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dimanche 29 mars 2026

Guerre d’Iran ou Troisième Guerre mondiale ?

 

Dans un article du 20 mars dernier intitulé ««Notre» guerre mondiale», Philippe Grasset cite Raphael Machado : «Dès que la guerre-Epstein (ou guerre d’Iran) a commencé, beaucoup de gens ont demandé : «Est-ce que cela peut mener à la Troisième Guerre mondiale ?» Mentalement, j’ai pensé : «Mener ? Que manque-t-il encore pour que tout le monde comprenne où nous en sommes ?» 

Si nous avons du mal à voir que nous sommes entrés dans la 3ème guerre mondiale, c’est que dans l’imaginaire collectif, une guerre mondiale est synonyme d’apocalypse nucléaire, selon Machado. Mais, de la même manière que ce n’est qu’après coup que les guerres de 1914 et 1939 ont été appelées 1ère et 2ème guerres mondiales, «il se pourrait que, dans un futur situé entre 100 et 500 ans, des historiens en viennent à désigner la période débutant, peut-être, avec l’opération militaire spéciale ou la guerre du Donbass comme la «Troisième Guerre mondiale»».

Philippe Grasset quant à lui, estime que «si la Troisième Guerre Mondiale est un autre nom donné à la Grande Crise (l’effondrement du système), effectivement, nous y sommes déjà !»

Brian Berletic, sur son site The New Atlas, arrive à la même conclusion, en analysant les documents et les faits.

Brian Berletic est, à mon sens, un des meilleurs analystes géopolitiques actuels. Il alerte, depuis une quinzaine d’années, sur l’implacable détermination des États-Unis à maintenir leur hégémonie sur le monde, en dépit de leurs dénégations opportunistes relayées par la propagande européenne. Ils sont prêts pour cela à sacrifier leurs proxys, comme on le voit en Ukraine, en Europe, en Israël, au Liban et dans les États du golfe.

Comme Brian Berletic le prouve à l’aide de documents étasuniens, le but est, quasiment depuis la chute de l’URSS, d’isoler et d’étrangler la Chine, en la privant de ses importations d’énergie et de ses alliés. Et cela sous toutes les administrations étasuniennes confondues, qu’elles soient républicaines ou démocrates…

Comme Lavrov qu’il cite, Brian Berletic considère que nous sommes entrés dans la 3ème guerre mondiale et il le démontre avec brio. Ce qu’il ne nous dit pas, malheureusement, c’est qui va gagner : l’occident collectif (+ Japon, Corée du sud, Philippines) ou les BRICS… Pour lui, c’est sans doute encore trop tôt pour le savoir.

Mais pour l’ancien ambassadeur et ancien haut responsable du ministère de la Défense Chas Freeman les États-Unis sont certainement en passe de perdre au moins cette étape de leur guerre éternelle pour l’hégémonie, parce que, à la différence de l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, l’Iran a, comme la Russie, les capacités de se défendre et, comme la Russie, il ne négociera que lorsqu’il aura atteint ses objectifs.

La «nouvelle attaque surprise que les États-Unis prévoient de lancer pendant le week-end, dans l’espoir qu’une fois les marchés fermés, leurs troupes disposeront de deux jours pour s’emparer d’infrastructures économiques stratégiques susceptibles de rassurer les négociants en pétrole, voire de jeter les bases d’une prise de contrôle du détroit d’Ormuz, est une pure folie !» ajoute-t-il.

Pour lui, le résultat de cette guerre sera catastrophique, l’Iran va se doter de la bombe nucléaire, bientôt suivi de la Turquie et de l’Égypte, et instaurer un droit de passage sur le détroit d’Ormuz.

Mais revenons à Brian Berletic. Voilà le résumé qui se trouve sous sa vidéo, passionnante de bout en bout :

•  Les médias occidentaux admettent qu’après près d’un mois de guerre d’agression menée par les États-Unis contre l’Iran, ce dernier continue de tirer environ 30 missiles par jour rien que sur Israël, ce qui indique que l’Iran dose ses tirs de missiles et que les tentatives américaines visant à réduire considérablement les capacités balistiques iraniennes ont jusqu’à présent échoué ;

•  Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a publiquement établi un lien entre les multiples guerres d’agression menées par Washington, de l’Amérique latine à l’Europe de l’Est et au Moyen-Orient, et le début de la Troisième Guerre mondiale, y voyant une tentative de «préserver les vestiges de sa domination» ;

•  Les unités expéditionnaires des Marines américains (MEU) continuent de se rapprocher du Moyen-Orient, prêtes soit à prendre d’assaut des sites situés sur ou le long des côtes iraniennes, soit à participer à l’interception des navires que l’Iran a autorisés à passer par le détroit d’Ormuz ;

•  Les frappes de drones de la CIA américaine, à partir de l’Ukraine, se sont concentrées sur Saint-Pétersbourg, en Russie, et en particulier sur les installations d’exportation d’énergie, notamment les terminaux pétroliers et les pétroliers dans le port voisin. Cela s’inscrit dans le cadre d’un blocus énergétique mondial que les États-Unis tentent d’imposer en premier lieu à la Chine, mais aussi comme moyen d’affaiblir ou de détruire les économies des partenaires les plus proches de la Chine ;

•  Les États-Unis et l’UE se partagent les tâches sous couvert d’un discours de «rupture», ce qui permet aux États-Unis de justifier le fait de concentrer davantage de leurs ressources sur l’Iran (et, en fin de compte, sur la Chine), tandis que l’UE utilise ce discours pour justifier une implication plus importante et plus directe dans la guerre avec la Russie au sujet de l’Ukraine, notamment le «blocus» récemment annoncé par le Royaume-Uni contre la «flotte fantôme» russe (fantôme parce qu’elle n’est pas assurée par la Lloyds Bank de Londres) et les saisies continues de navires de cette «flotte fantôme» par d’autres membres de l’UE.

La guerre en Iran vue de la Chine

Sur Fréquence Populaire MédiaArnaud Bertrand explique que la perception de la guerre de Pékin s’ancre dans l’histoire longue chinoise, notamment celle du «siècle de l’humiliation», ce qui la porte naturellement du côté de l’Iran. Mais la Chine a prudemment condamné les attaques iraniennes sur les pays du Golfe parce que, si 90% du pétrole iranien va en Chine, elle importe encore plus de pétrole de l’Arabie saoudite.

La Chine n’est pas trop inquiète car elle n’importe que 15% de son énergie, tandis que l’Europe importe 59% de son énergie. En plus la Chine est voisine de la Russie et elle a de grosses réserves stratégiques. Les Européens sont dans une bien plus mauvaise situation, car outre les problèmes d’approvisionnement en énergie, ils risquent d’avoir à accueillir des foules de réfugiés iraniens.

L’Iran n’a pas encore gagné la guerre mais l’Empire semble être en bien mauvaise posture. On voit se préciser la fin de la Pax América et l’émergence d’un monde multipolaire avec les BRICS, la remise en cause du pétrodollar, la montée du yuan, et de nouvelles alliances énergétiques et financières qui redessinent les rapports de force globaux, selon Arnaud Bertrand.

La facturation mondiale

Tout en transformant rapidement l’Union européenne en proxy militaire de l’Empire pour le soutenir dans ses derniers efforts en date – et espérons-le ses derniers efforts tout court – pour parvenir à la domination mondiale, la Commission européenne poursuit le développement d’institutions civiles destinées à assoir la dictature mondiale que l’Occident collectif rêve d’instaurer.

La dernière en date, est la facturation électronique. La mesure a été votée au Parlement européen avec plus de 90% d’approbation et elle sera appliquée en septembre prochain dans les États membres. Désormais, les entreprises n’auront plus le droit de produire leurs propres factures, elles devront passer par Peppol, un réseau international qui bénéficie d’un monopole de droit privé. C’est cette entité qui rédigera et enverra toutes les factures à la place des entreprises. C’est un moyen pour le pouvoir de centraliser toutes les données des entreprises – ce qui est contraire à la constitution – et d’avoir accès à toutes les factures – ce qui n’était jamais arrivé dans l’histoire.

Le processus est certes efficace et rapide mais cette rapidité se fait aux dépens de :

•  la sécurité publique : par exemple, n’importe qui pourra, grâce à l’annuaire public qui a été mis en place, envoyer des factures à n’importe qui ;

•  la liberté publique car connaître toutes les factures permettra à l’État de contrôler et même de manipuler la gestion des entreprises, sans compter que cette plateforme pourra, sur la demande des autorités, couper arbitrairement l’accès à n’importe quelle entreprise, qui sera alors réduite à la faillite, exactement comme les banques privées peuvent déjà le faire.

Il a fallu dix mois, au lieu des 30 jours légaux, et beaucoup de menaces, à Frédéric Baldan, un essayiste belge, pour obtenir de l’administration publique en charge de la facturation électronique, les documents concernant cette association de droit privé par laquelle tous les entrepreneurs européens seront bientôt désormais obligés de passer. Elle est supposée être «pan-européenne pour l’intégration européenne» selon ses statuts, mais on s’aperçoit en fait qu’elle est gérée par toute une constellation d’entreprises et de gouvernements étrangers (des Émirats arabes unis à Taïwan en passant par la Chine).

Cette loi inconstitutionnelle, qui constitue une ingérence inédite dans la gestion des entreprises privées et qui, de plus, facilite la guerre économique, a pour seul objectif de donner à la Commission un meilleur contrôle des entreprises, dans le but de faire avancer son projet totalitaire de gouvernance mondiale. Elle est un des éléments de la guerre contre les pays, les peuples et les individus qui ne veulent pas se laisser réduire en servitude par l’oligarchie financière au service de laquelle œuvrent sans répit l’administration étasunienne, l’UE et notre petit soldat à nous, Emmanuel Macron.

Pour finir, un peu d’humour avec Naïm 

Macron joue au chef de guerre

Dominique Muselet

https://reseauinternational.net/guerre-diran-ou-troisieme-guerre-mondiale/

dimanche 18 janvier 2026

Quand Khomeini préparait sa révolution islamique depuis la France

 

Capture d'écran
Capture d'écran
En octobre 1978, l’ayatollah Rouhollah Khomeini posa le pied dans le petit village de Neauphle-le-Château, situé à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Ce lieu bucolique, peuplé de plus de 2.000 habitants, allait alors devenir pendant plusieurs mois le théâtre discret d’une entreprise qui allait bouleverser le Moyen-Orient par l’instauration d’une future république islamique au destin autoritaire et, plus tard, profondément sanguinaire. Exilé depuis quatorze ans, ce religieux chiite, expulsé d’Irak, trouva alors en France, patrie des libertés et de la liberté d’expression, un refuge inattendu depuis lequel il put préparer en sécurité la chute de la monarchie du chah d’Iran et orchestrer ainsi son retour au pays.

Un exil stratégique dans un village français

Khomeini arriva en France le 6 octobre 1978 muni d’un simple visa de touriste après que le régime irakien, sous pression du chah et en raison de son activisme pro-chiite, l’eut expulsé. Il envisage d’abord de rester plus près de sa patrie, au Liban ou en Syrie. Néanmoins, il finit par choisir la France où il sait que sa liberté d’expression sera assurée, mais également parce que les Iraniens peuvent y entrer sans visa.

Le Président Valéry Giscard d’Estaing, interrogé sur la présence de cet homme sur le sol national et troublant les relations diplomatiques avec Téhéran, se veut alors rassurant : « L'ayatollah Khomeini est venu en France dans des conditions régulières, comme un étranger en résidence en France. Il lui a été indiqué à deux reprises que le sol de la France n'était pas un territoire d'où pouvaient être lancés des appels à des actions de violence. »

Khomeini s’installe alors à Neauphle-le-Château, où il va rester jusqu’à son départ pour l’Iran. Là, dans une maison modeste, située au 23, route de Chevreuse, gardée par des gendarmes armés de pistolets-mitrailleurs, il fait de sa nouvelle demeure son quartier général politique, entouré de ses proches conseillers et de nombreux militants venus d’Europe. Entre les différentes réunions visant à préparer son futur régime totalitaire, Khomeini traverse la rue pour aller dans un verger. Là, sous une tente ou à l’ombre d’un pommier, il effectue ses prières quotidiennes avec ses fidèles, parfois au nombre de 50 ou de 60. Par son apparence austère, ses allures de vieux sage (il est alors âgé de 76 ans), l’homme fascine et attire la curiosité mais aussi la complaisance d'une partie de la presse.

Selon les habitants du village, ce sont alors « des cars entiers de pèlerins qui venaient d’Europe pour le voir ». On aperçoit alors des tiers-mondistes, des marxistes et des islamistes répondre à l’appel du futur Guide de la Révolution, qui leur confie des cassettes audio destinées à répandre clandestinement sa parole en Iran et sa volonté de renverser le régime du chah. En appelant à la grève générale, aux manifestations et à la désobéissance civile, il contribue à faire monter la contestation au point de paralyser l’Iran.

L’après Neauphle-le-Château

Le 1er février 1979, Khomeini, jugeant que l’heure de son retour en Iran avait sonné, s’envole à bord d’un avion d’Air France. À son arrivée à Téhéran, il est accueilli par une foule en délire. Des millions d'Iraniens l'acclament. C'en était fini de la monarchie des Pahlavi et, quelques semaines plus tard, par référendum, la république islamique était instituée, fondée sur la tutelle des juristes théologiens.

Aujourd’hui, Neauphle-le-Château garde encore la mémoire contrastée de ce court séjour. En effet, une plaque commémorative fut installée en 2017 sur un terrain privé. Cette dernière fut dégradée en 2023, un acte illustrant l’avis d’une partie de la population locale ne voulant pas que leur ville soit associée au régime totalitaire iranien. Certains vont même jusqu’à comparer l’ayatollah au dictateur du IIIe Reich : « Imaginez que votre voisin vous colle une photo d’Hitler dans son jardin, je pense qu’il ne faudrait pas vingt-quatre heures pour qu’on vienne la retirer. » La maison où séjourna l’ayatollah Khomeini était devenue, au fil des années, un véritable lieu de pèlerinage pour les admirateurs du régime, au point que l’Iran envisagea même d’en faire un musée consacré à la gloire du fondateur de la république islamique.

Ce chapitre oublié de notre Histoire nous rappelle ainsi comment la France, trop bonne, trop généreuse, trop ouverte et peut-être aussi trop naïve, a accueilli sur son sol un personnage qu’elle imaginait peut-être comme un homme de bien et qui, en vérité, instaura un régime islamique d'un autre âge en Iran.

Eric de Mascureau

vendredi 27 juin 2025

Qu’est-ce qui se cache derrière l’attaque des États-Unis contre l’Iran ?

 

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Trump a annoncé que des avions américains avaient bombardé les trois principales bases nucléaires iraniennes : Fordow, Natanz et Ispaha.

L’Iran dans le collimateur d’Israël. L’ancien conseiller à la sécurité nationale du président Carter, Zbigniew Brzezinski, a déclaré lors d’un discours devant le Conseil national irano-américain (NIAC) : « Je crois que les États-Unis ont le droit de décider de leur propre politique de sécurité nationale et de ne pas suivre les actions des Israéliens comme une mule stupide ». De plus, Brzezinski serait en désaccord avec les lobbies républicains et néoconservateurs juifs américains et, avec sa causticité habituelle, a discrédité la myopie géostratégique de ces deux groupes de pression, affirmant qu’ils « sont tellement obsédés par Israël, le Golfe Persique, l’Irak et l’Iran qu’ils ont perdu de vue la situation globale : la Russie et la Chine sont la véritable puissance mondiale, les seuls pays réellement capables de résister aux États-Unis et au Royaume-Uni, et sur lesquels ils devraient concentrer leur attention ».

Nous nous trouvons, donc, à un moment crucial pour définir l'avenir immédiat du Proche et Moyen-Orient, car l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a vu une pression accrue du lobby pro-israélien américain (AIPAC) pour déstabiliser l'Iran par des moyens expéditifs. Ainsi, l'attaque américaine contre l'Iran et la guerre régionale qui s'ensuivra au Moyen-Orient seront utilisées par les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël pour redessiner la carte du puzzle disjoint formé par ces pays et ainsi obtenir des frontières stratégiquement avantageuses pour Israël, conformément au plan orchestré il y a 60 ans conjointement par les gouvernements du Royaume-Uni, des États-Unis et d'Israël, avec le soutien des principaux alliés occidentaux.

Cette guerre constituera un nouvel épisode local qui s'inscrira dans le retour à l'endémisme récurrent de la guerre froide américano-russe et impliquera les deux superpuissances, les puissances régionales (Israël, Égypte, Arabie saoudite et Iran) étant des collaborateurs nécessaires. Elle couvrira une zone géographique allant de la Méditerranée (Libye, Syrie et Liban) au Yémen et à la Somalie, avec l'Irak comme épicentre (rappelant la guerre du Vietnam avec Lyndon B. Johnson (1963-1969).

L'Iran est-il le prétexte pour tarir les sources d'énergie de la Chine ? Dans une interview accordée à Brzezinski par Gerald Posner dans The Daily Beast, il a déclaré qu'« une collision américano-iranienne aurait des conséquences désastreuses pour les États-Unis et la Chine, tandis que la Russie en sortirait grande gagnante car la fermeture prévisible du détroit d'Ormuz dans le golfe Persique, où le transport de pétrole à destination de l'Asie du Nord-Est (Chine, Japon et Corée du Sud), de l'Europe et des États-Unis) ferait grimper le prix du pétrole brut à des niveaux stratosphériques et aurait de graves répercussions sur l'économie mondiale, rendant l'UE totalement dépendante de la Russie.

Pour éviter cela, l'administration Trump tente de remplacer la dépendance de la Russie à l'égard de la Russie. L'énergie européenne (30% du gaz importé par l'UE provient de Russie) dépend de la fracturation hydraulique, inondant le marché européen de GNL (gaz naturel fracturé aux États-Unis et transporté par méthaniers) afin de faire baisser les prix du gaz russe.

Un autre objectif serait de promouvoir le recours à la fracturation hydraulique dans tous les pays d'Europe de l'Est, ce que l'on appelle l'« arc européen de fracturation hydraulique » (fracking) qui s'étendrait des pays baltes à l'Ukraine européenne, en passant par la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, et qui s'appuierait sur la technologie d'entreprises américaines telles que Chevron et Shell.

Concernant le détroit d'Ormuz, selon les estimations de l'AIE (Agence internationale de l'énergie), 13,4 millions de barils par jour (b/j) de pétrole brut transiteraient par cet étroit canal à bord de pétroliers (soit 30% de l'approvisionnement mondial en pétrole brut). En cas de blocage, cette fermeture au trafic maritime, due à un mimétisme, s'étendrait jusqu'au canal de Suez.

Ce canal est considéré comme l'un des points les plus importants du commerce mondial qui transporte environ 2,6 millions de barils de pétrole brut par jour (soit près de 3% de la demande mondiale quotidienne de pétrole), constitue également une voie d'approvisionnement essentielle pour le gaz naturel liquéfié (GNL), près de 13% de la production mondiale de ce gaz y transitant. Sa fermeture hypothétique perturberait l'approvisionnement d'environ 2,6 millions de barils par jour et le golfe d'Aden qui relie l'océan Indien à la mer Méditerranée par le canal de Suez, avec le transit de plus de 18.000 navires.

Tout cela entraînerait une hausse dangereuse des prix du brut (environ 150 dollars), ce qui entraînerait des droits de douane, une inflation galopante, des hausses de prix monétaires par la Banque populaire de Chine (PBOC) et l'asphyxie économique d'innombrables entreprises impliquées dans la stratégie de Brzezinski visant à parvenir à une dépendance énergétique totale russo-chinoise pour finir par les monter les unes contre les autres et finalement les subjuguer et mettre en œuvre le nouvel ordre mondial sous l'égide anglo-juive-américaine.

Germán Gorraiz López, analyste politique

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mercredi 24 juillet 2024

Ce que le nouveau président réformateur de l'Iran signifie pour la politique étrangère

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Fereshteh Sadeghi

Source: https://www.geopolitika.ru/es/article/que-significa-el-nuevo-presidente-reformista-de-iran-para-la-politica-exterior

Dans un revirement politique spectaculaire, les Iraniens ont élu le réformateur Masoud Pezeshkian comme neuvième président, ce qui suscite la curiosité de tous les observateurs quant aux changements possibles dans la politique étrangère de l'Iran post-Raïssi, orientée vers l'Est.

Le 5 juillet, la course à la plus haute fonction politique de l'Iran s'est achevée: le chirurgien cardiaque et réformateur Masoud Pezeshkian est devenu le neuvième président du pays à l'issue d'un second tour de scrutin qui l'opposait à son rival conservateur Saeed Jalili.

Le ministère iranien de l'intérieur a indiqué que 30.530.157 Iraniens avaient voté, soit une participation de 49,8% de l'électorat. Pezeshkian a obtenu 16.384.403 voix, tandis que Jalili a reçu 13.538.179 voix.

Notamment, avec 53,6% des voix, M. Pezeshkian est le deuxième président ayant recueilli le moins de suffrages après son compatriote réformateur Hassan Rouhani, qui a remporté l'élection en 2013 avec seulement 50,7% des voix.

Un réformateur soutenu par les minorités

Pezeshkian représente le Front réformateur d'Iran, un mouvement politique né en 1997 sous la présidence de Mohammad Khatami. Il est également soutenu par la faction modérée de l'ancien président Rouhani.

Malgré leur popularité à la fin des années 1990 et au début des années 2000, les réformistes n'ont jamais réitéré leurs victoires aux élections de 1997, 1998 et 2001, devenant une minorité politique au cours des deux décennies suivantes. Les 16,3 millions de voix de M. Pezeshkian, soit moins que les 20 millions de voix de M. Khatami en 2001, le placent dans une position précaire, notamment parce qu'il doit sa victoire aux minorités ethniques et religieuses de l'Iran.

Pezeshkian, dont les parents iraniens sont des Azéris et des Kurdes, est le premier président à ne pas être issu de la majorité farsi du pays ni des provinces industrielles farsiphones du centre de l'Iran.

Son avantage électoral a été renforcé par la mobilisation des Turcs iraniens ou des Azéris dans les provinces du nord-ouest de l'Azerbaïdjan oriental, de l'Azerbaïdjan occidental, de Zanjan et d'Ardebil. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a décrit le président élu comme un « Turc » et a exprimé l'espoir que ses racines ethniques et sa maîtrise de la langue turque renforceront les liens entre l'Iran et la Turquie.

Une tendance similaire a été observée dans les provinces majoritairement sunnites du Sistan-Balouchistan, du Golestan et du Kurdistan, où les origines kurdes de sa mère l'ont placé en tête dans les provinces kurdes d'Ilam et de Kermanshah.

Contrairement à ces régions qui ont favorisé Pezeshkian, des provinces comme Ispahan, Qom et plusieurs provinces du sud ont préféré Jalili. Le guide suprême Ali Khamenei et l'ancien président Ebrahim Raisi sont nés et ont grandi dans le Khorasan ; Rouhani et l'homme aux principes, Mahmoud Ahmadinejad, sont originaires de Semnan, et Khatami de Yazd. Le défunt président Akbar Hashemi Rafsanjani est né à Kerman.

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Transition et formation du cabinet

L'Iran est resté sans président pendant plus de sept semaines depuis la mort de M. Raisi, et le vice-président Mohammad Mokhber a administré le gouvernement, une tâche qui devrait se poursuivre pendant encore au moins quatre semaines.

Pezeshkian reste membre du parlement et doit démissionner de son siège avec l'approbation du Majlis avant de prêter serment. Le parlement iranien devrait débattre de cette démission à la fin du mois de juillet et, si elle est approuvée, M. Pezeshkian prêtera serment devant le Majlis et recevra son mandat de quatre ans des mains de l'ayatollah Khamenei.

Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il présidera le cabinet de M. Raisi, tandis que ce dernier présentera sa propre liste de ministres pour un vote de confiance, et le nouveau gouvernement devrait prendre ses fonctions en septembre.

Parmi ses premières tâches, le président iranien doit constituer une équipe de 40 hauts fonctionnaires, dont 19 ministres, un vice-président et 11 vice-présidents, couvrant des domaines tels que les affaires féminines et familiales, les affaires administratives, l'organisation de l'énergie atomique et l'organisation du budget et de la planification.

En outre, le président doit nommer un chef de cabinet, un chef du bureau présidentiel, un porte-parole, un secrétaire et plusieurs assistants.

La constitution iranienne exige l'approbation du Guide suprême pour quatre ministres clés: la Défense, le Renseignement, l'Intérieur et les Affaires étrangères. Toutefois, les présidents tiennent souvent compte de l'avis du Guide suprême pour d'autres ministères, tels que l'éducation, la culture et l'orientation islamique, ainsi que la science, la recherche et la technologie.

Les femmes dans l'administration Pezeshkian

Dans les cercles politiques iraniens, les ayatollahs de haut rang de la ville sainte de Qom sont considérés comme le principal obstacle à l'accession des femmes à des postes ministériels.

Toutefois, à contre-courant de la tendance, l'ancien président Ahmadinejad a nommé plusieurs femmes députées et a même choisi une femme ministre. En 2009, le Dr Marzieyh Vahid-Dastjerdi, gynécologue, est devenue la première femme de l'après-révolution à diriger un ministère. Cependant, des désaccords avec Ahmadinejad ont conduit à son licenciement trois ans plus tard.

Son successeur, le réformateur Rouhani, n'a nommé aucune femme ministre. En revanche, il a choisi deux adjointes pour les affaires familiales et féminines, une adjointe pour les affaires juridiques et une troisième femme en tant qu'assistante pour les droits de citoyenneté.

Raisi n'a pas non plus nommé de femme ministre pendant sa courte présidence. Il a toutefois nommé une femme vice-présidente chargée de la famille et des affaires féminines et une assistante chargée des droits de l'homme et des libertés sociales.

Pour compenser l'absence de femmes ministres, M. Raisi a ordonné à ses ministres d'employer davantage de femmes à des postes de direction, ce qui a permis à 25,2% des postes de cadres supérieurs et moyens d'être occupés par des femmes.

Le président élu Pezeshkian n'a pas mentionné de femmes dans son cabinet, et il reste donc à voir combien de postes ministériels il offrira aux femmes. Une chose est sûre: le nombre de femmes ministres dans son prochain cabinet sera un test décisif de sa sincérité sur les questions relatives aux femmes, telles que le hijab islamique ou la police des mœurs, qui ont été abordées lors des débats présidentiels.

Nouveau président, nouvelle politique étrangère ?

Pendant sa campagne, M. Pezeshkian a exprimé sa volonté de redresser la politique étrangère de l'Iran, de revoir les relations avec la Russie et de rétablir les liens avec les États-Unis. Il a même accusé ses rivaux conservateurs d'entraver les efforts visant à résoudre l'impasse nucléaire entre l'Iran et l'Occident.

Ses commentaires ont été immédiatement répliqués par M. Khamenei, qui a reproché à certains hommes politiques de « penser que tous les chemins mènent aux États-Unis, comme si l'Iran ne pouvait pas progresser sans s'accrocher à telle ou telle puissance ».

Talal Mohammad, spécialiste des études sur le Moyen-Orient basé à Londres, ne s'attend pas à ce que le statu quo change beaucoup, surtout dans un avenir immédiat. Il déclare à The Cradle:

Le président élu n'a pas le pouvoir d'entamer des pourparlers avec l'Occident. Même s'il recevait un mandat - ce qui est peu probable - il aurait des difficultés à répondre aux exigences des [pays] P5+1, en particulier celles des États-Unis.

Selon Mohammad, un autre casse-tête pour le gouvernement Pezeshkian est l'imminence de la présidence américaine de Donald Trump et le retour de sa « politique de pression maximale » à l'endroit de Téhéran.

En cas de retour de Trump, nous pourrions assister à un renversement de la dynamique Rouhani-Trump. Trump est connu pour ses affinités avec des dirigeants forts et autoritaires tels que Poutine et Xi, et son approche tend à favoriser le pouvoir et la pression. Un président modéré avec une position plus conciliante, comme Pezeshkian, serait probablement confronté à une plus grande pression et à des demandes de concessions de la part de l'Iran.

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Avec d'importantes clauses d'extinction expirant bientôt puis en janvier 2026, y compris le mécanisme dit de « snapback », Mohammad prédit « une pression excessive de la part de Trump contre une administration iranienne qui préfère le pragmatisme à la réciprocité de la ligne dure ».

Keyhan Barzegar, professeur de sciences politiques basé à Téhéran, nuance en disant que si le Conseil suprême de sécurité nationale (CSN) et Khamenei déterminent l'orientation de la politique étrangère de l'Iran, le président conserve une certaine marge de manœuvre dans ce domaine, tout comme Rouhani l'a fait lors des négociations nucléaires de 2015 :

Le président peut influencer la manière dont les négociations sont menées entre l'Iran et ses partenaires régionaux ou internationaux. M. Pezeshkian doit donc trouver un terrain d'entente entre les politiques définies par le CSNU et la méthode utilisée par son gouvernement pour les mettre en œuvre.

Selon M. Barzegar, « l'Iran est aujourd'hui confronté à de grandes puissances qui soit exigent un prix élevé pour le transfert de technologies ou l'investissement en Iran, soit cherchent à obtenir une concession de la part de l'Iran pour lever les sanctions ». En outre, il conseille à M. Pezeshkian d'accroître l'importance stratégique de l'Iran dans la région de l'Asie occidentale en prônant une politique de « stabilité régionale » susceptible de galvaniser rapidement un large soutien mondial :

De cette manière, les puissances orientales et occidentales comprendraient l'importance stratégique de l'Iran et cette compréhension conduirait à un assouplissement des sanctions ou à une augmentation des investissements étrangers.

Dans son message post-électoral, M. Khamenei a conseillé à M. Pezeshkian de « placer sa confiance en Dieu et de viser des horizons élevés, en suivant la voie du martyr Raisi ».

Compte tenu de la position du guide suprême, et bien que l'ancien ministre des affaires étrangères Javad Zarif soit à ses côtés pour indiquer au monde et aux électeurs nationaux ses intentions diplomatiques, M. Pezeshkian comprend très certainement que son gouvernement aura une marge de manœuvre limitée sur la scène internationale. Il est donc probable qu'il suivra la politique étrangère définie par l'État et non celle préconisée par son conseiller réputé.

Source : https://thecradle.co/

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/07/21/ce-que-le-nouveau-president-reformateur-de-l-iran-signifie-pour-la-politiqu.html

vendredi 3 mai 2024

Pourquoi la Grande-Bretagne et l’URSS ont envahi l’Iran alors que les nazis approchaient de Moscou

  

par Boris Egorov 
 
Les troupes soviétiques et britanniques ne se sont pas réunies pour la première fois à Wismar en mai 1945, comme la plupart des gens le croient. En 1941, les pays alliés ont envahi conjointement et divisé l’Iran.

Durant le catastrophique été 1941, la Wehrmacht a occupé la majeure partie de la région balte, la Biélorussie, la moitié de l’Ukraine, s’est approchée de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) et menaçait Moscou. De manière surprenante, malgré la menace pesant sur la Russie, les dirigeants soviétiques ont décidé d’ouvrir un nouveau front à des milliers de kilomètres de l’Europe, contre l’Iran.

L’Iran provoquait de grandes inquiétudes chez les Alliés. En dépit de sa neutralité proclamée, le pays avait adopté des positions pro-allemandes marquées. Le Troisième Reich avait une influence colossale sur la politique et l’économie iranienne, et une vaste opération de renseignement allemand était en cours dans le pays. Tous les efforts britanniques et soviétiques visant à expulser les nombreux citoyens allemands ont été rejetés par le dirigeant iranien Reza Shah Pahlavi.

Dmitry Minsker/Sputnik

Une telle situation était inacceptable, en particulier parce qu’une importante voie de prêt-bail traversait le territoire iranien, via le soi-disant Corridor perse. Pour exclure toute chance que l’Iran puisse soutenir – ou pire – rejoindre l’effort de guerre de l’Axe, les Alliés ont décidé de prendre le pays sous leur contrôle jusqu’à la fin de la guerre. Le 25 août 1941, les troupes soviétiques et britanniques ont lancé une intervention conjointe du pays, baptisée opération Countenance.

L’Union Soviétique a trouvé un motif légal pour l’intervention et n’a pas déclaré la guerre à l’Iran. Le pays se référait au traité russo-persan de 1921, dans lequel il était dit : « Si une tierce partie souhaite utiliser le territoire persan comme base d’opérations contre la Russie, la Russie aura le droit d’avancer ses troupes dans l’intérieur de la Perse afin de mener à bien les opérations militaires nécessaires à sa défense ».

L’intervention surprise des Soviétiques et des Britanniques avec des troupes de débarquement à l’arrière de l’ennemi et la domination absolue de l’aviation alliée dans les cieux ne laissaient que peu de chances à l’armée iranienne, en infériorité numérique. Cherchant à résister durant les premiers jours, les Iraniens ont fini par réaliser des vols chaotiques et se sont rendus en masse.

Voyant son armée subir des défaites sur tous les fronts, les dirigeants iraniens ont ordonné à leurs troupes de déposer les armes le 29 août. Le lendemain, les troupes britanniques et soviétiques se sont rencontrées à Sanandaj. Le 31 août, elles se sont serré la main à Qazvin, à seulement 160 kilomètres de Téhéran.

Le 15 septembre, les troupes alliées sont entrées dans Téhéran où elles ont organisé un défilé militaire commun. La campagne a fait 40 morts côté soviétique et 22 côté britannique. Les Iraniens ont perdu plus de 800 soldats et 200 civils ont été tués lors des bombardements de villes iraniennes par les Alliés.

Les troupes soviétiques ont occupé le nord du pays, les Britanniques ses parties sud et sud-ouest, et l’Iran a reçu un nouveau chef. Reza Shah Pahlavi a abdiqué en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi, sous la direction duquel le pays a déclaré la guerre à l’Allemagne. Cela a permis le bon fonctionnement du Corridor perse et, plus tard, l’organisation de la conférence des dirigeants alliés à Téhéran en 1943.

Il a été décidé que les Alliés quitteraient l’Iran six mois après la fin de la guerre. Et tandis que la Grande-Bretagne évacuait ses troupes à temps, les Soviétiques n’étaient pas aussi pressés. Staline a organisé la création de plusieurs États fantoches – la République populaire d’Azerbaïdjan et la République kurde de Mahabad, dans le nord de l’Iran, dans le but de les unir à l’URSS ultérieurement.

Cette initiative a provoqué une réaction diplomatique massive de la part de l’Occident et de l’ONU, qui ont contraint finalement l’Union Soviétique à se replier et à abandonner les États fantoches à leur sort. Rapidement, l’armée iranienne a repris le contrôle des territoires du nord du pays.

source:https://fr.rbth.com/histoire/83412-grande-bretagne-urss-iran-operation-countenance

https://reseauinternational.net/pourquoi-la-grande-bretagne-et-lurss-ont-envahi-liran-alors-que-les-nazis-approchaient-de-moscou/

dimanche 10 septembre 2023

Reconnaitre l’Iran

 

Reconnaitre l'Iran

Voilà bien le type même d’essai historique qui vous met mal à l’aise, vous fait monter au front le rouge de la honte : Les grandes figures de l’Iran  mettent en scène treize figures majeures d’un peuple héritier en filiation directe de l’antique Perse. L’Iran procède d’une histoire étirée sur 35 siècles au moins. Qu’en savons-nous en France ? Très peu de choses. Il y a bien, aux origines, Zarathoustra (mais très recomposé et déformé par Nietzche), Cyrus le Grand, Darius et Xerxès Ier, les deux vaincus de Marathon et Salamine, des faits d’armes exaltés par les Grecs mais secondaires aux yeux des Perses.

Et puis, après, un vide immense, peut-être Shah Abbas, contemporain d’Henri IV et Louis XIII… Dans le contexte de la guerre froide, Mossadegh, le pourfendeur nationaliste des géants pétroliers venus exploiter le pétrole iranien…, le dernier shah, Mohamed Réza Pahlavi qu’un ayatollah couvé par la France, Khomeyni, renverse pour fonder une république théocratique, tout juste retournée, en 2015, dans le jeu international.

Des miettes d’histoire donc et d’immenses solutions de continuité qui mettent à mal l’intelligence d’un « continuum » faisant de l’espace iranien un flux inscrit dans un « temps long » du double de la France ! Comment remédier à notre ignorance ? En lisant de bons auteurs. Houchang Nahavandi a été recteur des universités de Shivaz et Téhéran, Yves Bonati, diplômé de l’Ecole pratique des hautes études, est spécialiste d’histoire des religions du Proche-Orient. Deux universitaires donc mais à la démarche parfaitement pédagogique, livrant un travail accessible à tous, ou presque. Ajouter à cela des qualités d’exposition et d’écriture (Nahavandi écrit en français) qui rendent leur suite de figures mémorables passionnante.

Impossible, ici, de les reprendre toutes, juste quelques étapes.

– Zarathoustra qui écrit ses « Ghates », ses hymnes sacrés, autour du 15° siècle avant notre ère. Il est le Zoroastre des Grecs. Sa méditation sur les principes permettant d’accéder au bonheur sera proscrite par le deuxième calife, Omar ibn al Khattâb mais elle survivra, plus ou moins souterraine. Le dieu unique Ahura Mazda qui cumule les principes mâle et femelle vient avant les religions du Livre et les perfuse.

– Cyrus le Grand (559-530 av. J.-C.) fut non seulement un conquérant mais aussi un législateur. Ce qu’on appelle le « cylindre de Cyrus » (une inscription d’argile qui consigne, dans la gloire, sa vie) peut être reconnu comme la première des déclarations des droits de l’homme. Cyrus garantit la liberté et la sécurité de tous, il affranchit les peuples réduits en esclavage.

– Une démarche organisatrice et régulatrice que l’on retrouve chez Mithridate Ier, sixième roi de la dynastie des Arsacides qui s’imposa pendant un demi-millénaire, de 250 avant notre ère à 224. Il met en place des organes représentatifs pouvant légiférer. Selon les auteurs, Mithridate anticipe sur la Grande Charte imposée à Jean Sans Terre en 1215.

– Chapour Ier le Sassanide (200-272) fut le vainqueur du Romain Valérien à Carrhes en 259. Mais il est aussi celui qui fait traduire en pahlavi (ancien persan) les grands textes grecs, latins et bouddhistes. Il réunit à  Ctésiphon, sa capitale, des érudits de toutes origines et fonde une académie.

A l’aube du deuxième millénaire, les auteurs insistent sur la figure de Ferdowsi (930-1020), immense poète qui délecta Heine et Lamartine. De lui :

« Les édifices les mieux construits se désagrègent
Sous l’action de la pluie et de l’ardent soleil
Mais sur le monument que mes vers ont bâti
Ni le vent ni la pluie n’auront de prise… »

– Son contemporain Avicienne (980-1037) a été salué comme le prince des savants. Un musulman éclairé, sans tabous ni interdits sexuels, mettant en marche une médecine expérimentale et préventive, un millénaire avant Claude Bernard !

Poursuivons, trop vite, avec Ismaïl Ier (1487-1527) le « shah aux yeux bleus », monarque de droit divin, maître d’un empire de trois millions de km2. Ennemi des Turcs ottomans qu’il endigue un temps. L’imposition du chi’isme comme religion d’Etat n’est pas « un caprice royal » mais une manière de réunir tous ses sujets « sous une même bannière, en creusant un fossé irréversible avec les peuples voisins».

– A Shah Abbas (1571-1628), le grand Safavide, revient le mérite d’avoir donné aux Iraniens Ispahan, « la moitié du monde », ses joyaux, le « Meidan-è-shah », la place royale, la mosquée royale…

Le déclin iranien vient ensuite. Un état décadent qui fait du pays une proie facile pour les puissances coloniales. Pour leur résister, un grand ministre réformateur, Amir Kabir (1802-1852) qui se met à l’école de l’Europe. Son échec est resté dans toutes les mémoires et il survit dans l’esprit de Réza Shah (déposé par les Anglo-Américains et les Russes en 1941) et dans celui de son fils, le dernier Shah.

Pour conclure, Bomati et Nahavandi insistent sur la spécificité iranienne, cette « iranité » qui a toujours su résister aux agressions extérieures. Le plus grand défi aujourd’hui est d’affronter le monde ouvert à tous les caprices et méfaits de la mondialisation. Retour aux sources et modernité doivent se conjuguer et redonner sa place à un pays de vieille culture, si proche de l’Europe puisque procédant de la même matrice indo-européenne.

Jean Heurtin 

Les grandes figures de l’Iran, Houchang Nahavandi et Yves Bomati, Perrin

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/01/05/37170/reconnaitre-iran/

mercredi 5 avril 2023

Guerrier de la Paix (Alexandre Goodarzy) : le témoignage d’un ex-otage engagé auprès des chrétiens d’Orient

 

Alexandre Goodarzy, chrétien d’origine iranienne, professeur d’histoire-géo, parcourt depuis une vingtaine d’années les pays du Proche-Orient et de l’Asie centrale. Il a vécu de 2015 à 2020 en Syrie. Il est aujourd’hui directeur adjoint des Opérations et responsable Développement chez SOS Chrétiens d’Orient.

Ce livre est le témoignage poignant du kidnapping dont il fut victime avec trois autres membres de l’ONG SOS Chrétiens d’Orient le 20 janvier 2020 à Bagdad.

Mais ce livre est loin de se résumer à un récit d’otage. L’auteur en profite pour nous expliquer le cheminement qui l’a conduit à se dévouer aux Chrétiens d’Orient après un bref passage par l’Education nationale. Alexandre Goodarzy clarifie surtout les piètres explications données par les médias mainstream concernant la situation brûlante au Proche-Orient, les vastes et complexes implications géopolitiques de la guerre en Syrie, ainsi que les méandres des organisations djihadistes sur place avec lesquelles nos gouvernements successifs entretiennent des relations équivoques.

Guerrier de la Paix, Alexandre Goodarzy, éditions du Rocher, 333 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/guerrier-de-la-paix-alexandre-goodarzy-le-temoignage-dun-ex-otage-engage-aupres-des-chretiens-dorient/141484/

dimanche 24 juillet 2022

L’hystérisation du débat contre l’Iran

 

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On connait l’efficacité des Américains quand ils se mettent à jouer les gendarmes du monde. Depuis 1945, ils ont redessiné la carte du monde semant le chaos partout où ils sont passés : Vietnam, Afghanistan, Irak et même en Europe où sans aucun mandat de l’ONU ou de l’Otan, ils ont bombardé la Serbie. Sous la pression d’Israël, ils ont désormais dans leur ligne de tir l’Iran, pays sur lequel ils ont déclaré un embargo. Mais ces derniers, qui ne sont pas des Arabes mais des Perses, résistent et se dotent de l’arme nucléaire. Si d’aventure les USA déclaraient la guerre à l’Iran, avec la bénédiction d’Israël, cela va sans dire, alors le monde basculerait dans le chaos total.

Le Nouvel Economiste a tenté de faire le point sur le sujet

Lire ICI

http://synthesenationale.hautetfort.com/

samedi 19 février 2022

L'héritage indo-européen en Iran 4/4

 

persepolis

Jusqu'à l'islamisation, la répartition en fonctions modela la société iranienne. Cependant, celles-ci étaient au nombre de quatre. Ainsi, sous les Sassanides, au VIe siècle précisément, soit un siècle avant l'islamisation, outre les prêtres et les guerriers qui constituaient les deux premières fonctions, les scribes, les écrivains, poètes, comptables, biographes, médecins, astrologues, formaient la troisième fonction. La quatrième fonction étaient notamment composée des marchands, des cultivateurs, des négociants et de tous ceux qui n'entraient pas dans les trois autres fonctions. Un texte de cette époque affirme : « Cette répartition des hommes en quatre classes est pour le monde une garantie durable de bon ordre. »

Avec l'islamisation, une transformation s'opère. L'idéologie tripartite disparaît peu à peu. Peut-être a-t-elle survécu plus ou moins longtemps dans les faits ? Sans doute, mais il est difficile de répondre avec exactitude dans quelle mesure. Elle était encore connue quelques siècles après l'islamisation, mais comme modèle de société lié à l'Iran pré-islamique et mazdéen. 

III. Le cœur et le carrefour de l'Eurasie

Par sa situation géographique, l'Iran est le cœur et le carrefour de l'Eurasie. Le plateau iranien est un pont entre les pays du Proche-Orient et l'Inde ; mais aussi entre le Proche-Orient et l'Extrême-Orient ; ainsi qu'entre l'Extrême-Orient et l'Occident, notamment par le biais de la célèbre route de la soie par où sont passées aussi bien des marchandises que des doctrines religieuses.

L'Iran ne s'est pas contenté de recevoir mais a autant donné, sinon plus. Son influence fut principalement religieuse et philosophique, culturelle et artistique.

Commençons par l'Occident, plus précisément par la Grèce. Pythagore aurait été initié par un Zoroastrien selon des auteurs antiques. On retrouve dans l’œuvre de Platon plusieurs thèmes iraniens. Signalons que Platon connaissait des écrits mazdéens. À la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand, toute la littérature traitant des doctrines iraniennes et de Zoroastre vit le jour. Autre legs iranien à l'Occident : le culte de Mithra. Citons encore le catharisme, lointain rejeton du manichéisme.

Continuons par le Proche-Orient. De nombreux auteurs ont relevé une influence iranienne dans la tradition hébraïque, notamment à partir de l'exil à Babylone, soit à partir du VIe siècle avant notre ère. L'apport iranien s'est fait sentir dans l'eschatologie, l'importance croissante des anges, la soudaine réprobation de Yahvé vis-à-vis des sacrifices d'animaux, thème important de la réforme zoroastrienne, mais aussi sans doute sur la conception monothéiste. Yahvé, dieu d'abord tribal, devient peu à peu le dieu universel des chrétiens. Il est significatif que Cyrus le Grand est le seul souverain non-juif appelé “Oint” dans la Bible par Isaïe (451), titre prestigieux jusqu'alors réservé aux rois d'Israël. Cette influence se révèle également dans les tentatives de récupération de Zarathustra par les Hébreux. Celui-ci fut tour à tour identifié à Ézéchiel, à Nemrod ou encore à Baruch.

L'influence iranienne est également présente dans les Évangiles en plus de celle véhiculée par le judaïsme. Les similitudes sont nombreuses dans l'enseignement sur l'eschatologie, le paradis et la fin des temps qui, comme dans le mazdéisme, voit la venue d'un sauveur et une rénovation du monde. Remarquons aussi la fréquente évocation de la lumière dans l'Évangile de Jean. Enfin, comment ne pas mentionner la mystérieuse présence, qui a tant intrigué les chrétiens, de trois mages, c'est-à-dire de prêtres mèdes, donc iraniens, venus saluer Jésus peu après sa naissance.

Mazdéisme et zoroastrisme dans l'islam

L'islam, dès le commencement, reçut une influence iranienne non négligeable. Le Coran contient des images et des traits que l'on retrouve dans des textes mazdéens antérieurs à la prédication de Mohamet. Celui-ci connaissait le mazdéisme. Il aurait dit : « Ne tenez jamais de propos irrévérencieux contre Zoroastre, car Zoroastre fut en Iran un envoyé du Seigneur très aimant ». Il a accordé un statut égal à celui des chrétiens et des juifs à la communauté zoroastrienne du Yémen. En effet, depuis 571, le sud de la péninsule arabique était une province de l'empire sassanide. L'un des proches compagnons du prophète de l'islam était iranien : il s'agit de Salman, surnommé le “pur”. Signalons aussi qu'un petit-fils de Mohamet, Hussein, qui est le troisième Imâm des Shî'ites, aurait épousé une fille du dernier roi sassanide. Ainsi, ne serait-ce que par ce mariage, le shî'isme prend le relais de l'ancien Iran. Mais l'influence iranienne dans le monde musulman se fait surtout sentir à partir de l'avènement du califat abbasside au milieu du VIIIe siècle. Les Abbassides furent portés au pouvoir par une révolte iranienne. Puis, ils s'entourèrent d'une élite militaire, politique, culturelle et artistique iranienne. Ainsi, plusieurs caractéristiques de l'architecture sassanide se retrouvent dans l'architecture abbasside.

Les influences iraniennes en Chine

Terminons ce très rapide tour d'horizon par l'influence iranienne en Chine. Au début de notre ère, il y avait des échanges commerciaux suivis entre l'Iran et la Chine. Ainsi, les Chinois appréciaient beaucoup le fard iranien pour les sourcils. Il y eut une influence religieuse par le biais du manichéisme qui, à la suite de persécutions en Iran, s'est développé dans le Turkestan chinois. Des branches du bouddhisme ont reçu des apports iraniens, nous pensons notamment à la doctrine bouddhique de la “Terre pure”. Il y avait également quelques temples mazdéens en Chine, comme à Canton, mais ils devaient être fréquentés presque uniquement par les marchands iraniens. L'influence artistique fut sensible lors de l'exil des derniers Sassanides à la cour de l'empereur de Chine. On assiste alors à une floraison de motifs iraniens dans les broderies, les divers tissus, le mobilier, la vaisselle, la poterie, l'art statuaire, etc. Certains ont même parlé d'un art irano-chinois. Notons enfin que par l'intermédiaire de la Chine, l'art iranien s'est étendu jusqu'au Japon.

Conclusion

En conclusion, nous espérons que ces quelques aperçus ont suffit à vous faire comprendre la place éminente et originale du monde iranien en Eurasie. Ce rameau indo-européen s'est avéré, jusqu'à aujourd'hui, extrêmement fécond. Sans doute parce que, comme nous l'avons souligné dans l'introduction, il a conservé sa mémoire. Encore aujourd'hui, Le Livre des rois [Shâh-Nâme] de Firdousi [ou Ferdowsi, 940-1020], vaste épopée qui narre l'histoire mythique de l'ancien Iran, est toujours la première référence littéraire en Iran. Les légendes et les textes sacrés de l'ancien Iran affirment que l'Iran est au centre du monde. Sauf d'un point de vue symbolique, nous n'irons pas jusque là. Cependant, incontestablement, l'Iran a été et reste un des centres culturels, religieux et parfois même politique, du monde.

Christophe Levalois, Vouloir n° 59-60, 1989.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/95

vendredi 18 février 2022

L'héritage indo-européen en Iran 3/4

 persepolis

La réforme zoroastrienne

Nous allons maintenant aborder quatre points essentiels de la réforme zoroastrienne.

• 1) Elle se signale par une forte tendance monothéiste. Ahura Mazda est un dieu créateur et omniscient. Les autres divinités n'existent que par lui.

• 2) Le dualisme. Au-dessous d'Ahura Mazda deux esprits jumeaux s'affrontent. L'un est Spenta Mainyu, c'est-à-dire “Saint Esprit” ; l'autre Ahra Mainyu, c'est-à-dire “Mauvais Esprit”, par la suite il sera appelé Ahriman. Tout deux se combattent pour la domination du monde, tandis qu'Ahura Mazda demeure au-delà de notre monde dans le Garotman, la “Maison des chants”, aussi appelé “Lumière infinie”, paradis où se rendent les âmes des justes après leur mort terrestre. Les mazdéens désignent souvent notre monde par l'expression “monde du mélange”. En effet, il est situé à mi-chemin de la “Ténèbre infinie” d'une part et de la “Lumière infinie” de l'autre. La lutte entre les deux esprits a commencé avec la création. C'est pourquoi la vie est conçue comme un choix, entre la lumière et les ténèbres, et comme un combat. Il y a les divinités lumineuses d'un côté, les démons issus des ténèbres de l'autre. Le zoroastrisme a éliminé les dieux qui, comme Vayu dans le panthéon indo-iranien, possèdent une double personnalité, constructrice et destructrice, lumineuse et démoniaque. Toutefois, répétons-le, dans le zoroastrisme, Ahura Mazda est au-dessus de ce dualisme [5], ce qui n'est pas le cas dans le manichéisme [6].

• 3) Six divinités [parfois appelés “archanges”, auxquels se rajoute l'Esprit Saint, Spenta Mainyu] accompagnent Ahura Mazda. Ce sont les Amesha Spenta, ce que l'on traduit par “Saints Immortels” ou par “Immortels Bienfaisants” [7]. Georges Dumézil a montré que ces six divinités sont issues de l'idéologie tripartie car on peut les classer selon la tripartition propre aux Indo-Européens. Les Saints Immortels sont autant d'aspects d’Ahura Mazda. Zarathushtra et ses continuateurs ont donc intégré la tripartition dans un monothéisme. Le mazdéisme zoroastrien évolua vers un compromis entre le polythéisme, qui demeure vivace, et le monothéisme. On peut parler, à son égard, d'hénothéisme, c'est-à-dire que les différentes divinités sont autant d'aspects d'un dieu suprême et absolu et qu'au-delà de la multiplicité propre à notre monde, il existe une unité surtout supra-terrestre. En effet, ainsi que nous l'avons remarqué, Ahura Mazda n'intervient pas lui-même dans notre monde, mais, en quelque sorte, il délègue des entités divines pour ce combat.

Moralisation de la religion et eschatologie

• 4) La moralisation de la religion et l'affirmation d'une eschatologie (ce qui se rapporte aux fins dernières : la fin de la vie humaine, la fin des temps) concernant l'homme et le monde. Dans notre monde, et dans l'homme, s'affrontent, selon le zoroastrisme, des dieux bons et d'autres mauvais qui sont souvent les correspondants négatifs des bons. Dès lors, il existe, selon une expression typiquement mazdéenne, des “bonnes paroles”, des “bonnes actions” ; mais aussi, à l'inverse, des “mauvaises pensées”, des “mauvaises paroles”, des “mauvaises actions”. Entre elles, l'homme choisit son camp. Il acquiert ainsi, par la liberté de son choix, une importance qu'il n'avait sans doute pas auparavant. Il se trouve en position centrale dans le “combat cosmique”. Ainsi que le dit un texte mazdéen : « Le chef du combat, c'est l'homme ». Conséquence logique de cette “humanisation” de la religion : le zoroastrisme insiste sur le destin de l'homme après la mort. Cette lutte gigantesque entre la lumière et les ténèbres a une fin : la rénovation du monde, aussi appelée transfiguration. Zarathushtra annonce la venue d'un sauveur qui sera nommé par la suite Saoshyant, ce qui signifie “prospérera”. Notons qu'un autre de ses noms veut dire “Ordre incarné”. Ce thème, qui se développera beaucoup après Zarathushtra, est comparable à celui relatif à Kalki, dans la tradition hindoue, dixième avatâra de Vishnou, qui doit restaurer l'ordre et la loi traditionnels à la fin de notre cycle.

De Zarathushtra à l'iranisation de l'islam

La postérité de Zarathushtra a largement dépassé le zoroastrisme. Ainsi, si le mazdéisme a reculé devant l'islam, il a, dans le même temps, influencé l'islam iranien. Cette question a été magistralement étudiée par Henry Corbin et nous ne pouvons que recommander son œuvre admirable à ceux qui désirent l'approfondir. C'est dans le shi'îsme que les convergences sont les plus nombreuses. Par ex., le thème du Saoshyant, descendant de Zarathushtra, se retrouve dans les croyances relatives au XIIe Imâm, l'Imâm caché, descendant de Mahomet, qui doit revenir à la fin des temps pour restaurer la loi. La meilleure illustration d'une iranisation d'une partie de la communauté islamique est donnée par Shihâboddîn Yahyâ Sohravardî, mystique musulman iranien du XIIe siècle. On l'appela, à juste titre, le “résurrecteur de la théosophie de l'ancienne Perse”. En effet, il se voulait héritier de la sagesse de l'ancien Iran, de Zarathushtra et de Platon, tout en restant au sein de l'islam. Entendons-nous bien, il évoque un héritage métaphysique et non culturel ou social. Son œuvre est une véritable métaphysique de la lumière. Elle témoigne d'une quête intérieure poussée très loin. Sohravardî estimait que les sages de l'ancien Iran avait mené la même quête et que certains étaient parvenus à l'illumination. Il se proclamait leur successeur. Il est le chef de file d'un courant qui s'est perpétué jusqu'à nos jours.

L'idéologie tripartite en Iran

La tripartition est présente dans les textes sacrés. L'Avesta indique que la société est divisée en trois castes, les prêtres, les guerriers, les paysans, auxquelles s'ajoute parfois une quatrième caste : les artisans.

Voyons maintenant deux manifestations singulières de l'idéologie tripartite en Iran.

L'historien grec Hérodote (Histoires, VII, 54) signale un sacrifice tripartite accompli par Xerxès, roi achéménide du début du Ve siècle avant notre ère. Celui-ci, après des prières et des libations, jeta dans la mer trois objets : une coupe, symbole de la première fonction ; un cratère en or, vase de grande contenance, qui figure sans doute la prospérité et la richesse matérielle, donc la troisième fonction, et un glaive, objet représentatif de la deuxième fonction.

Une autre manifestation singulière de l'idéologie tripartite en Iran est fournie par trois feux particuliers : un est réservé aux prêtres, un aux guerriers, l'autre aux paysans. Ils étaient situés dans différents temples. Les rois parthes et sassanides, après leur couronnement, se rendaient en pèlerinage au feu des guerriers situé en Azerbaïdjan.

À suivre