jeudi 24 juillet 2008

ROL-TANGUY :

Lors des cérémonies - du reste piteuses - dites « de la Libération de Paris », le président de la République a remis la grand-croix de la légion d'honneur - rien moins - au soi-disant «colonel» Rol-Tanguy, lequel a profité de l'occasion médiatique pour réaffirmer sa fidélité (dont personne ne doutait d'ailleurs) au communisme.
Le plus curieux dans cette affaire est que nul ne peut citer le moindre exploit de ce prétendu héros. En fait, son rôle devait être parallèle à celui d'Iltis, mais en bien pire encore.
Il s'agissait toujours de servir la politique stalinienne : en l'occurrence, ralentir l'avance des Alliés, leur faire fixer le maximum de troupes allemandes, tandis que l'Armée Rouge : Drang nach Osten.
Staline, qui avait allègrement sacrifié Varsovie, ne regardait pas à en faire autant pour Paris.
Or, von Choltitz, der Kommandant von Gross Paris, voulait bien résister à l'ordre de Hitler d'anéantir la capitale, à la condition que les FTP et FFI, ou tous assimilés, se tinssent tranquilles, et ne tirassent pas sur ses hommes.
Rol-Tanguy, lui, avait ordre de déclencher « l'insurrection patriotique », qui aurait en fait obligé Choltitz à revenir sur sa promesse. Pour éviter carnage et destruction, Eisenhower fut donc contraint d'entrer dans les vues de Staline, et de détourner l'Armée Patton, et notamment la 2° DB de Leclerc, de sa marche vers le Rhin, pour foncer sur Paris, et en assurer la sauvegarde.
Ce qui, soit dit en passant, permit, en décembre 1944, à von Rundstedt d'entreprendre une contre-offensive extraordinaire, qui, s'il n'avait manqué d'essence, le ramenait à Paris sans doute. Et Dieu sait ce qui s'en serait ensuivi.
Ainsi la guerre en tout cas fut-elle prolongée. Et pendant ce temps, von Braun et les autres préparaient fiévreusement la bombe atomique. Ils ne ratèrent le coche que de bien peu.
Or, Hitler en possession de la bombe A, qu'aurait pu faire Staline? Sans doute le fou de Moscou n'y avait-il point songé, ou bien il jouait l'Histoire à la roulette ... russe.
Quant à Rol-Tanguy, son rôle fut en fait celui d'un maître-chanteur, et non pas d'un héros. Disant en substance aux Américains : « Ou vous détournez vos forces à la rescousse de Paris, ou j'y provoque, par Choltitz interposé, l'apocalypse. »
Cela explique la scène qui se produisit à l'Hôtel de ville, au moment où de Gaulle y vint. On vit arriver tout à coup le « colonel » Rol-Tanguy.
Le général Margueritte, qui commandait en région parisienne les FFI si je puis dire « officiels », c'est-à-dire ceux placés sous l'autoriré du général Kœnig, se permit cette raillerie, dont quelques personnes seulement pouvaient saisir le sel : « Tiens, vous voilà ! Où étiez-vous donc passé ? Depuis quinze jours, on ne vous a point vu. »
Mais les communistes, même aujourd'hui encore, tiennent nombre de nos personnages consulaires. Ne serait-ce que parce que Moscou s'était emparé des archives de la Gestapo prouvant la véritable collaboration d'imaginaires illustres résistants.
Voilà pourquoi l'Histoire est interdite.
André Figueras Dictionnaire analytique et critique de la Résistance

jeudi 17 juillet 2008

Quelques vérités sur de Gaulle

Après les documents, précisions, témoignages, fournis tant par Jacques lsorni que par Jean Bourdier (entre autres), il semble difficile de contester que le meurtre de l'amiral Darlan n'ait pas été improvisé, de leur seul chef, par quelques monarchistes d'Alger. «Londres» était derrière. Et quand je dis «Londres», on comprend bien ce que parler veut dire: il ne s'agit évidemment pas de Churchill !
En fait, de Gaulle, en 1942, ne détenait que l'ombre d'un éventuel futur pouvoir, et il le savait fort bien. Au moment de l'invasion de la zone sud, sa terreur fut que Pétain écoutât l'amiral Auphan, et gagnat l'Afrique du Nord. (Du reste, de Gaulle ne devait jamais pardonner à Auphan d'avoir donné ce conseil...) Il est inutile, en effet, de s'attarder sur le fait que Pétain, auréolé alors des prestiges d'une évidente résistance, aurait rassemblé plus que jamais la France derrière lui, aurait renoué les meilleurs contacts avec les Alliés, en particulier les Etats-Unis, et que de Gaulle aurait tout bonnement disparu dans une trappe.
Ce qui n'était certainement pas le destin auquel il rêvait. Ce n'était pas pour cela que, depuis deux ans et demi, il s'échinait derrière un micro.
Il connut bientôt un immense soulagement : Pétain, pour le malheur général, refusa de partir.
Cependant, il restait une épine sérieuse en la personne de l'amiral Darlan, qui avait pris les choses en mains à Alger, et avec qui, déjà, les anglo-saxons traitaient.
Darlan était un danger moindre que Pétain sans doute, mais c'était tout de même un grand danger. Suffisant pour rendre précaire l'avenir, au moins politique, du général de Gaulle.
Dans ces conditions, l'adage romain saute aux lèvres: Is fecit cui prodest. A qui profitait, et à qui seulement, la mort de Darlan ? Vous m'avez compris.
Je ne dis pas qu'un ordre exprès fut donné par le chef de la France Libre. De Gaulle avait certainement lu Shakespeare. Il connaissait la réplique fameuse: « De ma part, c'eût été vilenie, de la tienne, loyal service. »
En pareil cas, il suffit, à bon escient, et devant qui il faut, de laisser tomber négligemment quelques mots équivoques, et dont on puisse au besoin révoquer, sinon la paternité, du moins la signification. Les bons serviteurs font le reste.
*
Après cela - on rencontre le surprenant attentat contre le général Giraud. Œuvre, fut-il dit, d'une sentinelle sénégalaise devenue folle, et que l'on se hâta de fusiller. Exactement comme on l'avait fait pour Bonnier de la Chapelle lorsqu'il eut abattu Darlan. Lorsqu'on se met aveuglément au service d'hommes des ténèbres, il faut s'attendre à sombrer bientôt dans la nuit.
Certes, Giraud, au moment où se produisit cet attentat à demi raté, avait d'ores et déjà été écarté du pouvoir par de Gaulle. Cependant, la situation était encore réversible, ou du moins, pouvait être considérée comme telle par un certain nombre de gens, des militaires en particulier. La haute silhouette de Giraud continuait donc, plus ou moins, à jeter de l'ombre à la haute silhouette de de Gaulle. Lequel était trop ombrageux pour aimer être ombragé.
Assurément, en cette affaire, les preuves certaines manquent, je crois, absolument. Cependant existe-t-il à la fois des présomptions. et des convictions. Giraud, pour sa part, ne sembla jamais douter que la main du Sénégalais eut été, lointainement et secrètement, armée par de Gaulle.
Il avait sans doute raison. Seulement, les chefs de maffia, les «parrains» ne se laissent jamais prendre la main dans le sac.
*
Nous n'en avons cependant pas fini avec les morts bizarres, avec les morts troublantes. J'ai dit déjà, à propos de Pierre Brossolette, que la Gestapo ne s'empara pas de lui par pur hasard.
Je l'ai dit, d'abord, parce que je le sais, parce que je sais qui, de Londres, s'arrangea pour que les Alemands aient leur proie. Je sais aussi que l'abominable délateur était agité par une jalousie et une rancune personnelles. Mais je suis amené aujourd'hui à penser qu'il ne fût, grâce à sa haine, qu'un instrument pour autrui.
Nous allons y revenir, mais examinons d'abord les autres éléments que nous pouvons posséder sur ce sujet.
Il y a d'abord, depuis peu, le livre de souvenirs que le général Jouhaud a publié, sous le titre: «La vie est un combat.» Nous y apprenons que Jouhaud se trouvait avec Brossolette (et quelques autres), lorsque l'un et l'autre essayèrent de gagner (ou de regagner) l'Angleterre, sur un rafiot invraisemblable. Jouhaud s'étonna sur-le-champ, s'étonne encore aujourd'hui d'anomalies manifestes dans cette opération. Il ne pouvait pas savoir, mais il faut qu'il sache, que quelque chose était, par trahison, truqué, afin qu'il y eût échec, et que Brossolette fut pris.
Voici à présent ce que m'écrit d'lrlande un correspondant qui est certainement placé pour ne pas parler au hasard :
Brossolette a été donné par Londres. Moulin a été trahi par un gaulliste, Hardy. Il n'y a aucun doute. C'est pourquoi on ne fera pas venir en France le chef de la Gestapo de Lyon. Il aurait trop de choses à dire. Et s'il était extradé, on s'arrangerait pour le faire mourir en prison avant qu'il parle.
J'ai laissé, pour ne pas hacher la citation, l'amalgame Brossolette-Moulin_ C'est d'ailleurs, on va le voir, un amalgame auquel je crois - mais nous y reviendrons tout à l'heure. Pour l'instant, restons-en à Brossolette.
Car ne s'exprimait pas sans doute non plus à tort et à travers, ce conseiller municipal de Paris, qui était à Londres pendant la guerre, et qui, entre quatre-z-yeux, affirmait littéralement ceci: « Brossolette, Yeo Thomas, Jean Moulin, ont été donnés de Londres en même temps
En tout cas, pour ce qui concerne Pierre Brossolette, le donneur peut être content. Puisqu'il vit toujours, je lui apprendrai ce détail, qu'il ne connaît sans doute pas, et qui ne pourra que lui prouver la parfaite réussite de son œuvre : lorsque Brossolette, détenu dans les locaux de la Gestapo, eut réussi, profitant d'une inadvertance de ses gardiens, à se précipiter par la fenêtre du cinquième étage, il ne mourut pas en s'écrasant au sol. On ramassa son corps brisé, et on le transporta à l'hôpital Lariboisière, où il fut simplement mis à part, et laissé à son sort, les Allemands ayant compris que, dans l'état où il était, ils ne pourraient plus rien tirer de lui.
Cependant, dans sa chute, le ventre de Brossolette avait éclaté comme une grenade trop mûre, et il mit quarante-huit heures à agoniser, les tripes au jour, comme un malheureux animal abandonné.
L'horreur que cette fin nous procure ne doit pas nous faire oublier d'y réfléchir. Nous devons nous rappeler deux choses dont j'ai déjà parlé : cette lettre de Brossolette à de Gaulle, dans laquelle le journaliste socialiste élevait des critiques, fort pertinentes, certes, et d'ailleurs fort respectueuses, mais qui n'en avaient pas moins du piquer au vif le fou d'orgueil à qui elles étaient adressées; - et, d'autre part, lorsque Brossolette partit pour sa dernière mission, cette prédiction quasi amusée que lui fit de Gaulle, et selon laquelle il n'en reviendrait pas.
Ainsi, Brossolette avait commis le crime de lèse-majesté (et souvenons-nous que Bastien-Thiry fut fusillé pour une histoire de bretelles). D'autre part, esprit libre et tempérament fort, il était loin d'être exclu qu'il pût devenir, dès la libération acquise, un opposant dangereux.
Pareillement deux fois coupable, moi je ne serais pas étonné, en effet, qu'il ait été condamné à mort.
Surtout si l'on se souvient du peu de prix - que mille exemples attestent -, du peu de prix que de Gaulle attachait à la vie des autres. Spécialement quand ces autres le gênaient en quoi que ce soit.
Un autre exemple de refus, dont fut cette fois victime un de mes correspondants qui habite dans les Alpes. Il est vrai que cet ancien combattant était affecté d'un vice rhédibitoire, ayant été le témoin direct, comme il me l'écrit, de certain événement:
« Je fus, le 2 août 1916, le témoin, étant du même secteur, de la désertion de de Gaulle qui, un torchon au bout d'une baïonnette, se rendit seul à un officier bavarois qui, d'ailleurs, le relata récemment. Il est à noter que ce 2 août où il était arrivé sur les pentes de Douaimont à 5 heures du matin, il se rendit à midi, sans que l'on ait connu ce jour-là une sérieuse offensive allemande, dont tout l'effort s'était porté sur la rive gauche, au bois de Malancourt. »
Au moment de remettre ce livre à l'imprimeur, un haut magistrat, qui fut l'ami du général Frère, me fait parvenir ce souvenir, qui mérite assurément de figurer dans notre florilège :
« Le général Frère m'a dit que M. de Gaulle ayant publié son ouvrage « Vers l'armée de métier », qui reproduisait l'enseignement de l'Ecole des chars de Versailles, quand lui, le général Frère, la commandait - a, avant la guerre, fait traduire son ouvrage en allemand, et vendre en Allemagne par une maison d'édition allemande.
Et j'entends encore les paroles du général Frère, que j'ai gardées intactes dans ma mémoire : Que penser d'un officier français qui fait traduire en allemand, et publier en Allemagne, un ouvrage révélant l'enseignement d'une école militaire française ?
Le général Frère est mort, le général Duffieux, ancien directeur de l'Infanterie, est mort, mais ma mémoire est fidèle... »

André Figueras FAUX RÉSISTANTS ET VRAIS COQUINS 1974

dimanche 13 juillet 2008

DE GAULLE et les déserteurs du Viet Minh

• De Gaulle et ses affidés ont joué un rôle capital dans le rapatriement et l'amnistie des déserteurs français en direction du Viet Minh et des différents collaborateurs de Hô Chi Minh.
Dès 1962, des discussions se sont ouvertes entre fonctionnaires nord-vietnamiens et la délégation générale française.
L'amnistie arrive. Un accord est signé entre les Vietnamiens du Nord et le gouvernement Pompidou.
Le 23 novembre 1962. quarante Français avec leurs femmes, leurs enfants, se retrouvent sur l'aéroport de Hanoï. Un avion de la Croix-Rouge va les rapatrier (cette Croix-Rouge mal vue des Saoudiens). Boudarel, comme nous l'avons raconté dans notre précédent numéro, ne fait pas partie de cette tournée. Il aura droit à des égards spéciaux.
Un de ces rapatriés sera - avec d'autres - jugé par un tribunal militaire français. Il s'appelle Robert Vignon. Il est soutenu par le Secours Populaire français, une filiale du parti communiste. et défendu par Me Noël. qui est plutôt de droite,Vignon est condamné à cinq ans de réclusion.
Il est scandalisé par ce verdict. Allons ! Allons ! On se calme, on se calme... Le Secours Populaire mène campagne pour lui. L'Huma vole à son secours. Pierre Messmer, ministre e la Défense nationale émet un avis favorable le 16 juin 1964 désavouant implicitement le verdict d'un tribunal d'officiers. Le ministre des Armées va beaucoup plus loin que le gouvernement de la IVe République à l'égard d'Henri Martin (saboteur communiste) et suspend la peine de Vignon, cinq mois seulement après le verdict.
Communistes, gaullistes, même combat ? Au fait, c'est bien le général De Gaulle qui a amnistié, en 1944, Maurice Thorez ? Non ?
En tout cas, pour Vignon, l'horizon s'éclaircit. Il devient un syndicaliste actif dans les aciéries. « Un militant ouvrier important de sa fédération communiste. II a renoué la boucle: F. T. P., Can-bô , syndicaliste. C'est la continuation d'une même idée : la lutte ». (1)
Quelques années plus tôt. Bastien-Thiry, Dovecar, Piegts et Roger Degueldre ont été fusillés. Des centaines de combatants de l'OAS ont été condamnés à de lourdes peines.
Si cette comparaison entre le sort réservé par le régime gaulliste aux combattants de l'Algérie française et celui des traîtres communistes ne vous donne pas envie de « gerber », c'est que vous avez certainement un bon vaccin. Dites-nous lequel.
(1) Jacques Doyon. Les soldats blancs de Hô Chi Minh. P 475. Fayard, éd.
National Hebdo 1991

vendredi 11 juillet 2008

De saint Paul à Léon XIII

Comment l'Église s'est opposée à l'esclavage
Faudra-t-il une fois encore faire repentance et battre sa coulpe sur la poitrine des anciens? Inévitablement, la question se pose dès que l'esclavage repointe son nez au rythme des revendications ou des séances de pose mémorielle. Dans la ligne de mire : l'Église catholique. Petite balade au pas de charge dans une histoire complexe.
Pour le sanctuaire laïc, le président Sarkozy a tranché : c'est oui ! Désormais, le 23 mai sera « une journée commémorative » de l'abolition de l'esclavage. « La traite des Noirs, l'esclavage ainsi que leur abolition » devraient aussi être inscrit dans les programmes de l'enseignement primaire dès la prochaine rentrée scolaire. Pas difficile : ils l'étaient déjà ! Les petites têtes de toutes les couleurs auront leur séance de catéchisme républicain obligatoire plutôt deux fois qu'une. Mais l'Église catholique ? Certains aimeraient bien qu'elle se couvre la tête de cendres et que ses prélats, revêtus d'un sac, descendent dans la rue pour expier les péchés passés. Dans un monde qui ne croit plus à rien, ni au Bien, ni au Mal, pas même à l'Église comme institution, la revendication a un puissant goût de paradoxe.
Un petit pas pour Onésime, un grand pas pour l'humanité
Fait presque aussi vieux que l'homme, l'esclavage était une pratique courante dans l'Empire romain au moment où les apôtres y prêchaient l'Evangile de Jésus-Christ. On ne trouve pas trace dans les premiers écrits chrétiens d'un appel à la révolte ou à la libération des esclaves. Dommage pour la version marxiste révisée 1968 façon Katmandou, qui voyait en Jésus-Christ une préfiguration de Che Guevara.
Saint Paul, lui, aborde le problème de front. C'est le premier ! S'il intervient, c'est d'abord en faveur d'un certain Onésime, esclave, qui finira d'ailleurs évêque, un détail que l'on omet généralement de souligner. Les spécialistes s'interrogent encore pour savoir si Onésime s'est échappé pour se réfugier auprès de Paul ou s'il a été envoyé par son maître pour l'aider dans sa prison. Au fond, peu importe.
Toujours, est-il que Paul de Tarse renvoie l'esclave et demande à son maître de l'accueillir « non plus comme un esclave, bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher ». Derrière cette phrase, Paul pose le principe de l'égalité foncière des hommes. Mais attention : devant Dieu ! L'apôtre ne porte pas le bonnet phrygien, il ne remet pas en cause les structures sociales, ni le droit qui régit la société. Il ne dénonce pas directement l'esclavage, mais appelle à un renversement intérieur où maître et esclave se considèrent désormais comme membres d'une même famille. Un petit pas pour Onésime, un grand pas pour l'humanité.
La position de saint Paul au sein du christianisme fait que sa perception de l'esclavage va fonder la position de l'Église. De manière paradoxale, Paul renverse même les positions. Chaque chrétien doit se considérer comme un « esclave du Christ » qu'il soit un homme libre ou de statut servile. Mais cet esclavage rompt avec celui de l'ancienne alliance pour ouvrir les portes à la vraie liberté. C'est tout le thème de ses attaques contre les judaïsants.
Cette vision va se traduire très rapidement dans les faits. C'est le plus étonnant, d'ailleurs ! Si, au moment des persécutions anti-chrétiennes, nombre d'esclaves dénoncent leurs maîtres devenus des adeptes de la nouvelle religion, d'autres iront à la mort avec eux. C'est le cas de Perpétue (la maîtresse) et Félicité (l'esclave) qui meurent ensemble. Face à la mort, elles s'entraident et subissent le même sort. Elles sont mises à nu - condition réservée habituellement aux esclaves -, enfermées dans un filet pour être livrées à une vache en furie.
Pourtant, si l'Église les reconnaît toutes les deux comme martyres, elle ne dénonce pas à cette occasion l'esclavage. Cependant, le cas de Félicité, épouse de Révocarus, un autre esclave, montre que par rapport à l'État, l'Église a déjà progressé sur cette question. Elle reconnaît aux esclaves le droit au mariage comme pour tout citoyen.
Jusqu'à la paix de Constantin, en 332, l'Église subit le sort commun et vit dans une société dans laquelle l'esclavage est profondément ancré. Dès lors qu'elle va monter en puissance, il va tendre à disparaître. Mais lentement, très lentement. Il y a comme une volonté de ne pas bousculer trop vite l'édifice social. Il faut dire que d'autres problèmes agitent aussi l'époque. Les hérésies, par exemple, qui obligent les théologiens à mieux définir la foi de l'Église. Les invasions des barbares, aussi, qui ne se gênent pas pour récolter abondamment des bras pour le travail et des plaisirs plus sensuels. Des invasions qui durent jusqu'au Haut Moyen Âge, quand les hommes du Nord n'hésitent pas à venir faire leur marché sur le continent.
Mais cette époque est aussi celle d'une profonde mutation. Peu à peu, le servage remplace l'esclavage, même si ce ne sont pas forcément des anciens esclaves qui deviennent les nouveaux serfs. La différence entre les deux ? Le serf jouit d'une véritable personnalité juridique. Il peut contracter mariage, faire appel à la justice et témoigner, posséder et vendre des biens. S'il dépend d'un seigneur, c'est par le biais d'un contrat qui engage les deux parties. C'est une réforme ? Non, sire, c'est une révolution.
Le deuxième concile de Lyon excommunie les négriers
Pour en arriver là, il a fallu que l'Église intervienne. Le deuxième concile de Lyon (567-570) utilise L'arme de l'excommunication. Ceux qui réduisent en captivité, par traîtrise ou trahison, « des âmes qui vivaient tranquilles depuis longtemps sans aucune mise en question de leur condition » sont exclus de l'Église. En Chrétienté, c'est la mort sociale assurée. Le concile de Châlon (647-653) renforce les choses, en interdisant la vente des captifs hors des frontières du royaume des Francs. L'Église échoue cependant sur un point : le commerce des esclaves païens. Ils sont acheminés vers le monde musulman, le plus souvent par le biais de marchand juifs.
Plus concrètement, l'esclavage fait place au servage par le biais de l'affranchissement. En 632, le bon saint Eloi - celui de la chanson - dote l'abbaye de Solignac d'une centaine d'esclaves. Et les affranchit. Il ne peut en libérer davantage puisque le droit romain, toujours en vigueur, le lui interdit. Pourtant, l'Église tique. Deux conciles interviennent pour s'opposer aux affranchissements : celui d'Epaone en 517 et celui de Clichy, en 626. La raison ? Incompréhensible pour des oreilles modernes. Affranchir des esclaves, c'est, selon le droit de l'époque, diminuer le patrimoine ecclésiastique appartenant toujours à l'État, l'Église n'en ayant que la jouissance. La solution sera trouvée lors du concile d'Orléans (541) et du concile de Tolède (633) : les affranchis doivent rester au service de l'Église ou sous son patronage.
Peu à peu donc, la pratique d'une même religion par les esclaves et les maîtres modifie sensiblement la situation, au point de faire naître le servage. L'Église a-telle condamné l'esclavage ? Pas vraiment. Elle a agi, en modifiant, au coup par coup, des situations précises.
La question se pose à nouveau avec force avec la découverte de l'Amérique. Les Indiens ont-ils une âme ? Pour Bartholomé de Las Casas, la réponse ne fait aucun doute. C'est oui ! Et il en tire les conséquences pratiques quand il assiste à des massacres d'indiens : ces derniers doivent être libres et chrétiens. La solution ? Celle qu'il propose est à l'origine de bien des polémiques. Aux Indiens, il préconise de substituer des Noirs. Pour sauver les uns, il sacrifie les autres ...
Dans son ouvrage, L'Église au risque de l'histoire, préfacé par Pierre Chaunu(1), l'historien Jean Dumont tente une approche équilibrée de cette question : « Les Espagnols, ne pouvant utiliser suffisamment la main-d'oeuvre indienne trop affaiblie et surtout trop protégée, eurent recours, approuvés initialement et imités en cela par las Casas lui-même, à l'importation d'esclaves noirs. Or, fait intéressant, ils se montrèrent, en cela encore, très modérés : cette autre forme de génocide fut beaucoup moins leur fait que celui de leurs contemporains anglo-saxons, portugais ou français. En témoigne toujours la constatation que l'Amérique espagnole reste très majoritairement indienne aujourd'hui. »
Concernant la traite des Noirs, la position de l'Église va évoluer. En 1454, le pape Nicolas V légalise la traite. Un siècle plus tard, la bulle Sublimis Deus (1537) de Paul III rééquilibre la donne, en rappelant que chrétiens et non chrétiens jouissent des mêmes droits fondamentaux. Devant le développement de la traite, Grégoire XV, en 1622, fonde la Congrégation de la propagation de la foi. Elle met en cause l'esclavage pratiqué par les missionnaires, mais ne s'attaque aux abus qu'à partir de 1820. Il faut attendre jusqu'au XIXe siêcle pour que l'esclavage des Noirs soit dénoncé. On avait oublié, semble-t-il, de lire avec attention le traité Servi liberiDes esclaves libres ») du père Epiphane de Moirans qui date du XVIIe siècle. Voilà ce que c'est que d'écrire en latin ...
Si le traité Servi liberi du XVIIe siècle avait été plus lu ...
En 1839, le magistère de l'Église tranche la question avec l'encyclique In Supremo Apostolatus de Grégoire XVI. Il dénonce avec fermeté la traite des Noirs entre l'Afrique et l'Amérique ainsi que les mauvais traitements. Il est interdit aux clercs de justifier le commerce négrier et encore plus d'y participer. Quand le Brésil abolit l'esclavage à son tour, en 1888, le pape Léon XIII salut l'évènement dans l'encyclique In Plurimis. Il va même plus loin puisqu'il condamne ceux qui, dans le passé, n'ont pas tenu compte « de la communauté de nature, de la dignité humaine, de l'image divine imprimée dans l'homme ».
Condamne-t-il ainsi le passé de l'Église ? Ce serait mal connaître, et Léon XIII, et la réalité historique. Depuis leur apparition sur la grande scène de l'histoire, les chrétiens ont été confrontés à l'esclavage. D'abord en l'étant eux-mêmes, puis en cherchant, derrière saint Paul, à modifier lentement la situation. L'irruption de la modernité touche l'Église elle-même qui va parfois jeter un voile pudique sur cette situation.
Et les chrétiens ? Si certains défendent les esclaves et travaillent à leur émancipation, d'autres profitent largement de la situation. De son côté, l'Église, siècle après siècle, travaille globalement les esprits pour les préparer à l'émancipation. Même les athées les plus convaincus seront finalement, à leur corps défendant, les héritiers de saint Paul qui voit dans l'esclave un « frère ». On vous le disait : un petit pas pour Onésime, un grand pas pour l'humanité.
(1). Éditions de Paris, 2002.
Romain Bénédicte Le Choc du Mois Juin 2008

vendredi 4 juillet 2008

LA DROITE ET LE FASCISME

Lors même que les deux grandes familles totalitaires du XXième siècle, le fascisme et le communisme, sont issues d'un même tronc socialiste, depuis 1945, grâce à ses relais dans la presse, l'édition et l'université, la gauche a réussi à accréditer l'existence d'un risque majeur : le retour de l'hydre fasciste-venu-de-la-droite. Cette mise en scène politique donne à la gauche une remarquable immunité idéologique. Il est temps de rétablir la vérité, d'un point de vue historique et scientifique, pour en finir avec les mensonges de nos adversaires.
Incontestablement, la gauche profite d'un paradoxe : alors même qu'elle a donné naissance au fascisme, elle a également enfanté le mythe antifasciste.
Les origines de gauche du fascisme sont absolument incontestables. Différents types d'analyses, historiques et philosophiques, émanant d'auteurs incontestables, de droite comme de gauche, convergent sur ce point.
Examinons tout d'abord la synthèse idéologique qui a donné naissance au fascisme.
Selon l'historien Zeev Sternhell (1), le fascisme est né de l'évolution d'une fraction du marxisme et du syndicalisme révolutionnaire entre 1880 et 1914. Certains intellectuels révolutionnaires, tels Hubert Lagardelle en France ou Arturo Labriola en Italie constatent en effet que le prolétariat européen, loin de s'appauvrir, s'enrichit, et menace de s'intégrer à la société bourgeoise, perdant toutes ses vertus révolutionnaires. De la même façon, ils observent le patriotisme profond des masses ouvrières lors de l'union sacrée en 1914. Toujours très hostiles au capitalisme, influencés par le théoricien de la violence révolutionnaire Georges Sorel (2), mais ayant pris acte de ce que la nation est un moteur plus puissant que la classe sociale, ces hommes vont substituer la nation au prolétariat comme force révolutionnaire. Ils font alors évoluer une partie de la réflexion socialiste vers un socialisme national animé par une éthique de la violence rédemptrice.
C'est ce complexe idéologique qui, après 1918, formera la vision du monde fasciste, en Italie comme en Allemagne.
Ainsi, le fondateur du fascisme italien, Mussolini, fut d'abord un chef du parti socialiste italien, directeur de l'Avanti, l'organe officiel du parti. En France, les seuls chefs authentiquement fascistes, Valois, Doriot et Déat, furent, le premier un théoricien d'extrême gauche, le second un des responsables du parti communiste, le troisième, un député socialiste successeur présumé de Léon Blum à la tête de la SFIO. Le moins connu d'entre eux, Valois, finira dans les eaux de la SFIO, après avoir fondé le Faisceau, petit parti fasciste français. Pour lui, le fascisme et le marxisme sont deux « variétés du socialisme »(3). En Allemagne, de nombreux communistes furent séduits par les propositions sociales du parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). La vérité historique est évidente: le fascisme a pu séduire, çà et là, quelques hommes de droite. Il n'en reste pas moins fondamentalement issu de l'extrême gauche.
L'étude du projet philosophico-politique des fascistes éclaire encore la lanterne de l'honnête homme. Le fascisme partage avec le socialisme le culte de l'Etat, qui doit entièrement régenter la vie sociale et la croyance dans les vertus de l'économie dirigée. L'influence de l'économiste de gauche Keynes sur la politique de grands travaux du régime fasciste puis sur la politique économique du docteur Schacht en Allemagne, est ainsi très sensible. Le philosophe Friedrich Hayek, dans La route de la servitude (4), consacre d'ailleurs un chapitre entier aux « racines socialistes du nazisme ». En outre, comme le communisme, le fascisme valorise le peuple contre le « bourgeois », le groupe contre la personne. Selon Hannah Arendt (5), cette préférence pour le Tout social contre le particulier est un des éléments constitutifs du totalitarisme.
S'il est piquant de constater que le fascisme vient de la gauche, il faut également voir que le mythe antifasciste en est également issu !
Ce sont les instances dirigeantes de la IIIe Internationale (communiste) qui, dès le début des années 20, ont opéré un amalgame éhonté entre « la droite » et le fascisme, tendant à faire croire que le fascisme était de droite, et la droite plus ou moins « fascisante ».
Dès les années 30, l'antifascisme est devenu un ferment de l'unité de la gauche européenne, traumatisée par les divisions du mouvement ouvrier allemand face à la montée d'Hitler. En France, l'antifascisme fut en 1935-1936 le moteur du Front Populaire, alors qu'il n'y avait aucun mouvement fasciste français important. Ainsi, le fascisme devint un mythe, « un ensemble lié d'images motrices », c'est-à-dire une construction irréelle de l'esprit remplissant certaines fonctions (l'unité de la gauche). L'épouvantail fasciste fut encore agité par Mitterrand en 1988 et Chirac en 2001, lorsque pour les besoins de leur cause, ils ont fascisé Jean-Marie Le Pen, quasiment transformé, par le jeu du mythe, en fils illégitime des amours contre nature d'Hitler et de Pétain.
On est là, bien sûr, au cœur d'un processus irrationnel.

La droite nationale contre le fascisme
D'un point de vue historique comme idéologique, la droite nationale apparaît en effet comme le principal ennemi du fascisme.
Non seulement le fascisme n'a pas été engendré par la « droite », mais durant l'entre-deux-guerres, il n'a pu se développer que là où elle était trop faible pour lui faire obstacle. En France par exemple, où de l'avis même d'un ex-sénateur socialiste, Philippe Machefer (6), les ligues patriotiques ne peuvent être assimilées au fascisme, la ligue des Croix de Feu a empêché l'émergence et le triomphe d'un grand parti fasciste d'imitation allemande ou italienne. Tout sépare en effet le christianisme social et patriotique du mouvement du colonel (et futur résistant) de la Rocque du socialisme national et européen d'un Déat ou d'un Doriot.
Z. Sternhell insiste longuement sur « la longue lutte entre la droite et le fascisme » (7). Il oppose Franco, représentant de la droite autoritaire et conservatrice, à José Antonio, Mussolini au roi Victor-Emmanuel, Déat à Pétain. De même, en Roumanie ou en Hongrie, c'est la droite elle-même qui a procédé à la « liquidation », partois sanglante, des partis fascistes.
Que les fascistes, violemment anti-marxistes, aient parfois cherché l'alliance avec la droite nationale et conservatrice ne prouve rien du tout, puisque de la même façon, par antifascisme, les partis marxistes se sont alliés à des éléments très libéraux ( parti radical en France, centre gauche en Espagne ... ). Il est donc aussi absurde de contester le caractère socialiste du fascisme en raison de ses alliances à droite qu'il le serait de contester l'authenticité marxiste de la LCR sous prétexte qu'elle a appelé à voter Chirac en 2002.
A la vérité, tout sépare la droite nationale du fascisme. La conception de la nation, tout d'abord. Vers 1940, le fascisme constitue sans doute, avec le communisme, la seule idéologie à la fois révolutionnaire et internationaliste : avec l'essor de la SS, multinationale et européiste, le critère racial supplante le critère national au sein du fascisme. Le fossé qui sépare les fascistes, révolutionnaires et intemationalistes européens, des hommes de droite nationale, attachés aux traditions et nationalistes authentiques, est alors patent.
De la même façon, la conception de l'Etat est radicalement différente. Pour un fasciste, l'Etat est un but en soi. Il incarne et personnifie le peuple ou la race. Le fascisme confond donc délibérément l'Etat et le groupe humain auquel il se réfère, au lieu de voir dans l'Etat un simple outil au service de la nation, chargé d'en garantir la sécurité et d'en maintenir la cohésion, vision qui est celle de toutes les droites nationales du monde.
Enfin, les conceptions de l'homme se différencient nettement : à rebours de la construction d'un homme nouveau, projet propre à tous les totalitarismes dont le fascisme, la droite nationale ne rêve que de préserver l'homme éternel, enraciné dans les traditions et dans les disciplines morales et culturelles qui ont fait leurs preuves au cours des siècles.
Voilà quelques vérités qu'il fallait rappeler. Le débat est lancé. Que ceux qui, à gauche et à droite, veulent en débattre se manifestent.
(1) Zeev Sternhell, Ni droite, ni gauche - L'idéologie fasciste en France, ed. Seuil, coll. Point, 1983.
(2) Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908.
(3) Voir Zeev Sternhell, p : 244 .
(4) Friedrich Hayek, La route de la servitude, Librairie de Medicis, 1945.
(5) Hannah Arendt, Origines du totalitarisme, 3e partie, le Système totalitaire, coll. Point. Ed. Seuil.
(6) P. Machefer Ligues et fascismes en France, PUF, 1974.
(7) Zeev Sternhell, ibid. P. 20.
National Hebdo du 6 au 12 juin 2002

mercredi 2 juillet 2008

Quand Stavisky se servait de la République radicale

Sous la Ve République finissante, un scandale chasse l'autre, de l'Elysée aux associations humanitaires. On a peine aujourd'hui à comprendre l'énorme vague d'indignation populaire qui s'empara des Français à la fin de 1933 lorsque furent connues les protections dont jouissait un escroc mondain nommé Stavisky. Les historiens contemporain s'indignent plus de la réprobation populaire d'alors que de la décomposition de la classe politique au pouvoir, attestée par cette affaire à la fois sordide et dramatique. On y trouve tous les ingrédients des scandales précédents, et des éléments dignes des faits les plus récents.

L'affaire Stavisky n'a pas surgi comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle avait été précédée de deux autres scandales qui marquèrent les annales, ceux de Marthe Hanau ("la banquière") et d'Albert Oustric, éclatés respectivement en 1928 et 1930, Deux fois de suite, de nombreux épargnants furent ruinés, victimes de manipulations médiatiques (La Gazette du Franc de Mme Hanau), et de la complicité de hauts fonctionnaires avec des escrocs. La banque d'Oustric n'aurait jamais dû, par exemple, pouvoir fonctionner, ne remplissant pas les conditions requises. Marthe Hanau, à l'automne 1930, fut condamnée au minimum, deux ans de prison, mais elle commit l'erreur de faire appel. Or, elle fut rejugée en juillet 1934, en plein dans les séquelles de l'affaire Stavisky, et la justice lui infligea cette fois trois ans. Elle se suicida à la prison de Fresnes par le poison, bizarrement alors qu'elle allait être libérée, en juillet 1937. Albert Oustric, lui, écopa d'une année de détention début 1933 pour l'aspect financier de ses agissements, et fut acquitté en cour d'assises en mai de la même année pour corruption de fonctionnaires, Une conclusion judiciaire qui troubla l'opinion, tant les faits étaient avérés. Jamais deux sans trois, voici que fin 1933 l'affairiste Stavisky défraie la chronique.

De l'escroquerie à la crise politique
D'emblée, on est frappé que ces dernières années, des films aient pu être diffusés avec un battage médiatique maximal, à la gloire aussi bien de la "banquière" que de Stavisky, présentés comme fort sympathiques et plutôt victimes. L'exposé des faits ne procure pas du tout cette impression. Alexandre "Sacha" Stavisky, né dans une famille juive ukrainienne naturalisée française en 1900, est connu depuis sa condamnation en 1912, pour avoir loué le théâtre parisien Marigny, et avoir offert ensuite des places, moyennant cautions, pour des postes d'administrateurs, de techniciens, et même d'ouvreuses. Il dépensa l'argent, et les gogos se retrouvèrent débarrassés de leurs illusions. En 1933, il a 47 ans, et mène un train de vie fastueux avec sa femme Arlette, ex-mannequin de chez Chanel. D'abord spécialisé dans l'exploitation de la naïveté féminine, il noue des relations intéressantes au cours de nuits parisiennes, et dans les cercles de jeux. Il passe aux chèques maquillés, et plume des agents de change pour des millions, Arrêté en 1926, il devient le roi du report de procès, dix-neuf en tout, un record. La justice multiplie les faveurs et les erreurs à son bénéfice. Pourquoi ?
Là commence l'affaire. "Monsieur Alexandre" a pris dans l'entourage d'un ex-ministre radical de la Justice des avocats qu'il paye grassement. Il crée des sociétés où il offre des postes d'administrateurs très bien rétribués à tel ancien préfet de police ou inspecteur des Finances. Surtout, il jouit de la sympathie active de Camille Chautemps, un radical plusieurs fois président du Conseil des ministres, et qui le sera précisément fin 1933. Chautemps, qui n'est pas rien dans la franc-maçonnerie, a un frère avocat, qui a défendu Stavisky pour l'un de ses méfaits, et un beau-frère procureur de la République, Pressard, à l'origine de plusieurs "reports" et remises en faveur de l'escroc. Par ailleurs, certains policiers de haut rang et de sympathies radicales étouffent les fiches de renseignements et détournent les dossiers concernant Monsieur Alexandre. Et un important magistrat, Albert Prince, chef de la section financière du Parquet de la Seine, intervient aux moments critiques pour écarter les foudres de la loi de la tête de Stavisky.
Dans ce contexte sortent au printemps 1933 des articles d'organes nationaux sur "Sacha", « ce financier véreux escorté de politiciens affamés et de policiers sans vergogne payés sur la caisse des escroqueries ». A l'été, les attaques deviennent très précises : il est question de crédits municipaux, les monts de piété qui prêtent de l'argent aux personnes en difficultés sur des objets confiés en gages. Stavisky a monté une combine diabolique. Il s'est fait remettre des millions pour de fausses émeraudes par le Crédit municipal d'Orléans. Et il a lancé des bons de caisse sur la valeur des objets en dépôts, bons remis à des banques et des compagnies d'assurances, pour une valeur décuplée. Une inspection menace de tout faire s'écrouler. Tout s'arrange à coups de millions, issus de la même magouille, cette fois sur le Crédit municipal de Bayonne, dont le député-maire radical, Joseph Garat, ne jure que par l'escroc, Banques et assurances s'arrachent les bons de caisse illusoires, car le ministre radical du Travail, Dalimier, a envoyé aux instituts financiers une lettre officielle recommandant ce placement. Parallèlement, des journaux à la solde de Stavisky les encensent.
Mais Le Journal de la Bourse, à l'été, met en cause le système, et une carambouille sur des fonds hongrois, montée par Monsieur Alexandre, par sa trop grande grossièreté, contraint le ministère des Finances à en refuser l'homologation. Malgré des blocages officiels nombreux, une inspection à Bayonne finit par aboutir le 21 décembre 1933. Il y a pour 180 millions de faux bons, et pas un franc en caisse, Le 23, un complice de Stavisky est arrêté, et passe aux aveux. La nuit même, l'escroc prend la fuite. L'enquête policière est freinée par des "ripoux". Enfin, le 29 décembre, toute la presse titre sur « l'affaire Stavisky ».

Des morts providentielles
Alors, la tempête se déchaine. Début janvier, le député Garat est arrêté. Stavisky est repéré dans un chalet de Chamonix et, au moment où il va être arrêté, le 8 janvier 1934, il se suicide. Telle est la version des autorités. Le doute plane toujours. En tout cas, il ne peut plus parler. Deux directeurs de journaux sont emprisonnés pour complicité avec lui, et le ministre radical Dalimier, maintenant chargé des Colonies, doit démissionner. Des manifestations quotidiennes d'étudiants, puis d'épargnants et d'anciens combattants, ont lieu à Paris, pour dénoncer la pourriture du système. Le député de droite nationale Ybarnegaray interpelle à la Chambre, Chautemps, chef du gouvernement, le 12 janvier: « Qu'une pauvre femme vole un pain, elle sentira la poigne de la loi. Pour Stavisky, loi muette, juges sourds.» Tout est dit. Les Français de l'époque ne peuvent l'admettre. La morale qui s'impose à eux n'admet pas les compromissions de politiques, de magistrats, de certains policiers, avec un escroc. Le ministre de la Justice Raynaldy, accusé par le député de la Gironde Philippe Henriot, doit démissionner. Tout le cabinet Chautemps suit. Le ministère Daladier le remplace le 31 janvier. Il opère des changements dans la haute administration, qui frappe surtout ceux qui ont dénoncé les compromissions, tout en sauvant la mise aux amis de Stavisky, comme pour Pressard, le beau-frère de Chautemps, recasé à la Cour de cassation, Des "remerciés", dont le préfet de police Chiappe, refusent les postes de consolation offerts, et comme le radical Daladier refuse la nomination d'une commission d'enquête sur le réseau Stavisky, Fabri et Pietri, les deux seuls ministres de droite, ainsi qu'un indépendant, Doussain, démissionnent aussitôt. Là-dessus, ce sont les manifestations de protestation populaire du 6 février, et le massacre de patriotes qui s'en suit. Communistes, socialistes et radicaux, crient au "coup d'Etat", ce qui est dénué de tout fondement. Une crise politique majeure survient. L'affaire semble finie.
Pourtant, le 20 février 1934, elle rebondit. Le conseiller Prince, qui a joué un rôle trouble en faveur de Monsieur Alexandre, aurait beaucoup à dire. Il ne parlera pas, "suicidé" lui aussi, sur la voie ferrée à la Combe-aux-Fées près de Dijon. L'inspecteur principal Bonny, qui enquêtait alors, déclarera en décembre 1944, juste avant son exécution pour collaboration (il n'avait plus rien à perdre) que le magistrat Prince en savait trop et qu'il a été assassiné. Bien d'autres épisodes se greffent autour de la liquidation du réseau Stavisky. On retiendra de l'affaire les constantes du genre : comme pour celle du Panama, les principaux protagonistes meurent opportunément, quand ils risquent de mettre en cause des politiciens corrompus. On reverra d'autres "suicides" sous la Ve (ainsi dans le dossier de la Tour BP à la Défense). Les politiciens compromis, à l'instar de Daniel Wilson, le trafiquant de décorations gendre du président Wilson, s'en sortent toujours : ils se font réélire sans problème, leur carrière continue (cas de Chautemps, par exemple). L'affaire Stavisky marque néanmoins un tournant : ce sera la dernière fois où de braves gens indignés clameront leur indignation dans la rue. Le 6 février 1934, ils l'ont payé par plus de vingt tués par balles, et de 1.400 blessés.
Alexandre Martin, National Hebdo du 28 août au 3 septembre 2003.

mercredi 25 juin 2008

A propos de la libération de Saint-Nicolas-du-Chardonnet


27 février 1977. Pour tous les catholiques de France, c’est une date fondatrice, pour les tradilandais, l’équivalent d’une fête nationale, ce qu’est le 4 juillet pour les Etats-Unis. Depuis 1971 et l’expulsion de Mgr François Ducaud-Bourget de la chapelle de l’hôpital Laënnec sur ordre de la CGT, les catholiques n’avaient plus une seule église pour célébrer leur foi dans la capitale. Chassée de tous les lieux de culte, la messe de Saint-Pie V avait été remplacée dès le 3 avril 1969 par de fausses cérémonies crypto-protestantes et hérétiques d’Annibale Bugnini où Dieu était exclu, « messes » totalement invalides, dérives prophétisées avec exactitude par Paul Bourget dans son roman Le Démon de midi paru en 1914. « Dieu aurait ainsi permis que des millions et des millions de croyants de bonne foi, qui ont vécu et sont morts dans l’Eglise fondée par le Christ, aient vécu et soient morts dans un mensonge ? » déclare le héros du livre. « Une bonne dose d’illusion et de mégalomanie est nécessaire pour se croire humblement capable de forger une liturgie meilleure que celle que vingt siècles de tradition chrétienne ont lentement formée » constate à juste titre dom Guy Oury. Messes invalides car comme le déclarait Saint Pie V dans la bulle papale Quo Primum du 14 juillet 1570 : « Qu’absolument personne, donc, ne puisse déroger à cette page qui exprime Notre permission, Notre décision, Notre ordonnance, Notre commandement, Notre précepte, Notre concession, Notre indult, Notre déclaration, Notre décret et Notre interdiction, ou n’ose témérairement aller à l’encontre de ses dispositions. Si, cependant, quelqu’un se permettait une telle altération, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux Apôtres Pierre et Paul ». Et de préciser : « Par notre présente constitution, qui valable à perpétuité »

Comme dans toute révolution, celle-ci ne fonctionne que si les élites et le peuple sont suffisamment décadents pour l’accepter. Les contre-révolutions victorieuses, comme en Allemagne, en Hongrie, en Finlande, en Espagne, l’ont été parce que le peuple a su générer les anticorps. La force de l’idéologie « démocratique », qu’elle soit de nature libérale ou socialiste, c’est de proposer la solution de facilité qui avilit l’homme. Cependant, vermis in fructu, la République se condamne à terme : certes, elle espère régner sur une masse qu’elle maintient dans l’obscurantisme et dans la fange des bas instincts, mais comme elle n’est ni universelle, ni omnipotente, il y aura toujours à ses portes ou en son sein des masses de peuples barbares, métèques (au sens grec des termes) plus dynamiques, plus jeunes et donc, selon les théories de polémologie de Gaston Bouthoul, plus guerrières. A terme, elles conquièrent les civilisés décadents, pillent leur nation, bâtissent la leur, s’embourgeoisent, deviennent à leur tour décadentes, perpétuant le cycle. Parfois même, la partie saine des civilisés, du moins la moins contaminée, se détache : Byzance a ainsi survécu à Rome pendant un millénaire. Le plus réjouissant dans cette affaire est que nous avons été rejetés par la République et que, mutans mutandis, les ostracisés sont devenus métèques, donc aussi étrangers que les barbares, moitié Byzance, moitié Germains. A nous métèques de faire comprendre aux barbares que 20 % de la population de ce qui fut notre pays est sous notre protection et constitue le socle de notre future patrie, donc noli me tangere. Les 80 % restants ? Dieu, dans sa Justice, décidera de leur sort. En ce qui me concerne, il m’indiffère totalement. Bien évidemment, la voix du sang étant ce qu’elle est, si des « Gaulois » qui ont été un jour mes compatriotes frappaient à la porte de notre état en quête de protection, celle-ci s’ouvrirait. Charité chrétienne oblige. Simplement, il leur sera demandé d’accepter nos règles de fonctionnement sociétal car sinon, nous serions contraints de dire comme le Christ : « Qui êtes-vous, en vérité je ne vous connais pas… »

En ce 27 février 1977, dimanche de Carême, les catholiques de Paris s’étaient rassemblés exceptionnellement à la Mutualité au lieu de l’habituelle salle Wagram. Voilà à quoi en étaient réduits les partisans de la Vraie Messe : contraints, comme dans un régime soviétique, à organiser des messes dans une salle de bal aménagée à la hâte entre deux combats de boxe, après le « bal du samedi soir ». Mais quand les fidèles arrivèrent devant la bâtisse de la rue Saint-Victor, des prêtres en soutane les invitèrent à se rendre à l’église voisine de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et d’attendre. Une cérémonie conciliaire s’y déroulait justement… Pourquoi avoir choisi cette église ? Tout simplement parce que l’un des piliers de la Tradition, l’abbé Séralda, y avait été vicaire, connaissait les lieux, et savait que le dimanche, la secte conciliaire rassemblait les jours les plus fastes jusqu’à 40 fidèles… De plus, elle allait être bientôt désaffectée. Le servant de la cérémonie conciliaire était doublement surpris : l’église était pleine et le panier de la quête vide. Soudain, dès son office terminé, une procession entre dans l’Eglise, menée par Mgr Ducaud-Bourget et les abbés de Fommervault, Emmanuelli, Juan, Coache et Séralda qui célèbrent immédiatement la Sainte Messe. A la fin de la dernière bénédiction, l’abbé Coache monta en chaire et lança cette phrase de huit mots : « Maintenant que nous y sommes, nous y restons ! ».

Le pouvoir et les offices ténébreuses de l’obscurantisme laïcard ne ménagèrent pas leurs persécutions contre ceux qui avaient osé résister. Paradoxalement, de tous les ennemis déclarés de l’Eglise, les seuls qui n’aient jamais tenté la moindre action contre Saint-Nicolas furent… les musulmans. Si on excepte d’ailleurs quelques cas d’agressions individuelles tenant plus du racisme anti-français que du racisme anti-chrétien, il faut avoir l’honnêteté intellectuelle d’admettre que l’Islam n’a jamais manifesté d’hostilité à notre égard en France. Mieux, nos manifestations pour la vie ont reçu un accueil plein de sympathie dans le quartier arabe de Barbès. Rien ne dit que cela durera, mais pour le moment, les faits – fort têtus – sont ainsi… La toute première vague de persécution vient, bien évidemment, des autorités religieuses en place sous la houlette du sinistre Marty, archevêque conciliaire de Paris. Le 3 mars, à 4 heures du matin, les conciliaires envoyèrent par un vitrail un gaz d’ordinaire réservé à l’élimination des taupes dans leurs galeries. Le jour même, l’Eglise était définitivement libérée suite à « la bataille de la sacristie » où les catholiques, dont une nette majorité de dames refoulèrent non pas en enfer Satan et les autres esprits mauvais mais plus simplement dans le presbytère le sinistre Amorgathe et ses sbires, ce dernier montrant que, s’il maîtrisait mal le latin, il possédait parfaitement le langage ordurier en vogue dans les bas quartiers. Il y a du Dismas chez Amorgathe, mais celui d’avant la croix… Puis, devant l’échec de la méthode forte, Marty joua dans le registre sournois : il envoya Jean Guitton, qui – sous prétexte qu’il était fât comme un dindon sentencieux – pensait manier la plume, afin de proposer un « échange » à Mgr Ducaud-Bourget : si les tradtionnalistes évacuaient Saint-Nicolas-du-Chardonnet, on leur donnerait la basilique de Marie-Médiatrice. La providence divine éclaira le vieux prélat qui refusa : cette basilique était éloignée de tout. De plus, le quartier où elle est située dans le 19e arrondissement, est devenu un véritable coupe-gorge. Donc, les catholiques resteraient à Saint-Nicolas… Marty alla même jusqu’à faire le siège de Jean-Paul II. Le Janus à la tiare lui demanda si les catholiques priaient dans cette église. « Pour prier, ils prient avec ferveur » lâcha le cardinal. « De quoi vous plaignez-vous ? Laissez-les prier… », répondit l’occupant du trône pontifical en guise de fin de non-recevoir…

Une fois les conciliaires calmés par celui qu’ils revendiquent comme chef, d’autres prirent le relais. Les Juifs d’abord dont les éléments réputés extrémistes, mais dont les « passerelles » avec les institutions communautaires ont la taille du pont de Tancarville, placèrent une bombe dans Saint-Nicolas-du-Chardonnet quelques heures avant la messe de minuit 1978. Ce fut la seule action directe, les institutions communautaire prenant les choses en main avec comme point d’orgue un procès intenté par la LICRA contre Mgr Lefebvre et des campagnes de haine cathophobe incessantes dans la presse juive, Marianne appelant même à l’incendie de l’église (sans cependant préciser si, selon la tradition républicaine inaugurée au Lucs-sur-Boulogne le 28 février 1794, les femmes et les enfants seraient brûlés vifs dedans…). Le gouvernement s’en mêla également, et pas seulement avec le vol des dons des fidèles à la Fraternité Saint-Pie X qui rejoindront dans la liste des ignominies gueusardes les spoliations de 1789-1794 et le milliard volé aux catholiques en 1905… En 1989, le Ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe, lance une offensive assez sournoise. Il mandate un sieur Brisacier, du service des cultes du ministère de l’Intérieur, pour se rendre à l’étape de Gallardon du Pèlerinage Paris-Chartres (les ralliés) le dimanche de Pentecôte 1989. Son but : convaincre Bernard Antony d’aider la police politique à prendre d’assaut Saint-Nicolas-du-Chardonnet contre l’attribution officielle de celle-ci à la Fraternité Saint-Pierre. Bernard Antony est Gascon, c’est-à-dire qu’il réagit vivement, à la « Marty Mc Fly ». « Monsieur, vous êtes un salaud (décidément, Thierry Rolland fait des émules, mais après tout, n’était-il pas de l’OAS ?) et je vous demande de quitter les lieux immédiatement ! ». Brisacier s’en tire bien : Henri Tincq s’était fait botter les fesses (au sens réel du mot) à l’aérogare d’Orly pour avoir écrit des choses aussi déplaisantes que fausses sur l’affaire des cinémas quelques mois plus tôt… Ce sont dans ses excès qu’on l’aime, Bernard.

Le vicaire conciliaire de Saint-Séverin, Jean-Robert Armogathe, montra en quelques phrases le vrai visage de la secte conciliaire, bouffie d’orgueil et de haine, totalement dénuée de charité chrétienne, voire même de foi tout court. Le 5 mars 1977, voici comme « ce grand chrétien », « l’un des prêtres les plus remarquables de la jeune génération » comme l’écrivait le quotidien bourgeois Le Figaro, qualifiait les catholiques de « secte à la traîne de la réaction », propos on ne peut plus communiste ! Et d’en rajouter : « on reconnaît des membres d’organisations d’extrême droite, connues pour leurs violence dans les universités et les grandes écoles. Sous des noms divers, c’est toujours le même regroupement des forces néo-fascistes : leur racisme, leur antisémitisme, leur culte de la violence sont bien loin de l’idéal évangélique. Et puis ce sont là des nostalgiques de la collaboration, des guerres coloniales, de l’OAS. Ils gardent l’âcre souvenir des barricades d’Alger et rêvent d’une revanche sur mai 1968. Il suffit de les regarder ». Même L’Humanité n’alla pas aussi loin dans l’abjection. Mais il est vrai qu’Armogathe était – pour se replacer dans l’époque – aussi catholique que Cohn-Bendit allemand… Il a donné la preuve fin 1998 dans Le Figaro (décidément) qu’il n’était pas catholique en niant l’authenticité et la vérité des Evangiles, notamment celui de Saint Matthieu, ce qui fait qu’il viole délibérément l’encyclique Humani generis de Pie XII. Même l’abbé Laurentin, hier chaud partisan de Vatican II aujourd’hui sur la voie de la repentance, s’en indigna et confirma que Saint Luc (historien formé aux méthodes des Grecs) et Saint Matthieu étaient de véritables témoins et leur récit historiquement vrai.

Trente après, l’histoire a rendu son jugement : pour les 25 ans de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, en 2002, l’Abbé Christian Bouchacourt dressait le bilan d’un demi-jubilé : 3.000 baptêmes (dont ceux de 3 de mes enfants), 535 mariages (dont le mien), 1.606 convois (c’est-à-dire messes d’enterrement) et 3.683 confirmations. Chaque dimanche, 5.000 paroissiens assistent aux 6 messes de ce jour. En 2002, la moitié des fidèles de la paroisse avaient moins de 33 ans, c’est-à-dire nés avant 1969, date d’imposition des fausses messes. Pour essayer de « contrer » Saint-Nicolas, les conciliaires ont été forcé de remettre au goût du jour les processions qu’ils avaient supprimées pour ne pas en laisser le monopole aux catholiques : Fête-Dieu et Assomption. Alors que les messes catholiques étaient bannies de la capitale, le cardinal conciliaire Aaron « Jean-Marie » Lustiger les a rétablies dans deux églises, pensant vider Saint-Nicolas, en vain. L’église de la rue des Bernardins chantée par Jackie Quartz (la rue, pas l’église…) ne désemplit pas, et ce, malgré que le nombre de lieux de cultes catholiques en Ile-de-France soit passé de 1 à 21 en 30 ans, même si Tradiland est très provincial puisque la région-capitale qui représente 20 % de la population hexagonale ne regroupe que 6 % des lieux de cultes catholiques. Il y avait, au 1er janvier 2007, 327 lieux de cultes catholiques traditionnels en France métropolitaine, seuls 6 départements de province en étant privés (Alpes de Haute Provence, Ardèche, Ariège, Creuse, Lozère et Meuse) : 12 en Nord-Pas-de-Calais, 11 en Picardie, 21 en Ile-de-France, 7 en Haute-Normandie, 11 en Basse-Normandie, 22 en Bretagne, 26 en Pays-de-Loire, 14 dans le Centre, 12 en en Bourgogne, 6 en Champagne-Ardennes, 5 en Lorraine, 6 en Alsace, 7 en Franche-Comté, 26 en Rhône-Alpes, 15 en Auvergne, 5 dans le Limousin, 17 en Charentes-Poitou, 24 en Aquitaine, 18 en Midi-Pyrénées, 24 en Languedoc-Roussillon, 33 en PACA, 2 en Corse.

Lorsqu’on relit les témoignages vieux de trente ans, on s’aperçoit que l’on vivait à une autre époque. Parmi les soutiens à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, on comptait deux académiciens : Jean Dutourd et Michel Droit, trois écrivains de première importance ou publiés par des éditeurs officiels : Jean Raspail, Jacques Perret et Michel de Saint-Pierre (membre de la LICRA !), un acteur connu : Jacques Dufilho, un universitaire de premier plan : l’économiste Jean Fourastié, le père de l’expression « Trente Glorieuses ». Dans son numéro du 22 avril 1977, Le Monde, alors notoirement marxisant, publiait néanmoins une lettre très émouvante d’une paroissienne qui disait notamment ceci : « Mariée depuis 10 ans, j’ai 33 ans. Trois enfants : 9, 8 et 5 ans. Un loyer à Paris qui pompe la moitié du salaire de mon mari. Un appartement « tout à refaire » : on s’est engagé à le refaire nous-mêmes… Loyer moins cher. Avec quel argent pourrions-nous payer les peintres ? Aucune aide domestique : obligée à un travail à mi-temps de 9 heures à 13 heures pour boucher les trous. Quand je rentre : lessive, ménage, couture, cuisine… et pinceaux. Rien n’est jamais fini. Les enfants sont merveilleux, ils connaissent notre vie dure, ne pleurent pas trop et rangent assez. Une belle-famille très catholique mais conciliaire, c’est-à-dire qu’elle nous a rejetés quand elle a vu notre foi de toujours… Chassés de la maison de famille, mari menacé de cécité, moi d’obésité… Tous les sacrements et messes suivis dans le concile. Grande solitude. Parfois envie d’entrer dans une église, de s’asseoir un peu au fond quand on a le cœur qui déborde de larmes, mais églises nues, froides, glaciales… Vicaires intellectuels : « Faut vous en sortir… » On ne manque pas de courage, mais la vie vous coince… « Faut penser au tiers-monde ».

On y pense, on l’aime… mais qui, en France, pense à son voisin de France ? Le tiers-monde est une bonne conscience de catholiques égoïstes. Puis le paradis revenu à Saint-Nicolas. J’y ai pleuré une demi-heure la première fois, au fond, à gauche…

Il y avait du monde, on ne me voyait pas, le Bon Dieu m’a consolée, j’ai prié comme jamais. Il m’a redonné du courage, l’espérance de la vie éternelle. Pauvre moi ? Quand je peux aller à Saint-Nicolas ! Malheureuse ? Quand je peux aller à Saint-Nicolas ! Seule ? Je me sens meilleure, je repense à mon ange gardien, je voudrais soulager les pauvres… ».

Trente ans après, de telles choses seraient-elles possible ? L’extrême gauche a totalement cadenassé le milieu culturel. Les écrivains de sensibilité catholique, c’est-à-dire non-conciliaire, existent toujours, peut-être même plus nombreux qu’avant. La source de talent n’est pas tarie, elle a tout simplement été bouchée, interdite de séjour, confinée dans un ghetto, réduite aux samizdats, comme ceux se réclamant de la droite nationale. Depuis 1981, le talent n’a plus l’ombre d’une importance : ce qui compte, ce sont les opinions politiques. Et ceci est valable aussi bien dans la culture que dans l’emploi, le logement, voire l’attribution des aides sociales. Plus aucune personnalité de moindre envergure n’oserait se compromettre avec les « impurs » religieux ou politiques sous peine de se voir elle-même chassée. Et les rares qui s’y sont risqués l’ont payé de leur carrière proportionnellement à la marxisation du milieu où ils oeuvraient : si les propos courageux de Daniel Guichard sur les persécutions scolaires des enfants d’élus FN ne lui ont valu que la haine d’Elie Seymoun, haine qu’il partage désormais avec Dieudonné M’Bala M’Bala qui, admettons-le, a plus surpris ses ennemis (j’en fus) que ses fans ; une carte d’anniversaire dessinée pour le compte du FN a fait du dessinateur de BD Mic Delynx (le père de l’irrésistible Jungle en Folie et mon modèle, le brave docteur Potame « rigoureusement spécialisé en n’importe quoi ») un mort-vivant professionnel. Pour quelques dessins dans la presse impure, Eric Ascensi a failli connaître le même sort. Je cite ses propres paroles : « Je traînerai toute ma carrière une erreur de jeunesse : celle d'avoir dessiné pour 'Minute'. J'y ai perdu des amis et quelques contrats. Mais je n'avais qu'à faire attention où je mettais les pieds. J'espère aussi que mon exemple servira d'autres jeunes dessinateurs qui, par appât du gain, nécessité ou opportunisme, seraient tentés de frayer avec la droite la plus nationaliste ». Tout est dit. La lâcheté mène le monde depuis que les coqs chantent…

Cette exclusion a tout de même eu un gros point positif : les métèques ont appris à se passer de l’état et ont créé leurs maisons d’éditions, leur réseau de distribution, leurs écoles, leurs universités, leurs agences pour l’emploi, leurs associations caritatives… la suite logique de tout ceci étant à long terme ni plus ni moins que la création de toutes les structures étatiques et donc ni plus ni moins qu’un état, un pays par nous pour nous. Même qu’avec les permanents du Paquebot, on a déjà les fonctionnaires… En 1977, les catholiques avaient été chassés de leurs églises, aussi, ils se virent obligés d’en libérer une avec le résultat et le succès que l’on sait. Trente ans après, le combat s’est déplacé : les catholiques sont devenus un peuple à part entière, les Tradilandais, étrangers dans ce qui, en 1977, était encore leur pays. Certes, ils ont de petits ghettos dans les principales villes de France, mais l’épée de Damoclès pend au-dessus de leurs têtes : la municipalité d’extrême gauche qui tient Paris, même si elle va probablement perdre la mairie dans quelques mois, pourrait vouloir réaliser « un baroud d’honneur » pour conclure une mandature de brimades, la République laïque peut à tout moment passer à la persécution ouverte avec fermeture des écoles voire emprisonnement des parents et placement des enfants en «camps de rééducation » de la DDASS. Nous avions un pays, nous rêvions d’une église ; nous avons les églises, nous rêvons d’un pays. Une génération plus tard, c’est pour la libération non pas d’une église mais d’une parcelle de territoire que nous devons nous battre. Retrouver en nous la force de 1977. Nos effectifs ont décuplé, la moyenne d’âge a chuté au même rythme que les revenus se sont taris et la natalité a explosé, alors que le nombre de « mariages mixtes » (Français/Tradilandais) s’est écroulé, preuve de la naissance d’un peuple nouveau.

Maintenant, l’heure est venue de donner à nos enfants un pays qui saura les aimer autant que eux l’aimeront. Nos parents nous ont légué des écoles, des prieurés, des chapelles, à nous de léguer à nos enfants une nation. Ô Dieu Tout Puissant, écoutez la prière de vos enfants, donnez-nous un Moïse qui nous conduit à Canaan, faites-nous sortir de cette Egypte qu’est la République. Je lance cet appel aux électeurs du Front National : comme je le démontrerai dans les éditoriaux des numéros 230, 234 et 235, concluant la campagne présidentielle, la République ne vous aime pas, ne vous a jamais aimé. Même appel lancé à nos frères autonomistes, rattachistes et indépendantistes d’Alsace, de Bretagne, du Comté de Nice, de Flandre, de Normandie et de Savoie : offrez-nous votre appui et votre expérience, à charge de revanche. Et vous les Blacks, vous les Beurs qui avez l’impression d’être rejetés ou manipulés, vous les kemites, vous les muslims. Le peu que j’ai pu dialoguer avec vous m’a appris une chose… vous ne nous aimez pas plus que la République (c’est réciproque monsieur Seba) mais vous au moins vous nous respectez. Vous n’aimez pas la République non plus, et ne la respectez pas. Yo brother, tu la kiffes grave l’occase ? On va lui niquer sa race à la taspé trop bouffonne avec son bonnet de grand schtroumf (traduction en tradilandais pour nos lecteurs : « Mes salutations cher associé. Etes-vous enthousiasmé par l’opportunité d’une conjonction d’intérêts ? Ensemble, nous allons infliger à l’immonde Gueuse au bonnet phrygien des dommages irréparables »). Tremble ô République, Spartacus brise ses chaînes… Pour conclure ce rappel, un petit poème de Mgr Ducaud-Bourget datant du 15 février 1977 :
« L’expérience masse et la lourde sagesse
Accablent, mon enfant, une âme sans vigueur.
Toi conserve toujours l’immuable jeunesse
D’un cœur nouveau sans cesse, ignorant toutes peurs ».

Source : Notre Mémoire

samedi 21 juin 2008

17 millions de victimes de la traite musulmane


Entretien avec Jacques Heers
A partir du VIIe siècle, les musulmans ont pratiqué une traite esclavagiste touchant à la fois les Européens et les Africains. Agrégé et docteur en histoire, Jacques Heers a été professeur des universités et directeur du département d'études médiévales à la Sorbonne. Il a consacré plusieurs ouvrages à l'esclavage médiéval en Méditerranée, aux Barbaresques et aux négriers en terre d'islam (1), qui viennent d'être réédités. Autant dire que nul n'est mieux placé que lui pour parler de la traite musulmane.

Le Choc du mois : Y -a-t-il une spécificité de la traite musulmane ?
Jacques Heers : Il y en a deux. Son importance quantitative, d'abord. Les conquêtes musulmanes ont été d'une ampleur et d'une brutalité inédites. Et puis le fait que les musuhnans ont ajouté une dimension religieuse à l'esclavage, en distinguant très nettement le «fidèle», de «l'infidèle». En résumé, la théorisation du djihad et l'expansion territoriale musulmane aboutissent effectivement à l'apparition d'une forme d'esclavage tout à fait spécifique.
Même si certains exégètes affirment le contraire, le Coran tolère parfaitement l'asservissement des «chiens de mécréants». Confrontés à la question cie l'esclavage, les docteurs de la loi rendaient en général le même verdict : le prisonnier infidèle doit demeurer esclave, même s'il se convertit aussitôt ; c'est la punition de sa mécréance passée. En revanche, le captif musulman, même ramené «chargé de chaînes» doit immédiatement retrouver la liberté.
Théoriquement, le Coran interdit de réduire un musulman en esclavage, mais en pratique, les exceptions abondent, pour des raisons plus ou moins légitimes : les victimes sont de « mauvais musulmans », etc.

Quand apparaît la traite musulmane ?
Dès la naissance de l'islam, au VIIe siècle! Mahomet et ses fidèles possédaient des esclaves. C'était toutefois une pratique courante, durant toute l'Antiquité. Il n'est pas étonnant que les peuples orientaux, au cours du Haut Moyen Age, la perpétuent à leur bénéfice.

Au début de l'hégire, les esclaves sont essentiellement blancs...

Comment les musulmans se procurent-ils leurs esclaves ?

Essentiellement par la guerre. Les « cavaliers d'Allah » conquièrent, asservissent ou convertissent les populations cles Balkans, d'Asie Mineure et d'Europe. Ils ramènent d'immenses cohortes de prisonniers, hommes et femmes. On a vu des Sarrasins mener des razzias jusque dans les Alpes, au IX' siècle ! En 997, le calife al-Mansur, qui régnait sur l'Espagne arabo-musulmane - al Andalous - mena une interminable razzia dans les royaumes chrétiens du nord de la péninsule. Il s'enfonça jusqu'au cœur de la Galice, laissant Saint-Jacques-de-compostelle en ruines.
Toujours en Espagne, au XII' siècle, des flottes musulmanes croisent sur les côtes de Galice et, au petit matin, lancent des attaques sur les villages de pêcheurs. En Méditerranée, sur un autre front, les musulmans, maîtres de la Sicile, lancent des chevauchées contre les grands monastères et sur les routes de pèlerinage vers Rome. Ailleurs, les pirates musulmans ravagent les côtes du Languedoc ou de Toscane avec des flottes atteignant parfois cinquante galères ! Et chaque guerre apporte son lot de captifs, qui sont aussitôt convoyés pour être vendus sur les marchés, de l'Espagne au Maghreb et jusqu'en Orient...

Il y a une réelle préférence pour les esclaves blancs...
Les musulmans ont pratiqué la traite des Noirs, mais dans les premiers temps de l'hégire, l'ère d'expansion islamique, les esclaves étaient essentiellement des Blancs. Laissez-moi vous citer le savant Ibn Haukal, qui affirmait, au temps de l'Espagne arabo-musulmane que « le plus bel article importé d'Espagne sont les esclaves, des filles et de beaux garçons qui ont été enlevés dans le pays des Francs et dans la Galice. Tous les eunuques slaves qu'on trouve sur la terre sont amenés d'Espagne et aussitôt qu'ils arrivent, on les châtre. Ce sont des marchands juifs qui font ça ». Le géographe Ibn al-Fakih, lui, racontait que « de la mer occidentale, arrivent en Orient les esclaves hommes, romains, francs, lombards et les femmes, romaines et andalouses ».

Quand la traite musulmane cesse-t'elle en direction de l'Europe ?

Elle s'est considérablement réduite lorsque les Arabes ont passé le Sahara pour aller razzier l'Afrique noire. Mais elle a très vite repris, dès les années 800, avec la piraterie. Elle s'intensifie en 1517, lorsque Alger, véritable nid de pirates, tombe aux mains des Turcs. La guerre de course fait alors partie intégrante du plan de conquête de la Méditerranée par les Ottomans. L'esclavage des chrétiens, méthodiquement mené, redouble.
Dans le même temps, les Barbaresques assiègent Rhodes en 1522 et Malte en 1565. S'ils perdent Rhodes en 1523, les chevaliers de Malte repoussent les musulmans en 1566. L'ordre de Malte devient une véritable sentinelle de la Méditerranée. Ses marins font régner la terreur chez les musulmans et pratiquent eux-mêmes l'esclavage ! Ils jouent un rôle clef dans la bataille de Lépante en 1571, qui marque le grand coup d'arrêt aux incursions musulmanes en Europe.

En 1888, à Médine, 5.000 esclaves sont vendus dans l'année


Mais les musulmans poursuivent la traite des chrétiens en Afrique noire...

Exact. Il y a trois grandes routes de traite. La première mène en Afrique de l'Ouest sahélienne, où le commerce des esclaves fait traditionnellement partie des échanges transsahariens. La deuxième passe par la mer Rouge et le Soudan. En Arabie, en 1888, sur le seul marché de Médine, l'on peut vendre 5 000 esclaves par an. La troisième traite se passe sur la côte d'Afrique de l'Est, où Zanzibar devient le plus grand marché d'esclaves au monde.
La première traite est la plus longue et occasionne de nombreuses pertes. Elle passe par l'Egypte, dont les musulmans sont devenus maîtres, et le Sahara. Elle est d'abord faite de razzias, puis, à partir du IX' siècle, repose sur la conquête de royaumes noirs et le négoce avec les marchands d'esclaves.

Quelles sont les principales cibles ?

Le royaume chrétien d'Ethiopie. Les Egyptiens l'attaquent en passant par la vallée du Nil. Les Arabes traversent la mer Rouge. A l'ouest, les Marocains osent une traversée de cent jours de marche après Marrakech, dont au moins la moitié à travers le Sahara.
Le retour est un enfer. Le Niger, le Sénégal et le Mali sont également touchés ... Des forbans musulmans lancent des razzias le long des côtes de l'océan Indien avec des boutres - de rapides voiliers. Dans les royaumes islamiques du Soudan, les chasses aux esclaves mobilisent chaque année de forts partis de cavaliers. Ils repèrent les villages les plus intéressants et partent par petits groupes. Ils montent des chameaux de race, s'approvisionnent en eau, marchent la nuit et attaquent au petit matin. Les opérations devant être rentables, ils évitent les lieux trop bien protégés et n'attaquent qu'à coup sûr. Une fois maîtres du terrain, ils massacrent les faibles et les vieillards pour n'emmener que les malheureux en état de servir.
Pour être honnête, il faut ajouter que des négociants sont aussi sur les rangs, car des rois noirs, près du Tchad par exemple, les informent du lancement des grandes chasses aux esclaves. Ils vont s'installer dans les villages, en attendant - à leurs frais - le retour de l'expédition.

Comment les esclaves sont-ils traités ?

Très mal, car ils sont gratuits et en grand nombre. Contrairement à la traite atlantique, il n'a pas fallu négocier avec des rois esclavagistes. Il a suffi de tuer ceux qui se défendaient !
Sur la route de leur captivité, les esclave vivaient un enfer. La traite occasionne des pertes terribles tant dans leurs rangs que dans ceux des convoyeurs. Les plus faibles sont abandonnés sans pitié. Les témoignages sont horribles : les hommes et les femmes meurent de soif, en sont parfois réduits à ouvrir la panse des animaux pour y trouver de l'eau. Les esclaves malades ou affaiblis sont abandonnés en route à une mort certaine. Des négociants expliquent tranquillement à leurs associés, restés en Arabie qu'il a fallu, ici où là, égorger quatre femmes «fanées» et émasculer deux enfants pour ne pas perdre de temps dans le désert et préserver la cargaison. A l'arrivée, selon la difficulté de la traversée, les survivants sont vendus avec une marge de 200 à 300 %. C'est une façon de compenser les pertes.

De quoi se compose une cargaison d'esclaves ?

Essentiellement des jeunes femmes, blanches ou noires. Des enfants et des hommes solides. Ne restent que les personnes en bonne santé. Les autres sont morts en route. En chemin, pour ècouler les «cargaisons»: plus vite, certains campements se transforment en marché, où les grossistes viennent faire un premier choix. Puis on arrive dans les grandes places, comme Zanzibar ou Bagdad. Les acheteurs peuvent examiner leur marchandise, regarder les dent, l'élasticité d'une poitrine, constater si une jeune femme est vierge ou déflorée, mesurer la vivacité intellectuelle ou la force physique d'un esclave, son adresse...

Le Caire est un gigantesque marché, où l'on trouve toute sorte de captifs. Au XIX' siècle, Gérard de Nerval, dans son voyage au Caire(2), raconte comment plusieurs marchands «basanés» l'abordent pour lui proposer «des Noires ou des Abyssiniennes»...

Que deviennent les victimes ?

Elles servent sur les chantiers publics ou au service d'un maître.

 A la Bourse aux esclaves, les négriers spéculent

Il y a également les bagnes ?
Là, c'est l'époque des Barbaresques et des Ottomans. Alors qu'à Bagdad ou au Caire, on trouve une majorité d'esclaves noirs, les bagnes d'Alger ou de Tunis comportent surtout des Blancs. Ils maintenaient à eux seuls toute l'activité économique locale : les chantiers navals, les fabriques, les commerces ... Alors que les villes d'Egypte achetaient aux caravaniers du désert des milliers d'esclaves venus d'Afrique, les cités corsaires du Maghreb s'épargnaient ces dépenses, grâce à la guerre.
Une fois la part du sultan mise de côté, les captifs des Barbaresques passaient directement de l'entrepont du navire au marché. Des négociants les mettaient aux enchères, à la criée. Ceux visiblement inaptes aux travaux de force, mais dont on espère tirer une bonne rançon, valent jusqu'à sept fois un homme valide. Les Turcs et les Maures spéculent quotidiennement sur la valeur de leurs esclaves. Faut-il acheter ou vendre? C'est un peu une Bourse avant l'heure...

Comment vivaient ces esclaves ?

Le plus souvent en groupes, logés dans les bagnes - sept, rien qu'à Alger. A Tunis ou Tripoli, ils portaient plus de dix kilos de fers. Les esclaves en terre d'islam n'avaient pas le droit de fonder une famille et n'avaient pas ou peu d'enfants. Pour des raisons très simples : le grand nombre d'eunuques, l'interdiction faite aux femmes de se marier et une mortalité très élevée.
Les conditions de vie étaient épouvantables. Les captifs étaient battus à la moindre occasion, dormaient dans de pauvres hamacs, pendus les uns au-Dessus des autres. Ils souffraient du froid en hiver, de la chaleur en été, de l'humidité et des vermines en toute saison.

Et l'hygiène ?

Pas d'hygiène, puisqu'ils devaient payer leur eau ! Elle leur servait essentiellement à boire. Il leur était impossible de se laver régulièrement, encore moins de laver les hardes leur servant de vêtements ... Vous imaginez que, rapidement, les frottements de tissus crasseux sur les peaux sales provoquaient des irritations, des furoncles et de nombreuses maladies, qui concourraient à la mortalité.

Et le travail ?

Le matin, à peine nourris, ils partaient vers les chantiers ou les demeures de leurs maîtres, leur atelier ou leur boutique. Les mieux lotis - une minorité - étaient loués à des diplomates chrétiens : ils menaient alors l'existence d'un domestique européen.
La condition la plus difficile, d'un certain point de vue, était celle des femmes et des enfants. Les femmes avaient généralement un sort misérable, exposées à la vente comme des bêtes, forcées de servir, en butte à tous les abus, parfois prostituées pour le compte de leur maître... Contrairement aux légencles des Mille et Une Nuits, les récits des musulmans tranchent avec les textes des juifs et des chrétiens par le nombre d'histoires et de remarques salaces sur les « qualités », sexuelles des femmes.

Des esclaves chrétiens sont brûlés vifs à Alger !


Etait-il possible de fuir ?
Difficilement. Certains captifs acceptaient de servir de mouchards en échange de menus arrangements. La surveillance était assez stricte et les punitions terribles. Un texte raconte qu'à Alger, « lorsqu'un chrétien était pris à fuir, (le sultan Hassan Pacha) le faisait saisir par ses esclaves et brûler vif en leur présence; il faisait bâtonner les autres jusqu'à la mort, et leur coupait lui-méme les narines ou les oreilles, ou faisait exécuter ce supplice devant lui ». D'autres subissaient la bastonnade, les galères ou on les envoyait aux carrières de pierres, où les travaux étaient particulièrement pénibles...

Comme Cervantès...

Cervantès illustre parfaitement votre question sur les possibilités d'évasion(3). Il a été prisonnier durant cinq ans. Il a tenté une première évasion en subornant un garde. Celui-ci n'honora pas son engagement. Direction : les carrières! En 1577, il fit une deuxième et une troisième tentatives, mais fut toujours pris et passa en tout dix mois aux chaînes, dans un cul-de-basse-fosse. Ses comparses furent pendus ou empalés. Les autres eurent les oreilles tranchées. A la quatrième tentative, il échoua encore! Il ne fut libéré que contre une rançon importante, grâce à l'action des ordres mercédaires, ces chrétiens qui achetaient les esclaves ou s'y substituaient !

Quand cesse l'esclavage musulman ?

Mais il existe encore ! La colonisation de l'Afrique au XIXe siècle a mis un terme que l'on croyait définitif à l'esclavage musulman. Mais celui-ci a repris avec la décolonisation. La traite musulmane, qui a duré mille deux cents ans, perdure, au Soudan par exemple.

Connaît-on les chiffres estimés de la traite ?


Les historiens travaillant sur l'esclavage musulman se heurtent à une désespérante absence de sources. Les registres fiscaux de Zanzibar sont les seuls répertoriés de nos jours mais ils ne remontent pas au-delà de 1850.
Les estimations moyennes se situent à un minimum de 17 millions de victimes. Mais c'est ignorer les « chiffres noirs » très importants : où sont passées les victimes mortes durant le voyage, les opérations dont on ne sait rien, les caravanes perdues dans le désert ou en mer ? Sans compter les esclaves européens que l'on « oublie » de comptabiliser et les Africains tués lors des razzias : défenseurs ou « inutiles », qui étaient des bouches inutiles à nourrir. Faut-il ou non les intégrer au bilan de la traite orientale ?

Propos recueillis par Patrick Cousteau
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1. Les Négriers en terre d'islam. La première traite des Noirs, VIl-XVI siècle, Perrin, 2003 (rééd. Perrin, coll. Tempus, 2008).
Les Barbaresques, la course et la guerre en Méditerranée, XIV-XVI siècle, Perrin, 2001 (rééd. Perrin, coll. Tempus, 2008).
Voir aussi le livre tiré de sa thèse de doctorat; Esclaves et domestiques au Moyen Age dans le monde méditerranéen, Hachette, 1981 (rééd. 2006).
2. A lire dans le Voyage en Orient, de Gérard de Nerval, que viennent opportunément de rééditer en collection Folio les éditions Gallimard.
3. Pour en savoir plus, lire ; Le Captif. Extrait de Don Quichotte, de Cervantès, préface de Jacques Heers, éditions de Paris, 2006.

Source : le Choc du Mois - Juin 2008