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samedi 8 février 2025

« Nos ancêtres les Gaulois » : une découverte exceptionnelle à Dijon

 

Capture d'écran X INRAP
Capture d'écran X INRAP
Ce sont de nouvelles fouilles archéologiques menées fin 2024 par l’INRAP [Institut national de recherches archéologiques préventives, NDLR] à Dijon qui ont révélé, récemment, un pan fascinant de notre passé. Au cœur de la cité bourguignonne, les chercheurs ont mis au jour des traces d’une occupation plurimillénaire, marquée notamment par une découverte exceptionnelle : des sépultures gauloises où les défunts ont été inhumés en position assise. Ce mode d’ensevelissement rare et énigmatique soulève de nombreuses questions sur les pratiques funéraires et les croyances de « nos ancêtres les Gaulois ».

Des inhumations gauloises en position assise : un rituel particulier

Les vestiges les plus anciens du site, datés du second âge du fer (entre 450 ans et la fin du premier siècle avant Jésus-Christ), sont constitués de treize tombes alignées sur une bande de 25 mètres. Ces fosses circulaires, d’environ un mètre de diamètre, abritaient des individus adultes inhumés selon une disposition inhabituelle : assis, le dos appuyé contre la paroi orientale, regard tourné vers l’ouest. Leurs jambes étaient fortement fléchies, souvent asymétriquement, et leurs bras reposaient le long du buste.

L’absence quasi totale de mobilier funéraire, hormis un brassard en roche noire, pose la question du statut social et du rôle de ces individus dans leur communauté celtique. Une telle homogénéité dans la disposition des corps suggère, pour les archéologues, un rituel structuré, peut-être réservé à une catégorie particulière de la population comme des guerriers, des notables ou des figures religieuses.

Bien que rares, d’autres tombes en position assise ont été également identifiées en Europe, notamment en France et en Suisse. Ces sépultures sont généralement situées en marge d’habitats aristocratiques ou à proximité de sanctuaires, suggérant un lien avec des élites ou des fonctions rituelles. Les représentations de figures accroupies ou assises en tailleur, sculptées dans la pierre ou le métal à la fin de la période gauloise et sous le Haut-Empire, pourraient trouver un écho dans ces pratiques funéraires.

Une autre nécropole pour des nourrissons

Au-delà de ces tombes gauloises, une autre nécropole datant du Ier siècle fut également retrouvée. Cet espace funéraire protégeait alors 22 sépultures exclusivement occupées par des nourrissons âgés de moins d’un an au moment de leur décès. L’absence de sujets plus âgés suggère, ainsi, un lieu spécifiquement dédié à l’inhumation des très jeunes enfants, témoignant ainsi d’une pratique funéraire particulière.

Avec les rares ossements retrouvés dans ces tombes, les archéologues ont pu également déterminer que les jeunes défunts étaient allongés sur le dos ou sur le côté. Certaines sépultures présentent aussi des traces de coffrages en pierre et des clous attestant la présence de cercueils en bois. Par ailleurs, plusieurs tombeaux contenaient des offrandes, telles que des pièces de monnaie ou des céramiques déposées dans les fosses funéraires, illustrant des rites d’accompagnement des défunts dans l’au-delà.

Le site à travers le temps

Cependant, la fonction du site a profondément changé, au fil des siècles. Après l’abandon de l’espace funéraire, une série de fosses de plantation, probablement datées de la période gallo-romaine, a été mise en évidence par les archéologues. Ces alignements rappellent ceux découverts à Gevrey-Chambertin en 2008, interprétés comme des vestiges de cultures viticoles. La mutation du site, passant d’une nécropole à un espace agricole, illustre ainsi de profonds changements dans les coutumes locales face aux besoins changeants des populations. Sous l’Ancien Régime, le site fut intégré au jardin du couvent des Cordeliers. Les fouilles ont révélé, également, des traces d’activités artisanales, notamment de boucherie, marquées par la présence de fragments de crânes de bovidés. Cependant, l’édification de l’école Turgot, en 1877, a profondément remanié le terrain du site, entraînant la destruction partielle des structures anciennes.

 

Ces fouilles menées à Dijon ont donc permis de mettre en lumière une occupation continue du site, depuis l’époque gauloise jusqu'à l'époque contemporaine. Si de nombreuses études sont encore à faire sur ces découvertes, ces dernières offrent déjà une meilleure compréhension de la civilisation gauloise.

Eric de Mascureau

jeudi 24 octobre 2024

Jacques Lacroix : « L’eau des Gaulois coule dans nos noms de lieux »

 

Jacques Lacroix : « L’eau des Gaulois coule dans nos noms de lieux » (1/1)

Et oui, les Gaulois sont toujours là, mais de façon très inattendue : davantage que dans les vestiges archéologiques – très précieux – dans les noms de lieux familiers qu’ils nous ont transmis. On en compte plus de 10 000, non seulement dans l’Hexagone mais aussi en Belgique, en Allemagne du sud, en Suisse, en Italie du nord. Se dévoile ainsi un riche patrimoine, un grand héritage dont nous n’avions pas conscience alors que nous le côtoyons chaque jour.

L’ouvrage Le grand héritage des Gaulois par Jacques Lacroix (Yoran Embanner) ne se contente pas d’inventorier ces témoins du passé, il éclaire leur sens. Les noms restituent les principaux aspects d’une civilisation où notre pays trouve indubitablement certaines de ses racines. Le passé des Celtes est toujours présent                                 

Jacques Lacroix est professeur agrégé, docteur ès Lettres et Civilisations de l’Université de Bourgogne. Il a publié un ensemble d’ouvrages et d’articles sur l’héritage linguistique des Gaulois, liant toponymie, histoire et archéologie, dont Les Noms d’origine gauloiseEnquête aux confins des pays celtes, Les irréductibles Mots gaulois dans la langue française et Les Frontières des peuples gaulois. Dans la France du XXIe siècle, les Gaulois sont encore là !

Ci-dessous la dernière vidéo de l’auteur, consacrée à l’eau des gaulois dans nos noms de lieux.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2024, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2024/10/08/238647/jacques-lacroix-leau-des-gaulois-coule-dans-nos-noms-de-lieux/

Ablis (78) : des centaines d’armes de guerriers gaulois découvertes à Ablis

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Les archéologues vont de surprise en surprise à Ablis (Yvelines), sur un site excentré dit du jeu de Paume.

Au troisième siècle avant J.C., les celtes occupaient toute l’Europe. Et chez vous, nous avons trouvé des traces exceptionnelles du deuxième âge de fer. C’est comparable au site de référence de La Tène en Suisse », a confié aux élus d’Ablis, Bertrand Triboulot, ingénieur du service régional de l’archéologie de la DRAC.


C’est après une prescription de ce service, « bras armé de l’Etat », dixit Bertrand Triboulot, que la découverte de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) de Fabrice Brutus, donne lieu à des fouilles minutieuses et de grande ampleur aujourd’hui à Ablis.

https://www.fdesouche.com/2018/06/19/yvelines-des-centaines-darmes-de-guerriers-gaulois-decouvertes-a-ablis/

mardi 17 septembre 2024

En Normandie, découverte d’un rare cimetière d’enfants gaulois

 

Des sépultures d’enfants gaulois très bien conservées ont été récemment mises au jour à Jort, dans le Calvados.

Ce sont de petits ossements d’enfants vieux de plus de 2000 ans qui sont récemment apparus sous la truelle de l’archéologue Vincent Carpentier et d’une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Cette étonnante nécropole gauloise a été exhumée à quelques kilomètres de la vieille ville fortifiée de Falaise, sur la commune de Jort (Calvados).

“Cette ville est connue pour avoir été une importante cité gallo-romaine, mais nous sommes en train d’établir que son passé gaulois, antérieur de deux ou trois siècles à la conquête de César, a été tout aussi considérable “, précise Vincent Carpentier. Ainsi, de ce cimetière d’enfants, découvert intact, alors que les restes antiques, dont la région est richement dotée, ont souvent été victimes de pillages depuis le XVIIIe siècle.

Les petites sépultures étaient creusées dans des calcaires, substrat qui explique la très bonne conservation des restes osseux, y compris ceux, fragiles, des nouveau-nés. Les quelques centaines de m2 de surface étudiée – sur lesquelles seront prochainement édifiées des maisons individuelles- correspondent à une petite partie seulement de la nécropole.  Les archéologues ont pu déjà dégager près de 130 frêles dépouilles inhumées aux alentours de 70 avant notre ère. Non sans émotion. «Quelques-unes d’entre elles portaient des fibules en bronze, des perles, ou encore de fins bracelets en lignite façonnés à leur proportion ». Ces parures funéraires confirment les échanges commerciaux entre la Gaule et l’Angleterre, seul endroit à l’époque d’où était exportée cette matière première fossile.

Sciences et Avenir 13/02/2018

https://www.fdesouche.com/2018/02/13/normandie-decouverte-dun-rare-cimetiere-denfants-gaulois/

vendredi 24 mai 2024

Amboise (37) : une sépulture gauloise découverte sur l’oppidum

 

Un important chantier de fouilles préventives s’achève aujourd’hui, rue du Petit Bonheur, sur une parcelle de 2.000 m² où doivent être construits deux pavillons : les archéologues ont commencé à travailler ici début novembre, et c’était la première fois qu’une si grande surface de l’ancien oppidum était fouillée d’un coup.

(…)
En plus de ce squelette gaulois, les archéologues ont mis au jour une quinzaine de puits gaulois et gallo-romains. Au fond de l’un de ces puits, ils ont découvert un dépôt rituel : une statuette gauloise complète et intacte avait été placée au fond du puits, face contre terre.

Ce personnage “assis en tailleur”, clairement gaulois, est en cours de restauration. C’est une découverte d’intérêt national.

La Nouvelle République

article de 2015

https://www.fdesouche.com/2015/12/13/amboise-37-une-sepulture-gauloise-decouverte-sur-loppidum/

lundi 13 mai 2024

Découverte d’un méga-site gaulois de silos à grains en Auvergne

 

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En décidant d’aller creuser le sous-sol du Lac-du-Puy, l’équipe de chercheurs du chantier de fouilles archéologiques de Corent, dans le Puy-de-Dôme, s’attendait à quelque découverte, sans savoir de quelle nature.

Le choix ne doit rien au hasard : cette dépression humide – un ancien étang de taille moyenne – se situe à 300 mètres à peine du site de Corent. Là se dressait très probablement la capitale des Arvernes, une grande cité gauloise qui occupait une colline au bord de l’Allier, à huit kilomètres du champ de bataille de la fameuse Gergovie. […]

Selon les estimations que Le Monde dévoile jeudi 13 août, le site pourrait compter un millier de silos environ (entre 600 et 1 500), de profondeurs variables, mais implantés régulièrement dans un sol argileux. D’un volume d’à peu près un mètre cube, chacun avait la capacité de stocker de 500 kilos à 1,5 tonne de céréales : de quoi conserver durablement des centaines de tonnes de grains à la fois. Un tel aménagement représente un imposant chantier de génie civil pour des Gaulois ayant vécu à l’âge de fer. «Sous chaque silo, on observe un creusement comme si on avait réalisé un petit puits de forage pour vérifier que la couche d’argile était suffisante», précise Matthieu Poux.

Les archéologues savent que cette installation ne servait déjà plus à l’époque romaine. Elle avait été comblée et recouverte : des débris de céramiques en surface en attestent. Mais ils ne peuvent dater cette découverte avec plus de précision pour l’heure. «Les fosses ont pu être creusées au début de l’âge de fer, entre 750 et 450 avant J.-C. ou bien entre 150 et 50, lorsque l’agglomération de Corent occupait tout ce plateau de 50 hectares, y compris le centre de stockage donc, ou encore entre les deux », expose M. Poux. […]

Pourquoi avoir voulu engranger de telles quantités de récoltes en un même lieu ? Pour une population menacée par un siège ? Pour en faire commerce, alors que Corent abritait de grandes foires ? Et pourquoi avoir installé un méga-site de stockage en dehors d’une plaine agricole et sans accès direct à un cours d’eau pour le transport ?

Ce sont là quelques-unes des questions posées par la trouvaille – une de plus – sur le site de Corent. Les fouilles qui y sont menées depuis quinze ans ne cessent d’apporter de nouvelles surprises sur la culture urbaine des occupants de cette agglomération. Ont déjà été mis au jour dans cet oppidum – « une véritable ville peuplée de plusieurs milliers d’habitants », précise l’équipe – un « théâtre » gaulois servant probablement de lieu de délibération ou de tribunal, un sanctuaire, un centre de frappe monétaire, un habitat de prestige et des bijoux de valeur… Et voilà que cet été ces fouilles livrent de surcroît des révélations étonnantes sur la façon dont les Gaulois étaient capables de maîtriser leur environnement naturel. […]

Le Monde

https://www.fdesouche.com/2015/08/13/decouverte-dun-mega-site-gaulois-de-silos-grains-en-auvergne/

jeudi 9 mai 2024

Une sépulture gauloise de 2300 ans mise au jour dans la Marne (art de 2015)

 

Une partie de l’histoire locale a refait surface, il y a peu de temps du côté de Gizaucourt. En se promenant dans les champs autour de la commune, un homme aperçoit des os. Interpellé par cette découverte pour le moins surprenante, il contacte la gendarmerie qui se rend sur place. Une procédure habituelle dès lors que des restes sont découverts. Il en avait été de même lorsque les squelettes de cinq soldats allemands datant de la Première Guerre mondiale avaient été mis au jour près du site de La Main de Massiges en août 2014.
« Des gendarmes ont constaté la présence d’os humains dans une fosse, raconte Yves Desfossés, conservateur régional de l’archéologie. Ils m’ont téléphoné pour que je vienne voir sur place. Il voulait savoir si ces ossements avaient moins de trente ans. » Le spécialiste les a rassurés immédiatement. « Ces ossements datent de la période gauloise, affirme Yves Desfossés. Ils remontent à trois cents ans avant Jésus Christ. » Une datation rendue possible grâce aux vases qui se trouvaient à côté des ossements.

L’Union

https://www.fdesouche.com/2015/09/13/une-sepulture-gauloise-de-2300-ans-mise-au-jour-dans-la-marne/

samedi 9 mars 2024

Fontainebleau. Il y avait bien des Gaulois dans la cité impériale

 Les historiens dataient la naissance de Fontainebleau à 1137. Coup de théâtre : des archéologues viennent de mettre au jour un village gaulois au pied du quartier Henri-IV.

C’est certainement un village gaulois, sommeillant depuis des centaines d’années sous la place d’Armes de Fontainebleau, qui vient d’être mis au jour. « C’est une découverte extraordinaire, qui révolutionne l’histoire de Fontainebleau ! » s’enthousiasme Patrick Daguenet. « Jusqu’à présent on croyait qu’avant 1137 il n’y avait rien ici. La ville d’Avon, voisine de la cité impériale, revendiquant être la paroisse d’origine du secteur et brandissant haut et fort la découverte d’une villa gallo-romaine, en lisière de forêt. Maintenant, on sait qu’avant le pavillon de chasse de Louis VII, il y avait déjà des habitations. On va pouvoir écrire de nouveaux livres d’histoire sur Fontainebleau. »
La semaine dernière, des archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont mis au jour ces vestiges d’un village gaulois, qui dateraient d’entre trente et deux cent cinquante ans avant Jésus-Christ. Ils ont notamment découvert de larges fossés, vestiges de palissades, ainsi que différentes céramiques, dont un vase permettant de stocker des denrées. Ces fouilles constituent seulement un premier diagnostic voulu par la mairie, avant le probable réaménagement de la place, dans quatre ans. « Des investigations plus complètes seront certainement entreprises ultérieurement. C’est une volonté de la municipalité », annonce Jean-Christophe Laprée, adjoint au maire chargé de l’urbanisme, enthousiaste devant ces trésors.
A Fontainebleau, cet été, ce sont trois sites qui ont été fouillés dans le centre-ville. Mais comme le souligne Sophie Benhaddou, archéologue chargée de l’opération, « les plus belles trouvailles ont été découvertes sous la place d’Armes ». « On voit qu’il existe une densité importante de vestiges. Par exemple, des murs en pierre, traces peut-être d’un ancien quartier antérieur à la construction de la cour Henri- IV, d’époque médiévale par exemple. On a aussi trouvé des céramiques carolingiennes et gallo-romaines. » Mais surtout, « la découverte majeure, ce sont deux fossés, avec des traces d’enclos, datant de l’époque gauloise, d’avant la conquête romaine, poursuit l’archéologue. Il y a eu sûrement un vrai village, avec une exploitation agricole. Regardez cet autre fossé, rempli de terre grise. On y a retrouvé des restes de branchages. On va les analyser. Une mince couche d’argile et des trous de pieux permettent d’envisager une palissade. C’est là que l’on a retrouvé un vase typique de cette époque. »
Le Parisien

https://www.fdesouche.com/2012/09/24/fontainbleau/

jeudi 1 février 2024

JL Brunaux : « Les Gaulois sont les ancêtres des Français depuis la Révolution française » [Interview]

 

gaulois

Jean-Louis Brunaux vient de sortir un livre particulièrement intéressant et pédagogique intitulé « Les Gaulois : vérités et légendes », aux éditions Perrin.

M. Brunaux est directeur de recherche au CNRS, archéologue, spécialiste des Gaulois. Il a effectué de nombreuses fouilles en France et en Italie et rédigé de nombreux ouvrages sur les Gaulois (Nos ancêtres les Gaulois, Les druides des sages chez les barbares, les Religions gauloise, Alésia, Vercingétorix, etc.)

Les Gaulois, vérités et légende, est une forme de synthèse, sur la civilisation gauloise. Une synthèse construite à partir de questions que l’on se pose encore aujourd’hui.

Les fouilles archéologiques menées depuis une trentaine d’années ont mis au jour villages et fermes fortifiées, tombes et sanctuaires. Leur étude a révolutionné l’histoire des Gaulois, brisant moult légendes et établissant des vérités incontestables. Mais qui étaient-ils justement, ces Gaulois… ou ces Celtes ? Des géants blonds et moustachus qui combattaient nus ? Habitaient-ils des huttes rondes ? Craignaient-ils que le ciel ne leur tombe sur la tête ? La Gaule est-elle une invention du Romain César ? Les druides étaient-ils de simples prêtres ? Le site d’Alésia se situe-t-il en Bourgogne ? Les Gauloises jouaient-elles un rôle important ?

Les Gaulois – JL Brunaux – Perrin – 13€

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Nous avons interrogé Jean-Louis Brunaux sur son ouvrage :

Breizh-info.com : Quelles sont les « légendes » à propos des Gaulois sur lesquelles vous avez souhaité revenir dans votre ouvrage ?

Je reviens sur une trentaine de légendes ou de contre-vérités courantes à propos des Gaulois: leurs maisons rondes, la forêt omniprésente, le Gaulois chevelu et hirsute, la mauvaise qualité de leurs épées, leur pratique du sacrifice humain. Toutes choses qui sont fausses et pour lesquelles je rétablis la vérité historique.

Breizh-info.com : Vous dites que « l’affirmation selon laquelle les gaulois sont les ancêtres des français ne va pas de soi » . Pour quelles raisons ?

Les Gaulois sont les ancêtres des Français depuis peu (la Révolution française). Auparavant, la noblesse et le clergé considéraient que les Francs étaient la fondateurs de la France, parce que les nobles s’estimient les descendants directs des francs qui avaient conquis la Gaule (d’où leurs privilèges au détriment du peuple), parce que Clovis et le premier souverain à avoir été baptisé. Le tiers état a don estimé que ses vrais ancêtres étaient les Gaulois, antérieurs aux Francs.
Cependant, les Gaulois sont des ancêtres des Français parmi d’autres. Les hommes du Néolithique et ceux de l’âge du Bronze sont tout autant nos aïeux mais nous les connaissons moins bien. Alors qu’on peut se représenter les Gaulois, on connaît même certains d’entre eux: Vercingétorix, Diviciac, Corréos, Commios, etc.

Breizh-info.com : Pourquoi avoir choisi ce style interrogatif, à chaque chapitre ?

Le style interrogatif est une des contraintes de la collection, de même que les exergues sous forme de citations.

Breizh-info.com : Qu’est ce qui explique selon vous que des légendes (beaucoup plus que des vérités) aient traversé les âges à propos des Gaulois ?

Les légendes sur les Gaulois ont été plus nombreuses que les vérités, parce qu’avant les résultats obtenus par l’archéologie, les connaissances sur ces hommes étaient très faibles (elles venaient des auteurs latins et grecs). Beaucoup de ces textes antiques ont été mal compris et déformés (c’est le cas pour la maison ronde, la religion entre autres). Mais il existe d’autres raisons: l’intérêt tardif pour les Gaulois, pour les raisons que j’ai expliquées précédemment; la captation des Gaulois par les historien nationalistes qui ont instrumentalisé éhontément “nos ancêtres”.

Breizh-info.com : Auriez vous des bons films à conseiller sur cette époque ? Qu’est-ce qui explique une certaine pauvreté cinématographique sur les gaulois ? (N’évoquons pas ici le navet Vercingétorix avec C. Lambert…)

Les mêmes raisons expliquent que la filmographie sur les Gaulois est très pauvre. Les cinéastes ont beaucoup de mal à trouver la documentation nécessaire. Et l’imaginaire concernant les Gaulois est totalement occupé par Astérix. Je ne peux que vous conseiller un film, très bon, celui de Samuel Tilman Le dernier Gaulois, diffusé il y deux ans sur France 2 (docu-fiction) et qui existe en DVD.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/09/23/102639/brunaux-gaulois-france/

mercredi 3 janvier 2024

Les origines de la langue française

 



Article de 1997, paru dans “Pour la Science”. Auteur : Michèle Perret, professeur de linguistique à l’université Paris X-Nanterre.
On n’a jamais cessé de parler latin en France, mais un double phénomène de créolisation dû au bilinguisme des Gaulois, puis des Francs, a engendré une toute autre langue, le français. Nous retraçons ici l’histoire de la langue officielle, depuis ses origines.
Bien que les fouilles montrent que le territoire de l’actuelle France était très peuplé, on n’a que peu d’éléments sur les ethnies qui l’ont occupé avant l’installation des Gaulois, et les témoignages linguistiques ne remontent qu’à 600 ans avant notre ère. Les peuplades dont nous connaissons l’existence à cette époque, Ligures et Ibères, n’ont pas eu d’influence notable sur la langue française.
Seuls quelques mots des Grecs, installés en petites colonies sur le pourtour méditerranéen, sont passés en français par l’intermédiaire du provençal. Les noms de lieu surtout témoignent de leur passage : Heracles Monoikos, “Hercule le solitaire”, a donné Monaco. (Théa) Nikaia, “la déesse de la victoire”, Nice. Antipolis, “la ville d’en face”, Antibes. Et on pourrait multiplier les exemples.

1) L’INFLUENCE GAULOISE

Les premiers habitants dont la langue a réellement marqué le français sont les Gaulois, un peuple celte. Originaires d’une région correspondant aux actuelles Bavière et Bohème, ils occupent progressivement la majeure partie de l’Europe de l’Ouest, et parviennent vers 500 avant notre ère, jusqu’à cette péninsule du bout de l’Europe, la future France.
La langue des Gaulois est divisée en nombreux dialectes, mais garde une certaine unité, comme leurs coutumes et leur religion. On peut d’ailleurs se demander si tous parlaient gaulois dans les régions celtophones et s’il ne restait pas des groupes parlant d’autres langues. A l’inverse, l’archéologue Colin Renfrew envisage que les Celtes aient reçu, sur place, leur langue et leur culture de populations néolithiques déjà indo-européennes depuis des millénaires.
Le gaulois a survécu à la conquête romaine jusqu’au IVe siècle, voire plus. Par ce contact prolongé, il a quelque peu transformé le latin parlé en Gaule. Ainsi, il est possible, quoique contesté, que le son que nous écrivons u et le maintien du s final – notre marque de pluriel – soient dus à ce substrat gaulois.
En outre, le gaulois a laissé dans le lexique français beaucoup de termes ruraux, se référant :
• aux travaux des champs : sillon, glaner, javelle, soc, charrue, ruche
• à la configuration du terrain : marne, grève, lande, boue, bourbier, galet, quai, talus
• des noms d’animaux et de plantes : bouleau, bruyère, if, chêne (l’arbre sacré des druides), mouton, saumon, lotte, alouette, bouc,
• quelques noms de mesures anciennes : arpent, boisseau, lieue
• ainsi que des termes domestiques (la langue maternelle n’est-elle pas la langue de la mère ?) dont le plus bel exemple est le verbe bercer.
Certains termes témoignent des supériorités techniques des Gaulois, dans la brasserie (cervoise, brasser, brasserie), dans la fabrication des chariots (char, charpente, benne, jante) et dans les vêtements : la chemise et le pantalon long (braies) des Gaulois ont été adoptés par les Romains.

2) LA LANGUE MÈRE : LE LATIN

Vers 50 avant notre ère, 100 ans après la Provence, les Romains conquièrent la Gaule. C’est le début de la civilisation gallo-romaine, qui durera environ six siècles.

[Les Gallo-romains sont un ensemble de peuples qui, en Europe occidentale, ont constitué une civilisation spécifique, à l’issue de la Guerre des Gaules jusqu’à l’avènement des Francs. D’origine ou de civilisation celtique pour la plupart, ils étaient notamment localisés sur le territoire de la Gaule, selon les définitions de leurs voisins romains.]
Bien que la gaule reste une zone de faible immigration romaine et que les Romains ne cherchent pas à imposer leur langue dans les pays conquis, les Gaulois adoptent progressivement le latin, tant pour communiquer avec le peuple dominant qu’à cause de la supériorité culturelle et politique des Romains.
Les élites, notamment, sont romanisées : elles accèdent à la citoyenneté romaine et envoient leur enfants suivre un enseignement supérieur latin dans les écoles d’Autun, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon, de Toulouse ou de Reims. Ainsi le latin devient langue officielle sur le territoire gallo-romain, tandis que le gaulois demeure la langue maternelle des populations colonisées.
Le latin parlé en Gaule est un latin plus tardif que le latin classique. C’est aussi une langue non littéraire, outil de communication du plus grand nombre, très simplifiée et très familière, avec des formes expressives, voire argotiques.
Deux phénomènes évolutifs coexistent. D’une part, les Gaulois emploient volontiers des mots argotiques, qui ont d’abord été des expressions imagées : tête a eu pour premier sens “pot cassé”, jambe signifiait “paturon du cheval”, épaule vient d'”épaule d’agneau”, épée désignait une “latte de bois”.
D’autre part, dans toute la Romania, selon une évolution naturelle au cours des siècles, les locuteurs du latin tardif adoptent dans la langue standard des tours populaires. Par exemple, on étoffe les mots en généralisant les diminutifs : auris remplacé par auricula (ureche en roumain, orechio en italien, oreja en espagnol, oreille en français), agnus par agnellus (agneau).
On substitue des formes plus simples aux verbes difficiles : ferre remplacé par portare (porter) ; ou on choisit des formes plus étoffées : ire (aller) remplacé par ambulare (aller, nous allons) et vadere (je vais).
Outre la profonde évolution de sa prononciation, le latin tardif se caractérise aussi par la disparition de la déclinaison, la création des articles, la généralisation des prépositions, l’extension des auxiliaires du verbe, l’apparition de nouvelles formes de futur.

3) L’INFLUENCE DU GERMANIQUE

La Gaule romaine connaît d’abord une période de stabilité et de prospérité. Mais, dès la fin du siècle des Antonins (192), la vie sociale commence à se disloquer.
Cette tendance s’accentue à partir du IIIe siècle, avec les incursions des Germains : du IIIe au IVe siècles, ils déferlent sur le pays qu’ils se partagent en plusieurs royaumes, wisigoth, burgonde, alaman, franc rhénan et franc salien, tandis que les Gallo-Romains sont cantonnés dans le bassin parisien et la Bretagne.

Menés par Clovis, l’un de ces peuples germaniques, les Francs Saliens, occupe le royaume gallo-romain en 486, bat les Wisigoths en 507 et absorbe le royaume des Burgondes, en 534. Il se produit alors un fait linguistique assez rare : contrairement à ce qui s’est passé lors de la colonisation latine, c’est la langue dominée, le latin, qui demeure la langue officielle.
Les raisons de son maintien sont religieuses et peut-être politiques : pour se concilier les évêques dans la lutte qu’il voulait entreprendre contre les Wisigoths, de religion arienne, ou par conviction personnelle, Clovis se convertit au christianisme, religion officielle des Romains depuis 312. Ce faisant, les Francs obtiennent l’appui des Gallo-Romains, mais ils acceptent aussi le latin comme langue religieuse.
Des raisons culturelles expliquent aussi l’adoption du latin. La vieille civilisation latine est supérieure à la civilisation dominante et, malgré les troubles de l’époque, elle se maintient encore : dans les royaumes des Burgondes et des Wisigoths, l’administration romaine subsiste ; chez les Francs, les Gallo-Romains conservent leurs biens ; au IVe et au Ve siècles, malgré les invasions, il y a encore des écoles et des bibliothèques où l’on continue à lire et à étudier en latin.
Ayant adopté la culture et la religion romaine, les Francs calquent leur administration sur celle des vaincus et rédigent leurs lois en latin. Pendant une longue période, il s’établit dans les zones conquises une sorte de bilinguisme, pour les Francs comme pour certains Gallo-Romains.
Les Francs ont transmis une partie de leur lexique à la langue qu’ils ont adoptée. On compte plus de 400 mots d’origine francique dans le vocabulaire français. Ainsi, la coexistence de deux aristocraties, gallo-romane et franque, explique le caractère bilingue de la terminologie guerrière et administrative :
• épée est gallo-roman, mais brand, qui signifiait “épée” et sur lequel est formé le verbe brandir, est francique.
• roi, duc, comte sont gallo-romans, mais marquis, baron, chambellan, maréchal, sénéchal, échanson sont franciques.
Le reste du lexique d’origine franque concerne la vie rurale – les Francs étaient davantage agriculteurs et chasseurs que citadins : gerbe, blé, jardin, haie, aulne, houx, cresson, troène, frêne, tilleul, saule, bois, forêt, troupeau, épervier, mésange, freux, hanneton.
D’autres mots dépeignent les sentiments ou le caractère : orgueil, honte, honnir, hardi, laid. L’armement et la guerre : fourreau, heaume, haubert, guerre, trêve. Les couleurs : blanc, bleu, gris, blond.
Le bilinguisme entraîna surtout la forte évolution phonétique qui fait la spécificité du français par rapport aux autres langues romanes
 : réduction du mot, évolution des voyelles, disparition de certaines consonnes intervocaliques. Par exemple, un mot latin comme sudare devient suer en français, mais reste sudar en espagnol : nous avons vu que les Gaulois sont responsables du changement de prononciation de la lettre u, et les Francs ont supprimé le d intervocalique et transformé en e le a accentué en latin.

La zone de colonisation franque – c’est à dire la France du Nord, où les Francs émigrent en nombre important – correspond au français d’oïl, tandis que le français d’oc a beaucoup moins évolué.

4) L’ÉVOLUTION ACCÉLÉRÉE DU LATIN

Pendant les deux siècles qui suivent, la civilisation latine s’étiole : le royaume est divisé entre les fils des rois mérovingiens, déchiré par les luttes intestines.
Ce morcellement territorial favorise la formation de nombreux dialectes. L’Église perd son rôle conservateur de la civilisation et de la langue : évêques et moines maintiennent des écoles qui forment les religieux, mais on n’y apprend guère que quelques prières et formules liturgiques.
Certes il existe encore des lettrés, mais ils emploient volontiers un latin proche du peuple, qu’ils appellent la langue “simple”, “humble”, “inculte” (simplex, humilis, incultus sermo). Selon le spécialiste du latin tardif Michel Banniard, le public de langue d’oïl comprend ce latin simplifié et populaire, déjà très différent de sa langue parlée, jusqu’aux années 750-780 ; le public de langue d’oc garde cette compétence plus longtemps.

5) L’OFFICIALISATION DU FRANÇAIS

Au début du IXe siècle, Charlemagne rétablit l’Empire d’Occident. Son influence civilisatrice et la renaissance des lettres latines entraînent paradoxalement l’apparition d’une nouvelle langue écrite, qui deviendra le français.


Charlemagne tente de redonner à ses peuples la civilisation qu’ils ont perdue. Pour aider les moines qui ne comprennent plus le texte de la Vulgate, il fait venir un clerc d’Oxford, Alcuin, qui crée à Tours un enseignement en latin. Il fait ensuite ouvrir de nombreux centres de formation des élites et attire à sa cour les meilleurs intellectuels de son temps.
Les nouveaux lettrés, qui ont réappris le latin classique, prennent alors conscience de la réalité linguistique du pays : alors que la langue simplifiée de leurs prédécesseurs, pleine de barbarismes à leurs yeux, avait été accessible au peuple, il est devenu impossible de faire comprendre un texte de vrai latin à qui ne l’a pas étudié.
C’est pourquoi, en 813, les évêques, réunis en concile à Tours, demandent aux prêtres de faire leurs sermons dans les langues familières, germanique ou romane, les seules désormais comprises par les fidèles. Cette décision, qui apparaît comme la première reconnaissance officielle de la langue parlée, est considérée comme fondatrice du français ; c’est en effet de ce jour que les clercs se sont préoccupés de mettre par écrit – et donc d’élaborer et de fixer – leur langue maternelle.
Ainsi, depuis le latin de César jusqu’à la langue parlée au IXe siècle, la même langue a été employée continûment sur le territoire de la France. Pourtant, à la veille de la mort de Charlemagne, un retour au latin classique a mis en évidence l’existence de deux langues : la langue familière, ou maternelle, sert dans la vie courante, tandis que le latin continue à faire fonction de langue officielle, puisqu’il est seul utilisé dans les écrits “sérieux” (histoire, théologie, philosophie), dans l’administration, le culte et l’enseignement.
C’est cette langue maternelle que les historiens appellent “langue vernaculaire”, pour éviter d’employer le terme de “français” – le concept n’existe pas encore en ce haut Moyen Âge. Les textes latins de l’époque parlent, eux, de rustica romana lingua.

6) LA NAISSANCE D’UNE COMMUNAUTÉ LINGUISTIQUE

Le premier écrit entièrement en langue vernaculaire qui nous soit parvenu est la partie française des Serments de Strasbourg (842). Ce premier document [voir encadré plus bas] a une double importance, car ces serments sont aussi fondateurs de la nation française.

Jusqu’alors, en effet, le territoire de la future France ne présentait aucune unité nationale, soit qu’il fût morcelé en petits royaumes gaulois, soit qu’il fît partie d’un empire, romain, franc ou germanique. Du temps de Charlemagne même, le territoire de la France n’était qu’une portion de son empire. Mais à la succession de son unique héritier, Louis le Pieux, ses trois petits-fils, Lothaire, Louis et Charles exigent chacun un royaume d’égale richesse.
Pour mettre fin à leurs querelles, les négociateurs découpent l’Empire en trois bandes parallèles : la future France est attribuée à Charles le Chauve, la future Allemagne revient à Louis (dit plus tard le Germanique), la région qui les sépare, proposée à Lothaire, reçoit le nom de Lotharingie.
Un an avant que cette partition ne soit ratifiée par le traité de Verdun (843), Louis et Charles s’unissent pour faire accepter le partage à Lothaire. Ils se prêtent solennellement assistance, chacun dans la langue de l’autre : Louis en “roman” et Charles en “tudesque”. Puis leurs armées prêtent serment, chacune dans sa langue.
Le texte de ces engagements nous est parvenu dans un ouvrage historique écrit en latin par Nithard, un clerc contemporain, parent de ces princes. Cette citation de textes en langue vulgaire dans un ouvrage érudit est très surprenante pour l’époque.
Selon l’hypothèse de Renée Balibar, historienne de la langue et spécialiste de l’institution du français national, elle reflète la volonté, pour les grands clercs qui négocièrent ces accords, d’asseoir la partition sur une séparation linguistique entre sujets germaniques et romans.
Les engagements solennels ont soigneusement été rédigés par eux dans une langue vernaculaire déjà élaborée, et ont été volontairement retransmis tels quels. Leurs langues se posaient ainsi, dès l’abord, en langue officielle.
Ce proto-français, n’était pas, pense-t-on aujourd’hui, la transcription d’un dialecte. C’était plutôt une langue recomposée, très inspirée du latin mérovingien que les clercs érudits du IXe siècle considéraient comme le modèle de la langue vulgaire écrite : leur volonté était de proposer une langue supra-dialectale, accessible à tous.

Les serments de Strasbourg, préliminaires de la partition de l’empire de Charlemagne en trois royaumes : la future France, la future Allemagne et une zone tampon, la Lotharingie. Énoncés en langues vulgaires, “romane” et “tudesque”. Extrait du serment de Louis, en proto-français :
” Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo, et in adiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altre si fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. ”
” Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et pour notre salut commun, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je soutiendrai mon frère Charles, et l’aiderai en toute chose, comme on doit soutenir son frère selon le droit, à condition qu’il fasse de même à mon égard, et avec Lothaire je ne tiendrai aucun plaid qui de ma volonté puisse porter tort à mon frère Charles. ”

C’est à partir d’élaborations de ce type, par tous les clercs qui essayèrent de “mettre en roman” leur langue maternelle, que s’est forgé l’ancien français classique, celui de la Chanson de Roland ou des romans de Chrétien de Troyes.
Cette langue était fortement marquée de traits provenant d’une région assez étendue, dont le centre était l’Île-de-France, mais elle n’a jamais été, comme on l’a d’abord cru, le dialecte de l’Île-de-France. Au XVIe siècle, cette langue littéraire, sans cesse enrichie par des érudits latinistes, commença à dominer les dialectes, parce qu’elle était devenue la langue officielle du roi.
Pourtant, après les serments de Strasbourg, il fallu encore 150 ans et un changement de dynastie pour que les rois de France ne s’expriment plus en germanique : les Chroniques de Richer rapportent que le premier roi de France à avoir besoin d’un traducteur pour s’entretenir avec un roi germanique fut Hugues Capet.
Quant au latin, qui cessa d’être la langue de l’administration sous François Ier, il subsista en tant que langue de l’enseignement jusqu’à la Révolution et en tant que langue du culte jusqu’au milieu du XXe siècle.
(Merci à Bart Vador)

https://www.fdesouche.com/2009/06/17/les-origines-de-la-langue-francaise-1-linfluence-gauloise/

mercredi 27 décembre 2023

Les Peuples Gaulois

 

Le terme de Gaulois désigne les populations protohistoriques de Celtes qui résidaient en Gaule, (Gallia en latin), c’est-à-dire approximativement sur les territoires actuels de la France, de la Belgique, de la Suisse et de l’Italie du Nord, probablement à partir du premier âge du bronze (IIe millénaire av. J.-C.).

Les Gaulois étaient divisés en de nombreux peuples qui se comprenaient entre eux, qui pensaient descendre tous de la même souche et qui en connaissaient la généalogie. A ces liens de filiation, réels ou mytiques, qui leur créaient des obligations de solidarité, s’ajoutaient des alliances qui mettaient certains d’entre eux dans la clientèle d’un autre pour former des fédérations comme celles des Arvernes et des Éduens. Chacun de ces peuples était divisé en “civitas” identifiées par un chef-lieu et un territoire appellé en latin “pagus”, lui même subdivisé en “vicus” correspondant à peu près à nos cantons.

Les civilisations gauloises sont rattachées en archéologie à la civilisation celtique de La Tène (du nom d’un site découvert au bord du lac de Neuchâtel, en Suisse). La civilisation de la Tène s’épanouit sur le continent au second âge du fer et disparut en Irlande durant le haut Moyen Âge.

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https://www.fdesouche.com/2007/10/20/les-peuples-gaulois/

lundi 25 décembre 2023

Découverte d’un “trésor” gaulois par des archéologues dans les Côtes d’Armor

 Des archéologues ont mis au jour un “trésor” gaulois de 545 pièces de monnaie lors de fouilles sur le terrain d’une exploitation agricole de l’âge du Fer à Laniscat (Côtes d’Armor), a annoncé lundi l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

“La découverte de 545 monnaies est exceptionnelle par le nombre mais aussi parce qu’elle a été faite dans son contexte”, a commenté Stéphane Deschamps, conservateur régional de l’archéologie.

Les recherches ont été menées par des chercheurs de l’Inrap lors de la mise à quatre voies d’une route nationale (la RN 164) dans le centre de la Bretagne.

Lors de la fouille de cette ferme qui a été habitée à partir du IIIe siècle avant Jésus Christ et jusqu’au premier siècle après notre ère, les archéologues ont découvert ces 545 pièces d’électrum (alliage d’or et d’argent), éparpillées sur 200 M².

“Ces statères ont été frappées par le pouvoir osisme, un peuple localisé à l’ouest de la Bretagne qui est apparu au IV ou IIIe siècle avant JC”, a indiqué Yves Menez, de la direction scientifique et technique de l’Inrap. “Le trésor a été enfoui peu ou prou au moment de la guerre des Gaules” durant les années 75-50 avant JC, selon le chercheur.

Ce “trésor”, qui représentait une fortune considérable à l’époque, permet de remettre en perspective le statut du site et de ses occupants. Pour les chercheurs, il permet de “reconsidérer le rôle et l’importance des Osismes dans la péninsule bretonne”.

17/12/2007

https://www.fdesouche.com/2007/12/17/decouverte-dun-tresor-gaulois-par-des-archeologues-dans-les-cotes-darmor/

samedi 23 décembre 2023

Des archéologues révèlent une véritable métropole arverne

 Une vingtaine d’étudiants en archéologie s’activent, avec la chaîne des puys pour horizon. “Nous sommes ici au sommet de l’Etat, chez l’un des plus hauts magistrats du peuple arverne, assure Matthieu Poux, professeur d’archéologie romaine et gallo-romaine à l’université de Lyon, en balayant du regard les 3 000 à 4 000 m2 de fouilles. A notre place, des Anglo-Saxons auraient déjà franchi le pas en lançant l’hypothèse de la découverte de la demeure de Vercingétorix ou de son père Celtill.”

Mêlant à son enthousiasme la rigueur scientifique, l’universitaire refuse de verser dans la rêverie. “On peut tout de même dire que le quartier étudié cet été à Corent a un statut très particulier, explique-t-il. Nous avons découvert de grosses maisons avec beaucoup de pièces d’armement et de vaisselles métalliques rapportées d’Italie, qui sont les marqueurs de l’aristocratie.”

Le plateau de Corent, qui se dresse au-dessus de la rivière Allier, à une vingtaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, révèle petit à petit, depuis 2001, l’empreinte d’une grande ville celte. D’année en année, les fouilles lancées par l’Association pour la recherche sur l’âge du fer en Auvergne bouleversent la représentation commune de Gaulois vivant dans des villages de huttes et organisés en bandes dirigées par des chefs chevelus.

Bien avant la victoire de César sur Vercingétorix – en 52 av. J.-C. à Alésia – et la conquête romaine, les Arvernes avaient développé un modèle urbain très élaboré. Cette émergence de villes fortifiées structurant le territoire rural est datée de la charnière entre le IIe et le Ier siècle av. J.-C.

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26/12/2007

https://www.fdesouche.com/2007/12/26/des-archeologues-revelent-une-veritable-metropole-arverne/

jeudi 21 décembre 2023

Des archéologues révèlent une véritable métropole arverne

 Une vingtaine d’étudiants en archéologie s’activent, avec la chaîne des puys pour horizon. “Nous sommes ici au sommet de l’Etat, chez l’un des plus hauts magistrats du peuple arverne, assure Matthieu Poux, professeur d’archéologie romaine et gallo-romaine à l’université de Lyon, en balayant du regard les 3 000 à 4 000 m2 de fouilles. A notre place, des Anglo-Saxons auraient déjà franchi le pas en lançant l’hypothèse de la découverte de la demeure de Vercingétorix ou de son père Celtill.”

Mêlant à son enthousiasme la rigueur scientifique, l’universitaire refuse de verser dans la rêverie. “On peut tout de même dire que le quartier étudié cet été à Corent a un statut très particulier, explique-t-il. Nous avons découvert de grosses maisons avec beaucoup de pièces d’armement et de vaisselles métalliques rapportées d’Italie, qui sont les marqueurs de l’aristocratie.”

Le plateau de Corent, qui se dresse au-dessus de la rivière Allier, à une vingtaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, révèle petit à petit, depuis 2001, l’empreinte d’une grande ville celte. D’année en année, les fouilles lancées par l’Association pour la recherche sur l’âge du fer en Auvergne bouleversent la représentation commune de Gaulois vivant dans des villages de huttes et organisés en bandes dirigées par des chefs chevelus.

Bien avant la victoire de César sur Vercingétorix – en 52 av. J.-C. à Alésia – et la conquête romaine, les Arvernes avaient développé un modèle urbain très élaboré. Cette émergence de villes fortifiées structurant le territoire rural est datée de la charnière entre le IIe et le Ier siècle av. J.-C.

(article de 2007)

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https://www.fdesouche.com/2007/12/26/des-archeologues-revelent-une-veritable-metropole-arverne/

vendredi 29 septembre 2023

Le feu chez les Celtes anciens, par François Pinsard

 

La rédaction de Keltia Magazine, nous adresse en exclusivité sur Internet un article extrait du dernier numéro (janvier mars 2016). Il s’agit d’un écrit de François Pinsard sur la place du feu chez les Celtes anciens.

La « Guerre du feu » s’était éteinte depuis fort longtemps (des dizaines de milliers d’années) lorsqu’au quotidien, nos ancêtres (toujours les mêmes) s’occupaient d’allumer ou d’entretenir leurs foyers. Un acte, mais aussi un remède, un symbole, et bien davantage encore, au regard de leur culture….

Allumer un feu, se chauffer, cuire ce qui est cru, donner un autre goût à l’aliment rendu digeste, fumer la viande pour la conserver, boire chaud, enfumer aussi indirectement les toits des chaumières pour annihiler les effets des insectes nuisibles, c’est la plus concrète des attitudes dans chaque demeure celte comme d’ailleurs dans chaque foyer du monde ancien.

Le feu, cause et témoin

Le foyer rassemble les membres de la famille, autorise à dépasser la limite de la lumière du jour et de réactiver, par le regroupement des individus, l’inconscient collectif et le partage des contes, des légendes lors des veillées, de la connaissance et de la tradition.

Le feu est au-delà, cause, témoin et éternel signe de purification. Les moyens pratiques de créer à volonté cet état calorifique par transmutation chimique des éléments combustibles (en trois lettres « feu ») ont toujours été délicats, et chacun connaît déjà la plupart des procédés primitifs utilisés.

Des découvertes archéologiques attestent que les Gaulois, et sûrement ailleurs d’autres Celtes en Europe ont, par le talent de leurs maîtres forgerons, utilisé l’outil à feu qu’est le briquet ou fusil. S’il est naturel qu’un archéologue identifie la nature d’un objet avec toutes les précautions nécessaires, il est amusant de constater que lors des premières découvertes de ces briquets, on a d’abord attribué par ignorance une autre fonction à l’objet, décoration de char, partie d’outils agricoles, objets votifs.

Jusqu’à incandescence

Composé d’une simple barre de fer recourbée à ses extrémités afin d’être facilement préhensible par deux doigts d’une main, le briquet est frappé contre un silex maintenu dans l’autre main sur le bord duquel on coince avec le pouce un morceau d’amadou jusqu’à incandescence. Une fois la présence réussie d’un point rouge d’ignition, on souffle délicatement en déposant l’amadou brûlant sur un dépôt combustible et sec comme de la mousse, du lichen ou de la charpie afin de provoquer une flamme nette, le début d’un nouveau foyer. Le feu est allumé !

Créer des étincelles

L’examen métallographique des briquets révèle que les barres de fer doux ont été aciérées par un procédé empirique de cémentation, dans leur partie large de percussion au moyen d’une chauffe vive en présence de matière organique comme corne, cuir, qui brûlés, transmettent leurs atomes de carbone conférant à la surface du fer la qualité dure de l’acier, donc propre à créer des étincelles.

Les traces

La similitude de formes trouvées en France, Allemagne, ou Belgique dans ces couches du IVe et Ve siècles avant J.-C. avec les briquets gallo-romains, mérovingiens et des époques successives jusqu’au début du XXe siècle ne laisse aucun doute sur ces outils à feu. Pourtant, malgré une telle évidence, on prétendait encore voici 25 ou 30 ans qu’il était impossible de supposer que les Celtes aient pu fabriquer et utiliser ces objets. Démarche de pensée caractéristique, qui a bien changé depuis. Des briquets ont été retrouvés dans les grottes ardennaises où se cachait le peuple des Éburons avec son chef Ambiorix en 57-56 avant J.-C. lors de sa résistance patriotique, avant d’être exterminé par les Romains de César.

Le feu transposé

Le feu est vitalité. L’aurore rouge de chaque matin est célébrée comme ardente. Il préside, à la fête de Samonios, la fin de l’an où on l’éteint au cours du rituel. Il est rallumé ensuite pour durer toute la nouvelle année. À la fête de Belotepnia (ou Beltaine), hommage à Belenos (ou Bel), un malade de chaque espèce de bétail, passe entre deux feux vitaux pour purifier sa santé durant une année. L’utilisation du feu est attestée uniquement lors de ces deux seules fêtes. Sous le chaudron, un des quatre attributs des druides primordiaux, le feu transforme la matière. Il donne une seconde naissance aux guerriers des sagas irlandaises. Il anime aussi leur vigueur guerrière. Le nom du peuple des Éduens, « Aedui », signifie les Ardents. L’eau s’allie au feu dans les noms des Îles du Nord du Monde de la Tradition où la lance de Lug et le chaudron du Dagda irlandais se trouvaient initialement. Il est manié par les druides et leurs paroles en sagesse et poésie sont dites aussi composées de feu. Rapportant leurs propos, Strabon disait que les druides « affirment, et d’autres avec eux, que les âmes et que l’univers sont indestructibles, mais qu’un jour le feu et l’eau prévaudront sur eux » (Géo, IV, 4).

Les opposés sont partout comme le sombre et le clair, l’hiver et l’été, l’eau et le feu. C’est le chemin du renouvellement constant, de la renaissance perpétuelle.

Cette notion de feu, souvent associé à son contraire, l’eau, se retrouve effectivement dans toute la culture, les légendes irlandaises et galloises, et probablement celles, perdues, des Celtes du continent européen, Elle est aussi rencontrée, en parallèle, dans le monde indien et indo-européen.

Les paroles prémonitoires des druides cités par Strabon doivent nous aider à réfléchir, en ces périodes de réchauffement climatique et de montée des eaux des océans, à l’avenir de notre Terre…

François Pinsard

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2016/01/28/38313/le-feu-chez-les-celtes-anciens-par-francois-pinsard/

mardi 15 août 2023

La Gaule et les Gaulois avant César (rediif)

 Avant notre ère, le territoire compris entre les Pyrénées, les Alpes et le Rhin (France, Bénélux, Suisse et Rhénanie actuels) a une unité toute fictive et ce n'est en rien un pays de sauvages selon l'idée cultivée par les historiens du XIXe siècle…

Appelé Gallia (Gaule) par Jules César dans son célèbre compte-rendu de la guerre des Gaules, ce territoire appartient à l'immense domaine de peuplement celte qui s'étend des îles britanniques jusqu'au bassin du Danube et même jusqu'au détroit du Bosphore (le quartier de Galatasarai, à Istamboul, rappelle encore aujourd'hui la présence de Galates, cousins des Gaulois, dans la région).
Brennus, le premier Gaulois
Le nord de la péninsule italienne est lui-même baptisé Gaule cisalpine par les Romains qui n'en gardent pas de bons souvenirs… En 390 avant JC, la jeune république sénatoriale avait été assiégée par des Gaulois de cette région, les Sénones. Les habitants n'avaient dû leur salut qu'à la vigilance des oies sacrées du Capitole. Selon l'historien Tite-Live, celles-ci, par leurs cris, les avaient prévenu d'une tentative d'effraction nocturne des Gaulois.
Finalement contraints à la reddition et à un lourd tribut, les Romains avaient osé mettre en doute la fiabilité de la balance utilisée par les Gaulois pour peser l'or. Le chef gaulois, Brennus, avait alors jeté son épée sur la balance en lançant : «Vae Victis ! » (Malheur aux vaincus !).
Une unité fictive
La Gaule proprement dite est partagée entre Rome et des tribus indépendantes celtes, mais aussi ibères ou encore germaniques.
Jules César lui-même a perçu cette diversité : « La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue, se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des mœurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les cœurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre » (La guerre des Gaules).
Avant que le général ne débarque en Gaule, les Romains occupent déjà la partie méditerranéenne du pays, dont la capitale a été Narbonne avant de devenir Lyon. Cette région, la Gaule Narbonnaise, est aussi appelée la Province (dont nous avons fait Provence) car c'est dans l'ordre chronologique la première province de Rome !
La Gaule qui échappe à Rome est communément appelée «Gaule chevelue». En fait, ses habitants sont loin d'être tous chevelus… Ainsi, les Éduens, qui habitent au centre de l'hexagone, sont fortement influencés par la culture latine, portent les cheveux courts et s'habillent à la romaine. Les régions proches des Pyrénées sont plus précisément appelées Aquitaine ; au-delà de la Seine, elles sont appelées Belgique.
Les 64 pays gaulois («pagus») sont très différents les uns des autres et sensibles aux influences des pays riverains (Italie, Germanie, Espagne) et même plus lointains (Grèce). Certains sont des chefferies héréditaires, d'autres des républiques plus ou moins démocratiques.
Le trésor de Vix
 
 
En 1953, on a découvert à Vix, en Bourgogne, la tombe d'une princesse celte morte vers 480 avant JC.
Son trésor funéraire incluait un cratère (vase) en bronze de 1,64 mètre, originaire de l'Italie du Sud qu'on appelait alors la Grande Grèce !
Cette découverte atteste que, très tôt, les Celtes de l'hexagone, plus tard appelés Gaulois, avaient des liens commerciaux nombreux avec les civilisations de la Méditerranée
Un pays prospère et fortement peuplé
Dans son ensemble, la Gaule se caractérise par une forte densité de population. On évalue à douze millions le nombre de ses habitants, soit davantage qu'à certaines époques du Moyen-Âge.
Loin d'être un pays de forêts impénétrables uniquement peuplées de sangliers comme le laisseraient croire certaines bandes dessinées, la Gaule est en grande partie défrichée et couverte de belles campagnes comme l'atteste l'archéologie aérienne.
Ses habitants manifestent un exceptionnel savoir-faire dans l'art de l'agriculture et de l'élevage comme l'atteste un bas-relief en pierre découvert dans le bassin parisien : il montre une moissonneuse-batteuse antique, poussée par des chevaux et manoeuvrée par deux hommes ! D'ailleurs, le potentiel agricole de la Gaule compte pour beaucoup dans l'intérêt que lui portent les Romains.
Les Gaulois reviennent à la vie
En janvier 1789, à la veille de la Révolution française, l'abbé Joseph Sieyès publie un opuscule retentissant : Qu'est-ce que le tiers état ? Dans ce petit ouvrage, il présente les Gaulois et plus précisément les Gallo-Romains comme les ancêtres du tiers état (le peuple), en les opposant aux Francs, ancêtres des nobles et aristocrates.
C'est ainsi que sortent de l'ombre «nos ancêtres les Gaulois», éclipsés jusque-là par les chroniqueurs officiels qui se contentaient de relater les exploits de la monarchie et faisaient remonter celle-ci à Clovis (Ve siècle de notre ère).
Les Gaulois vont acquérir leurs lettres de noblesse avec Napoléon III ! Féru d'histoire antique, l'empereur écrit en collaboration avec Victor Duruy une biographie de Jules César et par la même occasion, se pique de passion pour Vercingétorix. Il le fait représenter sous ses traits à Alise-Sainte-Reine, lieu supposé de la bataille d'Alésia.
C'est le début d'une étrange dichotomie chez les Français cultivés qui considèrent les Gaulois comme leurs ancêtres et dans le même temps, les voient comme des sauvages que les Romains ont eu le bon goût de soumettre et civiliser… Les historiens et archéologues de la fin du XXe siècle ont fait litière de ces schémas.
La Gaule à la veille de la conquête romaine
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Le territoire entre Rhin et Pyrénées que César appelle Gaules est composé d'environ 64 pays relativement divers et d'une unité très factice… C'est aussi un territoire fortement peuplé, aux ressources agricoles et minières abondantes…