ministre britannique Winston Churchill lors d’une réception à l’ambassade britannique à l’occasion de l’anniversaire de Churchill lors de la Conférence de Téhéran. 30 novembre 1943

Il faut rappeler que Londres et Washington furent les instigateurs de la Seconde Guerre mondiale2. Ils ont élevé Hitler, aidé les nazis à prendre le pouvoir, restauré la puissance militaire et économique du Reich et permis à Berlin d’écraser la majeure partie de l’Europe. Le Troisième Reich était un «bélier» permettant aux maîtres de l’Occident d’écraser la civilisation soviétique.

Dans un premier temps, les maîtres de l’Occident croyaient que l’Allemagne serait capable d’écraser l’URSS, mais lors de ce duel de titans elle serait affaiblie, ce qui permettrait aux Anglo-Saxons d’obliger le Reich à une paix qui leur serait bénéfique, ou pour le terminer. Cela a permis de s’approprier tous les fruits de la victoire dans la guerre mondiale, de soumettre toute l’Europe et d’acquérir les richesses de la Russie. Ce n’est qu’après qu’il soit devenu évident que l’Allemagne hitlérienne ne serait pas en mesure de vaincre la Russie et l’URSS que Londres et Washington ont révisé leur scénario de guerre mondiale.

Les Britanniques et les Américains élaborèrent un plan stratégique pour attaquer depuis le sud, à travers l’Italie et les Balkans. Rome devait se ranger du côté du bloc anglo-américain. Avec l’aide de la Turquie, lancer une offensive à la fin de l’automne sur la péninsule balkanique. En attendant, nous continuons d’attendre de voir ce qui se passe sur le front en Russie. Il était possible que les Allemands créent une défense stratégique solide sur le front de l’Est et que la Seconde Guerre mondiale suive le scénario de la Première Guerre mondiale. Le massacre mutuel et prolongé des Russes et des Allemands a renforcé le tandem anglais-américain.

Les dirigeants anglo-américains pensaient qu’à l’été 1944, les Allemands seraient en mesure de lancer une nouvelle offensive stratégique sur le front de l’Est, mais qu’après quelques succès, ils seraient arrêtés et repoussés. L’Allemagne et l’URSS subiront d’énormes pertes et leurs forces armées seront vidées de leur sang. Dans le même temps, des plans étaient élaborés pour le débarquement des troupes alliées en Grèce et en Norvège.

Ainsi, les maîtres de l’Occident attendaient au dernier moment que l’URSS et l’Allemagne soient exsanguinées au cours de la bataille titanesque. Cela permettra à la Grande-Bretagne et aux États-Unis d’agir en position de force et de dicter les conditions de l’ordre mondial de l’après-guerre.

Les Britanniques et les Américains convainquirent les Russes que le débarquement dans le nord de la France était compliqué par le manque de transports, ce qui créait un problème d’approvisionnement. Apparemment, entraîner la Turquie dans la guerre et progresser à travers les Balkans serait un scénario plus rentable. Cela permettra aux alliés de se connecter sur le territoire roumain et de frapper l’Allemagne par le sud.

En fait, Churchill voulait couper la majeure partie de l’Europe de l’URSS. Cela a également permis de développer de nouveaux scénarios antisoviétiques et d’affaiblir l’importance de l’Armée rouge dans la phase finale de la guerre. En particulier, le scénario d’un coup d’État anti-hitlérien en Allemagne était en cours d’élaboration, lorsque les nouveaux dirigeants allemands comprendraient le désespoir de la situation et accepteraient un accord séparé avec l’Angleterre et les États-Unis. Les Allemands autoriseront les troupes anglo-américaines à pénétrer sur leur territoire pour sauver le pays de l’Armée rouge.

En conséquence, le principal potentiel de combat de la Wehrmacht, dirigé contre l’URSS, a été préservé. Après la guerre, un tampon antisoviétique a été créé contre les régimes hostiles à l’URSS en Finlande, en Pologne, en Roumanie, en Hongrie et dans la nouvelle Allemagne.

Après de nombreux débats, la question de l’ouverture d’un deuxième front était dans une impasse. Staline s’est alors déclaré prêt à quitter la conférence :

«Nous avons trop de choses à faire à la maison pour perdre du temps ici. À mon avis, rien de valable ne fonctionne».

Churchill s’est rendu compte que la question ne pouvait plus s’envenimer davantage et a trouvé un compromis. Roosevelt et Churchill promirent au dirigeant soviétique d’ouvrir un deuxième front en France au plus tard en mai 1944. Il était prévu que l’heure finale de l’opération soit déterminée dans la première moitié de 1944. Lors de l’opération alliée, les troupes soviétiques durent lancer une offensive pour empêcher le transfert des divisions allemandes d’est en ouest. Les alliés ont également convenu de prendre des mesures pour aider les partisans yougoslaves.

I. Staline, W. Churchill et F. Roosevelt à la table des négociations de la Conférence de Téhéran

Pologne et Iran

L’avenir de la Pologne a également suscité de sérieuses controverses.

Au préalable, nous avons pu convenir que la frontière orientale de l’État polonais longerait ce qu’on appelle. «Lignes Curzon». Cette ligne correspondait fondamentalement au principe ethnographique : à l’ouest se trouvaient des territoires à prédominance de population polonaise, à l’est des terres à prédominance de population russe et lituanienne occidentale.

Ils décidèrent de satisfaire les appétits territoriaux de Varsovie aux dépens de l’Allemagne (Prusse), qui occupait d’importantes terres slaves et polonaises au Moyen Âge.

Staline a rejeté les demandes de Roosevelt et de Churchill concernant la reconnaissance par Moscou du gouvernement émigré polonais à Londres. Les Anglo-Saxons projetaient d’implanter leurs marionnettes en Pologne. La délégation soviétique n’était pas d’accord avec cela et a déclaré que l’URSS séparait la Pologne du gouvernement émigré en Angleterre.

Les Trois Grands ont adopté la Déclaration iranienne. Le document souligne la volonté de Moscou, Washington et Londres de préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Iran. Il était prévu de retirer les forces d’occupation après la fin de la guerre.

Staline n’allait pas laisser l’Iran aux griffes des Anglo-Saxons. Au cours de son séjour à Téhéran, Staline a étudié l’état général de l’élite iranienne, l’influence des Britanniques sur elle et s’est familiarisé avec l’état de l’armée. Il a été décidé d’organiser une aviation et réservoir écoles, leur transférer du matériel afin d’organiser la formation du personnel iranien. Il était avantageux pour Moscou de créer à l’avenir un Iran indépendant de l’Occident.

L’artiste du peuple de l’URSS A.M. Gerasimov a été envoyé ces jours-ci à Téhéran pour peindre le tableau «Conférence de Téhéran des dirigeants des trois puissances alliées». Le tableau a été achevé en 1945. Il représente non seulement les dirigeants des trois grandes puissances, mais également les responsables qui ont participé à la conférence. Au total, 21 personnes sont représentées.

Staline sauve l’Allemagne du démembrement

Lors d’un débat sur la structure de l’Europe occidentale d’après-guerre, le président américain a proposé de diviser l’Allemagne après la guerre en 5 entités étatiques autonomes et d’établir un contrôle international (en fait, l’Angleterre et les États-Unis) sur les régions industrielles allemandes les plus importantes – l’Allemagne. Ruhr, Sarre, etc. Churchill l’a également soutenu.

Churchill a également proposé de créer ce qu’on appelle. «Fédération du Danube» des pays du Danube, avec l’inclusion des territoires du sud de l’Allemagne. Il était pratiquement proposé de ramener l’Allemagne dans le passé, de la démembrer. Cela a posé une véritable «mine» sous la future structure de l’Europe. L’Angleterre et les États-Unis pourraient à tout moment détruire une telle Europe et déclencher une nouvelle querelle.

Staline n’était pas d’accord avec cette décision et proposait de transférer la question allemande à la Commission consultative européenne. L’URSS, en guise d’indemnité, reçut le droit d’annexer une partie de la Prusse orientale après la victoire. Par la suite, le dirigeant soviétique est resté en mesure de préserver l’unité de l’Allemagne. L’Allemagne devrait être reconnaissante à Moscou d’avoir maintenu l’unité de l’État et du peuple.

Le président américain Roosevelt a proposé la création d’une organisation internationale (cette question a déjà été discutée avec Moscou) sur les principes des Nations unies. Cette organisation était censée assurer une paix durable après la seconde guerre mondiale. Le comité, qui était censé empêcher le déclenchement d’une nouvelle guerre et d’une nouvelle agression de la part de l’Allemagne et du Japon, comprenait l’URSS, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine. Staline et Churchill ont généralement soutenu cette idée.

Nous nous sommes également mis d’accord sur la question japonaise.

La délégation soviétique, tenant compte des violations répétées par l’Empire du Japon du traité soviéto-japonais de 1941 sur la neutralité et l’assistance à l’Allemagne (ainsi que de la nécessité d’une vengeance historique pour 1904-1905), et répondant également aux souhaits des alliés, a déclaré que l’URSS entrerait en guerre avec le Japon après la défaite finale du Troisième Reich.

En conséquence, Staline a remporté une victoire diplomatique convaincante à la Conférence de Téhéran. Il n’a pas permis aux «alliés» de mettre en œuvre la «stratégie du sud» – l’offensive alliée à travers les Balkans – et a forcé les alliés à promettre d’ouvrir un deuxième front.

La question polonaise a été résolue dans l’intérêt de la Russie – la restauration de la Pologne était due aux régions ethniquement polonaises autrefois occupées par les Allemands. Le gouvernement polonais émigré, qui était sous le contrôle de l’Angleterre et des États-Unis, n’était pas reconnu comme légitime par Moscou.

Staline n’a pas permis que l’Allemagne soit tuée et démembrée, ce qui était historique injustice et créé une zone d’instabilité aux frontières occidentales de l’URSS. Moscou bénéficiait d’un État allemand neutre et unifié comme contrepoids à l’Angleterre et à la France. En substance, Staline prévoyait la possibilité d’une future alliance stratégique entre la Russie et l’Allemagne – ce qui a été évoqué par les analystes militaires russes de l’Empire russe et le père de l’école géopolitique allemande, K. Haushofer.

Dans la deuxième partie (publiée en 1941) de son article «Le bloc continental : Berlin – Moscou – Tokyo», Karl Haushofer écrivait :

«… L’Eurasie ne peut pas être étranglée alors que ses deux plus grands peuples – les Allemands et les Russes – s’efforcent par tous les moyens d’éviter un conflit fratricide semblable à la guerre de Crimée ou à celle de 1914 : c’est un axiome de la politique européenne…»

Cependant, Hitler n’a pas écouté le sage et a détruit le Troisième Reich.

Concernant le Japon, Staline s’est laissé «persuadé», mais en réalité, une opération éclair contre les Japonais était dans l’intérêt stratégique de la Russie et de l’URSS. Staline a pris une revanche historique sur la Russie pour la guerre de 1904-1905, a restitué les territoires perdus et a restauré les positions militaro-stratégiques et économiques de l’URSS dans la région Asie-Pacifique. Pendant la guerre avec le Japon, l’Union soviétique a acquis des positions puissantes dans la péninsule coréenne et en Chine.

Délégations soviétiques et alliées près de l’ambassade soviétique à Téhéran. De gauche à droite : officier britannique inconnu, le général George C. Marshall (chef d’état-major américain) serre la main de Archibald D. Clarke Kerry (ambassadeur britannique en URSS), membre de la délégation américaine Harry L. Hopkins, traducteur soviétique, futur diplomate Valentin Berezhkov, président du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS J.V. Staline, ministre des Affaires étrangères V.M. Molotov, président de la Commission d’armistice K.E. Vorochilov. décembre 1943

source : Top War

https://reseauinternational.net/le-royaume-uni-et-les-etats-unis-attendront-que-lallemagne-soit-mortellement-blessee-par-loffensive-russe/

jeudi 14 novembre 2024

Guillaume d’Orange (William III of England) : un acteur incontournable de l’histoire européenne

 

Guillaume d’Orange (William III of England) : un acteur incontournable de l’histoire européenne (1/1)

Guillaume III d’Orange, connu aussi sous le nom de Guillaume d’Orange (ou de William III outre Manche).  est l’une des figures politiques les plus influentes de l’histoire européenne. Né le 4 novembre 1650 à La Haye, il est devenu prince d’Orange dès sa naissance, et a marqué son temps par ses actions politiques, militaires et religieuses. Son règne s’étendit à plusieurs territoires européens, dont les Provinces-Unies, l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Il est particulièrement célèbre pour avoir défendu la cause protestante contre les ambitions catholiques de Louis XIV et pour avoir consolidé le pouvoir parlementaire en Angleterre.

Les origines et la jeunesse de Guillaume d’Orange

Guillaume III était le fils unique de Guillaume II d’Orange et de Marie Stuart, fille du roi Charles Iᵉʳ d’Angleterre. Son père étant décédé de la variole huit jours avant sa naissance, Guillaume devint prince d’Orange dès son premier souffle. Sa jeunesse fut marquée par des conflits dynastiques, notamment entre sa mère et sa grand-mère paternelle, Amalia de Solms-Braunfels, concernant son éducation et sa tutelle.

Durant sa jeunesse, il fut instruit par des précepteurs influents, tels que Constantijn Huygens, qui lui enseignèrent la religion réformée et le destin prédestiné de la maison d’Orange-Nassau. Cette formation religieuse et politique fit de Guillaume un fervent défenseur du protestantisme, position qui marquera l’ensemble de sa carrière.

Guillaume III s’est rapidement distingué par son opposition farouche aux ambitions expansionnistes de Louis XIV, roi de France. Allié à des puissances protestantes et même à certaines forces catholiques, il s’est illustré dans des conflits tels que la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697). Sa résistance contre Louis XIV renforça son image de défenseur du protestantisme, notamment lorsqu’il s’opposa aux politiques absolutistes du roi français.

La Glorieuse Révolution : Guillaume, roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande

L’un des événements les plus marquants de la vie de Guillaume d’Orange est sans conteste la Glorieuse Révolution de 1688. À cette époque, son oncle et beau-père, Jacques II, catholique convaincu, régnait sur l’Angleterre. Ses politiques pro-catholiques étaient impopulaires auprès des protestants et d’une partie de la noblesse anglaise. Profitant de ce mécontentement, Guillaume fut invité à envahir l’Angleterre par un groupe de nobles influents.

Le 5 novembre 1688, Guillaume débarqua à Brixham, dans le sud-ouest de l’Angleterre, à la tête d’une flotte impressionnante. Cet événement conduisit rapidement à la fuite de Jacques II en France et à l’accession de Guillaume et de son épouse, Marie II, au trône. Ce moment marqua le début de la monarchie conjointe de « Guillaume et Marie » et l’instauration d’une monarchie constitutionnelle en Angleterre, posant ainsi les bases d’un nouvel équilibre des pouvoirs entre la Couronne et le Parlement.

L’action en Irlande et la lutte contre les Jacobites

L’un des événements les plus marquants du règne de Guillaume III fut son intervention en Irlande pour contrer la résistance jacobite menée par le roi déchu Jacques II et ses partisans catholiques. Après son couronnement en 1689, Guillaume devait affronter une opposition déterminée en Irlande, où les forces jacobites tenaient des bastions importants. La situation atteignit son paroxysme lors du siège de Derry, où la ville, défendue par des protestants, résista vaillamment à un siège de plusieurs mois mené par les troupes jacobites jusqu’à l’arrivée des renforts envoyés par Guillaume.

La victoire décisive de Guillaume à la bataille de la Boyne, le 1er juillet 1690, marqua un tournant crucial dans le conflit. Cette bataille, symbole de la lutte entre protestants et catholiques, permit de repousser définitivement Jacques II et de consolider l’autorité de Guillaume sur la couronne britannique. La victoire à la Boyne réaffirma son rôle de défenseur du protestantisme en Europe et renforça son image de leader inflexible.

Relations avec la France

Les relations tendues entre Guillaume d’Orange et Louis XIV, roi de France, jouèrent un rôle central dans la politique européenne de l’époque. Guillaume, déterminé à contenir l’expansionnisme français et à protéger l’équilibre des puissances, mena la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) contre la France. Bien que la guerre se soit avérée coûteuse et éprouvante, elle permit à Guillaume d’affirmer son influence en tant que pivot des alliances européennes anti-françaises. Le traité de Ryswick en 1697 mit fin au conflit et força Louis XIV à reconnaître Guillaume comme roi légitime d’Angleterre, marquant ainsi un moment clé dans la lutte diplomatique et militaire de Guillaume contre l’hégémonie française.

Réformes et héritage constitutionnel

Le règne de Guillaume d’Orange fut caractérisé par des réformes profondes. En 1689, le Parlement adopta la Déclaration des droits (Bill of Rights), un texte fondamental qui restreignait les pouvoirs royaux et garantissait des droits essentiels aux citoyens, tels que la liberté de parole et la protection contre les peines cruelles et inhabituelles. Cette charte posa les fondements de la monarchie parlementaire moderne au Royaume-Uni.

En outre, l’Acte de Toleration de 1689 promulgué sous son règne garantissait une certaine liberté de culte aux protestants non conformistes. Bien que limité dans sa portée, cet acte marqua une avancée significative dans la protection des minorités religieuses.

Quel héritage ?

Bien que célébré pour ses victoires contre Louis XIV et son rôle dans la protection du protestantisme, Guillaume d’Orange demeure une figure controversée. En Écosse, il est tristement célèbre pour le massacre de Glencoe en 1692, ordonné sous son règne et visant à punir les clans écossais qui avaient tardé à prêter allégeance. Cet épisode a laissé une marque sombre sur son héritage, surtout dans la mémoire collective écossaise. En Irlande du Nord, Guillaume d’Orange est particulièrement célébré par les unionistes et occupe des pans entiers de cet imaginaire historique unioniste.

Enfin,  sa politique économique en Angleterre entraîna une hausse des taxes et une crise monétaire qui affecta les plus vulnérables. Cependant, son soutien à la création de la Banque d’Angleterre en 1694 permit de jeter les bases d’un système financier solide, propulsant la puissance économique de l’Angleterre au XVIIIe siècle.

Guillaume III d’Orange incarne une figure historique complexe. Héros pour certains, despote pour d’autres, il a profondément marqué l’Europe par sa lutte contre l’absolutisme catholique et son rôle dans l’établissement de la monarchie parlementaire en Angleterre. Son héritage demeure un sujet de débat, mais son influence sur l’histoire européenne est indéniable.

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