jeudi 12 août 2010
Ch. Dolbeau : « En finir avec 70 ans de mensonges sur la guerre d’Espagne »
La Grande Guerre / Les premiers “pirates de l’air”
mardi 10 août 2010
Idée reçue, la médecine médiévale occidentale était inférieure à la médecine musulmane.
Nous sommes au VIIe siècle, l’Islam est imposé par le sabre à l’intérieur de la péninsule arabique. Les chefs postérieurs à Mahomet connus sous le nom des 4 Califes (littéralement “successeurs” du Prophète) ont étendu et diffusé l’Islam dans une aire géographique qui correspond à peu de choses près à la Oumma Islamia actuelle (monde extrême asiatique mis à part). Cette extension du monde musulman a subi trois coups d’arrêts :

Schéma du système veineux, Manuel anglais du XIIIe siècle (Cliquez pour agrandir).
II. L’Occident médiéval.
Opérations chirurgicales de fistule anale, d’abaissement de cataracte et d’extraction de polypes nasaux (XIII-XIVe siècle, école de Salernes).
Femme médecin au Moyen-Age (Manuscrit anglais de 1500).
lundi 9 août 2010
La complicité du communisme français
samedi 7 août 2010
3 juillet 1940 : Mers el-Kébir !
mercredi 4 août 2010
(Angers) Mithra le dieu oriental mais aryen des légions romaines en Gaule
mardi 3 août 2010
Verdun 22 février 1916 : la mort du colonel Driant
Le combat fut héroïquement conduit par les chefs comme par les troupes.
Les bombardements de l’artillerie lourde allemande, du 21 février et de la nuit du 21 au 22, précédèrent la ruée des divisions d’assaut ; nulle part encore, sur aucun front et dans aucune bataille, on n’en avait connus de pareils. Ils visaient à créer une "zone de mort", dans laquelle aucune troupe ne pourrait se maintenir. Une trombe d’acier, de fonte, de shrapnels et de gaz toxiques s’abattit sur nos bois, nos ravins, nos tranchées, nos abris, écrasant tout, transformant le secteur en un champ de carnage, empuantissant l’atmosphère, portant l’incendie jusqu’au coeur de la ville, s’attaquant même aux ponts et aux localités de la Meuse jusqu’à Genicourt et Troyon. De formidables explosions secouaient nos forts, les empanachaient de fumée.
On ne saurait décrire une telle action, qui n’a sans doute jamais été égalée en violence et qui concentra, sur le triangle étroit compris entre Brabant-sur-Meuse, Ornes et Verdun, le feu dévastateur de plus de deux millions d’obus !
Lorsque les troupes allemandes se portèrent en avant, par petits éléments, le 21 après-midi, puis le 22 au matin - après une nuit où l’artillerie avait repris sans interruption son "pilonnage" infernal - par colonnes se poussant les unes les autres, elles espéraient progresser l’arme à la bretelle.
Quelles ne furent pas leur stupéfaction et leur désillusion de voir que partout, sur leur chemin, des Français surgissaient des décombres et, loqueteux, épuisés mais redoutables quand même, défendaient les ruines de tous leurs points d’appui !
La résistance des chasseurs de Driant, le député-soldat, l’écrivain de "La Guerre de demain" et de "La Guerre de forteresse", veut qu’on la rappelle.
Dans le bois des Gaures veillaient les 56e et 59e bataillons de chasseurs, avec quelques éléments du 165e d’infanterie, en tout quelque douze cents hommes : six batteries de 75 et huit batteries lourdes les appuyaient. Ils furent assaillis par les quatre régiments (80e, 91e, 87e, 88e) de la 21e division, soit huit à dix mille hommes, que soutenaient sept batteries de 77 mm et environ quarante batteries lourdes.
Le bombardement préparatoire les avait littéralement écrasés ; la plupart des abris s’étaient effondrés sous les explosions ; les pertes, avant la prise de contact avec l’assaillant, atteignaient un chiffre très élevé. Nos chasseurs tinrent cependant à l’intérieur du bois, cernés et traqués de tous côtés, pendant près de vingt-quatre heures. Voici dans quels termes émouvants le lieutenant-colonel Grasset, qui a étudié en historien avisé le détail de ces journées, décrit la fin de ce magnifique fait d’armes :
« Le colonel Driant, avec le fourrier Leclère et le chasseur Papin, qui ne l’ont pas quitté, est dans un trou d’obus... Papin est atteint d’une balle. Le colonel lui fait un pansement provisoire, lui serre la main, puis sort seul et vient vers une tranchée où le chasseur Lefèvre l’attend. Mais il y va tout droit, sous le feu des mitrailleuses, au lieu de prendre à gauche, à l’abri d’une petite crête, comme le faisait à ce moment le lieutenant Simon. Il en était à dix mètres : une balle l’atteint au front et il tombe sans prononcer une parole.
Quelques minutes plus tard, le sergent Lauthez, qui franchissait la route à une centaine de mètres plus au sud, aperçut le colonel immobile à l’endroit où la mort l’avait pris. Pas plus que le chasseur Lefèvre, sous la pluie des balles, il ne put aller jusqu’à lui. Tout près de là passait à ce moment le commandant Renouard qui se dirigeait droit au sud ; il disparut derrière une crête, et personne ne le revit plus.
Le magnifique groupe de Driant était mort !
Descendirent seuls, ce soir-là, du bois des Caures, en petites fractions qui se rassemblèrent peu à peu à Vacherauville :
- du 56e bataillon : le capitaine Vincent, atteint de deux blessures et réservé pour une mort glorieuse sur un autre champ de bataille ; le capitaine Hamel, le capitaine Berveiller, le lieutenant Raux et le sous-lieutenant Grasset, avec une soixantaine de chasseurs ;
- du 59e bataillon : le lieutenant Simon, les sous-lieutenants Leroy et Malavault, avec 50 chasseurs.
C’est tout ce qui restait de 1 200 combattants ! »
Maréchal de France
http://www.france-courtoise.info
La double vie du Dr Fuchs qui livra à l’U.R.S.S., les secrets de la bombe atomique (1ère partie)
Dans la guerre secrète de renseignements que se livrent les États-Unis et l'U.R.S.S. et dont la capture de l'avion U-2 au-dessus de la Russie a été l'épisode le plus spectaculaire, le cas du Dr Fuchs reste sans doute le plus tragique. En livrant les secrets de la bombe atomique qu'il pouvait connaître du fait de sa situation dans les laboratoires américains et anglais, ce savant allemand naturalisé anglais a fait perdre plus qu'une grande bataille aux Alliés. Tandis qu'il travaillait au Centre de recherches d'Harwell, les soupçons finirent par se porter sur lui.
La fin de 1948 approchait. Fuchs commençait à douter de l'U.R.S.S. en même temps qu'il prenait conscience de son attachement pour le centre atomique d'Harwell. Il lui répugnait de tromper les amis qu'il y comptait. Et c'est dans cet esprit qu'il résolut, non pas de rompre brutalement avec les Russes, mais de leur communiquer de moins en moins de renseignements.
Une pierre ou une balle
Fuchs s'est expliqué lui-même sur ce sujet :
« J'employai ma philosophie marxiste à diviser mon esprit en deux compartiments : l'un me laissant libre de me faire des amis, l'autre me rendant entièrement indépendant des influences environnantes de la société. Quand j'y repense maintenant, je crois que l'on ne peut mieux exprimer cela que sous le terme de schizophrénie contrôlée…
« Au lendemain de la guerre, je commençai à avoir des doutes sur la sagesse de la politique soviétique. Je gardais la conviction que ceux-ci, le gouvernement de Moscou et le parti, construisaient un monde nouveau, qu'un jour j'y aurais ma part et qu'alors je leur signalerais leurs erreurs. J'ai manqué un rendez-vous parce que j'étais malade ; puis, délibérément, je décidai de ne pas me rendre au suivant. »
Ainsi, en 1948, quelque dix ans trop tard, Fuchs éprouvait ses premiers scrupules envers ses amis. N'avait-il pas contracté une dette envers eux, même si cette dette devait se trouver en conflit avec sa conception d'un monde parfait ?
Il pensait aussi à tout le travail qui lui restait à accomplir. Enfin, on peut dans une certaine mesure, expliquer ses désirs de loyauté à l'égard de l'Angleterre, ne serait-ce que parce qu'il avait accepté son hospitalité.
Un incident, qui eut lieu au mois d'août 1948, alors qu'il tapait à la machine des informations destinées aux Russes, révèle l'état de tension nerveuse dans lequel il se trouvait. Un certain Mr S. Duke, de Harwell, avait assisté à une réunion de la Compagnie générale d'électricité, à Wembley, dans la banlieue londonienne, avec Fuchs et un ou deux collègues.
Lorsque la séance fut levée. Duke proposa de reconduire quelqu'un dans sa voiture. Fuchs accepta et s'installa devant, à côté de Duke. Comme ils arrivaient sur un pont, entre Gerard's Cross et Beaconsfield, sur la route d'Oxford, un objet vint heurter violemment le pare-brise, étoilant la vitre et la rendant opaque.
La visibilité étant nulle, Duke acheva de briser le pare-brise et freina. Blême de peur, Fuchs glissa de son siège sur le plancher de l'automobile.
Lorsque la voiture s'arrêta, Fuchs demeura accroupi et refusa de descendre avant l'arrivée d'autres automobilistes. Duke pensait qu'une balle d'un chasseur était venue ricocher sur le véhicule, à moins qu'il ne s'agit d'une pierre lancée par la fronde d'un gamin.
Ces explications ne rassurèrent pas Fuchs pour autant, et le voyage se poursuivit dans l'angoisse tandis que tombait une pluie torrentielle. Il paraissait inconcevable que quelqu'un ait voulu attenter à sa vie ce jour-là ! Il n'avait pas pris place dans sa propre voiture et c'est tout à fait par hasard qu'il avait accepté l'offre de son collègue ; en outre, il existait d'autre routes entre Harwell et Wembley. Mais, à dater de ce jour, il fut obsédé par l'idée d'un attentat et perdit ce qui jusqu'ici avait été l'une de ses principales qualités : la maîtrise de soi.
Il retomba malade, et ne put se présenter à l'un des rendez-vous londoniens avec l'émissaire soviétique. Mrs Skinner le soigna chez elle, à Harwell. Il traversa alors une période de dépression, restant des journées sans manger ni boire, les yeux rivés aux murs de sa chambre. Lorsqu'il se rétablit enfin, il était fermement décidé à rompre tout contact avec les Russes. Il n'avouerait pas, certes, mais il se consacrerait désormais entièrement à Harwell, à son travail, à ses amis ; les Soviets n'auraient qu'à se débrouiller sans lui.
Une enquête discrète
Fuchs eût peut-être pu passer son existence sans que sa trahison fût jamais découverte. Mais il était trop tard. Une enquête suivait son cours depuis l'été 1949. Et, le 23 septembre, le président Truman laissa entendre, dans une proclamation qu'il fit à Washington, que les traîtres ne sauraient dormir tranquilles pendant les mois qui allaient suivre : la première bombe atomique russe venait d'exploser.
Lorsque le gouvernement britannique créa un centre de recherches atomiques à Harwell, en 1946, un officier fut chargé spécialement du service de sécurité : le lieutenant-colonel Henry Arnold, qui arriva à Harwell quelques semaines après le retour de Fuchs des États-Unis. Dans l'un de ses premiers rapports au M.I.S. (1), Arnold attira l'attention sur la présence de Fuchs parmi le personnel et sur le fait qu'il était Allemand, naturalisé en temps de guerre.
Pendant cinq mois, une enquête discrète fut ouverte à l'insu de Fuchs sans récolter autre chose que le rapport de la Gestapo remis par le consul allemand de Bristol douze ans auparavant. C'était l'époque où Fuchs, revenu d'Amérique, n'avait pas encore pris contact avec le réseau d'espionnage russe. Si l'enquête avait commencé un mois ou deux plus tard, il aurait pu se faire prendre au moment où il rencontrait l'émissaire soviétique.
En 1949, au cours de l'été, des indices encore peu précis donnèrent à penser aux Américains que l'U.R.S.S. avait obtenu des renseignements sur la bombe A. Selon certaines informations le traître était un savant anglais.
Ces indications furent transmises à Londres par le F.B.I. (2) et, quoique Fuchs n'eut pas été le seul Britannique à faire partie du voyage aux États-Unis, l'enquête le concernant fut reprise aussitôt.
On devait procéder avec la plus grande discrétion, les preuves n'étant pas assez solides pour motiver son arrestation ; D'autre part, il ne fallait pas éveiller ses soupçons lorsqu'il ferait l'objet d'une étroite surveillance : il pourrait sentir le danger, alerter ses «contacts» et quitter le pays. Mais il se révélait urgent de l'interroger discrètement. Lui-même en donna l'occasion.
Fuchs demanda un jour conseil au lieutenant-colonel Arnold sur une affaire personnelle.
Il avait appris que le Dr Emil Fuchs, son père, qui vivait en zone américaine d'Allemagne, avait accepté un poste de professeur de théologie à l'université de Leipzig, en zone russe. Il craignait que la situation de savant à Harwell ne lui créât des ennuis. Devait-il donner sa démission ?
À cette question, Arnold répondit par une autre. Que ferait Fuchs si les Russes exerçaient une pression sur lui par l'entremise de son père ? Klaus Fuchs dit qu'il n'en savait rien…
Il était clair, pensait le lieutenant-colonel, que tant que durerait l'enquête, le savant devrait quitter Harwell sous un prétexte quelconque. On ne pouvait le laisser à ses travaux secrets tant qu'il serait soupçonné de trahison ; opération délicate, Fuchs se considérant comme l'un des pivots du centre atomique.
Sur ces entrefaites, des renseignements émanant du F.B.I. précisèrent les soupçons contre Fuchs qui, vers la fin décembre, fut soumis à un interrogatoire serré, officiellement motivé par le fait qu'il avait lui-même demandé conseil à Arnold à propos de la nomination de son père à Leipzig.
L'un des enquêteurs les plus habiles du Royaume-Uni, William James Skardon, fut chargé de mener cet interrogatoire délicat.
Scotland Yard interroge
Skardon avait déjà eu à s'occuper de traîtres. Il se rendit à Harwell le 21 décembre et eut une entrevue avec Fuchs dans le bureau d'Arnold. Celui-ci se retira et l'enquêteur engagea la conversation sur le père du savant.
Pendant plus d'une heure un quart, Fuchs parla de sa famille avec la plus grande franchise. Puis il révéla qu'en 1932, à Kiel, il avait donné son appui à un candidat communiste en l'absence d'un socialiste. C'est pour cette raison, expliqua-t-il, qu'il fut exclu du parti socialiste et entraîné dans le groupe communiste. Il rappela ensuite qu'il avait fait partie d'un comité pour la défense de la démocratie espagnole au temps de la guerre civile. Il évoqua ses années d'études avec le professeur Max Born, à Edimbourg, ses six mois d'internement au Canada, son voyage dans le Massachusetts, etc.
Skardon lui posa alors la question suivante :
- Êtes-vous entré en rapport avec un fonctionnaire russe ou un représentant du gouvernement soviétique pendant votre séjour à New-York ? Ne lui avez-vous pas donné de renseignements sur votre travail ?
Fuchs ouvrit la bouche de surprise, puis sourit imperceptiblement.
- Je ne crois pas, dit-il.
Skardon poursuivit :
- Je suis en possession d'informations précises selon lesquelles vous vous êtes rendu coupable d'espionnage au profit de l'Union Soviétique. Ainsi, lorsque vous vous trouviez à New-York, vous avez livré des renseignements concernant votre travail.
Fuchs secoua la tête, déclarant encore « qu'il ne croyait pas ». Skardon exprima alors l'opinion que, considérant la gravité du cas, la réponse lui paraissait plutôt ambiguë.
- Je ne comprends pas ; peut-être pourriez-vous me dire d'où provient ce témoignage ? Je n'ai rien fait de semblable, répliqua Fuchs.
À 13 h. 30 l'entrevue prit fin. Fuchs alla déjeuner seul.
Lorsque l'interrogatoire reprit, peu après 14 heures, Skardon confronta de nouveau Fuchs avec l'accusation d'espionnage que celui-ci persista à nier, déclarant qu'il n'existait aucune preuve. Mais, se voyant soupçonné, il sentait qu'il devait offrir sa démission de son poste à Harwell. Les deux hommes étaient demeurés en tout quatre heures ensemble, et Fuchs n'avait montré aucun signe de faiblesse. Skardon retourna à Londres.
Il n'avait gagné que peu de chose ; ce n'était pas suffisant pour arrêter Fuchs. La possibilité d'une erreur de personne subsistait. Si l'homme était coupable, il pourrait tenter de se donner la mort ou de s'enfuir d'Angleterre. Certains préconisaient l'arrestation immédiate. Skardon préférait attendre et prendre des risques.
En fait, il n'était pas encore sûr d'avoir affaire à un espion. D'autre part, si Fuchs était coupable, Skardon avait la conviction que celui-ci était en train de se débattre avec sa conscience et que, si on lui en laissait le temps, si on le manœuvrait avec habileté et prudence, il finirait par s'effondrer.
C'est pourquoi Skardon décida de laisser passer les vacances de Noël pour donner au Dr Fuchs le temps de la réflexion.
Fuchs cède : il dicte sa confession
Skardon se rendit de nouveau à Harwell le 30 décembre 1949. Fuchs persista dans ses dénégations. Une discussion sur ses déplacements aux États-Unis, en 1944, n'apporta rien de nouveau.
Le 10 janvier 1950, sir John Cockcroft, directeur du Centre de Harwell, fit remarquer à Fuchs qu'en considération du départ de son père pour la zone russe, il serait préférable pour tout le monde qu'il remît sa démission.
Trois jours plus tard, Skardon revenait à Harwell pour un nouvel entretien. Fuchs se rappelait-il l'adresse de son appartement de New- York en 1944 ? Il n'en était plus très sûr, mais il put situer approximativement l'endroit sur un plan : 77e rue Ouest, entre les avenues Colombus et Amsterdam.
Quand Skardon l'informa que le service de sécurité désirait hâter l'enquête sur l'intermède new-yorkais, Fuchs sembla se désintéresser de la question. Trois longs interrogatoires avaient ainsi conduit à une impasse.
La double vie du Dr Fuchs qui livra à l’U.R.S.S., les secrets de la bombe atomique (fin)
Cependant, Fuchs n'était pas encore tout à fait prêt à avouer. Il vaquait à ses occupations et ne se confiait à personne. Le dimanche 22 janvier, il déclara à Arnold qu'il aimerait revoir Skardon, ayant quelque chose à lui dire. Le 24, Skardon se présenta au domicile du savant et lui dit :
- Vous avez demandé à me voir ?
- Oui. c'est mon tour maintenant… répondit Fuchs.
Après ce demi-aveu, il n'ajouta plus rien, comme envahi soudain par l'angoisse. Il se lança dans une longue dissertation sur sa vie, revenant sans cesse sur des détails déjà évoqués. Au bout de deux heures, il était hagard, et Skardon lui dit :
- Vous m'avez raconté une longue histoire pour établir les motifs de vos actes, mais rien au sujet de ces actes mêmes.
- Vous n'arriverez jamais à me faire parler, souffla le savant.
- Très bien, répondit Skardon. Allons déjeuner !
Pour se rendre à Abingdon, ils prirent place dans la voiture de Fuchs, celui-ci conduisant comme un fou, prenant les virages à droite (3), frôlant les automobiles qu'ils dépassaient, traversant en trombe les rues populeuses d'Abington pour stopper enfin devant la porte de l'hôtel où ils devaient prendre leur repas.
Au cours du chemin de retour, en revanche, ils suivirent un camion roulant à peine à 20 km à l'heure, Fuchs n'osait pas le dépasser, Ils rentrèrent silencieusement à son domicile, et, dès qu'ils furent chez lui, Fuchs déclara qu'il était prêt à tout avouer.
- Quand cela a-t-il commencé ? demanda Skardon.
- Vers le milieu de 1942, répondit Fuchs, et jusqu'à l'année dernière.
Ce fut pour Skardon le premier choc qu'il éprouva cet après-midi-là ; il ne s'agissait plus de simples fuites de quelques rapports confidentiels, mais d'un acte de trahison comme il en existe peu.
Soulagé par sa confession, Fuchs parlait maintenant vite et d'abondance, relatant des faits incroyables.
Les paroles se succédaient à une telle cadence qu'il ne pouvait être question pour Skardon de prendre des notes. Enfin celui-ci interrompit Fuchs et lui demanda ce qu'il avait livré aux Russes. C'est alors qu'il reçut son second choc de la journée. Fuchs répondit que ce qu'il pensait avoir fait de pire avait été de faire connaître aux Russes les méthodes de fabrication de la bombe atomique.
Skardon avait hâte d'en finir, d'aller consulter ses supérieurs et d'obtenir les aveux par écrit. Mais l'autre continuait.
Il avait toujours foi dans le communisme, poursuivait-il, mais non en celui que la Russie mettait maintenant en pratique et qu'il fallait combattre. Il reconnaissait que l'Angleterre était le seul endroit où il pouvait vivre.
Qu'allaient penser de lui Henry Arnold et ses autres amis ?
Après avoir donné un ou deux renseignements supplémentaires et convenu avec Skardon qu'ils se rencontreraient de nouveau le 26 janvier, l'enquêteur repartit pour Londres, porteur du terrible rapport, tandis que l'espion, ayant soulagé son cœur, croyait encore que tout irait pour le mieux et qu'on le garderait à Harwell.
Ces illusions offraient certains avantages : il ne songerait probablement ni à s'enfuir ni à se donner la mort. Il était moins que jamais nécessaire maintenant de l'alarmer, de l'entourer de policiers ou de le tirer du monde imaginaire dans lequel il avait toujours vécu.
Pour ses amis, Klaus Fuchs travaillait toujours au Centre de recherches. En réalité il préparait à l'intention de Skardon, un compte rendu détaillé de son activité de traître, le lieutenant-colonel Arnold étant le seul, à Harwell, à connaître la vérité.
Lorsque Skardon revint, le 26 janvier, Fuchs lui déclara d'emblée qu'il avait hâte que la situation fût éclaircie le plus rapidement possible. Skardon proposa qu'il formulât ses aveux par écrit ou qu'il les dictât à une secrétaire ou encore à lui-même, Skardon.
Fuchs choisit cette dernière solution et ils convinrent de se revoir le lendemain, au ministère de la Guerre, à Londres.
Le savant se rendit dans la capitale sans aucune surveillance policière. Lorsque Skardon lui demanda s'il était prêt à faire une déclaration écrite, il répondit :
- Oui, je comprends parfaitement. J'aimerais en finir avec toute cette affaire.
Skardon écrivit à la main, sous sa dictée :
« Je suis chef adjoint du service scientifique du Centre de recherches sur l'énergie atomique de Harwell. Je suis né à Russelsheim (Allemagne) le 29 décembre 1911. Mon père était pasteur et mon enfance fut très heureuse. Je crois nécessaire de souligner que mon père agit toujours au mieux de ses convictions et qu'il nous conseilla de suivre la voie qui nous était tracée, même s'il la désapprouvait … »
« Il me reste à réparer »
À la fin de sa «confession», Fuchs tint à faire cet acte de contrition :
« Je sais qu'il me reste maintenant à tenter de réparer le préjudice que j'ai causé ; tout d'abord de m'assurer que Harwell souffrira le moins possible de ma faute, et de sauver, pour mes amis, la meilleure part de mes relations avec eux. Ce souci domine maintenant ma pensée et il m'est difficile de concentrer mon esprit sur d'autres sujets.
« Je me rends compte, cependant, qu'il me faudra révéler l'étendue des informations que j'ai livrées (aux Russes) et contribuer, dans les limites dictées par ma conscience, à empêcher d'autres personnes de continuer à agir comme je l'ai fait.
« Depuis mon arrivée à Harwell, j'ai connu des Anglais de toute sorte et j'en suis arrivé à dénoter chez nombre d'entre eux une fermeté de caractère profondément ancrée qui leur permet de suivre une honnête ligne de conduite. Je ne sais pas d'où cela provient, ni s'ils le savent eux-mêmes ; mais le fait est là. Je viens de relire cette déclaration et la tiens pour vraie au mieux de ma connaissance. »
Et il signa : « Klaus Fuchs ».
Fuchs avait fait cependant une réserve qui montre bien dans quel monde imaginaire il vivait encore moralement ; il se refusait à confier à Skardon les détails techniques de la fabrication de la bombe atomique qu'il avait passés aux Russes parce que celui-ci n'était pas qualifié pour recueillir des informations de ce genre. Il accepta de les donner à une personne autorisée, Mr. Michael Perrin, un fonctionnaire de la « Section ministérielle d'énergie atomique ».
Rendez-vous avec Perrin fut pris pour le 30 janvier à Londres. Fuchs déclara qu'il aimerait se reposer et réfléchir durant le week-end. II répéta qu'il ne voulait pas perdre de temps à s'occuper de son avenir, puis repartit seul, par le train, pour Harwell.
Un étrange incident se produisit cette nuit-là. Informé que le bureau de Fuchs était éclairé, Arnold se servit de son passe-partout pour entrer dans une pièce située vis-à-vis du bureau, de l'autre côté d'un couloir. Le mur de façade de ces bureaux comporte une vitre près du plafond. En grimpant sur un buffet, il put voir, au-delà du couloir, ce qui, se passait dans la pièce du savant. Celui-ci s'y trouvait, assis à son bureau, examinant des papiers. Arnold l'observa un long moment. Au point où les choses en étaient, tout était possible. Fuchs pouvait essayer de se donner la mort ou de fuir le pays, ou encore être revenu dans son bureau pour détruire des documents. Arnold attendit.
L'homme qu'il surveillait lisait toujours tranquillement. Enfin, vers minuit et demi, Fuchs éteignit la lumière, donna un tour de clé à la porte de son bureau et rentra chez lui.
Après son départ, Arnold pénétra dans la pièce et s'aperçut que les papiers ne concernaient que des affaires courantes. La pièce ne devait plus recevoir de visite jusqu'au jour de la perquisition officielle, après l'arrestation de l'espion atomique.
Celui-ci prit un train de matin pour Londres, le lundi 30 janvier ; Skardon le conduisit au ministère de la Guerre où l'attendait Michael Perrin. En chemin, Fuchs déclara qu'il tenait pour certain que d'autres savants avaient également trahi pour le compte de l'Union soviétique.
Arrêté !
Au ministère de la Guerre où Skardon et le Dr Fuchs se rendirent le 30 janvier 1950, pour y rencontrer M. Michael Perrin, l'enquêteur suivit l'entretien en déclarant que Fuchs était prêt à tout révéler. Perrin répondit qu'il ne manquait pas de papier pour prendre des notes.
Après une courte interruption pour le déjeuner, les trois hommes se remirent au travail. Fuchs répéta ce qu'il avait déjà avancé concernant la collaboration avec les Russes d'autres savants occidentaux et, à titre d'exemple, il raconta comment, au début de ses activités de traître, avant son voyage aux États-Unis, les Russes lui avaient demandé des renseignements détaillés sur un procédé américain de séparation des isotopes 238 et 235 électromagnétiques (4). Or, à cette époque, aucun savant britannique n'en avait encore eu connaissance.
À 16 heures, Fuchs retourna seul à Harwell. Les autorités disposaient enfin d'éléments suffisants pour l'arrêter. Il fallait toutefois en informer auparavant le premier ministre, M. Attlee, puis on se mit en rapport avec le procureur général, Sir Bartley Shawcross, qui se trouvait quelque part au nord de l'Angleterre.
Celui-ci rentra à Londres, étudiant le dossier dans le train.
Enfin, le 2 février 1950, tout était prêt pour l'action. Plutôt que d'arrêter le coupable à Harwell, le service de sécurité préféra faire venir Fuchs à Londres. L'arrestation pourrait avoir lieu au bureau de Perrin à Shell-Mex House. Celui-ci téléphona le 2 février au matin :
- Pourriez-vous revenir ici cet après-midi ?
Fuchs accepta, ajoutant qu'il prendrait probablement le train qui arrive à Paddington vers 14 h. 30.
Il fut décidé que Léonard Burt, de Scotland Yard, se tiendrait dans la pièce de Perrin dès 14 h. 30 avec un mandat d'amener en poche. Perrin s'installa dans son bureau à l'heure dite et attendit.
A 15 heures, le secrétaire de Perrin téléphona que Fuchs venait d'arriver. Perrin donna des instructions afin que le savant n'eût accès à son bureau qu'après la venue de Burt et, un peu nerveux, appela de nouveau la Sécurité.
Finalement, à 15 h. 30, Burt apparut avec un inspecteur.
Ils firent appeler Fuchs, qui avait attendu tout ce temps dans la pièce voisine Perrin le présenta rapidement à Burt, puis s'esquiva. Burt lut l'inculpation et annonça à Fuchs qu'il se trouvait en état d'arrestation. Fuchs demanda alors à voir Perrin.
Quand Burt revint avec celui-ci, le prisonnier était livide. Regardant Perrin bien en face, il eut ce touchant « cri du cœur » :
- Vous pensez à l'effet que cela va produire à Harwell !
Les inspecteurs conduisirent Fuchs au poste de police de Bow Street où il comparut d'abord devant le principal magistrat, sir Laurence Dunne, le 3 février. L'affaire fut renvoyée à huitaine pour permettre à Fuchs de désigner ses avocats. Entre temps, il demeura à la prison de Brixton.
Au cours de la seconde audience, le 10 février à Bow Street, le lieutenant-colonel Arnold, Skardon et Perrin vinrent témoigner, et quelques extraits de la « confession écrite » furent lus.
Le maximum de la peine !
Le 1er mars, Fuchs se présenta devant le Lord Chief Justice, lord Goddard.
Le cas fut jugé en une heure et demie en présence du seul Skardon. Le principal avocat de Fuchs, Mr Derek Curtis-Bennett, lui ayant rendu visite dans sa cellule avant l'audience, lui déclara qu'il ne devait pas compter sur son acquittement ; il devait s'attendre au maximum de la peine.
- Oui, je sais : la mort.
- Non, quatorze ans, répondit l'avocat.
La peine capitale existe en Angleterre pour les cas de haute trahison, mais cette accusation ne peut être portée que contre un traître qui agit au profit de l'ennemi. Or Fuchs avait livré ses renseignements à un allié.
A l'issue des débats du tribunal, lord Goddard annonça à Fuchs qu'il le déclarait coupable et lui demanda s'il avait quelque chose à dire. Fuchs parla :
- My Lord, j'ai commis certains crimes pour lesquels je suis accusé et m'attends à être condamné. J'ai aussi commis d'autres délits qui ne sont pas considérés comme tels aux yeux de la loi - crimes contre mes amis, - et quand je luis demandai à mon défenseur de vous exposer certains faits, ce n'était pas dans l'espoir d'alléger ma condamnation mais afin de racheter ces autres crimes.
« J'ai été jugé équitablement et je tiens à vous en remercier ainsi que mon avocat et mes avoués. Je désire également remercier le gouvernement et le personnel de la prison de Brixton, pour les égards dont j'ai été l'objet. »
Lord Goddard prit à son tour la parole :
- Par sa conduite, Fuchs a compromis le droit d'asile accordé jusqu'ici par ce pays… En volant des secrets atomiques aux États-Unis, il aurait pu nuire aux bonnes relations entre ce pays et la grande république américaine avec laquelle Sa Majesté est alliée…
Puis, s'adressant à Fuchs :
- Votre crime, selon moi, est à peine différent de la haute trahison. Mais dans ce pays, nous observons la règle de la loi et, comme sur le plan technique il ne constitue pas une haute trahison, vous n'êtes jugé que pour ce délit.
Il condamna donc le Dr Klaus Fuchs à quatorze années d'emprisonnement, maximum légal.
- Mon devoir me commande de protéger les intérêts de ce pays, déclara lord Goddard, et comment puis-je être assuré qu'un homme dont la mentalité est exprimée dans les déclarations que vous avez écrites ne sera pas amené, par une curieuse tournure d'esprit, à trahir de nouveau des secrets de la plus haute importance pour ce pays ?
Fuchs quitta le banc des accusés sans mot et sans émotion apparente. Cette fois, personne ne s'avança pour protester contre le verdict.
Tout le problème de la sécurité britannique se trouvait en cause. Jusqu'à quel point était-elle compromise ? Combien d'autres Fuchs allaient et venaient dans les laboratoires britanniques et américains ?
Les événements se succédèrent rapidement. Le 3 mars 1950 le premier ministre Attlee vit sir Percy Sillitoe, chef du M.I.S. (5) à Downing Street et le dossier du cas fut envoyé au président Truman et au F.B.I.
Le 10 mars, le Comité de l'Énergie atomique se réunit à Washington. Il avait en sa possession des documents de première importance : les aveux de Fuchs formulés à Skardon et sa « confession technique » reçue par Perrin. Le Comité se montra, selon les propres termes de son président (le sénateur Mc Mahon), péniblement affecté. La chasse aux espions ayant eu des rapports avec Fuchs commença activement des deux côtés de l'Atlantique.
On questionna le prisonnier, on lui présenta des centaines de photographies. Il ne connaissait aucun de ses «contacts» par leurs vrais noms et ne se souvenait pas de leurs visages. C'est ainsi qu'il laissa passer, sans s'y arrêter, une photo de l'espion américain Harry Gold, se bornant À affirmer qu'il n'avait jamais vu cette tête auparavant. Et pourtant, il l'avait maintes fois rencontré à New-York et À Santa-Fé.
Les agents du F.B.I. s'intéressèrent plus particulièrement à Gold qui travaillait comme biochimiste à Philadelphie. Ils «filèrent» des centaines de suspects aux États-Unis ; ils interrogèrent Kristel, la sœur de Fuchs. Finalement, ils réussirent à obtenir les aveux de Gold.
De Gold, la filière mena à David Greenglass, puis au couple Julius et Ethel Rosenberg et à d'autres appartenant au réseau d'espionnage américain.
On sut bientôt, en Angleterre, que la plupart des «contacts» de Fuchs avaient déjà fui en zone soviétique d'Allemagne. Fuchs fut transféré de la prison de Brixton à celle de Stafford où il est demeuré jusqu'à sa récente libération.
par ALAN MOOREHEAD HISTORIA octobre 1960
(1) Service des renseignements de l'armée.
(2) Federal Bureau of Investigation (police politique américaine).
(3) On sait qu'en Grande-Bretagne, les véhicules roulent a gauche.
(4) C'est ce qu'on appelle le « spectrographe de masse ».
(5) Service des renseignements de l'armée (2e bureau britannique).