mercredi 15 janvier 2020

L'Indochine française sous La botte nippone

L'Indochine française sous la botte nippone.jpeg
Les Kempeïtaï, police auxiliaire japonaise, similaire à la Gestapo, furent responsables de nombres d'atrocités.
Le coup de force japonais du 9 mars 1945 en Indochine est une page méconnue. Elle éclaire pourtant notre Histoire à plus d'un titre. Témoin du martyre vécu par notre peuple en Extrême-Orient, sous le joug japonais, cet épisode permet de mieux comprendre le passage éclair à un autre conflit la guerre d'Indochine.
Les Invalides sont le temple de la mémoire française. Sur le flanc ouest de l'église des soldats, la discrète chapelle de la Vierge est ornée d'une plaque blanche. Elle rappelle depuis 2015 un martyre trop souvent oublié :
« Guerre du Pacifique
Seconde Guerre mondiale
À la mémoire des combattants des Forces armées françaises et de la Résistance d'Indochine morts pour la France de 1940 à 1945.
Aux milliers de civils français et amis indochinois morts ou disparus suite à l'attaque nippone du 9 mars 1945.
Aux 2650 combattants morts le 9 mars 1945.
Ils apportèrent aux Alliés jusqu'à la capitulation japonaise le 15 août 1945 leur part de sacrifice et de gloire »
On croit parfois que la guerre s'est terminée en mai 45. Mais ce conflit a continué sous d'autres latitudes. Entre la délivrance de la Métropole et le 2 septembre 45, des Français ont subi une barbarie aussi inouïe que passée sous silence. Guillaume Zeller n'est pas homme à se satisfaire des trous de mémoire. Il a publié de beaux livres chez Tallandier, retraçant le destin tragique d'écorchés vifs de l'Histoire : Oran, 5 juillet 1962. Un massacre oublié (2012), ou encore La baraque des prêtres Dachau, 1938-1945 (2015). Il publie cette année Les cages de la Kempeitaï les Français sous la terreur japonaise. Cette tragédie qu'il raconte est aussi un drame familial ses grands-parents ont été détenus par les Japonais à Phnom-Penh.
Un contexte trouble
Mai 1940. Le monde assiste médusé à la défaite de la France et de son armée, la meilleure du monde. La métropole est envahie et découpée. A dix mille kilomètres de la Mère patrie humiliée, l'Union indochinoise vit des heures troubles. En juin 40, les Japonais, maîtres de l'Asie et bientôt du Pacifique, mettent la pression sur l’administration coloniale française. Ils lorgnent sur la colonie et obtiennent de faire circuler leurs troupes. Ce n'est cependant pas suffisant pour l'Empire du Soleil levant qui, quelques heures après la signature (22 septembre 1940) attaque sans sommation nos frontières indochinoises. Si les effectifs français sont réduits, la résistance est admirable. Il faut pourtant se résoudre à la défaite, et s'attendre au pire : le Japon vient de prouver qu'il a les moyens d'anéantir notre souveraineté en Indochine. Jusqu'en 1945, l'administration coloniale française (l'amiral Decoux, maréchaliste) veut « tenir » et garder le statu quo côté nippon, les pressions sont constantes.
La situation française est critique, face aux menaces des Thaïlandais voisins, désireux de grignoter des parcelles de territoires laotiens. Une guerre franco-thaïlandaise, totalement oubliée chez nous, a même lieu (octobre 1940-décembre 1941). Malgré l'éclatante victoire navale de Koch Chang - la dernière de la Royale ! -, la France doit céder aux Thaïs des provinces frontalières… Surtout, après Pearl Harbor (décembre 41), le Japon utilise l'Indochine comme un vaste porte-avions terrestre : il installe un QG à Saigon, s'empare d'installations stratégiques, tisse sa toile auprès des populations locales. Ce n'est pas un hasard si l'agitation nationaliste anti-française croît au même moment. L'amiral Decoux doit composer avec ces mille menaces et, comme ailleurs, des maquis de résistance - gaullistes, giraudistes, pro-anglais se constituent pour préparer la suite. Le Japon prend néanmoins les Français de court avec son coup de force du 9 mars 1945.
Le signal de la curée
Le Japon ne cesse de reculer depuis la victoire américaine de Guadalcanal (1943). Après la perte de Manille (3 mars 45), les Nippons ont un besoin criant de contrôler totalement le Vietnam. Ils proposent de faire passer les troupes françaises sous commandement japonais afin de contrer « l’invasion éventuelle des forces anglo-américaines ». Pour Decoux, c'est inacceptable. Le 9, il refuse et, moins d'une heure plus tard, tout Saïgon est bouclé l'opération Meïgo est lancée partout, les soldats de l'Empereur déferlent brutalement sur les casernes françaises. Le général Lemonnier, qui a refusé la capitulation, est décapité au sabre. De rudes combats ont lieu, notamment à Tonkin. Au fort de Dong Dang (frontière chinoise), la lutte dure trois jours et deux nuits. Les tirailleurs se battent jusqu'à la dernière cartouche mais doivent finalement se rendre. Le commandant japonais vient s'asseoir auprès du capitaine Annosse, le félicite puis le frappe violemment par surprise, avant de l'abattre au revolver à bout portant. Nous sommes le 12 mars 1945 et partout en Indochine, pour les Français civils et militaires, l'holocauste ne fait que commencer. Zeller distingue deux phases de violences meurtrières la première, autour du coup de force du 9 mars, est faite de massacres, brutalités et viols spontanés la seconde, elle, est une répression organisée et méthodique, avec notamment l'envoi de Français vers des camps de la mort.
En effet, alors que nos troupes mènent une guérilla héroïque et désespérée en brousse et que certains civils ont fui en Chine, le Japon songe à l’éradication pure et simple de la présence française. La population est serrée entre les griffes de la Kempeitaï, la gendarmerie militaire japonaise, un organisme clef et brutal comparable à la Gestapo. Les hommes de la Kempeitaï n'ont pas froid aux yeux et ont commis de nombreuses atrocités, notamment dans des camps en Corée. Sous leur férule, le quotidien des civils français est vite étouffant : quartiers bouclés, misère sociale, propagande anticoloniale dopée par le Japon. Déjà des sectes nationalistes et projaponaises manifestent bruyamment leur hostilité envers les Blancs. Toutefois, le pire est à venir : une terreur méticuleuse se met en place. La plupart des villes abritent désormais de sinistres prisons où des suspects français ou indochinois croupissent dans de minuscules cellules de quatre mètres carrés, véritables « cages à tigres » en bambou. Les prisonniers, surnommés les « encagés », doivent rester accroupis, tombent malades, meurent de faim et subissent la torture. Rien qu'à Hanoï, près de 500 personnes connaissent cet emprisonnement. Certains corps n'ont jamais été retrouvés ainsi celui de Jean Tricoire, un des premiers chefs résistants indochinois, dont les restes ont probablement été incinérés dans un four crématoire. Quant au système concentrationnaire, il prend des visages variés, allant des marsouins captifs dans leurs citadelles conquises, aux bagnes de travail (Hoa Binh). Chaleur, fièvre, sévices, travail harassant au camp de Xua Mai, sur 180 détenus, on parle de 110 morts ! À côté, le Pont de la rivière Kwaï peut sembler Une aimable bluette. Dans ce qu'on appelle parfois des « camps de la mort lente », la Faucheuse fit pourtant son œuvre en très peu de temps.
D'une guerre à l'autre
Deux jours après le coup de force, sous influence japonaise, l'empereur Bao Dai proclame l'indépendance du Vietnam. Et le Viet Minh ? Communiste et antifrançais, il danse sur plusieurs pieds lors de la Terreur japonaise. Il conclut parfois des accords avec les troupes françaises pour combattre l'occupant nippon, mais se dresse aussi régulièrement contre nos soldats. Le Viet Minh croît, notamment grâce au soutien américain qui escompte ainsi chasser d'Indochine les Japonais puis les Français. Avec Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945), l'Empire japonais s'effondre, suscitant une grande espérance chez les Français captifs. Pourtant, la confusion règne en Indochine, où le Viet Minh s'active pour prendre le pouvoir. Une autre terreur commence. En outre, les Alliés, anglo-saxons et soviétique, se sont accordé, à Potsdam, pour dépecer l'Indochine on a prévu de la découper en deux zones d'influence, chinoise au nord, anglaise au sud. C'est une humiliante libération que connaissent les Français d'Indochine, lesquels doivent attendre octobre pour voir arriver Leclerc, le héros de Koufra, de Paris et de Strasbourg. Lentement, la souveraineté française est recouvrée sur le territoire, jusqu'à Hanoï occupée par les Chinois. Quant au Viet-Minh, un pacte est conclu avec lui en 1946 pour établir un État autonome vietnamien associé à la France. Mais avec l’arrivée de l'amiral d'Argenlieu, l'accord achoppe, entraînant pour de bon l'ouverture de la guerre d'Indochine.
Parce que la terreur japonaise est chronologiquement enfermée entre la victoire alliée en Europe et la guerre d'Indochine, elle est un épisode fantôme, un angle mort. Les crimes commis au Vietnam n'ont pas retenu l'attention des juges du procès de Tokyo. Après la Libération, les Français d'Indochine, non contents d'être des victimes de seconde zone, ont été suspectés par la Métropole n'ont-ils pas vécu pendant cinq ans sous gouvernorat vichyste ? De quel côté étaient-ils au juste ? L'épuration a aussi fleuri sous les Tropiques. Aux sévices japonais succède l'ostracisme national. Aujourd'hui encore, des « gardiens de la mémoire » se battent contre l'oubli. Grâce à leur énergie, la bannière blanche et bleue déployée à Paris, lors de la Journée de souvenir de la déportation, porte des noms évocateurs Auschwitz, Birkenau, Treblinka, mais aussi « camps japonais ».
Aux refrains coloniaux se mêlent les échos du Chant des Marais
« Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira,
Liberté, liberté chérie,
Je dirai "Tu es à moi !" »

François La Choüe monde&vie 3 octobre 2019

Désinformation sur la colonisation : Quand Arte se surpasse...

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Communiqué de Bernard Lugan cliquez ici
La chaîne Arte vient de se surpasser dans le commerce de l’insupportable escroquerie historique qu’est la « légende noire » de la colonisation. Or, le bilan colonial ne pourra jamais être fait avec des invectives, des raccourcis, des manipulations et des mensonges.
Regardons la réalité bien en face : la colonisation ne fut qu’une brève parenthèse dans la longue histoire de l’Afrique. Jusque dans les années 1880, et cela à l’exception de l’Algérie, du Cap de Bonne Espérance et de quelques comptoirs littoraux, les Européens s’étaient en effet tenus à l’écart du continent africain. Le mouvement des indépendances ayant débuté durant la décennie 1950, le XXe siècle a donc connu à la fois la colonisation et la décolonisation.
Quel bilan honnête est-il possible de faire de cette brève période qui ne fut qu’un éclair dans la longue histoire de l’Afrique ? Mes arguments sont connus car je les expose depuis plusieurs décennies dans mes livres, notamment dans Osons dire la vérité à l’Afrique. J’en résume une partie dans ce communiqué.
1) Les aspects positifs de la colonisation pour les Africains
La colonisation apporta la paix
Durant un demi-siècle, les Africains apprirent à ne plus avoir peur du village voisin ou des razzias esclavagistes. Pour les peuples dominés ou menacés, ce fut une véritable libération.
Dans toute l’Afrique australe, les peuples furent libérés de l’expansionnisme des Zulu, dans tout le Sahel, les sédentaires furent libérés de la tenaille prédatrice Touareg-Peul, dans la région tchadienne, les sédentaires furent débarrassés des razzias arabo-musulmanes, dans l’immense Nigeria, la prédation nordiste ne s’exerça plus aux dépens des Ibo et des Yoruba, cependant que dans l’actuelle Centrafrique, les raids à esclaves venus du Soudan cessèrent etc.
A l’évidence, et à moins d’être d’une totale mauvaise foi, les malheureuses populations de ces régions furent clairement plus en sécurité à l’époque coloniale qu’aujourd’hui…
La colonisation n’a pas pillé l’Afrique
Durant ses quelques décennies d’existence la colonisation n’a pas pillé l’Afrique. La France s’y est même épuisée en y construisant 50.000 km de routes bitumées, 215.000 km de pistes toutes saisons, 18.000 km de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2000 dispensaires équipés, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments étaient gratuits. En 1960, 3,8 millions d’enfants étaient scolarisés et dans la seule Afrique noire, 16.000 écoles primaires et 350 écoles secondaires collèges ou lycées fonctionnaient. En 1960 toujours 28.000 enseignants français, soit le huitième de tout le corps enseignant français exerçaient sur le continent africain.
Pour la seule décennie 1946 à 1956, la France a, en dépenses d’infrastructures, dépensé dans son Empire, donc en pure perte pour elle, 1400 milliards de l’époque. Cette somme considérable n’aurait-elle pas été plus utile si elle avait été investie en métropole ? En 1956, l’éditorialiste Raymond Cartier avait d’ailleurs écrit à ce sujet : 
« La Hollande a perdu ses Indes orientales dans les pires conditions et il a suffi de quelques années pour qu'elle connaisse plus d'activité et de bien-être qu’autrefois. Elle ne serait peut-être pas dans la même situation si, au lieu d’assécher son Zuyderzee et de moderniser ses usines, elle avait dû construire des chemins de fer à Java, couvrir Sumatra de barrages, subventionner les clous de girofle des Moluques et payer des allocations familiales aux polygames de Bornéo. »
Et Raymond Cartier de se demander s’il n’aurait pas mieux valu « construire à Nevers l’hôpital de Lomé et à Tarbes le lycée de Bobo-Dioulasso ».
Jacques Marseille[1] a quant à lui définitivement démontré quant à lui que l’Empire fut une ruine pour la France. L’Etat français dût en effet se substituer au capitalisme qui s’en était détourné et s’épuisa à y construire ponts, routes, ports, écoles, hôpitaux et à y subventionner des cultures dont les productions lui étaient vendues en moyenne 25% au-dessus des cours mondiaux. Ainsi, entre 1954 et 1956, sur un total de 360 milliards de ff d’importations coloniales, le surcoût pour la France fut de plus de 50 milliards.
Plus encore, à l’exception des phosphates du Maroc, des charbonnages du Tonkin et de quelques productions sectorielles, l’Empire ne fournissait rien de rare à la France. C’est ainsi qu’en 1958, 22% de toutes les importations coloniales françaises étaient constituées par le vin algérien qui était d’ailleurs payé 35 ff le litre alors qu’à qualité égale le vin espagnol ou portugais était à19 ff.
Quant au seul soutien des cours des productions coloniales, il coûta à la France 60 milliards par an de 1956 à 1960.
Durant la période coloniale, les Africains vivaient en paix
Dans la décennie 1950, à la veille des indépendances, à l’exception de quelques foyers localisés (Madagascar, Mau-Mau, Cameroun) l’Afrique sud-saharienne était un havre de paix.
Le monde en perdition était alors l’Asie qui paraissait condamnée par de terrifiantes famines et de sanglants conflits : guerre civile chinoise, guerres de Corée, guerres d’Indochine et guerres indo-pakistanaises.
En comparaison, durant la décennie 1950-1960, les habitants de l'Afrique mangeaient à leur faim, étaient gratuitement soignés et pouvaient se déplacer le long de routes ou de pistes entretenues sans risquer de se faire attaquer et rançonner.
Soixante-dix ans plus tard, le contraste est saisissant: du nord au sud et de l'est à l'ouest, le continent africain est meurtri :
- Dans le cône austral, ce qui fut la puissante Afrique du Sud sombre lentement dans un chaos social duquel émergent encore quelques secteurs ultra-performants cependant que la criminalité réduit peu à peu à néant la fiction du "vivre ensemble".
- De l'atlantique à l'océan indien, toute la bande sahélienne est enflammée par un mouvement à la fois fondamentaliste et mafieux dont les ancrages se situent au Mali, dans le nord du Nigeria et en Somalie.
- Plus au sud, la Centrafrique a explosé cependant que l'immense RDC voit ses provinces orientales mises en coupe réglée par les supplétifs de Kigali ou de Kampala.
Si nous évacuons les clichés véhiculés par les butors de la sous-culture journalistique, la réalité est que l’Afrique n’a fait que renouer avec sa longue durée historique précoloniale. En effet, au XIX° siècle, avant la colonisation, le continent était déjà confronté à des guerres d’extermination à l’est, au sud, au centre, à l’ouest. Et, redisons-le en dépit des anathèmes, ce fut la colonisation qui y mit un terme.
Aujourd’hui, humainement, le désastre est total avec des dizaines de milliers de boat people qui se livrent au bon vouloir de gangs qui les lancent dans de mortelles traversées en direction de la "terre promise" européenne. Les crises alimentaires sont permanentes, les infrastructures de santé ont disparu comme l'a montré la tragédie d'Ebola en Afrique de l'Ouest ou la flambée de peste à Madagascar, l'insécurité est généralisée et la pauvreté atteint des niveaux sidérants.
Economiquement, et à l’exception d’enclaves dévolues à l’exportation de ressources minières confiées à des sociétés transnationales sans lien avec l’économie locale, l’Afrique est aujourd’hui largement en dehors du commerce, donc de l’économie mondiale, à telle enseigne que sur 52 pays africains, 40 ne vivent aujourd’hui que de la charité internationale
2) Les conséquences négatives de la colonisation
La colonisation a déstabilisé les équilibres démographiques africains
La colonisation a mis un terme aux famines et aux grandes endémies. Résultat du dévouement de la médecine coloniale, la population africaine a été multipliée par 8, une catastrophe dont l’Afrique aura du mal à se relever.
En effet, le continent africain qui était un monde de basses pressions démographiques n’a pas su « digérer » la nouveauté historique qu’est la surpopulation avec toutes ses conséquences : destruction du milieu donc changements climatiques, accentuation des oppositions entre pasteurs et sédentaires, exode rural et développement de villes aussi artificielles que tentaculaires, etc.
La colonisation a donné le pouvoir aux vaincus de l’histoire africaine
En sauvant les dominés et en abaissant les dominants, la colonisation a bouleversé les rapports ethno-politiques africains. Pour établir la paix, il lui a en effet fallu casser les résistances des peuples moteurs ou acteurs de l’histoire africaine.
Ce faisant, la colonisation s’est essentiellement faite au profit des vaincus de la « longue durée » africaine venus aux colonisateurs, trop heureux d’échapper à leurs maîtres noirs. Ils furent soignés, nourris, éduqués et évangélisés. Mais, pour les sauver, la colonisation bouleversa les équilibres séculaires africains car il lui fallut casser des empires et des royaumes qui étaient peut-être des « Prusse potentielles ».
La décolonisation s’est faite trop vite
Ne craignons pas de le dire, la décolonisation qui fut imposée par le tandem Etats-Unis-Union Soviétique, s’est faite dans la précipitation et alors que les puissances coloniales n'avaient pas achevé leur entreprise de « modernisation ».
Résultat, des Etats artificiels et sans tradition politique ont été offerts à des « nomenklatura » prédatrices qui ont détourné avec régularité tant les ressources nationales que les aides internationale. Appuyées sur l’ethno-mathématique électorale qui donne automatiquement le pouvoir aux peuples dont les femmes ont eu les ventres les plus féconds, elles ont succédé aux colonisateurs, mais sans le philanthropisme de ces derniers…
Les vraies victimes de la colonisation sont les Européens
Les anciens colonisateurs n’en finissent plus de devenir « la colonie de leurs colonies » comme le disait si justement Edouard Herriot. L’Europe qui a eu une remarquable stabilité ethnique depuis plus de 20.000 ans est en effet actuellement confrontée à une exceptionnelle migration qui y a déjà changé la nature de tous les problèmes politiques, sociaux et religieux qui s’y posaient traditionnellement.
Or, l’actuelle politique de repeuplement de l’Europe est justifiée par ses concepteurs sur le mythe historique de la culpabilité coloniale. A cet égard, la chaîne Arte vient donc d’apporter sa pierre à cette gigantesque entreprise de destruction des racines ethniques de l’Europe qui porte en elle des événements qui seront telluriques.
[1] Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce. Paris, 1984. Dans ce livre Marseille évalue le vrai coût de l’Empire pour la France.

mercredi 8 janvier 2020

La Petite Histoire : Le jour où Bonaparte est entré dans la légende

La bataille du pont d’Arcole est un fait d’arme important dans l’imaginaire napoléonien, pour la symbolique, mais aussi et surtout dans l’histoire personnelle de Bonaparte. Nous sommes en 1796, la campagne d’Italie bat son plein, le jeune général vient d’écraser les Piémontais et doit désormais en faire de même avec les Autrichiens. À Arcole, justement, s’il ne les écrase pas totalement, il parvient néanmoins à les battre et à traverser l’Adige. Mais ce qu’on retiendra avant tout de cette bataille, au-delà de son plan génial, c’est son fameux élan personnel, plein de panache, en avant des troupes, drapeau en main. La légende de Bonaparte commence ici.

“La Guerre d’Espagne fantasmée de M. Preston” par Arnaud Imatz

Paul-Preston.jpgL’Anglais Paul Preston a récemment publié en France un livre consacré à la guerre d’Espagne, véritable condensé de manipulations, de semi-vérités et de mensonges.
Dès la lecture du titre, l’escroquerie saute aux yeux: en anglais, The Spanish Holocaust. Inquisition and Extermination in Twentieth Century Spain ; en espagnol, El Holocausto español : Odio y exterminio en la Guerra Civil y después ; en français : Une guerre d’extermination: Espagne 1936-1945. Troublé peut être par l’indécente trivialisation du terme « holocauste » et l’utilisation outrageusement commerciale qu’en a fait l’auteur dans les deux premières versions, l’éditeur parisien a préféré euphémiser la violence du titre, mais la charge idéologique sous-jacente reste la même. Il ne s’agit pas de comprendre, ni d’expliquer, mais de diaboliser et de marquer l’adversaire du sceau de l’infamie.
Une partialité stupéfiante
L’historien honnête et rigoureux s’efforce, sinon à l’objectivité, du moins à l’impartialité. Il essaie de maintenir une certaine distance avec son sujet ; il s’applique à ne pas passer sous silence les faits qui le gênent et s’attache à conserver un peu d’empathie pour ses adversaires. Infatigable pourvoyeur de démonologie pseudo-historique, Preston est toujours tendancieux et manichéen. En matière d’histoire des idées politiques, son ignorance est proprement consternante. Sa méconnaissance de la complexe réalité sociologique du monde rural espagnol n’est pas moins affligeante. Point de méthodologie chez lui, seulement une accumulation d’anecdotes, d’opinions, de témoignages et d’archives de seconde main, archiconnus, qui avalisent et confortent ses préjugés idéologiques.
Professeur d’histoire à la London School of Economics, Preston qualifie ses travaux de « scientifiques », de « recherche de la vérité » et jure de sa parfaite bonne foi. Mais lorsqu’il est contredit, il ne débat pas, il vitupère, il censure, il insulte dans la pure tradition tchekiste, kominternienne ou lyssenkiste. Preston ne se rattache pas à la prestigieuse lignée des historiens anglo-saxons de gauche, tels Raymond Carr, Gabriel Jackson, Burnett Bolloten ou le jeune Hugh Thomas, mais à celle, très partisane, des agents propagandistes du Front populaire, qu’ont été le communiste-marxiste Manuel Tuñon de Lara ou le pamphlétaire Herbert R. Southworth, son véritable maître.
Soutenu et encensé, pour des raisons exclusivement idéologiques, par les gouvernements socialistes de José Luis Rodriguez Zapatero, Preston incarne la régression méthodologique et historiographique qui s’est manifestée au lendemain de la très controversée Loi de mémoire historique (2007). Sa haine viscérale pour l’ensemble des droites et du centre droit espagnols n’a pas de limites. Tous ces secteurs politiques sont pour lui « violents », « putschistes » ou « fascistes », depuis les carlistes et les monarchistes de Renovación Española, jusqu’aux partis agrariens et au parti radical (et ses nombreux francs-maçons) en passant par la CEDA (Confédération espagnole des droites autonomes), sans oublier bien sûr la Phalange.
Les témoignages capitaux des libéraux-démocrates, Ortega y Gasset, Marañon, Perez de Ayala (les « Pères fondateurs de la République ») ou Unamuno, qui tous ont pris parti pour le camp national, ou encore celui de Salvador de Madariaga, qui a choisi l’exil dès le début du conflit, sont évidemment absents. Il en est bien sûr de même des propos ravageurs du grand historien Claudio Sanchez Albornoz, ministre de la République (1933) et président du conseil de la République en exil (1962-1971) : « Si nous avions gagné la guerre le communisme se serait installé en Espagne. On s’étonnera de lire que je ne désirais pas gagner la guerre civile, mais Azaña1 ne le souhaitait pas non plus, car nous aurions dû quitter l’Espagne » (déclaration à Luis Otero, Personas, nº 74, avril 1975).
Aux yeux de Preston, les droites et le centre droit constituent l’archétype du Mal absolu. Leurs responsables sont invariablement tenus pour de « féroces » et « cruels » pourvoyeurs de rhétoriques religieuses et raciales, qui justifient la violence, l’injustice et in-fine la destruction de la gauche. Lire les pages que Preston leur consacre, c’est plonger dans un monde de fous, de provocateurs, de sadiques féroces, dont l’unique objectif est d’assassiner, de violer, d’exploiter et d’humilier sexuellement les femmes. Pour compléter cet horrible tableau, Preston ne manque pas d’inventer un antisémitisme, un racisme et un anti-maçonnisme, obsessionnels et généralisés, qui n’ont de réalité que dans sa tête. À l’entendre, les chefs de la rébellion « considéraient le prolétariat comme une race inférieure qu’il fallait subjuguer par une violence soudaine et sans compromis » et la hiérarchie catholique n’avait d’autre ambition que « d’accumuler des richesses ». Les assassinats du monarchiste José Calvo Sotelo et du ministre radical Rafael Salazar Alonso, comme ceux des milliers de religieux et des dizaines de milliers de Républicains de droite et du centre, auraient été somme toute inévitables voire justifiés. Autre prétendue vérité majeure qu’il assène : « Les ouvrages sur le conflit espagnol et ses conséquences ont tendance à négliger le fait que l’effort des rebelles se fondait en amont sur un programme de massacre »… Tout le reste est à l’avenant…
La fable des éléments incontrôlés
Le contraste est frappant lorsque Preston décrit les mouvements de gauche. À l’exception partielle des anarchistes et des communistes du POUM, la connivence de l’auteur avec eux est totale. Leurs erreurs, leurs violences sont toujours minimisées ou occultées. Leurs objectifs ne sont jamais révolutionnaires, mais seulement de soulager la misère. Oscillant entre l’angélologie et l’humour macabre, Preston présente les représentants des gauches comme autant de champions de la démocratie et ose soutenir que le Front populaire, aux mains de marxistes révolutionnaires (des socialistes bolchevisés et des communistes staliniens), de putschistes jacobins (du style de Manuel Azaña), aidés des anarchistes de la CNT et de la FAI, a été victime d’une « violation » par les droites et le centre. Julian Besteiro, l’un des rares démocrates authentiques du parti socialiste, est l’objet d’une invraisemblable diatribe mais, à l’inverse, l’auteur fait l’apologie des figures sulfureuses que sont Dolores Ibarruri, La Pasionaria et Mikhaïl Koltsov, le journaliste-agitateur, agent du NKVD, chargé par Staline d’éliminer les communistes du POUM.
Sans surprise, Preston reprend le vieux refrain, sublimé par le Komintern, des responsables front-populistes des premiers jours de la guerre civile : le terrorisme de gauche a été « provoqué », il est « accidentel », « spontané », et jamais organisé par les partis et le gouvernement; les crimes de gauche les plus atroces ont été perpétrés par des « éléments incontrôlés », non pas par des bourreaux ou des tortionnaires ; les assassinats n’ont eu un caractère sadique qu’exceptionnellement et les Tribunaux populaires ont été dans l’ensemble « indulgents »…
Ignorant les acquis de sept décennies de recherche, sélectionnant à son gré les études récentes, manipulant les sources et les chiffres à sa guise, l’auteur affirme que la répression nationale a fait trois fois plus de victimes que celles du Front populaire et qu’on ne peut, qualitativement, comparer l’une et l’autre, traiter de la même manière « un violeur et une violée ».
Faute d’espace, il n’est pas possible de relever ici toutes les erreurs, toutes les distorsions et tous les amalgames simplistes dont regorge cet ouvrage. Je me limiterai donc à souligner la fausseté de ses deux thèses principales et à inviter le lecteur intéressé par le sujet à lire ou relire le dossier spécial de la NRH (1936-2006. La guerre d’Espagne, nº 25, juillet-août 2006) et l’ouvrage fondamental du meilleur spécialiste anglo-saxon, l’Américain Stanley Payne, La guerre d’Espagne. L’histoire face à la confusion mémorielle (Le Cerf, 2010).
La thèse de la violation et de la destruction délibérée de la République par les droites et le centre ne tient pas. Elle oublie tous les antécédents du putsch militaire de juillet 1936. Les deux premières années de la IIe République espagnole (1931-1933) ont été marquées par des violences et une altération constante de la légalité : des couvents, des églises et des bibliothèques ont été incendiés, la Loi de défense de la République a porté gravement atteinte aux libertés publiques, les trois insurrections anarchistes ont été suivies de répressions brutales, la Constitution a été délibérément violée… Au cours des deux années suivantes (1934-1935), les forces révolutionnaires socialo-marxistes se sont lancées à l’assaut de la République après que le peuple a donné le pouvoir à une coalition du centre (le parti radical du président du conseil Alejandro Lerroux) et de droite (la CEDA, parti libéral-conservateur de José María Gil-Robles). Les socialistes étaient d’ailleurs alors parfaitement logiques avec eux-mêmes puisque la République et la démocratie n’avaient pour eux qu’un caractère instrumental et n’étaient pas une fin en soi. Dans la dernière période de la République, après les élections contestables de février 1936 (les fraudes et les irrégularités du deuxième tour ont été, on le sait, nombreuses), les forces victorieuses ont engagé, dans la rue et à partir du gouvernement, un processus révolutionnaire. Le président de la République Niceto Alcala Zamora a été destitué, la Constitution définitivement liquidée, l’opposition marginalisée et exclue. « Durant les cent jours qui suivirent et qui précédèrent la guerre civile, écrit le président Alcala Zamora, la vague d’anarchie ne rencontra plus d’obstacle ».
Soulignons-le : ce n’est pas la guerre civile qui a détruit la démocratie espagnole ; la responsabilité de cette destruction incombe aux principaux chefs républicains qui n’ont pas été à la hauteur des circonstances et qui ont été incapables de maintenir l’ordre public. Le coup d’État militaire, mal organisé et en partie improvisé, a été un cuisant échec. Et c’est précisément cet échec qui est à l’origine directe de la guerre civile. Le coup de force s’inscrivait d’ailleurs dans une longue tradition de putschs, non pas conservateurs mais très majoritairement « progressistes », remontant au siècle précédent (pas moins de 33 coups d’État « progressistes » sur 35, de 1814 à 1884), ce que Preston ignore ou passe sous silence. Enfin la guerre d’Espagne n’a pas été une lutte entre démocrates et fascistes, comme le maintient l’historiographie communiste ou kominternienne, ni une croisade de reconquête (pour la civilisation occidentale et contre le communisme) comme le disaient les franquistes, mais une lutte sans merci entre deux Espagnes, l’une révolutionnaire et totalitaire et l’autre conservatrice et autoritaire.
Une accusation sans fondement sérieux
Seconde thèse extravagante au centre du livre de Preston, le prétendu « programme de massacre systématique ». Selon lui, les forces politiques de droite et du centre et l’armée d’Afrique avaient un plan d’ « extermination », d’« anéantissement », de « génocide » ou d’ « holocauste » (pour reprendre tous ses termes favoris) qui aurait été parfaitement établi. Mais l’auteur ne présente pas l’ombre d’une preuve. Mieux, les chiffres connus infirment totalement ses dires.
La guerre d’Espagne ne fit pas 400 000 morts comme le déclare Preston (une évaluation proche de celles de la presse soviétique d’il y a 50 ans). En réalité, il y eut un total de 160 000 morts au combat et de 140 000 victimes de la répression (60 000 sur le territoire du Front Populaire et 50 000 sur le territoire national, qui était de plus en plus vaste à l’inverse de celui du camp républicain ; mais à ce chiffre de 50 000, il faut ajouter, non pas 20 000 exécutions comme le dit Preston, mais 30 000 au lendemain du conflit).
À la fin de la guerre, la population de l’Espagne était de 25 millions. Parmi elle, environ 4 millions de personnes avaient participé au conflit dans le camp du Front populaire. 10% de ces 4 millions ont été arrêtées par les autorités franquistes et 30 000 ont été exécutées. La prétendue extermination planifiée s’élève donc à moins de 1% des opposants. Un chiffre très élevé, humainement insupportable, mais qui, en pourcentage, n’est pas comparable avec ceux des crimes commis par les régimes nazi, soviétique ou maoïste, pour ne rien dire du bilan des Khmers rouges ou du conflit rwandais… Proportionnellement à la population de Cuba, ce chiffre est sensiblement égal aux plus de 8000 exécutions de la révolution castriste.
Dans une recension dévastatrice de l’ouvrage de Preston (The Wall Street Journal, 13 avril 2012), le professeur Stanley Payne, écrit : « [Dans ce livre] il n’y a pas la moindre tentative de comparaison des atrocités commises en Espagne avec celles de n’importe quelles autres guerres civiles révolutionnaires du début du XXe siècle. Si Mr Preston avait pris la peine de faire son travail, il aurait vu, par exemple, que la répression menée par le gouvernement démocratique du parlement de Finlande en 1918 a été semblable à celle de l’Espagne […]. Le livre L’Holocauste espagnol est un exercice monumental […] mais qui reproduit bon nombre des plus anciens stéréotypes sur la guerre civile espagnole. Il doit être jugé comme un échec ». Grandguignolesque, ce livre n’honore pas l’Université de Londres et ne saurait ravir que les ignorants et les fanatiques.
Arnaud Imatz
Docteur d’État en sciences politiques, diplômé en droit et sciences économiques, Arnaud Imatz est membre correspondant de l’Académie royale d’histoire d’Espagne. Son dernier livre Droite-gauche : pour sortir de l’équivoque. Histoire des idées et des valeurs non conformistes du XIXe au XXIe siècle, est paru, en 2016, aux Éditions Pierre Guillaume de Roux.
Une version légèrement abrégée de cet article a été publiée dans La Nouvelle Revue d’Histoire, nº 89, mars-avril 2017. Nous remercions Philippe Conrad, directeur de la NRH, de nous avoir permis de mettre en ligne cette version un peu plus développée.
1) Manuel Azaña, président du gouvernement provisoire de la République d’octobre à décembre 1931, président du conseil des ministres de décembre 1931 à septembre 1933 et président de la République de mai 1936 à février 1939

Le siècle des révolutions (III/III): Le choc des modèles (1770-1780)

mardi 7 janvier 2020

La Petite Histoire : Le jour où Bonaparte est entré dans la légende

La bataille du pont d’Arcole est un fait d’arme important dans l’imaginaire napoléonien, pour la symbolique, mais aussi et surtout dans l’histoire personnelle de Bonaparte. Nous sommes en 1796, la campagne d’Italie bat son plein, le jeune général vient d’écraser les Piémontais et doit désormais en faire de même avec les Autrichiens. À Arcole, justement, s’il ne les écrase pas totalement, il parvient néanmoins à les battre et à traverser l’Adige. Mais ce qu’on retiendra avant tout de cette bataille, au-delà de son plan génial, c’est son fameux élan personnel, plein de panache, en avant des troupes, drapeau en main. La légende de Bonaparte commence ici.

dimanche 5 janvier 2020

« Négationnisme d’Etat », par Jean-Gérard Lapacherie

A la fin du mois de juin 1940, Georges Bernanos, alors réfugié au Brésil, a publié dans le quotidien Correio da Manha de Rio de Janeiro un article intitulé « La Capitulation de la France », dont voici un extrait :
« Mon pays n’est déjà plus libre. Nous ne prétendons nullement excuser les fautes passées, mais les crimes d’aujourd’hui ou de demain, s’il s’en commet, ne devront pas être portés au compte de notre peuple, voilà ce que je veux dire. Une moitié de la France est occupée par l’ennemi, les voix qui nous viendront de là seront toujours les voix de l’ennemi, l’ennemi n’y laissera parler que ses complices ».
Bernanos conclut à l’innocence des vaincus. Cette juste conclusion est complètement oubliée depuis près d’un demi-siècle. C’est même la conclusion inverse qu’imposent les hommes politiques et les fonctionnaires chargés d’écrire l’histoire, dès qu’ils ont décidé de réviser le sens de la tragédie de 1940.
Pourtant, les Français qui, à compter du 17 juin 1940, ont dit NON au péril de leur vie et au mépris de leur tranquillité ou de leur carrière n’ont cessé de répéter que Vichy n’était pas la France. Ainsi, le 24 mai 1941, à l’occasion de l’Empire Day britannique, Albert Guérin, qui présidait le Comité des Français Libres d’Argentine, a écrit dans un texte que publie le Buenos Aires Herald :
« Seule parmi les combattants de la Liberté, elle [la Grande-Bretagne] est restée debout. Seule, elle se bat pour tous. Se haussant jusqu’à elle, les gouvernements des peuples terrassés lui font une garde d’honneur. Ils sont tous là : ceux de Tchécoslovaquie, de Pologne, de Belgique, de Hollande, de Norvège, de Grèce. Ils sont tous là. Oui, tous sauf un […] Tous, sauf le gouvernement du pays des hommes de la Marseillaise, de la Marne et de Verdun ! Oui, tous sauf Vichy ! Mais Vichy n’est pas la France ! C’est cela, une fois de plus, amis britanniques, larmes eux yeux, que je suis venu vous crier Vichy n’est pas la France ! Jamais la France n’aurait déserté le combat, trahi ses amis, ses alliés. Vichy n’est pas la France ! La France est celle qui prend les armes à vos côtés et que Vichy condamne à mort […] ».
C’est ce message qui sera repris deux mois et demi plus tard dans la page 1 « Vichy n’est pas la France » du Bulletin Radio-Presse du Comité De Gaulle d’Argentine (2 août 1941).  Vichy no fue Francia (Vichy n’était pas la France) est le titre que l’historienne Carmen Pelosi a donné à un ouvrage richement documenté qu’elle a publié sur les relations entre la France et l’Argentine de 1939 à 1946 (Buenos Aires, Nuevohacer, 2003). Les fonctionnaires de l’histoire et les hommes politiques devraient lire cet ouvrage, mais il semble que cet effort soit hors de leur portée.
Le 12 septembre 1942, est publié en première page, dans le Bulletin d’Information de la France Libre de Montevideo, un article intitulé « Chasse à l’homme ». Il est signé d’Albert Guérin. C’est une des rares protestations publiques écrites contre les persécutions raciales et les rafles de juifs :
« Ils ont osé ! Ils ont osé violer sur la terre de France le droit d’asile ! Ils ont osé violer les droits des juifs égaux aux droits des chrétiens, aux droits des athées, aux droits de l’Homme ! Ils ont osé ça chez nous ! Dans la Patrie qui proclama la Liberté dans la Fraternité, ils ont osé ! Et Pétain Laval ont laissé faire ça ! Est-il encore un Français digne de ce nom, digne de notre histoire qui puisse considérer ces hommes comme les maîtres de notre pays ? Est-il encore un Français qui consente à obéir à ces prisonniers ou à ces criminels ?  Le Boche casqué, botté, sanglé se livre à la chasse chez nous. A la chasse à l’homme. Il a lâché ses meutes de chiens sur les juifs français, les empêchant de fuir de la zone occupée, tandis qu’à Paris – à Paris ! capitale d’humanité – il a fait la battue, la battue à l’homme désarmé, comme en Forêt Noire, il faisait la battue au sanglier ou au cerf. 20 000 juifs poursuivis furent parqués au Vélodrome d’Hiver.  Dans notre Vel d’Hiv où le peuple aux jours heureux de la Liberté se réunissait pour demander plus de justice, plus d’humanité. Il y avait là pêle-mêle des juifs ayant combattu pour la France, des dénaturalisés de Vichy, des étrangers, des hommes séparés de leurs gosses, de leurs femmes ; ils furent entassés dans des wagons à bestiaux et le 14 juillet (le 14 juillet, oh sadisme) dirigés en Pologne pour, esclaves, y travailler au triomphe d’Hitler […] ».  
Question insolente : en septembre 1942, que disaient ou que faisaient ceux qui, après la guerre, ont été présentés sans vergogne comme les grandes consciences de la France ? Mitterrand, Sartre, Beauvoir, etc. ?
A la fin de l’année 1942, tout était dit sur les crimes commis en France, sur les coupables de ces crimes, sur les complices des criminels, sur ceux qui les avaient approuvés et sur ceux qui s’étaient tus…
La révision a commencé à la mort du général De Gaulle et pendant les années 1970,  quand les derniers Français libres ont été écartés de la vie politique, intellectuelle et culturelle, au profit des descendants de ceux qui faisaient carrière à Vichy ou des nostalgiques honteux de l’Etat français. Elle a consisté à faire porter sur la France (le pays, la nation, l’entité nommée France) et sur les citoyens de ce pays la responsabilité de crimes commis par une puissance étrangère aidée par des gouvernants de rencontre que le peuple n’a pas choisis. Au lieu que quelques milliers d’individus répondent de ce qu’ils ont fait et décidé, c’est 66 millions de citoyens qui doivent en répondre. Ils sont innocents, les voilà coupables, non pas coupables de quelque chose, coupables transitivement en sorte, mais coupables intransitivement, coupables par essence ou par nature, métaphysiquement coupables, coupables d’exister ou de continuer à exister, alors qu’ils devraient être enfouis dans les poubelles de l’histoire. L’accusation et la révision qui permet cette accusation récurrente sont la pire des saloperies qui soit infligée à un peuple.
Dans les années 1990, le révisionnisme s’est mué peu à peu en négationnisme et même en négationnisme d’Etat, lequel a consisté à enfouir dans les poubelles de l’histoire la France Libre, les Français qui ont dit NON, ceux qui sont morts pour laver l’honneur de la France et pour restaurer les libertés publiques, les écrivains comme Bernanos, Romains, Caillois, Supervielle, Ocampo, Asturias, Vercors, etc. qui ont essayé de rendre sa liberté à la littérature que les occupants avaient encagée…
Les diffuseurs de ce négationnisme sont à la tête de l’Etat. Chirac en 1995, Hollande hier, aujourd’hui Macron. Le 16 juillet 2017, on a entendu deux discours antinomiques lors de la commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv. Le Premier Ministre israélien, qui n’est pas connu pour son amour de la France, a remercié publiquement les Français qui avaient aidé de nombreux juifs à fuir la zone occupée et les avaient sauvés d’une mort horrible, le chef de l’Etat Français, lui, a fait porter ces mêmes crimes sur la seule France et sur les seuls Français, comme si Vichy était la France. Aux oubliettes De Gaulle, Guérin, Bernanos, Caillois, Michelet, la 2e DB, Leclerc, De Lattre, Juin, l’Armée d’Afrique, Bir Hakeim…
Le négationnisme a pour conséquence d’effacer la responsabilité de la puissance d’occupation. Elle imposait sa volonté aux vaincus, voilà les vaincus hissés au niveau des vainqueurs : ce sont les seuls vainqueurs.  L’Allemagne peut fêter l’événement en faisant s’entrechoquer les chopes de bière. La voilà déchargée de la responsabilité d’une partie des crimes qu’elle a commis. Il est vrai que la raison du plus fort est toujours la meilleure : c’est ce que prouvait un poète du XVIIe siècle. La superpuissance ouvre ou ferme les robinets des crédits, emprunts, aides, allocations, etc. dont la France en faillite a besoin, ne serait-ce que pour payer les fonctionnaires…  Alors, on se couche, on se prosterne, on nie : ce n’est pas vous, ni vos parents, ce sont les Français…
La responsabilité de Vichy aussi est effacée. Tous les crimes commis en France par les Allemands entre 1940 et 1945, avec ou sans la complicité du régime de Vichy, sont portés au seul débit de la France, qui n’en peut mais, et des Français qui n’étaient pas nés en 1945.  Entre 1940 et 1944, les notables de Vichy considéraient qu’ils étaient la France et même qu’ils étaient les seuls à être la France. 70 ans plus tard, les fonctionnaires de l’histoire et des chefs de l’Etat leur donnent raison : Vichy est tout et tout est Vichy, le colonel Motor n’étant qu’un imposteur. Il est vrai que l’heure est à Bono, Rihanna, Bern, Arditi, l’abruti qui nique sa mère, etc., devenus les maîtres penseurs de l’Etat français.
Les négationnistes poursuivent tout autre but que la vérité. Ce qui, selon les sociologues bourdivins, caractérise la France depuis un siècle ou deux, c’est la stabilité des élites. Elles se reproduisent et sont relativement étanches. Autrement dit, les élites d’aujourd’hui, celles des media, de la politique, des affaires, de la haute fonction publique, de l’université, etc. sont les mêmes que celles d’hier ; ou, dit en termes plus clairs, les élites actuelles descendent en ligne directe de celles qui ont mené la France à l’abîme de 1940 à 1944. Ceux qui accusent la France et les Français de crimes contre l’humanité sont les petits-enfants de ceux qui les ont commis ou qui les ont autorisés. On comprend la hâte de ces élites qui, parvenues aux affaires, De Gaulle mort et les derniers combattants de la France Libre près de mourir, s’empressent d’effacer ces taches au front de leur famille et d’en souiller les Français et la France :
« Ce n’est pas nous, ni notre famille, disent ces notoires, montrant du doigt le peuple, les laissés pour compte, les sans-dents, les humiliés et les offensés, c’est vous ; c’est vos enfants ! »
Les mains et la conscience lavées, ils peuvent passer aux affaires sérieuses : argent, pouvoir, sinécures, désinformation, manipulation de symboles. En faisant porter sur la France et les Français la responsabilité de leurs turpitudes ou celles de leurs parents, ils se guindent tout au sommet de la hiérarchie, non pas des races, comme le faisaient leurs grands-parents, mais des morales.
Jean-Gérard Lapacherie

samedi 4 janvier 2020

L'ile d'Avalon - Le Cycle Arthurien

L'ile d'Avalon - Le Cycle Arthurien

Parution des “Ecrits de Résistance, 1940-1943”, d’Albert Guérin ( fevr 2019 )

Le 22 juin 1940, Albert Guérin, son frère Prosper et d’anciens combattants français ont créé à Buenos Aires (Argentine), répondant à l’appel du général de Gaulle, le premier comité France Libre, et sans doute le plus actif, d’Amérique : contre-propagande (trois bulletins, mensuel ou hebdomadaires, dont l’un, Pour la France Libre, de très grande qualité), liens amicaux et de combat avec des écrivains français résistants (Bernanos, Caillois) ou argentins, hostiles au IIIe Reich (les sœurs Ocampo, Bioy Caceres), collecte de fonds pour acheter des armes et pour la France Libre de Londres, envoi de volontaires pour combattre dans les Forces Navales de la France Libre ou dans les armées de la France Libre.
L’œuvre accomplie a été exceptionnelle : elle a valu à Albert Guérin d’être condamné par le tribunal militaire de Gannat en avril 1941 à 15 ans de bagne et à être déchu de la nationalité française, mais à être fait en octobre de la même année Compagnon de la Libération.
Son œuvre oubliée a été exhumée et publiée en un volume sous le titre : Ecrits de Résistance 1940-1943 aux Editions Transhumances (Hautes-Alpes, département dont la famille Guérin était originaire). Le site de cette petite maison d’édition est accessible ici :  www.transhumances.com/.

vendredi 3 janvier 2020

Loches (37) : « Comment vivait-on l’hiver au Moyen-Âge dans la Cité Royale ? »

Insolite, la visite thématique organisée ce mois de décembre à la Cité royale propose une incursion dans le quotidien des seigneurs, mais aussi des paysans, à la période des grands froids et des fêtes. Que faisait-on en hiver au Moyen Âge ? Le froid paralysait-il toute activité ? Comment faisait-on pour lutter contre le froid ? Quelles festivités étaient organisées ?
[…] À l’aide de différentes anecdotes, d’histoires de pénuries de bois et de grandes foires pour se procurer les fourrures, les médiateurs culturels vont déconstruire les idées préconçues du public à propos de l’hiver et des fêtes de fin d’année au Moyen Âge. […] Cette visite s’inscrit dans le cadre de Noël au pays des châteaux, avec ceux d’Amboise, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Chinon, Langeais, et Villandry. D’une durée d’environ une heure, elle s’adresse à tous : habitués du lieu ou ceux qui le découvrent pour la première fois.
Céline Cefber-Mandard, médiatrice culturelle, explique : « Quand on pense à l’hiver au 13e ou 14e siècle, on a souvent cette image d’un hiver morne, plat, sans activité. Ce qui n’est pas vrai, au contraire, on dédiait ces temps au nettoyage des outils, à l’alimentation des réserves, aux comptes… À ce qui ne pouvait pas être fait en été, mais était tout autant nécessaire. Et puisque le quotidien est abordé, les fêtes aussi, avec un petit retour sur l’héritage païen, le véritable lien entre les fêtes religieuses et l’intervention des Romains sur lesquels reposent les bases de Noël. On faisait beaucoup de jeux, les échecs par exemple, mais aussi d’extérieur », évoque Céline Cefber-Mandard. […]

jeudi 2 janvier 2020

Penser l'universel

2019, ce grand cru pour les découvertes archéologiques préhistoriques

Atlantico : Quelles ont été les découvertes les plus révolutionnaires ou les plus fascinantes dans le domaine de la préhistoire ou de la paléoanthropologie en 2019 ?
[…]
Une découverte importante en paléoanthropologie c’est les fossiles de Luçon sur l’île de Luçon aux Philippines.
[…]
Les Dénisoviens ont atteint les sommets du plateau tibétain
La plus ancienne scène de chasse découverte dans une grotte en Indonésie
« Des archéologues ont découvert des peintures rupestres âgées de 44.000 ans […] »
Polémique autour de peintures rupestres annoncées comme néandertaliennes
« Neandertal pouvait-il peindre? Ce vieux débat de la paléoanthropologie connait depuis une année un regain d’intérêt avec la découverte en 2018 de trois peintures rupestres espagnoles datées de 64’800 ans. Un âge où l’homme moderne n’était pas encore présent en Europe.[…]
Ces datations ont été extrêmement critiquées parce qu’elles remettent en question pas mal de choses. Ce qui est intéressant avec ce travail, c’est que ce sont des dates obtenues dans trois grottes différentes. Cela limite la possibilité de s’être trompé.
Une Vénus de 23 000 ans (et de quatre centimètres) découverte à Amiens

Petite histoire de France de Jacques Bainville - 23 - Les guerres de rel...

Petite histoire de France de Jacques Bainville - 22 - Henri II

mardi 31 décembre 2019

L'histoire de la FANE racontée par... Rivarol

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Robert Spieler, Rivarol cliquez ici
La FANE, une étrange organisation
Franck Buleux nous offre, aux éditions Synthèse nationale, un panorama de ce que fut la Fédération d’action nationale européenne (FANE), qui exista un peu plus de quatorze ans, entre 1966 et 1980. Fondée par Marc Fredriksen (1936-2011), un employé de banque résidant au cœur de la Seine-Saint-Denis, célibataire, amateur invétéré  de tabac, fumant la pipe, peu charismatique, la FANE fut, dit Franck Buleux, « probablement l’ultime tentative, sur notre territoire, de former un parti révolutionnaire, d’inspiration nationale-socialiste européenne ». Après l’échec des nationaux, soutiens de Jean-Louis Tixier-Vignancour, à l’élection présidentielle de 1965, le mouvement entreprit de dépasser les deux thématiques traditionnelles de l’extrême droite française : le nationalisme étatique et l’anticommunisme.  Qui était l’ennemi principal, selon l’expression de Carl Schmitt et de Julien Freund ? La guerre des Six-Jours permettra de le désigner : ce seront l’ensemble des soutiens à Israël, y compris, et même surtout, parmi les organisations et cadres de l’extrême droite concurrente. Le Système considéra (ou plutôt fit semblant de considérer) que la FANE était cet astre sombre, expression d’une internationale brune, un danger quasi mortel pour la démocratie, et finit, bien sûr, par la dissoudre.
La FANE, un mouvement national-socialiste
La FANE, qui militait « pour une Europe populaire, unitaire et blanche » est née le 8/4/1966 de la fusion de trois groupuscules : le Comité de soutien à L’Europe réelle, les cercles Charlemagne, issus d’Occident, et Action Occident que présida Marc Fredriksen, qui fut aussi membre de la Restauration nationale. Tout cela ne représentait que quelques dizaines de militants. La revue Notre Europe, organe de « combat pour un nouvel ordre européen » en sera l’organe de presse. Elle fusionnera avec les Cahiers européens de François Duprat, après son assassinat en mars 1978. Passons rapidement sur quelques événements qui jalonnèrent la vie de ce mouvement. En 1970, la fusion avec Jeune Europe, mouvement dirigé par Nicolas Tandler ; en 1973, la tentative de diffusion dans les kiosques de la revue : un échec financier qui entraîne la disparition de la revue pendant cinq ans ; la candidature de Marc Fredriksen aux législatives de 1978 (1,4% des suffrages) sous l’étiquette Front national. Décidément, on n’était pas encore dans l’ère de la dédiabolisation ! L’assassinat de François Duprat le 18/03/1978 ; Le Congrès « fasciste européen, le26/01/1980 à l’hôtel Sofitel, à Roissy, en présence de délégations européennes. Le congrès se tient malgré l’interdiction préfectorale avec comme slogan quelque peu optimiste : « FANE vaincra ! ». Ce sera un des prétextes pour la dissolution du mouvement, quelques temps plus tard. La menace de dissolution amène la création des Faisceaux nationalistes européen, comme structure de repli. Henry-Robert Petit, ancien secrétaire général du Rassemblement anti-juif avant la Seconde Guerre mondiale, puis adjoint de Louis Darquier de Pellepoix, responsable des Affaires juives durant l’Occupation, proche de la FANE, en sera le dirigeant sur le plan administratif. Et puis, il y aura l’attentat meurtrier de la gare de Bologne (85 morts et plus de 200 blessés, le 2 août 1980), et la mise en cause de la FANE dans ce massacre, en la personne de l’inspecteur de police français Paul Durand, membre du bureau politique du parti et responsable des relations avec les nationalistes révolutionnaires transalpins.  Il n’y était évidemment pour rien, mais le pouvoir en prit prétexte pour dissoudre le parti, le 03/09/1980. La dissolution eut donc lieu avant l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic du 10/03/1980. L’attentat sera revendiqué par un provocateur, Jean-Yves Pellay, garde du corps de Marc Fredriksen, au nom des Faisceaux nationalistes européens (FNE) qui avaient succédé à la FANE. Nous y reviendrons car l’affaire est pleine d’enseignements. Mais quel était le programme de la FANE ?

Le Siècle Des Révolutions (II/III): concevoir l'impossible (1750-1770)

Le siècle des révolutions (I/III) : le laboratoire anglais (1660-1750)

Le Coran entre apocalypse et empire : nouvelles réflexions sur la genèse...

dimanche 29 décembre 2019

Cochin : Les mécanismes de la Révolution

Numériser.jpegLes travaux que produisit Augustin Cochin au début du xxe siècle, sur la nature du phénomène révolutionnaire, de 1789 à 1794, n'ont pas été dépassés. Les éditions Tallandier offrent un gros volume de ses Œuvres, republiées sous la direction de Denis Sureau : Un événement éditorial !
Augustin Cochin a été l'un des premiers à vouloir « penser la Révolution française » lorsque tant d'autres se contentaient d'en raconter les événements et d'en présenter les acteurs. Joseph de Maistre en 179S et Jules Michelet en 1850, avaient bien compris la nécessité d'un regard qui cherche non seulement à narrer les événements mais à mettre au jour leur logique interne, cachée aux regards distraits. C'est pourquoi Maistre analysa la révolution en théologien et y vit l'image de Satan. Quant à Michelet, il étudia la Révolution en poète et plaça « le peuple » au-dessus de toutes les contingences chronologiques. Maistre et Michelet firent de la métaphysique, chacun à leur manière. Quant à Augustin Cochin, c'est en sociologue qu'il aborde le problème, au grand dam des historiens de son temps, qui ne comprennent pas sa tentative. Sociologie ? Augustin est un jeune homme brillant, qui a touché un peu à tout littérature, philosophie. Finalement il termine major de l'École des Chartes. En même temps, il se passionne pour l'œuvre d'Emile Durkheim, le "père" de la sociologie, qui lui apprend que la société est un véritable sujet de réflexion, que toutes les sociétés ne fonctionnent pas de la même façon et que la Révolution française est fondée sur un nouveau modèle social, un modèle rationnel, fait d'individus abstraits, sans passion, sans autre foi commune que la Révolution elle-même, individus qui créent un modèle de société, qui pour la première fois n est pas fondé sur la foi commune (comme dans le modèle social qui a nom chrétienté), mais qui se forme à partir du calcul des intérêts de ceux qui peuvent ou qui savent les faire valoir. Foi commune ou intérêt commun ? Le premier modèle, la foi commune, est celui de la monarchie démocratique de Louis XVI, le « roi bienfaisant », qui s’est voulu au service du peuple. Le second modèle est la République de Rousseau, théorie d'un Pouvoir absolu (celui de l'unanimité présumée des citoyens), représentant une sorte de rêve d'absolutisme à la française.
Cochin mourut en héros, mais prématurément, durant la grande Guerre il avait 39 ans. Pour son œuvre d'historien de la Révolution française, ce fut le commencement d'un long purgatoire : personne ne parlait plus du travail de cet homme, qui laisse quelques études scrupuleuses, un ouvrage terminé et de fulgurantes intuitions, que l’on retrouve en particulier dans une magistrale correspondance, publiée dans ce volume.
C'est en 1978 que son nom franchit le cercle très fermé de ses lecteurs fidèles. Le grand historien François Furet, spécialiste de la Révolution française, venait de faire paraître un ouvrage ambitieux dans son dessein: Penser la Révolution française. Il expliquait que la Révolution française n'avait vraiment été pensée, telle qu’en elle-même, que par deux grands historiens Alexis de Tocqueville, l'auteur de L’Ancien régime et la Révolution et Augustin Cochin, théoricien de « la machine révolutionnaire. » Dans les deux cas, Tocqueville ou Cochin, il s'agissait de prendre de la distance par rapport aux événements, de les étudier dans le temps long de l'histoire, d'un peuple, comme le fit Tocqueville, ou de les replacer dans le cadre d'une sociologie politique, comme le fit Cochin.
« Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau » expliquait Alexis de Tocqueville, à propos de la Révolution française. Les travaux d'Augustin Cochin exaucent œ vœu, en rentrant dans le mécanisme de la Révolution. C'est dans une lettre qu'il écrivit à Charles Maurras qu’Augustin Cochin explique le plus clairement sa sociologie de la Révolution « Que dans un pays où les anciens corps indépendants, provinces, ordres ou corporations tombent en poussière, un parti organisé d'une certaine manière s'empare fatalement de l'opinion, la dirige artificiellement, par le seul fait de son jeu mécanique, sans rien devoir ni à des causes naturelles économiques ou autres, nia l'action légitime de ses idées, ni au nombre de ses affidés ou au talent de ses chefs (...) Le peuple passe de la minorité qui a le droit de commander à la minorité qui a l'art de tromper Une telle organisation existait en 89, d'autant plus dangereuse que la société d'alors ne songeait à se garder que du côté de l'autorité légitimé », le pouvoir royal « depuis longtemps inoffensif ».
Ce Parti organisé existait en France depuis la fin du règne de Louis XV c'est ce que l’on l’a appelé « le parti philosophique ». À travers les salons, les académies, les loges maçonniques, il a pu faire circuler dans l’ensemble du pays les mêmes mots d'ordre et représentera lui tout seul la Liberté, avec une majuscule. Dès 1788, il fait triompher ses revendications pour l’organisation des États généraux doublement des voix du Tiers état et compte par têtes et non par ordre. Le reste découle logiquement de ces deux premières décisions et de l'Organisation de l’opinion qu'elles ont supposée.
La Révolution française est un bloc. Elle se construit logiquement de deux manières contre toute logique démocratique, la minorité philosophique revendique les pleins pouvoirs, au nom de l'Idée de liberté individuelle. Elle épure en son sein tous ceux qu elle jugera indignes d'une telle cause, jusqu'à transposer au plan politique la théorie théologique dite « du petit nombre des élus ». Les purs ne sont pas nombreux. S'ils sont trop nombreux, c'est qu'ils sont impurs. Telle est la logique folle de l’Incorruptible, Robespierre, épurateur en chef, finalement épuré par le coup d'État de Thermidor, que Cochin qualifie de « seule anomalie » dans le déroulement mécanique du processus révolutionnaire.
Ce fonctionnement épurateur est encore aujourd'hui, violence en moins, celui des partis politiques, dont les logiques de pouvoir, sur le mode « plus révolutionnaire ou plus libertaire que moi tu meurs », prennent le pas sur les nécessités de gouvernement et ce que l'on appelle le bien commun. La sociologie politique d'Augustin Cochin visait à « penser la Révolution française ». Elle peut aisément être utilisée pour montrer combien nous sommes encore aujourd'hui dans un régime d'opinion dirigée, dans lequel ce n’est pas le nombre qui s’exprime mais la Raison, que l’on appelle désormais Political correctness. Augustin Cochin a laissé un vaste champ de réflexion à des continuateurs éventuels, parmi lesquels aujourd'hui Timothy Tacket, avec son ouvrage Anatomie de la Terreur (Seuil 2018) et Patrice Gueniffey présent préfacier d'Augustin Cochin, qui fit paraître un livre courageux Le nombre et la raison (EHESS 2013), sur la Révolution française et les élections (pour montrer le peu de cas que révolutionnaires faisaient du suffrage qui n’était guère universel) Dans les deux cas, on constate que le phénomène révolutionnaire nous éloigne considérablement de la démocratie réelle et qu'il représente en quelque sorte la démocratie capturée ou captée  par un groupe de pression qui utilisera le plus souvent la Violence à son profit.
) Augustin Gochin, la machine révolutionnaire Œuvres, éd. Tallandier, 688p., 29,90€

monde&vie 31 mai 2018

samedi 28 décembre 2019

Un bouclier celtique d’une valeur inestimable découvert dans une tombe deux fois millénaire

Ce bouclier est décrit comme « l’objet d’art celtique britan­nique le plus impor­tant du millé­naire » par l’ar­chéo­logue Mela­nie Giles de l’uni­ver­sité de Manches­ter, au Royaume-Uni. Décou­vert dans la tombe d’un guer­rier celte vieille de 2200 ans, située près de la ville de Pock­ling­ton, dans le York­shire, il fascine les scien­ti­fiques. Son proprié­taire serait décédé vers 320–174 avant notre ère, précise The Inde­pendent.

Le fait que la tombe conte­nait des armes, un char avec des montures et des provi­sions, suggère que les tribus celtes de l’époque envi­sa­geaient un passage dans l’au-delà. Des acces­soires en cuir qui exis­taient autre­fois sur le bouclier de 75 cm ont disparu et le bouclier était lui-même dans un piteux état. Mais les conser­va­teurs […] lui ont redonné forme, et cette pièce est désor­mais consi­dé­rée comme ines­ti­mable par les archéo­logues.
Il faut dire qu’elle a bous­culé la croyance popu­laire qui dit que les boucliers en métal n’étaient utili­sés que pour les céré­mo­nies, et non au cours de batailles. « Notre enquête remet cela en cause avec la preuve d’une bles­sure par perfo­ra­tion, typique d’une épée, dans le bouclier », explique l’ar­chéo­logue Paula Ware, du MAP Archaeo­lo­gi­cal Prac­tice, au Royaume-Uni. « Des signes de répa­ra­tions peuvent égale­ment être obser­vés, suggé­rant que le bouclier était non seule­ment vieux mais qu’il a sûre­ment été bien utilisé. »

« Le spectre qui hante la droite française »

Numériser.jpegJean-Christophe Buisson est Directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine, journaliste historique et animateur d'Historiquement show sur la chaîne Histoire, Jean-Christophe Buisson est aussi le préfacier de l’anthologie de textes de Charles Maurras, fraîchement publiée chez R. Laffont dans la collection « Bouquins »
Jean-Christophe Buisson, publier et préfacer du Charles Maurras, aujourd'hui, n'est-ce pas un brin provocateur ? L'auteur est officiellement un proscrit, un maudit...
Par l'influence intellectuelle et politique qu'il exerça durant la première moitié du XXe siècle, Charles Maurras est une figure majeure des lettres françaises. Son œuvre est quantitativement immense (une centaine de livres et plus de 20 000 articles) et la liste de ceux qui l'admirèrent, fût-ce de manière éphémère, en dit long sur son magistère Proust, Apollinaire, Gide, Malraux, Bergson, Bernanos, Drieu La Rochelle, Maritain, Blanchot, Lacan, Althusser, etc. De nombreuses personnalités politiques, toutes plus républicaines les unes que les autres (Clemenceau, Poincaré, De Gaulle, Pompidou, Mitterrand), confessèrent aussi leur respect pour ce théoricien du nationalisme intégral qui estimait que la grandeur de la France ne s'était exprimée et ne pourrait s'exprimer à nouveau que sous un système monarchique. Dès lors, donner à comprendre comment et pourquoi cet homme, en effet condamné et maudit pour son attitude durant la Seconde Guerre mondiale, exerça une telle fascination sur des esprits si brillants et si divers, ne relève en rien de la provocation mais plutôt d'une forme d'éclairage. Ceux qui ne connaissaient pas Maurras, dont l'œuvre n'était quasiment pas rééditée, se feront une idée sur lui. Quant aux anti-maurrassiens autoproclamés, ils pourront désormais citer des textes précis pour motiver leur dégoût ou leur haine. Mais ils auront aussi découvert que le maître de l'Action Française ne se résume pas à ses diatribes antisémites. Maurras, c'est aussi une esthétique, un style, une réflexion géopolitique. Et une belle poésie.
Outre la poésie, le grand public retient surtout le Maurras politique. De ce point de vue-là, a-t-il donc encore quelque chose à dire à nos contemporains ? L'affaire Dreyfus et la HP République peuvent sembler choses fort lointaines.
Pour paraphraser Marx et Engels, je dirais qu'un spectre hante la droite française Charles Maurras. Qu'elle en soit consciente ou non. En effet, ayant synthétisé la pensée contre-révolutionnaire du XIXe siècle avec le positivisme moderne pour formuler une théorie politique originale qui ne serait ni libérale, ni socialiste, il a abordé de près ou de loin tous les thèmes qui traversent jusqu’à aujourd'hui la pensée dite de droite l’articulation entre les notions d'autorité et de liberté, le poids de l'État-Providence, le rôle des communautés naturelles contre les assauts de l’individualisme, la lutte contre la centralisation jacobine, la critique d'une élite politique, économique ou médiatique confisquant trop de pouvoirs c'est le fameux « pays légal contre pays réel »), la défense du « splendide Tout catholique » comme pilier historique et civilisationnel de la nation française, etc. Au risque de nager dans certaines contradictions sans doute insolubles, d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, peu ou prou, de Marion Maréchal-Le Pen à François Fillon en passant par Nicolas Dupont-Aignan ou Laurent Wauquiez, les ténors de la droite ont relayé ou relaient la pensée maurrassienne. Quitte à l’affiner l’amender, la contester ou la moderniser.
D'autres antimodernes peuplent la collection Bouquins (Charles Péguy, Léon Bloy, Maurice Barrès, Jacques Bainville, Léon Daudet). En quoi Maurras se singularise-t-il ? Et en quoi cette anthologie - dont tous les textes ne sont pas politiques - se démarque-t-elle ?
Chacun de ces auteurs courait avec excellence dans un ou deux couloirs au maximum l’histoire pour Bainville, la critique littéraire et la polémique pour Daudet, le pamphlet et le roman teinté de mysticisme chrétien pour Bloy le journalisme de combat et la poésie pour Péguy la politique par le journalisme ou la littérature pour Barrès. Or, Maurras, à lui seul, couvre et rassemble tous ses domaines et même d'autres ! Il clôt d'une certaine manière un cycle, et je pense que c'est ainsi que l'a envisagé l’éditeur Christophe Parry qui est à l'origine de la plupart de ces rééditions.

Entretien par François la Choüe monde&vie 19 avril 2018

Le colonialisme, une « faute de la République » ?

3) Dans la réflexion de la gauche républicaine, la dimension idéologique et morale de la colonisation a tenu une part considérable et même fondatrice. L’on trouve ainsi chez Jules Ferry la notion de « colonisation émancipatrice », idée qui fut parfaitement résumée en 1931 lors du congrès de la Ligue des droits de l’Homme qui se tint à Vichy, quand Albert Bayet, son président, déclara que la colonisation française était légitime puisqu’elle était porteuse du message des « grands ancêtres de 1789 ». Dans ces conditions ajouta-t-il, en colonisant, c’est-à-dire en faisant :
« (…) connaître aux peuples les droits de l’homme, ce n’est pas une besogne d’impérialisme, c’est une tâche de fraternité »
4) La gauche républicaine coloniale utilisa à l’époque des arguments qui, aujourd’hui, conduiraient directement leurs auteurs devant les tribunaux. Dans son célèbre discours du 28 juillet 1885, Jules Ferry déclara ainsi :
« Il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ; mais parce qu’il y a aussi un devoir. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »
Le 9 juillet 1925, l’icône socialiste Léon Blum affirma devant les députés :
« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie. »
Les bonnes consciences humanistes peuvent cependant être rassurées puisque Jules Ferry avait pris le soin de préciser que :
« La race supérieure ne conquiert pas pour le plaisir, dans le dessein d’exploiter le faible, mais bien de le civiliser et de l’élever jusqu’à elle ».
5) La maçonnerie à laquelle appartenaient la plupart des dirigeants républicains voyait dans la colonisation le moyen de mondialiser les idées de 1789. En 1931, toujours à Vichy, lors du congrès annuel de la Ligue des droits de l’homme dont j’ai parlé plus haut et dont le thème était la question coloniale, Albert Bayet déclara :
« La colonisation est légitime quand le peuple qui colonise apporte avec lui un trésor d’idées et de sentiments qui enrichira d’autres peuples (…) la France moderne, héritière du XVIIIe siècle et de la Révolution, représente dans le monde un idéal qui a sa valeur propre et qu’elle peut et doit répandre dans l’univers (…)Le pays qui a proclamé les droits de l’homme (…) qui a fait l’enseignement laïque, le pays qui, devant les nations, est le grand champion de la liberté a (…) la mission de répandre où il peut les idées qui ont fait sa propre grandeur ».
6) Alors que toute la philosophie qui animait ses membres reposait sur le contrat social, la colonisation républicaine s’ancra sur une sorte de racisme philanthropique établissant une hiérarchie entre les « races » et les civilisations. Au nom de sa supériorité philosophique postulée, la république française avait en effet un devoir, celui d’un aîné devant guider, grâce à la colonisation, ses cadets ultra-marins non encore parvenus à « l’éclairage des Lumières ».
7) Pour ces hommes de gauche, la conquête coloniale n’était brutale qu’en apparence puisqu’il s’agissait in fine d’une « mission civilisatrice ». D’ailleurs, la république égalisatrice n’avait-t-elle pas fait de même en transformant les Bretons, les Occitans, les Corses et les Basques en Français, c’est-à-dire en porteurs du message émancipateur universaliste? La gauche républicaine coloniale se devait donc de combattre tous les particularismes et tous les enracinements car il s’agissait d’autant de freins à l’universalisme. Coloniser était donc un devoir révolutionnaire et républicain. D’autant que la colonisation allait permettre de briser les chaînes des peuples tenus en sujétion par les « tyrans » qui les gouvernaient. La colonisation républicaine fut donc d’abord le moyen d’exporter la révolution de 1789 à travers le monde.
Jusque dans les années 1890, la position de  la droite monarchiste, nationaliste et identitaire fut claire : l’expansion coloniale était une  chimère  détournant les Français de la « ligne bleue des Vosges » et les aventures coloniales étaient donc considérées à la fois comme une trahison et un ralliement aux idées républicaines. Le 11 décembre 1884, devant le Sénat, le duc de Broglie, sénateur monarchiste, déclara ainsi :
« (…) Les colonies affaiblissent la patrie qui les fonde. Bien loin de la fortifier, elles lui soutirent son sang et ses forces. »
Cet anticolonialisme de droite fut bien représenté par Paul Déroulède et par Maurice Barrès. Pour Déroulède, le mirage colonial était un piège dangereux tendu par les ennemis de la France. Dans une formule particulièrement parlante, il opposa ainsi la chimère de « la plus grande France », c’est-à-dire l’Empire colonial, qui menaçait de faire oublier aux Français le « relèvement de la vraie France ».
En dehors des milieux d’affaires « orléanistes » qui, à travers les Loges, avaient adhéré à la pensée de Jules Ferry, la « droite » fut anticoloniale quand la « gauche », à l’exception notable des radicaux de Clemenceau, soutenait massivement l’expansion ultramarine.
Et pourtant, quelques années plus tard, à quelques très rares exceptions, monarchistes, nationalistes et catholiques se rallièrent à la vision coloniale définie par la gauche républicaine, donc aux principes philosophiques qu’ils combattaient depuis 1789… La fusion fut effective en 1890 quand, par le «  toast d’Alger », le cardinal Lavigerie demanda le ralliement des catholiques à la République. La boucle révolutionnaire fut alors bouclée. Les Lumières l’avaient emporté sur la Tradition.
Par « devoir patriotique », la droite militaire et missionnaire partit alors conquérir les « terres de soleil et de sommeil ». Elle s’y fit tuer avec courage et abnégation, en ne voyant pas que son sang versé permettait la réalisation des idéaux philosophiques de ses ennemis de toujours… Ces derniers demeurèrent quant à eux confortablement en France, attendant de chevaucher ultérieurement les chimères idéologiques de l’anticolonialisme au nom duquel ils dénonceront et combattront férocement et implacablement une droite suiviste devenue coloniale quand eux ne l’étaient plus…
En parlant de « faute de la République » et non de faute de la France, le président Macron a donc (involontairement ?), mis la gauche républicaine face à ses responsabilités historiques. Car, et nous venons de le voir, ce furent des républicains, des hommes de gauche, des laïcs et des maçons, qui lancèrent la France dans l’entreprise coloniale qui l’épuisa, la ruina et la divisa.
Leurs héritiers qui dirigent aujourd’hui la France politique, judiciaire, médiatique et « morale » ont curieusement oublié cette filiation. Plus encore, ayant adhéré à une nouvelle idéologie universaliste, celle du « village-terre » et de l’antiracisme, ils font réciter ad nauseam aux Français le credo de l’accueil de « l’autre » afin d’achever de diluer les derniers enracinements dans l’universel. Et ils le font au prétexte de la réparation de la « faute » coloniale commise hier par leurs maîtres à penser …
[1] Je développe cette idée dans mon livre « Mythes et manipulations de l’histoire africaine »