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mercredi 5 février 2025

Le rôle choquant des Kurdes dans le génocide des Yézidis en Irak

 

Alors que le massacre de la communauté yézidie de Sinjar a souvent été imputé à la collusion des Arabes sunnites avec Daech, les preuves ne cessent de s’accumuler selon lesquelles les dirigeants kurdes ont joué un rôle important dans la mise en place de ces atrocités dans l’objectif de faire avancer leurs ambitions territoriales dans le nord de l’Irak.

Après l’attaque brutale de l’État islamique en août 2014 contre la communauté yézidie dans le nord de l’Irak, un narratif a rapidement émergé accusant les Arabes sunnites de Sinjar d’avoir soutenu le génocide.

Pourtant, une analyse plus approfondie de cet épisode déchirant révèle une réalité bien plus sombre : celle qui implique le politicien kurde irakien Masoud Barzani et les dirigeants du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) dans une sinistre collaboration avec l’État islamique (ISIS/Daesh/l’État islamique).

Le massacre des Yézidis : Jouer à se montrer du doigt : à qui la faute ?

Dans le petit village de Kocho, le 15 août, l’un des massacres a eu lieu, au cours duquel des centaines de femmes et d’enfants ont été réduits en esclavage et leurs hommes exécutés. «Tous les Arabes autour de nous étaient contre nous, avec les terroristes de Daesh [un acronyme arabe pour ISIS]», aurait déclaré un survivant, pointant du doigt les Arabes sunnites de Sinjar.

En août 2016, le député yézidi du parlement irakien Vian Dakhil a affirmé qu’environ 1000 combattants étrangers de l’État islamique avaient envahi Sinjar : «Mais des dizaines de milliers de personnes ont afflué pour les soutenir. Ces dizaines de milliers de personnes étaient nos voisins».

Cependant, plusieurs hommes arabes sunnites de Sinjar se sont entretenus avec The Cradle pour contester ce récit. Ils affirment qu’ils n’étaient pas volontaires pour exécuter leurs voisins yézidis, avec lesquels ils vivaient en paix depuis des générations.

En tant qu’agriculteurs ruraux et éleveurs de moutons, ils n’avaient que peu de pouvoir pour arrêter les massacres de l’EI. Certains Arabes sunnites ont effectivement rejoint l’EI lorsque le groupe a envahi Sinjar, mais il s’agissait d’un nombre relativement faible et la communauté arabe s’est largement opposée à rejoindre l’EI, disent-ils. Comme l’explique l’un des hommes :

«Le terrorisme ne représente aucune tribu, aucun groupe, ils se représentent eux-mêmes. Si un membre de la famille devient terroriste ou membre de l’État islamique, cela ne veut pas dire que son frère l’accepte. Mais ils ne pouvaient pas y résister, sinon ils auraient été tués par d’autres membres de l’État islamique. Tout le monde s’est rendu sous les armes».

En fait, l’emprise de l’État islamique s’est étendue à la population arabe sunnite à Sinjar comme à Mossoul, ce qui a mené à l’exécution de membres des forces de l’ordre et du personnel de sécurité locaux pendant que le groupe terroriste prenait le contrôle de ces régions.

Un Arabe sunnite a informé The Cradle que l’État islamique a exécuté 19 personnes de son village en 2014, dont 11 membres de sa propre famille.

Un rapport de la Mission des Nations unies en Irak (MANUI) corrobore l’affirmation selon laquelle l’État islamique aurait également ciblé les Arabes sunnites et documente les exécutions massives de civils et de soldats arabes sunnites alors que l’État islamique prenait le pouvoir à Mossoul et à Tikrit. Même ceux qui se seraient «repentis» et auraient prêté allégeance à l’EI ont souvent connu un sort sombre et risquent malgré tout d’être exécutés.

«Nous savons qu’ils pouvaient nous voir»

Les hommes arabes sunnites qui parlent avec The Cradle se demandent comment, en tant que civils, ils auraient pu résister à l’État islamique à Sinjar alors que l’armée irakienne, les peshmergas kurdes et l’armée de l’air américaine étaient tous incapables d’empêcher l’État islamique de prendre Sinjar et de massacrer ses habitants yézidis.

Les hommes affirment que des avions de guerre américains F-16 volaient dans le ciel au-dessus de Kocho au moment du massacre, mais qu’ils n’ont pas réussi à intervenir ni à mener de frappes aériennes, même si les militants de l’État islamique circulaient dans des convois de pick up Toyota neuf facilement identifiables. .

«Nous avons pu voir les membres de l’État islamique tuer les Yézidis et les avions n’ont rien fait», raconte un homme à The Cradle.

Cela a été confirmé par la chercheuse en droits humains Naomi Kikoler, qui a interrogé des survivants du massacre de Kocho. Un survivant lui a dit qu’il y avait «des jets dans les airs. Nous savons qu’ils pouvaient nous voir. Nous pensions qu’ils nous sauveraient. Je pouvais encore les entendre après avoir été abattu».

«Même si je suis massacré»

Malgré les dangers auxquels les Arabes sunnites de Sinjar étaient également confrontés face à l’EI, il existe de nombreux cas où ils ont aidé leurs voisins yézidis à s’échapper après le massacre de Kocho. Un membre de la communauté arabe sunnite locale informe The Cradle :

«Lorsque l’État islamique a tué les Yézidis à Sinjar, personne n’a pu les aider. Personne ne pouvait rien faire. Nous étions juste effrayés et tristes à leur sujet. Certaines personnes se sont enfuies dans la nuit et ont été blessées. Elles sont venues et nous les avons secourues. Certains avaient été abattus. Nous leur avons donné des pansements, de l’eau et de la nourriture, et nous les avons emmenés dans la montagne pour les aider à s’échapper».

Une personnalité yézidie de premier plan, Cheikh Nayef Jasso, a raconté les efforts de son ami arabe sunnite, Abu Saady, qui vivait dans un village voisin. Cheikh Jasso a expliqué dans une interview à la chaîne d’information Iraq 24 comment il avait demandé à Abou Saady d’aider deux survivants du massacre à s’enfuir vers les montagnes. Selon Cheikh Jasso, Abu Saady a répondu en disant : «Je vais essayer. Même si je me fais massacrer, je dois le faire».

Cependant, l’idée fausse selon laquelle les Arabes sunnites de Sinjar ont été responsables du génocide de l’EI reste largement incontestée, bien qu’il s’agisse d’une opinion qui n’est pas propagée par la communauté yézidie au sens large, mais plutôt par les manœuvres politiques du PDK dirigé par Masoud Barzani. En outre, des allégations ont émergé selon lesquelles le PDK aurait payé certains Yézidis pour amplifier ces affirmations dans les médias, faisant planer le blâme sur les Arabes sunnites.

Par exemple, le député yézidi Vian Dakhil, qui a imputé le génocide aux Arabes sunnites de Sinjar, est membre du PDK . L’influent parti politique kurde cherche souvent à coopter des politiciens issus des communautés minoritaires irakiennes dans l’espoir de les contrôler et de garantir que ces communautés agissent en faveur des intérêts du PDK.

Les Arabes sunnites comme boucs émissaires

Faire porter la responsabilité sur les Arabes sunnites du Sinjar constitue une diversion calculée des principaux coupables, à savoir le PDK, dont les forces peshmergas avaient entrepris de protéger solennellement les Yézidis du Sinjar.

Le 3 août 2014, les Peshmergas ont trahi cette confiance en abandonnant brusquement leurs postes au petit matin, laissant les Yézidis sans défense face aux assauts de l’État islamique. Cela a été confirmé par la journaliste Christine Van Den Toorn écrivant pour le Daily Beast.

Van Den Toorn écrit qu’un responsable local du PDK lui a dit que «les hauts responsables du parti ont demandé aux représentants de garder les gens calmes et que si les gens dans leurs zones de couverture partaient, leurs salaires seraient coupés».

Les responsables de la sécurité kurde ont également confisqué les armes des communautés chrétiennes de la plaine de Ninive avant d’abandonner ces communautés lorsque l’État islamique a envahi en utilisant des tactiques similaires à celles de Sinjar.

En convainquant les Yézidis de rester à Sinjar malgré la menace imminente de l’EI, en confisquant leurs armes, puis en les abandonnant au dernier moment sans avertissement, le PDK de Barzani et les Peshmergas ont assuré que l’EI serait en mesure de massacrer et d’asservir autant de Yézidis que possible.

La dure réalité est que sans l’intervention des combattants des factions kurdes rivales, du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de sa branche syrienne, les Unités de protection du peuple (YPG), les atrocités perpétrées par l’État islamique auraient été encore plus nombreuses. Les militants du PKK et des YPG venant de la zone frontalière de Rabia avec la Syrie ont créé des couloirs sécurisés permettant aux Yézidis de s’échapper du mont Sinjar.

Un accord explicite

Plusieurs Yézidis qui ont parlé avec The Cradle ont déclaré qu’ils savaient que les Peshmergas les avaient trahis en se retirant soudainement, mais aucun n’a dit comprendre pourquoi .

Plusieurs sources ont affirmé que Masoud Barzani avait conclu un accord avec l’État islamique, ce qui aurait été la raison du retrait des Peshmergas.

Selon l’universitaire français et expert de l’Irak Pierre-Jean Luizard , il y a eu «un accord explicite» entre Barzani et l’EI, qui «vise à partager un certain nombre de territoires». L’EI s’est vu confier le rôle de «mettre en déroute l’armée irakienne, en échange de quoi les Peshmergas n’empêcheraient pas l’EI d’entrer à Mossoul ou de capturer Tikrit».

Cemil Bayik, un haut responsable du PKK, a également affirmé que Barzani avait envoyé Azad Barwari, un haut responsable du PDK, rencontrer des personnalités politiques sunnites et des représentants de l’État islamique à Amman, en Jordanie, pour élaborer des plans destinés à permettre à l’État islamique de prendre Mossoul.

Comme rapport é dans The Cradle, l’éminent politicien sunnite Atheel al-Nujaifi, alors gouverneur de la province de Ninive, «qui à la fois collaborait avec l’État islamique et agissait en tant que proxy turc» a joué un rôle clé dans la chute de Mossoul.

L’accord de Barzani avec l’État islamique prévoyait apparemment la fourniture d’armes au fameux groupe terroriste. Selon les informations de Michael Rubin de l’ American Enterprise Institute (AEI), ces armes comprenaient des missiles antichar Kornet que l’État islamique a utilisés pour détruire les chars M1A1 Abrams lors des batailles contre l’armée irakienne.

Des journalistes et des membres du parlement du GRK ont par la suite vérifié que de hauts commandants peshmergas avaient échangé des armes avec l’État islamique et qu’aucun d’entre eux n’avait jamais été inculpé.

La «Jérusalem kurde»

Le désir de Barzani de partager des territoires avec l’État islamique, malgré les atrocités commises, a été alimenté par une stratégie calculée visant à étendre son influence et à atteindre son objectif de longue date : établir un État kurde indépendant.

À la base, l’ambition de Barzani cherchait à sécuriser de nouveaux territoires, à accéder à des réserves pétrolières inexploitées, à amasser des armes et à obtenir le soutien international pour la réalisation d’un État kurde souverain. L’idée essentielle était que l’EI prenne le contrôle des territoires arabes majoritairement sunnites du nord de l’Irak, forçant une grande partie de cette population à fuir, puis que les Kurdes soutenus par les États-Unis «libèrent» ces terres et les «kurdifient».

Reuters a cité un responsable du GRK disant : «Tout le monde est inquiet, mais c’est une grande opportunité pour nous. L’EI nous a donné en deux semaines ce que Maliki n’a pas pu nous donner en huit ans».

Alors que le chaos provoqué par l’État islamique enveloppait Mossoul et que l’armée irakienne faiblissait, la directive donnée rapidement par Barzani fut de mobiliser ses forces peshmergas pour capturer la ville riche en pétrole de Kirkouk – une région d’importance géopolitique qui abritait également des populations arabes et turkmènes. Cette conquête territoriale avait une valeur symbolique proche de celle de la «Jérusalem kurde».

Denise Natali, de l’Université de la Défense nationale, a observé que «pour les Kurdes, le gain le plus évident de la prise de Mossoul par l’EI est territorial car les Kurdes avaient étendu leur territoire d’environ 40%». L’écrivain assyrien Max Joseph le résume bien : «C’est une conquête déguisée en libération».

Le journaliste et expert des affaires kurdes Wladimir Van Wilgenburg a également expliqué qu’après la chute de Mossoul, «les Kurdes contrôlent désormais la plupart des territoires contestés… Ils ont désormais presque les frontières nationales souhaitées».

En contrôlant Kirkouk, Barzani a gagné non seulement de nouveaux territoires, mais aussi d’énormes réserves de pétrole qu’il a immédiatement commencé à exporter via un pipeline nouvellement construit vers la ville portuaire turque de Ceyhan.

Comme le rapporte Forbes, la majorité de ce pétrole a ensuite été vendue à Israël, malgré la forte opposition du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki. Le Jerusalem Post a noté qu’en 2015, le pétrole kurde était la source de 77 pour cent des importations pétrolières d’Israël.

Gagner la sympathie mondiale

Cependant, la question se pose : pourquoi le massacre des Yézidis qui a suivi était-il nécessaire, compte tenu des gains en territoire et en ressources recherchés par Barzani avec la chute de Mossoul ?

Un homme d’affaires kurde lié à l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) a expliqué à The Cradle que Barzani s’est rendu compte qu’exploiter la menace qui pèse sur les minorités religieuses était le meilleur moyen de susciter la sympathie pour sa propre cause en Occident.

Deux semaines après la chute de Mossoul aux mains de l’EI, Barzani avait déclaré à la BBC : «Tout ce qui s’est passé récemment montre que le Kurdistan a le droit d’accéder à l’indépendance. À partir de maintenant, nous ne cacherons pas que tel est notre objectif. L’Irak est désormais effectivement divisé».

Mais l’objectif d’indépendance kurde de Barzani n’a recueilli que peu de soutien international ; La politique américaine préconisait officiellement le maintien de l’unité de l’Irak et l’indépendance kurde se heurtait également à l’opposition des principaux acteurs régionaux, l’Iran et la Turquie. Sans surprise, le seul État disposé à soutenir fortement l’objectif de Barzani était Israël.

La politique de la pitié

Les atrocités commises contre les Yézidis ont suscité une sympathie internationale sans précédent. Le sort des Yézidis piégés sur le mont Sinjar sous la menace des militants de l’État islamique tout de noir vêtus a dominé le cycle médiatique de la presse occidentale pendant de nombreux mois.

Barzani a efficacement exploité la peur de l’EI et la sympathie internationale pour les Yézidis en faisant valoir que les Kurdes avaient besoin d’une aide directe pour libérer ces zones, séparément du chaos qui sévissait dans le reste de l’Irak. Cela lui a permis de garantir un approvisionnement fiable en armes, indépendant du gouvernement central de Bagdad.

La Maison Blanche a ouvert le 11 août un pipeline d’armes direct vers les Peshmergas de Barzani, alors que le massacre des Yézidis était toujours en cours. Le Washington Post a rapporté que cela devait être fait officieusement et par l’intermédiaire de la CIA car l’armée américaine n’avait aucune autorisation légale pour contourner Bagdad et envoyer des armes directement aux Kurdes.

Comme le rapportait The Guardian le même jour :

«L’idée d’armer les Kurdes a fait l’objet de semaines de délibérations internes et de silence officiel de la part des conseillers en politique étrangère du président Barack Obama. Il s’agit d’une étape fatidique dans la crise actuelle en Irak, une étape qui risque de faciliter la désintégration à long terme de l’Irak».

Ambitions d’annexion

Plus d’un an plus tard, une révélation inquiétante a été faite lorsqu’une coalition de forces comprenant le PKK, les Peshmergas et la coalition dirigée par les États-Unis a réussi à reprendre la ville de Sinjar. Les arrière-pensées de Barzani pour autoriser le massacre des Yézidis sont devenues étonnamment évidentes lorsqu’il a décidé d’annexer Sinjar, révélant ainsi ses motivations les plus profondes.

Dans une déclaration éhontée, Barzani a déclaré que Sinjar «appartient au Kurdistan à tous égards». Cette proclamation a été suivie d’une tentative de réécrire le récit du génocide yézidi lui-même.

Barzani a cherché à faire de Sinjar «un symbole de l’oppression du peuple kurde», effaçant essentiellement le fait que la tragédie était fondamentalement une tragédie d’immenses souffrances endurées par les Yézidis, représentant une menace existentielle pour cette minorité religieuse kurde.

Il a ensuite accusé les voisins arabes sunnites des Yézidis de Sinjar du crime qu’il avait lui-même orchestré :

«Si les Arabes de la région n’ont pas commis de crimes contre les frères yézidis et n’ont pas aidé l’EI, ils sont nos frères et nous les protégerons, mais si leurs mains sont rouges du sang des Kurdes et des frères yézidis, ils auront le droit au même sort».

Peur des représailles

S’adressant à The Cradle , plusieurs Yézidis ont exprimé leur ressentiment à l’égard de Barzani et du rôle joué par les Peshmergas dans leur trahison.

Cependant, ils ont déclaré que la communauté yézidie avait peur d’en parler ouvertement et dans les médias par crainte de représailles. Même neuf ans après, peu de Yézidis du Sinjar ont pu retourner chez eux, et la plupart vivent dans des tentes dans des camps de réfugiés parsemant la région du Kurdistan dirigée par le PDK de Barzani.

Parce que la plupart des Yézidis continuent de vivre dans la même sphère politique qui a orchestré leur massacre et leur asservissement, ils vivent dans la peur constante qu’un autre génocide puisse bientôt avoir lieu, même si l’EI a été largement, mais pas entièrement, vaincu.

source : The Cradle

envoyé par Anna Lucciola

https://reseauinternational.net/le-role-choquant-des-kurdes-dans-le-genocide-des-yezidis-en-irak/

mercredi 11 septembre 2024

Irak : une citée antique d’Alexandre le Grand retrouvée grâce à des images de satellites espions américains

 

Disparue depuis plus de 2000 ans, une cité antique fondée à l’époque le roi de Macédoine refait surface. Une découverte rendue possible grâce à des photographies satellitaires secrètes et déclassifiées par le gouvernement américain, datant de la Guerre Froide.

L’Histoire regorge de surprises inespérées. Grâce aux images d’un satellite espion américain des années 1960, des archéologues du British Museum sont parvenus à découvrir une cité antique enfouie sous le sable depuis plus de 2000 ans. La cité de Qalatga Darband, fondée en 331 avant Jésus-Christ, se situe dans le Kurdistan irakien, dans la province de Sulaymaniyah.

Qalatga Darband aurait été fondée par Alexandre le Grand, roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité, selon l’équipe d’archéologues irakiens et britanniques dirigée par des experts du British Museum. Elle aurait été construite sur la route prise par le conquérant en 331 av.J-C qui poursuivait le roi de perse, Darius III.

(…) Les fouilles menées par John MacGinnis et son équipe se sont concrétisées grâce aux fonds débloqués pour protéger l’héritage archéologique de la région, fortement menacée par Daesh. En effet, l’Iraq Emergency Heritage Management Training Scheme bénéficie d’un support financier de près de 3 millions de livres du gouvernement britannique. Initié sur le terrain depuis l’automne 2016, il vise à former de jeunes archéologues irakiens et à sauver les vestiges archéologiques à proximité sur une période de quatre ans.

Néanmoins, l’instabilité de la région a longtemps empêché les scientifiques de se rendre sur ce site de 60 hectares. Aujourd’hui, grâce aux images de drones,envoyés par les équipes du British Museum pour quadriller le terrain, les experts ont pu identifier les contours des vestiges enfouis depuis des siècles. C’est ensuite avec leurs homologues irakiens qu’ils se sont rendus sur place. Si statues romaines et pièces grecques font déjà partie de leurs trouvailles, les archéologues espèrent surtout découvrir de nouvelles traces du passage d’Alexandre le Grand aux alentours.

Le Figaro

https://www.fdesouche.com/2017/09/29/irak-citee-antique-dalexandre-grand-retrouvee-grace-a-images-de-satellites-espions-americains/

samedi 24 août 2024

Irak 2003. Un crime sans criminels : Le tombeau de la sécurité collective

 

par Monique Chemillier-Gendreau

Il y a maintenant deux décennies, le 20 mars 2003, le gouvernement américain, soutenu par certains pays européens dont l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie, déclarait la guerre à l’Irak. Une guerre-éclair qui a duré 26 jours et dont le caractère illégal a contribué à la mort du principe de sécurité collective qui était au cœur de la création des Nations unies en 1945.

L’agresseur américain, membre fondateur des Nations unies et membre permanent du Conseil de sécurité et ses alliés ont prétendu disposer d’une couverture juridique à leur attaque contre l’Irak en mars 2023. Leurs efforts laborieux n’ont pas réussi à masquer le caractère illégal de l’opération.

Les arguments juridiques développés ex post pour la justifier ont été divers, aucun n’étant recevable. La voix de Michael Glennon, professeur de droit international, prétendant qu’il y aurait eu un consentement unanime de la communauté des États pour abandonner la règle de l’interdiction du recours à la force est heureusement restée isolée. Mais si les représentants officiels de l’administration Bush ne le suivirent pas jusque-là, ils déployèrent deux raisonnements alternatifs tout aussi peu convaincants.

Pour certains conseillers juridiques du Département d’État, suivis en cela par le procureur général britannique ainsi que par les représentants du Foreign Office, l’invasion de l’Irak s’inscrivait dans une autorisation d’emploi de la force remontant à 1990 et qui serait restée en vigueur. Il s’agit de la résolution 678 du 29 novembre 1990, prise pendant la première guerre du Golfe. Par ce texte, le Conseil de sécurité avait autorisé tous les États membres des Nations unies à user de tous les moyens nécessaires pour libérer le Koweït de l’invasion irakienne. Ce texte exigeait que l’Irak se conforme à la résolution précédente, celle du 2 août 1990 (660) lui enjoignant de retirer ses troupes du Koweït et à toutes les résolutions adoptées postérieurement.

Étendre l’effet de cette résolution douze ans plus tard, et prétendre que l’autorisation alors donnée de recourir à la force vaudrait pour faire appliquer la résolution 1441 de 2002 exigeant que l’Irak accepte le retour des inspecteurs en désarmement, relève de l’escroquerie intellectuelle. Hormis le fait que la résolution 678 se situe elle-même dans une dérive contestable du rôle et des responsabilités du Conseil de sécurité, la réactiver n’avait pas de sens dès lors que son objectif, la libération du Koweït, avait été atteint. Elle avait cela pour but et seulement cela.

D’autres dans l’entourage du président Bush, ont considéré que l’intervention de 2003 était légale en tant qu’exercice du droit à la légitime défense. Il s’agit de la thèse hautement contestable de la légitime défense préventive qui n’a aucun fondement juridique. Ni la jurisprudence internationale, ni la doctrine n’ont jamais conféré de sérieux à cette thèse et de très nombreux auteurs, y compris aux États-Unis ont conclu à l’illégalité de cette intervention. .

Il faut mentionner aussi l’analyse discutable qu’a livrée une partie de la doctrine selon laquelle le Conseil de sécurité aurait postérieurement légalisé l’usage de la force et l’occupation de l’Irak par les États-Unis qui a suivi. Citant les résolutions 1483, 1500 et 1511, certains auteurs y ont vu une reconnaissance de facto de l’occupation américaine, ce qui serait une légalisation tacite des opérations militaires ayant conduit à cette occupation. Mais ils restent isolés et les propos tenus au Conseil de sécurité lui-même par certains États membres permettent d’écarter cette interprétation.

Et devant l’ampleur de l’enjeu, à savoir qu’il pourrait y avoir extinction de l’interdiction du recours à la force considérée pourtant comme une avancée décisive du droit international, la doctrine européenne dans son ensemble a résisté et a conclu que l’intervention anglo-américaine en Irak était illicite.

Retour sur la guerre de 1991

Le droit international relativement à l’utilisation de la force armée n’en est pas clarifié pour autant. En effet, les tentatives de raccorder l’intervention hasardeuse de 2003 à celle de 1991 qui aurait, quant à elle, été légale, nous amènent à faire retour sur cette période. Et une analyse rigoureuse des évènements et de leur encadrement juridique montre que dès la première guerre du Golfe, la crise du système de sécurité collective était en marche.

Le 2 août 1990, Saddam Hussein ayant lancé son armée à la conquête du Koweït, action interdite par la Charte des Nations unies, le Conseil de sécurité était fondé à agir au nom de la sécurité collective. C’est ce qu’il fit par la résolution 660 précitée, par laquelle il enjoignait à l’Irak de se retirer. Toutefois, le Conseil de sécurité est privé des moyens militaires de son action depuis les origines mêmes de la Charte. L’article 43 de la Charte prévoyait en effet que le Conseil de sécurité disposerait d’une force militaire préconstituée lui permettant d’intervenir au nom de l’ONU. Et pour la crédibilité du système, il fallait que cette force fût mise en place et gérée de manière collective. Or elle n’a jamais été constituée. Les tensions de la Guerre froide qui firent irruption peu après la mise en œuvre des Nations unies ne le permirent pas.

Le Conseil fut alors réduit à solliciter les États à chaque crise pour trouver des solutions de fortune. Dans les cas où ces solutions ont pris la forme de simples forces d’interposition (Casques bleus) sans mandat d’intervention, le système n’a pas été compromis. Mais chaque fois qu’il a été question, sous couvert du chapitre VII de la Charte, de mener des sanctions militaires contre un État, la défaillance du système a été criante. Cela fut le cas dès la guerre de Corée en 1950, quand l’armée américaine intervint avec quelques bataillons d’autres États. Et ce fut à nouveau le cas en 1990. Le 29 novembre, le Conseil de sécurité autorisa alors les États membres « à user de tous les moyens nécessaires » pour faire respecter la résolution 660 qui exigeait de Saddam Hussein qu’il se retire du Koweït. Il leur donnait donc un feu vert pour l’utilisation de la force armée et demandait seulement qu’ils le tiennent régulièrement informé.

Sur ces bases, c’est une coalition de 35 pays qui mène à partir du 16 janvier 1991, l’opération « Tempête du désert ». En cinq jours, la coalition écrase l’armée irakienne et libère le Koweït. Les Américains qui sont maîtres de la manœuvre renoncent à cette date à poursuivre l’offensive jusqu’à Bagdad pour faire tomber le dictateur irakien. Un cessez-le-feu est donc signé avec l’Irak le 28 février 1991.

Une trahison de la lettre et de l’esprit de la Charte

Était-ce une opération des Nations unies répondant aux critères du mécanisme de sécurité collective ? En réalité le Conseil a alors contrevenu aussi bien à la lettre qu’à l’esprit de la Charte. Les interprètes complaisants soucieux de présenter cette guerre comme fondée en droit s’appuyèrent sur l’article 42 du texte. Il y est dit que si les sanctions non militaires n’ont pas produit d’effet (ce qui était le cas), le Conseil peut entreprendre des actions militaires « exécutées par des forces aériennes, navales ou terrestres de Membres des Nations unies ». Mais ce texte est placé juste avant l’article décisif (43) qui en quelque sorte l’explicite en précisant que c’est par des accords spéciaux que des forces armées des États membres doivent être mises à la disposition du Conseil de sécurité.

Et il est suivi par deux articles d’une importance capitale, qui confirment la nécessité en cas d’utilisation de la force pour une opération de sécurité collective, que les États membres s’effacent au profit du tiers impartial que devait être le Conseil de sécurité. « Les plans pour l’emploi de la force armée sont établis par le Conseil de sécurité avec l’aide du comité d’état-major » (article 46). Et ce comité d’état-major est responsable, « sous l’autorité du Conseil de sécurité, de la direction stratégique de toutes forces armées mises à la disposition du Conseil » (article 47, paragraphe 3).

L’esprit de la Charte était donc clair. Une opération de sécurité collective comprenant des sanctions militaires ne pouvait en aucun cas être déléguée à un État ou un groupe d’États agissant librement avec une simple obligation d’information du Conseil. Et si ce sont bien les forces des États membres qui forment les contingents de la mission de maintien de la sécurité collective du Conseil, il est impératif que ces forces soient « dénationalisées » par leur mise sous commandement international. C’est cela qui a manqué.

Des sanctions meurtrières

La guerre du Golfe de 1991 peut d’autant moins être validée selon le droit international qu’une fenêtre d’opportunité était alors ouverte à la communauté internationale pour dépasser le blocage initial. En effet, avec la fin de la Guerre froide survenue deux ans auparavant, l’obstacle à la passation d’accords spéciaux prévus par la Charte pour la constitution de forces réellement internationales avait disparu. L’ultimatum fixé à Saddam Hussein le 29 novembre 1990 tout en lui accordant un délai, permettait de mettre enfin en œuvre l’article 43 de la Charte prévoyant la constitution de forces proprement internationales mises sous le commandement du comité d’état-major. Il n’en fut rien, car l’esprit du multilatéralisme était déjà mort.

Rappelons encore ici comment le Conseil de sécurité qui avait d’abord pris des sanctions économiques dans le but explicite d’obliger l’Irak à se retirer du Koweït, une fois ce résultat obtenu, a cependant prolongé ces sanctions sous la forme d’un embargo meurtrier pour la population. Or le but des sanctions ayant été atteint, celles-ci auraient dû être levées. Le Conseil les a reconduites pendant douze ans par des résolutions qui énuméraient les nouvelles conditions à remplir par l’Irak, notamment en matière de désarmement, pour qu’il y soit mis fin.

Nous devons ajouter encore à cette instrumentalisation des Nations unies pour servir les intérêts de certaines grandes puissances, le fait que dans certains conflits, le Conseil de sécurité n’ait pas hésité à donner mandat à l’OTAN de réaliser des opérations militaires au nom des Nations unies (Bosnie en 1995, Libye en 2011). Or l’OTAN est une alliance militaire défensive, clairement orientée à servir les intérêts de certains États contre la crainte de menaces en provenance d’autres États. Partisane par nature, elle ne pouvait en aucun cas prendre en charge des opérations militaires exécutées au nom des Nations unies. Celles-ci pour être crédibles doivent être le fait d’un organe chargé de l’intérêt commun et non d’un groupe développant des intérêts particuliers.

On le voit, la guerre des États-Unis contre l’Irak de 2003 s’est inscrite dans une instrumentalisation du système de sécurité collective qui a conduit à sa ruine. Aujourd’hui, les guerres en cours, dans le Tigré, dans l’est de la République du Congo, en Syrie, en Palestine, au Yémen, et plus près de nous, en Ukraine, sont la démonstration implacable de l’effondrement de ce système. On peut l’accepter et même pour certains s’en réjouir et activer le réarmement afin de se placer dans la guerre de tous contre tous. On peut aussi regretter l’échec d’une utopie fondatrice, mesurer les conséquences de cet échec, notamment en termes de crédibilité des grandes puissances au regard des autres États du monde, et considérer qu’il est urgent de se demander comment la réactiver.

source : Orient XXI

https://reseauinternational.net/irak-2003-un-crime-sans-criminels-le-tombeau-de-la-securite-collective/

lundi 16 octobre 2023

Villepin à l’ONU en 2003 avant 15 ans de guerre en Irak et plus d’un million de morts…

 

L’histoire.

L’histoire est riche d’enseignements.

Des enseignements que nous, les humains nous oublions si facilement.

Je crois que le pire c’est l’inconsistance de la jeunesse, l’ignorance de la jeunesse qui ne sait pas et ne peut pas comprendre ce qu’elle n’a pas vécu. Il n’y a là aucun reproche, ni jugement. Chaque vieux à la barbe blanche comme moi a été un jeune ignorant et inconsistant. Veillons simplement à mettre autant d’énergie à laisser des enfants en bon état pour notre planète qu’à tenter de leur laisser une planète en bon état ce qui risque d’être assez inutile si c’est pour s’entretuer.

Le bilan carbone des guerres n’est jamais très bon.

Alors pour les plus jeunes qui étaient trop jeunes.

Pour les plus vieux qui ne s’en souviennent plus.

Pour ceux qui préfèrent oublier.

Pour ceux qui pensent que faire la paix est lâche alors qu’il y a plus de courage dans la grandeur de la paix, que dans le laisser-aller de la destruction.

Pour ceux qui ne veulent pas voir parce que voir est toujours d’une grande dureté.

Ecoutez ce discours de Villepin, ministre des affaires étrangères d’un pays encore un peu souverain. Qui savait encore décider de sa paix ou de ses guerres.

Charles SANNAT

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

https://insolentiae.com/de-villepin-a-lonu-en-2003-avant-15-ans-de-guerre-en-irak-et-plus-dun-million-de-morts/

mercredi 5 avril 2023

Guerrier de la Paix (Alexandre Goodarzy) : le témoignage d’un ex-otage engagé auprès des chrétiens d’Orient

 

Alexandre Goodarzy, chrétien d’origine iranienne, professeur d’histoire-géo, parcourt depuis une vingtaine d’années les pays du Proche-Orient et de l’Asie centrale. Il a vécu de 2015 à 2020 en Syrie. Il est aujourd’hui directeur adjoint des Opérations et responsable Développement chez SOS Chrétiens d’Orient.

Ce livre est le témoignage poignant du kidnapping dont il fut victime avec trois autres membres de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient le 20 janvier 2020 à Bagdad.

Mais ce livre est loin de se résumer à un récit d’otage. L’auteur en profite pour nous expliquer le cheminement qui l’a conduit à se dévouer aux Chrétiens d’Orient après un bref passage par l’Education nationale. Alexandre Goodarzy clarifie surtout les piètres explications données par les médias mainstream concernant la situation brûlante au Proche-Orient, les vastes et complexes implications géopolitiques de la guerre en Syrie, ainsi que les méandres des organisations djihadistes sur place avec lesquelles nos gouvernements successifs entretiennent des relations équivoques.

Guerrier de la Paix, Alexandre Goodarzy, éditions du Rocher, 333 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/guerrier-de-la-paix-alexandre-goodarzy-le-temoignage-dun-ex-otage-engage-aupres-des-chretiens-dorient/141484/

mercredi 8 février 2023

Les guerres de l’OTAN

 

par Yannick Sauveur

Les journaux titrent « La guerre en Europe » se gardant bien de préciser que cette guerre en Ukraine n’a pas démarré le 24 février 2022. En informateurs zélés au service de leurs sponsors occidentaux, ils passent sous silence que cette guerre n’est pas non plus la première en Europe depuis 1945. Une guerre atroce a accompagné dès 1992 le démantèlement de l’ex-Yougoslavie avec en point d’orgue les bombardements sur Belgrade en 1999.

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ou Traité de Washington est signé à Washington le 4 avril 1949 au début de la guerre froide, en réaction au blocus de Berlin exercé par les Soviétiques (juin-juillet 1948). À l’origine, l’OTAN comprend les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, les pays du Benelux, le Canada, le Danemark, l’Islande, l’Italie, la Norvège, le Portugal. La Grèce et la Turquie rejoignent l’OTAN en 1952 et l’Espagne en 1982. L’OTAN est généralement présentée comme une alliance défensive face à un ennemi, le bloc soviétique. Or, le Pacte de Varsovie (le pendant de l’OTAN) ne prend forme que six ans plus tard. Signé le 14 mai 1955, il l’est en réaction à l’adhésion de l’Allemagne de l’Ouest (RFA) à l’OTAN (6 mai 1955).

Si la « justification » de l’OTAN résidait dans la menace soviétique, celle-ci n’existant plus avec la disparition de l’URSS (1991) et concomitamment la dissolution du Pacte de Varsovie (juillet 1991), en toute logique, l’OTAN n’avait plus sa raison d’être. Or, non seulement, l’OTAN continua d’exister mais de surcroît, elle continua de s’étendre contrairement aux engagements pris.

Il n’est pas inutile de rappeler que James Baker, secrétaire d’État des États-Unis, sous l’autorité du président Ronald Reagan, avait promis à la Russie, par l’entremise de Mikhail Gorbatchev, que l’OTAN allait exclure toute « expansion de son territoire vers l’Est, ou s’approcher des anciennes frontières soviétiques ». Selon les nombreuses sources présentes, il réitéra lors de la signature cette promesse en s’accordant sur l’affirmation de Gorbatchev, selon laquelle l’expansion de l’OTAN est inacceptable, à présent que la guerre froide est terminée, et l’Europe, la Russie et les États-Unis devraient trouver un terrain d’entente sur la voie amenant à la paix et à la prospérité. Baker avait répondu : « lui et les Étasuniens ont compris que non seulement pour l’Union soviétique, mais aussi pour les autres pays d’Europe, il est important de disposer de garanties selon lesquelles, si les États-Unis maintiennent leur présence en Allemagne dans le cadre de l’OTAN, l’OTAN ne devrait pas bouger vers l’Est, c’est-à-dire ne pas s’étendre vers les pays de l’ancien Pacte de Varsovie. »

Les pays ayant rejoint l’OTAN postérieurement à la fin de l’Union soviétique sont :

  • la Pologne, la Hongrie, la République tchèque (1999),
  • la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Slovaquie, la Slovénie (2004),
  • la Croatie, l’Albanie (2009),
  • le Monténégro (2017),
  • la Macédoine du Nord (2020).

À ces pays, il faut ajouter la Suède et la Finlande, pays neutres, dont la demande d’adhésion à l’OTAN (2022) a été entérinée par l’ensemble de ses membres mais qui reste en attente de l’approbation de la Turquie. Ce nouvel élargissement de l’OTAN est une provocation supplémentaire à l’égard du voisin russe, la Finlande partageant une frontière de plus de 1300 kms avec la Russie.

Deux autres pays, neutres eux aussi, l’Autriche et la Suisse, bien que ne faisant pas partie de l’OTAN, participent au Partenariat pour la paix (PPP). Pour l’ancien secrétaire à la Défense, William Perry : « La différence entre l’adhésion pleine et entière à l’OTAN et la participation au « Partenariat pour la paixʺ doit être aussi ténue qu’une feuille de papier ».  Et pour Daniele Ganser, il ne fait aucun doute que ce PPP est un Partenariat pour la guerre et non un Partenariat pour la paix.

Enfin reste le cas de l’Ukraine, considérée comme un « pivot géopolitique » par Zbigniew Brzezinski et dont les velléités d’adhésion à l’OTAN sont anciennes puisque déjà en avril 2008, le sommet de l’OTAN à Bucarest actait le principe de l’adhésion de l’Ukraine. L’ancien conseiller du président Carter (1977-1981) est le véritable concepteur de l’élargissement de l’OTAN : « L’élargissement de l’Europe et de l’OTAN serviront les objectifs aussi bien à court terme qu’à plus long terme de la politique américaine. Une Europe plus vaste permettrait d’accroître la portée de l’influence – et, avec l’admission de nouveaux membres venus d’Europe centrale, multiplierait le nombre d’États pro-américains au sein des conseils européens – sans pour autant créer simultanément une Europe assez intégrée politiquement pour pouvoir concurrencer les États-Unis dans les régions importantes pour eux, comme le Moyen-Orient. »

L’histoire de l’OTAN est celle d’une succession de guerres depuis 1949 jusqu’à celle en cours de l’Ukraine. Il serait plus juste de parler de l’histoire de l’Empire US car cette « succession de guerres » n’a pas commencé en 1949, loin s’en faut, mais il faudrait remonter à 1846 et à la guerre du Mexique qui a permis aux États-Unis de s’emparer de la moitié du territoire mexicain, qui deviendra le Nouveau-Mexique, l’Utah, l’Arizona, la Californie, le Nevada ainsi qu’une partie du Colorado. Toutes obéissent toujours au même schéma : déstabilisation de pays cibles, vassalisation desdits pays, mise en place de bases militaires avec un seul et même objectif permanent, l’occupation politico-économico militaire au profit des puissances anglo-saxonnes dont les USA. Rappelons tout d’abord que si l’OTAN est une alliance militaire, celle-ci est, dans les faits, dirigée par les USA : « La seule organisation internationale qui ait jamais fonctionné est l’OTAN. Parce que c’est une alliance militaire et que nous la dirigeons. »  (Richard Nixon). Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a une fonction essentiellement de relations publiques. C’est à ce titre qu’il est connu dans les médias. En revanche, le pouvoir réel est celui militaire qui est exercé au plus haut sommet par des Américains, à savoir le général Christopher G. Cavoli pour le Supreme Allied Commander Europe (SACEUR). Exercice américain sans partage comme en témoigne la demande de la France de voir le commandement Sud de l’OTAN attribué à un officier européen et à laquelle William Cohen, secrétaire d’État à la Défense, répondit sans ambiguïté : « c’est clair, c’est catégorique, ce n’est vraiment pas négociable ». 

Dans cette succession de guerres, avant ou après 1949, soit directement, soit par procuration, le mode opératoire de l’Empire US est toujours le même, à base de provocations, de révolutions orange, de mensonges, de corruption, de guerre de l’information (c’est-à-dire de désinformation).

Si nul n’ignore aujourd’hui la propagande éhontée au sujet des armes de destruction massive , prétexte à l’invasion de l’Irak en 2003, il n’est pas inutile de rappeler, quoique de façon non exhaustive, la longue tradition de mensonges qui jalonne l’histoire des États-Unis :

– Le 15 février 1898, le cuirassé américain USS Maine explose dans le port de La Havane provoquant la mort de 266 Américains. Le prétexte est idéalement trouvé pour l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Espagne avec pour conséquence l’annexion de Cuba, de Porto Rico, des Philippines et de l’île de Guam. C’est la première guerre que les États-Unis menaient en dehors de leur territoire. En 1911, 13 ans après la fin de la guerre hispano-américaine, l’examen de l’épave USS Maine a montré que les effets conjugués du gaz et de l’électricité avaient détruit le navire de l’intérieur. Les Espagnols n’avaient donc rien à voir avec le naufrage du cuirassé.

– La guerre du Vietnam. Le président Lyndon Johnson, qui venait de succéder à John Fitzgerald Kennedy, et la CIA voulaient un prétexte pour impliquer les États-Unis dans une guerre ouverte contre le Vietnam. Lyndon Johnson a prétendu que le Viet Minh avait attaqué un navire de guerre américain, l’USS Maddox, dans le golfe du Tonkin (4 août 1964). Le 5 août, la guerre commençait officiellement avec les bombardements sur le Nord-Vietnam. En 2005, la NSA (Agence de sécurité nationale) a publié plus de 140 documents jusque-là top secret concernant l’incident du golfe du Tonkin, dont une étude de l’historien Robert Hanyok et qui confirme ce que d’autres soupçonnaient depuis longtemps : il n’y a eu aucune action contre des navires américains dans le golfe du Tonkin le 4 août 1964. Du reste, de la bouche même des équipages du destroyer américain, l’attaque dans le golfe du Tonkin était une pure invention.

– Le pillage des couveuses et la guerre du Golfe (1991). Le mensonge des « couveuses » est monté par la société de communication Hill & Knowlton. Le 10 octobre 1990, Nayirah, une jeune fille de 15 ans présentée comme une infirmière témoigne en larmes devant le Comité des droits de l’Homme du Congrès que pendant l’invasion, elle travaillait dans un hôpital koweïti et avait vu des soldats irakiens sortir des bébés des incubateurs et les déposer par terre où ils étaient morts. 312 nouveau-nés seraient morts. En réalité, après la guerre, on apprit que l’histoire des couveuses était un mensonge infâme et que Nayirah s’appelait en réalité Nijirah al-Sabah et était la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington. 

Mensonges d’État, désinformation, tous les présidents des États-Unis impliqués dans des guerres sont des criminels de guerre, qu’il s’agisse d’Eisenhower, Johnson, Nixon, Carter, Reagan, Clinton, Bush père & fils, Obama accessoirement Prix Nobel de la Paix (sic). Aucun de ces présidents n’est allé en prison ou n’a eu à répondre devant la justice des milliers de morts. Il en est de même des dirigeants successifs de la CIA, des conseillers politiques (Madeleine Albright, Henry Kissinger), des chefs d’État ou de gouvernement (Margaret Thatcher, Tony Blair). Et la liste est loin d’être exhaustive.

Toutes les guerres de l’OTAN ont été relayées par un unanimisme des medias, de la classe politique, de la majorité des intellectuels, un formatage de l’opinion, le tout sous couvert d’humanitarisme, de bons sentiments moraux avec toujours la même rengaine, l’exportation de la démocratie (cf. ce qu’il advient en Libye, en Irak,…)

Le langage de la propagande ne s’embarrasse pas de subtilités de langage ou de finesse de vocabulaire : Saddam Hussein est un « psychopathe » et/ou un « nouvel Hitler » tout comme le dirigeant libyen Kadhafi. Milosevic est présenté comme un « dictateur sanguinaire » voire « le Führer serbe Milosevic » (Rudolf Scharping, ministre de la Défense allemand) ou « Boucher des Balkans ». Pour les États-Unis, la Libye compte avec l’Irak, l’Iran et Cuba parmi les « grands méchants » de la planète. Ces mêmes pays ainsi que la Syrie et le Soudan sont au choix des « États-parias » ou « terroristes ». Pour George Schulz, secrétaire d’État sous les mandats de Reagan, « Le Nicaragua est un cancer qui s’insinue dans notre territoire, il applique les doctrines de Mein Kampf et menace de prendre le contrôle de tout l’hémisphère ». Quant à Vladimir Poutine, volontiers présenté comme un « dictateur » (Jean-Yves Le Drian, ministre français des affaires étrangères sur TF1), d’aucuns vont jusqu’à faire état d’une continuité supposée entre Joseph Staline et Vladimir Poutine. Pour John McCain, Poutine est un « impérialiste russe et un apparatchik du KGB ». « Fou » ne faisait pas encore partie des éléments de langage, et bien, grâce à Milos Zeman, président de la République tchèque,  c’est fait : il a qualifié jeudi l’invasion russe de l’Ukraine d’« acte d’agression non provoqué », estimant que « le fou doit être isolé  (…) Il y a quelques jours, j’ai dit que les Russes n’étaient pas fous et qu’ils n’attaqueraient pas l’Ukraine. J’avoue que j’avais tort (…). Le fou doit être isolé. Et il s’agit de ne pas s’en défendre uniquement par des mots, mais par des mesures concrètes ».

À l’inverse, et dans le plus pur style orwellien, les Contras, assassins sanguinaires sont présentés comme des « combattants de la liberté » et la guerre de l’OTAN contre la Serbie est une « guerre humanitaire » !

Le coup d’État en Ukraine du 20 février 2014

Les Américains tirent les ficelles et ne s’en cachent pas. John McCain est présent à Kiev dans les semaines qui précèdent le coup d’État et exhorte les manifestants à renverser le gouvernement ukrainien. Les manifestations de Maïdan sont exploitées sur place par les multiples visites de responsables américains, les conversations téléphoniques entre Victoria Nuland et Geoffrey Pyatt, l’ambassadeur US en Ukraine, au cours desquelles ils ont discuté de la nouvelle composition du gouvernement. C’est au cours de ces conversations interceptées que Victoria Nuland  avait lancé son fameux « Fuck UE ! » Après le putsch, l’objectif des nouveaux gouvernants était de rallier l’Ukraine à l’OTAN.

La position de la Russie est claire et de bon sens : que l’Ukraine n’accueille jamais de missiles américains et qu’elle n’adhère pas à l’OTAN. Ces demandes ont été rejetées par Victoria Nuland qui a déclaré : « Ce sont des décisions qui appartiennent à l’Ukraine et à l’OTAN, pas au Kremlin ». Et Serguei Lavrov résume la situation : « Toutes nos propositions visant à écarter ces menaces sur la base du respect mutuel des intérêts de la sécurité ont été ignorées par les États-Unis, l’UE et l’OTAN. Malgré ses assurances antérieures de non-expansion vers l’Est, l’Alliance a rapproché ses frontières de celles de la Russie à cinq reprises. Nous pouvons assister à une situation similaire avec l’Ukraine. Dans ce pays, on a interdit tout ce qui est russe: la langue, l’éducation, la culture, les médias. »

L’objectif évident des USA est d’encercler toujours plus la Russie et, pour ce faire, intégrer l’Ukraine dans l’OTAN. C’est là que se situe la ligne rouge pour Vladimir Poutine pour qui il en va de la sécurité de la Russie et celle-ci a besoin d’un glacis sécurisé. Il semble que les négociations étaient bien avancées avec l’Ukraine en vue de son intégration dans l’OTAN. Or, parallèlement, non seulement les Américains restaient sourds aux demandes de Vladimir Poutine mais en plus ils envoient  davantage de troupes américaines chez les alliés d’Europe de l’Est de l’OTAN, les exercices de l’OTAN se déroulent à proximité des frontières de la Russie. Il faut rappeler ce contexte pour comprendre que l’opération militaire russe était l’unique solution pour empêcher l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN.

Pour mémoire, on rappellera les quelques dernières guerres de l’OTAN :

  • 1991 : agression de la Yougoslavie,
  • 1999 : bombardements de la Serbie et du Kosovo,
  • 2001 : bombardements massifs en Afghanistan,
  • 2003 : sans avoir obtenu l’autorisation du Conseil de sécurité, les Etats-Unis envahissent l’Irak avec comme principaux alliés le Royaume-Uni, l’Australie, l’Italie et l’Espagne. Pour une fois, la France sauve l’honneur,
  • 2011 : Intervention en Libye,
  • 2011… : Syrie,
  • 2014 : Coup d’État en Ukraine,
  • 2015 : Le Yémen est attaqué par l’Arabie saoudite sans mandat de l’ONU, avec le soutien des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, membres de l’OTAN.

Depuis 1945 et la fondation de l’Organisation des Nations unies (ONU), il est interdit de recourir à la guerre, cette interdiction ne souffrant que deux exceptions : d’une part, le droit à l’autodéfense, d’autre part, l’autorisation d’un mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU. Il est peu de dire que la Charte des Nations unies (San Francisco, 26 juin 1945) interdisant à ses membres de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies a été superbement ignorée par la plus grande alliance militaire au monde, l’OTAN, qui a conduit le plus de guerres illégales et ce, en toute impunité.  Guerres masquées, coups d’État, absence de mandat de l’ONU (Serbie 1999, Irak 2003), détournement d’un mandat de l’ONU (Libye 2011, la résolution de l’ONU autorisait une zone d’exclusion aérienne, afin de protéger la population civile. Elle n’autorisait pas un changement de régime et l’assassinat de Mouammar Kadhafi), l’ONU a montré son impuissance comme avant elle la SDN. Est-ce si étonnant ? Pas vraiment si on en juge par les propos de divers dirigeants américains : Madeleine Albright pour qui « le secrétaire général de l’ONU doit être seulement un administrateur » ou G.W. Bush : « je me demande si l’ONU est indispensable au XXIe siècle (…) ». Noam Chomsky note pour sa part que « Les plus hautes autorités expliquent avec une brutale clarté que la Cour Internationale de justice, l’ONU et les autres organisations internationales sont devenues sans objet, puisqu’elles n’obéissent plus aux ordres de Washington (…) ».

Nous faisons nôtres les constats de Daniele Ganser sur les guerres menées par l’OTAN qui sont des guerres au service de l’impérialisme américain. En revanche, nous sommes réservés sur le concept de « légalité ». La question n’est pas celle des guerres illégales, au regard du Droit, certaines peuvent l’être tout en étant des guerres justes, guerres de libération nationale ou celle de la Russie venant au secours des populations russophones du Donbass et d’autres qui ne le sont pas. Dans le cas qui nous occupe, les guerres décrites ici, celles de l’impérialisme américain, sont naturellement des guerres illégales. L’histoire contemporaine a prouvé que l’ONU est incapable de faire respecter le contenu de sa charte. Avec trois membres permanents de l’OTAN (E.U, G.B., F.) sur cinq au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU, à moins d’un veto de la Chine ou de la Russie, le résultat est connu et on a vu, hélas, que dans des cas importants (Libye), la Russie et la Chine choisissent l’abstention.

Pour les États-Unis, la force prime le droit et, se croyant investis d’une mission universelle, ils continueront à œuvrer comme ils l’ont toujours fait depuis près de 200 ans. L’OTAN a toujours été un outil au service de l’impérialisme américain et le « parapluie » américain en créant une soumission des pays de l’Europe de l’Ouest a empêché que se crée une véritable Europe souveraine et ayant sa propre défense. L’OTAN est une menace pour la paix mondiale et en premier lieu pour l’Europe, territoire convoité mais nain politique et militaire. L’OTAN n’a plus de raison d’être depuis la disparition de l’URSS. Cette organisation guerrière doit être dissoute et à tout le moins sortir de l’Europe. L’intérêt des peuples européens et de la paix en Europe le commande.

source : Rébellion via Geopolitika

https://reseauinternational.net/les-guerres-de-lotan/

jeudi 7 mai 2020

Irak : un palais assyrien découvert sous les ruines d’une mosquée détruite par Daech

Dans les décombres laissés par l’Etat islamique, des chercheurs allemands ont exhumé les vestiges d’un gigantesque édifice du VIIe siècle avant notre ère. La salle du trône mesure à elle seule 55 mètres.
C’est dans ce palais que le roi d’Assyrie Assarhaddon réunissait sa cour, il y a près de trois millénaires. Longtemps restée cachée et inaccessible, la construction a émergé, triste ironie de l’histoire, des ruines d’une mosquée de Mossoul, détruite en 2014 par l’État Islamique.
[…]
Un palais de 450 mètres de long
D’après les archéologues, le palais est en partie conservé, ce qui est d’autant plus surprenant que l’ancienne ville assyrienne Ninive, aujourd’hui recouverte par les banlieues de Mossoul, a été fondée en 612 avant notre ère, puis largement détruite par les armées alliées des Babyloniens et des Mèdes. L’existence de la résidence royale était déjà connue depuis des décennies, mais personne n’avait pu y accéder jusqu’ici.
[…]
L’article dans son intégralité sur Le Figaro

mardi 21 avril 2020

Un revenant dans l'ombre d'Obama L'heure de gloire de Zbigniew Brzezinski

L'heure de gloire de Zbigniew Brzezinski.jpegÀ plus de quatre-vingts ans, Zbigniew Brzezinski revient au pouvoir aux États-Unis. Sans poste officiel mais il ne cherche plus les honneurs. Pour l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter Barack Obama est le Président rêvé pour mettre en oeuvre sa doctrine. Avec la bénédiction de l'Europe.
« Bush est mort, vive Obama ! » C'est bien, et jusqu'à la nausée, ce que scandent en chœur, depuis des semaines, urbi et orbi, parodiant la formule traditionnelle de nos Anciens Régimes, les partisans, pêle-mêle ou au choix, de l'atlantisme, du mondialisme multilatéral, de l'hégémonie états-unienne, du cosmopolitisme « post-moderne » et du multiculturalisme « post-racial ». L'antienne est connue et affirmée de façon tonitruante depuis le mois de novembre l'Amérique, enfin débarrassée de ses mauvais génies « néo-conservateurs » et fondamentalistes, va pouvoir désormais redevenir pour de bon ce qu'elle a toujours été et ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, la grande démocratie avancée et éclairée qui, comme jadis en Europe la Prusse de Frédéric II aux yeux des philosophes des Lumières, a été missionnée par l'Histoire, bien plus encore que par le Dieu de la Bible, pour expurger du monde le Mal - ce Mal tenace, protéiforme, archaïque et omniprésent, celui des papes, des rois, des bolcheviks, des nazis, des barbus à turbans, des aviateurs kamikazes, des voleurs de bétail, des maris adultères ou des fumeurs de tabac.
Barack Obama, un nouvel et exotique saint Jean-Baptiste
Car de Jefferson à Lincoln et de Lincoln à Obama, les Etats-Unis sont et demeurent la grande République impériale, pour reprendre le terme célèbre de Raymond Aron, l'hyper-puissance vertueuse et progressiste qui est au service du Bien et où tout, finalement, se termine bien - à l'image des films à gros budgets d'Hollywood du temps où le dollar était « aussi bon que l'or » (c'est-à-dire il y a longtemps). Et Barack Obama, ce nouvel et exotique saint Jean-Baptiste dont la tête est censée demeurer fixe sur ses épaules, venu symboliquement en train de Philadelphie à Washington comme Lincoln lui-même en 1861 pour recevoir la consécration présidentielle, l'a redit de façon lyrique lors de son discours d'investiture, le 20 janvier dernier « Sachez que l'Amérique est l'amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité - et que nous sommes prêts à diriger à nouveau. »
Cette seule phrase, pourtant, devrait donner à réfléchir car son sens ne laisse pas vraiment présager une inflexion significative du projet hégémonique et, appelons les choses par leur vrai nom, néo-fasciste des États-Unis (dans le sens où le fascisme a été juridiquement défini en 1945 par le tribunal de Nuremberg comme le recours à la guerre d'agression ou d'extermination en tant que ressort essentiel de la politique d'un État souverain). Son principal inspirateur, en réalité, est tout le contraire d'un nouveau-né dans la politique américaine et au seul énoncé de son patronyme, il apparaît déjà comme plus que probable, sinon comme acquis, qu'il n'y aura pas plus de « rupture » substantielle en Amérique après le 20 janvier 2009 qu'il n'y en a eu en France après le 5 mai 2007.
Car il s'agit ni plus ni moins de Zbigniew Brzezinski (Zbig pour les intimes), l'ancien conseiller à la sécurité nationale du Président Jimmy Carter de 1977 à 1981, demeuré depuis lors un des plus influents stratèges et penseurs géopolitiques des États-Unis, à l'égal au moins de Henry Kissinger, son homologue républicain. Plusieurs sources bien informées en font en effet le conseiller de politique étrangère le plus proche et le plus écouté du nouveau Président afro-américain, et ce déjà depuis les primaires qui l'opposèrent au clan Clinton.
Un stratège qui dévoile tous ses plans, c'est rare !
Cette information, que la presse et les « américanologues » assermentés en France se gardent bien de commenter ou même de confirmer, est pourtant lourde de conséquence quant à la réalité de ce que sera la future politique diplomatique d'Obama, car quiconque s'est intéressé un tant soit peu à la géopolitique contemporaine sait que Brzezinski n'est pas n'importe qui et que les thèses qu'il défend n'ont rien à voir avec la réputation de pacifisme et/ou de néo-isolationnisme que les obamaniaques prêtent en Europe à leur champion.
L'heure de gloire de Zbigniew Brzezinski 1.jpegSon œuvre majeure, Le Grand Echiquier parue en 1997 il y a douze ans donc, au moment des guerres de Yougoslavie entreprises entre autres à son initiative sous l'égide du secrétaire d’État aux Affaires étrangères Madeleine Albright, demeure une lecture absolument fondamentale pour qui veut comprendre les desseins géostratégiques et géopolitiques que les États-Unis ont élaborés et poursuivis depuis la fin de la Guerre froide (et aussi auparavant). Une telle œuvre, d'ailleurs, est rare dans l'histoire des relations internationales et, à la limite, ne peut guère être comparée - même si naturellement en l'occurrence comparaison n'est pas tout à fait raison - qu'au Mein Kampf d'Hitler de 1925 (et encore celui-ci n'avait-il jamais accédé au pouvoir lorsqu'il rédigea son brûlot dans sa prison munichoise).
On n'imagine pas, en effet, dans le passé, Metternich, Talleyrand, Disraeli ou Bismarck détaillant à l'avance dans un livre tiré à des centaines de milliers d'exemplaires dans le monde entier l'exposé rigoureux, minutieux et argumenté des stratégies diplomatiques ou guerrières qu'ils entendaient mener dans les décennies à venir. Avec et grâce à Brzezinski, en quelque sorte, le monde a été prévenu en lieu et en temps voulus des intentions de l'Empire. Les choses étaient claires et les bombardements sur la Serbie ou la mise à sac de l'Irak, dans les années 1990, n'étaient guère qu'un prélude par la vertu de l'effondrement de l'Union soviétique, de nouveaux « orages d'acier » allaient être déversés par Washington sur un certain nombre de peuples et de pays, tandis que d'autres, relativement préservés par la détention de l'atome, comme la Russie ou la Chine, ne perdaient rien pour attendre. « Zbig » les désignait nommément comme les véritables cibles des manœuvres diverses dont il explicitait assez froidement la logique. La République impériale, apparemment guérie de sa défaite humiliante et traumatisante au Vietnam, entrait ainsi bel et bien dans son ère d'agression belliciste maximale, et l'un des plus prestigieux intellectuels d'outre-Atlantique prenait la peine de nous prévenir et de nous expliquer pourquoi il devait en être ainsi.
Il était même allé encore plus loin que cela. Car l'homme, il faut le reconnaître, en dépit de tout ce qu'il peut avoir de glacial et d'antipathique, a de l'intelligence et de l'audace. Notamment, dans une interview devenue a posteriori plus que sulfureuse, parue en 1998 dans le Nouvel Observateur reconnaissait-il froidement que l'intervention militaire des Soviétiques en Afghanistan avait été subtilement mais directement provoquée par le Département d'Etat de Washington dans la mesure où l'aide logistique fournie par la CIA aux mouvements de la guérilla moudjahidine (d'où naîtra l'organisation clandestine d'un certain Ben Laden) fut mise en place plusieurs mois avant l'invasion du pays par l'Armée Rouge, afin de déstabiliser le gouvernement pro-communiste de Babrak Karmal. Cela revenait ni plus ni moins à confirmer à vingt ans de distance les affirmations du Kremlin de 1979 selon lesquelles l'intervention militaire soviétique était légitimée par une ingérence directe des Américains dans la guerre civile qui agitait le pays.
Les Américains en Afghanistan avant les Soviétiques
Trois ans donc avant les attentats de New York, Brzezinski affirmait cyniquement ne rien regretter de cette décision dans la mesure où il ne considérait pas l'islamisme djihadiste comme un danger significatif pour les intérêts américains dans le monde. Sa justification vaut le coup d'être rappelée aujourd'hui : « Qu'est-ce qui est le plus important au regard de l'histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l'Empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l'Europe centrale et la fin de la Guerre froide ? Voir dans l'islamisme un danger pour l'Occident est une sottise : il faudrait pour cela qu'il existe un islamisme global, et il n'y en a pas. »
Même après le 11-Septembre, d'ailleurs, il ne se rétractera pas et, précurseur discret mais réel de Thierry Meyssan ou de Jean-Marie Bigard, laissera entendre plusieurs fois que les attentats du 11-Septembre pourraient bien n'être que l'ultime épisode de la collaboration née sous ses auspices dans les années 1970 entre les services de renseignement américains et ce qui allait devenir Al Qaida.
Car Brzezinski fut aussi, à partir de 2001, un des plus farouches adversaires de la politique de Bush comme d'Israël mais pour des raisons qu'il appartient aujourd'hui, avec l'élection de son disciple Obama à la Maison Blanche, de bien comprendre, car elles n'en font pas un ennemi des néoconservateurs - bien au contraire. Pour Brzezinski, d'origine polonaise, la véritable menace décisive pour l'Empire américain n'est pas le monde arabe, et encore moins comme on vient de le voir l'Islam ou l'Iran, mais la Russie. Ou plus exactement le recouvrement de la puissance russe, surtout si elle tend à se rapprocher soit de la Chine à l'Est soit de l'Europe occidentale à l'Ouest (entendez, la France, l'Allemagne et l'Italie), soit plus encore des deux en même temps - comme c'est le cas depuis l'accession au pouvoir de Vladimir Poutine.
Disciple de Halford Mackinder, le grand géopoliticien britannique du début du siècle précédent, l'auteur du Grand Echiquier est d'abord un homme profondément angoissé, comme l'était Bismarck vers 1890, car, convaincu que le centre spatial de la puissance se trouve en Eurasie et non dans la zone atlantique, il a d'avance saisi la profonde fragilité réelle de l'Empire mondialisé mais aussi décentré qu'il sert.
Pour Brzezinski, c'est en Eurasie que tout se joue
Dès la fin de la Guerre froide, Brzezinski s'est persuadé, à juste titre, que la domination des Etats-Unis sur le monde passait avant tout par l'impératif absolu de refoulement de la puissance russe en Asie et son corollaire obligé, le maintien de l'hégémonie américaine sur l'Europe occidentale, centrale et orientale (très attaché au projet d'intégration européenne défendue par Bruxelles, il a aussi été vraisemblablement un des principaux initiateurs de l'agression géorgienne perpétrée par le président Saakachvili contre l'Ossétie du Sud l'été dernier).
Si Obama et lui-même sont donc, à l'inverse de l'administration Bush, des « pro-européens », c'est uniquement en ce sens, directement contraire à un projet d'indépendance et de puissance de l'Europe. Aux yeux de Brzezinski, le Proche et le Moyen Orient, en dépit des ressources pétrolières qui s'y trouvent, ne constituent qu'une zone stratégique secondaire et limitrophe, et en soutenant la politique déstabilisatrice d'Israël comme en provoquant une inutile débâcle militaire en Irak, George Bush et son vice-président, Dick Cheney, ont selon lui lâché catastrophiquement la proie russe pour l'ombre islamique. Erreur d'autant plus grave à ses yeux que pour contrer la Russie comme la Chine, Washington a impérativement besoin de cet allié vital et indispensable qu'est la grande et de plus en plus islamiste Turquie.
Dès lors, si se confirme dans les mois qui viennent l'influence exercée par Brzezinski sur Obama, faudra-t-il enfin voir les choses en face le nouveau Président exotique et fringant qu'ont élu les Américains et qu'idolâtrent stupidement les Européens pourrait bien se révéler pour ces derniers un adversaire infiniment plus redoutable que son calamiteux mais finalement providentiel prédécesseur. Mais on sait qu'il n'est pas de pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir - ou ne savent pas lire.
À lire : Le Grand Echiquier, l'Amérique et le reste du monde, de Zbigniew Brzezinski, Hachette Pluriel.

Pierre-Paul Bartoli Le Choc du Mois février 2009