vendredi 14 janvier 2011

Les guerres médiques

Voici 25 siècles, sur ce théâtre unique, face aux “Barbares”, des Européens se découvrirent tels.
À l'aube du Ve siècle avant notre ère, dans un monde égéen peu peuplé, sous pression des “Barbares” aux frontières de l'Hellade, les Grecs avaient une faible conscience de leur identité. Tout allait changer avec les guerres médiques et la menace d'une invasion ressentie comme celle de l'Asie.
Jusqu'alors, le Barbare était avant tout l'étranger qui ne parlait pas la langue d'Ho­mère. Sa prononciation « lourde et empâ­tée », comme la caractérisera Strabon au Ier siècle encore, suscite les moqueries. Le mot même de “Barbare” retranscrit les onoma­topées ou le bredouillis incompréhensible que les Hellènes entendaient dans la bouche du voyageur accueilli suivant les règles d'hos­pitalité, mais qui était radicalement étranger à leur univers. Si le fait linguistique était la manifestation immédiatement perceptible d'une différence, ce sont les liens du sang, de la religion, des coutumes de la terre qui fon­daient le sentiment d'appartenance.
Sentiment encore faible. Il n'interdisait pas les querelles entre les cités soucieuses de leur autonomie. Ce n'est pas en vain que l'on a pu parler de culture “agonale”, c'est-à-dire bel­liqueuse, pour les Grecs. Une vision helléno­centrée du monde, avec Delphes pour centre ou pour “nombril”, rejetait les Barbares, qu'ils soient égyptiens, carthaginois ou perses, vers des marges géographiques que seuls les voyageurs, ou encore des esprits aty­piques comme Hérodote, étaient en mesure de connaître. Pourtant, la trop grande proxi­mité du puissant empire perse à la lisière du monde grec allait radicalement modifier la perception des Barbares et, en retour, l'image que les Grecs se faisaient d'eux-mêmes.
La prise de conscience d'une menace repré­sentée par les hordes du Grand Roi fut cepen­dant tardive. Sur la rive asiatique de la mer Égée, l'Ionie, peuplée de Grecs, avait été bruta­lement conquise au milieu du VIe siècle par le souverain achéménide Darius Ier, et intégrée à un ensemble politique oriental qui s'étendait jusqu'à l'Indus. Des maîtres perses et mèdes furent imposés aux Grecs ioniens, qui devaient compter avec une forte présence étrangère sur leur territoire. Il faut préciser que les Perses et les Mèdes d'alors, mêlés aux populations dis­parates de la Babylonie, n'avaient plus guère de parenté avec les conquérants indo-européens arrivés dans ces régions plus de mille ans aupa­ravant. Le fossé ethnique se doublait d'une forte opposition politique, dans la mesure où l'occupant favorisait le régime des tyrans. Mais lorsqu'en -499 les cités d'Ionie se révoltèrent, seules Athènes et Érétrie répondirent à l'appel et se portèrent à leur secours. La menace n'était pas encore ressentie comme assez pressante pour que les Grecs dans leur ensemble, et en tant que tels, en mesurent l'ampleur.
En 492 avant notre ère, 2 ans après la des­truction de Milet, la traversée du Bosphore par les troupes perses que menait Mardonios, gendre du Grand Roi, précisa tout à coup l’imminence du danger. Quelques cités, soucieuses de leur autonomie, préférèrent pourtant s'accommoder d'une tutelle étrangère et même profiter de la situation pour asseoir un pouvoir jusque-là contesté. Il est vrai qu'allaient s'affronter un puissant État centralisé et une poussière de communautés de type rural, plus habituées aux querelles de voisinage qu'à la résistance à une invasion étrangère ! « Qui serait donc capable de tenir tête à ce large flux humain ? Autant vouloir par de puissantes digues contenir l'invincible houle des mers ! » écrira Eschyle (Les Perses, - 472). L'armée barbare semblait irrésistible. Mais lorsque les émissaires achéménides vinrent exiger d'Athènes « la terre et l'eau », c'est-à-dire la soumission de la cité, ils furent, simplement, mis à mort.
Après avoir incendié Naxos ou encore Érétrie, dont les populations furent réduites en esclavage, les Perses débarquèrent alors à Marathon en -490. Contre toute attente, Athéniens et les Platéens, leurs voisins, forts de la cohésion de leur phalange, sortir vainqueurs d'une bataille où l'infanterie barbare l'emportait pourtant par le nombre. Ils s'offrirent même le luxe de rentrer à Athènes au pas cadencé pour protéger la cité d'un éventuel débarquement. Dès lors, les Athéniens pouvaient se flatter, comme l'explique Hérodote, « d'avoir été les premiers de tous Grecs à affronter l'ennemi, les premiers à supporter la vue du vêtement mède et des hommes ainsi vêtus, alors que les Grecs prenaient peur rien qu'à entendre le nom des Mèdes ».
Dix ans plus tard, l'ambitieux Xerxès, successeur de Darius, décida d'une seconde expédition, préparée méthodiquement et sans commune mesure avec la précédente. Hérodote a dépeint une armée immense qui défila pendant 7 jours et 7 nuits devant son chef ! Conscients qu'il ne s'agissait cette fois non plus de représailles mais d'une véritable invasion, les Grecs s’organisèrent sous le commandement de Sparte et cela en dépit des oracles défavorable de Delphes.
La Grèce était menacée d'anéantissement. L’Achéménide voulait la réduire par la force et la noyer dans la masse des peuples déjà sous tutelle. La deuxième guerre médique commença en -480. À la tête d'une immense armée bigarrée, Xerxès passa l'Hellespont. Par la Thrace, la Macédoine et l'Épire, il des­cendit vers la Grèce centrale. Malgré l'hé­roique résistance des Spartiates de Léonidas, le défilé stratégique des Thermopyles fut franchi. Les Athéniens durent se réfugier sur leur flotte et quitter leur cité. Eux qui se consi­déraient comme les véritables fils de Gaïa – la Terre divinisée –, enracinés au plus profond du sol de leur patrie, ils laissèrent leurs terres aux mains de l'ennemi. Mais c'était pour prendre une éclatante revanche sur mer, à Salamine, sous le commandement de Thé­mistocle. Cette première victoire précédait celle du Spartiate Pausanias, l'année suivante, sur terre, à Platée.
Ces victoires et d'autres encore précipitè­rent la déroute des Perses et la libération des cités grecques d'Asie Mineure, regroupées dans la ligue de Délos par Athènes en -478. Après de nouvelles victoires navales, le Grand Roi dut reconnaître l'indépendance des villes d'Ionie. Et c'est naturellement dans la bouche des Athé­niens, jurant de ne jamais trahir leurs alliés au profit des Perses, qu'Hérodote place la première recon­naissance explicite de la « grécité ». Après avoir évoqué les temples saccagés et les dieux profanés par les Barbares, qui appellent ven­geance, « il y a le monde grec uni par la langue et par le sang, les sanctuaires et les sacrifices qui nous sont communs, nos mœurs qui sont les mêmes… » (Enquête, livre VIII).
L'Hellade était sauvée et tous avaient conscience que seule l'alliance des cités avait permis de repousser l'envahisseur. Forts de leur victoire, les Grecs ne cessent alors de la raconter, d'exalter leur glorieuse résistance et de définir ce qui les distingue radicalement de vaincus qui restent néanmoins mena­çants. Tous se reconnaissent dans une cer­taine façon de combattre. La phalange hoplitique, symbole de la cohésion de la cité, constituée de citoyens soldats luttant pour leur patrie, apparaît comme l'antithèse des armées barbares désordonnées, composées d'esclaves tributaires du Grand Roi, issues des différentes peuplades soumises aux Achémé­nides. L'iconographie grecque ne manque pas de les représenter au moment où ils s'apprê­tent à fuir et tombent à terre, blessés, souli­gnant toujours le caractère exotique de leurs traits et de leur accoutrement. La pureté de la flotte grecque est également magnifiée, notamment par Eschyle. Au martèlement des rames frappant l'eau en cadence et le chant de guerre entonné d'une seule voix, le poète oppose le bruissement confus qui montent des navires barbares à Salamine.
L'absence d'ordre, la démesure, les com­portements excessifs deviennent d'ailleurs les caractéristiques des Barbares. Incapables de se contrôler et de reconnaître les limites fixées à l'homme, ils per­turbent l'équilibre du monde et ne peuvent que susci­ter la colère des dieux. Exemple de l'hubris [perte du sens de la mesure] barbare, Xerxès en per­sonne. À la mer, coupable d'avoir démantelé un pont que ses soldats venaient d'achever, il ordonna d'administrer 300 coups de fouet et de marquer les flots au fer rouge, comme il l'aurait fait avec un esclave. De façon plus générale, face à une forme organi­sée et méthodique de domination qui les menaçaient, les Grecs ont, par contraste, fait de la liberté le trait caractéristique de leur civilisation.
Les contours de l'identité grecque se sont ainsi précisés dans l'adversité et la résistance commune. L'hellénisme peut désormais être perçu comme un destin historique qu'il s'agit de graver dans la pierre et dont il faut conser­ver la mémoire : avec la dîme du butin, un trépied d'or fut offert à Delphes, sur une colonne portant les noms des cités qui avaient combattu à Platée, et des fêtes pan­helléniques de la liberté furent organisées tous les 4 ans sur le site de cette bataille. La mémoire historique des Grecs, qui se limi­tait jusqu'ici aux récits homériques, s'enrichit d'une référence majeure et fédératrice à laquelle on recourra toujours. L'Iliade, pre­mière épopée panhellénique, fut même réin­terprétée et inscrite dans la longue série des conflits qui menèrent à l'invasion de Xerxès, tandis que la génération de Marathon était considérée comme l'égale des héros du cycle troyen. Sans doute les fils de Priam parlaient­-ils la même langue et rendaient hommage aux mêmes dieux que les Achéens, mais ils comptaient des Barbares dans leur armée. La division du monde et de son histoire, « depuis que la mer a séparé l'Europe de l'Asie » en 2 blocs distincts, radicalement opposés, imposa une telle relecture.
S'il est vrai que la force de cette mémoire partagée, et sans cesse chantée par les poètes, fut mise à mal par l'atomisation des cités, la lutte contre les Perses n'en est pas moins à l'ori­gine d'une prise de conscience identitaire. Elle est également la source de couples symbo­liques qui n'ont cessé de marquer les construc­tions historiques et politiques à venir : Europe et Asie, civilisation et barbarie.
► Emma Demeester, NRH n°7, été 2003./ http://vouloir.hautetfort.com
◘ Chronologie :
  • 546-540 : Conquête de l'Asie mineure et des cités d'lonie par Darius Ier.
  • 499-494 : Révolte de l'lonie contre les Perses.
  • 490 : Première guerre médique : victoire athénienne de Marathon.
  • 486 : Avènement de Xerxès Ier.
  • 480-479 : Deuxième guerre médique.
  • 480 : Sacrifice des Spartiates aux Thermo­pyles. Sac d'Athènes. Victoire navale des Athéniens à Salamine.
  • 479 : Victoire de Platée, libération de la Grèce. Victoire navale de Mycale, libération de l'lonie.
  • 478 : Révolte et libération des Grecs d'Asie Mineure.

mardi 11 janvier 2011

1254 : Un État chrétien

Ayant appris le décès de sa mère qui assurait la régence, Louis IX revient de croisade. Il entreprend alors son oeuvre législative, censée organiser la cité terrestre comme un reflet de la charité du royaume de Dieu.
Cette année-là, la vingt-sixième de son règne, Louis IX, quarante ans, rentrait de la croisade après six années d'absence et de souffrances. Il était triste, sujet même à des colères, mais dès qu'il eut accosté le 17 juillet à Hyères, puis traversé la Provence de son épouse Marguerite, la joie de son peuple l'émut profondément : quittant son humeur maussade, il revêtit l'image d'un roi sûr de lui et fier de son autorité.
Un échec total ?
En fait cette croisade avait-elle été un échec total ? De Chypre, les croisés avaient débarqué en juin 1249 en Égypte et très vite brisé la dure résistance des Sarrasins en s'emparant du port de Damiette que Louis espérait échanger par négociations contre Jérusalem. De là il avait voulu marcher sur Le Caire. Son frère Robert comte d'Artois avait déjà trouvé la mort en franchissant le Nil quand il atteignit lui-même Mansourah au prix de grands exploits d'énergie, mais un espion soudoyé prépara la capture du roi et de ses troupes (avril 1250).
Prisonnier des musulmans, Louis fut maltraité, mais sa dignité, sa grandeur d'âme, son imperturbable fierté en imposaient même à ses geôliers. La cour d'Égypte accepta de négocier une rançon contre la reddition de Damiette. Libéré en mai, le roi alla rejoindre Marguerite à Saint-Jean d'Acre, où elle venait d'accoucher dans des conditions tragiques de leur sixième fils Jean-Tristan. Là, malgré les conseils de ses chevaliers, il décida de demeurer quelque temps en Palestine, pour remettre de l'ordre dans ce qui restait du royaume franc, redresser les fortifications, entreprendre de convertir des musulmans… voire tenter, profitant des divisions entre ces derniers, de reprendre Jérusalem ! Il avait à cet effet, comme l'a montré René Grousset, amorcé une oeuvre de grande diplomatie en s'appuyant sur le grand khan, chef des Mongols, favorable au christianisme, qui aurait donc pu aider les Français à reprendre Jérusalem, voire à établir en Terre sainte un embryon de nouvelle France…
Toutefois, après la mort de sa mère la régente Blanche de Castille (27 novembre 1252, à soixante-quatre ans) qu'il n'apprit qu'au printemps 1253, il devenait urgent pour Louis de revenir en son royaume. Il laissait inachevée une mission qu'il savait divine, souffrance infinie pour une âme qui déjà tendait de toute évidence à la sainteté. Heureusement deux autres enfants étaient venus égayer le foyer conjugal : Pierre en 1251, Blanche en 1253. Laissant sur place une partie de l'armée, on réembarqua donc à Tyr, le 24 avril 1254. Le saint sacrement étant en permanence exposé et gardé sur la nef royale, l'on parvint non sans tribulations à Hyères en juillet, avant de remonter la vallée du Rhône, l'Auvergne et le Bourbonnais..
Grand législateur
Dès cette année 1254 commença la partie plus proprement législatrice de son règne. Il souhaitait organiser la cité terrestre comme un reflet de la charité du royaume de Dieu. En décembre, il signait une première ordonnance dite de Beaucaire qui, tout en respectant le droit féodal, empruntait au droit romain : les baillis et les magistrats des villes, représentants du roi, responsables du maintien de l'ordre, devraient recevoir une instruction complète de leurs droits et de leurs devoirs et s'entourer d'assesseurs. On a vu là comme le germe de ce que seraient plus tard les états provinciaux. Allait alors bien vite se propager l'image immortelle du roi rendant la justice sous le chêne de Vincennes, ferme quand il le fallait, toujours porté à écouter avant de se prononcer, parmi les plaideurs, les plus pauvres et les plus démunis.
L'enseignement intéressait particulièrement le roi. C'est en cette année 1253 que Robert de Sorbon, chapelain du roi, créa le célèbre collège qui allait devenir la Sorbonne. Heureuse époque où régnait sur l'État un saint et où s'apprêtait à régner sur l'Université le grand saint Thomas d'Aquin, donnant alors ses premiers enseignements à Paris avant de voyager à travers l'Europe et de se mettre à rédiger sa puissante Somme théologique.
La première charte de l'industrie
N'oublions pas non plus que ce temps fut celui où parut le Livre des Métiers d'Étienne Boileau, première charte de l'industrie française et de l'organisation des métiers. Le temps aussi où le peuple, loin d'être hébété, dressait vers le ciel ces lances de pierre que sont toujours nos cathédrales…
Du fait que Louis fût devenu l'arbitre reconnu par tous les princes de l'Europe et sur le “supplément d'âme” qu'il apportait en politique internationale, nous avons traité dans L'AF 2000 du 1er août 2008. Reste qu'après avoir tant souffert là-bas sur les lieux mêmes où souffrit et mourut le Christ, il ne se consolait toujours pas de n'avoir point réduit les Infidèles. Il regardait déjà du côté de Tunis où le souverain semblait, disait-on, s'ouvrir au christianisme…
MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 19 novembre au 2 décembre 2009

dimanche 9 janvier 2011

A quand une repentance pour les « captifs en Barbarie » ?

Des centaines de livres sont consacrés chaque année aux Africains vendus (généralement par leurs compatriotes) aux négriers fournissant les colonies d’outre-Atlantique. Un calvaire également détaillé dans de multiples films et émissions de télévision et solennellement évoqué chaque 10 mai par la « Journée commémorative des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition » instituée (sans crainte de la redondance !) par Jacques Chirac en 2005 avant que Nicolas Sarkozy n’y aille de sa larme le 8 janvier dernier lors de son hommage antillais à Aimé Césaire. Mais qui rappelle le martyre des esclaves blancs, plus d’un million selon l’historien anglais Giles Milton ?

Dans son roman policier Le Phare, paru en 2008 à LGF/Livre de Poche et qu’elle situe à Combe Island, au large de la Cornouailles, l’Anglaise P. D. James signale à plusieurs reprises la terreur exercée par les pirates maghrébins, surtout ceux de Rabat-Salé, sur les côtes sud de l’Angleterre où ils s’étaient emparés de plusieurs îles, transformées en bastions. Le sort tragique et « l’histoire extraordinaire des esclaves européens en terre d’islam », c’est justement ce qu’a étudié l’historien Giles Milton, anglais lui aussi, dans Captifs en Barbarie.

Plus d’un million d’esclaves blancs

On sait quelle ampleur avait prise la piraterie barbaresque en Méditerranée et le péril qu’elle faisait courir aux populations riveraines, au point que la prise de la Régence d’Alger par la France, en 1830, fut approuvée et accueillie avec soulagement par toute l’Europe. Même si une cousine de la future impératrice Joséphine, la Créole Aimée Dubuc de Rivery, qui avait pris place sur un bateau pour la Métropole, vit le navire arraisonné et ses passagers vendus en esclavage, elle-même étant destinée au harem du sultan de Stamboul, on sait moins que cette piraterie fut presque aussi active dans l’Atlantique. A partir des côtes marocaines furent ainsi razziés aux XVIIe et XVIIIe siècle non seulement des Britanniques mais aussi des Scandinaves, des Islandais, des colons du Groenland et même des Américains.

Après de longs recoupements, Giles Milton estime à plus de un million le nombre des esclaves occidentaux dont une infirme minorité put recouvrer la liberté, grâce au versement d’une rançon ou par évasion — cas du Cornouaillais Thomas Pellow, enlevé en 1715 à l’âge de onze ans, enfin libre vint ans plus tard et dont l’autobiographie publiée en 1740, après son miraculeux retour en Angleterre, sert à l’auteur de fil conducteur.

A l’époque comme aujourd’hui en Afghanistan et surtout en Afrique (qu’on pense à la Somalie, au Mali où croupissent plusieurs Français), la prise d’otages occidentaux était pratiquée à grande échelle pour obtenir d’abord d’extravagantes rançons, surtout quand ces otages étaient de hauts personnages, mais aussi pour obtenir aussi des appuis politiques et des retournements d’alliances. Ainsi le Maroc multiplia-t-il au début du XVIIe siècle les razzias d’Anglais dans le dessein d’obliger le roi Jacques 1er Stuart à attaquer l’Espagne.

Une main-d’œuvre à bon marché

Mais la cause principale était évidemment de se procurer au moindre coût une énorme main-d’œuvre. Celle-ci étant par exemple nécessaire à la réalisation des projets pharaoniques du sultan alaouite Moulay Ismaïl qui régna de 1672 à 1727 et dont l’obsession était de surpasser Louis XIV, qu’il sommait d’ailleurs de se convertir à l’islam… Ce qui n’empêchait d’ailleurs pas ce fervent musulman de se saouler rituellement à mort pour fêter la fin du ramadan ! Pour que son ensemble palatial de Meknès, avec notamment le Dar el-Mansour, « haut de plus de cinquante mètres », fût infiniment plus vaste et plus imposant que Versailles, le monarque avait donc besoin d’une masse d’ouvriers mais aussi d’artisans, de contre-maîtres et d’architectes que seuls pouvaient lui procurer les pirates écumant les côtes européennes. Selon l’historien arabe Ahmad al-Zayyani cité par Milton, il y eut simultanément à Meknès jusqu’à 25 000 esclaves européens, soit une population « à peu près égale à celle d’Alger ».

Certes, il y avait un moyen pour les captifs d’adoucir leur servitude : embrasser l’islam, comme l’avait fait le renégat hollandais Jan Janszoon, devenus l’un des plus redoutables et des plus riches chefs pirates sous le nom de Mourad Raïs. Mais la foi étant encore si grande et si profonde à l’époque, bien peu s’y résolurent, préférant l’enfer sur terre à l’Enfer au Ciel.

Car c’est bien la géhenne que ces malheureux subissaient sous la férule d’une sanguinaire Garde noire, qui terrorisait autant qu’elle surveillait. Ces Noirs, « d’une hauteur prodigieuse, d’un regard épouvantable et d’une voix aussi terrible que l’aboiement de Cerbère » selon l’ancien esclave français Germain Moüette, n’hésitaient pas à recourir aux châtiments les plus extrêmes, voire à la peine capitale, à l’encontre des prisonniers rétifs, ou simplement trop malades et donc incapable de fournir le labeur exigé d’eux malgré les rations de vin et d’eau-de-vie procurées par les juifs, courtiers habituels entre les pirates et Moulay Ismaïl.

Non content de procéder aux pires profanations — après la prise de la place-forte espagnole de la Memora en 1688, le souverain alaouite se fit apporter les statues de la Vierge et des saints afin qu’il puisse « cracher sur elles » avant de les faire briser— Moulay Ismaïl prenait grand plaisir au spectacle de la torture. Selon le récit de Harrison, ambassadeur anglais venu négocier le rachat de ses compatriotes et surtout des femmes, le sultan, qui se déplaçait volontiers sur un « char doré, tiré non par des chevaux mais par un attelage d’épouses et d’eunuques », pour la plupart européens, « faisait battre les hommes presque à mort en sa présence, certains sous la plante des pieds et il les forçait ensuite à courir sur des cailloux et des épines. Certains des esclaves avaient été traînés par des chevaux jusqu’à être mis en pièces. D’autres avaient même été démembrés alors qu’ils étaient encore vivants, leurs doigts et orteils coupés aux articulations ; bras et jambes, tête, etc. »

L’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’humanité

Un traitement sadique que ne subirent jamais les victimes de la traite triangulaire. « Etre esclave en Géorgie, voilà le vœu d’un ouvrier lyonnais », devait d’ailleurs écrire l’humoriste français Alphonse Karr à la veille de la guerre de Sécession. Certes, tous les « captifs en Barbarie », et notamment au Maroc, pays dont on nous dit être de haute civilisation et profondément humaniste, ne furent pas traités de manière aussi inhumaine. Comme dans d’autres camps, plus récents, beaucoup succombèrent non sous les coups ou la question, mais du fait d’épidémies décimant des organismes affaiblis par la faim, le froid des nuits d’hiver et surtout une promiscuité immonde, les esclaves regroupés dans des cellules surpeuplées vivant dans leurs immondices.

Nul ne saurait bien sûr, et surtout pas notre Nomenklatura politique (Nicolas et Carla Sarkozy, Jacques et Bernadette Chirac, Dominique et Anne Strauss-Kahn, Béatrice et Jean-Louis Borloo, Patrick et Isabelle Balkany, Ségolène Royal, Jean-Paul Huchon et quelques autres) qui vient de passer Noël au Maroc, exiger une repentance en bonne et due forme de la part de « notre ami le roi » Mohamed VI, actuel descendant de l’Alaouite Moulay Ismaïl. Mais l’Ecole de la République, si prolixe sur le sort des esclaves noirs, ne pourrait-elle du moins renseigner nos chères têtes blondes, et autres, sur ce que fut de l’autre côté de la Méditerranée le sort des esclaves blancs ? Cette ordalie subie par plus d’un million d’Européens constitue, Giles Milton est formel sur ce point, « l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’humanité ». Pourquoi en est-elle aussi le chapitre le plus systématiquement occulté ?

Claude Lorne 08/01/2011

Giles. Milton, Captifs en Barbarie / L’histoire extraordinaire des esclaves européens en terre d’Islam, traduction de l’anglais de Florence Bertrand, Payot coll. Petite Bibliothèque, 2008, 343 pages, 9,50€

Correspondance Polémia – 09/01/2011

jeudi 6 janvier 2011

La crise de Suez, 1956 (archive)

En 1956, voilà 50 ans, se déroulait la crise de Suez. Un anniversaire qui n’a pas échappé à Louis Chagnon.

Il y a 50 ans, le 29 octobre 1956, Israël déclenchait le plan «Quadesh», des parachutistes israéliens sautaient sur les passes de Mitla dans le Sinaï, tandis que d’autres pénétraient en Égypte et s’emparaient du poste de Kuntilla. Le lendemain, les gouvernements français et britannique lançaient un ultimatum demandant aux belligérants de se retirer à 10 miles du canal, en cas de refus, les forces franco-britanniques interviendraient pour veiller au respect des termes de l’ultimatum. Le 5 novembre, les parachutistes français et britanniques sautaient sur Port-Saïd et Port-Fouad; ainsi débutait l’opération militaire qui constituait l’aboutissement de la crise déclenchée par la nationalisation du canal de Suez, le 26 juillet, par Gamal Abdel Nasser.
Ce dernier, décidé à devenir le «chef de la nation arabe», menait une politique ostensiblement anti-israélienne et déclarait ouvertement «qu’il était prêt à commettre un génocide de plus de trois millions d’hommes au Moyen-Orient». Israël était régulièrement victime d’attaques de fedayins sur ses frontières jordanienne et égyptienne, faisant de nombreuses victimes civiles. Nasser se devait également de porter un coup sévère aux impérialistes occidentaux. Motifs économiques et politiques s’interpénétraient.
Le motif officiel invoqué par Nasser pour nationaliser le canal était le besoin de financement de la construction du barrage d’Assouan après le refus américain de l’assumer. Cela lui donnait le contrôle total sur le trafic maritime du canal dont le trafic pétrolier vital pour l’Europe et ainsi la nationalisation du canal lui donnait un moyen de pression considérable et augmentait par là le poids international de l’Égypte. Les revenus tirés du trafic maritime du canal pouvaient permettre également de financer le renforcement de l’armée égyptienne que Nasser avait engagé.
Nasser, déçu par les Etats-Unis, s’était tourné vers l’URSS qui lui fournit, outre des armes légères, des chasseurs «MIG» et des bombardiers «Iliouchine» en 1955. Ces appareils faisaient porter sur la population israélienne une menace que le gouvernement de Ben Gourion ne pouvait tolérer. Celui-ci interprétait le renforcement de l’armée égyptienne comme le signe d’une attaque imminente sur Israël. Pour se défendre, Israël ne pouvait acheter des armes selon sa volonté en vertu du contrôle sur les ventes d’armes au Proche-Orient que pratiquait une commission tripartite comprenant la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Ces deux derniers états étaient hostiles à l’Etat hébreux. En fait, cette commission servit aux Anglo-Saxons à contrôler les ventes d’armes de la France. Par contre, la Grande-Bretagne et les États-Unis pouvaient vendre des armes à l’Iran et à l’Irak par l’entremise du pacte de Bagdad dont ces pays étaient membres. L’URSS n’était tenue par aucun engagement et l’équilibre des forces penchait en faveur des pays arabes. Les Israéliens se tournèrent vers le seul pays pouvant les aider, la France, qui leur répondit favorablement et leur fournit des armes conventionnelles. Mais le brusque renforcement de l’aviation égyptienne remettait la sécurité d’Israël en cause. La France livra à Israël des avions de type «Ouragan» et des avions à réaction les plus modernes qu’elle possédait à l’époque, des «Mystère IV» dont les premiers atterrirent le 11 avril 1956 au milieu d’une émotion indescriptible.
Cette étroite collaboration entre la France et Israël permit à la France d’introduire Israël dans l’affaire de Suez et c’est elle qui proposa le scénario qui fut mis en action fin octobre 1956. L’attaque israélienne devait être le prétexte à l’intervention franco-britannique.
L’objectif de la France n’était pas de rétablir un contrôle international sur le canal de Suez mais de faire tomber Nasser qui soutenait activement les rebelles algériens du FLN en fournissant des armes, quelquefois achetées à la France. Des soldats français se faisaient tuer par des armes françaises vendues à l’Égypte par la France elle-même. La solution de la guerre d’Algérie passait par Suez, d’après le gouvernement de Guy Mollet. Il y eut incontestablement une surévaluation du rôle de Nasser dans l’affaire algérienne.
L’objectif des Britanniques restait de rétablir un contrôle international sur le canal. La nationalisation du canal avait remis en cause la libre circulation des navires, garantie par l’article 1 de son statut juridique établi en 1888: « Le canal maritime de Suez sera toujours libre et ouvert en temps de guerre comme en temps de paix, à tout navire de commerce ou de guerre, sans distinction de pavillon ». La Grande-Bretagne considérait que laisser le contrôle du canal entre les mains d’une seule puissance, qui pourrait l’utiliser dans un but de politique nationale, était dangereux et qu’il y avait une menace pour ses intérêts économiques. En 1955, le tiers du trafic maritime sur le canal était britannique, rien ne pourrait empêcher Nasser d’interdire le trafic britannique sur le canal comme il le faisait pour les navires israéliens.
L’offensive militaire israélienne et franco-britannique fut une réussite complète: en quelques heures, l’armée égyptienne fut vaincue malgré les rodomontades de Nasser. Mais les États-Unis et l’URSS n’entendaient pas laisser les franco-britanniques intervenir librement sur la scène internationale. Les États-Unis firent pression sur la Grande-Bretagne, en menaçant la livre sterling, les Américains pouvaient mettre à genoux l’économie britannique et c’est ce qu’ils commencèrent à faire. Les Britanniques durent rapidement plier et se soumettre à la volonté des États-Unis. La France ne pouvant pas rester seule face aux États-Unis et à l’URSS fut obligée d’arrêter son offensive en Égypte.
Si les menaces de l’URSS d’employer toutes les formes possibles d’action contre la France et la Grande-Bretagne, y compris la force nucléaire, n’étaient pas sérieuses, elle furent cependant proférées dans un but diplomatique, l’objectif des Soviétiques était de diviser le bloc occidental et ils y réussirent. La France, voyant que les États-Unis ne soutenaient pas ses alliés, considéra qu’ils n’étaient plus sûrs et que rien ne garantissait leur intervention en cas d’agression soviétique sur l’Europe de l’Ouest, cette attitude encouragea les gouvernements français successifs à poursuivre plus que jamais le programme nucléaire militaire national. Les Britanniques quant à eux adoptèrent une position diamétralement opposée et appliquent depuis lors une collaboration internationale très étroite avec les Américains et même inféodée à l’Oncle Sam.
En 1956, les États-Unis et l’URSS furent d’accord pour écarter les deux principales puissances européennes des grands théâtres d’opérations internationaux, la confrontation Est-Ouest ne tolérait pas l’existence d’électrons libres.
Aujourd’hui, les choses sont complètement différentes. Après la disparition de l’URSS, les États-Unis pensaient pouvoir jouer le rôle d’unique superpuissance sans entrave et intervenir sur n’importe quel point du globe, sans adversaire à leur hauteur. Les faits se sont évertués à démontrer que cela leur était impossible, affaiblis par leur échec en Irak et par leur enlisement en Afghanistan, ils ne sont plus capables d’opérer seuls et on voit mal les Marines débarquer à Beyrouth comme en 1958. Loin de négliger leurs alliés, les États-Unis sont désormais devenus quémandeurs de leur soutien. Les récents événements au Liban démontrent que le monde a besoin d’une France militairement puissante et le maintien de crédits budgétaires en conséquence pour la Défense est devenu un impératif.
Louis Chagnon pour LibertyVox
Louis Chagnon est chargé de recherche au S.H.D
Source carte : http://history.sandiego.edu/gen/USPics8/64283.jpg

mercredi 5 janvier 2011

Jacques Cathelineau

Jacques Cathelineau, fils de Jean Cathelineau, est né le 5 Janvier 1759 au Pin-en-Mauge. Sa famille, roturière, est très pieuse et son père occupe la place de sacristain de l’église du village. Jacques eut 10 frères et soeurs, dont 4 seulement vécurent. Jean naquit le 5 décembre 1756, Pierre le 27 décembre 1767, Joseph le 23 Juin 1772 et Marie le 29 Mai 1761. Les enfants de roturiers ne pouvaient prétendre à être scolarisés, tout d’abord parce que la pension coûte cher et ensuite les petites communes des Mauges n’ont pas encore d’école. Mais Jacques, qui sert la messe régulièrement, est intelligent, bien plus que la plupart des enfants de son âge. Le prêtre de la paroisse, remarquant la vivacité de l’esprit de cet enfant, et pour remercier la générosité de son père, il proposa au jeune Jacques de l’instruire, en échange de quelques petits travaux paroissiaux. Jacques Cathelineau quitta donc le Pin-en- Mauges pour vivre à 15 kilomètres de là, dans un petit village du nom de la Chapelle du Genêt.
Jacques va donc grandir et s’épanouir dans cette ambiance scolaire, naviguant entre la paroisse et la maison. On peut supposer que Jacques fut un moment attiré par la vocation sacerdotale car on sait que le jeune Jacques apprit le latin à cette époque par l’abbé Cantiteau.
A 18 ans, le 4 Février 1777, il épouse Louise Godin, de 7 ans son aînée. Ce mariage fut fécond, et Louise mettra au monde 11 enfants, dont 5 vécurent. Maçon comme son père, Jacques Cathelineau se rendit rapidement compte que son maigre salaire ne permettrait pas de nourrir autant de bouches. Il parvint cependant à acheter deux chevaux et une voiture bâchée pour changer de métier et commença à travailler comme marchand voiturier et colporteur. Ses tournées lui permirent de connaître de nombreuses bourgades de la région, et tous les habitants l’estimaient, tant pour sa gentillesse que pour sa probité.
Jacques n’en délaisse pas la paroisse pour autant. Il s’investit dans la vie de l’Église, et y est élu en 1786 syndic de la Fabrique. La vie quotidienne est difficile pendant ces années là, où la disette laisse parfois place à la famine. Les paysans y voient un signe de colère divine, et redoublent de prières et de neuvaines. Début Mars 1793, la Convention vote la levée en masse de 300 000 hommes dans toute la France, sur un système de tirage au sort. Le 12 Mars 1793, les républicains procèdent au tirage au sort à St Florent le Vieil. Malheureusement, les hommes y sont fermement opposés ! Pourquoi aller se faire trouer la peau pour un régime qu’ils ne veulent pas, qui vient d’exécuter leur Roy très Chrétien ? La révolte de la ville de St Florent va vite tourner au lynchage des républicains : la guerre est devenue inéluctable… Cathelineau ne fait pas parti de ces paysans, il n’est pas assujetti à l’appel de la conscription. En effet, celle-ci ne concernait que les jeunes hommes sans enfant, tel qu’Henri de la Rochejaquelein ! Cependant, suivant cette foule qui se révolte contre la république, il décide de prendre son destin en main et prend la tête de l’insurrection des hommes du Pin-en-Mauge.
De partout, des paysans se révoltent, chassent les bleus, et s’unissent. Il faut maintenant organiser cette révolte, il faut des chefs. Le choix se porte sur les aristocrates qui ont reçu une éducation, et qui bien souvent ont connu le métier des armes (tel le comte de La Rochejaquelein ou Charles de Bonchamps). Cependant, il y a deux exceptions : Cathelineau (qui a été sollicité bien avant les aristocrates) et Stofflet qui sont les seuls roturiers à la tête de l’armée. Cathelineau a la stature d’un chef, il a l’intelligence d’un aristocrate, la force d’un maçon, la verve adroite et il sait comment remuer les foules.
Il prend donc la tête de cette armée, et fort de sa foi, il la mène à travers la Vendée. Accumulant les victoires en ce début d’année 1793, il marche avec Stofflet sur Chemillé, Cholet et le 16 Mars sur Vihiers. A Vihiers, l’Armée Catholique et Royale met en fuite tout un bataillon républicain et récupère ainsi leur premier canon. Ce canon, symbole de leur résistance, sera baptisé Marie-Jeanne du nom des deux protectrices de la France : la Sainte Vierge Marie et Sainte Jeanne d’Arc.
Les victoires continuent à s’enchaîner, les bleus n’offrant que peu de résistance à cette formidable foule armée de fourches, mené par celui que l’on nomme déjà « le Saint de L’Anjou ». Peu avant la Pâques, Chalonnes tombe. L’armée angevine se disperse, les paysans rentrent chez eux pour passer cette fête en famille. Cathelineau retrouve femme et enfants, et l’abbé Cantiteau, curé du Pin-en-Mauge, peut célébrer la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ en paix.
Les républicains de leur côté, profitent de cette trêve pour se réorganiser. 4 colonnes de soldats de toute la France se réunissent, prêtes à prendre les Mauges en tenaille. La bataille fait rage, le sang coule et ruisselle, mais les bleus sont trop nombreux ! Les insurgés sont obligés d’abandonner et de se replier jusqu’à Tiffauges.
La conscription continue par ailleurs, et arrive à Châtillon un mois après St Florent. Et, comme à Saint Florent, les habitants de Châtillon ne sont pas enclins à partir mourir pour un régime qu’ils ne soutiennent pas. 4000 paysans se révoltent donc contre la république, et réclame un jeune noble comme chef : Henri de la Rochejaquelein, qui n’a que 20 ans. Cette nouvelle armée se rallie à celle des Angevins de Cathelineau pour former les prémices de la Grande Armée Catholique et Royale, qui ne prend naissance que le 17 Avril.
Motivés par leurs chefs, Cathelineau, Stofflet, La Rochejaquelein, Bonchamps et d’Elbée, les insurgés reprennent Cholet, les Mauges et s’apprêtent à attaquer Bressuire. Dans la prison de Bressuire, il y a le cousin de La Rochejaquelein, le Marquis de Lescure, prisonnier depuis la fin de l’année 1792. L’Armée libère les prisonniers et récupère ainsi deux nouveaux chefs : Lescure et Marigny. Prochaine étape : Thouars. Forte de 10 000 hommes, l’Armée Catholique et Royale se lance à l’assaut de Thouars où les républicains les attendent. L’Armée blanche, menée par la fougue du jeune comte de La Rochejaquelein, triomphe et s’empare de nombres d’armes, 12 canons, et 7000 fusils ! Ils relâchent la quasitotalité des prisonniers et récupèrent de nombreux transfuges, de la ville de Baugé. Ils libèrent le général Quétineau, ardent républicain défenseur de la ville de Thouars, et lui propose de rejoindre les rangs royalistes. Celui-ci refuse l’offre pourtant généreuse, et resta fidèle à la république. L’Histoire a voulu que Quétineau meure quelques temps plus tard, victime de la Terreur instauré par les siens.
Les chefs vendéens n’en oublient pas leur idéal : pureté. Bonchamps, Lescure et Cathelineau donnent des ordres aux vendéens : pas d’excès, ni d’abus, pas de pillages ni de mauvais traitements. Les paysans s’y tiennent pour la plupart, malgré quelques dérapages… Les généraux vendéens ont toujours essayé de traiter les prisonniers bleus avec la plus grande humanité, exception faite de Marigny et Stofflet.
*
Le 16 mai 1793, la Grande Armée Catholique et Royale arrive devant Fontenay, petite ville située en vaste plaine. Gros problème : l'armée royaliste, composée essentiellement de paysans, se bat par embuscades et se cachent derrière les buissons. Ici, aucune cache, aucun buisson… Il faudra affronter les républicains en armée régulière, à découvert donc…Le combat tourne à la débâcle, et les royalistes sont rapidement défaits et abandonne canons et munitions sur le champ de bataille… Fin mai, sous l’impulsion de Cathelineau qui croit toujours en la victoire, l’Armée se reforme et reprend confiance en elle. La ville de Fontenay tremble sous les coups de butoirs de l'armée de Bonchamps, les courageux royalistes entonnent leurs cantiques et l'on entend plus dans la ville que les “Vexilla Regis” !
Cathelineau est heureux, c’est une belle victoire et il le sait ! L’ardeur de ses soldats, la confiance qu’ils ont mis en lui et dans la cause royaliste le touche…Il sait que désormais pour les hommes, il est le chef incontournable de la révolte vendéenne.
Le 12 Juin 1793, dans un souci d’unité, les chefs vendéens décident d’élire le « généralissime », le chef incontesté de leur armée, de qui découleraient tous les ordres. A l’unanimité, tous les chefs choisissent Cathelineau comme chef. Pourquoi ? De nombreuses raisons peuvent être présentées :
les chefs vendéens flattent la masse paysanne en mettant un des leurs à la tête de l’armée Cathelineau est un homme profondément pieux, et respectueux de la foi
Il n’a pas d’autres ambitions que sa mission, et il est irréprochable
Il a l’expérience, l’âge et la sagesse pour être un chef incontesté
Il est apprécié des hommes, il est visionnaire et sait remuer des foules entières par ses paroles
Un extrait du brevet de nomination de Cathelineau au poste de généralissime :
Aujourd'hui 12 juin 1793, l'an 1er du règne de Louis XVII, nous soussignés, commandant les armées catholiques et royalistes, voulant établir un ordre stable et invariable dans notre armée, avons arrêté qu'il sera nommé un général en chef, de qui tout le monde prendrait l'ordre. D'après le scrutin, toutes les voix se sont portées sur M. Cathelineau qui a commencé la guerre, et à qui nous avons tous voulu donner des marques de notre estime et de notre reconnaissance. En conséquence, il a été arrêté que M. Cathelineau serait reconnu en qualité de général de l'armée, et que tout le monde prendrait l'ordre de lui.
Fait à Saumur en Conseil, au quartier général, le dit jour et an que dessus.
Signés :
Lescure, De Beauvollier (x2), de Bernard de Marigny, de Hargues, Stofflet, De Laugrenier, Delaville de Beaugé, De la Rochejaquelein, D'Elbée, Duhoux de Hauterive, De Boissy, Tonnelet, Des Essarts, De Bonchamps.
Les victoires royalistes continuent à s’enchaîner, et la ville d’Angers tombe. Le 23 Juin 1793, l’Armée catholique et Royale arrive en face de la grande ville de Nantes. L’Armée blanche, forte de 40 000 hommes et menée par le généralissime Cathelineau, s’avance aux portes de la ville, défendue par plus de 12 000 bleus. Les royalistes piétinent, la bataille s’enlise… Le 29 Juin, Cathelineau entre enfin dans la ville par la porte de Rennes et atteint la place Viarme. Un coup de feu, tiré depuis une fenêtre, le blesse mortellement. Les vendéens qui venaient de voir leur chef grièvement frappé, se retirèrent de la bataille et furent défaits.
Cathelineau fut transporté mourant jusqu’à St Florent le Vieil, ce petit village qui l’avait vu grandir. Au seuil de sa mort, l’abbé Cantiteau lui rendit visite chaque jour. Il écrira que Jacques Cathelineau est resté calme face à la mort. Il rendit son âme à Dieu le 14 Juillet 1793. Son cousin, Jean Blon, aurait annoncé sa mort avec ces mots : « Le bon Cathelineau a remis son âme à Celui qui la lui avait donnée pour venger Sa gloire »… Une partie des restes de Jacques Cathelineau fut réunie au Pin-en-Mauges à ceux de son fils Jacques-Joseph de Cathelineau et de son petit fils Henri de Cathelineau, et l’autre partie repose encore à Saint Florent le Vieil.
Michelet écrira bien plus tard : « La Vendée, frappée du coup, n'alla pas plus loin. Ils l'avaient cru invulnérable; ils furent tous blessés, qu'ils ne s'en sont jamais relevés ».
Victoire de Donnissan de la Rochejaquelein écrira dans ses Mémoires : « Cathelineau commandait les gens du Pin-en-Mauge et des environs. C'était, comme je l'ai dit, un simple paysan qui avait fait quelque temps le métier de colporteur pour le commerce des laines. Jamais on n’a vu un homme plus doux, plus modeste et meilleur. On avait pour lui d'autant plus d'égards, qu'il se mettait toujours à la dernière place. Il avait une intelligence extraordinaire, une éloquence entraînante, des talents naturels pour faire la guerre et diriger les soldats : il était âgé de trente-quatre ans. Les paysans l'adoraient, et lui portaient le plus grand respect. Il avait depuis longtemps une grande réputation de piété et de régularité ; tellement que les soldats l'appelaient le Saint de l'Anjou, et se plaçaient quand ils le pouvaient auprès de lui dans les combats, pensant qu'on ne pouvait être blessé à côté d'un si saint homme »
http://faj.hautetfort.com/

mardi 4 janvier 2011

1270 : La mort d'un saint

Depuis son retour insatisfait de Palestine en 1254, l'idée de repartir en croisade n'avait jamais quitté Louis IX. Il appareille le 2 juillet, et aperçoit Tunis le 15.
Mais son armée est vite décimée, gagnée par la peste…
Cette année-là, la quarante-quatrième de son règne, Louis IX, cinquante-six ans, entamait la célèbre croisade de Tunis, qui allait pour toujours s'inscrire dans la mémoire française.
Un prince aux yeux de colombe
Son image n'avait cessé de s'illuminer au cours des années. Arbitre de l'Europe, justicier, législateur, soldat héroïque, ami des humbles, tendre époux, père de huit enfants (sans compter les trois déjà décédés, dont Louis, qui aurait dû lui succéder), chrétien haïssant tout ce qui pouvait offenser Dieu, le roi est décrit par Georges Bordonove comme « cet homme si doux, ce prince aux yeux de colombe, modestement vêtu mais peigné avec soin et portant un chapeau en plumes de paon blanc, ce roi au visage angélique, très grand, un peu maigre » que les Parisiens vénéraient. Cette âme si parfaitement royale cachait un grand mystère : il brûlait d'offrir sa vie par amour de Jésus-Christ, dont il voulait défendre l'honneur jusqu'au bout.
Depuis son retour insatisfait de Palestine en 1254, l'idée de repartir en croisade ne l'avait jamais quitté.
Dès le 25 mars 1267, jour de l'Annonciation, il avait annoncé sa volonté de reprendre la croix. En juin il avait armé chevalier son fils Philippe, vingt-cinq ans, devenu l'héritier. En 1269, il avait visité plusieurs régions de son domaine, désireux de tout laisser en ordre. Pour le gouvernement, il eût pu nommer régente la reine Marguerite de Provence, mais il la savait trop avide de gouverner et trop portée à se venger de Charles, duc d'Anjou, roi de Sicile (son double beau-frère), qui avait reçu la Provence par son mariage avec Béatrice de Provence. Il avait donc confié le royaume à Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et à Simon de Nesle.
Optimisme
Toutefois le projet royal était loin de réaliser l'unanimité parmi les chevaliers. Le roi passa outre et annonça que l'on effectuerait un mouvement tournant par Tunis. De là, pensait le roi, on attaquerait l'Égypte, par terre et par mer, puis l'on pourrait aller reprendre Jérusalem. Les dominicains n'avaient-ils pas laissé entendre que le sultan (on disait le roi) de Tunis était favorable au christianisme ? Tout devait donc bien se dérouler.
Le 14 mars 1270, Louis leva l'oriflamme à Saint-Denis, puis alla prier pieds-nus à la Sainte Chapelle et à Notre-Dame. Il embrassa Marguerite et ses plus jeunes enfants en pleurs. En juin, après s'être arrêtée dans chaque basilique, voici, comme vingt-deux ans plus tôt. l'armée à Aigues-Mortes, où les nefs arrivaient lentement. Toutefois l'on appareilla le 2 juillet. Bien vite la tempête fit perdre beaucoup de temps, sans compter les désaccords entre les équipages… Il y eut des morts.
Le 15 juillet, aperçut Tunis. Chose curieuse : aucun défenseur sur le rivage ! On accosta le 18. Pas un point d'eau sous une canicule effarante ! On s'empara facilement du château de Carthage sous le harcèlement de quelques Tunisiens, mais l'on ne tarda pas à comprendre que les braves dominicains avaient pris leurs saints désirs pour des réalités… : le roi de Tunis voulait bel et bien la guerre.
Louis était dans la pire des situations pour l'affronter. Son armée fut vite décimée, gagnée par la peste. L'air devint irrespirable. Les meilleurs chevaliers moururent. Le roi gisait quand on vint lui apprendre avec mille ménagements que son fils bien-aimé Jean-Tristan, juste vingt ans, né pendant sa captivité à Mansourah, était déjà mort. Alors Louis, à bout de forces, dicta ses admirables instructions au prince héritier Philippe.
Sur un lit de cendres
Le dimanche 24 août, se détachant de plus en plus du monde bien qu'encore soucieux des moyens d'amener le roi de Tunis à la foi chrétienne, il se confessa et reçut le saint viatique, puis il entra en prière, étendu sur un lit de cendres en forme de croix. Il trépassa sereinement le 25 août à trois heures de l'après-midi, l'heure même où avait expiré le Christ au Golgotha.
Aussitôt Philippe, devenu Philippe III, reçut l'hommage des barons, tandis que Charles d'Anjou, roi de Sicile, arrivant tardivement avec son armée, se suppléait à son neveu trop abasourdi par l'événement. Il infligea une cuisante leçon au roi de Tunis, qui fut contraint de négocier et de donner toute liberté aux missionnaires et aux marchands chrétiens. Tout n'avait pas été vain et Tunis sentait comme un frisson la victoire morale de Louis dans sa mort. L'épidémie n'ayant pas régressé, Philippe III ordonna le 11 novembre le rembarquement
Louis allait être canonisé en 1297. Comme le dit le duc de Lévis Mirepoix, nous ne le quitterons pas « sans le considérer dans son charme mystique, dans cette grâce aérienne de son âme, dans cette fraîcheur que son nom évoque, dans cette vision qu'il représente du printemps de la France ».
MICHEL FROMENTOUX ; L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 3 au 16 décembre 2009

lundi 3 janvier 2011

12 mars 1921 Lénine lance la Nouvelle Politique Économique (NEP)

Le 12 mars 1921, Lénine surprend les communistes de son parti en annonçant une Nouvelle Politique Économique (en russe : NEP).

Échec du communisme de guerre

Après son coup de force d'Octobre 1917, Lénine a dû lutter tout à la fois contre les partisans du tsar déchu, les nationalistes, les démocrates et les socialistes. Il a pour cela instauré dès 1918 un communisme de guerre.

Supprimant la monnaie et le commerce intérieur, il a imposé des réquisitions en nature aux paysans. Il s'en est suivi une famine de plusieurs millions de morts et une chute sans précédent de l'activité économique. La révolte gronde chez les soldats fidèles aux bolcheviques.

Le 28 février 1921, les marins de la citadelle de Cronstadt se révoltent au nom de la démocratie et du socialisme. Ils sont massacrés par l'Armée rouge de Trotski.

Lénine lâche du lest

Dans son rapport de mars 1921 au Xe Congrès du PC, Lénine avoue : « Les faits sont là. La Russie est menacée de famine. Tout le système du communisme de guerre est entré en collision avec les intérêts de la paysannerie (…). Nous nous sommes trop avancés dans la nationalisation du commerce et de l'industrie, dans le blocage des échanges locaux. Est-il possible de rétablir dans une certaine mesure la liberté du commerce ? Oui, c'est possible. C'est une question de mesure. Nous pouvons revenir quelque peu sur nos pas sans détruire pour cela la dictature du prolétariat. »

En dépit de l'opposition de Trotski, son principal adjoint, le dictateur sacrifie le dogme marxiste en donnant un peu de liberté aux paysans, aux commerçants et aux petits entrepreneurs.

Mais il s'en tient à une libéralisation des rouages économiques et maintient intacts les rouages de la dictature. Il n'était que temps…

Le 16 mars 1921, le Xe Congrès du Parti communiste russe adopte le rapport de Lénine.

L'État reste propriétaire de la terre et des moyens de production, il garde le contrôle des banques, des transports et du commerce extérieur ; il regroupe les grandes industries nationalisées au sein de trusts d'État systématiquement favorisés par les investissements publics.

A côté de ce secteur étatique, la NEP autorise l'ouverture d'un secteur privé en rétablissant la liberté du commerce intérieur. Les paysans sont les premiers bénéficiaires de la réforme. La fin des réquisitions et le remplacement des impôts forcés par un impôt unique en nature, fixé chaque année, les encouragent à écouler leurs surplus.

En outre, un code agraire édicté l'année suivante, en 1922, permet aux communes rurales de redistribuer les terres et d'en déterminer le mode d'exploitation (location, fermage, métayage) en vue d'un rendement optimal.

Toujours dans le dessein d'améliorer les conditions de vie de la population, l'industrie lourde cède le pas à l'industrie légère. Le 7 juillet 1921, les entreprises de moins de vingt ouvriers sont dénationalisées.

Les révolutionnaires font même appel aux capitalistes honnis en instaurant le 13 mars 1922 des sociétés mixtes au capital fourni pour moitié par l'État et pour moitié par des groupes occidentaux (beaucoup d'Américains y répondent favorablement).

Un peu plus tard, le secteur public lui-même renonce à l'égalité des salaires dans les grandes usines et restaure une hiérarchie fondée sur la compétence.

En restaurant partiellement l'économie de marché, la NEP va sauver le pouvoir léniniste. Sa réussite sera spectaculaire. Paysans, commerçants et petits entrepreneurs reprennent goût au travail et aux échanges. Le chômage est résorbé. Qui plus est, les communistes russes gagnent la confiance des capitalistes américains. Capitaux et techniciens occidentaux s'investissent dans la « patrie du communisme réel » pour reconstruire les infrastructures.

Dès 1926, la production industrielle dépasse de 8% le niveau d'avant guerre. La production agricole rattrappe à son tour ce niveau en 1928 !

Retour en arrière avec Staline

Beaucoup de bolcheviques, dont Trotski, en viennent cependant à craindre que la NEP, par son succès même, ne favorise dans les villes et les campagnes l'avènement d'une nouvelle bourgeoisie qui, avide de liberté, pourrait un jour renverser le régime communisme !

Il est vrai que les «koulaks» (surnom donné aux paysans aisés) représentent bientôt le quart de la population agricole. En ville, les «nepmen», surnom donné aux entrepreneurs qui ont su tirer parti de la NEP, sapent par leur existence même les fondements de la «dictature du prolétariat».

Staline, devenu le maître tout-puissant de l'URSS, se rallie aux partisans du retour aux grands principes. Il lance le 1er octobre 1928 un premier plan quinquennal (1928-1933) en vue d'abattre définitivement le capitalisme.

Le plan prévoit la mainmise de l'État sur toutes les activités économiques, y compris l'agriculture. C'est ainsi que doivent être collectivisées les terres sous la forme de coopératives géantes : les kolkhozes, et de grandes fermes modèles : les sovkhozes. Le 6 janvier 1930, un décret officialise la fin de la NEP (Nouvelle Politique Économique).

La collectivisation brutale des terres va entraîner une nouvelle baisse de la production et, plus gravement, d'épouvantables famines.

Alban Dignat. http://www.herodote.net

dimanche 2 janvier 2011

Henri IV

En cette fin d'année certains s'étonneront peut-être que le 400e anniversaire de la mort d’Henri IV ait donné lieu à si peu de commémorations. Le roi réconciliateur, celui dont la mémoire populaire a conservé le meilleur souvenir, semble intéresser bien peu de monde. Il compte beaucoup moins que les figures et les agents de division. Citons tout de même, par ci par là, les festivités organisées par la ville de Chartres. Recommandons au besoin le livre d'un homme politique atypique paru en 1995. (1) Les royalistes se féliciteront enfin, en ce millésime, des heureux événements survenus dans la lignée du Béarnais. (2)
I
Dans ma jeunesse nul ne doutait que les séquelles de la terrible division des Français de la génération précédente, – celle qui s'était entre–tuée entre 1940 et 1945, – seraient surmontées. Cela viendrait naturellement, pensait-on, quand le dernier résistant serait enterré avec le dernier collaborationniste. Espoir déçu. Au contraire on remarque d'année en année les progrès des récits les plus manichéens.
La seconde guerre mondiale présente sur beaucoup d'autres événements des différences notables. Outre ses horreurs indicibles, et la masse énorme de ses victimes, elle permet aussi aux professionnels de la Mémoire de relayer constamment les anniversaires. La 65e commémoration de la victoire soviétique (9 mai 1945 + 65 ans = 2010) chevauche pratiquement la 70e évocation de l'armistice (22 juin 1940 + 70 ans = 2010) sans parler du fait que la guerre européenne a commencé en Pologne (1939) et son homologue extrême orientale en Mandchourie (1938). De la sorte pour qui souhaite raviver les flammes tous les 10 ans, voire tous les 5 ans, il ne se passe pas de mois sans qu'une occasion ramène de l'eau à la noria.
Une petite couche de guerre d'Espagne peut aussi rendre des services, à condition d'être pilotée de manière politiquement correcte. Cela va sans dire.
Aux derniers jours de cette année 2010, où je couche ces lignes sur le papier, on aurait pu ainsi souligner que 70 ans plus tôt la chambre du Front populaire avait voté les pleins pouvoirs. Avec seulement 80 voix contre, elle s'était abandonnée au gouvernement. Celui-ci était présidé par celui que Léon Blum appelait auparavant le “maréchal républicain”.
Dans son irremplaçable série des “Responsabilités des dynasties bourgeoises”, Beau de Loménie consacre les principaux développements de son tome V à ces tragiques circonstances. On doit préciser au besoin que la publication du premier volume de cette histoire non-conformiste de la France contemporaine, date de 1943. Son auteur se proposait explicitement de réfuter les thèses alors en vogue. Une idéologie plus ou moins maurrassienne, plus ou moins technocratique, on la disait alors “synarchique”, s'était installée dans les couloirs de l'Hôtel du Parc à Vichy. Selon son discours, la défaite de 1940 aurait essentiellement résulté du fait que “l'esprit de jouissance l'avait emporté sur l'esprit de sacrifice”.
La phrase n'avait-elle pas été prononcée par le vieux chef appelé par la catastrophe, en juin 1940. Il avait convaincu sur le moment l'immense majorité des Français d'accepter l'armistice, comme un moindre mal, en comparaison de ce qu'eût permis au vainqueur une capitulation en rase campagne. On sait que le principal rédacteur de ses discours s'appelait Emmanuel Berl, brillant pamphlétaire de droite. À la faveur de ce propos une certaine rhétorique prétendait ne charger l'accusation qu'à l'encontre de la gauche.
Or c'est bien à cette thèse que Beau de Loménie entendait répondre.
Les idées, les slogans de la gauche n'avait nullement bénéficié depuis 1918, du monopole de l'influence, et donc des nuisances, des frivolités et des accaparements ayant causé la décadence du pays. Le gros argent monopoliste avait, lui aussi, contribué à l'effondrement. Les grands habiles, tout en manipulant le centre gauche, avaient constamment servi, depuis deux siècles, les intérêts de la bourgeoisie “dynastique”. Celle-ci était issue de l'appropriation de biens nationaux sous la Terreur. Elle avait bénéficié de sa consolidation sous le Consulat, et grâce au Code civil. À remarquer par exemple l'analyse très fine, que l'auteur publiera dans le 3e volume, des conséquences funestes de la guerre 1914-1918 et du traité de Versailles.
Or, les appareils antagonistes, aussi bien ceux des partisans de la révolution nationale vichyssoise, que ceux des staliniens lovés au sein de la résistance à partir de 1941, et qui la transformèrent en guerre civile franco-française à partir de 1943, ne pouvaient s'intéresser à de tels travaux.
L'idée d'une véritable réconciliation, et d'une reconstruction du pays dans un cadre de Liberté déplaisait, et déplaît encore, aux prédateurs nourris d'étatisme.
II
Une intéressante exposition au château de Blois m'a, d'ailleurs, protégé d'une tentation : celle d'entrer, en août dernier dans le cycle des éphémérides en traitant à date fixe du 70e anniversaire de la fin de la IIIe république.
On ne peut pas aborder en effet un tel épisode récent de l'histoire de France sans plonger plus avant dans le passé des déchirements séculaires de ce pays.
Quand on a prétendu les surmonter par la voie autoritaire, on doit se demander si véritablement les cicatrices mêmes les plus anciennes ont été refermées. Il suffira de visiter Monségur, pour savoir qu'un certain Midi occitan, cathare et aujourd'hui laïque continue de se penser en descendants des victimes du champ des Cramats ou du sac de Béziers.
Idem pour la Saint-Barthélémy où depuis 1572 un certain monde protestant français s'identifie orgueilleusement à l'amiral de Coligny.
Et, quoique je ne côtoie guère leurs homologues issus de la Sainte Ligue, je ne doute pas que d'autres s'arc-boutent à leur manière sur le souvenir d'Henri le Balafré duc de Guise dont, selon moi, les quarante-cinq gentilshommes au service du roi débarrassèrent symétriquement et heureusement le royaume en décembre 1588.
Comme vous le voyez, tout en faisant profession de patriotisme réconciliateur, le rédacteur de ces lignes n'hésite pas, dans la présentation des faits à exprimer ses préférences pour tel parti : en l'occurrence le parti royal et national, car il me semble qu'il fallait faire face aux extrêmes respectifs.
Le pouvoir du Prince devait sans doute s'opposer à la Réforme iconoclaste. Celle-ci incendiait les églises et détruisait les madones. Un tableau d'anonyme flamand représente ainsi une scène particulièrement suggestive. Exposée cet été à Blois, cette œuvre remarquable appartient aux collections permanentes du musée de Douai. Un Turc, un Gueux et un prédicateur de la forêt y viennent briser une représentation de l'Adoration des Mages laissant derrière eux les traces de leur furie, une église en ruines.
De l'autre côté, le pays devait se débarrasser de la Ligue. Ce contre-pouvoir, non moins fanatique, s'était constitué autour de 1584. Il prétendait défendre la foi catholique, très majoritaire à Paris. Mais cela le conduira à exprimer son fanatisme de l'atroce manière que représente la Saint-Barthélemy.
Or, de tels partis se sont perpétué dans toute l'histoire de France, y compris hélas dans les malheurs du XXe siècle, dans les contresens et les malentendus sanglants. Il faudrait un livre entier pour en retrouver la trace.
III
Le film de Bertrand Tavernier consacré à la “Princesse de Montpensier” ne se substitue pas à ce travail. Mais il occasionne, pour peu qu'on décide de l'aborder avec bonne humeur, pas mal de petits bonheurs.
Évacuons d'emblée les grincheriez, légitimes quoique secondaires. Acceptons de minimiser ainsi les défauts de direction d'artistes, le mélange anachronique, de ci de là, d'accents plébéiens et de récitations maladroites des textes. Le réalisateur vient de très loin et sa caque sentira toujours le hareng. La figure de Catherine de Médicis n'est pas arrangée, on le regrettera. Le pâlot Charles IX n'apparaît jamais. Et Madame de La Fayette est presque trop servilement suivie.
Ne nous attardons pas non plus au splendide dépliant touristique consacré à la Touraine, au château de Blois dont le spectateur pourra découvrir la partie Renaissance.
Insistons donc surtout sur la dimension historique. Peut-être sans le vouloir, le film réhabilite le futur Henri III, alors duc d'Anjou. Il situe de façon assez exacte la réalité des Guise “toujours odieux” et particulièrement celle d'Henri le Balafré. Cela est mené de façon plaisante, à partir du regard féminin de la première romancière de la littérature française. On y redécouvre d'ailleurs une condition archaïque de la femme qui malgré tout, n'arrive pas à la cheville de l'islamisme moderne.
L'horreur absolue des guerres de religion y apparaît dans toute sa sanglante crudité. La nuit de Walpurgis de la Saint-Barthélemy 1572 ne survient pas comme un accident de l'histoire. De toute évidence le parti de la sainte Ligue appelait ce massacre de longue date et ses continuateurs n'ont jamais cessé de l'approuver. L'erreur difficilement pardonnable du Roi Soleil en son déclin fut d'ailleurs de rompre avec l'héritage rassembleur de son grand-père Henri IV, pour le plus grand malheur des Bourbons. La dynastie qui apparaît en effet en 1589 prit à son compte l'idée du dernier Valois, Henri III le Décrié.
Comment et pourquoi la réputation de ce prince fut-elle à ce point calomniée ? Pas la peine de chercher trop loin. Les deux partis qui se déchirent, et qui en tirent profit, ne veulent pas de ce tiers parti “royal”, “national”, “politique” ainsi l'appelle-t-on. Les longues tirades injurieuses d'Agrippa d'Aubigné “contre Un” et celles, moins talentueuses, des libelles catholiques ont forgé la légende. Unis autour du Roi, ses défenseurs qu'on appellera faussement ses “Mignons” représentaient les destinées et l'honneur de la France. Il fallait souiller leur image.
Un moine fanatique viendra en 1589 venger le chef de la Ligue liquidé, disons-le, sans beaucoup d'honneur dans le traquenard de Blois en 1588. Il permettra l'accession au trône du Vert Galant, de Béarnais réconciliateur. Il faudra, un quart de siècle plus tard, le poignard d'un autre exalté du parti ligueur pour mettre un terme au bonheur de ce règne.
On ne peut donc que regretter à 400 ans de distance que si peu d'officiels de la république aient daigné s'intéresser à rendre hommage à un règne si fédérateur pour les Français. On ne s'en étonnera qu'à moitié.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
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Apostilles
  1. On doit en effet recommander la biographie écrite par M. François Bayrou “Henri IV, le roi libre”. Outre sa qualité de Béarnais, et sa connaissance de l'Histoire, l'auteur écrit directement en français. Ce dernier point mérite d'être salué de nos jours.
  2. Louis duc d'Anjou père de deux jumeaux qui pourraient donc un jour régner légitimement, aux yeux de leurs partisans, l'aîné sur la France, le second sur l'Espagne, sans contrevenir aux dispositions du traité d'Utrecht de 1715.
  3. cf. “Les Responsabilités des dynasties bourgeoises”.

samedi 1 janvier 2011

Henri de la Rochejaquelein

Henri du Vergier, comte de la Rochejaquelein, naquit le 30 août 1772 au château de la Durbelière à Saint Aubin de Baubigné, près de Châtillon. Très jeune, il se passionne pour la vie militaire, et entre à 16 ans à l'école de Sorrèze dans le Tarn. Cette abbaye bénédictine fondée dès les premiers carolingiens, a toujours été un haut lieu d'études en France. C'est le Roi Louis XVI qui, au XVIII°Siècle, l'érigea en Ecole Royale Militaire où seront formés pendant plus de deux siècles les futurs cadets.
Fraichement sorti d'une des plus prestigieuses écoles de France, il entre dans la Garde Constitutionnelle du Roy Louis XVI. Le 10 août 1792, lors de l'assaut du Palais des Tuileries par les révolutionnaires, le Deuxième Lieutenant de la Garde lutte pour sauver son Roy, voyant tous ses camarades succomber à l'assaut de ceux que l'on surnomme déjà les “sans-culottes”… Il sera sauvé par un autre futur chef vendéen Charles de Bonchamps.
Dans la capitale, le vent sanglant de la “Chasse aux Royalistes” commence à se lever, et le jeune Henri sent que la révolte continue de croitre dans les rangs républicains. Il quitte donc Paris et son Roy pour aller dans les Deux-Sèvres, où son cousin Lescure, également futur chef vendéen, le cachera pendant quelques temps. Peu de temps après, il quitte ses hôtes et retourne vivre dans son château en Vendée. Ses hôtes seront faits prisonniers peu de temps après, et seront enfermés dans la prison de Bressuire.
En ce début de l'année 1793, la révolte gronde dans les régions contre les excès des républicains. La levée de 300 000 hommes vient d'être voté, et les abus se multiplient ! Quelques 4000 paysans se lèvent contre ce régime sanglant qui vient de faire exécuter le Roy de France, et qui a fait un massacre à Machecoul le 11 Mars. Le 13 Avril 1793, ils arrivent près de Châtillon, où le Comte de la Rochejaquelein demeurait depuis quelques mois. Ces hommes venus de toutes parts le réclament et désirent qu'il devienne leur chef. Le sang noble du jeune Henri ne fait qu'un tour et, n'écoutant que l'idéalisme propre aux jeunes gens de 19 ans, il prend la tête de cette petite armée et lance ces fameuses paroles, qui résonnent encore dans tous les coeurs royalistes de France :
” Si j'avance, suivez moi ; si je recule, tuez moi ; si je meurs, vengez moi !”

A la tête de son armée, il libère Bressuire des mains des républicains, et rend la liberté à Lescure, qui était prisonnier sur parole. Le 4 Mai, L'Armée Catholique et Royale approche de Thouars où elle remporta une victoire éclatante. Henri de la Rochejaquelein entra le premier dans la citadelle réputée imprenable, et n'écoutant que son courage, il permit aux royalistes de défaire les républicains. A l'issu de cette bataille les insurgés récupèrent 12 canons, 7000 fusils et 20 caissons.
Ils relâchent la quasi-totalité des prisonniers et récupèrent de nombreux transfuges, dont la ville de Baugé. Ils libèrent le général Quétineau, ardent républicain défenseur de la ville de Thouars, et lui propose de rejoindre les rangs royalistes. Celui-ci refuse l’offre pourtant généreuse, et resta fidèle à la république. L’Histoire a voulu que Quétineau meure quelques temps plus tard, victime de la Terreur instauré par les siens.
Le 16 mai 1793, la Grande Armée Catholique et Royale arrive devant Fontenay, petite ville située en vaste plaine. Gros problème : l'armée royaliste, composée essentiellement de paysans, se bat par embuscades et se cachent derrière les buissons. Ici, aucune cache, aucun buisson… Il faudra affronter les républicains en armée régulière, à découvert donc…Le combat tourne à la débâcle, et les royalistes sont rapidement défaits et abandonne canons et munitions sur le champ de bataille…
Fin mai, un nouveau combat approche. L'armée Catholique et Royale s'est reformée et reprend confiance en elle. Henri De La Rochejaquelein porte pour l'occasion ses traditionnels mouchoirs rouges de Cholet (à sa ceinture pour tenir ses pistolets, à son cou et autour de la tête). Ses officiers lui demandent d’abandonner cette tenue trop reconnaissable mais il refuse. Alors tous ses soldats décident d’adopter les mouchoirs afin qu’ils ne soient plus une cause de danger pour lui. La ville tremble sous les coups de butoirs de l'armée de Bonchamps, les courageux royalistes entonnent leurs cantiques et l'on entend plus dans la ville que les “Vexilla Regis” !
Le 14 Août 1793, Henri de la Rochejaquelein est aux côtés de D’Elbée pour s’emparer de Luçon. De nombreux vendéens perdirent la vie pendant cette bataille, et la Vendée subissait de son côté des attaques de toutes parts ! L’Armée Catholique et Royale retourne donc en Vendée pour la défendre.
Le 1°Septembre, la Convention vote la loi dite « des suspects », et publie le décret qui permet l’envoi de l’armée de Mayence en Vendée. Les différentes colonnes, dont la colonne infernale de Tureau, commencent leur basse besogne dès le 6 Septembre. La Terreur bleue commence, les familles vendéennes sont massacrées, les femmes violées et les enfants tués. Des villes entières brûlent, des villages sont réduits en cendres et l’on ne compte plus le nombre de noyés dans la Loire, les exécutions sommaires et autres méfaits… Les chefs vendéens vont essayer de stopper cette folie sanguinaire.
Henri de la Rochejaquelein
L’exode de l’Armée Catholique et Royale commence. Connu sous le nom de « Virée de Galerne », cette marche qui s’écoula pendant plusieurs mois, fut un des moments les plus douloureux de l’histoire de France. Le passage de la Loire le 18 Octobre, au lendemain d’une lourde défaite royaliste à Cholet, est un véritable défi pour les chefs vendéens : faire passer 80 000 soldats, femmes et enfants !
La Loire, fleuve capricieux connu pour les dangers de la navigation, séparait les Vendéens de leur objectif. Au petit matin, les vendéens embarquent sur une vingtaine de mauvaises barques… Sur les deux jours de traversée, une seule femme trouva la mort.
Et les voici sur la rive droite du fleuve, mais ils n’ont plus de généralissime. D’Elbée, blessé à Cholet, a trouvé asile sur l’île de Noirmoutier. Les chefs se réunissent en un conseil de guerre pour élire le généralissime qui aura l’honneur de conduire la Vendée à la victoire. Lescure, mortellement blessé, propose le jeune Henri de la Rochejaquelein pour le remplacer. Le conseil accepte, Henri est nommé généralissime de la Grande Armée.
Il propose aussitôt de marcher sur Angers ou Nantes, mais l’arrivée du Chevalier de Saint Hilaire parlant d’une flotte considérable en préparation dans les ports anglais, modifie sa décision et dirige la marche de l’armée vers la Normandie. Les Blancs s’emparent de Château-Gontier, le 21 Octobre et partent pour Laval. La ville est emportée le 23 Octobre.
Le 27, toutes les forces républicaines retrouvent l’Armée Catholique et Royale. Kléber, au Comité de Salut Public, le 28 Octobre, rend hommage à Henri De La Rochejaquelein : « … alors, sans direction supérieure, nous avons tâché de ramener la victoire sous notre drapeau ; mais les brigands déployaient une tactique inaccoutumée. Nous avions contre nous leur impétuosité vraiment admirable et l’élan qu’un jeune homme leur communiquait. Ce jeune homme, qui s’appelle Henri De La Rochejaquelein, et dont ils ont fait leur généralissime après le passage de la Loire, a bravement gagné ses éperons. Il a montré dans cette malheureuse bataille une science militaire et un aplomb dans les manoeuvres que nous n’avions pas retrouvés chez les brigands depuis Torfou. C’est à sa prévoyance et à son sang froid que la République doit cette défaite, qui a consterné nos troupes ; mais, quel que soit son empire sur l’esprit des paysans, il est bien difficile qu’il puisse longtemps se maintenir au milieu d’un pays qui n’est plus la Vendée… »
Le 14 Novembre, l’Armée Catholique et Royale atteint Granvilles et ses hautes murailles. Un long combat les attend, et de nombreux soldats mourront bravement… Face à une défaite de plus en plus prévisible vu l’absence d’aide de la part des Anglais, les Vendéens battent en retraite vers Avranches.
Epuisés, ils atteignent Angers le 3 Décembre et dès le lendemain, vaincus, ils se dirigent vers Le Mans. Ils pénètrent dans la ville le 10 Décembre et décident d’y rester quelques jours pour y soigner de nombreux blessés et malades.
Le 12 décembre alors que les vendéens se reposent, toutes les armées républicaines présentes outre Loire convergent sur la ville. Face à un tel afflux de bleus, les insurgés sont écrasés. La défaite vendéenne se transforme bientôt en massacre, les républicains égorgent et massacrent tous les vendéens à leur portée. Le représentant Benaben l'écrit en ces termes : « J'ai vu sur le bord de la route, une centaine qui étaient tous nus et entassés les uns sur les autres comme des cochons qu'on aurait voulu saler. »
Deux jours après le début des combats les rues sont jonchées de cadavres. Les 15 000 rescapés s’enfuient en direction de Laval. Ils espèrent franchir la Loire et rentrer chez eux.
Mais c’est sans compter l’arrivée d’un bataillon républicain qui interrompt leur traversée à Ancenis. Seuls Stofflet et la Rochejaquelein, accompagnés d'un peu plus d'un millier d'hommes parviennent à repasser la Loire le 16 décembre. Ils sont séparés du reste de la troupe, parmi lesquels Marigny, Talmont et Fleuriot. Ces hommes devenus sans nouvelle de la Rochejaquelein vont 4 jours plus tard se donner un nouveau généralissime en la personne de Fleuriot.
De La Rochejaquelein et Stofflet trouvent des bateaux et passent la Loire avec quelques centaines de soldats. Ils devaient rendre compte de la situation des Républicains sur l’autre rive. Les bleus, sur des barques canonnières, tirent quelques coups de canons et une cavalerie venue de Saint Florent met en fuite De La Rochejaquelein et Stofflet. Ils restent plusieurs semaines sans troupes, obligés de se déguiser en paysans pour parcourir les paroisses, alors que le reste de l’armée et la foule qui n’a pas pu traverser, se dirigent vers Savenay où ils vont être anéantis.
Il propose son aide à Charette mais c'est sans compter la fierté de se dernier qui ne daigne lui offrir qu’une place sous son commandement. Il refuse et s’installe en forêt de Vezins avec Stofflet où ils recomposent leur armée.
Le 28 Janvier 1794, un peu moins d’un an après avoir pris la tête des insurgés de Châtillon, et à 21 ans à peine, Henri est tué dans une embuscade bleue. Il fut un exemple de courage, de dévouement et de fidélité, digne descendant des preux chevaliers des temps jadis.
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