mardi 31 octobre 2023

Michel De Jaeghere sur les traces des anciens. Par Philippe Conrad

 

Michel De Jaeghere sur les traces des anciens. Par Philippe Conrad

Au moment où certains historiens spécialistes de l’Antiquité s’inscrivent dans les pas d’un Boucheron pour remettre en cause la continuité historique de l’héritage européen, il est tout à fait réconfortant de voir Michel De Jaeghere accomplir un choix différent, en valorisant au contraire l’apport des Anciens dans la construction de notre identité.

Journaliste d’un exceptionnel talent, l’auteur du Cabinet des Antiques et de La mélancolie d’Athéna a depuis longtemps fait ses preuves au Spectacle du monde et dans les deux suppléments du Figaro qu’il dirige. Combinant une vaste culture historique et littéraire avec une curiosité insatiable et une exigence intellectuelle exemplaire, il a engagé, depuis maintenant une trentaine d’années, un itinéraire personnel qui lui a permis de bâtir – à travers l’aventure exemplaire des Universités d’été de Renaissance catholique et avec ses nombreux travaux historiques – une œuvre qui comptera à coup sûr parmi les plus fécondes de celles produites par sa génération. Il apparaîtra sans doute, avec le recul du temps, comme l’un des artisans précieux de la recomposition intellectuelle venue barrer la route à la grande déconstruction engagée dans la foulée du grand carnaval soixante-huitard.

Il nous a déjà donné, il y a quelques années – avec Les derniers jours : La fin de l’empire romain d’Occident – une puissante réflexion, solidement documentée, consacrée au grand débat relatif au déclin de l’Empire romain. Rien de surprenant, donc, à ce qu’il approfondisse son exploration du passé antique dans ses deux derniers ouvrages. Ce domaine d’intérêt n’est pas complètement nouveau pour lui puisque c’est dès l’enfance et l’adolescence, à travers l’apprentissage du latin et de l’Histoire ancienne encore pratiqués à l’époque dans le premier cycle de l’enseignement secondaire, qu’il a découvert les grands récits épiques rapportés par l’Épitomé et par le De viris illustribus. Comme des générations d’élèves, il a été enchanté par le souffle épique de l’Iliade et par l’évocation des héros de la Tradition romaine. Juriste de formation plus qu’historien, il n’en a pas moins eu l’occasion de se familiariser avec les grands auteurs latins, de Cicéron à Sénèque, et s’il n’a pas étudié le grec au lycée, il a succombé aux charmes de l’Hellade et de ses paysages inspirés. Ce parcours intellectuel devenu aujourd’hui original – dans le contexte du grand effondrement des traditionnelles « humanités » – il l’a accompli en excellente compagnie, celle de plusieurs générations d’historiens et d’auteurs qui ont été, au fil des générations, des initiateurs exemplaires, de Gaston Boissier à Jacqueline de Romilly en passant par Pierre Grimal. Les hasards d’une carrière journalistique bien remplie l’ont également ramené régulièrement sur les traces des Anciens – du hors-série du Spectacle du monde consacré à l’exposition « L’Europe au temps d’Ulysse » au tout récent dossier du Figaro Histoire portant sur Les sources de la civilisation occidentale ; Ce que nous devons à l’Antiquité gréco-romaine – et c’est donc avec un lourd bagage de savoirs et de réflexions qu’il a pu entreprendre de nous proposer l’excellente synthèse correspondant au Cabinet des Antiques et à La Mélancolie d’Athéna.

Il s’y penche sur la continuité politique et anthropologique qu’il est possible d’établir entre ce passé apparemment si lointain et nos débats contemporains. La nature de l’oligarchie et celle de la démocratie, les analogies qu’il est possible d’établir entre la situation des anciennes cités grecques et la géopolitique contemporaine sont admirablement mises en lumière. Ainsi le rapprochement éclairant réalisé entre la Ligue de Délos, instrument de l’impérialisme athénien, et l’actuelle alliance atlantique sous hégémonie américaine. On retiendra également une réflexion originale sur l’octroi très restrictif de la citoyenneté athénienne et sur l’extension irréversible de la citoyenneté romaine, parallèle à l’extension continue de l’Empire et à l’assimilation progressive des élites provinciales dans l’espace de la Romanité.

La solidité de l’information, la densité de la réflexion et la clarté didactique de l’exposé font de ces deux ouvrages, tous deux publiés aux éditions des Belles Lettres, des outils précieux pour révéler aux esprits curieux qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un enseignement classique traditionnel la richesse d’un passé bimillénaire qui peut nous permettre d’échapper aux mirages de la société technicienne et de renouer avec les sources toujours vivantes de notre identité européenne. Au moment où celle-ci paraît menacée de dissolution dans un Grand Tout déraciné et cosmopolite, les précieux livres de Michel De Jaeghere sont d’indispensables compagnons de route.

Philippe Conrad

https://institut-iliade.com/michel-de-jaeghere-sur-les-traces-des-anciens-par-philippe-conrad/

Celtes et Slaves : Arthur et les bogatyrs par Vladimir Viktorovitch Kolesov [interview]

 

03/10/2016 – 06H00 Saint-Pétersbourg (Breizh-info.com) – Le docteur Vladimir Viktorovitch Kolesov, spécialiste des langues slaves, est l’un des plus grands linguistes russes contemporains. Originaire de la région de Vladivostok en Extrême-orient, il enseigne depuis plus d’un demi-siècle à l’université de Saint-Pétersbourg, où il a dirigé pendant vingt-huit ans le département de langue russe ; il a aussi été professeur invité à Yale (États-Unis) et Barcelone (Catalogne). Nous l’avons rencontré à Peterhof.

Plusieurs de vos ouvrages ont été réédités récemment. Est-ce la marque d’un intérêt nouveau des Russes pour leur langue ?

Certaines rééditions augmentées rendent compte des progrès de mes travaux, mais d’autres répondent en effet à un regain d’intérêt du public pour la langue russe. En tant que linguiste, j’enseigne la langue à travers les mentalités, or les gens ont envie de savoir qui ils sont, d’où ils viennent. J’y vois une réaction contre l’américanisation du monde. Déjà, les slavophiles du 19e siècle avaient voulu renouer avec l’identité russe en réaction contre le mouvement d’occidentalisation initié par le tsar Pierre Ier. Ils avaient entrepris de collecter les légendes et le vocabulaire anciens. Ils étaient allés les chercher vers le Nord. Pourquoi le Nord ? Parce que cette région qui ne connaissait pas le servage et avait vu affluer ceux qui cherchaient à y échapper. Elle était ainsi devenue un conservatoire des légendes. De même en Occident, après le rationalisme de l’époque des Lumières, de nombreux artistes avaient cherché à renouer avec votre passé symbolique en collectant des récits populaires.

Quitte à les arranger au passage, peut-être…

Justement, les polémiques autour des récits d’Ossian collectés par McPherson en Ecosse ont eu un équivalent en Russie avec le Dit de la campagne d’Igor, qui a inspiré l’opéra Le Prince Igor de Borodine. Beaucoup le considéraient comme une fabrication. J’ai été le premier à le déchiffrer du vieux-russe et à montrer qu’il était certainement très ancien. En étudiant sa rythmique, j’ai constaté qu’il fallait lire cette œuvre en fonction des accents repérés dans les manuscrits les plus anciens et dont il reste des traces dans le serbo-croate contemporain. Prononcés à voix haute, des vers sans relief aujourd’hui prennent une force poétique évidente. Avec les mêmes méthodes, j’ai pu montrer aussi que certains vers de l’épopée avaient perdu leur valeur poétique originelle en changeant de place, sans doute par la faute d’un copiste distrait. Il reste cependant dans le Dit de la campagne d’Igor des mots inconnus dont je n’ai pu déchiffrer la signification

Cette œuvre a-t-elle des parentés avec les récits occidentaux ?

Elle ressemble clairement à votre Chanson de Roland. Nos récits anciens sont souvent construits autour d’un héros comparable au chevalier de vos chansons de geste médiévales : le bogatyr. Plusieurs légendes portent sur une triade de héros – le nombre trois est sacré – qu’on pourrait rapprocher d’Arthur, Kai (Keu) et Gauvain. Nos trois bogatyrs sont issus des trois castes de la société. Ilia représente les paysans, Dobrynya, toujours figuré au milieu comme dans le célèbre tableau de Viktor Vasnetsov, représente les soldats et Aliocha est fils de prêtre. Les bogatyrs affrontent des dragons immortels pour libérer des jeunes filles captives. Ils possèdent une force intérieure énorme, qu’ils doivent aller chercher au loin, un thème évidemment apparenté à celui de la Quête du Graal. Ils se réunissent à Kiev, dont la fonction correspond à celle de Camelot. Quand le roi Arthur tire son épée de la pierre, l’un des bogatyrs tire la terre à lui au point de se trouver enseveli jusqu’aux épaules. Comme le roi Arthur, les bogatyrs ont pour origine des personnages réels. Ainsi, on montre la sépulture d’Ilia à Kiev, où il s’était retiré dans un monastère ; Aliocha, lui, a été tué en combattant les Mongols. Une différence quand même : le thème de l’amour est absent des vieilles légendes slaves. Au contraire des contes plus récents, elles ne connaissent pas de personnages comme Lancelot ou Guenièvre. Les jeunes filles y sont de fortes femmes qui font la guerre !

bogatyr

Ces ressemblances pourraient-elles s’expliquer par des contacts anciens entre Slaves et Celtes ?

Les anciens Slaves connaissaient les Celtes, comme en attestent des manuscrits anciens. Les archéologues ont trouvé beaucoup de correspondances chez les Celtes et les vieux Slaves… et les linguistes aussi. Les parentés entre langues slaves et langues celtiques ont été étudiées dès le 19ème siècle par des chercheurs comme le danois Holger Pedersen et l’académicien russe Alexis Chakhmatov, qui a émis l’hypothèse d’une unité des deux peuples jusqu’au 6ème siècle de notre ère. Puis des savants de l’époque soviétique comme Salomon Bernstein, Viktor Martynov et Oleg Troubatchov se sont penchés sur ce qu’on appelle les « emprunts linguistiques ». Ils ont analysé une quarantaine de mots russes qui seraient issus des langues celtiques, comme braga (alcool), tiesto (pâte à cuire), bagno (marais), brukho (estomac), séto (état de tristesse), klet (cage), etc. Le cas le plus connu est celui de korova (vache), issu de la racine indo-européenne « ker » qui signifie corne – pensez à Kernunos, le dieu cornu. Sur le plan des institutions, les druides porteurs de sagesse ont un équivalent slave, les volhvy.

Les thèmes arthuriens sont-ils présents en Russie ?

La Table ronde est connue dans toute l’Europe, y compris en Russie où elle est parfois un sujet d’inspiration. Un conte d’Evgueni Schwartz décrit un ours qui devient homme, or le nom d’Arthur dérive d’un mot celte pour ours, « arth », mais aussi du mot « art » qui désigne le brave. On peut reconstruire un rapport avec des mots du vieux slave d’après les lois phonétiques : le « a » bref correspond au vieux slave « o » qui donne « or » d’où verbe « orat », labourer, d’où provient le mot « ratai » qui signifie à la fois laboureur et protecteur, et renvoie au mot russe « rat », la guerre, symbole du lien entre paysan et soldat, comme chez Arthur. On pourrait donc s’interroger sur un reste de synchrétisme entre vieux-slave et celte. Plus sûrement, chevaliers et bogatyrs ont en commun une mission politique. Les écrivains et poètes russes ont développé le thème des héros protecteurs et libérateurs pendant l’occupation mongole, pour entretenir l’espoir chez les Russes opprimés. En Occident, la thématique de la chevalerie a aussi servi une autoconscience de la nation. En propageant les légendes arthuriennes, Chrétien de Troyes a réuni le peuple en vue des Croisades. Et les résurgences périodiques du personnage d’Arthur en Occident peuvent répondre à la nécessité d’une mobilisation cuturelle. Car si les Mongols tuaient les gens, la civilisation contemporaine tue leur âme.

Entretien réalisé avec le concours de Natalia Vladimirovna Kolesova

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/10/03/50494/celtes-slaves-selon-kolesov/

Arrestation de LOUIS XVI à VARENNES

Qu’est-ce que l’écologie ?

 

Néologisme forgé par le naturaliste allemand Ernst Haeckel en 1859 à partir des termes grecs Oïkos (habitat) et Logos (étude), l’écologie se veut la science du milieu. Sa définition étymologique reste bien vague. Longtemps ignorée du grand public, l’écologie commence à se faire connaître dans les années 1960 avec les effets de la Contre-Culture et des contestations sociales sans que sa signification soit clairement précisée. Le mot comporte deux grandes acceptions. Il faut distinguer l’écologie scientifique ou « naturelle » de l’écologie culturelle ou « idéologique » (adjectif connoté, imparfait et imprécis employé faute de mieux afin de le différencier du précédent).

L’écologie scientifique est l’étude rigoureuse des relations entre les organismes vivants et leur cadre naturel qu’on appelle le milieu. L’écologiste scientifique - ou écologue - analyse les rapports et les interdépendances entre les différentes espèces (humaine ou animales) avec leur entourage (les écosystèmes vivants - la flore - ou non, tels les minéraux). Il travaille dans le cadre d’une science particulière qui nécessite souvent une approche pluridisciplinaire en faisant appel à la zoologie, la biologie, la génétique, la botanique, la géologie, l’éthologie (science du comportement animal) ou la cybernétique.

À l’origine traduction en termes politiques et philosophiques des données fournies par l’écologie scientifique, et par ailleurs fruit des préoccupations de certains chercheurs sur les ravages de la croissance industrielle, de l’explosion démographique, du danger nucléaire, du déséquilibre Nord-Sud, du gaspillage des ressources naturelles, l’écologie idéologique se veut une mise en garde de la détérioration du milieu dans lequel vit l’homme et une résolution à cette crise.

Pour faire simple (au risque de paraître réducteur), on peut considérer que l’écologie idéologique s’exprime sous trois formes qui peuvent être parfois antagonistes :

- L’écologie politique recherche une amélioration de l’attitude de l’homme envers les écosystèmes et les animaux. On opte pour la réforme.

- L’écologie sociale cherche à sortir du domaine purement environnemental pour essayer de lier le sort de la nature au sort des individus victimes de la « financiarisation » de leurs sociétés. On opte pour la révolution.

- L’écologie profonde (ou deep ecology) considère que l’être humain appartient à un ensemble plus vaste et qu’il n’en est finalement qu’un élément parmi d’autres. Pouvant aller jusqu’au biocentrisme par refus de l’anthropocentrisme, l’écologie profonde n’en pose pas moins des questions essentielles sur le destin de l’homme et de la Terre. On opte ici pour la réaction (on réagit à la mainmise techno-productiviste).

Bien plus qu’une démarche militante, partisane ou électorale, l’écologie demeure surtout une manière originale d’avertir nos contemporains du caractère éphémère de leur passage sur la planète. Ils doivent normalement en prendre soin parce qu’ils l’ont reçu de leurs aïeux et qu’ils la transmettront à leurs enfants. En ces temps d’individualisme hypertrophié où triomphe le chacun-pour-soi et la guerre de tous-contre-tous, cet impératif tangible de solidarité entre les générations ne doit être ni oublié, ni délaissé. La grande différence entre l’animal et l’homme réside sûrement dans l’immense responsabilité du second à préserver les subtiles dynamiques de la vie. C’est pourquoi l’écologie est une science si humaine.

https://web.archive.org/web/20060620043401/http://europemaxima.com/article.php3?id_article=16

Racisme & Sous-hommes chez les philosophes des Lumières

 

Philosophe des Lumières et racisme contre le Peuple

Selon l'Humanisme des Lumières, le Peuple est classé dans la catégorie des sous-hommes, entre l'Homme et la bête. Cette conception raciste du genre humain est présente chez tous les Philosophes des Lumières qui considèrent qu'il existe un Peuple élu (Eux-mêmes seuls à être considérés comme des hommes) et des sous-hommes (Le Peuple) classés juste avant le monde animal (Bien que Voltaire classe certains singes devant le Peuple !)

Le mépris du Peuple, qualifié de Canaille ou populace par l'ensemble des philosophes des "Lumières", est donc un trait majeur de l'Humanisme des Lumières. On le retrouvera chez l'ensemble de ces penseurs tout au long de leurs écrits, y compris chez Jean-Jacques Rousseau ou chez Voltaire, ce dernier étant qualifié "d'ami du Peuple" par la mythologie républicaine.

Ces idées immondes seront reprises par les courants de pensées racistes du dix-neuvième Siècles, puis par Marx et Lénine... et par Hitler et ses théories de l’Aryen et des sous-hommes.

Un mépris du Peuple général à tous les philosophes des Lumières

Dans ces Lettres de Memmius à Cicéron (1771), voltaire écrivait : "J'ai lu, dans un philosophe, que l'homme le plus grossier est au-dessus du plus ingénieux animal. Je n'en conviens point. On achèterait beaucoup plus cher un éléphant qu'une foule d'imbéciles". Dans ce même ordre d'idées, Voltaire considère avec amusement que le porc, l'animal appelé "Immonde" par les Hébreux était en fait "Plus utile qu'eux" (Dans Dix-sept dialogues traduits de l'anglais de M. Huet).

Ce mépris pathologique du Peuple ira jusqu'à haïr la majorité du genre humain. La palme en revient à d'Holbach qui écrit dans "Le bon sens" (1772) : "L'Homme sans culture, sans expérience, sans raison, n'est-il pas plus méprisable et plus digne de haine que les insectes les plus vils ou que les bêtes les plus féroces?".

On pourrait multiplier les citations afin de démontrer que ce mépris profond pour le Peuple est général chez tous les auteurs de l'Humanisme des Lumières, mais aussi que cette idéologie qui a construit notre République se retrouve tout au long du 19e siècle. Je vous renvoie pour cela à l'excellent livre de Xavier Martin Naissance du sous-homme au cœur des Lumières.

La modification de la pensée occidentale qui conduit au Racisme scientifique

Cette vision philosophique est la suite de deux modifications majeures de la pensée occidentale : La place de l'Homme dans la classification générale des êtres vivants qui remet en cause la primauté de l'Homme qui le place au sommet de la Création ; la prédestination calviniste qui veut que les "Elus de Dieu" dirigent la masse de l'Humanité.

La classification générale du Monde de Linné est une organisation purement artificielle ayant pour but le recensement de toutes les espèces végétales ou animales connues. Buffon mettra l'Homme au cœur du règne animal et le placera au sommet de la création car ayant une âme douée de raison. Cette avancée de la Science ne remet pas en cause le message biblique de la primauté de l'être humain dans sa globalité.

L'Humanisme des Lumières va considérer que l'Homme est un animal comme les autres et qu'une infime partie des hommes, ceux "Doués de raisonnement"  est "digne" de diriger les autres. Ils en donneront même la proportion : quatre hommes pour 10 000 individus ! Certains iront jusqu'à trois pour 10 000.

L'élitisme des Lumières lui vient en partie du protestantisme radical de Calvin et de son dogme de la prédestination. Diderot sera un calviniste convaincu. 

Un siècle plus tôt, Calvin avait ouvert la voie avec son concept de prédestination et de "Peuple élu". Le théologien du protestantisme radical estimait que seul Dieu choisissait par avance ceux qui le rejoindraient dans la vie éternelle (Le reste de l'humanité étant destinée à finir en Enfer dans d'atroces souffrances). Ils constitueront le Peuple des élus chargés de diriger le reste de l'Humanité. C'est l'idéologie du Protestantisme libéral à l'œuvre actuellement avec le Mondialisme. Lire à ce sujet l'article La République de Genève de Calvin : Une dictature morale et religieuse.

Certains humains sont classés dans le règne animal

Ainsi, l'Humanisme des Lumières classera le Peuple "entre l'Homme et la bête" car n'étant pas capable de raisonner, réservant le terme d'Homme à la petite minorité dont ils sont fiers de faire partie ! Les Lumières, que l'on nous a vendues comme un modèle de liberté et de démocratie mettant le Peuple au centre de la vie politique, n'est en fait qu'une oligarchie (Gouvernement par un petit nombre). Ce n'est même pas une Aristocratie (Gouvernement par les meilleurs).

Cet humanisme, né dans la seconde moitié du 18e siècle et qui donnera le fondement idéologique de la Révolution française et de l'Empire, ira même jusqu'à classer certains hommes dans le règne animal ; certains philosophes les plaçant même après les chevaux. Ainsi les noirs d'Afrique seront classés parmi les "Bêtes" !

La dimension spirituelle de l'Homme est mise à terre par l'Humanisme des Lumières. Mme de Staël, fille de Necker, s'étonnera dans un écrit de 1798 : "Qu'est-ce en effet la dimension spirituelle de l'Homme si sa nature est animale?" (Dans Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la République en France). Dans le même ouvrage, cela ne l'empêchera pas d'affirmer : "Tout ce qui n'est pas le petit nombre d'hommes libres des circonstances extérieures par la force d'une vertu purement intellectuelle, tout le reste de l'espèce humaine, doit être calculé comme une expérience chimique". Ainsi, hormis l'infime élite d'êtres doués de raison, le reste de l'Humanité est purement niées ! La différence est de nature ontologique.

Le "Commun des hommes" n'est pas reconnu par cet humanisme, l'assimilant "au commun des canards". L'exclusion est sévère. L'Homme titulaire de dignité de par l'onction d'une touche divine, comme l'écrira Mme de Staël, est "Essentiellement" différent du commun des hommes. Entre lui et eux s'étend la distance de l'Homme au canard, dirait Diderot.

Dans une correspondance de Diderot au sculpteur Falconet de juillet 1767, Le philosophe écrit : "Quand je dis les hommes, je parle de vous et moi". La répétition de tels propos chez tous les philosophes des Lumières montre bien que l'Humanisme des Lumières a inventé le concept d'Untermenschen (Sous homme) qui sera repris tout au long du 19e siècle au cours duquel le nom apparaîtra.  Il sera théorisé et mis en œuvre par le National-socialisme avec les sous-hommes au service de la race pure aryenne.

Un monde de classes avec ses élus et ses sous-hommes

On nous vend l'Humanisme des Lumières comme une avancée fondamentale vers la Liberté et tant d'autres vertus. Malheureusement, elle ne concerne qu'une infime minorité des hommes (Les élus de Dieu pour les Calvinistes), le Peuple étant relégué dans la catégorie des Sous-hommes.

Pour ce petit nombre d'hommes doués de raison, les philosophes des Lumières trouveront "Qu'il y a quelque chose de divin en l'Homme", reconnaissant ainsi une certaine forme d'immortalité.

Les métiers et les gens de métiers seront méprisés. L'Encyclopédie décrit le Manouvrier (Ceux qui travaillent de leurs mains et à la journée) comme "Hommes grossiers" qui sont "dans un état de stupidité presque égal à celui des bêtes". Et de poursuivre que certains d'entre eux "n'ont jamais eu un nombre d'idées pareil à celui qui forme le système des connaissances d'un renard". Incontestable vitrine technique de tous les métiers du 18e siècle, l'Encyclopédie montre une vision de l'Homme qui est celle de l'Humanisme des Lumières et non celle des corporatismes encore largement dominant.

Cette méprisante dépréciation des gens de métier sera utilisée par Voltaire pour dévaloriser ses adversaires et pour commencer les chrétiens. Jésus Christ lui-même né "Dans un village juif, d'une race de voleurs et de prostituées" aura les honneurs de cette façon de faire. "Un juif obscure de la lie du Peuple", fils analphabète "D'un charpentier de village". Le prophète Mahomet ne sera pas mieux traité, le gratifiant de "Valet d'une marchande de chameaux". 

Les domestiques seront considérés comme faisant partie de la meute de chiens par Buffon : "Comme les autres domestiques, le chien est dédaigneux chez les Grands et rustre à la campagne". Rivarol n'en pensera guère moins : "Semblable au valet d'un philosophe, qui apporte des livres à son maître, et qui ne voit que ses gages dans ses fonctions, le chien ne voit entre son maître et sa leçon que le châtiment ou la récompense" (Dans Discours préliminaire du nouveau dictionnaire de la langue française de 1797).

Le monde paysans sera animalisé

Le monde paysan sera simplement ignoré ou animalisé, rejoignant les Hottentots ou les Lapons. Si l'on en croit Voltaire les "Cafres d'Afrique" qu'il a tant sous-humanisé "Sont infiniment supérieurs" aux paysans de nos contrés qu'il nomme "Nos rustres". Ces rustres, écrit Voltaire, vivent "Dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux ayant peu d'idées et par conséquent peu d'expressions" (Dans Essais sur les mœurs écrites entre 1740 et 1756).

L'Humanisme des Lumières fait un amalgame entre les "Rustiques" et leurs animaux. Ainsi, du maître on glisse au paysans et du "Plus vil des paysans" on glisse à l'âne dans une continuité de valeurs... comme Voltaire faisait la continuité entre le "Nègre" et le singe ; Galiani entre le "Nègre" et le mulet (Correspondance entre Galiani et Mme d'Epinay du 5 septembre 1772). 

"Il est dans l'espèce humaine, des êtres aussi différents les uns des autres, que l'homme l'est d'un cheval ou d'un chien. Quelle différence infinie n'y a-t-il pas entre le génie d'un Locke, d'un Newton, et celui d'un paysan, d'un Hottentot, d'un Lapon?" Ces propos sont tirés de Le bon sens de D'Hollbach (1772) ; les Hottentots et les Lapons étant considérés comme des "Races inférieures" par l'Humanisme des Lumières, influence directe de la Théorie des climats (Lire sur ce sujet : Montesquieu importe en Occident cette vieille théorie du racisme scientifique qu'est la Théorie des climats)

Vers l'idéologie raciste du National-socialisme

Rappelons les affirmations d'un plus récent anthropologue, pour comparaison : "Il y a moins d'écart entre l'Homme-singe et l'Homme courant qu'il n'y en a entre cet Homme courant et un homme comme Schopenhauer". Propos tiré de ... Libres propos sur la Guerre et la Paix - Adolf Hitler octobre 1941.

Les délires de l'Humanisme des Lumières que l'on nous vend comme prônant l'Egalité (Devise inscrite sur nos monuments) va construire une ontologie des plus inégalitaires qui conduira certains à mettre en œuvre le concept on ne peut plus raciste de Sous-Homme.

Pour protéger l'Homme, je préfère la Genèse biblique que Voltaire considérait comme le reflet des "Idées les plus grossières du Peuple le plus grossier". Les Hommes y sont égaux entre eux quel que soit la couleur de leur peau ou la latitude du lieu où ils habitent. 

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2017/12/racisme-sous-hommes-chez-les-philosophes-des-lumieres.html

lundi 30 octobre 2023

SPQR. Histoire de l’ancienne Rome, par Mary Beard

 

Les éditions Perrin ne sont jamais à court d’ouvrage majeur ; elles le prouvent avec la sortie de SPQR. Histoire de l’ancienne Rome, de Mary Beard. Figure académique anglaise, Mary Beard est professeur à Cambridge. Personnalité hors norme, alliant une hauteur de vue unique à une écriture rare, elle est membre de la British Academy et de l’American Academy of Arts and Sciences.

Auteur de nombreux livres acclamés par la presse et plébiscités par le public, dont The Roman Triumph, The Parthenon, et Pompéi, elle est également chargée de l’Antiquité pour le prestigieux Times Literary Supplement. Brillante pédagogue, elle conseille la BBC pour ses émissions historiques.

Cet ouvrage, de plus de 500 pages, retrace l’histoire de Rome, de sa fondation à sa chute ; un effondrement de l’empire romain particulièrement d’actualité aujourd’hui, à l’heure où les frontières de l’Europe cèdent de toute part…

L’ancienne Rome continue de soutenir l’édifice de la culture occidentale, de façonner notre vision du monde et la place que nous y occupons. Mais comment et pourquoi ce qui n’était qu’un village insignifiant dans le centre de l’Italie a-t-il pu devenir une puissance à ce point dominante, exerçant son autorité sur un vaste territoire déployé à travers trois continents et façonnant nombre de nos concepts fondamentaux sur le pouvoir, la citoyenneté, la guerre, l’empire, le luxe ou la beauté ? L’auteur retrace mille ans d’histoire de l’Urbs, du mythe fondateur de Romulus et Remus à l’édit de l’empereur Caracalla offrant la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’empire (IIIe siècle).

Ce faisant, l’auteur conteste les perspectives historiques confortables, refusant l’admiration simpliste ou la condamnation systématique. Elle montre que l’histoire romaine, loin d’être figée dans le marbre, est constamment révisée en fonction de nouvelles connaissances. Rome ne fut pas, par exemple, le petit frère violent de la Grèce, féru d’efficacité militaire, là où son aînée aurait au contraire privilégié la recherche intellectuelle.

De célèbres personnages – Cicéron, César, Cléopâtre, Auguste et Néron – prennent ainsi une tout autre couleur, tandis que les acteurs négligés dans les histoires traditionnelles – les femmes, les esclaves et affranchis, les conspirateurs et, globalement, ceux qui ne sont pas du côté des vainqueurs – retrouvent leur place dans l’éblouissante aventure romaine.

SPQR –Senatus PopulusQue Romanus – est l’abréviation qu’utilisent les Romains pour désigner leur État. À travers ce livre exceptionnel, ponctué par une centaine d’illustrations, le Sénat et le Peuple de Rome reprennent vie.

SPQR est un ouvrage majeur concernant une période déterminante et passionnante dans l’histoire de l’Europe.  Le livre est agrémenté de photos et d’illustrations, qui rendent la lecture encore plus agréable. A posséder, pour tous les étudiants en Histoire abordant cette période, mais aussi pour tous les passionnés de cette période. Procurez-le vous, et replongez dans ce rêve appelé Rome, qui s’effondra après l’édit de Caracalla…

SPQR. Histoire de l’ancienne Rome – Mary Beard – Perrin – 26 €. Commandez le livre en cliquant sur l’image ci-dessous, et aidez en même temps breizh-info.com qui touchera une commission.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/10/23/51765/spqr-histoire-de-lancienne-rome-mary-beard/

La violence lors de la Révolution française : l’aboutissement d’une logique infernale

 

par Etienne Fauchaire

Au cours des années 1793 et 1794, la Révolution française, qui promettait «liberté, égalité, fraternité» aux citoyens français, a basculé vers un régime de terreur dont la face sanglante est encore aujourd’hui symbolisée par la guillotine. À l’école et au sein des universités, dans le cinéma ou dans la presse, cette violence reste pourtant minorée, sinon occultée, au profit d’un récit mythologique. Pourtant loin d’être un dérapage, la politique de répression mise en œuvre par les Jacobins serait le fruit d’une terrible mécanique initiée dès juillet 1789 : c’est la thèse soutenue par l’historien Hervé Luxardo dans son ouvrage «La Révolution française et la violence : une logique infernale».

Epoch Times : Survenue le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille est un événement emblématique de la Révolution française, souvent présenté comme un soulèvement du peuple parvenu à s’emparer de cette citadelle perçue tel un symbole du despotisme monarchique. Une mythologie, dénoncez-vous, dont les bases ont été jetées dès lors que les émeutiers ont découvert que seulement sept prisonniers se trouvaient en son sein. Pouvez-vous revenir sur la genèse du récit révolutionnaire ?

Hervé Luxardo : D’une certaine manière, tout commence un certain mardi 14 juillet 1789. Qu’on s’entende bien, il y a évidemment d’autres dates qui auraient pu devenir le symbole de cette année révolutionnaire, comme le 20 juin 1789, jour du serment du Jeu de Paume, ou le 9 juillet, lorsque les députés se proclament Assemblée nationale… Votre question nous renvoie en fait à la IIIe République triomphante qui s’est emparée, très logiquement, du récit fondateur des origines de la Révolution. Il lui fallait donc organiser la mémoire des Français. Elle allait construire l’histoire que devaient retenir les écoliers. C’est ce que l’on a appelé le «roman national» qui a été d’une efficacité redoutable puisqu’il fonctionne toujours, en tout cas pour certains événements ; même si les Républicains voulaient fêter le 14 juillet… 1790. Ce sont d’ailleurs les auteurs des manuels scolaires qui ont mis l’accent sur la Bastille.

Encore en 2023, la reddition de la Bastille est majoritairement présentée comme un soulèvement du peuple pour s’attaquer au «symbole de l’arbitraire royal». Bien sûr, tout ceci est un montage idéologique. Un montage qui d’ailleurs commence au lendemain de la chute de la forteresse parisienne. En réalité, les quelque 10 000 émeutiers savaient que la Bastille renfermait de la poudre dont ils manquaient pour leurs fusils.

On a donc toute une littérature totalement imaginaire qui se fait un plaisir de décrire les heures sombres de la Bastille, qui n’existent que sur le papier. Ainsi, une brochure de 16 pages raconte le martyre d’un imaginaire Comte de Lorges, prisonnier pendant 32 ans. L’auteur, pour forcer le trait, invente un «Tribunal de Sang» qui l’aurait condamné à vivre dans un cachot obscur sans contact avec le monde extérieur. D’autres auteurs imaginèrent des «victimes du despotisme» affamées, réduites à se nourrir de leur propre chair ! D’autres, plus subtils, comme le «Patriote Palloy», un très riche entrepreneur en maçonnerie, allaient utiliser le filon en organisant des processions macabres pour dénoncer les horreurs du «despotisme monarchique». Palloy fit aussi sculpter des milliers de petites Bastille pour entretenir la flamme patriotique et sa bourse.

Il n’y a que depuis peu que les récits révèlent systématiquement le très faible nombre de prisonniers de la Bastille. Tout ceci n’est que très logique alors que l’État républicain cherchait alors à rassembler la Nation derrière un récit mythologique.

Le citoyen Palloy. «La vie privée des hommes. Au temps de la Révolution française».
Texte Hervé Luxardo. Illustrations Pierre Probst. Éditions Hachette.

Cruelle, richissime, conservatrice : la noblesse d’Ancien Régime est selon vous caricaturée et réduite dans les livres d’Histoire à sa portion qui vivait à la Cour du roi. Qu’en était-il exactement ?

Là encore, il fallait, pour justifier la Révolution, simplifier. Il était nécessaire de porter le fer contre la force obscure par excellence, LA noblesse.

En 1789, la société française est divisée en trois ordres : les deux ordres privilégiés et le tiers état qui, en théorie, n’en possède pas. Il est vrai que l’ordre de la noblesse est moins puissant qu’au Moyen-Âge. La monarchie capétienne a peu à peu repris à cette dernière les droits régaliens : le lever de l’impôt, des soldats, l’émission de la monnaie, l’administration de la justice. Les historiens estiment ses effectifs à 400 000 personnes. L’une des plus prestigieuses est celle de la noblesse d’épée, qui est peu importante au XVIIIe siècle. La production cinématographique nous a habitué à cette vieille noblesse qu’elle nous montre notamment à Versailles. Combien sont-ils ?

Environ 4000 qui ont été présentés au roi. Une présentation qui leur permet de côtoyer le souverain et bien sûr de chasser en sa compagnie. Cette noblesse est très fortunée. Le marquis de La Fayette dispose de plus de 100 000 livres de revenus annuels. À la cour, elle dépense sans compter dans les jeux d’argent. À l’opposé, en province, on trouve des nobles très pauvres ; certains ne disposent que de 600 livres par an, c’est-à-dire quatre fois moins que les revenus d’un artisan du XVIIIe siècle. Noblesse ne signifie pas richesse ! Ajoutons qu’il existe aussi une noblesse dite de robe comme les membres des Parlements, du Châtelet de Paris, des Cours des aides, etc. Et plus étonnant, une «noblesse de cloche», comme on la surnommait méchamment, qui s’acquérait grâce aux charges municipales dans de très nombreuses villes comme à Angers, Abbeville, Poitiers, Nord ou Toulouse (avec les fameux capitouls), etc.

Enfin, même si la puissance économique de la noblesse provenait de sa richesse foncière et des droits seigneuriaux, on oublie qu’une partie non négligeable de celle-ci est à l’origine de l’industrialisation de la France. Contrairement à une idée reçue, le droit de pratiquer des activités commerciales et industrielles était autorisé, sans déchoir. Propriétaire d’une grande partie des forêts, bois et eaux courantes, elle possède le sous-sol et investit, pour une partie d’entre elle, dans les mines de charbon, la sidérurgie et le travail du verre. Par exemple, en Franche-Comté, le comte d’Orsay installe quatre hauts fourneaux et trois forges. Bien des nobles se lancent dans le textile, contribuant ainsi à l’édification d’une première industrie dans les campagnes. Certains, comme la comtesse de Lameth, vont jusqu’à faire distribuer des centaines de rouets aux villageois d’Hénencourt.

Lors de la Révolution, le premier coup dur porté au catholicisme en France se fait sous la forme de la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790, qui a établi une distinction entre prêtres jureurs – ceux qui acceptaient de prêter serment – et réfractaires. Vous écrivez que les persécutions religieuses, menées par des administrations incapables de comprendre l’inquiétude de la majorité des Français, ont constitué la véritable cause de la révolte vendéenne. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?

Assez simplement ! La réponse se trouve dans les archives, les travaux des nombreuses sociétés savantes auxquelles il faut rendre hommage. Bref, à tous les chercheurs, sans oublier les milliers d’étudiants qui ont tant dépouillé de documents. Rappelons que la France de 1789 est un pays à majorité rurale. Sur 28 millions d’habitants, 20 millions vivent de l’agriculture.

Il y a tout d’abord un personnel administratif révolutionnaire très intéressé par l’idée d’acheter les terres du Clergé et les biens nationaux, et qui était attaché à ce titre à la Révolution. Bien de ces responsables étaient très hostiles à l’Église catholique, considérée comme une puissance contre-révolutionnaire. Ils aiment lire et commenter les textes des philosophes des Lumières et s’intéressent aux connaissances scientifiques et techniques de l’époque. Pour eux, la religion est à reléguer dans les vieilleries et l’Église est un obstacle au progrès. Ils n’ont que mépris pour les paysans et tous ceux qui restaient attachés aux traditions.

Jusqu’à aujourd’hui, les spécialistes de la Révolution française ont eu tendance à ne pas saisir la spécificité des mentalités populaires du XVIIIe siècle et, notamment, certains historiens ignorent sciemment les révoltes paysannes pendant la Révolution, car ces faits contredisent leur explication manichéenne du monde. «Un révolutionnaire ne peut avoir tort», affirmait en 1793 un grenadier de la Garde Nationale.

Dès février 1791, les autorités du Morbihan écrivent au président de l’Assemblée nationale pour s’inquiéter des risques de guerre civile, les populations prenant fait et cause pour leurs prêtres réfractaires. Toujours début février, 3000 paysans armés marchent sur Vannes pour libérer leur évêque alors arrêté par les autorités révolutionnaires. Conséquence : sur les 454 prêtres du Morbihan, seuls 48 préfèrent le serment pour la Constitution civile du Clergé de 1790. Pendant deux ans, jusqu’à l’insurrection vendéenne de mars 1793, les révoltes vont se succéder. Que demandaient les ruraux ? Simplement retrouver les «prêtres non-jureurs». Dans les campagnes, ils faisaient signer des pétitions, voire prenaient les fourches. Mais les administrations départementales, la Constituante et la Législative ignorèrent superbement les revendications populaires. Ne voyant dans les paysans révoltés que des «aristocrates» et des «contre-révolutionnaires», elles accentuèrent vexations et répression. Au début de l’année 1793, la levée des 300 000 hommes décidée par la Convention a mis le feu aux poudres.

Les massacres des «colonnes infernales» de Turreau en Vendée.
La vie privée des hommes. Au temps de la Révolution française.
Texte Hervé Luxardo. Illustrations Pierre Probst. Éditions Hachette.

Théâtre, presse, débats parlementaires… la Révolution, qui se voulait une bataille pour la liberté, s’est soldée… par une répression terrible de la liberté. Ce mot scandé par les révolutionnaires n’était-il in fine qu’un slogan instrumentalisé à des fins politiques ?

Oui, c’est très contradictoire avec l’idée même de révolution née de l’esprit des Lumières. En 1789, la Révolution française ouvre la société et affirme, dans sa Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la liberté comme principe fondateur de toute société. Mais certains «Patriotes» vont très rapidement l’oublier pour privilégier des pratiques, dirons-nous, moins ouvertes… Déjà, dès l’été 1789, début août, le rédacteur du Journal Politique National (de tendance royaliste) se plaint des pressions que reçoivent les imprimeurs et les libraires pour arrêter sa diffusion. Non, bien sûr, ce n’était pas qu’un slogan, comme vous dites. En revanche, dès l’année 1792 les révolutionnaires, et par la suite, les partisans de la Terreur vont réellement instrumentaliser le beau mot de liberté. Notamment dans le domaine de l’art théâtral. La commune de Paris, les Montagnards, les Jacobins et l’aile marchante de la sans-culotterie vont instaurer une dictature littéraire en contrôlant les textes. De la même manière, les véritables débats à la Convention nationale sont impossibles ; la liberté de parole n’est plus qu’un simulacre. Les Jacobins contrôlent les tribunes et organisent des chahuts pour couvrir la voix des opposants. Les députés «modérés» sont parfois poursuivis et frappés notamment par les «coupe-jarrets de Marat».

Le saccage d’une imprimerie pendant la Terreur.
«La vie privée des hommes. Au temps de la Révolution française».
Texte Hervé Luxardo. Illustrations Pierre Probst. Éditions Hachette.

Dominée par l’extrême gauche sans-culotte, la Commune de Paris a joué un rôle clé dans les événements de la Révolution, à commencer par l’exécution de Louis XVI. Pouvez-vous expliquer comment celle-ci a obtenu la mort du roi ?

C’est un fait qui, de mon avis, est central dans l’institutionnalisation de la violence révolutionnaire. L’extrême gauche sans-culotte parisienne s’empare du pouvoir à l’occasion de la prise des Tuileries, le 10 août 1792. La Commune de Paris, avec l’aide des 48 sections de Paris, va, pendant deux longues années, faire pression sur l’Assemblée législative, puis sur la Convention. Nommée par les 48 sections tenues par les militants sans-culottes les plus déterminés, elle comprend 288 membres. Parmi les dirigeants de cette Commune de 1792, citons Pétion, Manuel, Danton, Robespierre, Marat, puis Pache, Chaumette, Hébert…

Effectivement, la Commune – et ses relais, les militants sans-culottes – va peser de tout son poids pour détruire l’ancienne société héritée de l’Ancien Régime. Tous les moyens utilisés sont bons, notamment pour faire condamner Louis XVI. Avec les «plus ultra des Jacobins», les militants menacent physiquement les députés feuillants et girondins qui ne veulent pas la mort du roi. Coiffés d’un bonnet phrygien, armés de piques et de sabres, ils ont investi les couloirs qui mènent à la salle du Manège où siègent les députés. Quand un député défavorable à l’exécution du roi se présente, ils l’injurient, voire le saisissent au collet en le «secouant rudement»… Quand les députés commencèrent à voter pour la mort du roi, des militants apostrophaient ainsi les députés : «Ou sa mort ou la tienne !». C’est la terreur exercée par l’extrême gauche parisienne qui emporta la mort du monarque. Pour preuve, le 17 janvier, 387 députés sur 721 votaient la mort. Des députés modérés firent recompter le lendemain les votes. Résultat : 26 députés de plus votèrent contre la mort. Mais à une voix de majorité, Louis XVI fut condamné à la guillotine. 361 pour, 360 contre…

«Sans l’énergie de Paris, la France ne serait habitée que par des esclaves», écrivait en 1793 un grenadier de la Garde nationale. Vous soulignez le «délire obsessionnel» et «imaginaire» qui animait la pensée jacobine, prompt à diviniser le mot «peuple», en le réduisant à une abstraction. À vos yeux, est-ce là une caractéristique de l’idéologie d’extrême gauche depuis la Révolution jusqu’à nos jours ?

Effectivement, je crois que cette sacralisation de certains termes et spécialement du mot «peuple» est la clé pour une meilleure compréhension non seulement de la Révolution française, mais de toutes les révolutions. En divinisant le mot «peuple», l’extrême gauche s’attribue une proximité privilégiée avec les classes défavorisées en s’en faisant, dans le discours, l’unique porte-parole. Pour faire accepter sa vision du monde et ses pratiques politiques – la Terreur, par exemple -, elle construit un récit mythologique et manichéen où elle rejette dans les ténèbres de l’histoire tous ses adversaires. Des adversaires qui sont bientôt considérés comme des ennemis. Se revendiquant du «peuple», l’extrême gauche peut en toute majesté réduire ses contradicteurs à des dénominations infamantes : «aristocrates», «privilégiés», «fanatiques», «brigands» et ainsi les évacuer de l’Histoire. C’est ce qu’avait noté le député grenoblois, Joseph Dumolard, répondant à un député Montagnard : avec les Jacobins et les sans-culottes, «vous vous décorez du nom de peuple, mais vous n’êtes que quelques membres des sections de Paris».

source : The Epoch Times via Nouveau Monde

https://reseauinternational.net/la-violence-lors-de-la-revolution-francaise-laboutissement-dune-logique-infernale/

La perception du temps au Moyen-âge

 La perception du temps au Moyen-âge

Alors que le changement d'horaire semble en sursis en Europe, il est intéressant de se pencher sur la gestion du temps dans nos villes et villages au Moyen-Âge. En effet, l'homme médiéval ne savait pas lire et si le soleil rythmait son temps de travail, de nombreux repères jalonnaient sa journée. Ainsi, les cloches des églises et cathédrales donnaient les grandes divisions du jour (8 tranches de 3 heures). Ce sont les heures canoniales.

Frère Jacques doit sonner les Mâtines, première heure du jour qui était minuit. Les laudes étaient à 3 heures. Ensuite, l'homme médiéval débutait sa journée de travail à Prime qui correspondait à 6 heures du matin. Ces "6 heures" étaient la première heure, souvent le lever du soleil…

De manière très simple, nos heures actuelles vont être décalées de 6 heures par rapport au moyen-âge. Comme quoi, le décalage horaire n'est pas neuf ! Imaginez-vous avoir rendez-vous avec le Comte de Chartres à la 9e heures (none) et vous pointer à 9 heures du matin…soit avec 6 heures d'avance !

On récapitule : Tierce correspond à 9 heures. Sexte à 12 heures. C'était le moment où on arrêtait de travailler. Ce qui a donné, de manière très subtil, le mot sieste. None tombait à 15 heures (à noter que les anglo-saxons considéraient none comme le milieu de la journée, d'où le noon pour midi). D'autant que, pour ceux qui travaillaient aux champs, c'était l'heure de la pause "repas". Les vêpres étaient ensuite à 18h. A partir de ce moment, on ne travaillait plus du tout. Les Complies étaient à 21h et pour les sergents de ville, c'était l'heure où les braves gens devaient être chez eux.

Cependant, il faut savoir que les jours et les heures n'étaient pas égaux entre les saisons. C'était que nous arrivons à notre heure d'été. En effet, au moyen-âge, la notion de temps était un peu plus élastique est l'heure pouvait être bien plus longue qu'une heure d'hiver.

Poursuivons, pour repérer les mois, l'homme médiéval connaissait très bien le temps des travaux (temps des vendanges, temps des moissons, temps de la chasse...) qui marquaient les grands moments de l'année.

Quant au début de l’année, ce n’est que par l’édit de Paris du 9 août 1564 que le début de l’année fut fixé au premier janvier de chaque année. Avant cette réforme qui ne concernait que les prêtres et les juristes, la date de début d’année variait d’une province à l’autre. Ainsi fixait-on le jour de l’an à Noël (Date de naissance du Christ) ; à Pâques (Jour de sa résurrection qui a le gros inconvénient d’être une fête mobile) ou encore le 25 mars pour le jour de l’Annonciation.

Suivra, en 1582, la réforme du calendrier faite par le Pape Grégoire VIII afin de mieux s’aligner sur le temps solaire…

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/04/la-perception-du-temps-au-moyen-age.html

Les racines de l’affrontement du Nationalisme avec le Mondialisme

dimanche 29 octobre 2023

1956 : Il y a 67 ans, les Hongrois se révoltaient contre le communisme

 

Le 23 octobre 1956 est une date qui restera à jamais gravée dans l’histoire de la Hongrie et dans celle du monde. Il y a précisément 60 ans, le communisme vacillait dans le Bloc de l’Est : les Hongrois sont descendus dans la rue pour leur liberté. Certains l’ont payé de leur vie, les autres n’ont eu que quelques jours d’espoir avant une répression sanglante menée par Moscou, qui a ensuite fait replonger la Hongrie dans le communisme pour trois décennies supplémentaires.

C’est en 1948 à la suite d’élections truquées que les communistes ont pris le pouvoir en Hongrie, instaurant un régime totalitaire. Ce sont d’ailleurs les toutes premières années qui ont été les plus sombres avec une véritable terreur stalinienne : déportations dans les goulags, exécutions, procès-spectacle et omniprésence de l’AVH, la police secrète, rythmaient le quotidien des Hongrois entre 1948 et 1953. Après la mort de Staline, c’est Imre Nagy qui a été désigné à la tête du conseil des ministres. Sa politique consistait en une série de réformes visant à assouplir le régime avec notamment la suppression des camps d’internement et de l’autonomie de la police secrète. Il a cependant été démis de ses fonctions moins de deux ans plus tard.

Fin juin 1956, suite au soulèvement ouvrier de Poznan en Pologne réprimé par le pouvoir, le nouveau chef du parti communiste a entamé des réformes similaires à celles de Imre Nagy contre lesquelles Moscou menaçait d’une intervention militaire. En octobre, en Hongrie, des organisations rassemblant des étudiants et des intellectuels ont organisé des manifestations dans les grandes villes du pays réclamant le retour de Imre Nagy. Un rassemblement en soutien à la Pologne sous l’égide de l’amitié polono-hongroise s’est tenue au pied de la statue du général Bem. C’est durant cette manifestation que les 16 points du Cercle Petőfi ont été adoptés, listant les mesures politiques et économiques souhaitées par les assemblées étudiantes, notamment l’évacuation des troupes soviétiques ou encore des élections libres.

manifbudapest

Tout au long de la journée du 23 octobre, une foule croissante a rejoint les manifestations organisées par les étudiants : devant la statue du général Bem – où l’on a pour la première fois arraché les armoiries communistes du drapeau hongrois, devenant par la suite le symbole de la Révolution – puis sur Kossuth Lajos tér, l’esplanade du Parlement, où près de 200.000 personnes étaient présentes. Malgré l’appel à la dispersion du chef du parti communiste Ernő Gerő, la foule est allée sur la place où trônait une gigantesque statue de Staline. Les manifestants ont démoli la sculpture dont seules les bottes sont restées debout, la tête du dictateur soviétique gisant par terre. Ce geste était l’une des images marquantes de la Révolution. A la nuit tombée, une partie des manifestants s’est rendue au siège de la Radio Hongroise pour tenter d’y faire lire les 16 points. Les chars et la police secrète déployés sur place ont fait feu sur la foule sans défense marquant ainsi le début du conflit armé. Le bâtiment a malgré tout été occupé par les manifestants.

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Le lendemain, les chars soviétiques ont reçu l’ordre d’entrer dans Budapest tandis que Imre Nagy a été de nouveau désigné Premier ministre. Malgré ses promesses de poursuite des réformes, des combats de rue ont éclaté entre manifestants qui ont saisis les armes – dont de nombreux mineurs, les « gamins de Pest » – et les forces du régime. L’un des lieux symboliques était l’impasse Corvin dont les révolutionnaires ont été appelés les « corvinistes » (korvinisták). Moscou a en outre décidé de placer János Kádár à la tête du parti communiste pour remplacer Gerő. Le nouveau leader a qualifié le soulèvement de « contre-révolution », terme officiel jusqu’à la chute du communisme. Le 25 octobre, environ 5.000 personnes se sont rassemblés pacifiquement sur Kossuth tér mais des tireurs d’élite de l’AVH et les chars soviétiques présents ont tiré dans la foule faisant au total près d’un millier de morts. Ce moment sanglant a mené à la chute du gouvernement le 28 octobre, au retrait – temporaire – des troupes soviétiques ainsi qu’à la restauration du pluralisme et à la libération des prisonniers politiques dont le plus célèbre, le cardinal József Mindszenty.

Le calme n’a cependant été que de très courte durée. Le 4 novembre, l’Union Soviétique a engagé une guerre contre la Hongrie sans déclaration préalable. C’est à ce moment que Imre Nagy a prononcé un discours à l’attention du pays et du monde à la radio avant un appel à l’aide diffusé dans quatre langues.

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Imre Nagy prononçant son discours. Il sera fusillé par le régime communiste

« C’est Imre Nagy qui vous parle, le président du Conseil des ministres de la République Populaire de Hongrie. Cette nuit, les troupes soviétiques ont lancé une attaque contre notre capitale avec l’intention évidente de renverser le gouvernement démocratique hongrois légitime. Nos troupes sont au combat. Le gouvernement est en place. C’est ce que je communique au peuple du pays et à l’opinion publique du monde ».

L’appel de Imre Nagy est resté sans réponse. La Hongrie n’a bénéficié d’aucune aide internationale dans ce conflit, les pays occidentaux étant engagés dans la crise de Suez. Les chars soviétiques sont entrés dans Budapest et leurs tirs ont résonné aux quatre coins de la capitale. C’est la répression des derniers révolutionnaires sur l’île de Csepel le 11 novembre qui a définitivement mis fin au soulèvement.

Au total, la Révolution a officiellement coûté la vie à 2.652 personnes du côté hongrois et 720 côté soviétique. On estime à environ 200.000 le nombre de Hongrois ayant fui leur pays à cause du conflit et des répressions. Dans les trois années suivant la Révolution, des rétorsions de grande ampleur ont été effectuées par le régime Kádár : 400 personnes – dont Imre Nagy – ont été exécutées pour leur participation au soulèvement, plus de 21.000 ont été emprisonnées et 16.000 à 18.000 ont été internées.

Il est évident que ces événements sont un moment crucial dans l’histoire hongroise et européenne puisque cela a été la première fois qu’un peuple du Bloc communiste a entrepris des manifestations si importantes contre le régime que l’URSS a dû intervenir militairement. La mémoire des héros de cette Révolution contre le joug soviétique rappelle d’ailleurs au monde que les Hongrois se sont battus déjà de nombreuses fois pour une liberté à laquelle ils sont attachés.

L’année de la chute du communisme, le 16 octobre 1989, Imre Nagy et ses camarades martyrs ont été symboliquement réinhumés sur la place des Héros devant plusieurs centaines de milliers de personnes. Le 23 octobre 1989 a quant à elle été une double fête nationale en Hongrie avec la commémoration de l’éclatement de la Révolution ainsi que la proclamation officielle de la République de Hongrie mettant fin à plus de quarante ans de régime communiste dictatorial.

Le 23 octobre 2006, à l’occasion du 50ème anniversaire du soulèvement, des manifestations se sont tenues pour réclamer la démission du Premier ministre socialiste Gyurcsány Ferenc après le scandale qu’a suscité un enregistrement audio dans lequel il a avoué avoir « menti matin, midi et soir » pour gagner les élections en avril de la même année – voir le documentaire de Nicolas de Lamberterie sur ces événements. Les rues de Budapest ont alors été le théâtre d’affrontements entre manifestants anti-gouvernementaux et les forces de l’ordre avec notamment une violence excessive employée par ces-dernières.

Pour la commémoration des 60 ans de l’insurrection, Viktor Orbán tiendra un discours en compagnie du président polonais Andrzej Duda devant le parlement hongrois. Partout dans la ville, des véhicules, barricades et photos sont exposés.

Miklós Dorsch

Source : Visegradpost

https://www.breizh-info.com/2016/10/26/51921/1956-budapest-hongrie-communisme-nagy-staline/

Jacques de Molay : le dernier grand-maître des templiers, avec Philippe ...

Esclaves blancs, maîtres arabes : retour sur les barbaresques

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Redonnons au Moyen-Âge toute la splendeur qui lui est due

 

Le moyen-âge : Une imposture

« Nous ne sommes plus au Moyen-Âge » ! On ne compte plus les expressions tombées dans le langage courant qui discréditent cette période historique qui est pourtant d’une richesse infinie dans tous les domaines. Ces jugements de valeur, le plus souvent complètement faux, voire carrément grotesques, ne datent pas d'aujourd'hui.

Dès le XIVe siècle, c’est bien « un véritable travail de sape » qui a été mené à l’encontre de ce que l’on appellera plus tard l’époque médiévale avec ses prouesses architecturales (Les cathédrales gothiques) et la création des universités (Cathédrales du savoir et des sciences), entre autres. Il s’agissait de tout effacer, de tout renier, afin de favoriser l’avènement de temps nouveaux beaucoup plus glorieux : Le retour à la Rome antique (Et le retour du droit familial qui considère la femme comme une éternelle mineure). Il fallait donc abandonner cette période « obscure » que fut le Moyen-âge pour se diriger vers un monde idéalisé et beaucoup moins chargé de flétrissures. On entrait dans ce qu’on appellera vers 1820 la Renaissance italienne (Pour la distinguer de la renaissance carolingienne de l’An 1000).

C’est en effet en Italie que cette grande idée, qui ne devait souffrir d’aucune contestation, est apparue. Elle ne fut absolument pas le fruit d’un consensus, mais le produit de quelques individus, liés entre eux par des ambitions et des intérêts communs, et pour lesquels il s’agissait de diaboliser les siècles précédents afin de servir leurs petits intérêts aussi bien politiques que partisans. Remporter la bataille culturelle et idéologique pour mieux imposer leur domination politique, voilà la stratégie à peine voilée qui fut mise en œuvre par les premiers humanistes italiens.

C’est notamment Pétrarque, érudit et poète italien né en 1304, qui, le premier, a avancé cette idée d’une supériorité du monde antique sur la période qui était en train de se terminer. En effet, valoriser avec véhémence la Rome antique, à travers notamment la mise en valeur de ses vestiges et de ses chefs d’œuvre artistiques, lui permettait assurément de jeter son fiel sur les papes d’Avignon qu’il détestait par-dessus-tout et qui avaient osé délaisser la splendide capitale antique pour aller s’installer dans cette lugubre ville du sud de la France, Avignon. Ingratitudes de celui qui devait tout aux papes d’Avignon et aux cardinaux : Accueil, aide, honneurs et surtout charges lucratives qui firent de lui un homme fort riche ! Il fut d’ailleurs très vite récompensé pour son militantisme actif, puisqu’il reçut en 1341 la citoyenneté romaine en grande pompe et décida, dès 1353, de quitter Avignon et de s’installer définitivement à Rome (Une fois la guerre civile romaine qui ravageait la ville entre les Orsini et les Colonna terminée).

Le « retour à l’Antique » chez Pétrarque fut avant tout inspiré par des préoccupations politiques, voire polémique en faveur de la cour angevine de Naples, et en second lieu d’un militantisme en faveur d’une alliance entre Florence, Rome et Naples. Il aura pour complice Boccace et les nombreux artistes qui vivaient des subsides des princes angevins. Intentions politiques et snobisme d’intellectuels liés par l’amitié, intérêts financiers et connivences entre artistes se sont donc rejoints et confortés pour tresser des couronnes et établir des renommées.

Plus que des critères purement éthiques ou esthétiques, ce sont bien des considérations politiques qui furent à l’œuvre dans la déconstruction de la période médiévale par Pétrarque et son entourage. A leur suite, les humanistes italiens de la Renaissance, n’ont eu de cesse, à peu de frais, de taper sur les cendres de l’Europe médiévale du nord pour mieux valoriser les prouesses de l’Italie moderne qui tentait avec nostalgie de refaire vivre une Rome idéalisée.

Louis XIV et ses ministres ensuite, qui avaient à cœur d’imposer la figure du monarque absolu de droit Divin, percevaient dans le Moyen Âge une période peu affriolante au cours de laquelle la multiplication des droits seigneuriaux, la mauvaise exploitation des terres et la fronde seigneuriale à l’encontre de l’autorité royale constituaient une chienlit aussi néfaste qu’exécrable. Résultat de la Fronde qui a traumatisé le tout jeune roi Louis XIV !

Mais, ce sont les philosophes des Lumières, du haut de leur grandiloquence moralisatrice, qui vont constituer l’argumentaire le plus virulent contre le Moyen-âge et la féodalité. Toutes les techniques de manipulation seront utilisées dans les innombrables pamphlets publiés durant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle. C’est à cette époque qu’une abondante légende des droits féodaux, sottisier ne reposant sur aucune preuve, est constituée. Fable courante : Le serf obligé de battre l’étang la nuit afin de faire taire les grenouilles et que son maître puisse dormir. Le droit de ravage qui permettait au seigneur de calmer ses nerfs en laissant ses chevaux ravager les champs du paysan. Le droit de prélassement qui permettait au seigneur, de retour de la chasse, d’éventrer deux paysans afin de se réchauffer les pieds dans leurs entrailles. Le droit de cuissage, mythe forgé à partir d’une interprétation déformée de la taxe que devait payer les serfs en se mariant.

Les révolutionnaires de 1789 ne feront que reprendre les idées de ces écrivains-journalistes devenus homme politiques qui ont fait l’opinion publique à partir de 1740. Attaquer la féodalité, la place de l’Eglise catholique dans la société, ou encore l’odieuse condition des serfs, à travers des anecdotes aussi peu vraisemblables que choquantes fut leur credo. L’objectif était de discréditer l’horrible période médiévale pour mieux promouvoir les valeurs de la République naissante. Ce sera la nuit du 4 août durant laquelle, soit disant, les privilèges ont été abolis. Tous ? Les seuls privilèges abolis concernaient exclusivement les droits féodaux et tout ce qui touchait à la propriété rurale (Majoritairement aux mains des paysans en 1789).

Romans historiques et conditionnement des écoliers vont être les moyens utilisés par la troisième République radicale-socialiste (A partir de 1884) pour continuer cette œuvre de diabolisation du Moyen-âge tout en durcissant la caricature anticléricale. Pour l’extrême gauche alors au pouvoir, il était indispensable que tous les citoyens est l’image d’une société médiévale dominée par les rois, les seigneurs et les curés maltraitant une horde de paysans pauvres et perdus dans les affres de l’obscurantisme et du catholicisme triomphant. Les effets se feront sentir jusqu’à nos jours : Une véritable tyrannie intellectuelle qui a complètement orienté nos manière d’appréhender ce passé médiéval et surtout féodal.

Or, n’en déplaise aux fossoyeurs du Moyen Âge, cette période est beaucoup plus heureuse et innovante que la désastreuse caricature qu’ils peuvent en faire depuis maintenant plusieurs siècles.

Nous aurons l’occasion d’y revenir.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/06/redonnons-au-moyen-age-toute-la-splendeur-qui-lui-est-du.html

143 - Monique Pinçon-Charlot pour son livre "Le Méprisant de la Républiq...

Maurice G. Dantec, Européen désabusé

 D’abord connu comme cyberpunk écrivant du polar et de la science-fiction, Maurice Georges Dantec ne laisse pas indifférent. En tout cas, il inquiète le Tout-Paris des Lettres qui lit avec une surprise mêlée d’incompréhension et d’effroi ce Français exilé à Montréal. La parution de son Laboratoire de catastrophe générale a permis à la majorité de la presse, de droite comme de gauche, d’organiser un violent tir de barrage. Le Monde des livres l’a recensé sous le titre éloquent de « Dantec le furieux ». Maurice G. Dantec ne sait pas se rendre agréable auprès des critiques littéraires. Banlieusard parisien des années 70 et ancien créateur de pub, Dantec met à profit son éloignement pour écrire et, surtout, lire le maximum de livres. Il l’écrit à plusieurs reprises : il espère épancher une inextinguible soif de lecture. Il passe de la philosophie à la littérature, de la science-fiction à la physique, de la stratégie à la génétique. Son Théâtre des opérations. Journal métaphysique et polémique relate entre autres cette boulimie livresque. Tout à la fois journal intime et pensum, Le Théâtre des opérations décrit aussi son mode de création littéraire. Tel le gentilhomme de l’Ancien France, Dantec commente l’actualité et ses lectures. Ni théoricien, ni penseur politique, s’il dérange le monde refermé et germanopratin des Lettres parisiennes, c’est parce qu’il tient à saluer le style de confrères plus ou moins sulfureux selon les canons de la Doxa officielle : George Steiner, Léon Bloy, Joseph de Maistre, Pierre Drieu La Rochelle... Véritable commando du stylo, il s’attaque à l’imposture intellectuelle, à la bien-pensance, à la gauche caviar périmée, à la droite saumon décatie. D’aucuns l’accusent de populisme littéraire, d’extrémisme scriptural. Dantec méprise ces appréciations. Auteur qui écrit avec ses tripes (c’est si rare de nos jours !), Dantec rugit aux événements. Dans le cadre de cet article, on s’intéressera plus précisément aux rapports d’amour-haine qu’il entretient avec l’idée européenne.

Dantec s’est installé avec sa famille à Montréal, ce qui serait la marque d’une défiance envers le Vieux Monde. Pourtant, ce dépaysement est pour lui le seul moyen de comprendre pleinement le fait européen, de se sentir l’héritier complet d’une très vieille civilisation. Certes, on peut objecter qu’il communie dans les valeurs occidentales, s’est fait tatoué sur l’épaule le symbole de l’O.T.A.N. et qu’il a approuvé l’intervention militaire au Kosovo. Très tôt défenseur de la cause de la Bosnie-Herzégovine, il vilipende le pouvoir national-communiste de Milosevic. N’envisage-t-il pas d’atomiser Belgrade et de promouvoir le génocide des Serbes ?

Pour l’Eurofédération !

Ce parti-pris s’apparente à un soutien sentimental envers un État qu’il considère comme le dernier fragment de l’Empire habsbourgeois. Cette nostalgie impériale joue un rôle important dans sa fougue en faveur d’une autre construction européenne. « L’Eurofédération est la seule configuration susceptible d’assurer le saut quantique nécessaire à ce que l’ensemble de ces vieilles nations usées par quinze siècles de divisions depuis la chute de Rome atteigne la masse critique pour en faire quelque chose au XXIe siècle. L’autre issue, c’est le déclin nationaliste, et à court terme régionaliste, avec une intensification des forces centrifuges et des conflits inter-ethniques. Les États-nations d’Europe ont le choix entre la dissolution vers plus de puissance - la Fédération - et la dissolution vers l’effondrement ethno-autarcique : Zéropa-Land. » À plusieurs reprises, Dantec exprime son dégoût du nationalisme. « Il est d’ailleurs plus que temps de dégonfler cette baudruche idéologique qu’est le nationalisme, même démocratique, car le mot nation sur lequel elle s’est gonflée a été par elle comme un retour vidé de son sens. » Soucieux de revenir à la racine du mot, il explique que chez les Grecs de l’Antiquité, la nation « signifiait un défi géopolitique à relever entre des peuplades de différentes cultures, aux langues diverses, aux origines variées, mais qui partageaient un espace et un destin communs, en vue de réaliser un ensemble régional supérieur, une confédération politique qui s’animait pour les affaires essentielles : diplomatie, défense, guerre, droit maritime, perception des impôts afférents. Il ne s’agissait pas d’une communauté naturelle. Mais d’un effort concerté, d’une volonté singulière et créatrice ». L’interprétation n’est valide que pour la période hellénistique ! Eurofédéraliste, Dantec l’est, mais l’actuelle construction européenne le navre et l’agace. Il lui assène de très violents coups. « La Non-Europe et ses institutions anti-démocratiques sont tout bonnement en train de rater la plus importante fenêtre de tir de l’histoire du XXIe siècle. Celle de la distribution des cartes pour la colonisation humaine de l’espace. [...] Dix mille crétins en poste à Bruxelles, et à peu près autant dans chaque pays de l’Union - tsoin - tsoin - tagada, voilà qui est somme toute à la portée d’une authentique révolution politique. Celle d’une constitution fédéraliste et impériale, dont il ne faut pas faire semblant d’espérer qu’elle sortira d’une discussion entre Lionel Jospin, Joschka Fischer et Tony Blair, avec José Bové et Pasqua en amuse-gueule pour les petits extrémismes à la retraite. Les Européens doivent se mettre dans le crâne que l’heure est venue pour eux d’accomplir ce que les U.S.A. ont entrepris il y a près de deux cent cinquante ans. Unifier le territoire. Réinventer la justice et la liberté, au prix, sachons-le tout de suite une bonne fois pour toutes, d’un bain de sang généralisé. Au prix d’une guerre. D’une krisis. D’un changement fondamental et irréversible. » Irrité par tant de technocratie, d’incompétences et d’inerties, il traite l’Union européenne en des termes peu flatteurs : « avorton de Frankenstein », « hydrocéphale bureaucratique », « superbureaucratie sans Constitution », « “machin” onuforme », etc. Dantec trouve d’ailleurs stupide « cette idée sociale-démocrate de recomposer l’Europe par le seul biais de la macro-économie et de la bureaucratie anonyme ! »

On l’a vu, Dantec regrette l’Empire qui s’est manifesté sous diverses formes dans l’histoire européenne. Ayant en tête tout le déroulement meurtrier du XXe siècle, il salue le génie exécuté de l’archiduc François-Ferdinand : « Le projet politique de l’archiduc d’Autriche, fonder un État fédéral européen sur le modèle américain, fut promptement assassiné, et par deux fois : une première par la mort prématurée de ce jeune visionnaire, de la main d’un terroriste tchetnik armé par les services de Belgrade, une seconde par le carnage qui s’ensuivit. » L’Eurofédération est d’une urgente nécessité afin de contenir les prochains 11-septembre intercivilisationnels. Il demande aux peuples européens de choisir entre l’Europe fédérale et la mort qui ne peut être que la sujétion des Européens à une volonté historique implacable.

Mission de la France

Écrivain de langue française, Dantec estime que la France a vocation d’être à l’origine de l’Eurofédération. Mais, avant de réaliser cet objectif, « une authentique Fédération des peuples français reste à faire, en attendant que celle des peuples d’Europe surgisse enfin de la crasse médiocrité de ses élites ». Grand connaisseur des œuvres de science-fiction et ce genre si particulier qu’est l’uchronie, il rêve alors d’une Europe jamais désunie. « Imaginer un instant l’Europe du traité de Verdun (843), soit la France, l’Allemagne et l’Italie actuelles, s’unifier en un seul État fédératif, impérial et chrétien, à la fois unitaire et multinational, et comprendre que, même avec l’ajout plus tardif de l’Angleterre et de l’Espagne, la France aurait conservé son rôle central de pont entre le monde gréco-latin méditerranéen et le monde germanique centreuropéen, sur un ancestral fond celtique qui traçait les frontières d’un continent s’étendant des hautes terres d’Écosse au Bosphore, de Gibraltar à la Baltique, destin toujours en suspens à l’orée du XXIe siècle ! » Dantec connaît bien les réticences françaises, qu’elles soient officielles ou plébéiennes, à s’impliquer plus fortement encore dans l’aventure européenne. Il sait que « la France ne voudra jamais admettre la fondation d’une véritable Fédération européenne : car pour exister celle-ci devrait rédiger une Constitution impériale plus ou moins inspirée du modèle américain, et pour ce faire, vassaliser son texte fondateur à la Souveraineté-Liberté suprême, celle de Dieu, ce que la gauche au pouvoir depuis 1789, quelles que soient les formes variées qu’elle a prises avec le temps, n’acceptera tout bonnement jamais ». Ce sont les institutions de la République qui produisent cette discrète mais intense résistance. Cela ne le surprend pas, lui qui note que « la France ne tient plus que par l’État. C’est-à-dire par rien : une fiction à laquelle plus personne ne croit, y compris ses serviteurs ». Certes, Charles de Gaulle « essaya vainement de réformer la bourgeoisie française qui le lui fit payer très cher au moment crucial (un an après mai-juin 68, lorsqu’il essaya de relancer le projet d’une France fédérative, et d’un capitalisme démocratique et populaire, par un référendum perdu qui lui coûta le pouvoir), bref, la France, incapable de s’affirmer libre et souveraine, donc d’identifier un nouveau processus libre et souverain dans l’établissement d’une Fédération des nations européennes, aborde désormais le dernier cycle de sa décadence, celui de la Chute de la Maison Zéropa », d’où un puissant pessimisme sur l’avenir de l’Hexagone. Dantec prévoit qu’ « en l’état actuel des choses, je ne donne pas dix ans à la France, allez... quinze, et conséquemment moins de vingt à la prétendue “Union européenne” ». À moins que « les Français conduisent l’Europe à la Révolution fédérale constituante qui lui est nécessaire, ou ils s’exileront d’eux-mêmes du processus métapolitique du XXIe siècle. Cet exil se traduira entre autres choses par la désagrégation de l’État-nation dinosaurien, puis par l’explosion armée des néonihilismes “révolutionnaires” qui se répandront comme une traînée de poudre dans tout l’espace “européen”, comme au début du XXe siècle ou à la fin du XVIIIe ».

L’enjeu francophone

Ce puissant dépit envers le sort futur de la France conduit Dantec à réfléchir aussi sur l’avenir de la langue de Molière. « Si notre langue est par nature (par son histoire donc) le médium vernaculaire capable de faire se rencontrer en elle, et par elle, les autres langues et cultures de l’Europe, et si en revanche, nourrie de toutes les inventions successives du continent, aux confluences des racines gréco-latines, celtiques et germaniques, elle se révèle toujours moins entendue, toujours plus faible, et sans plus beaucoup d’écho alentour, on peut se dire qu’une sorte de conspiration inconsciente (donc essentielle) a voulu qu’il en soit ainsi, que notre incapacité à faire de notre langue autre chose qu’une machine autocentrée sur ses mensonges n’est pas explicable par le seul hasard, ou la seule fatalité, qu’un saisissant parallélisme nous apparaît lorsque nous plaçons ce phénomène en comparaison avec cette lutte forcenée que la nation française a entamée contre son propre destin, contre la création politique de l’Europe. » Pour lui, c’est évident, la francophonie et l’Europe se complètent ! Il va plus loin en proposant à la francophonie un dessein géopolitique mondiale. « Isolée dans sa République-forteresse, la France se montre définitivement incapable de tenir le rôle majeur qui aurait dû être le sien à l’orée du IIIe millénaire. Sur le plan linguistique, alors que tout le monde chiale sur les reculs de la francophonie dans le monde, personne n’ose entreprendre la nécessaire transformation politique (pour ne pas dire reformation transpolitique) qui ferait de la France une démocratie fédérale au sein d’une vaste unité paneuropéenne de démocraties fédérales, et leurs “commonwealths circumterrestres” respectifs, s’il leur en reste. Ainsi, le français pourrait à nouveau se définir comme la langue d’exception de l’Ouest européen, puisque aux confluences celtico-gréco-germaniques, et ici en Amérique oser s’affirmer comme langue synthétique créant un pont culturel et linguistique ENTRE l’espagnol et l’anglais. Pour cela le français doit non seulement se reconstituer comme héritage actif des langues européennes, mais comme une arme de la pensée dont personne ne pourra se passer au XXIe siècle. » Bref, Dantec rêve d’un ensemble français européen à résonance planétaire, ce qui est le pire des cauchemars tant pour les nationaux-républicains que pour les technomondialistes ! Ayant une intuition qui rejoint les réflexions de Carl Schmitt et de Julien Freund - dont il ne semble pas connaître les textes -, Dantec remarque que « ce n’est pas l’État qui meurt avec le lent et douloureux dépérissement des États-nations, c’est sa forme moderne (celle qui s’est instituée comme telle à partir du XVIIe siècle). Quant à l’État du XXIe siècle, sa forme constituée n’apparaît pas encore clairement mais elle semble se définir en creux, en négatif, dans le vide laissé par l’ancien système de régulation ».

Mégaborée ou le rêve d’une alliance boréale

Face aux faiblesses intrinsèques des Européens et à leur lent déclin, Dantec envisage dès janvier 2001 une nouvelle configuration géopolitique planétaire. Il accorde toujours sa préférence à l’O.T.A.N. : « La seule institution légitime de l’Europe d’après 1945 était le traité de l’Atlantique Nord. La rose des vents me semblait en toute logique le seul symbole fédérateur capable de se dresser face à l’étoile rouge, et ses petits collabos locaux, et d’unifier la civilisation gréco-chrétienne de l’Ouest européen autour d’un projet historique. Les petites étoiles jaunes sur fond bleu, dont les douze occurrences ne signifiaient rien à mes yeux, et pas plus aujourd’hui, ne symbolisaient que la division, la simulation et le néant » et va même jusqu’à lancer « Zéropéens, priez pour que l’O.T.A.N. existe encore quand viendra l’heure des décisions vitales, quand vous cherchez une chaloupe ou quelque embarcation improvisée pour vous sauver. » Derrière cette provocation, et jugeant l’Europe dans l’impossibilité de s’unir, Dantec mise ouvertement sur un nouvel espace géopolitique dont le cœur serait l’Occident. Deux pages incroyables du Laboratoire de catastrophe générale décrivent la grande rivalité du premier tiers du XXIe siècle entre la Chine populaire et les États-Unis. Pékin entend, tôt ou tard, reprendre Taïwan et soutient en secret les mouvements islamistes d’origine wahhabite. En s’appuyant aussi sur divers régimes despotiques tels que la Corée du Nord ou l’Irak, l’Empire du milieu cherche à « se hisser dans les vingt ans à venir à un niveau d’égalité avec les Occidentaux ». Dantec pense que la Chine a les moyens de constituer « un nouveau bloc despotique asiatique “modernisé”, maîtrisant directement la masse centrale et orientale du continent, et étendant ses pseudopodes jusqu’au Bosphore, la péninsule Arabique, l’Afrique du Nord et de l’Est, le Pacifique occidental et l’océan Indien ». « La seule issue pour l’Occident, affirme-t-il, est donc bien de définir un nouvel arc stratégique panocéanique, trinitaire, avec l’Amérique au centre, l’Europe du côté atlantique, et la Fédération de Russie, assistée du Japon, pour l’espace pacifique-sibérien. » Pour cela, « l’O.T.A.N. doit donc non seulement intégrer au plus vite toutes les anciennes républiques populaires de l’Est européen, mais prévoir à moyen terme une organisation tripartite unifiant les trois grandes puissances boréales : Amérique du Nord, Europe Unie (quel que soit son état, malheureusement) et Russie, plus le Japon, au sein d’un nouveau traité Atlantique-Pacifique Nord... » Rappelons qu’il rédige ses impressions au début de 2001, soit bien avant les événements du 11 septembre et la création du comité O.T.A.N.-Russie qui établit un véritable espace intercontinental de défense de Vancouver à Vladivostok... Maurice G. Dantec serait-il le prophète de la Mégaborée ?

S’il a choisi cette option, c’est parce qu’il est las d’attendre qu’on ose « enfin se demander comment faire de l’Europe une entité géopolitique viable au XXIe siècle ». « Encore faudrait-il qu’une civilisation européenne soit capable de se constituer !, précise-t-il. Encore faudrait-il que ce continent soit doté d’une quelconque volonté, de la plus petite puissance ! » Dépité devant l’atonie européenne et exaspéré du regain des nationalismes, y compris au Canada avec le nationalisme social-démocrate québécois, Dantec enrage de la petitesse de ses contemporains, principalement européens. Lucide et désabusé, n’écrit-il pas : « Ce n’est pas la première fois que l’Europe meurt. Mais ce sera sans doute la dernière » ? Souhaitons qu’il se trompe. Comment un homme dont les valeurs « remontent au Saint Empire de Charlemagne, à la Rome républicaine de Caton et Cincinnatus, à la Grèce de Périclès, ou bien à la Révolution américaine de 1776 » pourrait-il d’ailleurs sombrer dans le doute mortifère ? Laissons l’Europe suivre l’amor fati. Comme le disait volontiers Nietzsche, elle se fera au bord du tombeau.

Bibliographie

La sirène rouge, Gallimard, Série noire n° 2326, 1993.

Les racines du mal, Gallimard, Série noire n° 2379, 1999.

Babylon Babies, Gallimard, La Noire, 1999.

Le Théâtre des opérations. Journal métaphysique et polémique 1999. Manuel de survie en territoire zéro, Gallimard, 2000.

Le Théâtre des opérations 2000-2001. Journal métaphysique et polémique. Laboratoire de catastrophe générale, Gallimard, 2001. 

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