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mardi 25 avril 2023

Un cardinal indésirable – Biographie du cardinal Josef Beran 1888-1969. (Stanislava Vodickova)

 Préface à l’édition française du cardinal Dominik Duka archevêque de Prague et primat de Bohême. Préambule du cardinal Tomas Spidlik,s.j.

La vie du cardinal Josef Beran a été profondément marquée par l’ascension des régimes totalitaires du XX° siècle, le nazisme et le communisme.

Né le 29 décembre 1888 à Plzen dans ce qui était encore l’Autriche-Hongrie, il est mort à Rome le 17 mai 1969 ; figure emblématique de l’Eglise catholique tchèque, il fut enterré dans la basilique de Rome à côté des papes.

Ordonné prêtre en Juin 1911 à Rome il exerce un ministère florissant à Prague ; en 1932, est nommé recteur du séminaire. Dès la parution de Mit Brenneder Sorge, il en supervise la diffusion. Arrêté en 1942, en tant qu’ecclésiastique par les Allemands il est déporté à Terezin puis à Dachau. Après la guerre, devenu archevêque il persiste dans sa fidélité à Dieu et à l’Eglise, il refuse de se plier au nouveau régime communiste arrivé au pouvoir en 1948 : il appelle les prêtres à ne pas collaborer avec ce totalitarisme qui s’efforce de créer au sein de la hiérarchie ecclésiastique un groupe de prêtres « progressistes » hostiles au Vatican. Ce qui fait définitivement de lui un ennemi déclaré. En 1949, il est arrêté, placé sans jugement en résidence surveillée par la police secrète. Ce comportement arbitraire va préfigurer une vague de persécutions terrible qui frappera toute l’Eglise catholique en Tchécoslovaquie. Des centaines de prêtres seront jetés en prison, exécutés ou torturés jusqu’à la mort. En 1951, Mgr Josef Beran est interné pour 14 ans, dans des endroits différents, isolé du monde pour en effacer jusqu’au souvenir dans les esprits des fidèles.

Nommé par Paul VI, cardinal en 1965 il obtient l’autorisation d’aller à Rome mais ne pourra plus jamais retourner dans son pays. Condamné à l’exil forcé, il s’adresse alors à ses fidèles, avec toujours beaucoup d’émotion et de compassion,  sur les ondes de Radio Vatican jusqu’à sa mort, le 17 mai 1969. Le régime communiste refusera de rapatrier son corps de peur que les commémorations en son honneur donnent lieu à des mouvements de contestation de grande ampleur. Il est alors inhumé dans la nécropole papale de la basilique Saint-Pierre.

Alors que son procès de béatification a été ouvert en 1999, l’historienne Stanislava Vodickova a découvert, dans les archives de Josef Beran, son testament dans lequel il exprimait sa volonté d’être enterré auprès de ses parents dans sa ville natale de Plzen ou alors dans la cathédrale de Prague. Souhaité également par l’Eglise tchèque et approuvé récemment par le pape François, le retour à Prague de Josef Beran, prêtre aussi apprécié que redouté, devient donc enfin réalité le 20 avril 2018.

Un cardinal indésirable- Biographie du cardinal Josef Beran 1888-1969, de Stanislava Vodickova. 188 pages, 15€.

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https://www.medias-presse.info/un-cardinal-indesirable-biographie-du-cardinal-josef-beran-1888-1969-stanislava-vodickova/126710/

dimanche 16 avril 2023

Les métamorphoses de l’octroi

 

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La chronique flibustière de Georges Feltin-Tracol

Les spécialistes d’histoire fiscale n’ignorent pas qu’il a existé en France une contribution indirecte prélevée au profit des municipalités sur des produits importés, voire sur les personnes entrantes, appelée l’octroi. Cette taxe est l’un des facteurs déterminants dans le déclenchement de la révolution en 1789. Abolie presque aussitôt, elle est assez vite rétablie malgré maintes critiques exaspérées par ces « douanes intérieures » et leurs agents de service parmi lesquels, à la fin du XIXe siècle, le célèbre peintre Douanier Rousseau (alias Henri Rousseau, 1844–1910). Ses détracteurs l’accusent régulièrement de favoriser la noblesse, puis la bourgeoisie, soit les nantis en général. C’est en 1943 que le gouvernement de Pierre Laval supprime définitivement l’octroi. La IVe République met plus longtemps à entériner cette décision (1948 !).

Sous prétexte climatique de lutter contre la pollution, un octroi 3.0 resurgit actuellement sous deux aspects pas forcément incompatibles entre eux. Présentes dans toute l’Europe atlantisée, les zones à faibles émissions (ou ZFE) se font progressivement connaître des Français. Remplaçant la circulation automobile alternée selon la plaque minéralogique (un chiffre paire circule un jour paire, un chiffre impaire un jour impaire) en période de très forte pollution atmosphérique, ce sigle désigne des zones à circulation restreinte qui réservent l’accès dans un périmètre urbain défini aux seuls véhicules les moins polluants.

Les premières ZFE apparaissent - est-ce vraiment étonnant ? - dès 1995 dans cette antichambre infernale du cosmopolitisme qu’est la Suède. La Grande-Bretagne s’en inspire rapidement. Instaurées par des lois adoptées en 2015 et en 2021, les ZFE s’appliquent aux quarante-cinq agglomérations les plus peuplées de l’Hexagone. Pour accéder en centre-ville, le véhicule motorisé doit afficher sur son pare-brise sous la forme d’une vignette un certificat de la qualité de l’air nommé « Crit’Air ». Selon le degré de pollution produite supposée, il existe six niveaux, du zéro (engins électriques ou à hydrogène) à cinq (engins vétustes et/ou très polluants).

En 2000, le gouvernement de gauche de Lionel Jospin supprime la célèbre vignette annuelle pour les véhicules des particuliers. En 1956, le socialiste Guy Mollet la voulait afin de financer une caisse destinée aux personnes âgées. Avec la décentralisation, les recettes revenaient aux collectivités départementales. Vint ensuite s’ajouter une autre vignette attestant que le véhicule est correctement assuré. Cette deuxième vignette devrait disparaître bientôt. Seule subsistera donc la vignette « Crit’Air » qui concerne aussi bien les voitures particulières que les utilitaires, les bus et les cars, les poids lourds et les motos, les tricycles motorisés et autres quads.

L’obtention de cette vignette fait déjà l’objet d’actes d’escroquerie et de filouterie sur Internet. Il faut en effet la demander par voie numérique contre un paiement de quelques euros. Ce bel exemple de bureaucratisation informatique de la vie quotidienne s’apparente dans les faits à une attestation de sortie automobile. Les ZFE imposent sur le terrain un confinement implicite aux populations les plus fragiles financièrement incapables de s’acheter une bagnole électrique inabordable ainsi que les populations rurales et péri-urbaines. Ces dernières n’arrivent plus à se déplacer parce que les offres en transports publics pour aller travailler en ville le matin et rentrer chez soi le soir sont notoirement déficientes. Ainsi les ZFE relèguent-elles la « France périphérique » qui vote de plus en plus mal hors des aires métropolitaines tout en leur imposant l’installation croissante de familles étrangères clandestines sans-papiers. Les ZFE entravent gravement la liberté d’aller et de venir sans que les ONG droits-de-l’hommistes ne s’en préoccupent. Par ailleurs, dans l’Union dite européenne, aucune harmonisation des règles n’existe si bien que le conducteur en voyage qui veut entrer dans une grande ville du continent se heurte à un casse-tête.

Certains opposants des ZFE envisagent plutôt d’installer des péages urbains à l’exemple de Londres où des caméras automatiques lisent toutes les plaques minéralogiques et, reliées à une intelligence artificielle, les comparent à partir des bases de données des abonnés qui ont payé avec leurs téléphones portatifs ! Or, l’opposition entre la ZFE et le péage urbain est infondée. La Suède pratique les deux. Outre le péage urbain, certains élus réclament des péages sur les routes départementales… L’environnement justifie leur demande. Le péage urbain serait une éco-taxe payée par chaque véhicule entrant. Sa première mouture fut retoquée en 2013 grâce à la saine révolte des « Bonnets rouges » bretons. D’autres motivent leur soutien à ce système d’extorsion légale pour trouver de nouvelles sources de financement et améliorer les infrastructures de transport. Un troisième groupe soutient que le péage urbain serait une « taxe de décongestion urbaine ». Les usagers de la route paient la perte de temps qu’ils font subir aux autres utilisateurs de la route.

En dépit des dénégations officielles fréquentes, l’augmentation des caméras de vidéo-surveillance ne combat pas l’insécurité grandissante. Un plus grand nombre de caméras améliore le rendement des verbalisations des conducteurs.  En région lyonnaise, un artisan a reçu plusieurs contraventions parce qu’il avait enfreint la zone interdite avec sa vieille camionnette polluante… Plombiers, menuisiers, etc., devront peut-être recourir à la traction... hippomobile ! Pas certain alors que l’heure des rendez-vous soit respectée. Consciente des conséquences sociales, politiques et économiques dévastatrices à venir, la Métropole de Lyon aux mains des Verts a décidé, au contraire de Paris et de Montpellier où les transports en commun deviendront gratuits, de reporter de deux ans la mise en œuvre d’une ZFE fortement restrictive.

À l’encontre des allégations climato-gauchistes, la supposée « fin du monde » se confronte sur le terrain aux défis bien tangibles d’une « fin du mois » qui tombe dès le 10 ou le 15... Ce n’est pas en ostracisant la majorité de la population qu’on préservera nos milieux naturels. Les contradictions des sociétés occidentales ultra-libérales et post-modernistes se révèlent de plus en plus crûment. Créateurs de zones à forte exclusion sociale, péages urbains et ZFE constituent dès à présent une véritable bombe à retardement politico-sociale. Quand explosera-t-elle enfin ?

Salutations flibustières !

Vigie d’un monde en ébullition », n°69, mis en ligne le 11 avril 2023 sur Radio Méridien Zéro.

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/04/15/les-metamorphoses-de-l-octroi-6438394.html

mercredi 14 septembre 2022

Antoine de Saint-Exupéry : donner un sens à l’homme

 

Saint-Exupéry

[Ci-dessus : timbre dessiné par Pierre Gandon, gravé en taille-douce émis en 1948]

Où est donc passé le temps, désormais lointain, où les ouvrages de Saint-Exupéry remplissaient les vitrines des libraires et que leurs tirages atteignaient les centaines de milliers d’exemplaires, notamment la trilogie des romans d’aviation : Courrier Sud (1929), Vol de nuit (1931), Terre des hommes (1939) ; et aussi Pilote de guerre (1942). Le Petit Prince, édité en français en 1946 et seulement en 1952 en allemand, avec son tirage de plus de quatre millions d’exemplaires, trouve encore des lecteurs aujourd’hui, surtout dans les maisons où souffle encore l’esprit de la Bildungsbürgertum, de la bourgeoisie lettrée et cultivée, et chez les adolescents. 

Citadelle (1948) paraît en Allemagne en 1951 [sous le titre : Die Stadt in der Wüste] et est demeuré une lecture incontournable pour ceux qui aiment la réflexion et pour les conservateurs éthiques parmi nos contemporains. La figure centrale de cette œuvre, le Grand Caïd (*), le Prince des sables sahariens, a reçu quelques fois le sobriquet de “Zarathoustra du désert”.

Saint-Ex’, comme l’appelaient ses amis, appartenait à la génération dite de “l’éveil spirituel” qu’ont connu nos voisins français après la Grande Guerre. Cette génération comptait notamment Jacques Maritain, Georges Bernanos, François Mauriac, Gabriel Marcel, André Malraux et Emmanuel Mounier. Ce fut un courant intellectuel fort fertile, interrompu seulement par le nihilisme sans consistance du mouvement de mai 68. Aujourd’hui, deux générations après Saint-Exupéry, né le 29 juin 1900, le caractère indépassable de son œuvre et de sa pensée réémerge à la conscience de quelques-uns de nos contemporains.

Marqué par les bouleversements de son époque, Saint-Exupéry appartient à la grande tradition de l’humanisme occidental, à cette chaîne qui part de Platon pour aboutir à Pascal et à Kierkegaard, en passant par Saint Augustin ; il est, lui aussi, un de ces grands chercheurs de Dieu en Occident, même si l’on peut considérer que sa pensée ne débouche jamais sur les certitudes et la tranquillité des églises traditionnelles. Sa biographie indique la juxtaposition de deux attitudes divergentes : d’une part, il y a l’homme extraverti, qui est pilote ou reporter, qui relate ses impressions du Moscou de Staline ou de la guerre civile espagnole dans les années 30, et, d’autre part, il y a l’homme introverti, proche de la mélancolie, qui produit des méditations et des maximes à la façon des grands moralistes de son pays.

Sans poésie, sans couleur, sans amour et sans foi

Au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, le pilote de l’Aéropostale, déjà mondialement connu, qui amenait le courrier en Afrique occidentale et en Amérique du Sud, est mobilisé dans la force aérienne française. Son unité, après l’armistice, est repliée sur Alger. Pendant l’automne de l’année 1940, il revient en métropole. Il visite Paris occupé en compagnie de Pierre Drieu la Rochelle, pour se faire une idée de la situation nouvelle.

En décembre 1940, il se rend en bateau à New York, où il écrit Pilote de Guerre, qui deviendra bien vite un best-seller aux États-Unis [publié en février 1942] et en France [fin 1942], du moins jusqu’à son interdiction par les autorités d’occupation. Le départ de Saint-Exupéry pour les États-Unis fut sans conteste une décision patriotique contre l’occupation allemande et, plus encore, contre le totalitarisme national-socialiste.

En mai 1943, Saint-Exupéry se remet à voler, d’abord dans une escadrille américaine, équipée de Lightning et basée en Afrique du Nord, puis dans une escadrille de la “France Libre”, basée en Sardaigne puis en Corse. Âgé de 44 ans, le 31 juillet 1944, il ne revient pas de son dernier vol de reconnaissance.

À Alger, il écrit, fin 1942, sa fameuse Lettre aux Français, qui montre bien qu’il ne se considérait pas comme un simple “partisan” du gaullisme. À ce moment-là du conflit, alors que Vichy est déjà politiquement mort, il en appelle à la réconciliation des deux Frances, celle du Général de Gaulle et celle du Maréchal Pétain [1]. Il ne s’agit pas de se poser en juge de la situation, écrivait-il, mais de dépasser les clivages politiques et intellectuels de la nation, ceux posés par les royalistes et les conservateurs, par tous les autres jusqu’aux socialistes et aux communistes,  par tous les partis et cénacles cherchant à obtenir des postes politiques après la guerre. L’ennemi commun, pour Saint-Exupéry, s’incarnait dans les deux systèmes totalitaires : le marxisme, qui entendait rabaisser l’homme au statut de producteur et de consommateur et voyait dans la distribution du produit social le problème politique central ; et le nazisme « qui enferme hermétiquement les non-conformistes dans un camp de concentration », qui considère les masses comme un « troupeau de bétail à sa disposition », qui élimine le grand art par la diffusion de « chromos de couleurs » et ruine la culture humaine.

Dans sa Lettre au général “X”, écrite en juillet 1943 à Tunis, Saint-Exupéry affiche une fois de plus son indépendance d’esprit, lorsqu’il dit déceler du « totalitarisme » également dans la coalition anti-hitlérienne et le dénonce ouvertement : dans le monde industriel occidental, l’humanité « des robots et des termites » se répand, oscillant entre la chaîne de production et le jeu de skat ou de cartes aux moments de loisir.

Saint-Exupéry avait en horreur cette tendance de l’homme à la « vie grégaire », à cette existence vouée à l’éphémère, se réduisant à se préoccuper de « frigidaires, de bilans et de mots croisés », « sans poésie, sans couleurs, sans amour et sans foi » : c’est en effet un monde de décadence qui soumet, via la radio, les robots « propagandifiés » de l’ère moderne. Par des remarques d’une très grande pertinence, Saint-Exupéry critiquait le système capitaliste, pour la façon dont il s’était développé au XIXe siècle, générant ouvertement le “doute spirituel”. Ses critiques s’adressent également au système des “valeurs cartésiennes” qui induit une seule forme de raison rationaliste, étroite et unilatérale, se développant au détriment de toute véritable vie spirituelle. Celle-ci ne commence que « si l’on reconnaît un être unique par-dessus la matière et par le truchement de l’amour et que l’on prend, pour cette être, une responsabilité ».

Deux ans avant la fin de la guerre, le penseur et moraliste Saint-Exupéry, dans son uniforme de pilote, se demandait pourquoi l’on combattait, finalement, et quelles allures prendrait l’avenir. Il se demandait si, après la guerre, tout tournerait autour de la « question de l’estomac », autour de l’aide alimentaire américaine comme en 1918-19. Le vieux continent connaîtra-t-il, sous la pression du communisme soviétique avançant vers l’Europe centrale, une crise de cent ans sous le signe d’une « épilepsie révolutionnaire » ? Ou bien une myriade de néo-marxismes se combattront-ils les uns les autres, comme il l’avait vu pendant la guerre civile espagnole ? Cette Europe retrouvera-t-elle un « courant puissant de renouveau spirituel » ou bien « trente-six sectes émergeront-elles comme des champignons pour se scinder immédiatement », ? Saint-Exupéry dénonçait ainsi anticipativement ce monde dépourvu d’orientation que le Pape Benoit XVI, aujourd’hui, désigne sous le terme de « dictature du relativisme ».

Des communautés dans les oasis et près des sources

La quintessence de sa pensée, Saint-Exupéry nous la livre dans son ouvrage posthume, Citadelle. Il avait vécu très concrètement le désert, lors de ses longs vols et de ses nombreux atterrissages forcés, comme un espace de dangers imprévisibles ou comme un lieu d’où vient le salut. Il avait connu sa dimension menaçante tout comme les points d’ancrage que sont ses oasis avec leur culture humaine. Le désert, dans cette œuvre littéraire et philosophique, devient l’équivalent de la vie de l’individu et de la communauté des hommes, pour les défis lancés à l’homme par un monde ennemi de la Vie , un monde où il faut se maintenir grâce à des vertus comme la bravoure et le sens de la responsabilité, à l’instar du soldat dans le fort isolé en plein dans ce désert, où, en ultime instance, il s’agit de construire des villes et des communautés viables, dans les oasis et près des sources.

Un scepticisme conservateur contre le monde moderne des masses

Citadelle équivaut, sur le plan méditatif, à l’existence de l’homme en communauté et au  sein d’un État. À la tête de cette « Citadelle » se trouve le Caïd, avatar du philosophe-roi de Platon, qui mène le combat éternel contre le relâchement et le déclin, qui appelle à ce combat, qui l’organise. Il a besoin de la communauté de beaucoup. Saint-Exupéry le décrit, ce Grand Caïd, non comme un dictateur mais comme un Prince empreint de sagesse, comme un père rigoureux, moins César qu’Octave/Auguste. À la vérité, Antoine de Saint-Exupéry est proche du scepticisme des conservateurs face au monde moderne des masses et de leurs formes démocratiques dégénérescentes. Ces formes nous conduisent assez facilement au danger qui nous guette, celui de l’entropie et de l’anarchie. Les masses verront alors un sauveur en la personne du prochain dictateur, exactement selon le schéma cyclique de l’histoire et de la vie politique que nous avait révélé Platon ; la prétendue “libération” de l’individu débouche rapidement sur le déclin et l’effondrement de la culture et de l’homme. La direction politique ne peut donc se limiter à viser des objectifs matériels ou à gérer des processus prosaïques : elle doit essentiellement travailler à consolider la culture et la religion.

Le mot d’ordre récurrent de Saint-Exupéry dans ses méditations, réflexions et maximes est le suivant : « Donner un sens à l’homme », un objectif qui le hisse au-dessus de son « moi », afin qu’il puisse résister aux éternels dangers de l’appauvrissement intérieur, du relâchement et de l’abandon de tous liens (Arnold Gehlen disait : l’« Abschnallen »), tant au niveau de l’individu qu’à celui de la communauté.

Klaus Hornung, Junge Freiheit n°27/2008. (tr. fr. : RS)

(*) Dans la version originale française, Antoine de Saint-Exupéry évoque non pas un « Grand Caïd », mais « le Chef ». La version allemande d’après-guerre ne retient évidemment pas ce terme de “Chef”, trop connoté, et préfère le terme berbère “Kaid” alors qu’il aurait peut-être fallu dire le “Kadi”, comme Abd-El-Krim fut honoré de ce titre. Nous avons préféré reprendre le terme “Caïd”, car, aujourd’hui, parler comme Saint-Exupéry risquerait d’être mal interprété par les tenants de la “rectitude politique”, comme on dit au Québec, et nous risquerions de récolter, une fois de plus, force noms d’oiseau et de quolibets.

• À relire : Jean-Claude IBERT, Saint-Exupéry, Éd. Universitaires, coll. Classiques du XXe siècle, 1960.

• Pour prolonger : Del rapporto tra volo e scrittura in Saint-Exupéry [F. Licitra]

• note en sus :

1) On retrouve ce même esprit d'amitié française dans la plaidoirie prononcée le 14 août 1945, lors du procès de Philippe Pétain, par Jacques Isorni. Il y développe la thèse de l'épée et du bouclier, le vieux maréchal protégeant la France des excès allemands tandis que le général, l'épée, redonnait au pays, et à l'extérieur, sa dignité et son rang dans le concert des nations démocratiques. Dans sa péroraison, il reprend cette idée en construisant une analogie historique : « Oui, en cette minute même, tous ces souvenirs se lèvent irrésistiblement en nous, comme ils doivent se lever en vous-même et forment l'image de l'éternelle patrie. Depuis quand notre peuple a-t-il opposé Geneviève, protectrice de la ville, à Jeanne qui libéra le sol ? Depuis quand, dans notre mémoire, s'entr'égorgent-elles, à jamais irréconciliables ? Depuis quand, à des mains françaises qui se tendent, d'autres mains françaises se sont-elles obstinément refusées ? ». Autrement dit, l'avocat introduit un rapport analogique entre le rôle de Sainte-Geneviève et celui de Jeanne d'Arc pour le transposer à celui qui doit prévaloir entre le maréchal et le général.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/36

jeudi 8 septembre 2022

André Malraux ou la quête de sens

 

Malraux

Pour ceux qui aujourd'hui encore ne verraient en André Malraux (1901-1976) que l'agent littéraire le plus talentueux de la IIIe Internationale, les éditions Gallimard ont eu l'heureuse idée de publier dans la collection “Folio” [en 2007] le texte longtemps inexploité de l'enfant chéri des lettres françaises, Les Noyers de l'Altenburg (1948). Généreuse intention s'il en est, qui présente l'extrême intérêt pour les passionnés de l'auteur de L'espoir (1937) d'éclairer d'un jour nouveau le passage radical et trop longuement resté confiné dans les ténèbres de sa biographie, de son militantisme communiste à son action de protecteur des Arts gaulliste, évolution frappée du sceau impitoyable de la Seconde Guerre mondiale, dont le tourbillon déprédateur aura au moins eu l'effet salutaire de révéler Malraux à lui-même.

De fait, Les Noyers de l'Altenburg constituent, plus qu'une étape, un tournant dans l'œuvre de l'écrivain. Écrit en 1941, cet “anti-roman” — tant Malraux semble y avoir abandonné tout projet romanesque — peut à bon droit se présenter comme le bilan d'une vie avant la mue définitive vers une autre dimension, spirituelle et métaphysique. D'une structure relativement lâche, touffue, sans unité marquée, la fascination opérée par Les Noyers… ne provient pas tant du récit intrinsèque que de la métamorphose et de la mise à nu de son auteur, transfiguration nourrie, comme à l'habitude, par l'immensité des réflexions, que celles-ci soient religieuses, intellectuelles, politiques, historiques ou personnelles. De La Condition Humaine (1933) aux Anti-Mémoires (1967), il n'y avait qu'un pas. Le voici franchi par Les Noyers de l'Altenburg.

Un appel à l'homme, à la civilisation, à l'esprit

Dans sa courte introduction, Marius-François Guyard note avec raison : « La vraie leçon des Noyers, c'est la mort de toute idéologie qui refuse le mystère de l'homme et ignore les realités “charnelles”, pour parler comme Péguy ». Une référence au maître des Cahiers de la Quinzaine fort à propos, pour ce roman inauguré dans la cathédrale de Chartres, en ce 21 juin 1940 de debâcle française. Prisonnier détenu dans ce vaisseau de pierre, abattu, écrasé par la fulgurance de la défaite, le narrateur (un Alsacien derrière lequel se dissimule à peine Malraux) se détache de sa sordide condition d'humilié pour se remémorer 25 ans plus tôt l'expérience parallèle de son père et trouver de nouvelles raisons d'espérer devant le chaos existentiel provoqué par la soudaine réalité du vrombissement des colonnes blindées allemandes.

Les préoccupations essentielles de le pensée de Malraux ressurgissent au milieu de ses congénères que ne préoccupent que l'instinct de survie, plus prégnants que jamais : l'Homme, la pensée, l'action. « Je sais maintenant qu'un intellectuel n'est pas seulement celui à qui les livres sont nécessaires, mais tout homme dont une idée, si élémentaire soit-elle, engage et ordonne toute la vie. Ceux qui m'entourent, eux, vivent au jour le jour depuis des millénaires ». Ce père, Vincent Berger, l'éminence grise du jeune colonel Enver Pacha délégué par le Ministère des Affaires étrangères allemand à Constantinople en pleine décadence ottomane, c'est aussi Malraux. Diplômé en langues orientales, pétri de références nietzschéennes, « dans sa philosophie de l'action — l'action passait avant la philosophie — », mais converti au socialisme, sorte d'anti-Lawrence d'Arabie (*) germano-turc parti en croisade pour le mirage touranien, joué par la duplicité du IIe Reich, tout chez lui rappelle le passé communiste et militant du “premier” Malraux, engagé dans la guerre d'Espagne, propagandiste infatigable mais peu considéré de l'Internationale, pour qui son appel à l'Homme, à la civilisation, à l'esprit n'était que “verbiage petit-bourgeois”. « Il avait pris son parti d'une erreur qui avait tant engagé de lui-même ; mais avec le retour de la santé la haine venait : comme s'il eût été trompé, non par lui-même, mais par cette Asie centrale menteuse, idiote et qui se refusait à son propre destin — et par tous ceux dont il avait partagé sa foi ». Éloquent.

Le sens de la vie se trouve au-delà de la dialectique

Et puis toujours, obsessionnelle, fatale, la quête de sens, la marche vers une civilisation spirituelle autre, sacrée mais sans dogme ni rituel, transcendante. La fin de sa révolte, Malraux l'imagine puissamment par la traversée du désert du père de son héros, perdu sous la voûte des nuages caucasiens, se ruinant la santé sur les pistes qui mènent à Samarcande, mais élevant son âme vers l'infini, le divin. Antoine de Saint Exupéry, autre Perceval saharien, ne formulera pas autrement ce face-à-face dépouillé avec l'éternité dans le gigantisme des mers de sable. Cette révélation universelle, « un secret qui était bien moins celui de la mort que celui de la vie — un secret qui n'eût pas été moins poignant si l'homme eût été immortel », le mythe primordial qui confèrerait à l'homme un sens à sa vie bien supérieur au péché originel, Nietzsche s'y est brûlé les yeux, qui devint fou d'avoir percé le mystère… Descente aux Enfers magnifiquement retranscrite à laquelle a assisté Walter Berger, l'oncle de Vincent, ami du prophète de Sils-Maria et maître de céremonie des colloques de l'Altenburg, prieuré cerné de noyers où l'on disserte à l'envi sous l'égide des grands penseurs de ce monde : Nietzsche (bien sûr), Weber, Freud, George, Durckheim, mais aussi Pascal, Tacite, Mommsen, Platon. Dans les discours fumeux, gavés de la vaniteuse connaissance universitaire de penseurs par procuration n'écoutant qu'eux-mêmes, Vincent, revenu étranger dans un monde moderne qui le rebute en cette veille d'août 14, comprend, lui l'intellectuel, que le sens de la vie se trouve au-delà de la dialectique.

“Une civilisation n'est pas un ornement, mais une structure”

Si « l'homme est (toujours) ce qu'il fait » (cf. Tchen dans La Condition Humaine), André Malraux sait désormais qu'une dimension infiniment supérieure l'habite, qu'il discerne sous les traits de la civilisation, évoquée comme annonciation du Nous universel par la transcendance du Moi. « Autrement dit, sous les croyances, les mythes, et surtout sous la mutiplicité des structures mentales, peut-on isoler une donnée permanente, valable à travers les lieux, valable à travers l'histoire, sur quoi puisse se fonder la notion d'homme ? » Approche qui défère au livre de Malraux une connotation éminemment contemplative, traditionnelle et guénonienne. L'immortalité, thème qui revient avec insistance (« les millénaires n'ont pas suffi à l'homme pour apprendre à mourir », « On ne s'habitue pas à mourir »), Vincent la découvrira en juin 1915, les genoux et les mains plongés dans la terre gluante des plaines des bords de la Vistule irrémédiablement putréfiée par les gaz asphyxiants. Le progrès scientifique n'est qu'un leurre, « l'homme fondamental est un mythe, un rêve d'intellectuels », l'homme n'existe, vérité insoutenable pour le penseur, que parce qu'il est peuple de chair, non d'idée, un être pauvre, nu, sans force mais riche de sa communion magique avec la nature. Si pour l'intellectuel « la culture est une religion », le sens de la vie pour le commun des mortels réside dans sa capacité à ordonner la civilisation en harmonie avec les forces de la terre, seule part d'éternité où l'homme-shaman (un terme qui revient lancinant au fil du récit) trouve sa place dans la joie et la grandeur originelle recouvrées. « Une civilisation n'est pas un ornement, mais une structure ». Vincent sera emporté par les gaz, seuls résisteront sur le champ de mort aux vapeurs des combats, hiératiques, les noyers…

Le colonel Berger pouvait dès lors apparaître

Le roman s'achèvera sur le retour au narrateur, et ses souvenirs de chef de blindés devant la ruée de mai-juin 1940, son attente, pleine de pitié, de dénuement et d'acceptation sereine d'une mort qu'il croit certaine : « Ainsi, peut-être, Dieu regarda le premier homme ».

Roman charnière dans l'œuvre et la vie d'André Malraux, Les Noyers de l'Altenburg devait inaugurer une quadrilogie intitulée La Lutte avec l'Ange, projet inachevé, les manuscrits ayant été saisis par la Gestapo en 1943. Aux questions existentielles posées par le tout jeune Malraux de La Tentation de l'Occident (1926), ce livre répond tout en annonçant chez l'auteur la transition d'avec les 3 dates-clés de son “adolescence” : 1923, 1936 et 1940. Le colonel Berger (pseudonyme guerrier du Malraux de la brigade Alsace-Lorraine) pouvait dès lors apparaître.

◊ Les Noyers de l'AltenburgFolio Gallimard, 1997.

Laurent Schang, Nouvelles de Synergies Européennes n°32, 1998.

* : Durant la guerre, Malraux s'était consacré à un essai, resté inachevé et donc inédit (seul le dernier chapitre fut publié en 1946), sur le parcours de Lawrence d'Arabie : Le Démon de l'absolu, inséré posthumement en 1996 dans le deuxième tome des œuvres complètes de l'auteur en Pléiade (texte présenté, établi et annoté par Maurice Larès).

• Divers articles sur AM.

• Pour prolonger : 

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/35

dimanche 17 juillet 2022

Nuremberg, la terre promise, les faux monnayeurs (Maurice Bardèche)

 

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Maurice Bardèche (1907-1998), journaliste et écrivain français, est le beau-frère de Robert Brasillach. Ils ont co-signé ensemble Histoire de la guerre d’Espagne dont la lecture est conseillée en ce 80e anniversaire de ce terrible conflit, mais aussi une Histoire du cinéma qui fait toujours référence chez les cinéphiles avertis. Mais Maurice Bardèche signe seul une vingtaine d’autres ouvrages. Ceux qui traitent de sujets politiques et historiques sont probablement les plus connus aujourd’hui. Pourtant, Maurice Bardèche, grand érudit et fin connaisseur de la littérature française, est également l’auteur d’excellents ouvrages consacrés à divers grands écrivains.

Initialement, cet ouvrage est paru en deux tomes aux éditions Les Sept Couleurs, le premier en 1948, le second en 1950. On mesurera ainsi à quel point la liberté de ton était bien plus importante au cours des premières années de l’après-guerre qu’elle ne l’est aujourd’hui. C’est un paradoxe : moins il reste de survivants de la seconde guerre mondiale, plus la vérité officielle est sacralisée et ne tolère aucune critique.

L’objet essentiel de ces deux titres réunis ici en un seul tome est d’examiner les conséquences de la justice des vainqueurs, telle que prononcée lors du procès de Nuremberg. Selon le vieil adage Vae Victis (Malheur aux Vaincus), seul le vainqueur écrit l’Histoire. Ce vainqueur est donc absous de l’entièreté de ses crimes. Seuls ceux des vaincus retiennent l’attention et sont exploités à diverses fins. Mais pour la première fois se met en place une juridiction internationale qui va ouvrir la voie à l’intrusion d’un nouvel ordre mondial dans le domaine de la justice et du droit.

Et il est manifeste que, puisque ces lois internationales sont l’esclave de contingences politiques, il n’y a bien entendu jamais eu de procès des crimes du communisme. Pas plus que les vainqueurs n’ont jamais eu de compte à rendre à propos de Dresde, d’Hiroshima ou de Nagasaki.

Nuremberg ou la terre promise Nuremberg II ou les faux monnayeurs, Maurice Bardèche, éditions Kontre Kulture, 438 pages, 21 euros

A commander en ligne chez l’éditeur

https://www.medias-presse.info/nuremberg-la-terre-promise-les-faux-monnayeurs-maurice-bardeche/59298/

dimanche 29 novembre 2020

La machine à exclure

 La République n'est pas un système de gouvernement, c'est une idée. Et cette idée a littéralement pris possession de la France depuis le XVIIIe siècle, produisant ce que l'on peut appeler non une démocratie mais une idéocratie. Une idée.. Mais quelle idée ? demande Hubert Champrun… L'idée d'un nouveau commencement., qui périme tout ce qui n'est pas lui.

Le projet républicain français est d'emblée universaliste. C'est bien la France qui change, mais cette transformation se veut radicale au point d'être une métamorphose; ses promoteurs entendent qu'elle soit fondatrice d'un ordre nouveau qui doit étendre son empire sur toutes les nations. Le nouvel État qui naît est sans doute français, mais l'adjectif désigne bien plus ce qui vient de naître - et bien plus sûrement ce qui va advenir - qu'une quelconque continuité historique. On pourrait débattre de la proclamation effective de la Première République, de la Convention nationale, etc. : retenons que le projet républicain tel qu'il est immédiatement mis en oeuvre est fondé sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (un des textes fondamentaux de notre actuelle Constitution), avec son fameux premier article, « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », qui abolit, à la suite du 4 août, quelques siècles de vie commune et quelques millénaires de civilisation : clergé, noblesse, métiers, villes et provinces ne sont plus rien. La Déclaration universelle des droits de l'homme, de 1948, reprendra la formule dans son article premier : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Le premier Empire, agent révolutionnaire du dépassement des nations

Ce que pose la déclaration de 1789 est valable, déjà, pour, toute l'humanité, et les révolutionnaires ont bien en tête de prêcher à tout l'univers. Si les nations demeurent dans les discours, c'est qu'elles paraissent alors être les formes naturelles et insurpassables du vivre ensemble, les corps intermédiaires que sont les provinces étant déjà balayés et les formes d'organisation politique étrangères (principautés et autres duchés) déjà condamnées. Le premier empire, puis l'expansion coloniale du XIXe, sauteront aisément le pas et dépasseront le cadre national pour proposer d'étendre un empire raisonnable sur tous les territoires qui accepteraient, volens nolens, d'être illuminés. Le territoire n'est donc plus une réalité traditionnelle mais une contingence historique : la France est un projet salvateur de l'humanité, et ses frontières ne sont pas tant celles qu'un long usage a plus ou moins consacrées, au hasard des guerres et des alliances, que le théâtre administratif de son gouvernement éclairé; mieux, ses peuples ne sont pas forcément ceux qui résident en ces territoires mais la collection des individus qui adhèrent au projet républicain. On pourrait bien sûr examiner la xénophobie évidente des révolutionnaires et de leurs épigones de plus en plus lointains : c'est oublier que la nation est d'abord un projet purement contractualiste, et que la destruction des Français et les massacres opérés par les armées révolutionnaires et impériales sont d'abord des opérations politiques nécessaires d'épuration. Ce que proclame la République nouvelle, c'est l'abolition de tous droits préexistants à ceux qu'elle reconnaît : les frontières n'ont pas d'existence, le vocabulaire n'est pas fixé, les langues doivent disparaître, les coutumes s'abolir, les êtres se réincarner en d'autres eux-mêmes, transfigurés par la foi républicaine, transmutés de sujets en citoyens, etc.

Tout est déjà là qui animera toute la vie politique française : ne jamais réellement reconnaître au passé la moindre valeur que celle qui, ponctuellement, permet de légitimer la disparition de tout ce qui n'est pas purement républicain toutes traditions (des manières.de se tenir à table aux dogmes du catholicisme, de l'enseignement du latin au maintien d'une armée confondues dans une même détestation.

Et cette exigence d'adaptation permanente n'a jamais quitté la pensée des républicains qui ont gouverné la France et son empire - et encore moins les intentions de ceux qui ont jeté la France, logiquement, et avec ferveur, sur la voie de l’européanisation et de la mondialisation. La république française veut que chacun porte le projet républicain le règne universel d'un individu parfaitement égal à tous les autres, absolument indifférencié, quitte à être perpétuellement redéfini et requis d'adhérer à sa redéfinition, sous peine d'être… au mieux exclu, au pire éliminé. Le rêve réel de la République française n'est pas l'empire mondial qu'elle régenterait mais la dissolution absolue dé la France une fois obtenue l'unanimité planétaire. Cas unique, et prodigieux d'un régime qui ne poursuit que son anéantissement et ne consent à exister que comme moyen subordonné à sa cause.

« Le rêve réel de la République est la dissolution de la France »

Le pur et délirant amour d'une humanité théorique conduit ainsi la France républicaine, aujourd'hui, à nier les genres après avoir aboli ses frontières, renoncé à sa monnaie, abandonné sa législation, dissous son peuple, détruit sa religion, bref réalisé la tabula rasa la plus radicale qui soit, en pouvant avec orgueil mettre en avant qu'elle n'en tire réellement aucun profit, sinon d'être encore et toujours le phare d'une humanité nouvelle. La République française n'est ni une tyrannie, ni un totalitarisme, ni un absolutisme - même si elle en a tous les traits roides, intolérants et brutaux elle est ce régime singulier porté par une chimère dont seuls les communistes ont rêvé, l'annihilation de toute différence, au prix de sa propre disparition. Aucun moyen n'est immoral rapporté à cette fin - et la République française s'attache donc à disparaître totalement, et son peuple avec elle. Héroïque vertu.

Hubert Champrun Monde&vie 10 juin 2015 n°909

mardi 8 septembre 2020

Le problème palestinien depuis 1948

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La tragédie palestinienne démarre en 1948 et n'a cessé depuis de s'aggraver, malgré les tentatives de résistance du peuple palestinien, totalement abandonné par ses frères arabes.

1948 est l'année de la Catastrophe, ou Nakba, pour les Palestiniens. Ce peuple arabe musulman, à minorité historique chrétienne, loin d'accéder à son indépendance, après 30 ans de mandat britannique, en 1948, comme promis solennellement par l'ONU, a perdu toute souveraineté de fait sur sa terre. Le pays a été partagé entre l'Entité Sioniste, autoproclamée nouvel Israël du nom du royaume antique disparu en -722 du fait des Assyriens -, qui a étendu par la guerre le territoire déjà très large octroyé par l'ONU dans le Plan de Partage du printemps 1948, et les pays arabes voisins, soit la Jordanie, qui a annexé la Cisjordanie, et l'Egypte, Gaza.

L’expulsion

En 1948, sur la Palestine mandataire, il y avait 600 000 Juifs face à plus de 1 200 000 Palestiniens. Les sionistes ont réussi à s'imposer, du fait de leur unité politique, de leur entraînement militaire, de leur meilleur armement larges surplus de la Deuxième Guerre mondiale reçus via la Tchécoslovaquie -, de leurs soutiens politiques internationaux, avec cet exploit en ce début de Guerre Froide d'avoir à la fois la sympathie active de l'URSS et des États-Unis. Les Palestiniens n'ont pas su s'unir et ont été trahis par les armées arabes : l’Égypte comme la TransJordanie n'ont pas voulu libérer une Palestine arabe, dans son intégrité, et à la confier aux Palestiniens. Elles ont aspiré à se partager ce territoire, avec un Sud-Ouest à rattacher à l’Égypte, un Est à la TransJordanie, et un secteur côtier réduit abandonné à l'Entité Sioniste, de Tel-Aviv à Haïfa, mais rassemblant alors 80% des Juifs. Les sionistes ont nettement gagné sur le terrain, et imposé leur volonté politique.

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L'Entité Sioniste a en 1948-1949 expulsé 80% des Arabes, majoritaires initialement, de l'ensemble du territoire conquis. Ainsi est né le problème des réfugiés palestiniens, en attente, en Cisjordanie, à Gaza, mais aussi en TransJordanie, Liban, Syrie, de la libération intégrale de la Palestine, qui leur permettrait enfin de rentrer chez eux. Les enfants réfugiés de 1948 sont en train de mourir de vieillesse en 2020, tandis que leurs très nombreux descendants restent attachés à ce droit au retour. Ils sont regardés avec méfiance en TransJordanie devenue Jordanie depuis -, où ils sont majoritaires, et possèdent tous la nationalité locale, et en Syrie et au Liban. Au Liban, ils sont particulièrement nombreux, 500 000, et sont exclus par principe rigoureux de la nationalité libanaise, afin de ne pas perturber les très délicats équilibres intercommunautaires locaux. Ces réfugiés, armés, ont tenté de prendre le pouvoir en Jordanie en 1970 (Septembre Noir) et au Liban en 1975 (élément déclencheur de la guerre civile libanaise, 1975-1990); ils ont échoué, mais ces épisodes ont laissé des deux côtés, entre Arabes, des rancunes tenaces.

Une absence de soutien des autres pays arabes

L'Entité Sioniste a mené une grande offensive sur tous les fronts, en juin 1967. En six jours, elle a effectivement vaincu l’Égypte, la Jordanie, la Syrie. Elle a occupé le Sinaï jusqu'en 1982, Gaza jusqu'en 2005, le plateau syrien du Golan, annexé en 1981, et la Cisjordanie pour l'essentiel toujours occupée. La gestion des villes palestiniennes, et de Gaza, ô combien problématique, a été abandonnée dans le cadre des Accords d'Oslo (1993) à « l'autorité palestinienne », une forme de représentation nationale des Palestiniens enfin tolérée sur place. Ce n'est pas pour autant un vrai gouvernement national, encore moins depuis la mort de la figure unificatrice Arafat en 2004. En 2007, s'est instauré en outre un schisme durable entre Gaza, contrôlé par le parti islamiste Hamas, et la Cisjordanie, par la nationaliste OLP; il existe donc deux proto-États palestiniens, rivaux et limités, au lieu d'un.

Depuis les années 2010, les pays arabes, à de rares exceptions près comme la Syrie, font de moins en moins semblant de soutenir la cause palestinienne. Elle est considérée comme perdue, et une source d'embarras face aux opinions publiques. Aujourd'hui, sur 13 millions de Palestiniens, moins de la moitié vit en Palestine historique. Sur les 6 millions en Palestine, on en compte 2 millions dans l'Entité Sioniste, un peu moins de 2 millions à Gaza, un plus de 2 millions en Cisjordanie. Ils ne peuvent matériellement plus communiquer les uns avec les autres, sans parler a fortiori d'unité politique. En chiffres bruts, ces 6 millions sont aussi nombreux exactement que les sionistes, avec une croissance démographique naturelle un peu plus forte mais avec une différence bien moindre que dans les années 1970-1980. Toutefois, les dynamiques politiques et militaires ne sont absolument pas en leur faveur. Les hommes politiques sionistes, et la population, débattent, explicitement, de l'expulsion à venir de tout ou partie des 2 millions de Palestiniens de l'Entité après une déchéance massive de nationalité israélienne et de ceux de Cisjordanie. Cette dernière pourrait être très largement annexée à l'Entité, chose promise par le Premier ministre Netanyahu et intégrée dans le Plan de Paix Trump.

Nous sommes les Palestiniens de l’Europe

Le problème palestinien n'est donc pas près de recevoir une solution heureuse. La triste morale de l'Histoire est qu'une population autochtone peut parfaitement être chassée de chez elle, enfermée dans des enclaves étroites, et remplacée par une population totalement différente, comme en Palestine celle de l'utopie sioniste. L'effondrement interne de cette dernière, du fait du caractère effectivement délicat du mélange entre Juifs venus du monde entier a été annoncé tant de fois depuis 1948, et il n'a jamais eu lieu, que nous n'y croyons pas. La seule solution honnête serait le retour de tous les Palestiniens en Palestine, avec leur propre État indépendant, sur toute la Palestine historique, tandis que les 6 millions de sionistes poursuivraient leur expérience au Birobidjan, région juive d'Extrême-Orient russe, où ils sont d'ailleurs toujours invités par Poutine. Mais ce scénario rose n'a aucune chance de se réaliser.

On peut rapprocher cette situation de celle que nous subissons en Europe. Bien que malheureux, les Palestiniens ont lutté longtemps avec un héroïsme exemplaire, sur les champs de bataille ou dans la bataille des berceaux. Nous n'avons rien fait de tel en Europe, et notre Grand Remplacement est vraiment à craindre d'autant plus.

Scipion de Salm Réfléchir&Agir N°65 Printemps 2020

dimanche 8 mars 2020

Lituanie : La longue nuit d’un frère de la forêt

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Avec l'éclatement de l'Union soviétique, les Lituaniens sont enfin indépendants. Libres, il leur faut aujourd'hui se forger un avenir. Et, surtout, apprendre leur propre histoire, occultée par 45 ans d'occupation soviétique. Les jeunes découvrent ainsi avec respect l'héroïque combat des « Frères de la forêt », ces maquisards abandonnés par l'Occident, qui ont résisté aux troupes du NKVD les armes à la main jusqu'en 1954. Balys Gajauskas, 66 ans dont 37 passées au goulag, était l'un d'eux.
Balys Gajauskas est un homme discret. Presque effacé. Lorsqu'il marche dans les rues de Vilnius, rien de le distingue d'un paisible retraité de l'Est. Le cheveu rare, le visage lisse et le regard lointain, il participe aux débats du parlement lituanien de Vilnius. Balys Gajauskas est député, mais il n'a rien d'un notable sexagénaire, réchappé de l'ex-nomenklatura communiste. Il est tout simplement un héros national. Depuis l'échec du putsch de Moscou, les députés lituaniens, ses collègues, se réunissent désormais sans appréhension. Les OMON, ces fameux « bérets noirs » des troupes spéciales du ministère de l'Intérieur soviétique ont quitté la république depuis plusieurs mois. Malgré la présence sur le territoire de près de 100 000 soldats de la CEI en attente de rapatriement, les couleurs de la vieille nation balte jaune, vert, rouge flottent librement. Résistant à toute forme d'oppression, qu'elle soit russe, polonaise ou allemande, derniers Européens à avoir renoncé au paganisme pour adopter le christianisme (le roi Mindaugas se convertit en 1251), les Lituaniens, hommes libres, n'ont jamais plié devant les fils de Staline. Avec l'indépendance retrouvée, et la démocratie restaurée, les débats enflammés divisent dorénavant les parlementaires. « Sajudis » (le mouvement), la formation du président Vytautas Landsbergis, vainqueur des élections législatives de février et mars 1990, est désormais divisée en sept fractions rivales. Parmi les 80 élus de Sajudis (sur 141), Balys Gajaukas jouit, lui, d'un prestige incontesté. Il est député de Plungé, près de Palanga, sur la mer Baltique. Lors des débats qui agitent ses collègues, l'homme reste serein. Comme si ces choses-là ne le touchaient pas vraiment. Pourtant, Balys Gajaukas a longtemps œuvré pour l'indépendance de son pays. Il l’a payé cher, très cher.
« En 1948, j'ai été arrêté par les hommes du MGB, le ministère de la sécurité de l'Etat, ancêtre du KGB, explique-t-il, attablé au restaurant de  l'hôtel Draugiste (Amitié) à Vilnius. Depuis quatre ans, je combattais dans les rangs des partisans contre les troupes d'occupation soviétiques. Après avoir été torturé, j’ai été condamné à 25 ans de goulag. Soumis à un régime particulier, je suis retourné dans mon pays en 1973. Quatre ans plus tard, j'ai été à nouveau condamné à dix ans d'internement. En rentrant chez moi, j'ai retrouvé la même occupation : il fallait bien recommencer... C'est en 1988 que j'ai été libéré. »
Depuis, Balys Gajauskas a été proposé par ses compatriotes à la députation. Le 24 février 1990, il a été élu triomphalement. En marge de ses activités parlementaires, il préside l'Union des déportés et des prisonniers politiques, à Kaunas, l'ancienne capitale lituanienne. Fondée en juillet 1988, cette association s'est fixé pour objectif, outre le fait de réunir les anciennes victimes des camps de concentration, de retracer l'histoire du martyre lituanien. Elle revendique, en quatre ans d'existence, 130 000 membres !
Avant de comprendre le long combat solitaire des « Frères de la forêt » - un mouvement créé en Estonie en août 1940 par Alfons Rebane, devenu officier SS, et qui désigne l'ensemble des maquisards antisoviétiques baltes quelques précisions s'imposent. Au début du siècle, le pays appartient à l'empire tsariste, avant de passer sous contrôle allemand en 1915. En 1919, l'Armée Rouge conquiert la Lituanie, puis est chassée par les corps francs. En 1923, les Polonais s'emparent de la capitale Vilna (Vilno, puis Vilnius). Cette conquête, comme les revendications allemandes sur le port de Memel, sur la mer Baltique, favorisent réclusion d'un sentiment nationaliste en Lituanie. Autour d'un professeur d'histoire, Valderamas, se forme un mouvement fasciste, « les Loups d'acier », qui constitue sa milice. Alliés aux conservateurs de Smetona, les Loups d'acier, aidés par l'armée, fomentent un coup d'Etat en 1926. Un Etat corporatiste et autoritaire voit le jour. Les deux tendances révolutionnaires et droite autoritaire se déchirent, et force reste au Vadas (Chef) Smetona. Le pays se rapproche du Reich mais au terme du pacte germano-soviétique, l'URSS occupe la Lituanie en 1940. Malgré l'abandon du pays par l'Allemagne, le SD favorise immédiatement la constitution de réseaux clandestins antisoviétiques. Un « Front des activistes lituaniens » dirigé par le colonel Shkyrpa, ancien attaché militaire à Berlin, regroupe Loups d'acier et partisans de Smetona, réconciliés. Les communistes et le NKVD multiplient les vagues d'exécutions et de déportations. L'élite intellectuelle lituanienne est décapitée.
Dès le déclenchement de l'opération Barberousse, le 21 juin 1941, les Loups d'acier passent à l'offensive, ils libèrent Vilno et Kaunas, capitale historique du grand-duché de Lituanie. Jusqu'en 1942, les nationalistes croient pouvoir composer avec les Allemands. Déçus, il commencent alors à rejoindre les forêts, qui servent de refuges à des bandes de soldats soviétiques, des maquisards polonais ou des juifs sionistes. Comparativement à leurs cousins Estoniens et surtout Lettons, qui ont formé au total trois divisions de Waffen SS, les Lituaniens ont été peu nombreux à collaborer avec les nazis. À la fin de 1944, les survivants des unités collaborationnistes, alors que les Allemands tiennent encore la « poche de Courlande », regagnent aussi les forêts pour continuer la lutte.
Ces quelques milliers d'hommes forment l'embryon d'une résistance qui va durer jusqu'au début des années 50. Pour punir le pays, comme tous les autres peuples ayant voulu échapper à son joug, Staline, de 1945 à 1953, fait déporter des centaines de milliers de Lituaniens (de 300 000 à 500 000 personnes). Combien en sont morts ? « Aujourd'hui encore, on ne connaît pas avec précision le nombre des victimes, morts de froid, de privations et de famine, explique Balys Gajauskas. Il faudra des années, vérification faite après consultation des archives du KGB pour le savoir. » Selon lui, la résistance armée a réuni 30 à 50 000 hommes et femmes, en l'espace de dix ans. « Après 1944-1945, en pleine terreur stalinienne, les paysans, les fermiers et les intellectuels prenaient eux aussi le chemin des bois, pour échapper à la répression, poursuit-il. Tout le système d'organisation territoriale et de défense était celui de l'armée lituanienne, avec uniformes et grades. Cela a duré jusqu'en 1948. Après, à cause du manque d'armes, de la pression des troupes du NKVD et des commissaires politiques, il a fallu changer de tactique. Constituer des petits groupes de cinq à dix hommes. Et s'adapter à la guérilla. »
Quelques photos, miraculeusement sauvées des années noires de l'après-guerre, montrent les combattants, équipés d'armes hétéroclites, soviétiques et allemandes. Les symboles nationaux très anciens qui les unissent sont le Vitys (chevalier) à cheval, et la croix à deux traverses. Ou encore les Colonnes de Gédiminas, symbole héraldique de ce roi du XIIIe siècle, fondateur de Vilnius. Les « Frères de la forêt » comme leurs homologues baltes évoquent leur lointaine histoire. Ils ont recours aux traditions ancestrales des Baltes. Leur nom seul est très évocateur.
Adorateurs de « Saule » (le soleil) et de « Menesis » (la lune), ceux que les missionnaires évangélisateurs venus d'Allemagne nommaient « les Sarrazins du nord » ont toujours vénéré arbres et forêts. La Lituanie, réellement convertie aux XVIIe et XVIIIe siècles, est toujours fortement imprégnée de paganisme. Depuis le regain indépendantiste et culturel amorcé il y a quelques années par Sajudis, on voit au bord des routes ou dans les zones boisées, de gigantesques totems sculptés dans les troncs, représentant hommes et animaux. D'innombrables croix rayonnantes évoquent les anciens mythes (cf. le livre de Philippe Jouet Religion et mythologie des Baltes, Arché/Les Belles Lettres).
Dès août 1945, le général soviétique Kruglov - un assistant de Béria planifie l'écrasement de la résistance. Il se fixe février 1947 comme date limite et lance dans la bataille deux divisions du NKVD. « Pour nous réduire, ils ont bombardé les forêts, par l'aviation ou l'artillerie, se souvient Balys Gajauskas. Il nous a donc fallu creuser des galeries sous terre, parfois reliées à des caches dans les maisons amies. » Tout cela était très artisanal, mais les résistants diffusaient tout de même de nombreux journaux clandestins, constituaient d'innombrables réseaux, sans moyens radios.
Pour éviter les représailles sur leurs proches, la plupart des Frères de la forêt disposaient d'un nom de guerre parfois un nom d'oiseau ou d'arbre. Certains préféraient se défigurer et se brûler la cervelle plutôt que d'être capturés, leur identification entraînant la déportation immédiate de leur famille.
Gajauskas se souvient d'Adolfas Vanagas, alias Ramanauskas « C'était un chef mythique, surnommé "l'Aigle" il a été arrêté et fusillé en 1956. » La période de résistance la plus forte se situe entre 1946 et 1949. En 1950-1952, les possibilités d'action se restreignent, et l'aide internationale tant espérée ne vient toujours pas. Les opérations continueront pourtant jusqu'en 1955. Ce record de longévité est à peine croyable le dernier combattant de la liberté de Lituanie, Kraujelis-Siaubunas, s'est suicidé en 1965 dans la région Moletai (nord du pays) pour ne pas tomber entre les mains de l'occupant. L'itinéraire carcéral de Balys, le mènera tour à tour jusqu'en 1988 aux confins de l'empire soviétique, en Extrême-Orient, non loin de Baïkonour, près de la frontière chinoise, à Vladivostok ou près de Moscou. Trente-sept années de captivité...
Il ne garde pas de rancœur apparente envers les Occidentaux, qui ont abandonné ses Frères de la forêt à leur sort. « Je pensais que l'Occident était aveugle, qu'il ne comprenait rien. Nos simples paysans étaient meilleurs politiques que vos intellectuels, dit-il sans haine.. Je ne pense rien de l'attitude des Américains. Je comprend que chacun ait ses intérêts, mais il y a l'intérêt général. Ils proclament de grandes idées, et, en même temps, ont accepté notre esclavage. Quant j'étais au goulag, des intellectuels français sont venus à Moscou soutenir les communistes. "Comment peuvent-ils soutenir le servage ?" nous demandions-nous. »
Depuis trois ans, Balys Gajauskas et ses 800 camarades combattants miraculeusement réchappes de l'étau soviétique se réunissent en automne, à Kaunas. Nul doute qu'ils se posent toujours la question...

Arnaud Lutin Le Choc du Mois Février 1992 N°49

jeudi 22 août 2019

NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (31)

Aujourd'hui : 33. 1948 : Comment s'est faite la Restauration de 1814
1948 : Comment s'est faite la Restauration de 1814
Cette très courte plaquette (47 pages et 8 chapitres) fut publiée en 1948, plus de douze ans après la mort de Bainville. 
Apprendre et savoir, en vérité, "Comment s'est faite la restauration de 1814" est l'occasion de rendre justice à des personnes méconnues, à la masse des royalistes de base, à Paris surtout, mais aussi dans toute la France : Bainville explique, par exemple, comment la proclamation spontanée de la royauté à Bordeaux impressionna fortement les quatre souverains étrangers qui venaient d'entrer dans Paris.
Or, ces souverains, on l'a oublié aujourd'hui, ne se souciaient absolument pas de restaurer une monarchie française bourbonienne qu'ils détestaient. 
Leurs préférences allaient du démembrement de la France (pour ceux qui nous haïssaient le plus : Anglais et Prussiens) à un vague désir de République (pour les Russes, le Tsar étant assez hésitant sur le sujet...) voire à une entente avec... Napoléon (pour les Autrichiens) ! Napoléon avait en effet épousé une princesse autrichienne, comme Louis XVI, lui, l'héritier de la Révolution !...
Si la Restauration a donc pu avoir lieu - malgré l'intermède criminel des Cent Jours - c'est parce que la masse obscure des royalistes, dans toute la France, aussi bien qu'à Paris, a agi pour qu'il en soit ainsi. 
C'est bien ce que démontre Jacques Bainville dans ce petit opuscule - qu'il appelle "étude" - et dont on va lire deux courts extraits, "Comment s'est faite la Restauration de 1814."1. "Ces royalistes, il importe de bien s'entendre, n'étaient pas du tout des "agents des princes". C'étaient de simples citoyens français, convaincus de la nécessité de rétablir la royauté pour sauver la France du désastre complet, du partage à la polonaise qui la menaçaient. 
C'étaient même des femmes à l'esprit cultivé, au lucide patriotisme comme cette Aimée de Coigny, la "Mademoiselle Monk" dont Maurras a conté l'aventure dans son livre "L'Avenir de l'Intelligence". 
Vitrolles (voir le document suivant, ndlr) fut le type de ces patriotes français qui se mirent en campagne pour faire prévaloir l'unique solution nationale, l'unique solution raisonnable qui était la solution royale. 
Sans lui et sans les hommes de sa trempe, la France de 1814 aurait eu un de ces gouvernements que l'étranger amenait, et pour de bon, dans ses fourgons : cette régence de Marie-Louise sous la tutelle autrichienne qu'acceptait Napoléon dans sa conversation avec Wessenberg, le règne de Bernadotte ou d'Eugène de Beauharnais, candidats qui souriaient à plusieurs des Alliés, la République même, à laquelle pensait le Tsar, alléché par les souvenirs de la Pologne, - exactement comme Bismarck devait y penser soixante ans plus tard...."
Bainville explique ensuite comment Vitrolles dut procéder pour arriver à ses fins. 
Il lui fallut d'abord convaincre Talleyrand, et l'amener à admettre la solution royale. 
Et aussi - malgré ses répugnances bien compréhensibles... - Fouché.
Ainsi appuyé par ces deux dignitaires qui rendaient crédibles sa proposition aux yeux des Alliés, et s'appuyant sur l'intense travail des royalistes sur le terrain, dans toute la France, Vitrolles n'eut plus qu'à recueillir les fruits de la brochure de Chateaubriand, "De Buonaparte et des Bourbons", dont on sait que Louis XVIII devait déclarer qu'elle lui avait été plus utile qu'une armée de cent mille hommes...
A partir de là, la Restauration était assurée.
2. "Il manquait, après cela, quelque chose encore pour que la Monarchie fut faite. D'abord que Napoléon, abandonné de tous, se décidât à abdiquer : il fallut cela pour que les souverains alliés renonçassent complètement à leurs projets sur la France. 
Il manquait encore que Chateaubriand lançât sa fameuse brochure "De Buonaparte et des Bourbons", "inspirée par la divination de l'inquiétude générale", et qui traduisit à l'usage du peuple français, avec magnificence, les raisons positives pour lesquelles Talleyrand s'était rallié à la cause royale. 
Alors l'acclamation populaire grandit, emporta tout... 
Avec Vitrolles et les royalistes obstinés qui n'avaient jamais ni désespéré ni cédé, Talleyrand et Chateaubriand - les hommes le moins faits pour s'entendre - avaient été les vrais, les seuls artisans de la Restauration. 
Ils l'avaient imposée aux Alliés. 
En sorte que le Sénat put voter, le 6 avril, ce texte que le Corps législatif devait approuver le 9 : 
"Le peuple français appelle librement au trône Louis-Stanislas-Xavier de France, frère du dernier roi."
Ce "librement" est un des mots historiques les plus vrais qui aient jamais été prononcés. 
Au terme de cette étude, c'est celui qu'il faut retenir."
Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

mardi 26 juillet 2016

Oui, le Brexit est un vrai tsunami !

Pourquoi la finance, les média, les journaleux stipendiés ne goûtent-ils pas le Brexit anglais ? Parce que si un pays maîtrise sa propre monnaie et recouvre le contrôle national de celle-ci, il se délivre aussitôt de la soumission muette aux forces économiques qui l’oppriment.
La création monétaire ex nihilo par des entités privées enchaîne les peuples à bas bruit en les gavant de dettes ; c'est un préalable technique pour les tenir en laisse. Le capitaliste international déteste deux choses : la nation, et les monnaies indépendantes dont il ne peut contrôler la masse et le flux. On remarque que la pratique à grande échelle de l'usure - celle qui précisément a été imposée au monde après la défaite de l'Allemagne - est concomitante à la création d'Israël. Le prélude ? Les accords de Bretton Woods, sacrant le dollar comme monnaie de référence, à partir de laquelle toutes les autres devises se positionnent.
Retournons dans le passé... Les Accords de Bretton Woods signés par quarante-quatre nations en juillet 1944, après d'interminables joutes entre 730 délégués, consacrent les Yankees comme les donneurs d'ordre du futur ordre mondial. Le FMI et la Banque Mondiale sont créés, mais la décision principale est l'abandon de l’étalon-or au profit de l’étalon-change-or. Le nouveau système pose le principe suivant : le dollar devient la référence monétaire de l'après-guerre, et les autres monnaies s'indexent sur lui. Les réserves des banques centrales sont dorénavant constituées de devises prétendument diversifiées (un panier de monnaies) mais où en réalité le dollar prédomine. La création monétaire est désindexée de l'or comme auparavant au profit du billet vert, qui est le seul à garder une équivalence avec lui.
L'Oncle Sam installera l'Etat d'Israël deux ans plus tard, dans des conditions qui seront examinées plus loin.
Le principal instigateur de ces accords en apparence fructueux est Keynes économiste fétiche des socialistes, qui fut dans la pratique le petit télégraphiste de la coalition GB/USA. La France ressort elle mystifiée et très affaiblie par ces accords. Fait étrange : c'est le fils de Sion Mendès France qui conduit la délégation française. Aura-t-il ici défendu son pays hôte ou au contraire préparé en douce la naissance de la future patrie-mère ? Nul ne le sait et l'histoire jugera.
Tous les économistes sérieux s'accordent à dire que les dits accords ne produisent aucun des effets escomptés. La convertibilité dollar/or (pénalisante à l'usage pour les États-Unis) est finalement abandonnée en août 1971 par Nixon. Après une période intermédiaire, où l'on tente en vain de maintenir tant bien que mal des parités fixes, le système des changes flottants est mis en place en 1973, puis entériné par les Accords de la Jamaïque en 1976. Et c'est précisément dans les années 1980 qu'une fois pour toute la création monétaire - c'est à dire la faculté d'imprimer des billets de banque en échange de lettres de créances - est abandonnée peu ou prou au secteur privé : l'usure devient l'impératrice des cœurs, les citoyens sots se transforment en consommateurs-robots apportant leur obole au matérialisme imposé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et ce en échange de jouets (télé, Iphone, voiture, etc).
Quand la Torah tonne...
La genèse d'Israël, porté sur les fonts baptismaux à la suite de la Seconde Guerre mondiale, n'est pas dénuée d'intérêt puisque elle est consubstantielle à la nouvelle organisation mondiale économique ainsi créée. Or, dans les faits, la coalition États-Unis/Israël va peser d'un poids écrasant sur les orientations monétaires et économiques du monde : ce qu'on appelle la "financiarisation" des activités, qui consiste entre autres à spéculer sur tout, même sur les matières premières (blé, orge, etc) au risque même de mettre en famine les peuples, en est directement issu.
Revenons un peu en arrière. L'Agence juive est une organisation créée en 1929. Son but initial consiste à devenir l'exécutif de l'Organisation Sioniste Mondiale (OSM) en Palestine, territoire "neutre" alors sons mandat britannique. Si cette entité a aujourd'hui disparu, n'évoquant plus rien à personne, son importance historique dans le mouvement qui a conduit à la création d'un État par les vainqueurs de 1945 est absolument déterminante : à partir des années 1930, elle deviendra en effet le gouvernement de fait de la population juive palestinienne, et va constituer la matrice du gouvernement israélien proclamé en 1948, ce que nous allons voir.
Dès 1922, la Société des Nations a donné au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine, afin « d'instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l'établissement du foyer national pour le peuple juif » (article 2 du mandat). Pour assister le Royaume-Uni « un organisme juif convenable sera officiellement reconnu et aura le droit de donner des avis à l'administration de la Palestine et de coopérer avec elle dans toutes questions économiques, sociales et autres, susceptibles d'affecter rétablissement du foyer national juif et les intérêts de la population juive en Palestine, et, toujours sous réserve du contrôle de l'administration, d'aider et de participer au développement du pays. » (article 4 du mandat). Il n'est nullement question dans les attendus officiels de créer un État, avec tous les risques politiques inhérents à une telle décision, mais simplement d'organiser la cohabitation entre Arabes et Juifs.
De 1922 à 1929, c'est donc l'Organisation sioniste mondiale (OSM) qui assume le rôle d'interlocuteur des Britanniques. En 1929, l'OSM prend 2 décisions : créer une Agence juive spécifique, sous sa responsabilité, et ouvrir celle-ci, l’Agence juive, à des juifs non sionistes (religieux, juifs américains, etc.) Le socialiste militant Haïm Arlozoroff devient le directeur du département politique de l'Agence juive. Le lecteur notera qu'à ce poste, le sieur Arlozoroff négocie en 1933 avec le Troisième Reich un accord favorisant les transferts des fonds des juifs allemands émigrant vers la Palestine mandataire, ce qu'on a totalement occulté de nos jours.
Après une vigoureuse campagne contre le « péril fasciste », la gauche obtient 44 % des suffrages aux élections de l'OSM de 1933. Des lors, les partis de gauche basés en Palestine exercent une influence déterminante au sein de l'OSM et de l’Agence juive. Après 1933-1935, l’Agence juive devient le véritable centre du pouvoir sioniste, plus que l'OSM, ou plus que l'assemblée des juifs de Palestine, appelée Asefat ha-nivharim.
Voilà donc le cœur du pouvoir sioniste basé en Palestine, et non plus dispersé aux quatre coins du monde. Il a la particularité de ne pas être élu par les seuls juifs de Palestine, mais par l'ensemble des juifs sionistes du monde. L'Agence juive se transforme donc, disons-le tout net, en véritable gouvernement de combat. Elle a une diplomatie, en particulier à travers son département politique et indirectement à travers les structures diplomatiques de FOSM, une police, la « police juive de Palestine », un parlement, Asefat ha-nivharim, et même une armée, la Haganah , force organisée illégale mais tolérée par les Britanniques, qui ferment les yeux.
La population juive a augmenté rapidement depuis les années 1920. Mais dans les années 1930, on franchit une étape : c'est l'Agence juive qui reprend le rôle d'intégration des immigrants en Palestine, en détournant souvent les quotas prévus. Faire venir et intégrer les juifs (surtout européens) est la priorité de l'Agence juive et de Ben Gourion. La population juive de Palestine passera de 83 000 fin 1918 à 650 000 en 1947, ce qui permet au passage de rappeler qu'il y a cent vingt ans il n'y avait quasiment pas de juifs dans l'actuel Israël.
De la fin 1935 à 1939, les Arabes palestiniens se soulèvent contre le mandat britannique et la colonisation sioniste. Ce soulèvement est réprimé avec l'aide de la Haganah (l'armée, soi-disant fantôme, juive) qui trouve par là-même une reconnaissance légale de fait.
Cependant, en 1939, les Britanniques estiment non sans raison qu'ils doivent trouver une solution politique au problème palestinien. Ils publient donc le « troisième livre blanc pour la Palestine » et l'immigration juive est aussitôt stoppée ; plus grave encore, en 1949, il est prévu que la Palestine devra devenir un Etat indépendant unitaire, donc à majorité arabe.
Quelle terrible volte-face pour les enfants de David ! La réaction du mouvement sioniste ne se fait pas attendre et va s'organiser précisément autour de l’Agence juive.
Les premières intrigues se nouent dans le domaine de l’immigration. L’Agence juive crée le Mossad Le'aliyah Bet, structure clandestine qui organise à grande échelle l'immigration clandestine des Juifs vers la Terre sainte. Son succès est patent ; si l'immigration clandestine est pratiquement interrompue entre 1942 et 1945 par la guerre, elle amènera néanmoins près de 80 000 personnes en Palestine entre 1939 et 1947. La réaction de l'Agence juive s'organise également sur le terrain diplomatique : n'oublions pas qu'en 1942, au congrès sioniste de Biltmore, l’OSM avait déjà décidé de demander la création d'un État juif en Palestine. Les diplomates sionistes du département politique de l'Agence juive s'étaient mis dès cette date au travail auprès des gouvernements et des opinions publiques pour défendre cette orientation, relayée par la presse, les amis, les obligés.
Mais c'est surtout après 1945 - la victoire des Alliés créant des conditions politiques uniques - que cette action se déploiera vraiment. Il se trouve que l’OSM n'a plus de président, démissionnaire, entre 1946 et 1956 : ceci accroît davantage encore le pouvoir de l'Agence juive, dont on peut dire que l'apogée de son action trouvera sa conclusion en 1947. Les Soviétiques comme les Français s'alignent sur la position affirmée des Etats-Unis, au sujet desquels il n'est pas inutile de rappeler l'importance de sa communauté hébraïque, et décident de soutenir la création d'Israël. On le sait, en 1948, FONU décide la création d'Israël. Il faut noter qu'à l'expiration du mandat britannique,
le plan de partage de la Palestine de 1947 prévoyait de manière formelle que Jérusalem devînt un Corpus Separatum sous contrôle international. Cette disposition pleine de sagesse devait ainsi garantir à tous les cultes le libre accès aux lieux saints : pour les chrétiens notamment, l'Eglise du Saint-Sépulcre est sacrée, rappelons-le, et nombre de nos croisés des temps jadis ont donné leur vie pour elle. Hélas, les juifs ne l'entendirent pas de cette oreille : en 1949, Jérusalem-Ouest est unilatéralement proclamée capitale d'Israël. En 1967, au cours de la guerre des Six Jours, Tsahal conquiert Jérusalem-Est : Israël s'adjuge la ville, qu'elle proclame sa capitale « éternelle et indivisible ». En 1980, une loi dite fondamentale - c'est-à-dire une disposition institutionnelle ne pouvant être remise en cause ensuite, même si la majorité politique change - est votée par la Knesset. Israël promulgue la fameuse « Loi de Jérusalem », qui institue que les juifs possèdent la ville pour toujours.
Résumons-nous : le Brexit semble parfois un événement secondaire, dont on distingue mal les répercussions possibles ; maintenant que le choc est passé, on en minimise les conséquences : grave erreur ! Le Brexit contrevient à une doxa qui est la colonne vertébrale du système occidental érigé après la guerre. Les conséquences d'une Grande-Bretagne qui deviendrait prospère sans le dieu Euro pourraient lézarder la passivité des Européens - un vrai danger pour les anonymes possédants qui prêtent de la monnaie de singe pour prospérer, et se défient comme de la peste d'une banque centrale indépendante créant sa propre monnaie, selon les besoins de son peuple.
Louis Beaumont Rivarol 21 juillet 2016