lundi 5 novembre 2012

Les Mérovingiens

Les Mérovingiens sont la dynastie qui régna sur une très grande partie de la France et de la Belgique actuelles, ainsi que sur une partie de l'Allemagne et de la Suisse, du Ve siècle jusqu'au milieu du VIIIe siècle.
Cette lignée est issue des peuples de Francs saliens qui étaient établis au Ve siècle dans les régions de Cambrai et de Tournai, en Belgique (Childéric Ier). L'histoire des Mérovingiens est marquée par l'émergence d'une forte culture chrétienne parmi l'aristocratie, l'implantation progressive de l'Église dans leur territoire et une certaine reprise économique survenant après l'effondrement de l'Empire romain.
Le nom mérovingien provient du roi Mérovée, ancêtre semi-mythique de Clovis

Origine

La dynastie mérovingienne est issue de l'aristocratie franque. Les Francs, réunis en ligue depuis le IIIe siècle de notre ère, se sont progressivement installés dans le nord-est de l'Empire romain. Dès les premières années de l'Empire, des groupes migrants plus ou moins homogènes n'ont cessé de se déplacer d'est en ouest, poussés par d'autres migrants venus d'orient, et attirés en Gaule par la stabilité de la Pax Romana. Les premiers Francs pénètrent dans l'Empire légalement, certains sont intégrés dans l'armée romaine et peuvent espérer y faire une grande carrière (voir Richomer et Arbogast), d'autres s'installent dans l'Empire comme colons. Par la suite, les migrations franques dans le nord de la Gaule s'intensifient avec le déclin de l'autorité romaine et la chute de l'Empire d'Occident. Enrichies par leur service auprès de Rome, certaines grandes familles franques acquièrent un pouvoir local non négligeable. L'une d'entre elles, celle de Childéric Ier et de son fils Clovis, va s'imposer et fonder la première dynastie royale franque.

Histoire générale et personnalités

Le premier représentant historique de la dynastie mérovingienne, Childéric Ier, fils de Mérovée, dominait l'ancienne province romaine de Belgique Seconde au nom de l'Empire. Son fils Clovis, roi en 481, n'est lui-même à l'origine qu'un des nombreux petits rois sous le gouvernement desquels se répartissaient les Francs Saliens. Son royaume, qui devait correspondre à peu près à l'étendue de l'ancienne cité romaine de Tournai, ne lui fournissant pas les forces nécessaires pour mener à bien l'attaque qu'il méditait contre Syagrius, officier romain auquel obéissait encore la région d'entre Loire et Seine, il associa à son entreprise ses parents, les rois de Thérouanne et de Cambrai. Mais il profita seul de la victoire. Syagrius défait, il s'appropria son territoire et employa la suprématie écrasante dont il jouissait désormais sur ses anciens égaux, pour se débarrasser d'eux. Soit par violence, soit par ruse, il les renversa ou les fit périr, fut reconnu par leurs peuples et en quelques années étendit son pouvoir à toute la région que le Rhin encercle de Cologne à la mer. Les Alamans qui, établis en Alsace et en Eifel, menaçaient le nouveau royaume d'une attaque par l'est, furent battus et annexés à la fin du Ve siècle. S'étant ainsi assuré la possession de toute la Gaule septentrionale du Rhin à la Loire, le roi des Francs put se consacrer à la conquête de la riche Aquitaine, dominée par les Wisigoths et leur roi Alaric II. Converti au catholicisme aux alentours de l'an 500Note 1, Clovis put éventuellement prétexter de leur hérésie (les Wisigoths adhéraient à l'arianisme) pour leur faire la guerre : il les battit à Vouillé en 507 et porta la frontière jusqu'aux Pyrénées. Le royaume des Burgondes (auxquels il s'était allié en épousant Clotilde, fille du roi Chilpéric II), de même que la Provence, le séparaient encore de la Méditerranée. Théodoric, roi des Ostrogoths, n'entendait pas laisser le royaume des Francs s'étendre jusqu'aux portes de l'Italie : Clovis dut donc renoncer à la Provence que Théodoric, pour plus de sûreté, annexa à son propre royaume1. Cette expansion rapide du royaume des Francs (latin regnum francorum) fut facilitée par sa conversion au catholicisme qui lui assura l'appui de l'aristocratie gallo-romaine et de l'Église catholique. Il installera sa capitale à Paris vers 507.
A sa mort en 511, Clovis n'avait pas réglé sa succession et le royaume fut partagé entre ses quatre fils. Selon Grégoire de Tours, la région de Metz revint à Thierry, Orléans à Clodomir, Paris à Childebert et Soissons à Clotaire. Pour Bruno Dumézil2, mais également pour Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux3, il ne faut pas comprendre ce partage comme une division stricte du royaume. Les quatre frères sont rois en même temps mais l'intégrité du regnum francorum est en partie conservée, ce qui explique la relative facilité avec laquelle certains rois mérovingiens parviennent à réunifier le royaume à la mort de leurs frères (dont ils sont parfois eux-mêmes responsables). Cela n'a rien d'inédit si l'on compare cette succession à celles de certains empereurs romains comme Constantin Ier. C'est cette très fragile entente de circonstance entre les frères qui explique également la conquête de la Burgondie vers 534 par Childebert et Clotaire (à la demande de leur mère Clotilde selon Grégoire de Tours) puis de la Provence. Le royaume fut réunifié en 558 par Clotaire Ier, puis divisé à nouveau entre les fils de ce dernier en 561. Trois grosses entités territoriales se forment progressivement au sein du royaume : Neustrie, Austrasie et Bourgogne (l'Aquitaine passant sous l'autorité d'une dynastie de ducs indépendants). En 613, Clotaire II, petit-fils de Clotaire Ier, parvient à réunifier de nouveau le royaume des Francs. Comme le précise Bruno Dumézil, loin de régresser par suite de ces partages, « la superficie du monde franc double entre la mort de Clovis et la fin du VIe siècle »2.
Les historiens ont longtemps considéré que le partage du royaume entre les fils, à la mort du roi, manifestait le fait que les peuples germaniques, et les Francs en particulier, considéraient le royaume comme un patrimoine personnel du roi et que la notion d’État leur était inconnue. Bruno Dumézil explique cependant que la notion romaine de "fisc" n'avait alors pas disparue et qu'une liste précise des terres "publiques" était tenue par les rois mérovingiens2.
Cette réflexion sur la portée des partages successifs du royaume ne doit cependant pas masquer la réalité des conflits sanglants qu'a connus la dynastie mérovingienne à la fin du VIe siècle. Grégoire de Tours les rapporte longuement dans ses Dix livres d'histoires :
Une querelle familiale opposa en effet pendant près de cinquante ans les deux fils de Clotaire Ier, à savoir Chilpéric Ier et Sigebert Ier, ainsi que leurs conjointes respectives, Frédégonde et Brunehilde. Selon Grégoire de Tours, Frédégonde, maîtresse de Chilpéric Ier, fit assassiner la femme de celui-ci, Galswinthe, une princesse wisigothique. La sœur de Galswinthe, Brunehilde, également épouse de Sigebert Ier, demanda alors à son mari de réagir en demandant une compensation en réparation du meurtre. Chilpéric Ier parut d'abord se soumettre mais, ne tenant pas ses engagements, la guerre finit par éclater entre les frères. On analyse souvent ce conflit comme la manifestation, à l'échelle du royaume, du principe de la "faide", le droit à la vengeance, comparable à la loi du Talion.
Le bilan de ce conflit familial est lourd :
Au terme de ces cinquante années de conflit, Clotaire II parvient à réunifier le royaume des Francs, non sans avoir éliminé les gêneurs et les prétendants au trône. Il rassemble ainsi :
On attribue à Clotaire II (584-629), l'édification d'un château à Clichy dans les Hauts-de-Seine, site probablement découvert à l'occasion d'une chasse. Rien ne permet d'en imaginer la forme ni l'importance. Cependant Clotaire II, en 626, y réunit un concile des évêques et princes de Neustrie et de Bourgogne. Son fils Dagobert Ier, roi des Francs de 629 à 639, s'y maria avec Gomatrude en 629, ce qui laisse penser que le palais avait quelque importance.
Parmi les deux fils de Clotaire II, Charibert et Dagobert, le premier mourut prématurément en 632, et son fils Chilpéric décéda peu de temps après, ce qui permit l'unification du territoire. Le court règne de Dagobert Ier marqua alors une période d'apogée et de relative paix dans le royaume mérovingien. C'est également sous son règne que se placent les dernières conquêtes en direction de la Germanie, permettant d'atteindre le Danube.
Le dernier siècle mérovingien est celui de l'ascension politique d'une famille aristocratique d'Austrasie appelée à un bel avenir : les Pippinides. Dès le règne de Clotaire II, Pépin Ier de Landen s'allie au roi contre Brunehilde, et obtient la mairie du palais d'Austrasie. Ses descendants, Grimoald puis Pépin II de Herstal, parviennent à la conserver par intermittence et s'emparent pour un temps de la mairie du palais de Neustrie, à la fin du VIIe siècle. En 717, un fils bâtard de Pépin II, Charles Martel, arrive sur le devant de la scène en devenant à son tour maire du palais d'Austrasie. Il doit alors faire face à la résistance de l'aristocratie neustrienne menée par Raganfred, maire du palais de Neustrie depuis 715. Les Neustriens ont fait d'un moine obscur nommé Daniel un roi mérovingien qui s'impose difficilement sous le nom de Chilpéric II. A sa mort en 721, ne laissant aucun héritier, c'est au tour de Charles Martel de sortir un mérovingien d'un monastère pour en faire un roi : Thierry IV. Ce dernier ne possédera jamais la réalité du pouvoir et s'effacera face à son puissant maire du palais. A la mort de Thierry IV en 737, Charles Martel est tellement influent qu'il peut se passer de roi jusqu'à sa propre mort en 741. Son fils, Pépin III le Bref, lui succède, et même s'il prend d'abord le parti de placer un dernier mérovingien sur le trône en 743 (Childéric III), ce sera pour mieux le déposer huit ans plus tard et se faire élire roi à sa place. C'est le temps de la dynastie carolingienne.

La royauté mérovingienne

Comme l'explique Régine Le Jan4, le roi mérovingien est détenteur d'une certaine sacralité, bien qu'il ne bénéficie pas du rituel clérical du sacre, à la différence des rois wisigoths ou des rois carolingiens. Régine Le Jan affirme qu'il ne faut pas réduire cette sacralité à sa dimension magique et païenne (le heil), mais qu'il existe encore, au VIe siècle notamment, la possibilité d'une sacralité chrétienne non contrôlée par le clergé. Cette sacralité s'exprime dans les fonctions assumées par le roi mérovingien et se manifeste par de multiples rituels.

Les fonctions du roi mérovingien

Noyau de tradition

Comme chez d'autres peuples germaniques du Ve siècle, l'institution royale naît chez les Francs par le contact avec Rome. La nécessité d'un interlocuteur faisant autorité et l'influence du modèle romain produisent une nouvelle forme d'organisation politique. Les divers peuples germaniques, éclatés et pluriethniques, se construisent une cohésion en cristallisant leur identité autour d'une figure royale qui fait office de "noyau de tradition" (Traditionskern)4. Ainsi les Francs existent-ils dès le moment où un chef se dit "roi des Francs" (rex francorum) et qu'il propose à ceux qui le suivent d'accepter sa propre ascendance (remontant jusqu'à un passé mythique) comme celle du peuple dans son intégralité. Le roi tire de ses ancêtres, historiques ou mythiques, une puissance charismatique, le heil, qu'il entretient par ses victoires guerrières et qui légitime sa position. L'institution royale se place alors au-dessus des groupes de parenté et des chefs de lignages, prétendant ainsi assurer leur cohésion et leur prospérité.

Loi et paix, conquête et prospérité

Les fonctions de paix et de fécondité sont d'origine divine : en les canalisant et en les contrôlant, l'institution royale se façonne une légitimité sacrale. Le roi tend ainsi à concentrer dans sa personne la fonction de juridiction, pour garantir la paix, et la fonction guerrière, pour assurer la prospérité de son peuple. La concentration en une personne de ces deux fonctions, souvent assumées dans les sociétés polythéistes par deux dieux distincts, est facilitée par l'adoption du monothéisme : le christianisme et son dieu unique et indivisible assoit la sacralité d'une royauté unique et indivisible4.
La paix est assurée par la création de la loi: c'est une fonction sacrée, à la fois juridique et religieuse ; l'Ancien Testament est d'ailleurs souvent appelé "Loi". Le roi formule le droit et le fait respecter. Ainsi Clovis réunit-il le premier concile d'Orléans en 511 et met la loi salique par écrit, probablement avant 507 selon Régine Le Jan4. De la même façon, « Clotaire II et Dagobert ont affirmé fortement leur autorité juridico-religieuse en réunissant un concile à Paris et en promulguant l'édit de 614, puis la loi des Ripuaires et la première loi des Alamans »4. Clotaire II est d'ailleurs assimilé par le clergé à David, roi législateur et juge.
La prospérité est assurée par les guerres, que le roi mène annuellement, à la belle saison, afin d'agrandir le territoire apte à produire des richesses, tout en amassant du butin qu'il partage avec ses fidèles.

Succession chez les Mérovingiens

Lors du traité entre l'Empire Romain et les Francs Saliens, que dirigent des rois qui deviendront les Mérovingiens de l'historiographie, il est rappelé que la succession à la charge de Général reste la prérogative du Princeps romain. Rapidement, celui-ci n'est plus en mesure d'imposer ses choix; il ne peut donc que les valider, à la demande du général qui a pris le commandement après la mort de son prédécesseur. Dans les faits, le général, roi pour son peuple, est nommé selon les usages germaniques qui prévalent au sein de son peuple, et ce choix est validé par le Princeps9.
Le royaume franc était considéré d’après la tradition germanique comme un bien patrimonial, c’est-à-dire que le royaume constituait le domaine familial du roi. Il n’y avait plus de distinction entre l’État, sa personne et son bien. Les victoires militaires aboutissaient donc à l’accroissement de la propriété familiale du roi. Ce partage était issu de la loi salique germanique. Cette loi excluait les femmes de la succession tant qu’il restait des héritiers mâles. Ainsi à la mort du roi, le royaume était divisé entre ses enfants de sexe masculin même si une femme peut hériter d'un domaine en pleine possession et non simplement comme usufruitière. Le titre de roi des Francs, ou Rex Francorum en latin, est générique. Il se transmet du père au fils, d'une génération à l'autre, dans la même famille, celle des Mérovingiens.
Il faut néanmoins savoir que l'expression loi salique désigne deux réalités bien différentes.
  • Dans le haut Moyen Âge, il s'agit d'un code de loi élaboré, selon les historiens, entre le début du IVe siècle et le VIe siècle pour le peuple des Francs dits « saliens », dont Clovis fut l'un des premiers rois. Ce code, rédigé en latin, et comportant de forts emprunts au droit romain10, établissait entre autres les règles à suivre en matière d'héritage à l'intérieur de ce peuple.
  • Plusieurs siècles après Clovis, dans le courant du XIVe siècle, un article de ce code salique fut exhumé, isolé de son contexte, employé par les juristes de la dynastie royale des Valois pour justifier l'interdiction faite aux femmes de succéder au royaume de France directement issu de celui des Francs. À la fin de l'époque médiévale et à l'époque moderne, l'expression loi salique désigne donc les règles de succession au trône de France. Ces règles ont par ailleurs été imitées dans d'autres monarchies européennes. L'éviction des femmes du pouvoir par cette loi rattachée à une tradition franque mérovingienne puis carolingienne a été célébrée ou critiquée dès le XIIIe siècle11,12.

Conséquences politiques

Plusieurs parties de territoires pouvaient être réunies par la force ou si l’un des frères mourait sans enfants.
Le partage du royaume créa donc des conflits fratricides dictés par la convoitise qui étaient généralement suivis par des meurtres en série ou des guerres entre royaumes frères. Fustel de Coulanges voit dans cette royauté mérovingienne « un despotisme tempéré par l'assassinat »13.
Prenons l’exemple de Clovis Ier : sa mort a été suivie du premier partage du royaume entre ses quatre fils : Théodoric, Clodomir, Childebert, Clotaire. Clodomir mourut lors d’une des nombreuses conquêtes qu’entreprirent les quatre frères. Les autres massacrèrent alors leurs neveux pour écarter tout héritier sauf saint Cloud qui se fit tondre (la chevelure des rois mérovingiens était légendaire, ils tenaient leur force et leur charisme de leurs cheveux qu’ils laissaient longs). Théodoric mourut après avoir envahi la Thuringe. Ses successeurs le suivirent rapidement suite aux guerres incessantes. Clotaire envahit le territoire de son frère aîné. Childebert mourut peu après sans descendance. Clotaire réunifia donc entièrement le royaume franc. Mais ce fut à la mort de ce dernier que les choses se sont réellement envenimées. Clotaire mourut avec quatre héritiers : Caribert, Chilpéric, Gontran, Sigebert. On procéda donc à un second partage du royaume qui fut suivi d’une longue « saga familiale » tragique confrontant la famille de Sigebert et Chilpéric. Cette querelle familiale, largement alimentée par la haine entre leurs épouses respectives, Brunehilde et Frédégonde, tourna rapidement à la guerre civile (connue sous le nom de faide royale).
Lorsque Sigebert épousa Brunehilde (fille réputée belle, intelligente…), son frère, jaloux, épousera Galswinthe, la sœur de Brunehilde, qui finira finalement étranglée dans son lit par la maîtresse et future épouse de Chilpéric, Frédégonde. La haine s’installera donc entre les deux couples. Les territoires francs passeront de mains en mains. Finalement Sigebert et Chilpéric seront tous deux assassinés par Frédégonde. Les deux reines, toutes deux tutrices s’affronteront en tuant neveux, cousins et oncles afin de mettre leurs fils respectifs sur le trône.
La haine que se voueront Frédégonde et Brunehilde aggravera la division Austrasie – Neustrie. Elle fera perdre toute unité au royaume et freinera le développement de la dynastie mérovingienne. Les conflits familiaux profiteront, par ailleurs, aux maires du palais. Ces guerres vont appauvrir les rois alors que les maires du palais vont s’enrichir et ainsi bénéficier d'un pouvoir croissant qui vont les amener jusqu’au trône avec l'avènement de Pépin le Bref.

Économie et administration sous les Mérovingiens

Jusqu'au règne de Dagobert Ier, l'État mérovingien ne se distingue pas fondamentalement de la tradition romaine. Après les troubles profonds dus aux invasions, l'état social du pays reprend son ancien caractère romain. Les terres du fisc impérial passent bien dans les mains du roi mais les grands propriétaires gallo-romains ont, sauf de rares exceptions, conservé leurs domaines, organisés comme ils l'étaient sous l'Empire. Le commerce reprend lentement son activité. Marseille, centre du grand commerce maritime avec l'Orient, reçoit ces marchands syriens que l'on retrouve d'ailleurs dans les villes importantes du sud de la Gaule et qui, avec les Juifs, sont les principaux marchands du pays. Les villes de l'intérieur conservent une bourgeoisie de commerçants parmi lesquels il en est qui, en plein VIe siècle, nous sont connus comme des notables riches et influents.
Grâce à ce commerce régulier qui maintient dans la population une importante circulation de marchandises et d'argent, le trésor du roi, alimenté par les tonlieux, dispose de ressources importantes, au moins aussi considérables que celles qu'il retire du revenu des domaines royaux et du butin de guerre.
Cette civilisation tombe dans une certaine décadence mais elle conserve ses traits essentiels.
Les fonctionnaires importants, choisis parmi les grands, font preuve, à l'égard du pouvoir, d'une singulière indépendance et l'impôt n'est souvent prélevé par le comte qu'à son profit personnel. L'affaiblissement de l'ancienne administration romaine, coupée de Rome, et dont le roi maintient avec peine les derniers vestiges, permet à l'aristocratie des grands propriétaires de prendre, en face du roi et dans la société, une position de plus en plus forte. C'est surtout dans le Nord, en Austrasie, où la romanisation est presque complètement effacée, qu'elle s'assure, dès le VIIe siècle, une prépondérance absolue.
Cette aristocratie, dont l'action grandit sans cesse, n'a rien d'une noblesse. Elle ne se distingue pas du reste de la nation par sa condition juridique, mais seulement par sa condition sociale. Ceux qui la composent sont, pour parler comme leurs contemporains, des grands (majores), des magnats (magnates), des puissants (potentes), et leur puissance dérive de leur fortune. Tous sont de grands propriétaires fonciers : les uns descendent de riches familles gallo-romaines antérieures à la conquête franque, les autres sont des favoris que les rois ont largement pourvus de terres, ou des comtes qui ont profité de leur situation pour se constituer de spacieux domaines. Qu'ils soient romains ou germaniques de naissance, les membres de cette aristocratie forment un groupe lié par la communauté des intérêts, et chez lequel n'a pas tardé à disparaître et à se fondre dans l'identité des mœurs, la variété des origines. A mesure que l’État, auquel ils fournissent les plus importants de ses agents, se montre plus incapable de garantir la personne et les biens de ses sujets, leur prépondérance s'affirme davantage. Leur situation personnelle profite des progrès de l'anarchie générale et l'insécurité publique augmente sans cesse leur influence privée. En tant qu'officiers du roi, les comtes traquent et rançonnent les populations qu'ils sont censés protéger[non neutre] ; mais à partir du moment où ces personnes leur auront cédé leurs terres et leurs personnes et seront venus s'annexer à leurs domaines, ces mêmes comtes, en tant que grands propriétaires, étendront sur eux leur puissante sauvegarde. Ainsi les fonctionnaires mêmes de l’État travaillent contre l’État[réf. nécessaire], et en étendant sans cesse sur les hommes et les terres leur clientèle et leur propriété privée, ils enlèvent au roi ses sujets directs et ses contribuables.
Le rapport qui s'établit entre les puissants et les faibles ne relève pas simplement du rapport économique entre un propriétaire et son tenancier. Né du besoin d'une protection effective au sein d'une société livrée à l'anarchie[non neutre], il crée entre eux un lien de subordination qui s'étend à la personne tout entière. Le contrat de recommandation, qui apparaît dès le VIe siècle, donne au protégé le nom de vassal (vassus) ou de serviteur, au protecteur le nom d'ancien ou de seigneur (senior). Le seigneur est tenu non seulement de pourvoir à la subsistance de son vassal, mais de lui fournir d'une manière permanente secours et assistance et de le représenter en justice. L'homme libre qui se recommande conserve les apparences de la liberté, mais en fait, il est devenu un client, un sperans du senior.
Ce protectorat que le seigneur exerce sur les hommes libres en vertu de la recommandation, il l'exerce naturellement aussi et avec plus d'intensité sur les hommes qui appartiennent à son domaine, anciens colons romains attachés à la glèbe ou serfs descendant d'esclaves romains ou germaniques dont la personne même, en vertu de la naissance, est sa propriété privée. Sur cette population dépendante, il possède une autorité à la fois patriarcale et patrimoniale qui tient tout ensemble de la justice de paix et de la justice foncière. Il n'y a là, au début, qu'une simple situation de fait. Mais rien n'illustre mieux l'impuissance de l’État que l'obligation dans laquelle il s'est trouvé de la reconnaître[non neutre]. À partir du VIe siècle, le roi accorde, en nombre toujours croissant, des privilèges d'immunité. Il faut entendre par là des privilèges concédant à un grand propriétaire (le plus souvent une propriété ecclésiastique) l'exemption du droit d'intervention des fonctionnaires publics dans son domaine. L'immuniste est donc substitué sur sa terre à l'agent de l’État. Sa compétence, d'origine purement privée, reçoit une consécration légale. Cependant, il est délicat d'affirmer que l’État capitule devant l'immuniste, car la compétence de ce dernier émane du roi et s'exerce en son nom.
La situation est d'autant plus grave[non neutre] que des propriétés du roi lui-même, qui avaient compris à l'origine tout le domaine foncier de l'Etat romain, il ne subsiste plus, à la fin de la période mérovingienne, que d'insignifiants débris[réf. nécessaire]. Lambeau par lambeau, en effet, elles ont été cédées à l'aristocratie en vue d'acheter sa fidélité. Les partages continuels de la monarchie entre les descendants de Clovis, la séparation et la réunion alternatives des royaumes de Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne, le remaniement continuel des frontières et les guerres civiles qui en étaient la suite, furent pour les grands une excellente occasion de marchander leur dévouement aux princes que le hasard des héritages appelait à régner sur eux et qui, pour s'assurer la couronne, étaient tout prêts à sacrifier le patrimoine de la dynastie.
Pour la première fois une opposition va se manifester entre l'aristocratie romanisée[réf. nécessaire] de Neustrie, et les grands d'Austrasie, restés beaucoup plus proches des mœurs et des institutions germaniques[réf. nécessaire]. L'avènement de l'aristocratie amène naturellement les influences locales à se manifester ; la diversité se substitue ainsi à l'unité royale.
La conquête de la Méditerranée par les Musulmans devait précipiter l'évolution politique et sociale qui s'annonçait. Jusqu'alors, au milieu d'une société qui glissait vers le régime de la propriété seigneuriale, les villes s'étaient maintenues vivantes par le commerce, et avec elles une bourgeoisie libre.
Dans la seconde moitié du VIIe siècle, tout commerce cesse sur les côtes de la Méditerranée occidentale. Marseille, privée de navires, meurt asphyxiée, et toutes les villes du midi, en moins d'un demi-siècle, tombent dans une totale décadence[non neutre]. À travers tout le pays, le commerce, que n'alimente plus la mer, s'éteint ; la bourgeoisie disparaît avec lui ; il n'existe plus de marchands de profession, plus de circulation commerciale, et, par contre coup, les tonlieux cessent d'alimenter le trésor royal, incapable de faire face désormais aux dépenses du gouvernement.
L'aristocratie représente, dès lors, la seule force sociale. En face du roi ruiné, elle possède, avec la terre, la richesse et l'autorité ; il ne lui reste plus qu'à s'emparer du pouvoir14.

Lent déclin des Mérovingiens

À partir de 639 (à la fin du règne de Dagobert Ier) commença l'époque des souverains que le biographe de Charlemagne, Eginhard, nomma les rois fainéants, au IXe siècle dans sa Vita Karoli (Vie de Charlemagne), cela pour légitimer la prise de pouvoir carolingienne. En réalité, leur inaction s'explique surtout par leur faiblesse et leur impuissance. Souvent très jeunes – les querelles familiales pour le pouvoir ne leur laissaient qu'une espérance de vie très faible – les souverains mérovingiens devinrent les jouets de l'aristocratie.
D'autre part, dans un contexte général de crise économique en Occident, les richesses acquises par leurs prédécesseurs s'étaient considérablement amenuisées, suite à l'arrêt des campagnes militaires pour étendre le royaume, aux détournements de l'impôt et aux dépenses engagées pour venir à bout des révoltes et pour acheter la fidélité des vassaux.
L'autorité des Mérovingiens s'affaiblit donc pendant cette période de pauvreté et de déclin de la monarchie, tandis que s'imposaient peu à peu les maires du palais ("major domus").
À l'origine simple intendant, le maire du palais devint avec le temps le réel administrateur du royaume en raison de son rôle central dans les relations avec l'aristocratie franque. Étant issu de celle-ci, en effet, le maire du palais défendait naturellement les intérêts des nobles, ce qui valut aux détenteurs de la charge un prestige croissant.
Progressivement, la charge de maire du palais consista notamment à déclencher les guerres, à négocier les accords avec les pays voisins, à nommer les évêques, les ducs et les comtes.
Des trois maires du palais, celui de Bourgogne disparut assez tôt, puis la lutte s'engagea entre les deux autres.
L'aristocratie foncière d'Austrasie, plus puissante que les grands propriétaires de Neustrie, parce que plus éloignée du roi et de l'ancienne administration romaine, était avantagée dans un État presque exclusivement basé sur la richesse foncière. Entre le maire d'Austrasie, Pépin de Herstal, qui représentait les grands, et le maire de Neustrie, Ebroïn, resté fidèle à l'ancienne conception royale, la lutte était inégale : Pépin triompha. Dès lors, il n'y eut plus qu'un maire du palais pour toute la monarchie et ce fut la famille des Pippinides qui la fournit. Depuis longtemps, elle jouissait dans le nord du Royaume d'une situation qu'elle devait à sa richesse foncière. Ses domaines étaient nombreux, surtout dans cette région mi-romane mi-germanique dont Liège, alors un simple village, forme le centre, et se répandaient dans la Hesbaye, le Condroz et l'Ardenne ; Andenne et Herstal étaient ses résidences favorites. De riches mariages augmentèrent encore son ascendant. De l'union de la fille de Pépin de Landen et du fils d'Arnoul de Metz naquit Pépin de Herstal, déjà cité plus haut, qui fut le premier à exercer véritablement la régence dans toute la monarchie franque.
Lorsque les Musulmans envahirent l'Aquitaine, le successeur de Pépin de Herstal, Charles Martel vint leur offrir le combat dans les plaines de Poitiers et l'élan de la cavalerie musulmane se brisa contre les lignes de son infanterie lourde. L'invasion arrêtée reflua ; les Musulmans ne conservèrent en Gaule que les environs de Narbonne, d'où Pépin le Bref devait les expulser en 759.
Le triomphe de Poitiers acheva de faire de Charles Martel le maître du royaume. Il en profita pour lui donner une solide organisation militaire.Jusqu'à lui, l'armée ne s'était composée que des hommes libres, levés dans les comtés en temps de guerre. C'était une simple milice de fantassins, s'équipant à leurs frais, difficile à réunir, lente dans ses mouvements. Après Poitiers, Charles résolut de créer, à l'exemple des Arabes, une cavalerie qui put se porter rapidement au-devant de l'ennemi et remplacer l'avantage du nombre par celui de la mobilité. Une telle nouveauté supposait une transformation radicale des usages antérieurs. On ne pouvait imposer aux hommes libres ni l'entretien d'un cheval de guerre, ni l'acquisition du coûteux équipement de cavalier, ni le long et difficile apprentissage du combat à cheval.
Pour atteindre ce but, il fallait donc créer une classe de guerriers possédant les ressources correspondant au rôle qu'on attendait d'eux. Une large distribution des terres fut faite aux vassaux les plus robustes du maire du palais, qui n'hésita pas à séculariser, à cette fin, bon nombre de biens d’Église. Chaque homme d'armes gratifié d'une tenure ou, pour employer le terme technique, d'un bénéfice, fut tenu d'y élever un cheval de guerre et de fournir le service militaire à toute réquisition. Un serment de fidélité renforça encore ces obligations. Le vassal qui n'était au départ qu'un serviteur devint ainsi un soldat dont l'existence fut assurée par la possession d'un lopin de terre. L'institution se répandit très rapidement dans tout le royaume. Les immenses domaines de l'aristocratie permettaient à chacun de ses membres de se constituer une troupe de cavaliers, et ils n'y manquèrent pas. Le nom primitif de bénéfice disparut un peu plus tard, remplacé par celui de fief. Mais l'organisation féodale elle-même, pour l'essentiel, se trouve dans les mesures prises par Charles Martel. Ce fut la plus grande réforme militaire que l'Europe ait connue avant l'apparition des armées permanentes. Elle devait d'ailleurs exercer une répercussion profonde sur la société et sur l’État. Dans son fond, elle n'était qu'une adaptation de l'armée à une époque où le grand domaine dominait toute la vie économique et elle eut pour conséquence de donner à l'aristocratie foncière la puissance militaire avec la puissance politique. la vieille armée des hommes libres ne disparut pas, mais elle ne constitua plus qu'une réserve à laquelle on recourut de moins en moins15.
Les rapports de Charles Martel avec l’Église n'avaient pas été harmonieux. Celle-ci lui reprocha ses sécularisations et lui tint rancune qu'il ait refusé de venir au secours de la Papauté pressée par les Lombards alors que le pape Grégoire III lui avait fait l'honneur d'une ambassade spéciale chargée de lui remettre solennellement les clefs du tombeau des apôtres. Moins absorbé par la guerre, son fils Pépin le Bref, qui lui succéda en 741 à la mairie du palais et au gouvernement du royaume, entretint très rapidement des relations suivies avec Rome.
Au moment où il prit le pouvoir, les missions anglo-saxonnes chez les Germains païens d'au delà du Rhin venaient de commencer sous la direction de Saint Boniface. Pépin lui montra tout de suite un zèle et une bienveillance auxquels les apôtres du christianisme n'étaient pas habitués. Les motifs lui en étaient d'ailleurs inspirés par l'intérêt politique. Il comprenait que le moyen le plus efficace de pacifier les Frisons, les Thuringiens, les Bavarois et les Saxons et de préparer l'annexion future, était de commencer par les convertir. D'où l'intérêt qu'il prit aux projets de Boniface, l'appui qu'il lui accorda, ses faveurs à l'égard du siège de Mayence qui, érigé en métropole de la nouvelle Église germanique, rattachait celle-ci, dès sa naissance, à l’Église franque.
Boniface cependant, fils soumis de la papauté en sa qualité d'Anglo-Saxon, ne s'était mis à l’œuvre qu'après avoir demandé et reçu l'assentiment et les instructions de Rome. Il se trouva ainsi, grâce aux relations qu'il entretenait avec le maire du palais, l'intermédiaire naturel entre celui-ci et le pape. Or, chacun d'eux, ayant besoin de l'autre, ne demandait qu'à se rapprocher de lui. Pépin, déjà roi de fait, aspirait à l'être en droit. Mais il hésitait à enlever sa couronne à son possesseur légitime, en qui vivait encore une longue tradition dynastique. Afin d'accomplir le coup d'État, il fallait pouvoir s'abriter sous la plus haute autorité morale qui fût, en obtenant l'approbation du pontife romain. Le pape confronté à une situation intenable avait également besoin de Pépin. En effet, le moment était venu de rompre avec l'empereur byzantin, dont le césarisme hérétique devenait de plus en plus arrogant, et qui laissait, par impuissance ou mauvaise volonté, les Lombards s'avancer jusqu'aux portes de Rome (Le roi lombard Aistulf s'emparera d'ailleurs de l'Exarchat de Ravenne en 751).
L'alliance se conclut facilement. En 751, des députés de Pépin allèrent gravement demander au pape Zacharie s'il ne convenait pas que le titre royal appartînt plutôt à celui qui exerçait l'autorité suprême qu'à celui qui n'en possédait que l'apparence. Non moins gravement, le pape corrobora leur opinion sur ce point de morale politique. Quelques semaines plus tard, Pépin se faisait proclamer roi par une assemblée de grands. Le dernier descendant de Clovis, Childéric III, fut tondu et envoyé dans un monastère où il finit ses jours. On ignore la date de sa mort. Jamais peut-être aucune dynastie de disparut au milieu d'une telle indifférence et à la suite d'un coup d’État plus aisé.
Pour assurer sa légitimité, Pépin fut sacré roi en 754, à Saint-Denis par le pape Étienne II. Son couronnement marqua, par la suite, l'avènement de la dynastie des Carolingiens.

Postérité des Mérovingiens

La dynastie des Mérovingiens s'éteint avec Childéric III et son fils Thierry. Les généalogistes ont longtemps cherché à en trouver des descendants ignorés mais aucune certitude n'a pu être mise à jour. Les prétentions des Carolingiens à descendre des Mérovingiens par une fille de Clotaire Ier sont reconnues comme fictives. Plusieurs pistes ont été néanmoins mises en avant par les historiens.
  • Selon Christian Settipani, la meilleure probabilité concerne l'origine de Berthe, épouse de Pépin le Bref, dont la famille se transmettaient les noms de Bertrade, Charibert et Thierry tous mérovingiens16 même si ce rattachement ne peut être démontré.
  • Selon David H. Kelley, le roi Egbert de Wessex (802-839) pourrait se rattacher à ses deux homonymes rois de Kent, Egbert Ier (664-673) et Egbert II (796-798), le premier ayant pour grand-mère et arrière-grand-mère deux princesses mérovingiennes17,18,19.
  • Plusieurs princesses mérovingiennes ont eu une destinée qui nous est inconnue et certaines d'entre elles ont pu être mariées dans l'aristocratie et faire souche comme par ailleurs des bâtards royaux ; on retrouverait là l'origine de certains saints que leur biographie présente comme d'origine royale ou de certains nobles dont les noms laissent conjecturer la même origine20. On peu citer les cas de :
    • Lanthilde, la sœur de Clovis Ier ;
    • Chrodlindis, épouse de l'Agilolfide Chrodoald21.
    • Saint Rupert (Robert) de Salzbourg, probable robertien et évêque de Worms, apôtre de la Bavière, regali progenie francorum22 ;
    • la femme de saint Rieul, évêque de Reims, fille d'un roi et d'une sœur de saint Nivard, prédécesseur de Rieul à Reims23,Note 2 ;
    • l'évêque Mérovée de Poitiers24 ;
    • l'évêque Genebaud de Laon25 ;
    • les évêques Arbogast et Chararic de Chartres26 ;
    • l'évêque Sunnon de Cologne 27.

    Notes

    1. Les débats des historiens sont encore vifs au sujet de cette date. Certains placent la conversion dès 496 tandis que d'autres ne l'imaginent pas avant 511.
    2. Christian Settipani pense que le roi en question n'est pas Childéric II mais Clotaire II ou Dagobert Ier.

    Références

    1. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 35-36
    2. a, b et c L'Histoire n°358, novembre 2010, page 44-45.
    3. Geneviève Bürher-Thierry et Charles Mériaux, La France avant la France, Belin, 2010, p. 138.
    4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Régine Le Jan, « La sacralité de la royauté mérovingienne [archive] », Annales. Histoire, Sciences Sociales, Juin 2003 (58e année), p. 1217-1241.
    5. « Beaucoup rapportent que ceux-ci (les Francs) seraient sortis de la Pannonie et auraient d'abord habité les rives du fleuve Rhin ; puis, après avoir franchi le Rhin, ils seraient passés en Thuringe et là ils auraient créé au-dessus d'eux dans chaque pays et chaque cité des rois chevelus appartenant à la première et, pour ainsi dire, à la plus noble famille de leur race », Grégoire de Tours, Histoire des Francs, trad. R. Latouche, Les Belles Lettres, 1963, Livre II, p. 98.
    6. Georges Tessier, Le baptême de Clovis, éditions Gallimard, 1964, pp. 265-267.
    7. a et b L'Histoire n°358, novembre 2010, page 58-61.
    8. Geneviève Bürher-Thierry et Charles Mériaux, La France avant la France, Belin, 2010, p. 188.
    9. K. F Werner, naissance de la Noblesse, op. cit.
    10. Bruno Dumézil, « Les Francs ont-ils existé? », L'Histoire, n° 339, février 2009, pp. 80-85.
    11. Colette Beaune, Naissance de la Nation France, 1993, folio histoire, éd. Gallimard.
    12. Éliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir, Volume 1, L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), Perrin, 2006.
    13. Jean Silve de Ventavon, La légitimité des lys et le duc d'Anjou, Fernand Lanore, 1989 [lire en ligne [archive]], p. 20
    14. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 36-39
    15. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 40-42
    16. Christian Settipani, La préhistoire des Capétiens (481-987), éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, p. 134.
    17. David H. Kelley, « A new consideration of the Carolingians », New England genealogical register, 101 (1947), p. 109-112.
    18. Anthony Richard Wagner, Pedigrees and progress. Essays in the genealogical interpretations of history, Londres, 1975, p. 53, stemma p. 188.
    19. David Peter Kirby, The earliest english kings, Cambridge, 1991 (rééd. 1992).
    20. Christian Settipani, La préhistoire des Capétiens (481-987), éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, p. 134-135.
    21. Christian Settipani, La préhistoire des Capétiens (481-987), éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, p. 135.
    22. MGH, SRM, VI, p. 157.
    23. MGH, SRM, V, p. 160.
    24. Martin Heinzelmann, Joseph-Claude Poulain, 1986, p. 23-24.
    25. Jackie Lusse, Naissance d'une cité : Laon et le Laonnois du Ve au Xe siècle, 1993, p. 148.
    26. Christian Settipani, La préhistoire des Capétiens (481-987), éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, p. 135.
    27. E. Ewig, « Die Namengebung bei den ältesten Frankenkönigen und im Merowingischen Königshaus », Francia, 18, 1 (1991), p. 24.

    Bibliographie

    http://fr.wikipedia.org

Faut-il brûler Ernst Nolte ?

Le Figaro Magazine - 29/03/2008
L’historien allemand montre l’interdépendance entre le communisme, le fascisme et le nazisme. Une thèse qui perturbe les nostalgiques de la révolution d’octobre 1917.

Maître d’oeuvre du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois estime qu’Ernst Nolte, dont plusieurs ouvrages sont réédités dans un volume de la collection « Bouquins », a « ouvert la voie des études historiques sur les totalitarismes » (1). D’autres considèrent toujours l’historien allemand comme un personnage sulfureux. L’ont-ils vraiment lu ?

Né en 1923 en Rhénanie-Westphalie, Ernst Nolte est philosophe de formation. Ayant échappé à la guerre, il poursuivra une carrière universitaire. C’est par intérêt pour l’étude des idéologies qu’il est amené, un jour, à se pencher sur le fascisme. Sa trilogie Le Fascisme dans son époque, parue en 1963, contribue à sa nomination aux chaires d’histoire moderne de Marburg et de l’université libre de Berlin. Il passe alors pour un esprit avancé.

Tout bascule en 1986, à la suite d’un article qu’il publie dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Un passé qui ne veut pas passer. » Il s’agit du texte d’une conférence que Nolte devait donner devant un forum de la gauche intellectuelle, mais qu’on lui a refusé de prononcer. Il y expose la thèse du livre qu’il est en train d’écrire et qui sera en librairie en 1987, La Guerre civile européenne, vaste synthèse englobant, de 1917 à 1945, l’histoire du communisme, du fascisme et du nazisme (2). Quelques semaines après la parution de l’article, Jürgen Habermas, philosophe d’extrême gauche, sonne la charge, accusant Nolte (et deux autres chercheurs) de vouloir réévaluer le national-socialisme pour en réduire les responsabilités. Deux ans de polémique s’ensuivront, cette « querelle des historiens » (Historikerstreit) suscitant la publication de près de 1 200 articles et d’une trentaine d’ouvrages.

Que dit Nolte ? Il affirme sans ambiguïté que « l’image négative du IIIe Reich n’appelle aucune révision, et ne saurait faire l’objet d’aucune révision ». Cependant, replaçant le national-socialisme dans son contexte, il s’interroge : si l’assassinat de masse a été la caractéristique fondamentale de ce régime, l’a-t-il été des seuls nazis ? Et d’affirmer l’existence d’un « noeud causal » entre le goulag et Auschwitz : Lénine, selon Nolte, a inauguré un processus abolissant toute distance entre la théorie et les actes. Le discours marxiste sur l’abolition de la bourgeoisie a conduit à la terreur bolchevique, et le discours léniniste et stalinien sur l’élimination des koulaks a entraîné la famine organisée en Ukraine. De même, au terme d’un antisémitisme d’emblée violent, mais purement verbal, les nazis sont passés de la théorie à la pratique avec l’extermination des Juifs. « Le noeud causal, commente Stéphane Courtois, c’est le passage à l’acte fondateur : le crime de masse. » Nolte regarde donc le fascisme et le nazisme comme des phénomènes qui ont leur nature propre, mais qui naissent comme des répliques au libéralisme, et surtout à la violence communiste.

En 1995, dans Le Passé d’une illusion, l’historien François Furet, tout en marquant ses désaccords avec Nolte, saluait à travers lui « une oeuvre et une interprétation qui sont parmi les plus profondes qu’ait produites ce dernier demi-siècle ». Un hommage qui entraînera un échange de lettres entre les deux hommes, dialogue qui paraîtra en 1996 et 1997 dans la revue Commentaire, et qui sera édité ensuite sous le titre Fascisme et communisme (3).

Le « noeud causal » entre communisme et fascisme, Furet le repère plutôt dans la Première Guerre mondiale et le traumatisme qu’elle a laissé en Europe occidentale, provoquant dans des pays comme l’Allemagne et l’Italie une crise du modèle démocratique. Mais l’historien français souligne bien le lien entre les deux systèmes totalitaires : « Personne ne peut comprendre l’un des deux sans considérer aussi l’autre, tant ils sont interdépendants, dans les représentations, les passions et la réalité historique globale. »

Lire Nolte, c’est se confronter à cette méthode comparative. Elle a ses limites. L’historien allemand voit ainsi dans l’Action française, mouvement conservateur et royaliste, une manifestation pré-fasciste, ce qui, dans l’édition « Bouquins », ne convainc même pas Bernard Bruneteau, l’universitaire chargé d’introduire cette partie du Fascisme dans son époque. Par ailleurs, si Nolte, dans Les Fondements historiques du national-socialisme, montre ce que Hitler tirera du pangermanisme, du néo-darwinisme ou de l’antisémitisme de l’Allemagne wilhelminienne, son oeuvre, au total, ne s’étend guère sur les attributs endogènes du nazisme, fruit paroxystique du nationalisme allemand. Cette discrétion gêne le lecteur français, qui n’a pas oublié que la politique étrangère de Hitler (revanche sur le diktat de Versailles, accord avec la Russie contre l’Ouest) rejoignait les buts poursuivis par la République de Weimar.

Il reste l’essentiel. Nolte ne fait scandale que pour ceux qui n’acceptent pas cette réalité : au XXe siècle, le totalitarisme eut deux visages, l’un communiste, l’autre fasciste. Ils furent différents, mais également hideux.

Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
(1) Fascisme & totalitarisme, d’Ernst Nolte, Robert Laffont, « Bouquins », 1 088 p., 32 euros. Etablie et présentée par Stéphane Courtois, cette édition comprend Esquisse d’une biographie intellectuelle, Le Fascisme dans son époque (1. L’Action française, 2. Le Fascisme italien, 3. Le National-socialisme), Les Mouvements fascistes, La Querelle des historiens, Les Fondements historiques du national-socialisme.
(2) La Guerre civile européenne, 1917-1945, d’Ernst Nolte, Editions des Syrtes, 2000.
(3) Penser le XXe siècle, de François Furet, Robert Laffont, « Bouquins », 2007. Ce volume reprend notamment Le Passé d’une illusion et Fascisme et communisme.

dimanche 4 novembre 2012

Les Barbares - Les Celtes primitifs

Les Romains, en tant qu'Empire dominant et dominateur, ont écrit leur propre histoire. Toutefois, de récentes découvertes archéologiques ont mis à jour une histoire bien différente de la propagande impériale. Terry Jones déterre la vérité. Ce premier épisode, dédié aux Celtes, nous fait découvrir une société complexe et élaborée dotée d'un réseau routier et commercial ; il avaient une grande maîtrise de la métallurgie et s'ornaient de bijoux et vêtements somptueux. Quant à leur technologie militaire, elle n'avait rien à envier à l'Empire Romain. Les Romains étaient-ils les véritables Barbares ?
Pour plus de documentaire : http://video-documentaire.com

Documentaire l'histoire secrète de l'Archipel du Goulag


samedi 3 novembre 2012

Waterloo, le destin de Napoléon


Waterloo, le destin de Napoléon - Les grandes... par alxka

23 octobre 1956 Budapest se soulève au nom de la Liberté

Le 23 octobre 1956, les habitants de Budapest manifestent en masse contre le gouvernement hongrois dirigé par Ernö Gerö, premier secrétaire du Parti des Travailleurs Hongrois (le parti communiste).
La manifestation tourne rapidement à l'émeute et les symboles de l'État communiste sont détruits.
Cette effervescence puise son origine dans les espoirs soulevés par la mort de Staline et l'apparente déstalinisation du régime soviétique.
Fête nationale
L'anniversaire du soulèvement du 23 octobre 1956 est devenu fête nationale dans la Hongrie post-communiste.
La tentation réformiste
Huit mois plus tôt, en février 1956, Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du Parti communiste d'URSS, critique très sévèrement son prédécesseur dans un rapport secret au XXe Congrès du Parti communiste d'URSS, à Moscou, et diffusé dans le monde entier par les bons soins des médias occidentaux.
Le 28 juin 1956, à Poznan, en Pologne, des revendications ouvrières débouchent sur de violentes émeutes qui ébranlent le pouvoir communiste et sont durement réprimées, au prix de 50 morts et quelque 300 blessés. Il n'empêche que deux jours avant la manifestation de Budapest, les Polonais obtiennent le retour au pouvoir du dirigeant réformiste Wladyslaw Gomulka, un résistant communiste qui fut emprisonné quelques années plus tôt sur ordre de Staline.
À leur tour donc, les Hongrois réclament le retour à la présidence du Conseil d'Imre Nagy (prononcer Nodi), un communiste modéré de 60 ans qui avait été expulsé du pouvoir en avril 1955 pour avoir trop tôt dénoncé la stalinisation et les abus du régime.
Le 23 octobre 1956, un cortège principalement composé d'étudiants se rend de la statue du poète Petöfi à celle du général Bem, deux héros hongrois du XIXe siècle.
En soirée, la manifestation dégénère. La statue de Staline est abattue. Les dirigeants hongrois, réunis en urgence, appellent Nagy à la Présidence du Conseil (la direction du gouvernement) mais décrètent par ailleurs la loi martiale et demandent aux troupes soviétiques qui stationnent autour de la capitale de les aider à rétablir l'ordre.
L'armée d'occupation, présente dans le pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tente mollement d'intervenir avant de se retirer de la capitale hongroise le 27 octobre.
L'heure semble à la conciliation et l'ambassadeur d'URSS entérine le retour d'Imre Nagy à la tête de la Hongrie. Cet ambassadeur du nom de Youri Andropov deviendra chef du puissant KGB soviétique en 1967 et accèdera au pouvoir suprême en 1982, jusqu'à sa mort, deux ans plus tard, en 1984, à 70 ans.
L'impossible déstalinisation
Les Hongrois espèrent que l'heure de la victoire a sonné. Le pays s'enflamme. L'insurrection dégénère le 30 octobre avec, à Budapest, l'occupation du siège du parti communiste et le massacre de ses occupants ainsi que de gardes qui n'ont rien à voir avec le régime détesté.
Imre Nagy est gagné par l'euphorie du mouvement populaire. Il s'engage dans la voie de la démocratie et du multipartisme. Le 1er novembre, il forme un gouvernement de coalition avec seulement trois ministres communistes (lui-même, Janos Kadar et Pal Maleter).
Alarmé par l'entrée massive dans le pays de renforts soviétiques, il craint avec raison une intervention militaire et ne voit d'autre moyen de l'empêcher que d'annoncer le retrait de la Hongrie du pacte de Varsovie.
Comme beaucoup de Hongrois, il se prend à rêver d'une neutralité à l'autrichienne, rêve hélas illusoire dans le contexte de la «guerre froide». Les pouvoirs publics commencent à démanteler les barbelés de la frontière avec l'Autriche... C'est plus que les Soviétiques n'en peuvent supporter.
Dès le dimanche 4 novembre, l'Armée Rouge investit Budapest. Au total pas moins de 8 divisions et plusieurs centaines de chars du dernier modèle (T54). Les insurgés, étudiants aussi bien que salariés, résistent avec héroïsme mais n'en sont pas moins écrasés. En province, les combats se poursuivent pendant deux semaines.
La répression à Budapest et dans le reste du pays fait environ 20.000 morts tandis que 160.000 personnes se réfugient en Europe de l'Ouest. Le cardinal Jòzsef Mindszenty, qui avait imprudemment appelé à «balayer le régime», se réfugie à l'ambassade des États-Unis.
Imre Nagy a moins de chance. Réfugié à l'ambassade de Yougoslavie, il est livré au nouveau régime. Après un procès à huis clos, il sera pendu le 16 juin 1958 de même que le chef militaire de l'insurrection, le colonel et ministre de la Guerre Pal Maleter.
Janos Kadar est installé par les Soviétiques à la tête de la Hongrie. Il pacifiera le pays et le libéralisera dans d'étroites limites en attendant la chute du rideau de fer en 1989. Kadar mourra le 6 juillet 1989. Le même jour, la Cour Suprême de Hongrie réhabilitera Nagy et ses compagnons.
Inaction occidentale
Pendant toute la durée des événements, la station de radio Radio Free Europe, inspirée par les services secrets américains (la CIA), a encouragé les Hongrois à l'insurrection, les assurant que les armées occidentales seraient à leurs côtés en cas d'intervention militaire soviétique.
Cependant, lorsque celle-ci survient, et malgré un appel pathétique d'Imre Nagy à la radio, les Occidentaux restent sagement l'arme au pied. Il est vrai que Français et Britanniques sont au même moment empêtrés dans une opération militaire sur le canal de Suez de concert avec les Israéliens.
Quoi qu'il en soit, l'insurrection de Budapest sert en définitive les intérêts du monde libre en mettant en évidence pour la première fois le caractère oppressif et brutal du communisme. Elle affaiblit la position de Nikita Khrouchtchev dans les cercles dirigeants communistes et met un terme à ses velléités de libéralisation du régime.
Elle marque le début d'un processus de désintégration du régime soviétique qui s'achèvera une génération plus tard par la chute du Mur de Berlin et la dissolution de l'URSS.
En Occident, un certain nombre de militants communistes perdent leurs illusions sur le parti qu'ils avaient rejoint à la faveur de la lutte contre les nazis. «A Budapest, les Soviétiques ont gagné une bataille, mais le communisme a perdu la guerre,»déclare l'écrivain Miklos Molnar.
André Laranéhttp://www.herodote.net

vendredi 2 novembre 2012

Historiens de Rome

Pas plus à Rome qu'ailleurs, jamais le métier d'historien ne fut dépourvu d'a priori politiques. Il y a d'autant moins lieu de s'en scandaliser qu'il s'agit là d'une constante humaine … Écrire l'histoire, c'est la réécrire en fonction de ses choix, son époque et son public. Cela n'exclut ni le talent ni même l'honnêteté.
L'avantage des Anciens, c'est que leurs lecteurs et leurs commentateurs ont, en principe, toujours su à quoi s'en tenir et, partant, se sont montrés capables de sens critique. Nul n'ignorait que La Guerre des Gaules soutenait les visées de César à gouverner non la Celtique mais Rome ; que Salluste, né dans les heurts des guerres civiles, réglait des comptes encore très frais ; que Tite-Live, un peu plus jeune, portait sur l'oeuvre augustéenne un regard d'espoir qui orientait son travail ; que Suétone et Tacite, venant après la lamentable agonie de la dynastie julio-claudienne, l'accablaient afin de mieux mettre en valeur la reconstruction des Antonins ; et qu'Ammien Marcellin, grand admirateur du malheureux Julien, entonna le chant du cygne d'une certaine conception du pouvoir impérial et du paganisme. S'y ajoute un chapitre passionnant sur une figure mystérieuse qui a beaucoup fasciné les érudits, celle de l'auteur, ou des auteurs, affublé d'identités invraisemblables, de l'Histoire auguste, détonnant bouquin où il demeure délicat de démêler la réalité du canular. Ratti propose un nom, celui de Flavius Nicomachus, éclairant l'histoire de ce dernier païen engagé dans une lutte perdue d'avance contre Théodose, qui se suicida au soir de la défaite du Frigidus. Cette révélation ajoute à l'estime que les connaisseurs portaient déjà à l'homme.
Références du passé
Tous également sincères dans leurs ambitions, leurs convictions, leurs haines ou leurs regrets, ces historiens n'avaient point, semble-t-il, le sentiment de manquer à la vérité en exposant leur propre vision des événements. Si, avec le déclin des études classiques, ces auteurs ne représentent plus les références incontournables qu'ils furent pour tant de générations, ils n'en demeurent pas moins présents dans le cursus universitaire, et au programme de l'agrégation de Lettres classiques. C'est à ce titre que les professeurs Stéphane Ratti, Paul-Marius Martin, Jean-Yves Guillaumin, Étienne Wolff ont uni leurs compétences afin d'offrir aux agrégatifs et à tous les latinistes un remarquable précis, Écrire l'Histoire à Rome, qui présente vie, style, vues, oeuvre et particularités de chacun de ces auteurs, puis propose un exemple de commentaire de texte. C'est intelligent, concis, indispensable.
Bernard Mineo suit une démarche parallèle, à un niveau nettement plus spécialisé, avec son remarquable et très complet Tite-Live et l'histoire de Rome. Outre les difficultés inhérentes aux lacunes d'un texte dont les deux tiers ne nous sont pas parvenus, Tite-Live obéit, pour autant qu'il soit possible d'en juger à travers les livres en notre possession, à une logique interne à plusieurs niveaux, complexe, ambitieuse, régissant aussi bien la construction de l'ouvrage que son contenu. Sa conception cyclique du destin de Rome incite le Padouan à distinguer des phases d'expansion, de croissance, liées aux qualités intrinsèques de la race latine, et des phases de crises mettant en péril l'existence de la romanité, liées aux défauts, non moins intrinsèques, de ces Romains tout aussi enclins que leurs voisins gaulois à s'entredéchirer, sans même l'excuse de passions barbares. Tout aussi cycliquement, de grands hommes, incarnations des vertus de ce peuple hors du commun, surgissent pour enrayer cette course à l'abîme et rouvrir les portes d'un avenir radieux. À l'heure où Tite-Live clôt son oeuvre, Auguste incarne ce dernier avatar de l'âme romaine, et il parie sur lui, comme le firent Horace ou Virgile. À cette différence près que Tite-Live semble être mort trop tôt pour avoir le temps de vérifier la justesse de ses intuitions, et constater les avantages qu'il supposait au Principat. Un ouvrage de spécialiste, mais remarquablement intéressant.
Panorama des auteurs
La grande originalité, et l'incontestable mérite, de Marie-Pierre Arnaud-Lindet et de son essai, Histoire et politique à Rome, les historiens romains, est de sortir des chemins balisés pour entraîner son lecteur à la découverte d'auteurs dont nous ne savons plus rien, ou presque, et proposer un catalogue quasi-exhaustif de l'historiographie romaine, d'expression latine ou grecque car Polybe, Denys d'Halicarnasse, Plutarque tiennent leur place dans cet exposé. Après avoir rappelé dans quelles circonstances l'on devenait historien à Rome, les conditions de publication d'un ouvrage, celles, plus délicates, de sa transmission, ce qui explique la perte irremplaçable de tant d'oeuvres, Mme Arnaud-Lindet resitue chacun dans son contexte, étudie l'évolution des écoles historiques, l'apparition des Annales, des Histoires, des Mémoires, de la biographie, rattache à chaque genre, période par période, les noms, à défaut des textes disparus, tout cela des origines à la chute de l'empire, sans oublier l'irruption du christianisme dans le tableau, avec les Actes des Martyrs. Une seule erreur de détail à lui imputer, qui lui fait confondre Lucius Calpurnius Bibulus, le beau-fils de Brutus et son biographe, avec son père, le consul Marcus Calpurnius Bibulus, piètre collègue de César en cette magistrature.
Retour aux textes
Mais pourquoi ne pas aller directement aux textes ? La collection "La véritable histoire de..." le permet, en proposant, dans de bonnes traductions, les principaux passages des différents historiens qui ont écrit sur les grandes figures de l'antiquité, grecque, sous couverture bleue, romaine, sous couverture rouge. En ce domaine, il faut signaler, parmi les dernières parutions, un Pompée de Claude Dupont et un Constantin de Pierre Maraval. L'intérêt de cette série est de regrouper et mettre à portée de main des écrits dispersés, parfois d'accès malaisé, qu'il faudrait sans cela aller collecter de manière aléatoire ici ou là, puis de les ordonner de façon chronologique, en proposant des transitions entre les passages et les auteurs. Le défaut, inhérent à l'entreprise, qui ne se veut pas un travail biographique, est de n'avoir aucun recul critique et de réduire le commentaire au strict minimum. Il appartient à chaque lecteur de tirer le meilleur de ces bases de données érudites, très complètes, qui dessinent des héros des portraits certes antiques mais disparates et parfois contradictoires.
Regard du XIXe siècle
Si les historiens de jadis ne furent pas à l'abri des reproches, ceux plus proches de nous ne le sont pas davantage, ce que démontre la réédition d'un livre oublié de Jules Michelet, son Histoire romaine. Écrit à partir du cours dispensé en 1829-1830 aux normaliens par un professeur de trente ans sur les origines de Rome et la République, cet ouvrage a les charmes de la jeunesse, et bon nombre des défauts de la maturité de son auteur, que la passion politique aveuglait jusqu'à lui faire approuver, dans son Histoire de France, les pires atrocités de la Terreur. Même jeune homme, Michelet a déjà un système auquel il s'accroche et dont il ne veut pas varier. Qu'il parle de la France ou de Rome, il écrit l'épopée du peuple, « le bon géant », et ne voit dans les « grands hommes que des nains » tentant de se faire passer pour des titans en se juchant sur les épaules de la foule. Le parti pris peut, d'emblée, agacer. D'ailleurs, le texte a vieilli, non par le style et l'art du récit - Michelet, qu'on l'aime ou pas, y était passé maître et le demeure - mais par l'apport de l'archéologie et de la recherche à notre connaissance du passé depuis bientôt deux siècles. Michelet le savait, qui s'était, déjà en 1866, et en vain, opposé à une réédition qui lui semblait inutile, voire nuisible. Toutefois, telle quelle, avec ses faiblesses et ses morceaux de bravoure, cette Histoire romaine constitue, outre un agréable moment de lecture, un intéressant témoignage sur la manière dont on appréhendait le monde romain voilà deux cents ans.
Passion communicative
Mais pourquoi m'en défendrais-je ? Il existe une autre façon d'écrire l'histoire de Rome à laquelle vont mes préférences, et c'est celle de Lucien Jerphagnon. En dépoussiérant avec une tendresse pleine de verve et de passion, voire un peu iconoclaste, les vieux manuels, le professeur Jerphagnon a rendu à bien des gens, et j'en fais partie, le goût de Rome et de la romanité. Avec lui, tout existe, bouge, le sublime et le ridicule se côtoient, comme les grandeurs et les bassesses ; les hommes, figés dans les parchemins et les bustes poussiéreux, retrouvent une vie qui les rend étonnamment proches de nous, pour le meilleur et pour le pire. Sa biographie, Julien dit l'Apostat, rééditée en format semi-poche, possède cette extraordinaire fraîcheur, cette intelligence, cette complicité avec le passé, cet humour qui rendent irrésistibles et séduisants tous ses livres. Jerphagnon aime Julien, intellectuel égaré dans une famille impériale où l'on s'entretue sans vergogne tout en se disant chrétien, et qui revient, par dégoût, au Soleil invaincu des ancêtres illyriens. Erreur manifeste car Julien, redevenu païen, est en fait un chrétien, et même un mystique, qui s'ignore et croit pouvoir transplanter les vertus du christianisme au sein d'un paganisme moribond incapable de les assimiler. Ce serait cocasse si ce n'était tragique à pleurer de pitié sur le destin gâché du jeune empereur. Il faut un talent hors du commun, et une immense érudition, pour rendre si présent, si actuel, ce tournant du IVe siècle, et donner un livre qui, chose devenue trop rare parmi les universitaires, se lit comme le plus palpitant des romans.
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 7 au 20 juillet 2011
✓ Stéphane Ratti : Écrire l'histoire à Rome, Les Belles Lettres, 385 p., 19 €.
✓ Bernard Mineo : Tite-Live et l'histoire de Rome, Klincksieck, 375 p., 33 €.
✓ Marie-Pierre Arnaud-Lindet : Histoire et politique à Rome, Presse Pocket, 440 p., 10,30 €.
✓ Claude Dupont : La Véritable Histoire de Pompée, Les Belles Lettres, 210 p., 13 €.
✓ Pierre Maraval : La Véritable Histoire de Constantin, Les Belles Lettres, 200 p., 13 €.
✓ Jules Michelet : Histoire romaine, Les Belles Lettres, 635 p., 29 €.
✓ Lucien Jerphagnon, Julien dit l'Apostat, Tallandier, 355 p., 10 €.

Les combattants de Verdun (1916) Première Guerre Mondiale


jeudi 1 novembre 2012

La Guerre Froide - Les Camarades 1917 1945


1er novembre 1954 : «Toussaint rouge» en Algérie

Le 1er novembre 1954, en Algérie, le FLN (Front de libération nationale) fait sa première apparition publique et commet plusieurs dizaines d’attentats : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée, attaques de militaires et de civils, européens et musulmans, qui font dix victimes. C’est la « Toussaint rouge ».

« Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement. C’est la Constitution et c’est notre volonté ». (François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, 12 novembre 1954)
On compte au total dix morts. Les deux premières victimes, assassinées la veille de la Toussaint, sont deux Français d’Algérie : un chauffeur de taxi de confession juive, Georges-Samuel Azoulay et Laurent François, libéré depuis 6 mois du service militaire. Les autres victimes l’agent forestier François Braun, l’agent de police Haroun Ahmed Ben Amar et quatre appelés : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet, tués en pleine nuit dans le poste de Batna, dans le massif des Aurès, ainsi qu’André Marquet et le lieutenant Darneaud. Sont également tués le caïd Ben Hadj Sadok et Guy Monnerot, qui voyageaient ensemble.
La mort de ce dernier émeut plus particulièrement l’opinion. Ce jeune instituteur est venu de la métropole avec son épouse pour instruire les enfants du bled. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au caïd Hadj Sadok. Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme Jeanine survivra à ses blessures.
Les meurtriers des deux Français auraient enfreint l’ordre de ne tuer que le caïd, membre de l’élite musulmane francophile. Ils auraient été plus tard sanctionnés par leurs chefs.
Le ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, promet de mettre tout en oeuvre pour arrêter les «hors la loi». […]