dimanche 8 juin 2008

LES HOMMES POLITIQUES N'ONT PAS ETE TOUS DES PLANQUES

Quand ils faisaient la guerre ...
Ils, ce sont ceux qui, depuis plusieurs décennies, et sous la plupart des régimes qui se sont succédé, ont tenu le devant de la scène politique ou ont, tout au moins, participé à la vie publique du pays. Tous, à un moment ou à un autre de leur existence, ont été amenés à faire l'expérience de la guerre. Quelle qu'ait été la forme de leur combat, au grand jour ou dans l'ombre, tous ont été profondément marqués et bien souvent meurtris. Dans son ouvrage paru aux éditions Plon, Sophie Huet dresse le portrait de certains d'entre eux. En voici quelques extraits, qui ne manqueront pas d'intéresser nos lecteurs.

Léo absent
Un qui ne figure pas dans la galerie de portraits de Sophie Huet, c'est l'actuel ministre de la Défense, le triste François Léotard. S'il fut un temps novice chez les Bénédictins, une foucade sans lendemain, il n'a jamais porté l'uniforme. Les garçons qui ont accompli leur « service national » dans la coopération sont sûrement bourrés de qualités, mais ils ignorent tout de l'armée et de la vie militaire. Ce qui, de toute évidence, les rend particulièrement aptes à assumer la plus haute fonction de la hiérarchie. Courteline pas mort!

Jean-Marie Le Pen : sa première expérience du maquis
Inutile de rappeler comment, après avoir été en Indochine de 1953 à 1955 comme officier de Légion, il s'engage à nouveau, alors qu'il est député de Paris, pour Suez et, dès son retour, pour l'Algérie. On connaît peut-être moins ses tentatives - un peu naïves, diront certains, mais qui dénotent déjà un exceptionnel caractère de combattant - pour rejoindre les maquis bretons alors qu'à peine âgé de seine ans, il ne lui était pas possible de s'engager officiellement. Son père, un marin pêcheur, était mort deux ans auparavant après que son bateau eut sauté sur une mine allemande.
« En me levant, je m'aperçois que mes vêtements ne sont plus là. C'est ma mère qui pour m'empêcher de partir, les a cachés. J'ai beau supplier, rien n'y fait et, la rage au cœur, je dois laisser mon copain partir seul. Mais, quatre ou cinq jours plus tard, je réussis mon départ avec un autre camarade, un peu plus âgé que moi » (moitié à pied, moitié en stop, ils se dirigent vers la région où le maquis est censé se trouver).
« Pendant la nuit, nous avons entendu des avions volant bas et, dès le matin, des bruits de tir dans la direction où nous allions. Toute la journée nous avons marché "au canon" à travers champs, chemins de terre et talus, guidés par le bruit de la bataille, n'ayant qu'une crainte, arriver trop tard. » (C'est pourtant ce qui arrivera).
« Nous croisons des petits groupes qui essaient de nous dissuader d'aller plus loin. On nous dit que c'est fini, mais nous nous sommes donné trop de mal pour abandonner comme cela, et il faudra que ce soit un officier para, dont je saurai plus tard que c'est Michel de Camaret, qui nous dise :
« C'est fini, la bataille est terminée, on se replie, il faut partir, retourner chez vous très vite, car vous risquez d'être pris ».
(De fait, ils n'y échapperont que de peu).
« Les Allemands sont en alerte générale et sillonnent tous les axes. Plus redoutables encore, les patrouilles de Russes à cheval que l'on appelait les "Géorgiens". Ceux-ci, espèces de harkis de l'armée allemande, étaient d'anciens prisonniers de l'Armée Rouge, aux ordres du général Vlassov, général soviétique pris à Stalingrad, et rallié à l'Allemagne. » (Détail particulièrement intéressant, car, pratiquement, personne n'a jamais parlé d'eux). « Ils étaient chargés en Bretagne de la lutte anti-maquis et jouissaient d'une réputation méritée de férocité ... »
(L'épilogue paraît assez logique).
« J'arrive à la maison, tout fier de moi. Ma mère me demande:
- D'où viens-tu ? J'étais morte d'angoisse.
Et je lui réponds:
- Je reviens du maquis.
« Là, j'ai eu ma première récompense, c'est-à-dire une giroflée magistrale, la dernière de ma vie. Ça a été ma croix de guerre "pour avoir fait l'imbécile". »
On comprend un peu la pauvre femme.

Beucler : prisonnier du Viet-Minh
L'homme qui a révélé le scandale Boudarel. Officier de carrière, il combat en Indochine dès 1949. Fait prisonnier en 1950, il connaît, durant près de quatre ans, l'horreur des camps vietminh.
« Nous étions soumis à des corvées de riz pour ravitailler le camp. Nous marchions pieds nus, car les chaussures nous avaient été enlevées à la première tentative d'évasion. Nous parcourions vingt-cinq à trente kilomètres, les pieds en sang dans les rizières, pataugeant dans la boue des diguettes, butant contre les pierres coupantes, et nous refaisions dans la même journée le trajet de retour avec un sac de riz de vingt kilos sur le dos. En réalité, Il y avait autant de charançons que de riz dans nos fardeaux. Ces insectes nous grimpaient dans le dos, les sangsues grimpaient le long de nos jambes, et, avec la sueur, le tout formait au niveau de la taille une bouillasse infâme ... En plus, nous n'avions droit qu'à un bol de riz par jour, sans graisse, sans sel, sans viande, et, là encore, rempli de charançons car nous n'avions rien pour laver le riz.
« Nous étions condamnés, sous la chaleur, à boire l'eau des rivières et, fatalement, nous attrapions des dysenteries ... Dans ce camp de cent personnes, il en meurt vingt-trois en moins d'un mois ... »

Alain Griotteray et Jean-Baptiste Biaggi : les missions du réseau Orion
Après une grave blessure en 1940 (on lui avait même donné la Légion d'honneur à titre posthume pour la lui enlever quand on s'est aperçu qu'il n'était pas mort ... et finalement la lui rendre quelque temps plus tard) et une très longue convalescence, Jean-Baptiste Biaggi décide de poursuivre le combat dans la Résistance. Il entre dans le réseau Orion dirigé par Alain Griotteray. Ce réseau avait été fondé par Emmanuel d'Astier de La Vigerie qui, dit Griotteray, « effectuait des missions en zone occupée et en zone interdite nord pour le compte du deuxième bureau de l'armée ... de Vichy, en liaison du reste avec les Britanniques. » Incroyable mais sans doute vrai : à cette époque, tout était possible.
Orion fut d'abord le prolongement en France d'une organisation mise sur pied par d'Astier en Afrique du Nord. Son rôle en France fut bientôt précisé : collecter des renseignements militaires et politiques et organiser des passages clandestins en Espagne, vers l'Afrique du Nord. Griotteray parle de Biaggi :
« Le héros couvert de gloire des combats de 1939-1940, Jean-Baptiste Biaggi, nous ouvrait des portes dans cette capitale du roi de Bourges (Vichy) auprès des militaires qui rêvaient d'une revanche de la France. Car, on l'a oublié, en ces temps-la, à Vichy, les militaires étaient anti-allemands ... »
Biaggi est arrêté à Paris par la Gestapo. Avec quarante-cinq de ses codétenus, il réussit à s'évader du train qui les emmène vers les camps de la mort.
« La consigne était de sauter quand le train était à pleine vitesse. Pourquoi ? Parce que les gardiens profitaient des trajets pour dormir alors que, le train étant à l'arrêt, ils reprenaient leurs inspections, de wagon en wagon ... Comme le train roulait vite, j'ai été projeté vers le chemin de halage ... Grâce au Ciel, je m'étais bien emmitouflé, je n'ai pas été blessé. Nous avons été quarante-cinq à sauter du train et, par chance, les Allemands ne s'en sont aperçus qu'à l'arrivée à Bar-le-Duc. »
Biaggi remonte à Paris où il retrouve Griotteray qui lui confie de nouvelles missions de renseignement. Ce sera ensuite la libération de Paris, puis la campagne des Vosges et l'entrée en Allemagne avec une nouvelle blessure à la clé.
P.L National Hebdo du 27 mai au 2 juin 1993

ALGÉRIE 1954-1955-Propagande antifrançaise et désinformation

La fin lamentable de l'expédition de Suez du fait des menaces soviéto-américaines n'est pas une catastrophe. Certes, il eût mieux valu ... ne pas y aller que de se ridiculiser, mais (dixit M. Guy Mollet) « Nasser, c'était Hitler! » donc il fallait l'abattre.
Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? Ne pouvait-on agir autrement ?
Dès le 1er novembre 1954, la France sait pourtant à quoi s'en tenir. C'est à la radio du Caire, chose peu connue, qu'est lue la proclamation d'indépendance de l'Algérie en synchronisation avec les tueries déclenchées le même jour en Algérie et dont les premiers morts seront un couple d'instituteurs et un musulman fidèle qui s'interposa entre eux et les assassins. C'est au Caire aussi que se rendra Ferhat Abbas par la suite. La capitale égyptienne est la plaque tournante de la propagande antifrançaise, et c'est là que l'on tourne des films montrant une prétendue « réalité algérienne ». Une caricature insane qui présente des colons à cheval, casque colonial sur la tête, cravache à la main, bastonnant des Algériens en guenilles attelés à des charrues, pendant que des « femmes françaises », portant ombrelles, applaudissent et rient à gorge déployée ... Voilà le genre d'actualités que les techniciens soviétiques, spécialistes de la manipulation des masses, font « fabriquer » aux propagandistes arabes, c'est déjà la méthode des enfants de Goebbels et du KGB.
Ces « actualités » projetées dans tout le Proche-Orient soulèvent bien entendu, l'indignation des foules illettrées et misérables. De son côté, Nasser, soutenant la cause algérienne, dont il se prétend l'avocat, prend déjà une figure de leader derrière lequel s'alignent tous les gouvernements de la Ligue arabe née, elle aussi au Caire, en mars 1945.
En France, le 12 novembre 1954, le président du Conseil, Pierre Mendès France, déclare devant l'Assemblée nationale: « L'Algérie est française.» Il n'y a donc pas de sécession concevable. Son ministre de l'Intérieur dans une envolée patriotique s'écrie : « L'Algérie c'est la France, trois mots définissent ma politique : volonté, fermeté, présence ! » Ce ministre c'est M. Mitterrand!
Déjà aussi en Algérie les syndicalistes américains « rôdent »
C'est juste l'année de l'insurrection qu'ils essaient de prendre en main les syndicats algériens. Drôles de syndicalistes d'ailleurs qui, certainement par philanthropie, se trouvent toujours depuis 1945 aux côtés des grandes sociétés pétrolières américaines, dans les conseils d'administration desquelles sont bien placés d'importants hommes politiques, donnés eux comme « amis de la France », mais qui, de la Syrie au Liban hier, à l'Algérie aujourd'hui sont totalement hostiles à la France et à sa présence au Proche-Orient puis en Afrique du Nord.
CIA et FLN
N'oublions pas qu'avec les Anglais ils ont joué, après la guerre, Bourguiba contre nous, alors que ce dernier avait été un agent zélé de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie.
A cette époque les liens entre les pouvoirs de Londres et de Washington, les services secrets dits « alliés » et les milieux d'affaires ne sont même plus à démontrer.
Forts de la caution antifrançaise de Roosevelt, lui aussi « grand ami de la France », les services américains ont souvent laissé faire des choses pas très belles par des « militaires » de haut rang représentant en fait les puissances financières d'outre-Atlantique.
Ce fut le cas en Indochine avec Ho Chi Minh, ce fut le cas dans tous les pays d'Afrique du Nord.
Roosevelt en personne rencontra d'ailleurs dans ce sens le sultan du Maroc Mohammed V en 1943 et Ferhat Abbas en 1945. Murphy, son représentant personnel pour l'Afrique du Nord, sera en contact avec tous les milieux antifrançais.
Il est prouvé aujourd'hui que la CIA a fourni de très importantes sommes au FLN naissant.
Il n'y a pas lieu de s'étonner mais il y a lieu de ne pas se cacher, que, pour des raisons idéologiques autant que mercantiles, les Américains ont œuvré avec constance contre la présence française en Asie et en Afrique.
Il faut bien dire aussi que ces manœuvres ont été grandement facilitées par l'occupation de l'Afrique du Nord à partir de novembre 1942, par les armées américaines.
Dès leur débarquement, les services américains s'empressèrent de poser des problèmes aux autorités françaises et de bloquer des rouages de notre administration qui fut ainsi elle-même mise en tutelle. On peut imaginer quelles conclusions allaient rapidement en tirer les indigènes. Notre prestige ne pouvait qu'en être légitimement anéanti.
Sans doute que pour les Etats-Unis les hommes du FLN ne pouvaient être que de braves gens puisque durant les deux premières années de « guerre », de fin 1954 à 1956, ils n'avaient jamais assassiné que 4 500 musulmans algériens soupçonnés de sympathie pour la France, et en avaient fait disparaître sans aucun jugement près de 3000 ...
Il n'y a pas qu'eux d'ailleurs, à cette époque, qui les trouvent fréquentables ... puisque M. Pineau rencontre Nasser - à qui sûrement il n'a rien à reprocher - et lui demande d'organiser une réunion avec le FLN. Chose, bien sûr, que les « frères » refusent. Ne viennent-ils pas de recevoir la visite de hauts fonctionnaires soviétiques qui leur assurent l'appui total de Moscou ?
Les Soviétiques déjà rient en sourdine. N'ont-ils pas fait faire un nouveau demi-tour à 1800 aux hommes du PCF ? Ceux-ci en 1945, membres du gouvernement ont condamné le soulèvement de Sétif, oeuvre de « provocateurs hitlériens », et M. Tillon, ministre communiste de l'Air fera donner l'aviation contre les villages d'où semble être partie l'émeute.
Pas tout à fait sur le même diapason, chose assez rare, Benoît Frachon, dirigeant de la CGT, déclare à la même époque: « La CGT aidera les populations nord-africaines à conquérir leur indépendance totale. »
Méthodes terroristes
Lorsque l'on peut juger d'une époque avec du recul et savoir donc, pour l'avoir vécue, en avoir été un témoin actif, ce que furent les événements dramatiques des années suivantes, il faut bien relire à deux fois les déclarations de certains hommes politiques « de gauche » ou « gaullistes » pour en croire ses yeux.
« Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. Les départements d'Algérie font partie de la République. Ils sont français depuis longtemps. Entre la population algérienne et la métropole, il n'est pas de sécession concevable. Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. »
Déjà pourtant les hommes du FLN emploient les méthodes de terrorisme lénino-marxiste.
La population musulmane dans son ensemble demande à la France des aménagements à son statut, mais ne veut ni la guerre, ni la séparation. Alors il faut creuser le fossé entre les communautés et c'est le chef rebelle du Nord Constantinois Zighout Youssef commandant un embryon de bande (qui deviendra la willaya n° 2) qui se charge de cette « mission ». Le 20 août 1955 dans la région de Philippeville des petites agglomérations où les deux communautés vivent en paix sont attaquées : Collo, El Milia, Didjelli, Guelha, El Halia, Ain Abid. Les Européens sont massacrés. Dans leur grande majorité ce sont des gens modestes, des travailleurs. Partout des scènes horribles, hommes, femmes, enfants sont tués à coups de pelle, de pioche, de scie. Les femmes, les gamines sont violées. La désolation et le carnage s'abattent sur la petite cité minière d'El Halia qui deviendra un symbole pour les Européens et les musulmans fidèles, eux aussi tués par centaines. Avec les troupes qui arrivent se trouve un capitaine, ancien résistant; devant le spectacle il déclare : « Les boches étaient des salauds, mais même à Oradour, où le sommet de l'horreur semblait atteint, ils n'ont pas été jusque-là! » Des bébés ont en effet été cloués sur une porte avec des pioches à travers leur pauvre petit corps.
Toute cette horreur n'a qu'un but, attirer la répression ... elle vient ! Elle ne pouvait pas ne pas venir !
A cette époque, les communistes français n'étant plus dans le gouvernement, il n'est possible de tirer sur les rebelles ... qu'en cas de légitime défense, ou alors attendre l'arrivée des gendarmes ... ou tout officier de police judiciaire ...
C'est ce genre d'absurdités qui déclenche les représailles des rescapés civils et de leurs parents ou amis venus de villages voisins. La répression est sévère : plus de 1 500 exécutions. C'est ce que voulait les maîtres à penser de la rébellion ... Ils ont gagné la première manche!
Roger Holeindre National Hebdo du 13 au 19 janvier 2000

jeudi 5 juin 2008

Boudarel n'était pas seul

De Paris, le PC luttait contre l'armée française en Indochine

• Le cas du triste sire Boudarel a légitimement défrayé la chronique. Mais il semble que l'arbre Boudarel ait caché à beaucoup la forêt de la trahison communiste lors de la guerre d'Indochine. Il n'y avait pas que ceux qui se trouvaient carrément dans les rangs des tueurs de leurs compatriotes, tel l'intellectuel dévoyé Boudarel. En plein Paris, rue Saint-Georges, fonctionnait, sous l'appellation de « section coloniale », puis de « section de politique extérieure » du PC, toute une organisation dont la seule raison d'être visait à « travailler à la défaite de l'armée française partout où elle se bat », selon les propres termes du dirigeant communiste Jacques Duclos, en 1952.

La tâche principale de cette section consista à saboter le ravitaillement du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, à communiquer aux communistes vietnamiens les plans de bataille de nos troupes, à démoraliser les familles des militaires partis là-bas, à dresser l'opinion contre eux. Tous les membres de Ia « section coloniale » s'occupèrent activement de ces « tâches ». Ceux qui étaient « spécialistes » de l'Afrique du Nord entreprenaient par exemple de recenser les militaires originaires du Maghreb combattant en Indochine. Lorsque l'un de ces combattants tombait par malheur aux mains du Vietminh (les communistes du Vietnam), le Parti communiste « français », dûment informé, se chargeait de mener une enquête sur la famille, afin de transmettre aux geôliers d'Ho-Chi-Minh des éléments permettant de faire pression sur lui, pour l'amener si possible à trahir.

Les soldats issus de métropole ne se trouvaient pas à l'abri de telles pratiques, menées souvent de façon très insidieuses. Les Boudarel de Paris procédaient en usant de toutes les ressources de la guerre psychologique. Parmi les responsables de cette sale besogne, se distingua un apparatchik du nom de Léopold Figuères. En 1950, année terrible pour nos combattants au Tonkin, il était âgé de 32 ans et détenait aussi des fonctions importantes dans le secteur « jeunesse » du PC. Rédacteur en chef de l'organe des Jeunesses communistes de l'époque (qu'on appelait alors l'UJRF : Union de la Jeunesse républicaine de France), L'Avant-Garde, ce membre suppléant du comité central du parti déployait un zèle extrême.

En juin et juillet 1950, « Léo » Figuères partit pour les zones dominées par les bandes armées communistes, à un moment où celles-ci lançaient des offensives meurtrières contre nos unités. Il fut reçu avec un grand tam-tam médiatique du camp international marxiste par le chef rebelle Ho-Chi-Minh en personne, salua comme des frères les soldats vietminh et se rendit en grande pompe chez les « commandos internationaux ». Il s'agissait des traîtres à la Boudarel. « Léo » se garda bien, toutefois, de visiter les prisonniers et otages français aux mains de ses amis.

Peu de temps après, madame Vidal, mère d'un otage français du Vietminh, demeurant dans le Var, à Brue, recevait un double courrier stupéfiant, sur papier à en-tête de L'Avant-Garde :

« Paris, le 7 août 1950
Chère Madame,
J'ai le plaisir de vous adresser ci-joint une lettre qui m'a été confiée, lors de mon séjour au Vietnam libre, par les services vietnamiens s'occupant des prisonniers et des internés français.
Je suis persuadé que cette lettre vous rassurera sur le sort d'un être cher.
Je puis ajouter que les autorités démocratiques du Vietnam libre font tout pour rendre la vie supportable aux captifs.
J'exprime, en terminant, le souhait que les efforts des familles et ceux des organisations qui se sont toujours dressées contre la guerre insensée faite en Indochine aboutissent à faire revenir dans leurs foyers tous les prisonniers et internés français.
Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments très dévoués.
Le directeur de L'Avant-Garde, Léon Figuères »

Le petit télégraphiste de l'ennemi ne se doutait pas alors qu'il allait, deux ans plus tard, recevoir une réponse à sa misérable manœuvre. Le fils de madame Vidal, Pierre Vidal, enfin arraché aux griffes vietminh, découvrit alors ce texte parmi les papiers de sa mère. Il manifesta publiquement son indignation, notamment dans le journal La République du Var, et dans Combattants d'Indochine. Il décrivit, au passage, ses terribles conditions de vie en tant que prisonnier du Vietminh (ce que « Léo » appelait « rendre la vie supportable »). Il était réduit à manger de l'herbe, et il dut aussi subir le supplice de la cage à buffle.

Le directeur de l'Avant-Garde est aujourd'hui maire communiste de Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, et jouit de toute la considération des autorités préfectorales et ministérielles.

René-Louis DUVAL


L'élève D'Ho-Chi-Minh

• Pourquoi Léopold Figuères, dit « Léo », fut-il envoyé par le PC en Indochine, rencontrer les chefs d'une rébellion antifrançaise, au moment précis d'une terrible offensive communiste contre nos troupes ? L'explication tient au fait que le camarade Léo était particulièrement sûr. C'était un « internationaliste » de choc, formé à l'Ecole léniniste de Moscou, en 1936-1937. Une condition nécessaire, mais remplie par bien d'autres que lui, dans le PC de 1950. Certes. Avec, cependant, un petit détail, du genre décisif : à Moscou, le jeune Léo (il avait alors 18 ans) bénéficiait des cours d'un professeur barbichu, très intéressé par les Français : Ho-Chi-Minh.

RG amnésiques

Pas la peine de chercher la trace des exploits indochinois de « Léo » Figuères dans sa fiche des Renseignements généraux.

Dès 1962, comme en témoigne le document reproduit, les RG avaient soigneusement expurgé toute trace du scabreux périple du dirigeant communiste au Vietnam. A noter au passage le piège grossier tendu à l'utilisateur naïf du document policier. Contrairement à ce qui est mentionné sur la fiche, Figuères ne figurait pas au Comité central du PC entre 1936 et 1940. Il était bien trop jeune pour cela. Il siégeait à la direction de la JC (CC, de la JC), ce qui n'est pas du tout le même niveau de responsabilité. Cette « nuance » permettait au PC de savoir instantanément qui utilisait les documents de police, car la quasi-totalité de ceux concernant ses dirigeants comportaient de telles « erreurs ». (Le Crapouillot n° 108 a publié sur les rapports PC/RG une étude à laquelle nous renvoyons les lecteurs désireux d'en savoir plus).

R. L. D. National Hebdo du 30 juillet au 5 août 1992

mardi 3 juin 2008

23 mai : la Lituanie sous le knout

• L'URSS a mis à profit la Seconde Guerre mondiale pour accroître son territoire, par rapport à 1939, de 682.809 kilomètres. Ceci avec l'accord implicite des Occidentaux qui, à la suite des conférences de Téhéran (décembre 1943), Yalta (février 1945) et Postdam juillet-août 1945) ont laissé agir l'impérialisme soviétique, lavé de ses péchés pour avoir activement participé à la "croisade des démocraties" lancée contre les forces du mal...

Les peuples baltes, accusés d'avoir fait le jeu de l'ennemi allemand, furent systématiquement traités en suspects. Ils devaient être punis de leur traditionnel antisoviétisme et, dès l'hiver 1944/1945, les Soviétiques utilisèrent les quelques communistes locaux et les sympathisants, en particulier juifs, issus des milieux intellectuels pour administrer les pays baltes sous le contrôle du NKVD. Mais ils durent faire face à une résistance tenace.

Pour briser le peuple lituanien, 145.000 personnes furent déportées en 1946. Le clergé catholique paya un lourd tribut : la moitié des prêtres et la quasi-totalité des évêques furent arrêtés ; l'évêque de Telsfaï, Mgr Borisevius, condamné à mort le 3 janvier 1947, fut aussitôt exécuté ; le primat de Lituanie, Mgr Reinys, archevêque de Vilnius, fut déporté en Sibérie où il mourut en 1953.

C'est aussi le chemin de la Sibérie que prirent les 300.000 hommes, femmes et enfants arrêtés le 23 mai 1947. Malgré cela, la résistance des paysans à la collectivisation des terres se poursuivit et les Soviétiques durent encore déporter en Sibérie, en mars 1949, 60.000 Lituaniens. A leur place, les Soviétiques firent venir des colons slaves, pour modifier la composition ethnique de la population des pays baltes et russifier ces territoires.

Indomptables, des partisans lituaniens, réfugiés dans les forêts du sud du pays, menèrent contre les occupants une guérilla acharnée qui se prolongea jusqu'à la fin des années 50. Ces combattants portaient le beau nom, hérité du Moyen Age, de "Frères de la forêt".

Parallèlement à cette résistance armée, une résistance culturelle préparait la renaissance nationale. Car, pour survivre à la glaciation soviétique, les peuples baltes ont compris qu'il leur fallait avoir recours à leur plus longue mémoire. Ils ont donc entretenu avec un soin jaloux un héritage venu du fond des âges, colporté par les chants choraux, la poésie, les fêtes communautaires qui marquent équinoxes et solstices. Ainsi les daïnos - courts "poèmes lituaniens comparables aux haïkus japonais - représentent-ils, pour la Lituanie d'aujourd'hui, la voix - et la voie - des ancêtres, une voix qui chante l'éternel retour des forces de vie :

"Je suis allé voir l'Etoile du Matin
L'Etoile du Matin m'a répondu :
Il me faut de bonne heure
allumer le feu pour le Soleil !
Je suis allé voir l'Etoile du Soir
L'Etoile du Soir m'a répondu :
Il me faut ce soir
préparer le lit du Soleil !"

Pierre Vial, National hebdo du 26 mai au 1er juin 1994

samedi 31 mai 2008

Le passé trouble du PC français

Août 1939-juin 1941, l'appel de Cachin : les attentats anti-allemands sont condamnés
Le 18 juin 1940 (mais oui, cela ne s'invente pas), Maurice Tréand, Denise Ginollin et Suzanne Schrod, envoyés spéciaux du PC clandestin puisque dissous officiellement par le gouvernement Daladier - se présentent chez le lieutenant Weber, munis de laissez-passer de la Propagandastaffel. Ce lieutenant allemand est chargé des affaires de presse dans la France occupée. Les envoyés spéciaux, tous membres du Comité central, viennent demander à cet organisme national-socialiste de censure l'autorisation de faire reparaître L'Humanité. Par un autre circuit, certainement celui de Jean Catelas, lui aussi membre du Comité central clandestin, les Allemands ont reçu une demande de reparution signée Jacques Duclos.
Les Allemands semblent, a priori, disposés à accepter la reparution du journal, au vu des maquettes et de la ligne politique proposée. Mais la police française, la police de Vichy, arrête les envoyés spéciaux qui seront libérés sept jours plus tard sur ordre des services allemands.
A peine dehors, les communistes relancent les discussions. Celles-ci échouent car, à Vichy, Doriot s'agite comme un beau diable et obtient gain de cause. L'Humanité pro-allemande ne reparaîtra pas officiellement.
Le gouvernement du maréchal , Pétain a rendu, ce jour-là, involontairement un fieffé service aux hommes de Moscou !
Duclos pensait que les Allemands, maintenant alliés des Soviétiques, donneraient l'autorisation tant attendue. C'est une grande déception pour le parti clandestin.
Car la vérité jamais écrite par aucun « spécialiste » est que les communistes voulaient surtout mettre en place un autre gouvernement dirigé par eux avec l'accord de l'Allemagne nazie et l'aide de l'URSS.
La direction clandestine, bien cachée et bien nourrie dans une cave aménagée de banlieue (cave où elle « fera » toute la guerre ...) ne comprend pas!
Le PC, clandestin contre sont gré !
L'Humanité clandestine du 13 juillet 1940 ne publiait-elle pas encore: « Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient. Nous en sommes très heureux. Apprenons à nous connaître. »
Devant si peu de reconnaissance et de récompense de la part de l'occupant national-socialiste, cette même direction, qui n'est, à l'époque, traquée que par la police française, donne une directive suicidaire. Elle exige que tous ses députés et tous ses responsables qui ne sont pas internés pour trahison - depuis la dissolution du 25 septembre 1939 - réintègrent leurs mairies et leurs permanences.
De leur côté, des centaines de députés et hauts cadres communistes arrêtés et internés par la République française restent emprisonnés sous la responsabilité de l'Etat français. Obéissant aux ordres, beaucoup de responsables communistes reprendront contact avec leurs électeurs ou avec leurs militants.
Pour que la trahison soit complète et dans l'espoir d'une prise de pouvoir à la botte des nationaux-socialistes alliés de Moscou, de sa prison, Marcel Cachin écrira même une lettre de vingt pages pour expliquer la politique du PCF et condamner les attentats contre les soldats allemands.
Cela permet aux nationaux-socialistes de le libérer et d'utiliser une partie de sa lettre pour faire une affiche « collaborationniste ». Lui aussi, mais il est vrai qu'il est très âgé, fera la guerre, planqué dans la cave d'un pavillon de banlieue. En août 1944, il reprendra sa place de directeur de L'Humanité, sans pour autant que cela ne fasse de vagues dans la rédaction ....
La dissolution du PCF par Daladier et l'emprisonnement de nombreux élus et cadres communistes a créé une situation difficile pour le parti. Clandestin, mais désirant ne plus l'être, il fait de la corde raide, espérant toujours une intervention favorable de Moscou.
Députés communistes, témoins à charge?
Le 19 décembre 1940, François Billoux, sur ordre de la direction clandestine du parti, écrivait au maréchal Pétain à Vichy et demandait, au nom de tous les députés communistes emprisonnés, de pouvoir se présenter comme témoin à charge au procès de Riom, pour y dénoncer la guerre faite à Hitler, les impérialistes anglais et leurs complices français, Blum en tête... ..
Et il terminait sa lettre par : « Veuillez agréer, Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma haute considération. »
Là aussi, le refus circonstanciel de Vichy fut, pour la suite, une sacrée aubaine pour la légende communiste!
Durant des mois, toutes les actions anti-allemandes furent interdites par la direction clandestine du parti. Elles furent dénoncées comme provocatrices, y compris les inscriptions sur les murs. Des groupes OS (Organisation spéciale) et des groupes TP (Travail particulier) étaient chargés, aux ordres directs des politiques, de liquider les « provocateurs ». Furent abattus ainsi plusieurs responsables locaux qui avaient commencé la lutte contre l'occupant. Ce fut entre autres le cas de Désiré, jeune dirigeant de Seine-Maritime. Le « maquisard » Georges Guingouin, qui ne fit pas dans la dentelle par la suite, faillit subir le même sort en 1941.
Continuant sur sa lancée, la direction clandestine - rappelons qu'elle est clandestine du fait de la dissolution du PCF par le gouvernement légal, le 25 septembre 1939 pour haute trahison - continue à forger son utopie et publie en septembre 1940 ce communiqué qui en dit long:
« L'URSS de Lénine et de Staline, pays du socialisme et espoir des travailleurs du monde, est le rempart de la paix comme elle vient de le montrer, une fois de plus, en réglant pacifiquement avec la Roumanie la question de la Bessarabie et de la Bukovine du Nord. En défendant le pacte germano-soviétique, en août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd'hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l'indépendance de notre pays en demandant la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique. »
Le 4 octobre 1939, Thorez déserte et rejoint Moscou en traversant l'Allemagne nazie.
A la même époque, largement diffusé et surtout axé contre Vichy, mais pas contre les nationaux-socialistes, sur deux pages complètes, imprimé impeccablement, paraît l'appel intitulé Peuple de France qui se veut le programme d'un soi-disant « gouvernement du peuple au service du peuple » mais surtout au service des nationaux-socialistes pour complaire à Moscou et au génial petit père des peuples Joseph Staline qui avait officiellement félicité Hitler quand ses troupes étaient entrés dans Paris.
En juin 1941, quand l'Allemagne se retourna brusquement contre l'URSS les communistes dits Français firent un demi-tour à 180°, prêchèrent la résistance à mort contre les nationaux-socialistes qui étaient cependant les mêmes, quelques jours avant...
Alors, il fallut remettre de l'ordre à tous les échelons. Il fallait tenter d'effacer tout ce qui avait été fait et dit pendant les vingt-deux mois de lune de miel Hitler-Staline. Toute honte bue, les « historiens » du PC inventèrent totalement une imaginaire vie du PCF pendant ces mois fatidiques qui, sans Vichy, auraient été mortels pour le parti de M. Thorez ... M. Hue ne serait certainement pas là aujourd'hui...
A entendre ces messieurs, le général De Gaulle n' aurait pas été le seul à engager la résistance contre l'occupant. Le PCF aurait appelé aux armes dès le 10 juillet 1940. Pour prouver l'improuvable, un faux appel fut fabriqué de toutes pièces, ainsi que de faux numéros de L'Humanité clandestine.
Las! L'appel qui devait faire pièce à celui de De Gaulle ne collait pas très bien : même en mentant beaucoup et avec assurance, ce n'était pas très facile de falsifier à ce point l' Histoire ...
Un jour pourtant, il faudra que cette époque honteuse soit inscrite dans les livres d'Histoire de nos enfants. Et il serait bon, alors, qu'en première page soit reproduite cette déclaration ahurissante de L'Humanité clandestine du 15 mai 1940 (clandestine sous le gouvernement français), au moment même où les armées allemandes déferlaient sur la France: « Quand deux gangsters se battent entre eux, les honnêtes gens n'ont pas à secourir l'un d'entre eux sous prétexte que l'autre lui a porté un coup irrégulier. »
Si l'attaque de l'URSS par l'Allemagne nazie changea du tout au tout la conduite des communistes, ils eurent surtout l'impérative nécessité de tenter de camoufler leur conduite pendant près de deux années. Ils faussaient totalement l'histoire et à la libération, ils racontèrent «des histoires». Ils devinrent les plus grands menteurs et les seuls vrais révisionnistes.
Ils échouèrent en partie mais réussirent à intoxiquer assez « d'idiots utiles » pour que leur « légende utopique » surnage encore aujourd'hui.
Roger Holeindre National Hebdo du 9 au 15 décembre 1999

Des crimes du PC ne faisons pas table rase

Le livre noir du communisme (II)
« Du passé faisons table rase » : ce début de couplet de l'Internationale a toujours été appliqué par les communistes de tous poils, surtout à propos de leurs échecs et de leurs crimes, innombrables. En son temps, Le Livre Noir du Communisme, publié sous la direction de Stéphane Courtois, malgré son épaisseur, et en dépit de son caractère très méritoire, n'avait pas tout dit. Ce que proclame, avec honnêteté, la bande qui entoure le dernier-né fin 2002, réalisé sous la direction du même, Du passé faisons table rase, qui part à la recherche d'atrocités du communisme en Europe. A l'heure où Chirac, prisonnier de sa jeunesse marxiste, rend hommage sur hommage au PC "français", il est utile et nécessaire de se rafraîchir la mémoire au sujet d'une « utopie meurtrière » dont les crimes européens sont tout aussi monstrueux que les tueries asiatiques, africaines ou sud-américaines.

Seize historiens de plusieurs pays, dont un Français, Philippe Baillet, ont déterré les dossiers que les communistes et leurs ailiés souhaitaient oubliés à jamais, Le tabou qui interdisait de stigmatiser les horreurs marxistes a certes été ébranlé par la chute des bastions les plus importants du système, et d'abord à Moscou, mais son influence perverse et dangereuse subsiste, Quand on voit, comme le cite S Courtois une Arlette Laguillier, la trotskiste si sentimentale, aux pleurs si spontanés, dire à propos du Livre Noir, que ses auteurs étaient de « prétendus historiens », des « falsificateurs à l'œuvre », il ne suffit pas de hausser les épaules, car Chirac agit officiellement en accord avec Lutte Ouvrière, Et toute une campagne systématique, l'organe officieux Le Monde en tête, se sert de Hitler pour tenter d'effacer le caractère criminel du communisme, Le directeur du Monde en personne, Jean-Marie Colombani, se distingue avec une hypocrisie consommée, parlant d'« absence de méthode » lorsqu'on évoque les tueries communistes, et caressant l'idée d'un Livre noir du capitalisme, ce qui réserverait des surprises, car Colombani apprendrait alors, qu'il le veuille ou non, l'étroite collaboration entre les financiers mondiaux, d'une part, Lénine, Staline, Mao d'autres part. Face aux auxiliaires honteux des Tchékas, Securitate et Stasi, le devoir de vigilance et de mémoire s'impose, car l'occultation du passé préparera demain l'acceptation d'autres crimes de même inspiration.

L'ordinaire des tueurs rouges


Alexandre lakovlev, dirigeant du PC soviétique finissant, et qui fut un artisan de sa liquidation, donne dans cette œuvre collective une remarquable analyse des schémas d'assassinats, du point de vue des léninistes, copiés tous leurs successeurs, Il qualifie de manière pertinente le bolchevisme de « maladie sociale du XXe siècle », et il énumère les responsabilités qui furent d'emblée celles du communisme : le coup d'Etat, sanglant et illégal, d'« Octobre Rouge » ; le déclenchement de la plus terrible des guerres, la guerre civile (13 millions de morts en tout) ; la destruction de la paysannerie russe; l'anéantissement des Eglises chrétiennes et non chrétiennes exécution des prêtres, mise à bas des lieux de culte) ; liquidation des couches traditionnelles de la société (officiers, nobles, intellectuels, commerçants, industriels, etc,) instauration des exécutions administratives, sans jugement, généralisation de la torture, installation des camps de concentration où sont internés même des enfants, usage des gaz asphyxiants (vingt millions de morts) ; étouffement de toute liberté (interdiction de tous mouvements de pensée, de toute expression non contrôlée) ; représailles écoeurantes contre les prisonniers de guerre sovietiques rapatriés après 1945, alors que le PC était responsable de leur capture au cours du conflit; persécutions systématiques contre les scientifiques, les médecins, les écrivains, les artistes; pratique des proces racistes et de campagnes criminelles contre les « dissidents »; ruine économique et morale d'un pays immense; enfin, « instauration d'une dictature contre l'être humain, son honneur, sa dignité et sa liberté », Tout ceci fut rigoureusement imitée par les marxistes du monde entier.

Estonie, pays martyr


Quand on regarde un petit pays de un million d'habitants au début du siècle passé, l'Estonie, - le communisme dès décembre 1918 se déchaîne avec toutes ces caractéristiques léninistes. Voici des « échantillons » concernant la religion: un pasteur a les yeux crevés et périt sous la torture. En janvier 1919, dans la cave d'une Caisse d'Epargne, les rouges tuent dix-neuf personnes, dont un aumônier luthérien, un évêque orthodoxe, un archiprêtre, qui s'était opposé, une décennie plus tôt, à ce qu'on mette hors d'état de nuire des révolutionnaires. Les Soviétiques furent vaincus militairement et durent pour le moment arrêter leurs crimes, Mais ils se rattrapèrent sur les Estoniens vivant en URSS, en jetant près de 70 000 dans des camps de concentration où ils périrent par milliers. Les chefs du PC d'Estonie en exil furent abattus en 1937-1938. Début 1939, 2.360 Estoniens communistes étaient dans le goulag. Fin septembre 1939 l'Armée rouge de Staline occupe l'Estonie, qui n'oppose pas de résistance. En juin 1940, le pays est annexé à l'URSS. La terreur se déclenche, Des arrestations par milliers, des exécutions, des massacres purs et simples (78 personnes abattues dans des villas au printemps 1941). L'élite estonienne, traduite en justice, vit pleuvoir les condamnations à mort, perpétrées après minuit. Les déportations « familiales » se développèrent, plus de dix mille personnes, à quoi il faut ajouter 12 000 soldats estoniens « arrêtés ». Dans un pays de un million d'habitants. A partir de la guerre germano-soviétique, fin juin 1941, ces chiffres sont pulvérisés, et des méthodes sauvages de mise à mort remplacent les balles dans la nuque et les pelotons de fusilleurs, Les incendies de bâtiments sont la règle. A l'été 1941, 3.247 fermes sont détruites, ainsi que 19 mairies, 102 bâtiments coopératifs, 79 écoles, et beaucoup de maisons. Le tout sans la moindre utilité militaire. Le 8 juillet 1941, à la prison de Tartu, 192 détenus, parce que « bourgeois » sont massacrés, dont des écrivains, des artistes, des prêtres. Dans des îles côtières, le sadisme communiste battit tous les records: prisonniers ébouillantés, yeux arrachés, seins coupés aux femmes (95 cadavres sur une seule île). Au total, sur cette période, on n'a pu identifier que 2.199 assassinés.
Et la France ?

La suite fut de la même horreur ordinaire pendant la guerre, où Staline se servit comme de chair à canon des Estoniens sur son sol. Afin de se disculper de leurs premières vagues de crimes, les communistes tentèrent au procès de Nuremberg de charger au maximum les Allemands. Les recherches effectuées ont fait tomber les 125 000 victimes imputées au Reich à 6 600, En revanche, les communistes ajoutèrent à leur palmarès de 1918-1919 et de 1939-1941 celui de 1944-45, d'une ampleur sans précédent 75 000 arrestations dont au moins 35 % de fusillés, ou tués autrement, et des déportations eurent lieu encore en 1949. Arrêtons là cet unique exemple, sur un peuple de un million d'habitants.

De bien plus grands pays Roumanie, Hongrie, Grèce... ont subi le déferlement des barbares.
Ce qui est arrivé chez eux aussi ne doit pas être oublié. Du passé ne faisons pas table rase. Reste un souhait : qu'un jour, le tableau des crimes du communisme en France soit établi de façon exhaustive. Car sur notre sol aussi, les disciples de Lénine ont sévi, tuant dans toutes les catégories (paysans, « bourgeois » ou ouvriers), toutes les opinions (gens de droite ou d'extrême gauche, gaullistes ou maréchalistes), assassinant des réfugiés accueillis par la France, A quand ce travail ?

Alexandre MARTIN, National Hebdo du 16 au 23 janvier 2003.
Du passé faisons table rase, sous la direction de Stéphane Courtois, éditions Robert Laffont, 576 pages, 22,95 euros.

jeudi 22 mai 2008

L’exil du peuple juif est un mythe

L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.

Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.

D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling - en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties - et non à partir d’exilés de Jérusalem - n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).

A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (...) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).

D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque - par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes - afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »
http://www.voxnr.com/

L’exil du peuple juif est un mythe (suite)

Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées - généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.

En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.
« Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé - je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens - ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »

Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.
« Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »
« Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.
« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil - événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.
« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »

Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?
« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes - par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »

Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?
« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar - vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.
Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale - de Mayence et de Worms - a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?
« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l’Exil" en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »

Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?
« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" - comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

Cette crainte n’est-elle pas fondée ?
« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »

En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.
« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.
« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?
« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.
« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.
« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?
« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »
notes
Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)

Source : Ofri Ilani, Haaretz, 21 mars 2008, traduit de l’hébreu par Michel Ghys pour Protection Palestine

mercredi 21 mai 2008

ALAIN DE BENOIST REVIENT SUR MAI 68

La commémoration de Mai 68 revient tous les dix ans, avec la même marée de livres et d'articles. Nous sommes au quatrième épisode, et les barricadiés du « joli mois de mai » ont aujourd'hui l'âge d'être grands-pères. Quarante ans après, on discute toujours de savoir ce qui s'est exactement passé durant ces journées-là - et même s'il s'est passé quelque chose. Mai 68 a-t-il été un catalyseur, une cause ou une conséquence ? A-t-il inauguré ou simplement accéléré une évolution de la société qui se serait produite de toute façon ? Psychodrame ou mutation ?

La France a le secret des révolutions courtes. Mai 68 n'a pas échappé à la règle. La première « nuit des barricades » eut lieu le 10 mai. La grève générale se déclencha le 13 mai. Le 30 mai, le général De Gaulle prononçait la dissolution de l'Assemblée nationale, tandis qu'un million de ses partisans défilaient sur les Champs-Elysées. Dès le 5 juin, le travail reprenait dans les entreprises, et quelques semaines plus tard, aux élections législatives, les partis de droite remportaient une victoire en forme de soulagement.

Par rapport à ce qui se déroula à la même époque, ailleurs en Europe, on note tout de suite deux différences. La première, c'est qu'en France, Mai 68 ne fut pas seulement une révolte étudiante. Ce fut aussi un mouvement social, à l'occasion duquel la France fut paralysée par près de 10 millions de grévistes, Déclenchée le 13 mai par les syndicats, on assista même à la plus grande grève générale jamais enregistrée en Europe.

L'autre différence, c'est l'absence de prolongement terroriste du mouvement. La France n'a pas connu de phénomènes comparables à ce qu'ont été en Allemagne la Fraction armée rouge (RAF) , ou en Italie les Brigades rouges. Les causes de cette « modération » ont fait l'objet de nombreux débats. Lucidité ou lâcheté ? Réalisme ou humanisme ? L'esprit petit-bourgeois qui dominait déjà la société est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l'extrême gauche française n'a pas versé dans le « communisme combattant ».

Mais en fait, on ne peut rien comprendre à ce qui s' est passé en Mai 68 si l'on ne réalise pas qu'à l'occasion de ces journées deux types d'aspirations totalement différentes se sont exprimés. A l'origine mouvement de révolte contre l'autoritarisme politique, Mai 68 fut d'abord, indéniablement, une protestation contre la politique spectacle et le règne de la marchandise, un retour à l'esprit de la Commune, une mise en accusation radicale des valeurs bourgeoises. Cet aspect n'était pas antipathique, même s'il s'y mêlait beaucoup de références obsolètes et de naïveté juvénile.

La grande erreur a été de croire que c'est en s'attaquant aux valeurs traditionnelles qu'on pourrait le mieux lutter contre la logique du capital. C'était ne pas voir que ces valeurs, de même que ce qu'il restait encore de structures sociales organiques, constituaient le dernier obstacle à l'épanouissement planétaire de cette logique. Le sociologue Jacques Julliard a fait à ce propos une observation très juste lorsqu'il a écrit que les militants de Mai 68, quand ils dénonçaient les valeurs traditionnelles, « ne se sont pas avisés que ces valeurs (honneur, solidarité, héroïsme) étaient, aux étiquettes près, les mêmes que celles du socialisme, et qu'en les supprimant, ils ouvraient la voie au triomphe des valeurs bourgeoises : individualisme, calcul rationnel, efficacité ».

Mais il y eut aussi un autre Mai 68, d'inspiration strictement hédoniste et individualiste. Loin d'exalter une discipline révolutionnaire, ses partisans voulaient avant tout « interdire d'interdire » et « jouir sans entraves ». Or, ils ont très vite réalisé que ce n'est pas en faisant la révolution ni en se mettant « au service du peuple » qu'ils allaient satisfaire ces désirs. Ils ont au contraire rapidement compris que ceux-ci seraient plus sûrement satisfaits dans une société libérale permissive. Ils se sont donc tout naturellement ralliés au capitalisme libéral, ce qui n'est pas allé, pour nombre d'entre eux, sans avantages matériels et financiers.

Installés aujourd'hui dans les états-majors politiques, les grandes entreprises, les grands groupes éditoriaux et médiatiques, ils ont pratiquement tout renié, ne gardant de leur engagement de jeunesse qu'un sectarisme inaltéré. Ceux qui voulaient entamer une « longue marche à travers les institutions » ont fini par s'y installer confortablement. Ralliés à l'idéologie des droits de l'homme et à la société de marché, ce sont ces rénégats qui se déclarent aujourd'hui « anti-racistes » pour mieux faire oublier qu'ils n'ont plus rien à dire contre le capitalisme. C'est aussi grâce à eux que l'esprit "bo-bo" (bourgeois-bohême, c'est-à-dire libéral-libertaire) triomphe désormais partout, tandis que la pensée critique est plus que jamais marginalisée. En ce sens, il n'est pas exagéré de dire que c'est finalement la droite libérale qui a banalisé l'esprit « hédoniste » et « anti-autoritaire » de Mai 68. Par son style de vie, Nicolas Sarkozy apparaît d'ailleurs, le tout premier, comme un parfait soixante-huitard.

Simultanément, le monde a changé. Dans les années 1960, l'économie était florissante et le prolétariat découvrait la consommation de masse. Les étudiants ne connaissaient ni le sida ni la peur du chômage, et la question de l'immigration ne se posait pas. Tout semblait possible. Aujourd'hui, c'est l'avenir qui paraît fermé. Les jeunes ne rêvent plus de révolution. Ils veulent un travail, un logement et une famille comme tout le monde. Mais en même temps, ils vivent dans la précarité et se demandent surtout s'ils trouveront un emploi après leurs études.

En 1968, aucun étudiant ne portait de jeans et les slogans « révolutionnaires » qui fleurissaient sur les murs ne comportaient aucune faute d'orthographe ! Sur les barricades, on se réclamait de modèles vieillis (la Commune de 1871, les conseils ouvriers de 1917, la révolution espagnole de 1936) ou exotiques (la « révolution culturelle » maoïste), mais au moins militait-on pour autre chose que pour son confort personnel. Aujourd'hui, les revendications sociales ont un caractère purement sectoriel : chaque catégorie se borne à réclamer de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. « Deux, trois, plusieurs Vietnam ! », « Mettre le feu à la plaine », « Hasta la libertad, sempre ! » : cela ne fait évidemment plus battre les cœurs. Plus personne ne se bat pour la classe ouvrière dans son ensemble.

Le sociologue Albert O. Hirschman disait que l'histoire voit alterner les périodes où dominent les passions et celles où dominent les intérêts. L'histoire de Mai 68 fut celle d'une passion qui s'est dissoute dans le jeu des intérêts.

Alain de Benoist, National Hebdo du 8 au 14 mai 2008.

lundi 5 mai 2008

Et si l'Europe ne devait rien à l'islam ?

A une heure où Monsieur Nicolas Sarkozy s’est vanté des apports de la civilisation islamique dans la culture européenne – en confondant islam et monde arabe – un étonnant ouvrage de Sylvain Gouguenheim risque de susciter débats et polémiques.
Son thème concerne la filiation culturelle entre le monde occidental et le monde musulman. Or ce professeur d'histoire médiévale à l'Ecole normale supérieure de Lyon, remet en cause un certain nombre de préjugés qui sont souvent les piliers idéologiques des apôtres du multiculturalisme. Notamment le fait que la culture européenne et principalement grecque serait redevable du monde musulman dans de nombreux domaines -philosophie, médecine, mathématique, astronomie –.
Selon Sylvain Gouguenheim, il n’y a pas eu de rupture entre l'héritage grec antique et l'Europe chrétienne du haut Moyen Age. Des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes lettrés parfaitement à même de les lire et se seraient transmis sans passer par le prisme de la civilisation arabo-musulmane.
A titre d’exemple, au VIIIème siècle, Pépin le Bref se fit envoyer par le pape Paul Ier des textes grecs, notamment la Rhétorique d'Aristote.
Selon l’auteur, cet intérêt médiéval pour les sources grecques trouve sa source dans la culture chrétienne elle-même. Les Evangiles furent en effet rédigés en grec, comme les épîtres de Paul. Nombre de Pères de l'Eglise, formés à la philosophie, citent Platon et bien d'autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans culturels entiers.
L'Europe est donc demeurée consciente de sa filiation à l'égard de la Grèce antique, et se montra soucieuse d'en retrouver les textes.
L’auteur cite également le travail des traducteurs du Mont-Saint-Michel. Ils auraient fait passer presque la totalité des ouvrages d’Aristote directement du grec au latin, plusieurs décennies avant qu'à Tolède on ne traduise les mêmes oeuvres en partant de leur version arabe.
En résumé, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. Loin des lieux communs assénés et considérés comme des évidences, cet ouvrage précis, scientifique et courageux participe lui aussi de la réinformation face au rouleau compresseur à broyer les peuples en particulier les peuples d’Europe.
ARISTOTE AU MONT SAINT-MICHEL. LES RACINES GRECQUES DE L'EUROPE CHRÉTIENNE de Sylvain Gouguenheim. Seuil, "L'Univers historique"
http://www.europaegentes.com/

Et si l'Europe ne devait rien à l'islam ?



À une heure où Monsieur Nicolas Sarkozy s’est vanté des apports

de la civilisation islamique dans la culture européenne
– en confondant islam et monde arabe – un étonnant ouvrage de Sylvain Gouguenheim risque de susciter débats et polémiques.
Son thème concerne la filiation culturelle entre le monde occidental et le monde musulman. Or ce professeur d'histoire médiévale à l'Ecole normale supérieure de Lyon, remet en cause un certain nombre de préjugés qui sont souvent les piliers idéologiques des apôtres du multiculturalisme. Notamment le fait que la culture européenne et principalement grecque serait redevable du monde musulman dans de nombreux domaines -philosophie, médecine, mathématique, astronomie –.

Selon Sylvain Gouguenheim, il n’y a pas eu de rupture entre l'héritage grec antique et l'Europe chrétienne du haut Moyen Age. Des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes lettrés parfaitement à même de les lire et se seraient transmis sans passer par le prisme de la civilisation arabo-musulmane.
A titre d’exemple, au VIIIème siècle, Pépin le Bref se fit envoyer par le pape Paul Ier des textes grecs, notamment la Rhétorique d'Aristote.

Selon l’auteur, cet intérêt médiéval pour les sources grecques trouve sa source dans la culture chrétienne elle-même. Les Evangiles furent en effet rédigés en grec, comme les épîtres de Paul. Nombre de Pères de l'Eglise, formés à la philosophie, citent Platon et bien d'autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans culturels entiers.

L'Europe est donc demeurée consciente de sa filiation à l'égard de la Grèce antique, et se montra soucieuse d'en retrouver les textes.

L’auteur cite également le travail des traducteurs du Mont-Saint-Michel. Ils auraient fait passer presque la totalité des ouvrages d’Aristote directement du grec au latin, plusieurs décennies avant qu'à Tolède on ne traduise les mêmes oeuvres en partant de leur version arabe.

En résumé, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. Loin des lieux communs assénés et considérés comme des évidences, cet ouvrage précis, scientifique et courageux participe lui aussi de la réinformation face au rouleau compresseur à broyer les peuples en particulier les peuples d’Europe.

ARISTOTE AU MONT SAINT-MICHEL. LES RACINES GRECQUES DE L'EUROPE CHRÉTIENNE de Sylvain Gouguenheim. Seuil, "L'Univers historique"

jeudi 17 avril 2008

En août 1744, Louis XV tombe malade et c'est le « miracle »

Après ses victoires décisives en Flandre, Louis XV, sans prévenir personne, décide de se rendre à Metz. Le roi, vainqueur à Menin, Courtrai, Ypres, Dixmude, voulait dire aux Lorrains toute sa sollicitude.

En un peu plus d'une semaine, Metz n'eut qu'une préoccupation: accueillir Louis XV avec magnificence. Le 4 août 1744, à 7 heures du matin, les lève-tard furent réveillés par la Mutte. Mais l'énorme bourdon annonçait surtout l'arrivée du roi. Les milices bourgeoises rééquipées de neuf, se présentèrent avec douze drapeaux neufs, encadrées par de beaux officiers en uniforme rouge et or. Suivaient les grands Cadets, 250 jeunes gens de 20 à 25 ans, qui devaient mesurer plus de 1 mètre 75. A leur tête: M. Perrin, écuyer, syndic de la ville, en uniforme bleu et argent. Les petits Cadets, 150 enfants de 10 ans, tout de rouge vêtus, maniaient avec beaucoup de grâce des lances trop grandes pour eux. Le commandant des petits Cadets, lui-même âgé de 10 ans, était le propre fils du grand bailli de Metz, M. de Tschudy.

Vers midi, les sonneries royales éclatèrent. Le roi de France entrait dans la ville. Il y était accueilli par le maréchal-duc de Belle-Isle, gouverneur des Trois Evéchés et M. de Rochecombe, lieutenant du Roi, commandant la ville. Le premier échevin, M. Simon, remit au roi les clefs de la ville en disant : « Sire, rien de plus glorieux et de plus heureux pour nous et pour cette province que l'arrivée de votre Majesté ».
Le roi s'avança vers la place du Pont des Morts où avaient été construites des grottes d'où jaillissaient des cascades de vin! Puis le roi demanda à se rendre à la cathédrale. Il y est reçu par Claude de Rouvroy de Saint-Simon, prince de Metz, entouré des chanoines et des curés de la ville. Après l'homélie et le Te Deum, le roi, précédé par ses Gardes du corps et ses trompettes, arrive enfin au palais du Gouverneur. Au soir, des dizaines de fagots embrasés et près de 300 fusées multicolores finirent d'illuminer cette première journée du roi à Metz.

Le lendemain, 5 août, Mathieu de Montholon, les présidents à mortier, les conseillers, les magistrats, présentèrent au souverain l'assurance de leur fidélité et celle du parlement de Metz. Le 6 août, le roi reçut l'hommage des habiroux de la ville. « En tête, écrit Pierre de la Condamine, allaient à pied, deux à deux, le grand rabbin et les syndics de la communauté juive, suivis de deux vieillards à cheval, l'épée à la main, vêtus de velours noir et d'une veste de drap d'or. Derrière trois hautbois en volants rouges, marchaient quarante vieillards en costume de sabbat et chapeau plat, deux à deux, n'ayant de blanc que leur immense barbe et leur rabat. Aux quarante barbus succédèrent deux compagnies équestres: plus de 80 chevaux carapaçonnés de drap écarlate, crins tressés et enrubannés. Les cavaliers en noir portaient en bandoulière un large ruban jaune où se lisaient les armes de France et de Navarre et l'inscription ''Vive le roi". Les chantres de la synagogue venaient juste avant le char ».
Le 7 août est consacré à la tournée des popotes : visites de garnisons, de fortins, de fabriques d'armes, entretien politique avec un envoyé du roi de Prusse, M. de Schmettau.

Le 8 août, un nouveau Te Deum, à la cathédrale, doit célébrer la prise de Fort-Dauphin, dans le Piémont. Mais, au matin du 8, le roi, qui a mal dormi la nuit précédente, reste couché. Il se plaint de douleurs dans le ventre. L'entourage du roi s'affole. Le parti des dévôts, c'est-à-dire, le parti de la reine, délaissée depuis de nombreuses années par son époux royal, s'applique à « grossir » la maladie du souverain. A l'opposé, le parti de la maîtresse en titre, Madame de Châteauroux, soutient que le roi sera bientôt rétabli.
Le parti dévôt profite de cette maladie pour éloigner Madame de Châteauroux et ses amis. Le 13 août, le roi, de plus en plus affaibli (conseillé par les prêtres, il a déjà accepté d'éloigner sa maîtresse) demande à recevoir le Saint Viatique. Le 14 il perd connaissance et ne se réveille que pour recevoir l'extrême onction. Le premier aumônier, M. de Fitz-James, profite de la grande faiblesse de Louis XV pour lui extorquer une confession publique dans laquelle le roi s'accuse d'avoir fait le Mal et surtout, d'être indigne du titre de Roi Très Chrétien. On voit l'exploitation qui pourra être faite, par les ennemis de la Monarchie, d'une telle confession plus proche de l'auto-critique, d'ailleurs, que du repentir spirituel. Un bourgeois de l'époque s'indigne: « On regarde l'action de Mgr l'évêque de Soissons (M. de Fitz-James) comme la plus belle chose du monde, que le scandale ayant été public, il faut que la réparation le soit aussi... Pour moi, je prends la liberté de regarder cette conduite comme très indécente et cette réparation publique et subite comme un scandale avéré. Il faut respecter la réputation d'un roi et le laisser mourir avec religion, mais avec dignité et majesté. A quoi sert cette parade ecclésiastique? »

M. del Perugia, l'historien qui a, sans doute, contribué le mieux à réhabiliter l'action politique de Louis XV, écrit à ce propos: « A Versailles et à Paris, la camarilla pavoisait. Jusqu'ici la tartufferie n'avançait que masquée d'intentions les plus pures et les mieux déguisées. Maintenant, elle avouait qu'elle ne cherchait nullement la « conversion » du Roi et le châtiment de Madame de Châteauroux. Magnifiquement maître de lui, le mourant regardait venir sa fin comme un bon chrétien, dans un déréliction totale ». Mais, dans les cantonnements des vieux régiments, on ne se gêne pas pour dire, sur un autre ton, le prestige du roi amoureux: « En vrai descendant d'Henri IV. tu sais bien foutre et bien combattre. » Et Voltaire témoigne de l'inquiétude populaire: « Cet événement (la maladie du roi) porta la crainte et la désolation de ville en ville. Les peuples accouraient des environs de Metz. »
Le 17 août, la reine Marie arrive à Metz. Le roi, abandonné par tous et, plus particulièrement, par son confesseur le Père Pérusseau, n'est plus veillé que par le duc de Richelieu et quelques valets fidèles. Sortant un moment de son coma, Louis s'adresse à Marie: « Madame, je vous demande pardon du scandale que je vous ai donné, des peines et des chagrins dont j'ai été la cause. »

Un des médecins qui entourent le roi, perdu dans la foule des guérisseurs et des rebouteux, est un médecin militaire qui s'est retiré à Metz: M. de Montcharvaux. C'est lui qui, contre l'avis général, affirme que le roi va guérir. Le 19 août, en fin de soirée, le roi se sent mieux: « Des courriers galopaient vers Metz, souvent montés sur des chevaux de moissons, accourant des villes et des villages. Ils avaient appris la nouvelle que le cri public appelait unanimement : le miracle. »

Le 25 août, le roi, presque complètement rétabli, communie dans sa chambre. Dans les rues de Metz, les chants de joie, les danses, les jeux s'installent pour des semaines. On rappliquait de partout. On voulait voir le Roi. Et qui donc se serait privé de festoyer ? Deux fêtes furent particulièrement somptueuses : celle qu'offrit le prince del Campo Florido, ambassadeur d'Espagne, et celle du prince d'Ardore, ambassadeur des Deux-Siciles. »

Le 29 septembre, Louis XV quitte Metz. Début octobre, il est à Strasbourg où il est gardé par une compagnie de Cent Suisses composée d'enfants de 10 à 12 ans, vêtus comme des Gardes royaux : fraises, toques, petites moustaches charbonnées. Le 10 octobre, le roi met le siège devant Fribourg. Le 1er novembre, les Allemands hissent le drapeau blanc. Le retour à Paris du « Bien Aimé» fut l'occasion de fêtes grandioses. Dans les Académies, les collèges, c'est à qui chantera le mieux le « miracle de Metz ». Les Jésuites ne furent pas les derniers à le faire. Quant aux étudiants chinois de Paris, ils tinrent à affirmer :

« Que si de tous nos mots, les formes sont étranges
«Sire, ils n'en sont pas moins de sincères louanges ...
« Si plusieurs d'entre nous quittèrent leurs faux prêtres,
« Ils le durent, Grand prince, au soin de vos ancêtres ...
« Car la Chine connaît les vertus des Bourbons,
« La renommée au loin sait vanter les grands noms ... »

Mais le « miracle de Metz » avait été précédé par les « scandales de Metz» ourdis par le parti dévôt. C'est à Metz que la monarchie, prise entre les dévôts et les pamphlétaires libéraux de Londres, Amsterdam, Genève et Paris, reçut sa première - et mortelle - blessure.

Alain Sanders National Hebdo du 25 au 31 août 1988

mercredi 9 avril 2008

LA VÉRITABLE AVENTURE DE CADET ROUSSEL

Cadet Roussel a trois maisons/ qui n'ont « ni poutres, ni chevrons/ C'est pour loger les hirondelles/ Que direz-vous d'Cadet Roussel ? / Ah ! Ah ! oui, vraiment! Cadet Roussel est bon enfant! » ...

Lequel d'entre nous n'a jamais chanté cette chanson sans se demander vraiment qui était ce « Cadet Roussel » ou en lui attribuant quelque existence mythique ou légendaire? Il a pourtant existé ce cadet-là, ainsi surnommé, on s'en doute, parce qu'il était le second fils de la famille Roussel.
Né le 30 avril 1743 à Orgelet (Jura), de Jean-Baptiste Roussel et de Marie Pierote Girard, Guillaume Joseph Roussel dit « Cadet» s'installera à l'âge de vingt ans à Auxerre. Après avoir été un temps laquais, il est bien remarqué parce qu'il parle bien et possède une jolie écriture. Tout ce qui suffit pour entrer dans la basoche! Le voilà donc clerc d'huissier et tout occupé à rédiger exploits, constats et placets.
Là encore, son intelligence fait merveille et lui permet d'obtenir, en 1780, l'autorisation royale de se faire installer dans ses fonctions de premier huissier-audiencier au baillage d'Auxerre. C'est un poste d'importance où, ses bonnes mœurs, sa fidélité au roi et son catholicisme impeccable aidant, il devient bientôt un des notables de la ville.
Ayant désormais deux mille livres de revenu annuel, Cadet Roussel prend femme. Une certaine Jeanne Serpillon, bien plus âgée que lui, mais, pour reprendre un mot célèbre, pas mal vue de dot... Pour faire honneur à sa charge, Me Roussel choisit une maison un peu baroque et entreprend de la transformer encore et de l'agrandir. Au gré de son imagination débordante. En arrive-t-on bientôt à une maison sans portes ni chevrons ? C'est ce que prétend la chanson ...
Arrive là-dessus la Révolution. Cadet Roussel, malin comme un clerc de notaire malgré sa charge d'huissier au baillage et siège principal d'Auxerre, comprend d'où vient le vent.
Il se rend agréable aux nouveaux maîtres, flatte les uns et les autres, paie le coup aux braves gens et se fabrique une sorte de réputation. Dans le pays, on dit qu'il n'est pas fier Me Roussel, que c'est un homme un peu original mais plein d'idées, un bon bourgeois qui n'a pas oublié ses origines populaires.
Aussi quand il va s'agir de donner un chant de marche aux soixante-douze volontaires auxerrois du 1er Bataillon, c'est tout naturellement que Gaspard de Chenu du Souchet, à qui l'on devait déjà Les Jacobins d'Auxerre, va créer une immortelle chanson à la gloire de Cadet Roussel. L'air est emprunté à la chanson de Jean de Nivelle tirée d'un recueil de 1612 : Chansons folastres, tant superlifiques que drôlatiques des comédiens français. Et les paroles se démarquent à peine de l'original qui disait: « Jean de Nivelle n'a qu'un chien/ Il en vaut trois, on le sait bien ...! Mais il s'enfuit quand on l'appelle!/ Connaissez-vous Jean de Nivelle? / Ah ! Ah ! Ah ! oui, vraiment! Jean de Nivelle est bon enfant ! »
Le 16 septembre 1792, les volontaires quittent Auxerre par la porte de Saint-Siméon en chantant à tue-tête que Cadet Roussel a trois maisons, trois habits, trois chapeaux, trois souliers, trois cheveux, trois gros chiens, trois beaux chats, trois belles filles, trois deniers, mais qu'il ne mourra pas:
« Car avant de sauter le pas/ on dit qu'il apprend l'orthographe/ pour faire lui-même son épitaphe/ Ah ! Ah ! Ah ! oui, vraiment/ Cadet Roussel est bon enfant! »
Cette chanson rythmera la marche des volontaires auxerrois puis, très vite et tout autrement que La Marseillaise, de toute l'armée du Nord, en Belgique, dans le Brabant et dans les Flandres. En 1793, cet air est devenu tellement populaire que deux historiens oubliés aujourd'hui, Ande et Tissot, font jouer au théâtre de la Cité une pièce intitulée Cadet Roussel oule Café des aveugles.
Porté par « sa » chanson, Me Roussel s'inscrit dans un club républicain, la « Société Populaire », s'y fait remarquer par son zèle jacobin et une propension à signer des pétitions enflammées où l'on réclame la mise en jugement de Louis XVI, « l'ingrat, le traître, l'incorrigible ». On voit que le brave Cadet, enragé, haineux, pétitionnaire n'était peut-être pas si « bon-enfant» que la chanson le prétend.
En fin de course, il devait arriver ce qui arriva aux plus excités des révolutionnaires: des plus « purs » les épurent.
Accusé de s'être livré, lors d'une levée de scellés, à une véritable saturnale dans la maison du citoyen Front, Me Roussel tombe dans les griffes du comité de surveillance d'Auxerre qui exige sa destitution et son arrestation.
Cadet Roussel, protégé par Maure, député d'Auxerre à la Convention va sauver sa tête. Mais il perdra sa charge. Libéré de prison, Me Roussel n'a plus qu'une idée en tête: reconquérir la confiance du Comité de Surveillance en en rajoutant dans le délire révolutionnaire.
Le 10 Nivose An II (30 décembre 1793), il organise, dans la cathédrale d'Auxerre, une grande fête en l'honneur de la Déesse Raison. Avec concours de la Déesse de la Liberté - une jeune fille habillée très à la grecque ... -, de bœufs couverts de chapes de draps d'or, de chars burlesques, de monstres en osier représentant le « Despotisme », le «Fanatisme » et le « Fédéralisme ». Les dits monstres - représentés par des masques personnifiant un roi, un évêque et un truand furent jetés dans les flammes.
Les flammes furent-elles trop fortes? Toujours est-il que le feu menaça de tout griller et que la Déesse Raison, rongée par la peur, en fit littéralement caca dans une culotte qu'elle portait fort légère ...
- Les aristocrates ont empoisonné la procession, mais on les connaît et ils le paieront cher, grognèrent les fougueux Jacobins ...
Malgré cet épisode malodorant, Me Roussel était rentré en grâce. Le 1er mai 1793, il est membre du Comité de salut public de sa commune, une bande de commissaires politiques fanatiquement vigilants ...
Le 9 thermidor An II, Robespierre est enfin raccourci. Le 16, Cadet Roussel et ses amis qui avaient été encore plus robespierristes que Robespierre lui-même, écrivent à la Convention pour se féliciter de l'élimination de «l'assassin hypocrite» (Robespierre) et protester de leur indéfectible patriotisme.
Ce ne fut pas suffisant. Me Roussel et quelques-uns de ses comparses furent jetés en prison. Le 19 Vendémiaire An IX, une loi décréta l'amnistie des délits commis sous la terreur. Cadet Roussel en bénéficia.
A partir de là, nous perdons la trace de Me Roussel. Echaudé sans doute par ses expériences politiques successives, jugea-t-il plus prudent de vivre le reste de son âge calfeutré dans l'une de ses trois maisons ... Il resta donc huissier. Sous le Directoire. Sous le Consulat. Sous l'Empire.
Le 23 Nivose An Xl (14 janvier 1803), sa femme mourut. Elle avait seize ans de plus que lui. Agé de 60 ails, Cadet Roussel se remariait, trois mois plus tard, avec Reine Baron, la nièce de sa femme. Née le 6 août 1766, elle avait vingt-trois ans de moins que lui. Cadet Roussel en fut-il épuisé? Moins de trois ans plus tard, le 26 janvier 1807, il passait l'arme à gauche où étaient déjà ses sympathies politiques. Comme aurait pu le dire un autre personnage célèbre, M. De la Palice, Cadet Roussel venait de mourir en perdant la vie ...
Alain Sanders National Hebdo du 22 au 28 septembre 1988