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mardi 11 août 2015

Bibracte, Gergovie ; il a dit la vérité, il faut l’exécuter

Dans les cahiers du capitaine du temps où j'étais en activité, j'essaie de m'imaginer la réponse que mes camarades et moi-même aurions donnée au cas concret suivant : dans les environs de Clermont-Ferrand et dans les conditions de combat de l'époque, quel point fort du terrain choisiriez-vous pour installer la capitale primitive des Arvernes ? Remontant le temps, j'ai redéployé sur la table ma carte au 1/25 millième. La position du Crest s'impose comme le nez au milieu de la figure. Il faut vraiment être ignare dans l'art de la guerre pour situer Gergovie à Merdogne, aux Côtes de Clermont ou à Corent. Il en est de même pour le site de Bibracte à Mont-Saint-Vincent.
Mais là où je me suis lourdement trompé, c'est de croire que ce raisonnement de simple bon sens était si évident qu'il pouvait être compris de n'importe quel intellectuel ou se prétendant tel. J'oubliais que, bien loin du siècle des lumières, la dictature des médias avait transformé, sauf exception, le bon peuple de France en moutons de Panurge, en crétins, ou en illuminés. Et le plus paradoxal est que ce sont ces mêmes illuminés qui m'affuble de ce qualificatif. En vérité, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France.
Si je remonte au temps de ma scolarité, ô combien je regrette mes anciens professeurs de latin ! Ô combien j'aurais aimé qu'ils soient là pour me soutenir dans la traduction que j'ai donnée du texte de César, et cela dans la droite ligne de leur enseignement où ils m'ont appris comment fonctionnait le "cerveau latin". Quelle misère de voir aujourd'hui d'éminents professeurs et éminentes professeures bafouiller dans leurs essais de traduction ou de retraduction. En vérité, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France.
Partant de l'idée que des archéologues seraient peut-être plus aptes à comprendre le monde antique que les modernes, fussent-ils philosophes, je me suis adressé à la DRAC d'Auvergne et à celle de Bourgogne. J'ignorais que dans le cerveau des archéologues d'aujourd'hui, les sites que j'indiquais ne pouvaient pas être gaulois puisqu'ils étaient médiévaux, raisonnement complètement idiot mais certifié. En vérité, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France.
14/4/99. Alors que je demandais un débat public et équilibré, FR3 Bourgogne ne m'a accordé que quelques minutes en me coupant mes principaux arguments pour finalement donner la conclusion à l'archéologue Vincent Guichard, Directeur du musée du mont Beuvray tout en concluant à son tour en prenant parti contre moi. Le CSA me refusera un droit de réponse. Ma thèse fait légèrement sourire au mont Beuvray, simple agitation, juge-t-on ici, d'un amateur peu averti.
18/4/99 : La décision de me condamner vient d'en haut, lorsque le professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des Antiquités nationales, Christian Goudineau, a envoyé sur les roses un grand journaliste du Progrès de Lyon qui lui demandait des explications : « Il les écarte (mes arguments) avec le bouclier de la science et l’armure de l’institution, sans se donner la peine de les réfuter. » (Jean-Philippe Mestre, Le Progrès de Lyon). Ce refus de débat sera suivi, par l'intéressé, d'une violente attaque au-dessous de la ceinture dans la revue Archéologia, puis dans ses ouvrages, contre les historiens amateurs.
Attaque à laquelle l'autorité publique ajoutera le mépris l'égard du citoyen que je suis, lequel n'a eu que le tort de vouloir informer et mettre en garde.
Ce n'est tout de même pas ma faute si l'administrateur à la Sous-direction de l'Archéologie, Christian Grenier de Monner, chargé de suivre mon dossier, n'a rien compris ou rien voulu comprendre. Ce n'est pas ma faute s'il a lamentablement échoué pour promouvoir son projet de statut des archéologues.
Je n'ai rien à voir dans cet échec. En réalité, je suis un des plus chauds partisans d'une archéologie française, mais d'une achéologie de vérité et plus nationale. Il faut arrêter de dire n'importe quoi.
Honte et déshonneur, on va même jusqu'au soupçon politique. Mon discours caché serait nationaliste ! Je serais nationaliste alors qu'aujourd'hui, le terme de nation est pourtant banalisé par tous les partis, il est vrai depuis peu. Je serais même tendance "croix de feu", j'en tombe des nues (Waldgänger a dit…)

jeudi 17 octobre 2013

Il était une fois... Bibracte au mont Beuvray

S'il est un lieu magique au centre de l'hexagone, c'est bien ce Morvan montagneux aux ténébreuses forêts de hêtres, et dominant ce Morvan, l'imposante hauteur du mont Beuvray. Bien que se dépeuplant progressivement, le Morvan est resté tel qu'il fut, tel qu’on l’aime : un vestige archéologique vivant. Dans cette forêt druidique, de mystérieuses légendes hantent les sous-bois, les pierres branlantes et les rivières à truites... http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
Le 17 septembre 1985, le Président de la République fait sa première grande visite officielle au site du mont Beuvray, entouré de nombreux ministres dont celui de la Culture, Jack Lang. Le mont Beuvray est déclaré « site national ». François Mitterrand se recueille face à la grande plaine de l’Histoire comme il aimait le faire depuis la roche de Solutré.
On rêve. On affirme que les fouilles laissent augurer de très importantes découvertes. On s’engage devant l’opinion à la tenir au courant avec la plus grande célérité et sans restriction aucune. A Autun, on déclare : « Le mont Beuvray sera peut-être le plus grand site de l’Occident. »... http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
1995, PATATRAS ! Suite à mes courriers et après la publication de mes ouvrages, on prend conscience en haut lieu que les archéologues se sont trompés et que le mont Beuvray n'est que le site boïen de Gorgobina. Le 3 avril, lors de l'inauguration du centre archéologique européen dont la construction a coûté aux contribuables une somme fabuleuse, aucun discours n'est prononcé au grand étonnement de tous, ni par le président de la République, ni par le ministre de la Culture, Jacques Toubon. Le 10 avril, François Mitterrand m'envoie une carte pour me remercier. Le 15 mai, il accorde au Monde une interview (édition du 29 août), dans laquelle il met en exergue l'importance de l'Histoire, véritable culture de l'homme politique, mais il rejette sur l'historien la responsabilité de l'interprétation. Le 13 novembre, le ministre de la défense, Charles Millon, me fait savoir que le courrier que je lui ai envoyé a retenu toute son attention. Le 20 novembre, le ministre Jacques Toubon, lecteur très intéressé de mes ouvrages, me félicite vivement par lettre écrite mais me fait savoir par un ami qu'il n'est pas dans son rôle d'intervenir dans le débat. Dans les années qui suivent, Annie Lhéritier me confirme que le président de la République, Jacques Chirac, est informé mais me renvoie au ministre de la Culture. Interrogés par lettres officielles et questions écrites parlementaires, il ne sera répondu que par des réponses "langue de bois" ou sans suite par les ministres successifs de la Culture, Trautmann, Tasca, Aillagon, Donnedieu de Vabres, Albanel...
 
Mais qui donc a décidé, à l'origine, de cette stratégie du type combat retardateur qui consiste à toujours repousser dans le temps le jour où la vérité éclatera ?
 
Jacques Chirac qui ne voulait pas être accusé de ternir la mémoire de François Mitterrand ? Jacques Toubon qui pensait, contrairement à moi, que l'immigration est une chance pour notre pays et qui sera chargé de réaliser le musée de l'immigration ? Ou d'autres ? Et d'autres ?
Et qui donc a fait en sorte que cette stratégie fonctionne ? Ne serait-ce pas l'ensemble de la communauté archéologique dont la hiérarchie pyramidale s'est construite sur l'affaire "Bibracte au mont Beuvray" ?
Grand patron de l'archéologie française, Christan GOUDINEAU fut un des premiers directeurs de la reprise des fouilles décidée par François Mitterrand. De président du comité scientifique du site, il s'est vu propulsé jusqu'à la chaire prestigieuses du Collège de France. L'un de ses premiers ouvrages porte sur Bibracte au mont Beuvray. Le directeur de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne était, à ce moment-là, M. Michel CLÉMENT, archéologue d'origine. Il montera jusqu'au poste de directeur du patrimoine et de l'architecture au ministère de la Culture. M. GRENIER DE MONNER était alors l'éminence grise de la Sous-direction de l'Archéologie. Apparemment, cet administrateur civil semble avoir été beaucoup plus soucieux de son projet de statut en faveur des archéologues que de rétablir la vérité historique. Concernant les DRAC, Il coule de source que les nominations d'archéologues dans ces services n'ont pu se faire qu'en accord avec la doxa prônée par les livres de Christian Goudineau. En outre, cette oligarchie - car c'est bien le nom qu'il faut lui donner - peut compter sur ses relations dans le monde universitaire, sur des journalistes accrédités, sur sa revue L'Archéologue, sur sa maison d'édition Epona, sur un administrateur de Wikipédia pseunommé Luscianusbeneditus etc. En dehors de cette doxa, impossible à un archéologue de publier ses travaux, ou alors, ils sont minimisés, comme la mise au jour d'une urbanisation à caractère religieux sur le mont Lassois avant celle du mont Beuvray. Importante personnalité dans le domaine de la recherche archéologique, Vincent GUICHARD, directeur du Centre archéologique européen, a même osé déclarer le 13 septembre 2007, à Europe I, au micro de Jacques Pradel, que la petite ville récemment découverte sur le mont Lassois n'aurait été qu'une tentative urbaine avortée qui n’a pas eu de suite.
Mais comment expliquer que cette stratégie n'ait pas éte dénoncée par la suite ?
De 2003 à 2011, Mme Isabelle BALSAMO, est chargée de la Sous-direction de l'archéologie. J'ai entretenu avec elle un courrier amical mais sans résultat. Elle est actuellement cheffe de l'inspection du patrimoine, belle carrière.
De 2003 à 2007, Marie-Christine LABOURDETTE, ancienne de l'ENA, est chargée de la DRAC Bourgogne. Elle est au courant de l'existence de mes ouvrages mais prendra ouvertement le parti des archéologues du mont Beuvray. Elle est actuellement directrice des musées de France, belle carrière.
A partir de là, on commence à comprendre l'esprit de la manoeuvre.
Il s'agit de faire en sorte que le centre archéologique européen du mont Beuvray devienne un musée modèle, non seulement archéologique mais plus largement culturel, et même, un musée de rayonnement international, son identification stricte a la capitale éduenne ne devenant dès lors qu'un problème secondaire. Parallèlement, il s'agit d'attirer l'attention de l'opinion sur le nouveau musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée de Marseille, qui devient le nouvel emblème à porter au crédit de l'archéologie française.
Mais qui donc rédige les réponses "langue de bois " que les différents et différentes ministres de la Culture signent aveuglément, en toute connaissance de cause... ou bien en étant abusés ? Est-ce M. Philippe BELAVAL, ancien directeur général du patrimoine, Philippe BERJOT, l'actuel directeur, Vincent GUICHARD, directeur du centre archéologique ?
11/02/95. Dans une interview accordée à France-culture, Vincent GUICHARD déclare qu'il n'a pas l'intention de recommencer pour Gergovie la polémique dont le site d'Alésia a été l'objet ; on ne peut pas être plus clair pour signifier qu'on refuse tout débat.
1998. Revue Gallia n° 55. Concernant la localisation de Bibracte au mont Beuvray, on y reprend les interprétations napoléoniennes de Bulliot comme un fait acquis sans évoquer les contestations auxquelles cette thèse avait donné lieu. On y apprend que les onze années de fouilles archéologiques initiées par le président de la République, François Mitterrand - et qui se continuent encore de nos jours - n’ont dorénavant plus pour objet que de comprendre l’urbanisme du lieu. Vincent Guichard reconnaît pourtant que le développement d’une ville (Bibracte) à cet endroit (mont Beuvray) défie apparemment toute logique mais il y maintient le site de la capitale gauloise.
13/4/99, FR3 Bourgogne. Ma thèse fait légèrement sourire au mont Beuvray, simple agitation, juge-t-on ici, d'un amateur peu averti. Dans la communauté scientifique, déclare Vincent Guichard, ça fait belle-lurette que plus personne ne doute. Ça fait au moins 130 ans que plus personne ne doute de la localisation de Bibracte, capitale des Eduens, mentionnée par César à multiples reprises, sur le mont Beuvray. C'est absolument clair.
18/04/1999, le Progrès de Lyon. Il (Christian Goudineau) les écarte (mes arguments) avec le bouclier de la science et l’armure de l’institution, sans se donner la peine de les réfuter. Jean-Philippe Mestre, grand reporter.
19/04/1999, JO, page 2337. A une question qui lui est posée, Mme Trautmann, ministre de la Culture, déclare que la question de l’éventuelle mise en cause du bien-fondé de la localisation au mont Beuvray des vestiges de l’oppidum n’est pas un sujet de débat pour l’immense majorité des archéologues.
 2/7/2001, JO, page 3835. A la question qui est de nouveau posée par le député Marc-Philippe Daubresse, Mme Tasca, ministre de la Culture, répond que les recherches archéologiques sur le mont Beuvray... ne s’occupent pas de la localisation mais plutôt de l’environnement...On peut noter, ajoute-t-elle, que M. Goudineau, professeur au Collège de France, juge certaine la localisation de Bibracte au Mont Beuvray.
2002. La preuve par la pioche. Régulièrement, la presse aime relancer le débat sur la localisation des sites d’Alésia de Gergovie ou de Bibracte : "science officielle" contre "gens du terrain" soucieux de donner tort à leur inventeur, Napoléon III. La polémique tient du combat d’arrière garde : au XIXe siècle, tout érudit local se devait de prouver que "son" site collait le mieux au récit de la Guerre des Gaules. Du désir à la réalité, il y a un fossé. Ou plutôt... des fossés, relevés par les archéologues. Aux savantes interprétations, ces derniers opposent mille faits objectifs : plans, armes, pièces d’équipement et projectiles d’artillerie datés de l’époque césarienne, inscriptions... Inexplicables hors du contexte de la Guerre des Gaules, ces objets sont évidemment absents des autres sites (ce qui est un pur mensonge en ce qui concerne le Mont-Saint-Vincent dont je dis et prouve qu'il est le site de la véritable Bibracte). Ils sont pourtant de ceux qui font toute la différence entre le "possible" et le "plausible". (extrait du catalogue de l’exposition de Bibracte "sur les traces de César par Vincent Guichard, http://arafa.fr/SPIP/spip.php?rubrique10).
11/6/2013. JO page 6077. Au député Christophe Siruge qui l'interroge de nouveau sur la question de l'éventuelle mise en cause du bien-fondé de la localisation au mont Beuvray des vestiges de l'oppidum de Bibracte, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, répond, en langue de bois, que les recherches archéologiques mises en oeuvre depuis 1984 sur le site du Mont Beuvray visent notamment à constituer des corpus de données susceptibles d'alimenter les questionnements des chercheurs européens autour des problématiques liées à la formation et au développement des premières formes d'urbanisation en Gaule, à l'organisation et à l'exploitation des territoires, à l'économie et aux échanges autour et à partir des oppida. Dans cette perspective, les questionnements relatifs à la stricte identification de Bibracte au site du Mont Beuvray s'avèrent d'un intérêt accessoire.
DANS CETTE PERSPECTIVE, LES QUESTIONNEMENTS RELATIFS À LA STRICTE IDENTIFICATION DE BIBRACTE AU MONT BEUVRAY S'AVÈRENT D'UN INTÉRÊT ACCESSOIRE.
Terrible aveu de ce qui est devenu un mensonge d'État qu'on ne veut toujours pas assumer.
E. Mourey, 15/10/2013

jeudi 20 décembre 2012

L’Atlantide dont les archéologues français ne veulent pas

Alors que l'Université s'efforce de maintenir nos "humanités", une nouvelle archéologie, dite scientifique, va jusqu'à prétendre réécrire l'histoire des origines d'après l'enseignement qu'elle croit tirer des fouilles faites sur le terrain.
C'est ainsi qu'en Palestine, l'archéologue Israël Finkelstein a réussi, avec un certain succès, à convaincre une partie de la communauté scientifique que les textes du Pentateuque avaient été écrits bien après les événements qu'ils relatent, sur la foi de légendes transmises oralement de génération en génération et que, par conséquent, il ne sont pas fiables.
C'est ainsi qu'en France, bien que toujours dans l'ombre de Christian Goudineau, ancien professeur titulaire de la chaire des Antiquités Nationales, MM. Vincent Guichard et Matthieu Poux imposent leurs nouvelles vues à l'archéologie française, le premier au mont Beuvray, considéré à tort, selon moi, comme le site de Bibracte, le second à Corent où il voudrait voir, également à tort, le site de Gergovie.
Partant du principe que les constructions maçonnées en pierre n'ont pu apparaître en Gaule que par une influence romaine, ils en arrivent à imaginer une "civilisation des oppida, véritables cités de terre et de bois". Ils oublient que César a dû construire une rampe d'accès de presque 23 mètres de haut contre les tours et les murailles d'Avaricum dont les murs de pierres étaient maçonnés, évidemment au mortier de chaux (coagmentis). Ils décrètent que la capitale/forteresse/ville du mont Lassois, récemment mise au jour, est un accident qui n'a pas eu de suite, que les ruines du village d'Alésia sont gallo-romaines et qu'il en est ainsi pour toutes les mises au jour de constructions en pierre. 
On comprend, dans ces conditions, pourquoi ces archéologues sont très irrités par ma proposition de situer au Crest, dans les montagnes d'Auvergne, le site très fortifié qui a inspiré le texte de Platon sur l'Atlantide. Car, au-delà du mythe, cela indique que le philosophe voyait dans la capitale des Arvernes une fondation de Poséidon et donc, qu'il lui donnait une origine aussi illustre que celle d'Athènes, mais de nature différente.

Je viens de lire le livre de M. Bernard Sergent "l'Atlantide et la mythologie grecque". Agrégé d'histoire, docteur en histoire ancienne et archéologie, l'auteur est chercheur au CNRS et président de la Société de mythologie française. Il explique comment Platon aurait construit le mythe de l'Atlantide en s'inspirant de mythes grecs qui se sont forgés dans un milieu entièrement grec. Pour ma part, je nuancerais un peu le propos en précisant : "dans le milieu de la mer Egée" pour qu'on n'oublie pas la primauté, dans le temps, du dieu phénicien/tyrien de la mer, Yam, que les Grecs ont, semble-t-il, rebaptisé du nom de Poséidon.

S'il est admis, en effet, que tout a commencé à Sumer, ce n'est que vers le X ème siècle que l'écriture apparaît sur les rives orientales de la Méditerranée dans l'inscription du tombeau d'Ahiram, roi de Byblos. L'écriture n'arrivera en Grèce que plus tard.

De même, selon la Bible, c'est au X ème siècle, à Tyr, que le roi Hiram fit fabriquer des objets en bronze pour le temple de Salomon, notamment une grande cuve reposant sur douze taureaux et richement ornée. Or, les cratères, vases, hydries ou autres objets décoratifs en bronze de cette qualité n’apparaissent dans le monde grec que beaucoup plus tard. A Gergovie (ma thèse), le cratère de Vix, avec la représentation de la Gorgone - à gauche - ne daterait que du VI ème siècle (avant J.C.).

Autre élément de preuve de l'antériorité phénicienne : l'émigration phénicienne partie du port de Tyr et des rivages du pays de Canaan - ceux qui apportent la pourpre - qui a touché, en premier, notre pays.

Pour M. Sergent, il n'y aurait pas de terre Atlantide, ni enfouie, ni cachée. Evidemment, cela ne fait pas l'affaire de ceux qui espèrent, un jour, voir surgir de l'océan la cité engloutie de leurs rêves. Et ces irréductibles sont de plus en plus nombreux, au fur et à mesure que l'ésotérisme progresse au dépens des humanités qui servaient jadis de références à la pensée raisonnable. Mais pour les gens sérieux, il y a, dans le texte de Platon, tout un univers ancien qui ne demande qu'à être mieux compris.
 
Ce que je regrette, je ne le reproche pas à l'auteur, mais à la communauté archéologique française qui n'a cessé, et ne cesse encore, de rabaisser notre histoire antique pour valoriser, par comparaison, celle de la colonisation romaine, et cela, avec l'approbation du ministère de la Culture, ce qui est un scandale.
 
Il s'agit là d'une erreur tragique qui oblige intellectuellement M. Sergent à considérer notre pays comme une terra "ignota et inculta" et, de ce fait, à repousser dans un Occident lointain mal défini toute une partie du texte de Platon... Et pourtant. 
 
L'énigme d'Erutheia.
 
Une énigme ? Pas vraiment ! Hérodote et d'autres auteurs la désignent comme une île de l'océan, au-delà des colonnes d'Héraklès. Ils lui donnent le nom de Gadeira. C'est le nom attesté de l'actuelle Cadix. C'est ici, ou plutôt dans l'arrière-pays, qu'Héraklès/Melqart aurait volé les boeufs de Géryon. Cette action ne peut se comprendre, à mon sens, que si elle est en rapport avec une expédition militaire menée dans le cadre d'opérations de type reconnaissance ou colonial ; autrement dit, la légende pourrait rappeler la colonisation phénicienne qui semble avoir connu son apogée en 814 avec la fondation de Carthage. Ensuite, poursuivant son périple, Héraklès aurait fondé une Alésia que j'identifie à Nuerax/Bibracte/Mont-Saint-Vincent, en Bourgogne du sud. Mais auparavant, d'après Tite-Live, il était passé en Italie, avant que la ville de Rome soit fondée. Il faudrait donc comprendre que le processus de colonisation s'est accentué et développé après la fondation de Carthage, ce qui me paraît assez logique (et peut-être même dès après la guerre de Troie pour des contingents limités).
 
Dès lors que Gadire s'inscrit, et dans l'histoire, et dans le paysage géographique, force est de constater que Platon en tient compte puisqu'il donne au fils puiné de Poséidon cette dite île de Gadir, et par extension l'Espagne. En toute logique, la province royale voisine qu'il remet à son premier-né, Atlas, ne peut être que Gergovie en tant que capitale, et la future Gaule en tant que territoire... une future Gaule à laquelle il donne, toujours très logiquement, le nom d'Atlantide.
 
Le procès qu'on me fait pour ma proposition d'une Atlantide qui n'est pas vraiment une île est absurde. Il est clair que, dans la rédaction de ses mythes, Platon n'a jamais cherché à donner une représentation géographique exacte, bien au contraire. D'une part, cela lui aurait été bien difficile pour la Galatie/Gaule alors qu'apparemment, aucun explorateur n'avait parcouru les frontières du Rhin. D'autre part, cela aurait complètement dévalorisé son récit auprès de ses lecteurs qui, depuis l'Odyssée, avaient pris l'habitude de projeter leurs fantasmes dans un univers d'îles lointaines aux extrémités de l'Occident.
 
Ceci pour dire que Platon ne pouvait situer, poétiquement, son Atlantide que dans une île ou un semblant d'île, de même qu'il n'a pas hésité à forcer le trait pour décrire à ses contemporains une Grèce ancienne aux terres fertiles et bien gérées, ce qui est encore plus difficile à croire. Enfin, il me semble, qu'au lieu d'imaginer une Atlantide du côté des Amériques auxquelles même Christophe Collomb ne croyait pas, il serait bien plus intéressant d'essayer de comprendre ce qui, dans notre pays, a bien pu faire fantasmer les anciens Grecs.
 
Le jardin des Hespérides.
 
Comme le montre le char d'apparat du musée de New York, si la tête de lion représentée sur le bouclier identifie une Bibracte combattante, la tête de la Gorgone, ou de Méduse, désigne incontestablement la Gergovie arverne (Gorgona devenue Gergovia). Il n'y a pas d'autre lecture possible. Plus la tête de Méduse était affreuse, plus elle pouvait terrifier l'adversaire. Quant au fait de tirer la langue - signe de défi lancé à l'adversaire ou à la mort, Tite Live l'a noté pour un chef gaulois. Il faut croire que l'image était efficace puisqu'Athéna, elle-même, l'avait portée sur son bouclier, mais il peut y avoir une autre raison. Enfin, si l'on tient compte du cratère de Vix à décor de Gorgones qui ne peut avoir été fabriqué qu'en pays arverne, il ne fait aucun doute que, pour les Grecs, Gergovie était bien le pays de Méduse et des Gorgones.
 
Citation : Les Gorgones qui habitent par delà l'illustre Océan, vers l'empire de la Nuit, dans ces lointaines contrées, où demeurent les Hespérides à la voix sonore... Méduse était mortelle... Poséidon aux noirs cheveux s'unit avec elle dans une molle prairie, sur une couche de fleurs printanières. Lorsque Persée lui eut tranché la tête, on vit naître d'elle le grand Chrysaor et le cheval Pégase... Persée, quittant une terre fertile en beaux fruits, s'envola vers le séjour des Immortels... Chrysaor, uni à Callirhoë, fille de l'illustre Océan, engendra Géryon aux trois têtes (Hésiode, site de M. Remacle, traduction A. Bignan).
 
Comme je l'ai indiqué dans mon précédent article, le simulacre de la décapitation de la Méduse a donc bien eu lieu à Gergovie. Persée de Thèbes, en Béotie, y serait donc venu dans les années 520/660 (?) http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec... ; le dessin de la salamandre qui figure sur le pithos en est la preuve irréfutable.
 
Tout cela s'accorde, en toute logique, avec le texte de Platon. Gergovie, capitale des Atlantes et de la Galatie/Gaule, province royale, et Gadera, capitale de la future Espagne/Hispanie, province gadirique, sont issues d'une même culture phénicienne. Cette culture les rapproche comme les liens de sang rapprochent deux frères. Et il faut remarquer que ces deux cités phéniciennes ont exprimé leurs croyances druidiques dans des sculptures de chapiteaux à la différence de la Grèce qui n'y mettait principalement que du feuillage. Enfin, bien que jumeaux, Gergovie, né en premier, avait toutefois la prééminence.
 
Plus difficile à dater est la légende d'Héraklès, un héros que, manifestement, les Grecs ont emprunté au Melqart phénicien. Mais ce qui ne fait pas de doute, c'est que certains de ces mythes nous conduisent indiscutablement en Auvergne. Gorgones, Méduse, Atlas, les Hespérides, le jardin aux pommes d'or, oui, nous sommes bien au pays des montagnes auvergnates et des volcans aujourd'hui éteints. C'est là que vivait Atlas, le géant qui soutenait l'une des colonnes sur laquelle prenait appui la voûte du ciel.http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
 
Citation : Lorsqu'Héraklès fut arrivé vers Atlas, dans le pays des Hyperboréens, Prométhée lui conseilla de ne pas aller lui-même chercher les pommes, mais de prendre la place d'Atlas, et de l'envoyer les cueillir. Hercule suivit son conseil, et prit le ciel sur ses épaules : Atlas ayant cueilli trois pommes dans le jardin des Hespérides, revint vers lui, mais ne voulut plus reprendre le Ciel et dit qu'il irait lui-même porter les pommes à Eurysthée. Hercule alors, par le conseil de Prométhée, pria Atlas de le reprendre seulement jusqu'à ce qu'il eut fait un coussin pour mettre sur sa tête. Atlas y ayant consenti, posa les pommes à terre, et reprit le ciel ; alors Hercule s'empara des pommes et s'en alla. D'autres disent que ce ne fut pas Atlas qui les lui donna, mais qu'il les cueillit lui-même dans le jardin des Hespérides, après avoir tué le serpent qui les gardait. Il les porta à Eurysthée qui lui en fît présent ; Hercule les donna à Minerve qui les reporta dans le jardin, car il n'était pas permis qu'elles fussent placées ailleurs.(Apollodore, biblio II, site de M. Remacle, traduction E.Clavier). Dans cette version, c'est le serpent qui garde les fruits, dans une autre version, c'est un dragon. Est-ce le plateau de la Serre dans lequel les Arvernes voyaient un serpent, ou même une sorte de dragon ? Dans mon montage ci-dessus, j'ai voulu montrer comment les Arvernes s'imaginaient, qu'un jour, le dragon de leurs sculptures allait se réveiller de la montagne de la Serre. Ci-dessus, au Puy-en-Velay, Atlas soutient la voûte du ciel de la voûte d'entrée. En dessous, terres cuites décorées inspirées des chapiteaux de Gergovie.
 
Atlas donna à Hercule non seulement ce qu'il était venu chercher, mais encore il l'initia dans l'astronomie. Atlas avait bien approfondi cette science, et il avait construit avec art une sphère céleste ; c'est pourquoi on le supposait portant le monde sur ses épaules. Comme Hercule apporta le premier en Grèce la science de la sphère, il en retira une grande gloire ; c'est ce qui fit dire aux hommes, allégoriquement, qu'il avait reçu d'Atlas le fardeau du monde.(Diodore de Sicile IV, site de M. Remacle, traduction de l'abbé Terrasson).
Bref, tous ces mythes montrent bien l'intérêt qu'avait Platon à situer son Atlantide dans nos terres.
Et je pourrais ajouter le mythe des géants, celui des titans et, peut-être, d'autres encore... http://www.agoravox.fr/tribune-libr... Dans ces temps de disette, je ne comprends pas la position du ministère de la Culture et de ses services. Et pourtant, il faudra bien, un jour, se décider à montrer comment Gergovie a fait rayonner sur le monde une culture que, jusqu'à maintenant, on a attribuée à d'autres... Dieu est là, dans le vent qui se lève à la surface du lac. Ouvrez les yeux et vous le verrez dans les tourbillons de feuilles que le vent soulève. Voyez ses yeux, son nez, ses oreilles et ses cornes en feuilles de chêne...
Mais revenons à nos moutons pour expliquer, une fois de plus, pourquoi il faut situer l'Atlantide en grande partie imaginaire de Platon dans notre vieux pays.
 
 
Je propose l'interprétation suivante du texte de Platon.
 
Je propose d'interpréter le passage qui suit en essayant de raisonner dans l'esprit de Platon mais en identifiant à priori son île Atlantide à la Gaule. Pour la commodité de l'exposé, je conserverai ce nom de Gaule bien qu'il n'existait pas encore à cette époque. La traduction - en gras - est de M. Luc Brisson. Mes annotations sont indiquées en italiques.
 
C'est que, en ce temps-là (de même que la Grèce ancienne est géographiquement différente de la Grèce actuelle, de même en ce qui concerne l'île Atlantide qui a précédé géographiquement la Gaule. A noter que les capitales ne changent pas d'emplacement), on pouvait traverser cette mer lointaine (c'est-à-dire, longer les côtes ouest de la Gaule, comme le fera Pythéas). Une île s'y trouvait en effet (pouvant faciliter une traversée par cabotage) devant le détroit (la Gaule, facade ouest). Cette île était plus étendue que la Libye et l'Asie prises ensemble (plus tard, la carte de Peutinger donnera encore à la Gaule une étendue démesurée). A partir de cette île, les navigateurs de l'époque pouvaient atteindre les autres îles (Angleterre, Irlande ?), et de ces îles, ils pouvaient passer sur tout le continent situé en face, le continent qui entoure complètement cet océan, qui est le véritable océan (au temps de Platon, on pensait que le monde habité par les hommes était entouré de cet océan, lequel était entouré lui-même par un véritable continent mais différent du nôtre).
Car tout ce qui se trouve de ce côté-ci du détroit dont nous parlons, ressemble à un port au goulet resserré (il s'agit des côtes méditerranéennes qui sont à l'image d'une grande rade qui s'ouvre sur Marseille. Le goulet resserré s'explique par cette particularité qu'on ne pouvait y accéder que par un canal étroit, en raison des bancs qui en gênaient l'accès) ;
 
De l'autre côté, c'est réellement la mer (l'océan), et la terre qui entoure cette mer, c'est elle qui mérite véritablement de porter le nom de "continent" (Par contraste avec ce véritable continent précité, la Gaule ne mérite de n'être désignée que par le mot "île").
 
Or, dans cette île, l'Atlantide, s'était constitué un empire vaste et merveilleux, que gouvernaient des rois dont le pouvoir s'étendait non seulement sur cette île toute entière, mais aussi sur beaucoup d'autres îles et sur des parties du continent (Dans ce cas, il faudrait faire passer le fleuve océan par la Manche et considérer nos amis anglais comme appartenant à un autre monde). En outre, de ce côté-ci du détroit, ils régnaient encore sur la Libye (l'Afrique du Nord) jusqu'à l'Egypte (l'Asie Mineure), et sur l'Europe jusqu'à la Tyrrhénie (l'Etrurie, Italie occidentale). 
 
Conclusion : Gaule côté ouest du détroit + Gaule côté est ->Gaule tout court.
 
Etonnant, ce texte de Platon qui nous oblige à réécrire notre histoire. On savait que les Gaulois s'étaient très impliqués dans les guerres puniques qui ont suivi. On savait même que des chefs gaulois commandaient des troupes à Carthage même, mais jamais on ne pouvait penser que c'est Gergovie qui commandait à la cité carthaginoise. De même, on savait que les Gaulois/Galates s'étaient portés jusqu'en Asie Mineure contre le royaume de Pergame au II ème siècle avant J.C., mais on ne pensait pas qu'ils s'y trouvaient déjà au temps de Platon. Quant à l'Etrurie, j'y trouve une confirmation pour dire, ce que j'ai déjà souvent dit, à savoir que ce ne sont pas les Etrusques qui ont apporté leur culture à la Gaule mais le contraire, par Gergovie et ses alliés.
 
Je remercie M. Luc Brisson pour les précisions qu'il m'a données concernant sa traduction du texte de Platon.
Références : Platon, oeuvres complètes, nouvelle traduction de M. Luc Brisson, 2008 et 2011.
L'Atlantide et la mythologie grecque de M. Pierre Sergent, 2006.
Histoire de Gergovie de E. Mourey, pseudonyme Jean, 1993.
Cratère de Vix : photo INRAP http://archeologie-vin.inrap.fr/Arc...
Le monde selon le Critias et et le Timée : Luc Brisson et Guillaume Duprat.
Croquis et photos : E. Mourey

lundi 11 juin 2012

Bibracte L'oppidum des Éduens


Bibracte
Bibracte, sur l’actuel Mont-Beuvray, au sud de la Bourgogne et à la pointe méridionale du massif du Morvan, fut au 1er siècle av. J.-C. une agglomération fortifiée de quelques centaines ou quelques milliers d’habitants.
L’oppidum s’étendait sur 200 hectares. Sa plus ancienne enceinte avait sept kilomètres de long ; la plus récente, plus resserrée, 5 kilomètres seulement.
C'était la capitale des Éduens, peuple celte qui occupait une grande partie de l'actuelle Bourgogne.
Le musée de BibracteComme la plupart des autres Gaulois, les Éduens de Bibracte n’avaient pas attendu la conquête de la Gaule par Jules César pour entrer en contact avec les Romains et s’initier à leurs coutumes, voire se romaniser.
Un quart de siècle après la conquête, les habitants de Bibracte ne se satisfont pas de la construction de quelques belles maisons en pierre («domus») au sommet de leur mont. Ils descendent dans la plaine et fondent à 25 kilomètres de là une nouvelle cité au-dessus de la rivière Arroux : Augustodunum.
Dans ce nom, qui va évoluer jusqu’à devenir Autun, nom actuel de la ville, on retrouve le surnom de l’empereur, Auguste, et le suffixe dunum d’origine celte qui désigne un site élevé.

Caprice présidentiel

Les premières fouilles sur le Mont-Beuvray remontent aux années 1860. Elles sont menées par un érudit local, Joseph Déchelette. Elles révèlent la double enceinte et deux voies principales le long desquelles sont érigées des constructions en bois et en terre.
Les fouilles ont été relancées dans les années 1980 à l’initiative du président François Mitterrand, lequel avait un moment conçu l’idée de se faire inhumer sur le site, tel un chef gaulois. Il a acquis pour cela un lot de terrain près du monument qui marque le sommet du mont mais a finalement renoncé à son idée devant l’opposition des archéologues et par crainte des moqueries.
Les fouilles sur le Mont-Beuvray (Bibracte)
Aujourd’hui, le site archéologique est un établissement public tripartite (État, département, région) unique en son genre par sa surface visitable (200 hectares). Il fait partie des dix sites labellisés Grand Site de France.
Les gestionnaires ont à cœur d’en améliorer l’aspect en corrigeant les plantations au cordeau de pins Douglas, qui ont chassé les hêtres sur une bonne partie du mont. Au temps des Éduens, notons-le, le mont était sans doute très largement déboisé.
Le musée de Bibracte (architecte : Pierre-Louis Faloci)Le musée est une belle réalisation de l'architecte Pierre-Louis Faloci, discrète et bien intégrée à l’environnement forestier. Il offre un coup de projecteur sur le 1er Âge du Fer, de l’an 800 av. J.-C. au IIe siècle avant JC et plus spécialement sur le IIe Âge du Fer (IIe siècle av. J.-C. – 1er siècle de notre ère).
Il met l’accent sur le 1er siècle av. J.-C., courte période durant laquelle s’épanouit l’oppidum de Bibracte à travers des scénographies didactiques, orientées vers le grand public et les enfants. Ainsi sont évoquées les différentes activités des habitants mais aussi l'histoire encore méconnue des Celtes, qui peuplaient au 1er millénaire av. J.-C. toute l'Europe centrale, de l'Atlantique au bassin du Danube. On y voit peu de pièces d'origine mais beaucoup de copies et de reconstitutions de qualité.
Salles d'exposition permanente du musée de Bibracte
La visite du musée est le préalable à la découverte du Mont-Beuvray, avec ses sous-bois champêtres, ses chantiers de fouilles et ses points de vue exceptionnels sur le pays bourguignon.
À côté du musée, le restaurant Le chaudron vaut le détour.
Animé par une archéologue passionnée de gastronomie gauloise, il propose des plats qu'auraient pu consommer Astérix et ses amis : porc (et non sanglier), fèves et pois, pâtisserie à base de miel (et non de sucre)...
Le Mont-Beuvray aujourd'hui  (labellisé Grand Site de France)
Construit en 1994 face au Mont Beuvray, dans le village de Glux-en-Glenne, le Centre archéologique européen poursuit les recherches sur les Celtes. Nous lui devons de bien mieux connaître et apprécier la civilisation de «nos ancêtres les Gaulois».
André Larané http://www.herodote.net

vendredi 13 avril 2012

La préhistoire de la Gaule : l’archéologie en question

Dans son ouvrage qui vient d'être publié "On a retrouvé l'histoire de France", Jean-Paul Demoule explique comment les vingt dernières années de fouilles archéologiques permettent aujourd'hui aux archéologues d'écrire la véritable et passionnante histoire de nos origines, loin des clichés absurdes qui ont encore cours.
Bien que n'ayant abordé la période préhistorique qu'incidemment dans mes ouvrages, je me propose dans cet article de confronter la vision de l'auteur avec celle que je me suis faite de la Bourgogne avant ces vingt années de fouilles et alors que j'étais encore membre de la société d'histoire et d'archéologie de la ville de Chalon-sur-Saône.
Ma vision de la Bourgogne préhistorique (texte écrit en 2004 en développement de mes ouvrages rédigés dans les années 80 et en s'appuyant sur les vestiges archéologiques de la région).
Au pied de la Roche de Solutré, vingt huit mille ans avant Jésus-Christ, tout est blanc. Depuis la pointe du rocher, le spectacle est grandiose. Dans le lointain, du côté de l’Orient, la ligne presque imperceptible des montagnes alpines se perd dans le sfumato du ciel. En contrebas, dans la vallée, la Saône, paresseuse, déroule ses méandres.
Tout est blanc, tout est silencieux. Seule manifestation de vie, une colonne de mammouths dont la taille apparaît étrangement petite en raison de la distance progresse en rase campagne.
Il y a dans un tel spectacle un je ne sais quoi de paradisiaque, un romantisme qui resurgit du fond des âges, un Absolu. 
Dans le soir qui tombe, un feu éclaire l’entrée d’une grotte située dans une paroi difficile d’accès, facile à défendre. Grotte difficile d’accès pour se protéger contre les prédateurs, avec un feu pour les éloigner, mais aussi pour se chauffer. A l’intérieur, à l’endroit le moins exposé aux courants d’air, emmitouflés dans des peaux de bêtes sauvages, nos chasseurs/cueilleurs/pêcheurs dorment. En dehors de la chasse, que faire d’autre ? Aventuriers parcourant un monde inconnu, amateurs de grandes chasses préhistoriques, sédentaires égarés dans les froids du grand Nord, premiers habitants de la région ? Hommes de Néanderthal puis hommes de Cro-magnon ? Hommes de Néanderthal et hommes de Cro-magnon ? Le premier est plus robuste, le second plus rusé. Pourquoi la branche du premier s’est-elle éteinte ?
La vision que nos Anciens avaient de la terre est bien différente de la nôtre. C’était une vision mystique, quasiment religieuse.
Etonnante, cette roche de Solutré, qui n’a pu émerger du sol que par la volonté des dieux ! 
Vingt huit mille ans avant Jésus-Christ, cette hauteur est-elle l’encolure statufiée d’un gigantesque cheval de pierre ? En l’utilisant comme tremplin, la jeunesse turbulente de l’époque se lançait-elle au galop en direction du soleil lorsque celui-ci culminait à son apogée dans le ciel ? Comment expliquer, en effet, cet ossuaire de chevaux que les archéologues ont exhumé au pied de la roche ? Festins sacrés ? Offrandes aux dieux… ou, tout simplement, sépultures d’animaux de compagnie dont nos ancêtres auraient pieusement déposé les dépouilles en bas du monument sacré ?
Au pied de la Roche de Solutré, tout est blanc, tout est silencieux. La colonne de mammouths a franchi la ligne d’horizon ; les grands mammifères sont partis sous d’autres cieux. Le manteau blanc a retrouvé son immobilité désertique. Bien qu’hésitant, un renne s’est aventuré dans la neige, à la corne d’un bois. Une lance jaillit de la lisière et le transperce. L’animal tombe. Son sang rougit la neige.
Au bord de la Saône, un homo sapiens - ou néanderthal - a repéré la trace d’un petit gibier. Il guette sa proie. Il a le regard vif. Toutes les ruses du chasseur, il les connaît. Aucun autre animal ne lui est supérieur en ce domaine. Sur la rive, vers Ouroux-sur-Saône, il y a un campement et des hommes qui pêchent.
A Blanot, il y a un petit village qui deviendra la cité des Aulerques Blannovices, à proximité de grandes grottes/refuges en cas de danger.
Non loin de la Saône, sur le mont saint Vincent, là où je situe Bibracte, une tribu d’hommes plus ou moins chevelus s’affairent. On apporte des pierres. Tout autour du plateau, on monte un mur de protection. Nous sommes à l’époque du néolithique. Le climat s’est adouci.
La scène me rappelle un documentaire vu à la télévision. Regroupée sur une hauteur semblable, une bande de singes bonobos, très excités, s’efforcent de vivre en bonne société. Personne n’ignore que nos proches cousins partagent leur temps entre trois activités : la recherche de la nourriture, la copulation et la sieste. Mais voilà qu’un danger se profile au loin. Les guetteurs donnent l’alerte, ce qui provoque aussitôt un grand tumulte dans la population simiesque. Et voilà que tout ce monde-là se précipite, comme un seul homme, vers une hauteur plus escarpée pour s’y mettre à l’abri.
Notre mont saint Vincent est un remarquable observatoire d’où l’on découvre un vaste horizon. Par la force des choses, les hommes qui s'y sont retranchés ont amélioré leurs armes en taillant le silex. Ils en ont fait des armes redoutables et ont atteint un niveau d’évolution tel qu’ils sont capables d’organiser collectivement la défense de tout un territoire, un pagus avant la lettre. En avant-garde, aux frontières de leur domaine, sur les chemins d'accés, ils surveillent l’entrée du couloir de la Dheune en occupant le mouvement de terrain auquel nous avons donné le nom de Chassey-le-Camp. Les importantes découvertes archéologiques qui y ont été faites - pointes de flèches, pierres taillées et polies - en font un site de référence de l’époque néolithique.
Vers 3500 ans avant Jésus-Christ, l’augmentation naturelle de la population les obligent à rechercher de nouvelles ressources alimentaires dans l’agriculture et l'élevage. http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
Sur le Mont-Saint-Vincent, des hommes s'activent ou se reposent. Certains montent la garde et surveillent les alentours. Le mont Saint Vincent est une position tactique et stratégique remarquable, non par le fait qu’elle se trouve à une haute altitude mais, tout simplement, parce que de là, on découvre un vaste horizon que l'on peut surveiller.
Voyez les collines verdoyantes, les champs de blé, les vastes prairies. Voyez ces paysans qui labourent, sèment et fauchent, ce bétail gros et petit qu’ils font paître. La sécurité est assurée. Sur la hauteur du Mont-Saint-Vincent, les guerriers veillent. Les prodigieuses murailles cyclopéennes du site témoignent.
Puis nous entrons dans le huitième siècle. Carthage est fondée en Tunisie par les Phéniciens en 814 avant Jésus-Christ. Le fait est mentionné dans les Annales de Tyr. A Marseille, la présence des Phéniciens a précédé celle des Grecs, comme sur les autres rivages de la Méditerranée. Strabon nous révèle que ces Phéniciens ne se sont pas limités à installer des comptoirs côtiers mais qu’ils ont fondé des colonies à l’intérieur des terres. Le fleuve Rhône-Saône s’est ouvert tout naturellement à leur flotte. 
Véritable Hercule, Héraclès se tient à la proue du navire. La peau du lion de Némée jetée sur les épaules, la musculature puissante, il s’appuie négligemment sur son énorme massue. La flotte remonte sans encombre jusqu’à hauteur de l’actuel Chalon-sur-Saône. Pourquoi aller plus loin ? L’emplacement est à un carrefour de voies naturelles et la région présente de bonnes possibilités pour la culture du blé et l’élevage. Pour protéger la grande voie fluviale qui descend jusqu’à Marseille, il suffit d’occuper les monts du Beaujolais et d’installer une solide garnison sur le mont Saint-Vincent.
Citation : Autrefois, à ce qu'on raconte, la Celtique a été sous l'autorité d'un homme illustre, qui avait une fille d'une taille extraordinaire et d'une beauté tout à fait exceptionnelle. Fière de sa force et de cette beauté qu'on admirait, elle refusait toute offre de mariage, ne trouvant aucun prétendant digne d'elle. Or, dans son expédition contre Géryon, Héraclès passa en Celtique et y fonda la ville d'Alésia. La jeune fille vit Héraclès, admira sa vaillance et sa supériorité physique, de sorte qu'elle accepta ses embrassements de très bon coeur, avec l'approbation, en outre, de ses parents. De cette union avec Héraclès naquit un fils, nommé Galatès, qui surpassa de beaucoup ses compatriotes en vaillance et en force. Parvenu à l'âge d'homme et ayant hérité de la royauté de ses pères, il conquit une grande partie des pays limitrophes et accomplit de grands exploits guerriers. Son courage le rendit célèbre et il donna à ses sujets, d'après son propre nom, celui de Galates ; ce fut l'origine du nom de Galatie que reçut l'ensemble du pays. 
… Il fonda une très grande ville qui reçut le nom d'Alésia à cause des courses errantes accomplies pendant cette campagne. Il mêla aussi à la population de la ville beaucoup de gens du pays ; comme ceux-ci l'emportaient en nombre, il advint que tous les habitants se transformèrent en barbares. Les Celtes honorent * de nos jours encore cette ville comme le foyer et la métropole de toute la Celtique. Jamais depuis l'époque d'Héraclès jusqu'à la nôtre elle n'a cessé d'être libre et inexpugnable…
(Diodore de Sicile, V, 24, 1-3 et IV, 19, 1-2). Trad. R. Weil, dans Textes littéraires antiques).
Il est bien évident que cet Héraclès - phénicien - n'est pas un personnage ordinaire mais le nom que s'est donné la colonie "herculéenne" qui "épousa" la population indigène qui se trouvait là.
Il est bien évident que cet alésia n’est pas l’alésia où César vainquit Vercingétorix, Alise-Sainte-Reine, mais le Mont-Saint-Vincent. Ancienne ville murée, au XI ème siècle c’était encore une des plus importantes places fortes de la région, nid d’aigle du comte de Chalon.
Alésia pour Diodore, Nuerax pour Hécatée de Millet, Bibracte pour d’autres, Mont-Saint-Vincent aujourd’hui, tout cela, je l’ai expliqué en détail dans mes ouvrages. 
Voyons maintenant la vision de M. Jean-Paul Demoule, ancien directeur de l'INRAP. 
Page 40. Les chasseurs-cueilleurs européens seront éliminés par les colons agriculteurs venus du Proche-orient vers 6000 ans avant notre ère. C'est possible mais tant que l'archéologie n'en aura pas apporté la preuve, je maintiens mon hypothèse d'une évolution des chasseurs-cueilleurs qui se seraient maintenus sur les points forts du terrain tout en accueillant des colons venus du Proche-Orient, comme cela se fera plus tard avec l'arrivée d'Héraklès.
Page 57. Ces communautés d'agriculteurs prirent pied selon deux voies... les côtes méditerranéennes vers - 5 800... le bassin du Danube vers - 5 300 comme cela se répétera 2000 ans plus tard. Oui, mais même observation que ci-dessus.
Page 63. A partir de - 4500 ans, les principales régions fertiles du continent sont donc quadrillées par un semis de villages... qui ne dépassaient pas cent à deux cents personnes. Puis, l'arrivée du métal dans cette société apparemment pacifique aurait permis à certains de s'imposer par la violence. Il s'agit là de l'utopie que j'ai déjà relevée chez M. Goudineau, à savoir l'idée d'une Europe paysanne idylique dont l'évolution pacifique aurait été compromise par la rivalité d'hobereaux guerriers.
Page 72. Les villages, ouverts et implantés dans les plaines et les vallées dans les premiers temps du néolithique, se hissent maintenant sur des hauteurs malcommodes et se fortifient... J'aurais plutôt tendance à penser que les villages se sont étendus dans la plaine dans la mesure où ils pouvaient bénéficier de la protection effective et dissuasive des hobereaux précités retranchés sur les points forts du terrain. Je veux dire par là que ce n'est pas seulement en fouillant sur les tracés d'autoroutes que les archéologues de l'Inrap doivent réécrire l'histoire de France mais aussi en raisonnant à partir des points forts du terrain et des fortifications en pierre qui s'y sont élevées comme cela s'est fait dans le reste du monde.
Page 82. Marseille fondée vers -600, on peut dire, même si c'est une colonisation qu'il s'agit de la première ville de France. Nous entrons là dans la grave contradiction de cette nouvelle archéologie. Cela contraint M. Demoule à ne donner une ville aux Eduens qu'au II ème siècle avant J.C. - au mont Beuvray - alors que ce peuple avait montré sa puissance beaucoup plus tôt, de même que pour une Gergovie imaginée sur le plateau de Corent, ce qui est absurde.
Page 83. Massalia à son tour fonda ses propres colonies. Oui, mais c'est là où se confirme la contradiction précitée car M. Demoule fait l'impasse sur le plus important en minimisant la place forte du mont Lassois (page 94), alors que l'existence de cette place forte, au VI ème siècle avant J.C., abonde dans mon sens, à savoir l'existence dès cette époque et même, bien avant, d'oppidum/capitales à partir desquels s'est étendu sur toute la Gaule un maillage de colonies.
Page 86. La scène inoubliable et fondatrice relatée par Plutarque - Vercingétorix jetant ses armes aux pieds de César - n'a pas existé... comme l'a excellemment montré l'archéologue et historien Christian Goudineau. Bien sûr que la scène a existé. Les textes l'affirment et celui de César ne prête à aucune confusion même s'il est volontairement concis. La retraduction de M. Goudineau est fausse http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
Pages 89 et 90. La guerre des Gaules, rédigé par César, l'hiver qui suit la défaite d'Alésia, est d'abord un ouvrage de propagande... Ce n'est pas vraiment exact. Parmi ses contemporains, seul Asinius Pollion l'a dit, et cela ne semble concerner que des détails. Un examen minitieux montre, bien au contraire, que César a écrit ses commentaires presque au jour le jour d'une façon très minutieuse avant d'envoyer ses textes au Sénat sous forme de rapports d'opérations. Les critiques de M. Goudineau : invention de la Gaule, de la frontière du Rhin, de Vercingétorix, ne tiennent pas la route.
Page 91. Il n'y avait pas de nation gauloise. Mais bien sûr que si, et c'est bien ce qui en fait une singularité ; les discours gaulois se font au nom de la Gaule ; Vercingétorix veut concrétiser ce sentiment national par la création d'un seul conseil ; Critognatos fustige la colonisation romaine de la Narbonnaise. Je ne vois pas où César donne une image dégradante des Gaulois. Bien au contraire, il nous décrit une Gaule prospère et organisée, avec des capitales de cités, des sénats, des villes, bref un paysage qui n'a pas attendu les Romains pour devenir le Moyen-âge.
Page 97. Bibracte, l'actuel mont Beuvray. Non ! Le mont Beuvray n'est que le site de Gorgobina. Bibracte est à situer à Mont-Saint-Vincent http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
Page 98. Augustodunum, l'actuelle Autun, en l'honneur de l'empereur Auguste. Non ! Strabon, très précis sur l'oeuvre d'Auguste, ne dit nulle part que cet empereur soit à l'origine d'une telle fondation. http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
Page 115. Une bonne partie des grands oppida gaulois fut abandonnée, de gré ou de force, avec la colonisation romaine, qui fonda ex nihilo des villes nouvelles... Tout cela est contredit par les textes. Premièrement, M. Demoule voit des oppida dans ce que sont seulement des grands bourgs alors que les oppida de César sont des forteresses installées sur les points forts du terrain et il imagine, aussitôt après la conquête, le surgissement de grandes villes à la romaine, comme Autun, alors qu'Autun n'a véritablement "surgi" que sous le règne de Constance Chlore, au IV ème siècle après J.C., comme l'explique le rhéteur Eumène.
Dernière page de couverture. Ce livre décapant rappelle que notre métissage a existé depuis la préhistoire, avec des humains qui étaient tout sauf des sauvages. Je suis très surpris. Comme je l'ai expliqué précédemment, rien ne prouve que la Gaule préhistorique ait été parcourue par des vagues successives d'envahisseurs divers. Contrairement au Proche-Orient, aucun tell ne témoigne en faveur d'une telle hypothèse. En revanche, si l'incursion d'Héraklès s'est limitée à quelques alésias d'après Diodore, on peut cependant imaginer qu'elle a été néanmoins précédée et suivie d'une immigration plus ou moins continue d'origine phénicienne/cananéenne (phénomène du regroupement ethnique) ; et cela, bien que l'auteur grec précise que les autochtones, plus nombreux, y ont repris le pouvoir. On peut imaginer le même phénomène en Gaule méditerranéenne mais par une immigration grecque http://www.agoravox.fr/tribune-libr.... Que les Grecs aient tenté une incursion en Gaule intérieure jusqu'à Gergovie, c'est possible, mais rien ne prouve qu'ils y aient pris pied http://www.agoravox.fr/tribune-libr.... L'ignorance des auteurs grecs sur la Gaule profonde prouve qu'en tant qu'étrangers, ils n'y avaient pas libre accès. En Gaule belge, les étrangers qui essaient d'entrer sont mis à mort. Avant la conquête des Gaules, il n'est signalé dans la Celtique que quelques comptoirs romains installés dans des lieux sécurisés. Si la Province est colonisée par les Romains après la défaite de Bituit en -121, l'influence romaine dans le reste de la Gaule, après la conquête de César de - 52, semble s'être limitée principalement à des alliances matrimoniales et à la législation. Comme M. Demoule le reconnaît, les invasions barbares n'ont pas eu l'ampleur qu'on a prétendue. Il s'agit de populations militaires aux effectifs limités. De même pour les Burgondes et les Francs. Les Sarrasins n'ont pas fait souche en Gaule. Enfin, depuis le Moyen-âge, les régistres paroissiaux et les régistres d'état-civil témoignent de l'absence d'apports étrangers notables dans une France essentiellement rurale.
En fait, la seule interrogation concerne l'importance de l'immigration venue du Proche-Orient.

mardi 15 novembre 2011

La fin de l’empire romain en Gaule


Au III ème siècle, l'empire romain était en crise et la Gaule en pleine incertitude. Les causes en sont multiples. L'empereur Gallien avait bien tenté d'arrêter sur le Rhin les incursions des Germains qui semaient la désolation sur le territoire mais c'est l'empereur gaulois Posthumus qui avait finalement ramené l'ordre et la sécurité. Soutenu par le pays éduen, c'est ensuite Constance-Chlore puis Constantin qui, depuis la Gaule, avaient rétabli la grandeur de l'empire.
Constantin le Grand a-t-il trompé et trahi les Gaulois en transférant son siège d'Augustodunum/Bibracte/Mt-St-Vincent (1) à Constantinople ? Oui, si l'on en juge en constatant la suite de l'Histoire.
Un Occident en difficulté, menacé sur ses frontières.

Lorsque le grand Constantin eut pris possession du royaume du ciel, l'empire qu'il avait possédé sur la terre fut partagé entre ses trois fils (2). Or, à Augustodunum, Constant s'entourait d'étrangers ce qui provoqua une révolte de son entourage éduen, sa fuite puis sa mise à mort (3).
Maître d' Augustodunum, Marcellinus essaie de reprendre la main. Il s'assure du concours des Lètes récemment immigrés en élevant sur le pavois l'un d'entre eux, Magnence. Ces Lètes avaient prouvé leur attachement à leur nouvelle patrie en 359, à Amida, où les deux légions de Magnence y avaient trouvé une mort glorieuse face aux Perses (4).
En 361, Marcellinus et Magnence conduisent leur armée contre l'empereur d'Orient, Constance, dernier fils de Constantin et héritier pourtant légitime. Tragique expédition qui se termine par leur défaite, à Mursa. Les Gaulois sont écrasés après la défection des Francs qui les accompagnaient. Véritable carnage, ce n'était plus un combat mais un règlement de compte entre les Illyriens et les Celtes (5). Les événements qui suivent confirment les craintes de Marcellinus et lui donnent raison à postériori. Entouré d'une cour d'officiers alamans, l'empereur Constance, tout à ses intrigues, a laissé, voire encouragé, les Alamans à envahir la Gaule (6).
Véritable sursaut contre la politique laxiste ou hostile de l'empereur d'Orient, les Gaulois applaudissent Julien César quand celui-ci part en campagne contre les bandes infiltrées qui errent dans le pays. Parvenu au sommet de la renommée pour avoir rétabli la frontière du Rhin, ils l'élèvent sur le pavois et font de lui, leur empereur. Puis ils portent un fer victorieux jusqu'en Orient. Pendant que Julien tente d'y rétablir l'unité de l'empire, ils festoient dans les temples (7). Leur défaite contre la puissance montante sassanide des Perses met fin à leur entreprise. Julien meurt en combattant. Nous sommes en l'an 363.
La tournant de la fin du IV ème siècle se joue à Rome.
Dès le III ème siècle, Rome avait étendu la citoyenneté romaine à tous les sujets de l'empire, y compris aux barbares issus du butin de guerre, ou ralliés, ou fédérés, ou mercenaires (a).
(a) Pour tout Romain, le Barbare n'était pas un être sauvage et assoiffé de sang mais un homme qui parlait un langage qui lui était incompréhensible et dont la civilisation lui apparaissait primitive (linternaute, histoire).
Un siècle a suffi pour que les descendants de ces barbares romanisés se multiplient jusqu'à concurrencer les Romains d'origine que cela soit dans les fonctions militaires ou civiles. Zozime et Julien vont même jusqu'à reprocher à Constantin d'avoir fait preuve d'une partialité scandaleuse en faveur des étrangers (8). Rome n'était plus dans Rome et la ville n'avait plus d'intérêt et de gloire que d'être encore le siège officiel de l'empereur en titre, même fantoche. Certes, il n'est pas dit que ces barbares romanisés aient manqué à leurs devoirs civiques mais avec toutefois quelques nuances annonciatrices de désirs hégémoniques et de futures rivalités.
Alors que les dissensions n'avaient pas encore éclaté au grand jour, on adoptait les usages des nouveaux venus, leurs costumes, leurs armes et même leurs chants de guerre. Il y eut un tel engouement qu'à Rome, en souvenir de l'ancienne dignité romaine, les autorités durent interdire la mode barbare des hautes chausses, des pantalons, des longs cheveux et des fourrures (8).
En 406, sous la forte pression des barbares extérieurs à l'empire, la frontière du Rhin cède.
Rome n'est plus dans Rome. Les redoutables légions romaines de Pompée et de César ne sont plus que des souvenirs. Menacée en Italie par les troupes wisigothes d'Alaric, Rome n'a plus les moyens de tenir la frontière du Rhin. Profitant d'un hiver particulièrement rigoureux où le fleuve est gelé, Vandales, Suèves et Alains le franchissent. Ils traversent la Gaule en contournant le pays éduen par le nord et l'ouest et se fixent en Espagne tandis que les Burgondes et les Francs qui les suivent restent sur les territoires frontaliers.
En 410, Rome est prise et pillée par les Wisigoths d'Alaric. C'est le premier sac de Rome qui a un énorme retentissement. La Ville compose avec ses nouveaux protecteurs désormais installés en Narbonnaise puis en Aquitaine où ils fondent un royaume.
En Gaule, rien de tel ! Au nord, on intègre dans le dispositif défensif la tribu des Francs saliens pour qu'ils s'opposent désormais aux tentatives de franchissement de leurs cousins, autres Francs. Plus au sud, les Eduens invitent les Burgondes (9) à s'installer chez eux en leur donnant des terres et les installent en dispositif défensif avant, d'Orléans à l'aile gauche à Genève à l'aile droite, poste de commandement au castrum de Chalon-sur-Saône/Taisey (ma thèse), Lyon en base arrière.
La bataille des champs catalauniques a donné un coup d'arrêt aux grandes invasions mais a ouvert une période de conflits entre les Francs et les Goths.
Renforcés par des peuplades germaniques, les Huns d'Attila franchissent le Rhin et dévastent la Gaule du nord. Ils brûlent les villes, entassent le butin, échouent devant Paris, assiègent Orléans qui résiste. En 451, aux champs catalauniques, ils sont battus par le romain Aetius que seconde l'arverne Avitus. Les fédérés, Burgondes, Francs, Alains, auxquels se sont joints les Wisigoths, sortent victorieux de ce gigantesque combat tout en s'imposant dorénavant comme les protecteurs désormais incontournables des cités gauloises.
En contraste avec la Gaule du nord, aucun texte ne dit en revanche qu'une invasion ait emprunté le couloir Saône/Rhône. Le chemin des invasions contourne le pays éduen. C'est un point très important à souligner. Car si les textes relatent les terribles ravages subis par les Gaulois sur le chemin des invasions, on peut très bien supposer qu'ailleurs, la civilisation a continué à prospérer tout en devenant chrétienne ; accidents climatiques et famines épisodiques étant toujours possibles.
En Burgundie, Chalon-sur-Saône nous révèle une situation trés étonnante. Alors que les habitants de la ville vivent très chrétiennement leurs habitudes au pied de leur magnifique basilique, le roi Gontran vit dans la rusticité de son ancien castrum tout en se contentant d'une modeste église de village (10). http://www.agoravox.fr/tribune-libr… et http://www.agoravox.fr/tribune-libr….
Gontran est un roi franc fils de mère burgonde. Ses ancêtres rois burgondes ont été supplantés par les Francs après qu'ils aient été délogés de la forteresse d'Augustodunum, toujours existante mais un peu perdue au fond des bois (11). Dans l'histoire des évêques de Chalon, cette anecdote ne semble pas avoir troublé outre mesure nos saints directeurs de conscience, tellement ils étaient persuadés de la futilité de leurs protecteurs sans éducation.
Les écrits de Sidoïne Apolinaire sont des témoignages extrêmement précieux pour cette période charnière. Ils nous révèlent la tentative arverne d'Avitus, malheureusement sans lendemain, d'aider Rome à se relever, une solidarité avec les Eduens qui détachèrent auprès du comte/poète un détachement de Burgondes, mais sutout une communion de pensée entre évêques de haute culture, imbus de poésies et d'éloquence, qui ne pouvaient pas s'imaginer que leur monde d'innocence touchait à sa fin (a).
La duplicité du romain Séronat qui remplissait les prisons de citoyens arvernes, qui peuplait le pays d'étrangers (12), le coup de main du roi goth Euric sur le sanctuaire d'Augnemetum (13), l'arrivée des Francs, l'exil, il a fallu tout cela pour que Sidoïne Apollinaire et ses amis évêques se rendent compte enfin que le monde avait changé.
(a) - Innocence, cela signifie que conformément aux prédications de saint Martin, Christi ego miles sum ; pugnare mihi non licet (14). Je suis un soldat du Christ ; combattre ne m'est pas permis. Cela signifie que seules les grandes processions religieuses pouvaient conjurer le mauvais sort et qu'à défaut, mieux valait laisser aux barbares le soin de régler les viles affaires, damnés qu'ils étaient déjà.
Il apparait clairement que le pays éduen a échappé aux tribulations de cette période troublée.
Cela signifie qu'il n'y a aucune raison d'invoquer des invasions barbares qui auraient détruit en Bourgogne d'anciens monuments existants. Cela signifie que lorsque le site internet de Chalon-sur-Saône prétend que la ville a été détruite par les invasions germaniques, c'est tout simplement faux.
Cela signifie que, chronologiquement, il est tout à fait logique de voir s'élever à Mont-Saint-Vincent/Bibracte le premier temple et le premier oppidum des Celtes, le castrum de Cabillodunum sur la colline de Taisey, puis la basilique/cathédrale/le plus beau temple de l'univers à Cabillo/ville de Chalon, puis l'église/cathédrale Saint-Etienne/Saint-Jean à Lyon, puis la petite église franco-burgonde du roi Gontran à Sevrey. Et cet exemple devrait amener les historiens des autres provinces à se remettre, eux aussi, en question. Relisez mes articles et essayez de comprendre leur cohérence et l'incohérence de ceux qui les critiquent sans avancer d'arguments sérieux.
Pourquoi inventer en Bourgogne, des villes en feu, des monuments qui s'écroulent, des territoires dévastés alors qu'aucun texte ne l'indique. Les seules dévastations dûement prouvées sont celles qu'autorisa Louis VII, en 1166, lorsqu'il livra la vallée de la Saône aux exactions de la soldatesque ainsi que les mutilations de nos bâtiments religieux par les révolutionnaires.
Cela signifie que c'est une absurdité totale d'appliquer à la Bourgogne des textes qui relatent des destructions qui se sont faites ailleurs, d'imaginer une parenthèse d'évolution et une quasi-renaissance vers le XIème siècle. Cela signifie que si, au Vème siècle, les greniers à blé y sont pleins (15), si l'évêque de Lyon peut secourir une bonne partie de la Gaule victime des tribulations de cette époque, c'est que la Burgundie était exempte de ces maux grâce à son système de défense.


Renvois :
1. Augustodunum. Il s'agit de Mont-Saint-Vincent, en Bourgogne du sud, l'antique Bibracte. Voyez tous les articles que j'ai publiés à ce sujet. Autun, bien que portant le même nom latin, n'est encore, à cette époque, que la ville de Mt-St-Vincent/Augustodunum/le sanctuaire. Le mont Beuvray est l'oppidum boïen de Gorgobina que cite César dans ses Commentaires.
2. Zonare : Annales.
3. Zozime : Histoire romaine.
4. Ammien Marcellin, Histoire, tome II, livre XIX.
5. Julien : Eloge de Constance, 29. Constance ou de la royauté, 8.
6. Ammien Marcellin ou Julien ?
7. Ammien Marcellin, livre XXII, chap XII, 6
8. Eugène Léotard, Essai sur la condition des Barbares, http://www.mediterranee-antique.inf…
9. Chronique de Frédégaire.
11. Il s'agit de la forteresse de Mont-Saint-Vincent et non d'Autun. Grégoire de Tours, Histoire des Francs.
12. Sid. Apol. , lettres, livre II, 1.
13. Augnemetum, il s'agit de l'antique Gergovie sur l'éperon du Crest. http://www.agoravox.fr/culture-lois…
14. Saint Martin, 316 - 397. Vita Beati Martini, chap. IV, fol. 162D.
15. Sidoïne Apollinaire, Lettres VI, 12.