vendredi 29 décembre 2023

Le Moyen Âge européen, période de progrès

 Entrevue avec Christian Feyerabend, historien et réalisateur de films

Les temps modernes semblent avoir oublié ce qu’ils doivent au Moyen Âge. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux pour qui la période comprise entre l’Antiquité et les temps modernes est synonyme de ténèbres et de barbarie. Mise au point.
Le Moyen Âge est souvent associé à l’obscurantisme. Monsieur Feyerabend, vous réfutez ce préjugé dans un de vos films « Voyage au temps des ténèbres » (2004). Quelles ont été les principales découvertes et innovations faites au Moyen Âge qui perdurent encore aujourd’hui ?

Commençons par des choses toutes simples : tout à l’heure, je suis allé vider ma boîte aux lettres ; j’y ai trouvé un extrait de compte sur lequel figuraient les termes « crédit, débit, et Girokonto (compte courant en allemand) ». Notre système bancaire moderne, les transactions financières et le commerce sont encore marqués par un grand nombre d’innovations lancées au Moyen Âge essentiellement dans les villes commerçantes du nord de l’Italie, telles Gênes et Venise. Ce qui explique pourquoi de nombreux termes bancaires sont d’origine italienne. Prenons par exemple « Banco » qui vient du mot table en italien, table sur laquelle l’argent était échangé. « Giro » signifie que l’argent effectue un mouvement circulaire.
Cela me fascine de voir que tant de choses datent du Moyen Âge, comme les instruments de mesure du temps, puisque c’est à cette époque qu’ont été inventées les premières horloges mécaniques. Presque toutes les villes d’Europe ont été fondées au Moyen Âge, exceptées quelques cités datant de l’époque romaine. De même, la pensée scientifique s’est développée au Moyen Âge. Sans oublier l’esprit européen : en effet, l’Europe s’est formée au Moyen Âge, après le déclin de l’Empire romain.
Avant la création des universités, les monastères étaient les cénacles scientifiques de l’Europe. Dans quelle mesure ont-ils été un moteur d’innovation ?
Ils l’ont été à de multiples égards. Cela tient également au fait qu’après le déclin de l’Empire romain, il n’existait plus d’organisation centralisatrice, hormis l’Eglise. Les monastères ont alors joué un rôle déterminant, notamment grâce au latin, la langue liturgique qui s’est imposée en tant que langue commune. Le latin était parlé du Portugal à la Lettonie, de la Sicile à l’Ecosse. Par ailleurs, les monastères détenaient le savoir de l’Antiquité. Les moines étudiaient les théories d’Aristote, de Platon, et des autres scientifiques de l’Antiquité. Comme l’imprimerie n’existait pas encore à cette époque, il leur fallait tout recopier, ce qui les obligeait à se pencher de très près sur les sciences.
Et les moines ont-ils fait progresser les sciences ?
Oui, parce qu’ils étudiaient les sciences. Notre film illustre très bien ce propos à partir de manuscrits anciens : les moines recopiaient les écrits d’Aristote et ajoutaient leurs commentaires. Ils étudiaient le savoir et les connaissances de l’Antiquité, les vérifiaient et en tiraient leurs propres conclusions. Le rationalisme, qui est né en Europe, vient de la scolastique. Il faut également noter qu’à cette époque, le Nord et l’Est de l’Europe en particulier étaient recouverts de forêts, à l’exception des cités antiques. Puis les monastères ont aménagé des champs, se révélant des pionniers de l’agriculture ; ils ont pratiqué la viticulture, la production fruitière et la distillation, apprise des Arabes. C’est pourquoi les bières brassées dans les monastères sont aujourd’hui encore les meilleures.
Un grand nombre d’innovations techniques – notamment dans le domaine de l’agriculture – étaient déjà connues en partie à l’époque des Romains, comme les moulins à eau. Pourquoi ces moulins à eau se sont-ils généralisés au Moyen Âge et quelle importance ont-ils alors revêtu dans l’économie en général ?
Il est un fait que les Romains disposaient déjà de moulins à eau, mais ils ne dépendaient pas tellement de cette technique. Au Moyen Âge, en revanche, comme il n’y avait plus d’esclaves, la main-d’œuvre coûtait cher. De plus, la révolution agraire a entraîné beaucoup d’excédents agricoles qu’il fallait bien transformer, d’où l’utilisation et le perfectionnement des moulins à eau, tout comme des moulins à vent qui nous venaient des Arabes. Les moulins ne se prêtaient pas seulement à la transformation des céréales, ils ont aussi été mis à profit par les premières industries. Jusqu’à l’invention de la machine à vapeur, tout fonctionnait à l’énergie éolienne et hydraulique, notamment les forges à marteaux-pilons. Les moulins servaient aussi au drain pour les mines. Aujourd’hui, les historiens disent même que la première révolution industrielle, que nous associons toujours au XIXe siècle, a en fait déjà eu lieu au Moyen Âge.
Dans quelle mesure le Moyen Âge portait-il les germes de l’Europe moderne ?
Quand on se réfère au Moyen Âge, on dit toujours que c’est la période de la naissance véritable de l’Europe. Il est un fait qu’une grande partie de ce qui constitue aujourd’hui notre patrimoine nous vient du Moyen Âge. Cela est dû au fait que les différentes nations, à savoir l’Espagne, la France, l’Empire germanique ou encore l’Angleterre, se sont constituées après le déclin de l’Empire romain. Cela tient également au fait qu’il y avait une langue unique en raison de la religion. A cela s’ajoute le sentiment d’appartenir à une même communauté, d’être des Européens. Il y avait des valeurs fondamentales communes, qui perdurent encore aujourd’hui. Et les fondements de cette Europe, à savoir les droits de l’Homme et la dignité humaine, sont antérieures au Siècle des Lumières.
Peut-on vraiment dire que l’idée des droits de l’Homme a émergé au Moyen Âge ?
Parler de droits de l’Homme serait peut-être excessif. Je préfère parler de dignité humaine. L’Antiquité a toujours établi une distinction entre les personnes jouissant de droits civiques et celles qui étaient considérées comme des objets, en l’occurrence les esclaves qui n’avaient aucun droit. Au Moyen Âge, le christianisme a aboli cette distinction et accordé la même dignité à tous. Ce principe est devenu un des fondements de l’Europe.
Source : arte.tv (via Naïf)

https://www.fdesouche.com/2009/02/09/le-moyen-age-europeen-periode-de-progres/

Sparte, cité des arts, des armes et des lois, avec Nicolas Richer

jeudi 28 décembre 2023

Une (très) brève histoire de la « mondialisation »

 

« Mondialisation », quésaco?

Le terme « mondialisation » est devenu très populaire pendant les années 1990 à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique et de la fin de la Guerre Froide. Le démantèlement de l’Union Soviétique, dont le nom officiel était Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), a commencé par un soulèvement populaire qui visait la destruction du Mur de Berlin. Cette fissure dans la séparation existant alors entre l’Ouest et l’Est se répandit vite jusqu’à la perte du pouvoir soviétique en Europe de l’Est, puis à la chute de l’Union Soviétique elle-même. Dotée d’à peu près la moitié du poids économique de l’URSS et de sa superficie, la Fédération de Russie a émergé de cet effondrement pour conserver le siège permanent de l’Union Soviétique au Conseil de Sécurité de l’ONU.

La chute de la superpuissance soviétique a semblé ouvrir la voie vers un régime universel de capitalisme mondial. La compétition entre le communisme emmené par les Soviétiques et le capitalisme emmené par les USA avait constitué le cœur des antagonismes planétaires pendant la Guerre Froide, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. Entre 1917 et 1991, la durée de vie de l’URSS, le Marxisme soviétique s’était présenté comme l’antidote communiste aux inégalités les plus criantes du capitalisme.

L’effondrement de l’Empire Soviétique se déroulant alors sous nos propres yeux, Francis Fukuyama proclama triomphalement la Fin de l’Histoire en 1992. Avec la chute de l’état soviétique, un énorme obstacle avait apparemment été éliminé sur la route du capitalisme vers l’hégémonie mondiale. Fukuyama anticipa les changements à venir par l’institution d’un système cordonné de gouvernance mondiale. L’avenir idéalisé de Fukuyama dans ce qu’il appelait la destination finale de l’histoire devait, en réalité, impliquer le règne de banques usurières, d’entreprises multinationales et de forces de police, de marionnettes médiatiques, de profiteurs de guerre, de dealers de drogue et de sbires technocratiques.

À l’époque, en fonction de son impact et du sens qu’il voulait revêtir, le concept de Fin de l’Histoire devint étroitement associé aux idées populaires concernant la « mondialisation ». Le terme « mondialisation » est devenu un nom de code constamment répété par des think-tanks de premier plan, de puissantes associations d’entrepreneurs et leurs médias clients. La « mondialisation » était le terme primaire employé pour promouvoir l’objectif d’universalisation du capitalisme et de fortification du système dominant de relations de pouvoir que le capitalisme anime et édifie. À l’ère de la mondialisation, ces structures naguère décrites comme des entreprises multinationales ou transnationales pouvaient grandir et devenir véritablement des corporations planétaires.

Aucun état communiste, se disait-on, n’allait plus se dresser sur le chemin de la mondialisation d’un système unique de relations matérielles. Pour la première fois dans l’histoire, tous les peuples du monde, tous les produits et toutes les ressources pouvaient concrètement être considérées comme les composantes d’une matrice universelle de valeur monétaire interchangeable.

La destruction du Mur de Berlin et le morcellement de l’Union Soviétique semblaient signifier que le règne du capital allait indéfiniment devenir le facteur déterminant prévalant dans les interactions humaines. Des entités supérieures aux états jadis souverains allaient prendre le contrôle de la gouvernance de la propriété privée, de la banque, de l’établissement des entreprises, du règlement des crédits et des dettes ainsi que de la création monétaire. Les nouvelles agences supranationales seraient dotées de pouvoirs en abondance afin de créer, de faire appliquer et d’arbitrer un cadre universalisé pour le mouvement et la protection du capital à l’échelle mondiale.

L’Organisation Mondiale du Commerce fut créée en 1995 afin d’aider à gouverner et à superviser l’extension du capitalisme à des proportions planétaires. En 1999 lors d’une réunion de l’OMC à Seattle, de nombreux activistes se rassemblèrent pour protester contre l’élitisme et le secret qu’incarnaient cette nouvelle organisation. Réunissant un vaste éventail de revendications, depuis des ouvriers syndicalistes à des écologistes, les manifestants condamnèrent la nature non-démocratique du projet d’universalisation du capitalisme – de mondialisation du capitalisme.

Leur reproche essentiel était que l’approche de l’OMC vis-à-vis de la mondialisation allait dispenser davantage de privilèges aux fractions les plus riches et les plus puissantes de la société, tout en suscitant des désavantages pour ceux qui vivent dans les strates moyennes et basses du bien-être, de la sécurité et du pouvoir économique. Le niveau actuel d’inégalité économique dans le monde continue d’être obscènement injuste. Une récente étude de l’organisation Oxfam a démontré que les 62 individus les plus matériellement riches du monde possédaient davantage de moyens financiers que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, c’est-à-dire 3,6 milliards de personnes.

La répartition des biens et des devoirs au sein de la communauté planétaire se projette dans les formes contemporaines d’asservissement par la dette, dérivées de l’injustice vieille de plusieurs générations de domination impériale et d’assujettissement colonial. Les vols des terres de peuples indigènes et le vol inhérent à l’esclavagisme ne forment qu’une partie de la kleptocratie qui imbibe les processus d’accumulation de capital toujours d’actualité. Dans un système où la finance autorise des banques centrales privées à créer la monnaie par l’émission de crédit, l’accumulation perpétuelle de dettes condamne l’écrasante majorité de l’humanité à l’austérité. La plupart des contribuables doivent supporter le poids d’une dette qui n’en finit pas d’enfler, encourue à la fois personnellement et en tant que citoyens de nationalités endettées.

Au fil de la controverse entourant la « mondialisation », des nuances descriptives ont commencé à émerger si bien que l’on voyait des adjectifs être attachés au mot contesté. De plus en plus, des phrases comme « mondialisation impériale », « mondialisation anti-impériale » ou « mondialisation écologique » étaient employées pour décrire des visions différentes de l’économie politique à l’intérieur d’un cadre qui recouvrait toute la planète.

Cette évolution dans les nuances pour identifier des types de mondialisation différente aide à clarifier le fait qu’il n’y a aucun usage universellement accepté du terme « mondialisation ». La mondialisation doit-elle être programmée et régulée? Quelles sortes de nouvelles confédérations de peuples variés est-il possible d’envisager? Quelles espèces de corps représentatifs peuvent être créés? Quelles nouvelles sortes de nouvelles institutions faut-il établir pour que prévale la règle du droit, plutôt que le règne de la violence débridée telle qu’elle est mise en évidence par le militarisme sans retenue des guerres d’agression? De quelles sortes d’agences d’application de la loi y a-t-il besoin, afin que les droits humains des peuples bénéficient de garanties au moins équivalentes aux protections présentement fournies par les forces de police à la propriété et au mouvement des biens et du capital?

Les possibilités sont inépuisables. La mondialisation n’est pas une chose cohérente dont les gens peuvent dire qu’ils sont pour, ou contre. Il existe de nombreuses versions différentes de la mondialisation. La mondialisation est un processus de transformation historique. Il a revêtu de multiples formes dans le passé, tout comme la poursuite de ce même processus prendra de nombreuses formes à l’avenir. La mondialisation implique des transformations dans les relations entre les êtres humains et le reste de la nature qui se déploient au niveau local, régional et mondial.

La manifestation populaire contre l’OMC eut lieu en 1999. Ce pugilat public à propos du futur de la mondialisation a reçu le nom de Bataille de Seattle. La couverture médiatique mondiale, étant donné le spectacle en direct dans les rues d’un conflit global, aida à rendre le mot « mondialisation » politique. Les conflits autour de l’avenir mondial ont reflété les antagonismes concernant le sens donné au mot « mondialisation ». Le débat sur la sémantique du mot « mondialisation » est doté de répercussions importantes, pour notre époque et notre situation présente. Au départ, ceux qui critiquaient l’agenda de transformation de la gouvernance mondiale au service des branches les plus riches et puissantes de la société ont été étiquetés comme les défenseurs de « l’anti-mondialisation ».

 
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Cette définition d’activiste « anti-mondialisation » n’a aucun sens. La désignation de ceux qui critiquaient l’OMC et les agences assimilées comme des défenseurs d’une « anti-mondialisation » échoue à rendre compte du fait que les manifestants aspiraient dans leur ensemble à des formes plus démocratiques et écologiques de la mondialisation. Ses membres n’ont pas proposé une quelconque forme de rejet de la mondialisation. Quel sens y aurait-il à s’opposer à la mondialisation tandis que l’humanité toute entière, ainsi que nos cousins des règnes végétaux et animaux partageons tous avec une évidence si flagrante une sphère dans les cieux, à laquelle nous faisons parfois référence sous le nom de Terre? Nous partageons tous la même planète. Donc nous sommes tous, d’une certaine manière, des mondialistes.

Il existe de nombreuses manières d’envisager l’avenir de notre globe, et beaucoup de façons de négocier et de prioriser les objectifs désirés du changement mondial. Une fois que les objectifs primaires ont été établis, il y a de nombreuses routes pour avancer vers des objectifs et des idéaux partagés. Où que nous allions, le terme « mondialisation » a pénétré dans le langage pour devenir le centre d’une discussion politique, de débats et de contestations considérables. Les enjeux sont élevés dans ce débat. Ils concernent beaucoup plus qu’une simple discussion sur l’usage du langage ou l’abus de celui-ci. Ce qui se joue, c’est le genre de monde que nous allons léguer à notre postérité, et même à sept générations d’ici dans le temps.

D’Al-Andalus au Quart Monde

Bien que le terme « mondialisation » soit récent, les processus d’interaction humaine qu’il décrit sont très anciens. La connaissance de la sphéricité de notre foyer partagé était largement répandue parmi les classes éduquées, longtemps avant que Christophe Colomb se soit engagé à prouver que la Terre est ronde en 1492. En Grèce pendant l’Antiquité, Pythagore avait avancé le postulat de la sphéricité de la Terre aussi tôt qu’au sixième siècle avant l’ère chrétienne.

Au neuvième siècle de notre ère l’érudit perse musulman, al-Biruni, se servit d’une combinaison de géométrie, d’algèbre et de trigonométrie pour calculer avec une grande précision la taille réelle de la Terre sphérique. Les nombreux accomplissements scientifiques et littéraires d’al-Biruni faisaient partie de l’essor majeur d’accomplissements intellectuels ayant accompagné l’expansion rapide de l’Islam, en particulier pendant le 8ème et le 9ème siècle.

 

 

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Cette transformation géopolitique couvrait un vaste territoire s’étendant de l’Espagne actuelle à l’Afrique du Nord et jusqu’en Arabie, au Levant ainsi qu’en Perse et au Pakistan. Accompagnant cet essor de l’empire islamique, une révolution scientifique et intellectuelle mena à d’importantes percées en mathématiques, en astronomie, en architecture et en médecine notamment, ainsi que dans tous les domaines d’expression artistique.

Cette ère est parfois remémorée comme l’Âge d’Or de la quête islamique de la connaissance. Dans cette quête de la compréhension, l’identification de principes universels inscrits dans les lois de la nature était particulièrement révérée. Sous la supervision des dirigeants des Omeyyades et ensuite des califats des Abbassides, ce phénomène d’intégration impériale de grands pans de la famille humaine donna lieu à un interlude important dans l’histoire de la mondialisation. Avec un accent mis sur la promotion de la collégialité, de la traduction ainsi que sur l’accumulation et l’étude systémique de textes érudits réunis depuis toutes les parties du monde connu, les sages et les savants travaillèrent en collaboration pour repousser les frontières de la connaissance dans de grands centres d’apprentissage lourdement subventionnés comme Bagdad et Cordoue.

Le califat islamique d’Al-Andalus, dans la Péninsule Ibérique, est devenu un site majeur de collaboration entre intellectuels juifs, chrétiens et musulmans. Leurs percées sur de nombreux fronts scientifiques, technologiques et artistiques, y compris en ramenant à la connaissance de l’époque beaucoup de travaux érudits de l’Antiquité, en particulier de la Grèce et de la Rome antiques, ont aidé à poser les fondations de la Renaissance en Europe.

Cette période d’interaction éclairée s’avéra toutefois de courte durée. L’essor du Vatican lié aux Croisades de la Chrétienté, orientées contre le contrôle musulman sur Jérusalem et la Terre Sainte environnante, a contribué à la « Reconquista » au nord du Détroit de Gibraltar. Le dernier califat hispanique de Grenade est tombé aux mains des soldats de la Chrétienté en 1492, la même année où Christophe Colomb accomplissait son voyage transformateur du monde vers l’Hémisphère Occidental.

La Reconquista de la Péninsule Ibérique, où sont aujourd’hui situés l’Espagne et le Portugal, a inclus dans sa réalité la sévérité croissante de l’Inquisition et de ses persécutions sanglantes « d’hérétiques » présumés. Galilée fut l’un de ceux à se voir condamnés par les Inquisiteurs chargés de préserver l’orthodoxie Catholique Romaine. Le crime qui lui était reproché était d’avoir publié ses découvertes, réalisées à partir de recherches effectuées avec un télescope en 1633. Il croyait que son examen attentif des corps célestes en mouvement démontrait que Copernic avait raison dans sa thèse antérieure selon laquelle le Soleil, et non la Terre, est le centre fixe de notre système planétaire en révolution. La Terre n’est pas le centre de l’Univers.

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Explorer les cimes de la littérature avec Christopher Gérard

 

Explorer les cimes de la littérature avec Christopher Gérard
 

Christopher Gérard fait partie de ces esthètes qui placent la littérature au plus haut, au sommet de leurs préoccupations et de leurs affections. Il ne se contente pas de lire, il dialogue avec les auteurs et se nourrit avidement de leur prose pour meubler son imaginaire et consolider sa vision du monde. Hommage d'un écrivain à ses pairs, son dernier ouvrage Les Nobles Voyageurs, aux éditions de la Nouvelle Librairie, est une invitation à suivre ses pas pour le plus extraordinaire des voyages immobiles.

Christopher Gérard est un homme de goût. Ce dandy païen ne se contente pas de l’élégance de ses célèbres costumes trois-pièces sur mesure et consacre une certaine idée de la littérature dans ses textes. Il vient de publier aux éditions de la Nouvelle Librairie un recueil de notes de lecture Les Nobles Voyageurs, au programme, éloge du style, de la liberté et de la littérature européenne.

Paru initialement sous le nom de Quolibets aux éditions L’Age d’Homme il y a dix ans, ce carnet de lectures comportait soixante-huit entrées, il en est composé dorénavant de cent vingt-deux. Cette encyclopédie contient des portraits et des notes publiés ci et là (Livr’Arbitres, Service Littéraire, blog Archaïon) dans lesquels le lecteur-auteur chante le talent des écrivains qu’il admire. Le lecteur n’y trouvera pas les « stars » de la littérature francophone mais un panthéon d’irréguliers, Les Nobles Voyageurs est constitué par les goûts de Christopher Gérard, en totale subjectivité. Il célèbre leur œuvre avec justesse et énergie sans verser dans l’éloge convenu.

Ce bruxellois natif de New York consacre une partie de son journal à ses compatriotes belges, en rendant hommage à ses maitres Robert Poulet et Pol Vandromme, mais sa patrie est l’Europe. Attaché à la mémoire européenne, il dialogue avec ses confrères écrivains, bien connus des lecteurs de la revue Eléments, antidotes à la négation de notre héritage européen : Ernst Jünger, Dominique Venner, Alain de Benoist, Michel Déon ou Jean Mabire – pour n’en citer que quelques-uns.

La relève contemporaine

Ce qui fait la particularité et l’immense intérêt de ce journal de lectures c’est qu’il laisse une très large part aux écrivains contemporains. On y retrouve les plumes talentueuses, vaillantes, courageuses de l’immense styliste Patrice Jean, du maître du polar rural Pierrick Guittaut, de l’hénaurme Olivier Maulin, du polémiste de race Bruno Lafourcade, ou encore du chroniqueur de notre modernité finissante Thomas Clavel. Virtuoses de la narration, stylistes impeccables, orfèvres du maniement de l’humour et de l’ironie, ils ont choisi le camp de la liberté, à contre-courant de la mièvrerie actuelle. Ils sont aujourd’hui les hérauts d’une littérature francophone plus que jamais vivante, dont assurément Christopher Gérard fait partie.

On ne saurait que trop recommander à nos lecteurs de se laisser entrainer dans la bibliothèque de Christopher Gérard, de flâner dans cette promenade littéraire roborative et passionnante et de découvrir l’ordre des nobles voyageurs.

Un cataclysme dont la chaudière climatique n’est pas capable ; une météo exécrable depuis 5000 ans

 Ainsi, une Société des Nations promise au même succès que celle d’Aristide Briand vient-elle de célébrer en grandes pompes le 28ème consensus entre les climato-prédateurs de KWh prohibés et leurs proies vivant de productions énergétiques que l’humanité est enjointe de ne plus consommer. Il y a naturellement belle lurette que, en la circonstance, plus personne ne s’interroge sur les biens fondés scientifique, économique et social d’un tropisme civilisationnel prétendument auto imposé, sans précédent dans l’histoire du genre humain.

Avertissement : dans le développement suivant, traduire 10E12 par 10 puissance 12

L’accord d’une COP 28 bien décidée à tripler les capacités en énergies renouvelables d'ici à 2030 (1) marque le début de la fin de l’ère des combustibles fossiles (2)
On aura compris que la feuille de route est avant tout destinée à une consciencieuse Europe que l’improbable malthusianisme prométhéen est pourtant en voie de ruiner plus sûrement que tous les impérialismes, wokismes et autres islamismes réunis. En guère plus de 30 ans, le nouveau millénarisme est en effet parvenu à convaincre les populations du vieux continent que l’humanité doit et peut remettre le climat de la planète sur le droit chemin des années 1910 à 1940 au moyen d’une ascèse énergétique sévère et de sobriétés en tout genre. Or, ces citoyens devenus des fidèles dont plus rien ne peut atteindre la foi – pas plus le vertigineux décalage d’échelle entre la puissance de leurs outils et l’incommensurable énergie requise par l’Armageddon que celui en résultant entre leurs moyens financiers et les besoins requis par la surréaliste guerre – ne voient même pas qu’Américains, Chinois, Russes, Indiens et autres pays du Golfe font semblant d’être des leurs pour mieux subordonner l’UE aux mécanismes économiques dont ils tiennent désormais les principaux leviers. 

La rationalité jusqu’ici au pouvoir sur notre vieux continent faisait que, en l’absence de démonstration théorique et/ou mathématique imparable, la validation provisoirement officielle de tout constat scientifique impossible à reproduire en labo à l’échelle requise devait au moins reposer sur une approche empirique, quantifiée, qualifiée, la plus large et la plus représentative possible des phénomènes en découlant, avant d’ouvrir imprudemment le champ des applications. Le moins qu’on puisse dire est que le déferlement incontrôlé des prophylaxies et des préventions de toute nature envahissant aujourd’hui la vie économique et sociale de nos pays s’est assis sur une aussi sage prescription.
C’est pourquoi nombre de Français sont plus que jamais en droit d’exiger de leurs gouvernants qu’ils se plient à cette dernière, quand conditions et niveaux de vie sont autant altérées par un foisonnement de lois et de règlements relevant davantage de l’arbitraire partisan et électoral que de l’approche sobrement rationnelle de problèmes réduits à leurs impacts environnementaux. Animés par cette volonté, certains de ces Français sont donc fondés à revendiquer comme suit la mesure par défaut du péril réputé justifier contre lui la mobilisation d’une part démesurée du PIB mondial.
Ceux-là commencent, par exemple, par attitrer l’attention de leurs concitoyens sur le fait qu’il faudrait concentrer sur les seuls océans toute l’énergie solaire reçue par la planète, pour parvenir en 6 ans à élever la température de ceux-ci de 1 °C ; et encore, en négligeant ce que les innombrables cycles eau-vapeur induits provoqueraient en transferts de chaleurs entre océans et atmosphère, durant tout ce temps.

Ils invitent également à prendre conscience de la gageure consistant à prétendre gérer rigoureusement et durablement le CO2 planétaire et son précurseur, le carbone, quand on sait que, avec 3,5×10E13 tonnes, l’atmosphère et les océans recèlent 24 fois plus de carbone que les réserves mondiales de pétrole, de charbon et de gaz naturel converties en équivalent charbon à hauteur de 1, 44 × 10E12 tonnes.
Vient ensuite la petite étude ci-après empruntée au manuscrit d’un ouvrage inachevé et probablement encore à publier. Éminent mathématicien doté d’une grande d’érudition, son auteur a longtemps fait briller une excellence reconnue de l’école française que des décennies de collège unique, de discrimination positive et de compromis politico sélectifs en tout genre ont anéantie. 

La fonte de l’Antarctique n’est pas pour demain, ni même pour après-demain

On le démontre aisément à partir de l’évaluation de l’énergie nécessaire à faire fondre la glace de ce continent.
Le volume actuel de neige et de glace qui y est tassé peut être évalué à 35 × 10E6 km3, soit à 35 × 10E19 litres, et, en tenant compte d’une masse volumique de l’eau de 0,917 Kg/l, de 3,2095×10E19 Kg.

Pour couper court à toute controverse, on suppose cette énorme masse de glace à la température très arrangeante de 0°C. La chaleur latente de la glace étant de 79,72 Kcal par Kg, on porte cette valeur à 84,72 Kcal pour rendre sa fonte irréversible et, ainsi, être sûr d’amener l’eau à 4°C. À l’aide d’une simple multiplication on obtient ensuite l’énergie calorifique nécessaire à cette fonte :

Soit  Ecal = 2,6869934×10E21 Kcal

Une formule empirique de conversion facile à reconstituer et sur laquelle il est inutile de s’appesantir ici nous donne l’équivalent en TEP (tonnes équivalent pétrole) ci-après, soit Etep =2,618391541×10E14 tep

Où va-t-on trouver une telle énergie ? sûrement pas dans l’atmosphère, quand les températures moyennes les plus clémentes relevées dans l’Antarctique tournent autour de −10 °C, malgré quelques pointes estivales observées de temps en temps, comme en 1922, dans les zones subpolaires, de mi-juin à mi-juillet, entre 15 et 20 °C ; sans oublier que les records de froid de ces dernières années ont été relevés dans la grande masse du plateau central antarctique.
Voyons du côté d’un soleil réputé si prodigue en énergie pour les pionniers d’une transition parait-il dans l’ordre des choses. À l’intérieur des cercles polaires arctique et antarctique, le rayonnement solaire au sol est d’une puissance moyenne d’au plus 100 Watts par m2, mais dans cet Antarctique tout blanc l’albedo est de 0,8. Par conséquent, seulement 20 % de ces 100 Watts (0,1 KW) peuvent chauffer la glace. Pour éviter toute polémique, supposons un ensoleillement annuel à 4000 heures, hypothèse à nouveau volontairement majorante.
Avec une superficie du continent antarctique de 1,4×10E13 m2, la puissance solaire ainsi obtenue annuellement est de : 1,4×10E13 × 0,2 × 0,1 × 4000 = 1,12 × 10E15 KWh, soit, après conversion en TEP :
Esol = 9, 384396 × 10E10 tep

En faisant le rapport Etep/Esol, on se rend aisément compte que le soleil ne peut fournir chaque année à l’Antarctique que le 1/279015 ème d’énergie nécessaire à le faire fondre. En d’autres termes, à supposer que toute l’énergie solaire parvenue au sol de ce continent ne serve qu’à faire fondre ses glaces et sa neige, il faudrait 279015 années pour le faire disparaître, en ne comptant que sur cette énergie.
Un calcul analogue à celui qui précède arrive à la conclusion que, chaque année, le soleil n’est capable de faire fondre qu’une centaine de km3, tout au plus, des glaces de l’Antarctique pour produire une eau 4 °C. À comparer, au passage, avec un débit de l’Amazone à 209000 m3/seconde à son embouchure…

Tout esprit éveillé ne peut donc qu’être interloqué par l’alarmisme d’assertions couramment rapportées sur internet, selon lesquelles, par exemple, les glaciers antarctiques perdraient actuellement 65 millions de tonnes d’eau par an. Si cette assertion émanait réellement de scientifiques, leur dire d’urgence que, si l’Antarctique perd de l’eau chaque année, il en gagne aussi en précipitations certes plus faibles qu’au Sahara, mais de l’ordre de 100 mm par an en moyenne. Admettons que ces précipitations forcément neigeuses apportent 10 mm d’eau se transformant aussitôt en glace.
Sur les 14 millions de km 2 d’un territoire sans cours d’eau, grand comme 1,5 fois le Canada et recelant 90 % des réserves d’eau douce de la planète, l’apport annuel en eau transformée en neige gelée persistante est ainsi de 1 cm. Le calcul est vite fait : cet apport ne représente pas moins de 140 milliards de mètres cubes d’eau, soit deux mille cent cinquante quatre fois le poids des 65 millions de tonnes d’eau réputées perdues chaque année ! Autrement dit, l’Antarctique gagne chaque année 140 milliards de tonnes d’eau auxquelles retrancher 65 millions de tonnes.

Bref, il suffit de lire le récit de Laurence de La Ferrière, « Seule dans le vent des glaces », pour se faire une idée des immenses difficultés rencontrées par les expéditions scientifiques en Antarctique se proposant de rendre leurs études et leurs conclusions à toute épreuve, à tout le moins de les faire correctement aboutir. On en déduit sans peine que l’alarmisme climatique ambiant n’est pas sérieux, au moins pour ce qui concerne le pôle Sud.

Un cycle climatique échappant à l’entendement commun

Ce cycle affecte durement et on ne peut plus naturellement certaines populations du Moyen Orient depuis plusieurs millénaires, sans pour autant en avoir provoqué la disparition ou la migration.

Tout le monde connaît les célèbres paramètres de Milankovitch. Ce que le grand public connaît moins du génial scientifique c’est le remarquable modèle qu’il conçut à partir de ces paramètres et des connaissances d’avant 1920 lui ayant permis de décrire les quelque sept ou huit grandes glaciations du quaternaire. Ce faisant, il est allé jusqu’à étudier les effets des vents de la planète sur la distribution des grands courants permanents : alizés des zones intertropicales, vents d’ouest des régions tempérées, calmes équatoriaux, vortex polaires. Ainsi, son travail le plus magistral et le plus ignoré en la matière est-il certainement l’étude de l’intensité de moussons asiatiques dans l’Océan Indien ayant des répercussions sur le climat d’un Yémen géographique couvrant grossièrement la moitié Sud de la péninsule arabique.
La mousson principale naît de l’évaporation intense de l’Océan Indien durant l’été austral – de janvier à mars – dans une zone maritime de plusieurs millions de km2 baignant La Réunion, l’île Maurice, Madagascar et quelques îles à l’est du bloc continental africain allant du Cap à l’équateur, en passant par le canal du Mozambique. Cette évaporation produit des masses considérables d’air humide que les vents dominants remontent le long de la côte africaine orientale jusqu’au sud des monts Hadramaout, la barrière méridionale de la péninsule arabique culminant à 4000 m d’altitude et mesurant plus de 2000 Km de long. Cette barrière dévie les masses d’air humide vers l’est où, dès avril-mai, elles vont copieusement arroser l’ouest de l’Inde, toute l’Asie du sud-est, l’Indonésie, Java, Sumatra et jusqu’à la Papouasie, Bali, etc. Le déluge dure plusieurs mois sans baisse de température, les lieux étant pour l’essentiel des zones pré-tropicales et tropicales.

Milankovitch est parvenu à établir que l’intensité de ces moussons diluviennes a une périodicité de 8000 ans. Lorsque cette intensité est forte, ce qu’on observe durant les 3 à 4000 premières années, la mousson est si puissante qu’elle déborde la barrière des monts Hadramaout et arrose copieusement le Yémen géographique. Cette saison des pluies fait alors de ce dernier un jardin luxuriant où pousse une végétation abondante de type tropical, bien arrosé et doté d’un réseau hydrographique naturel riche en lacs, fleuves et rivières pourvues d’une halieutique riche et variée. Cette période bénie des dieux marqua profondément l’inconscient collectif de ses contemporains, au point que l’actuelle légende de « l’Arabie Heureuse » trouve probablement là son origine. Bien que, peu à peu fossilisé, l’impact de cette époque faste dans l’inconscient collectif des autochtones a traversé le temps pour ne subsister aujourd’hui que sous la forme d’une légende d’autant plus cruelle que les territoires concernés sont aujourd’hui l’un des déserts les plus arides du monde.
Ladite période bénie a donc duré environ 3000 ans : mille ans de croissance des précipitations, jusqu’à atteindre un maximum, suivis de la décroissance des pluies pendant mille ans, pour arriver progressivement à la période sèche qui dure environ 5000 ans, faisant des contrées paradisiaques le désert impitoyable que nous connaissons aujourd’hui.
Après les travaux de Milankovitch, des fouilles archéologiques furent entreprises dans ce Yémen géographique, qui comblèrent les attentes les plus folles. Des villes entières furent exhumées, dont la plus importante M’aariv où avaient dû résider 100 000 habitants au minimum. Miraculeusement préservée, l’agglomération témoigne de la prospérité d’une civilisation avancée, dont, hélas, on ne sait pas grand-chose, n’y ayant retrouvé aucun écrit. En revanche, les vestiges de remarquables travaux d’irrigation ont impressionné les découvreurs, montrant que les ingénieurs d’autrefois firent tout pour retarder le plus longtemps possible, à l’aide de retenues d’eau toujours plus imposantes, la pénurie provoquée par la décrue de plus en plus accentuée des précipitations. Jusqu’en 2015 les vestiges d’un incroyable barrage de 80 m de haut et de 800 m de large sont restés visibles à M’aariv. Ce barrage devait retenir de quoi irriguer à lui seul l’équivalent de la surface d’un département français. On pense que l’apogée de cette mystérieuse civilisation a été contemporaine des premiers Pharaons, soit autour de 3000 ans av. J.C.
Trop coûteux à entretenir, ce barrage qui pallia le manque de pluies durant quelque 1000 ans, fut volontairement démoli vers l’an 600 de notre ère, soit à l’époque de Charlemagne.
Selon toute vraisemblance, le Yémen géographique devrait donc revivre à partir de l’an 3000 de notre ère et, de 3500 à 6500, redevenir un paradis sur Terre, ressuscitant la fabuleuse Arabie Heureuse.

Une fiabilité de la thérapie socioéconomique élaborée par les congressistes de la COP à l’image de la caractérisation du syndrome
Dans tous les cénacles et chez tous les auxiliaires du GIEC, la cause réputée scientifique d’un dérèglement climatique essentiellement anthropique est entendue depuis la création du groupe intergouvernemental. Elle l’est au sens insolite où, pour la première fois dans l’histoire des sciences, un consensus adopté par la communauté des savants n’est pas issu de la confrontation permanente des thèses la traversant, mais repose sur un postulat que certains de ces derniers n’ont pas hésité à traduire en politique socioéconomique universelle. À en croire les caciques aujourd’hui à l’œuvre, il en va ainsi à cause de l’adhésion massive et spontanée à la thèse ci-dessus, érigée au rang de consensus scientifique qui aurait tué la confrontation dans l’œuf depuis longtemps.
Il ne peut donc en aller de l’élaboration de la prophylaxie socioéconomique prétendument nécessaire que comme il en est allé de l’appréhension scientifique, technique, empirique, sociale et philosophique revendiquée sans a priori du phénomène d’instabilité climatique contemporaine soi-disant inédit. Résultat : nos « éminents » congressistes continuent sans surprise de préconiser au monde les politiques énergétiques n’ayant marché nulle part et coûtant depuis des lustres les yeux de la tête au pays scandinaves, à l’Espagne, à l’Allemagne et même à la France (3).
Dotés d’un extraordinaire pouvoir, ces démiurges du troisième millénaire conduisent ainsi des communautés de somnambules et/ou consentantes tout droit vers l’indigence énergétique durable et généralisée de tous les dangers.

 PELLEN 
(1) https://www.latribune.fr/climat/energie-environnement/cop28-l-objectif-en-trompe-l-oeil-d-un-triplement-des-capacites-des-energies-renouvelables-984431.html?xtor=EPR-2-[Tribune-WE]-20231202&M_BT=18816351293

(2) https://unfccc.int/fr/news/l-accord-de-la-cop28-marque-le-debut-de-la-fin-de-l-ere-des-combustibles-fossiles

(3) https://www.contrepoints.org/2022/09/28/439600-zoom-sur-la-rentabilite-ou-non-des-renouvelables?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=dffa4f7f10-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-dffa4f7f10-114224609&mc_cid=dffa4f7f10&mc_eid=94fbf2d702

Une guerre communautaire dans l’Espagne du XVIe siècle

 


Article de notre lecteur Montecristo (légèrement abrégé)
La Guerre des Alpujarras, une guerre communautaire dans l’Espagne du XVIe siècle

A l’aube du XVIe siècle, les combats des croisés de la Reconquista sont clos. L’ensemble de la péninsule ibérique a été reconquise par les armées chrétiennes d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon. (…) La royauté d’Espagne doit cependant composer avec la présence sur son sol d’une importante minorité ethnique musulmane, les Mudejares.
Au départ la volonté est à l’intégration et les objectifs des souverains sont de les considérer comme des sujets à part entière au même titre que les chrétiens. Des opérations de conversion de grande envergure sont organisées mais les résultats sont médiocres.

Il s’avère en réalité que les convertis ne le sont que de façade et continuent à être musulmans. (…) Plus que cela, la minorité musulmane semble représenter une menace interne puisqu’elle est accusée à juste titre d’aider les pirates barbaresques (maghrébins) à faire des razzias sur les côtes espagnoles.
Razzias qui ont entre autre comme objectif de s’approvisionner en filles chrétiennes blanches afin de les revendre en tant qu’esclaves sexuelles dans les harems du monde musulman. Le soutien quasiment ouvert des morisques envers les Turcs est considéré comme une trahison alors que ceux-ci sont sur le point d’envahir l’Europe chrétienne.
Des émeutes ethniques et musulmanes se déclenchent épisodiquement dans le pays de 1501 à 1502. La tension monte entre les deux communautés et les échauffourées isolées se multiplient. L’empereur espagnol Charles Quint déclare alors des lois anti-islam sur la terre d’Espagne, il ordonne la conversion généralisée des musulmans et fait brûler le Coran et les livres musulmans.(…)
La tension est palpable entre les deux communautés, la Couronne d’Espagne ne parvient plus à maintenir la cohésion entre ses sujets et cela représente une véritable menace pour l’unité du pays. Cette situation pourrit peu à peu et explose la veille de Noël en 1568. Des musulmans, qui préparaient de longue date en secret l’insurrection, élisent Roi un certain Aben Humeya.
Aussitôt, les insurgés musulmans soulèvent les habitants du massif montagneux des Alpujarras. Les morisques convertis abjurent le christianisme, prône le Djihad et brûlent les monastères, pillent les églises tout en tuant clercs et prêtres.

La riposte de la Couronne d’Espagne est immédiate et sans concession. 

C’est dans une symbolique de Croisade que les armées espagnoles partent affronter ce soulèvement musulman. Les armées sont menées par l’Infant d’Espagne Don Juan d’Autriche. Celui-ci va s’illustrer lors de cette guerre nommée la guerre des Alpujarras.
Les musulmans de Grenade sont déplacés en Castille tandis qu’un décret royal de 1569 déclare « la guerre à feu et à sang » contre l’Islam. Les montagnes ne sont plus qu’une trainée de flammes et les Morisques brandissent l’étendard du Jihad.
Don Juan et les croisés espagnols vont alors procéder méthodiquement à une véritable purge, toute ville islamique est réduite. En 1570 les Espagnols prennent la place forte de Galera, les 4000 habitants musulmans sont passés au fil de l’épée. Aucun prisonnier n’est fait, aucun n’en échappe. Femmes et enfants ne sont pas épargnés.
Lorsque le dernier musulman est mort, la ville est rasée jusqu’à ses fondations. Ensuite des moines viennent recouvrir les ruines de sel afin de sanctifier les lieux et un prêtre y exerce une messe auprès des croisés qui sont en prière à genoux. Ce procédé sera réitéré dans chaque fief islamique, les survivants cachés dans des cavernes sont traqués et tués à bout portant par les armées espagnoles.
Les musulmans qui le peuvent finissent par fuir en Afrique du Nord tandis que les survivants seront plus tard transportés également au Maghreb par les Espagnols en 1610 où ils seront mal accueillis. 300 000 musulmans seront ainsi expédiés en Afrique du Nord de 1609 à 1614.
Cet acte ultime recevra dans la société espagnole une approbation unanime. Il sera même célébré par Lope de Vega comme l’accomplissement ultime de l’unité nationale.

Sources :

  • BENNASSAR Bartolomé, L’Histoire des Espagnols.
  • BONNET Christian, Les affrontements religieux en Europe.
  • CONTRERAS Jaime, Pouvoir et Inquisition dans l’Espagne du XVIe siècle.

Iconographie : lDon Juan d’Autriche

 

Allemagne, Pays-Bas, France… : le grand saccage par « l’agenda vert » de l’Union européenne (art du 14 décembre 2022)

 

Allemagne, Pays-Bas, France… : le grand saccage par « l’agenda vert » de l’Union européenne

« L’Agenda vert » ou « pacte vert » (ou encore « European Green Deal ») de l’Union européenne par l’exemple : le cas de l’Allemagne et des Pays Bas. Mais, soyez rassurés – ou plutôt inquiets – la France ne sera pas épargnée… Le grand saccage européen de l’agriculture continue.

Les Pays-Bas vont démanteler 3 000 exploitations agricoles

Le pays va volontairement s’appauvrir de ses ressources et productions agro-alimentaires pour être le bon élève de la « campagne anti-pollution » .

Ainsi, au moins 3 000 agriculteurs se retrouveront sans travail et dans l’incapacité de nourrir leur famille, car les autorités ont décidé de liquider leurs exploitations. Cette décision est fondée sur les réglementations vertes appliquées en Europe et visant à réduire les émissions d’azote.

Cette politique va faire des ravages, le gouvernement néerlandais cherchant maintenant à racheter ou à fermer de force jusqu’à 3 000 fermes pour atteindre les objectifs fixés par Bruxelles.

Les agriculteurs ont activement résisté aux mesures avec d’innombrables manifestations qui ont vu des autoroutes bloquées et des événements perturbés, bien que de telles manifestations n’aient jusqu’à présent pas été en mesure de freiner l’enthousiasme du gouvernement pour les fermetures.

« Ce que cela vous montre, c’est que la volonté du peuple ne signifie rien pour notre gouvernement. Malgré toutes les protestations et les réactions (inter)nationales, ils poursuivent ce que je pense être des politiques criminelles. Notre gouvernement ne répond pas aux souhaits de ses propres citoyens, il répond aux institutions mondialistes dont l’intérêt est de contrôler l’approvisionnement alimentaire, afin qu’ils puissent nous contrôler. C’est la grande réinitialisation par la force ! » (Eva Vlaardingerbroek)

L’Allemagne interdit aux agriculteurs de l’un de ses länder de fertiliser de vastes étendues de terres

Depuis le 1er décembre, l’utilisation d’engrais azotés a été considérablement restreinte pour de vastes étendues de terres agricoles en Rhénanie du Nord-Westphalie, provoquant la colère des agriculteurs car il est susceptible de réduire considérablement les rendements.

L’Union européenne fait pression pour réduire la quantité d’azote dans certaines parties de l’Europe dans le cadre de son « agenda vert » malgré l’impact que cela pourrait avoir sur la sécurité alimentaire du continent. Le médiat allemand Bild signale que les agriculteurs seront désormais obligés d’utiliser 20 % d’engrais en moins dans toutes les zones considérées comme présentant des niveaux problématiques de produits chimiques :

« Si un champ de blé a besoin de 200 kilos d’engrais pour un rendement optimal, les agriculteurs seraient désormais obligés d’utiliser 40 kilos de moins », a expliqué un agriculteur local, Erich Gussen. « Cela signifie une baisse de rendement et la qualité du blé en souffrira! »

Il y a évidemment une « grande indignation » parmi les agriculteurs de l’État, dont beaucoup verront leurs résultats souffrir gravement à un moment où les prix des engrais et du carburant sont déjà à des niveaux élevés.

Dans l’ensemble un tiers du total des terres agricoles utilisables en Rhénanie du Nord-Westphalie – l’État le plus peuplé d’Allemagne – relève de cette nouvelle restriction.

Les Pays-Bas et l’Allemagne sont favorables aux normes environnementales absurdes de l’Union européenne, et prêts à abandonner abruptement (dans le contexte actuel et sans détenir de solution palliative, comme en matière de gaz ou de pétrole) et détruire leur propre filière agro-alimentaire au nom de la tyrannie écolo-mondialiste.

La France ne sera pas épargnée

Un décret est actuellement en préparation par le ministère de la Transition écologique « portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets ».

Il prévoit la définition des trajectoires annuelles de réduction des émissions de protoxyde d’azote et d’ammoniac du secteur agricole en vue d’atteindre progressivement :

  • une baisse de 13% des émissions d’ammoniac (NH3, polluant atmosphérique) d’ici à 2030 par rapport à 2005
  • une baisse de 15% des émissions de protoxyde d’azote (N2O, gaz à effet de serre) d’ici à 2030 par rapport à 2015.

Pour rappel l’article de loi Climat prévoit également « un plan d’action national » pour accompagner ce décret, ainsi que l’instauration d’une « redevance » sur les engrais « s’il est constaté pendant deux années consécutives » que les émissions ne respectent pas la trajectoire du décret.

Il s’agit bien d’une redevance-punition pour les agriculteurs qui ne respecteraient pas les objectifs.

Après le saccage au nom de la PAC (Politique Agricole Commune) de l’Union européenne pour assurer plus de productivité, c’est maintenant avec la lubie inverse de réduction des pollutions (engendrées par l’agriculture intensive) que nos filières agricoles et d’élevages risquent d’être achevées par le moloch bruxellois incontrôlable.

La tour de Babel européenne doit être détruite !

https://jeune-nation.com/actualite/actu-france/lagenda-vert-de-lunion-europeenne-en-allemagne-et-aux-pays-bas-le-grand-saccage

Découverte du tour de l’Afrique par le Pharaon nécôs

 

Tour de l'Afrique par le Pharaon Nécôs

Dès l’Antiquité, les voyageurs savaient que la circumnavigation de l’Afrique était possible. Dans le livre IV de « l’Enquête », l’historien Grec, né à Halicarnasse vers 484 avant J. C., Hérodote raconte le voyage autour de l’Afrique d’un équipage Phénicien envoyé par le pharaon Nécôs entre 609 et 594.

« La Libye est, nous le savons, entièrement entourée par la mer, sauf du côté où elle touche l’Asie ; le roi d’Egypte Nécôs en a le premier à notre connaissance donné la preuve : quand il eut terminé le percement du canal qui va du Nil au golfe Arabique, il fit partir des vaisseaux montés par des Phéniciens, avec mission de revenir en Egypte par les colonnes d’Héraclès et la mer septentrionale. Partis de la mer Erythrée les Phéniciens parcoururent la mer méridionale : à l’automne ils débarquèrent sur la côte de Libye, à l’endroit où les avait mené leur navigation, ensemençaient le sol et attendaient la récolte ; la moisson faite ils reprenaient la mer. Deux ans passèrent ainsi ; la troisième année ils doublèrent les colonnes d’Héraclès et retrouvèrent l’Egypte. »

L’Enquête IV - 42

Un fait qui parait surprenant à Hérodote est que ces navigateurs en contournant la Libye eurent le soleil à droite ce qui prouve qu’ils passèrent l’Equateur. Ce voyage de 25 000 kilomètres fut raconté à Hérodote en Egypte quelques 125 ans après.

Une tentative Perse faite du vivant d’Hérodote est relatée par ce dernier (L’Enquête IV – 43). Sataspès, fils de Téaspis, fut obligé, en échange d’une peine d’empalement, d’aller faire le tour de l’Afrique. Parti par l’ouest, il atteignit le fond du golfe de Guinée où il rencontra les pygmées vers 478 ou 470. Il dut abandonner son périple ; « leur navire ne pouvait plus avancer, pris dans un calme plat » (L’Enquête IV – 43).

Hérodote ne connut pas la tentative du carthaginois Hannon, vers 450 (ou 470), qui s’arrêta également dans le golfe de Guinée après un passage aux Canaries et au cap Vert. La narration de ce voyage traduite en grec est connue sous le nom de « Périple d’Hannon ».

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2017/12/decouverte-du-tour-de-l-afrique-par-le-pharaon-necos.html

Le Nouveau Passé-Présent - France 1940, les raisons de la débâcle

 

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Il est peu de tragédies comparables à celle qui s’est déroulée sur le sol de la France entre le 10 mai et le 10 juillet 1940. Soixante jours qui ont suffi pour anéantir nos armées et balayer nos institutions » notait Jacques Benoist-Mechin dans l’avant-propos de son ouvrage paru en 1956 et devenu un classique, « Soixante jours qui ébranlèrent l’Occident ». Deux mois qui ont changé le visage de la France et de l’Europe. La défaite militaire d’une armée française qui vingt ans plus tôt était considérée comme la première du monde résonne toujours durablement dans notre mémoire collective.
L'invité de cette émission, Max Schiavon, historien et ancien directeur du Service historique de la Défense, pose un regard lucide sur ce printemps 1940, genèse de bien des drames et de nombreux mensonges qui prospèrent encore aujourd’hui. Il n'hésite pas à pointer les responsabilités tant militaires que politiques, les défaillances de la troisième république, de l’armée et du Front populaire dans cet effondrement.


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-france-1940-les-raisons-de-la-debacle

mercredi 27 décembre 2023

 

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Francesco Santoianni interviewe Salvatore Minolfi

Source: https://www.sinistrainrete.info/geopolitica/27012-salvatore-minolfi-la-dottrina-brzezinski-e-le-vere-origini-della-guerra-russo-ucraina.html

Publié par l'Institut italien d'études philosophiques, le livre de Salvatore Minolfi intitulé "Les origines de la guerre russo-ukrainienne" a été présenté au cours d'une soirée très animée qui s'est transformée en une assemblée passionnée (avec les interventions de de Magistris, Santoro, Basile...).

Un livre également basé sur des documents diplomatiques, rendus publics cette année par Wikileaks, qui montrent comment la guerre, loin d'être née des "visées impériales de Poutine" (comme l'affichent les grands médias et certaines "belles âmes" de la "gauche") est la conséquence inévitable, tout d'abord, d'un encerclement de la Russie, visant à s'emparer de ses ressources, et ensuite, de la nécessité de soumettre une Union européenne "coupable" de commercer avec des partenaires hostiles aux États-Unis.

Nous avons discuté de tout cela et de bien d'autres choses encore avec l'auteur du livre.

* * * *

Peu avant ce fatidique 24 février 2022, face à la prolongation (elle était censée se terminer le 20 février) de l'exercice militaire conjoint Russie-Belarus à la frontière avec l'Ukraine, d'une part la CIA et certains organes de presse donnaient l'impression qu'une invasion russe était imminente, tandis que d'autre part le gouvernement de Kiev et une partie du gouvernement américain démentaient cette hypothèse. Pourquoi cette situation étrange ?

Les reconstructions les plus diverses et les plus contradictoires circulent sur les circonstances dans lesquelles l'invasion russe de l'Ukraine prend forme. À celles-ci s'ajoutent toujours de nouvelles révélations sur la présence et l'importance des groupes militaires étrangers en Ukraine depuis le début de la guerre, voire avant. En réalité, dans l'état actuel des connaissances, les éléments manquent pour reconstituer de manière documentée et fiable le contexte dans lequel le conflit a officiellement éclaté.

En outre, aucun des protagonistes en présence ne peut être caractérisé de manière claire et univoque, tant les différences de perception et d'approche ont traversé les différents acteurs impliqués: pensez notamment au président Zelensky qui, entre mai 2019 (année de son élection) et février 2022, a complètement inversé ses positions et ses orientations sur la question des relations avec la Russie et sur l'avenir de la région du Donbass.

Néanmoins, il est tout à fait clair que le chemin de la guerre commence en février 2021 (donc un an plus tôt), avec l'arrestation de représentants de l'opposition à Kiev, la fermeture de chaînes de télévision antigouvernementales et un rétrécissement général des marges de manoeuvre politique en Ukraine. Pendant ce temps, l'administration Biden nouvellement élue ne cache pas sa volonté d'accorder une place centrale à son orientation anti-russe: de manière irritante et sans précédent dans l'histoire diplomatique, Biden, au cours d'une interview, qualifie Poutine de "tueur". Cela ne s'était jamais produit, même dans les phases les plus aiguës de la guerre froide. Quelques jours plus tard, toujours en mars 2021, cinq mois avant le retrait chaotique d'Afghanistan, le président américain installe à la tête de la CIA William Burns, ancien diplomate de carrière, ancien ambassadeur en Russie et profond connaisseur de la langue et de la politique russes: un choix plutôt curieux pour une superpuissance qui a décidé de se libérer de son engagement de vingt ans dans la "Global War on Terror" au Moyen-Orient, pour se concentrer sur la priorité stratégique assignée à la confrontation avec la Chine dans le Pacifique occidental.

C'est en lien avec ces signaux sans équivoque que l'initiative russe de "diplomatie coercitive" se déploie, avec le début des exercices militaires et le regroupement des troupes aux frontières de l'Ukraine. Une décision qui ne mène nulle part: Moscou accumule une longue série de refus et de réticences ostentatoires au dialogue et à la négociation. Face à la proposition de traité, Antony Blinken répond publiquement et sèchement: "Il n'y a pas de changement, il n'y aura pas de changement". C'est comme si on claquait la porte au nez de Poutine.

 Enfin, c'est précisément dans ce contexte qu'entre le 18 et le 20 février 2022 - c'est-à-dire quelques jours avant le début de la soi-disant "opération militaire spéciale" - les violations du cessez-le-feu sur la ligne frontalière délimitant le territoire des séparatistes passent d'environ 60 à environ 2000 incidents par jour.

À cet égard, les rapports de la "mission spéciale de surveillance en Ukraine" de l'OSCE sont clairs et sans équivoque : les violations du cessez-le-feu commencent du côté ukrainien de la ligne de démarcation. Nous ne savons pas si Zelensky en était conscient ou non, mais ses commandants sur le terrain étaient à l'origine de l'escalade.

Depuis quand l'Ukraine a-t-elle été choisie par les États-Unis comme bélier contre la Russie ?

L'idée d'inclure l'Ukraine dans le projet d'élargissement de l'OTAN a fait surface à plusieurs reprises au cours de la seconde moitié des années 1990, mais n'a jamais été explicitement formulée. Dans l'étude la plus importante et la mieux documentée sur le sujet (le livre de Mary Elise Sarotte Not One Inch), il est indiqué qu'à l'époque, la simple idée d'accorder des garanties au titre de l'article 5 à la plus grande ancienne république soviétique faisait pâlir même les plus fervents partisans de la politique d'élargissement. Par conséquent, pendant toute la décennie, rien n'a été fait (à l'exception de la "Charte de partenariat spécifique entre l'OTAN et l'Ukraine" de 1997).

C'est entre 2003 et 2004 que deux événements importants se produisent. Le premier est que l'Ukraine décide de rejoindre la "Nouvelle Europe", ce groupe de pays d'Europe centrale et orientale qui participent à l'invasion américaine de l'Irak par le biais de la "Coalition des volontaires", alors que la France et l'Allemagne expriment publiquement leur opposition, ce qui entraîne une fracture politique sans précédent dans l'histoire de l'Alliance atlantique.   

L'année suivante, alors qu'un nouveau cycle d'élargissement de l'OTAN a lieu (avec l'entrée de quatre autres pays de l'ancien Pacte de Varsovie et des trois anciennes républiques soviétiques d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie), la "révolution orange" commence en Ukraine, qui amène au gouvernement de Kiev des forces politiques désireuses d'abandonner la neutralité du pays et de le pousser vers une relation organique avec l'Occident (Union européenne et OTAN). La France et l'Allemagne y restent fortement hostiles, si bien que lorsqu'en avril 2008, lors du sommet atlantique de Bucarest, les États-Unis forcent le trait et demandent officiellement le lancement d'un "plan d'action pour l'adhésion" de l'Ukraine et de la Géorgie, ce sont précisément ces deux pays de la "Vieille Europe" qui opposent leur veto. Mais l'omelette est maintenant faite. La nouvelle Russie de Poutine, alarmée, réagit sur le ton et, à la première crise, quelques mois plus tard, utilise la force militaire dans une brève guerre contre la Géorgie.

Alors que la perspective atlantique entre dans une longue phase d'impasse, c'est l'Europe qui prend l'initiative en élaborant un "accord d'association" avec l'Ukraine, conçu toutefois comme une alternative à l'entrée effective du pays dans l'Union européenne (pour laquelle, comme dans le cas de l'OTAN, il n'y a pas le consensus nécessaire). Le problème est que - bien que ne laissant pas entrevoir la perspective d'une adhésion - le projet d'accord est conçu (par le Polonais Radek Sikorski et le Suédois Carl Bildt) dans des termes si précis, détaillés et contraignants sur le plan juridique qu'il constitue un obstacle efficace à toute poursuite des relations économiques et politiques normales que l'Ukraine entretient avec la Russie, qui, à son tour, aspire à impliquer Kiev dans son projet naissant d'Union économique eurasienne. L'Ukraine - un pays notoirement composite sur le plan démographique, ethnoculturel et sociopolitique - est déraisonnablement placée devant un carrefour, un aut aut aut, destiné à générer des lézardes sociales prévisibles. Les négociations se poursuivent pendant des années, mais lorsque, à l'échéance convenue, Ianoukovitch refuse de signer, des manifestations de rue déclenchent une période de troubles qui dure environ trois mois et culmine d'abord dans un massacre obscur, puis dans un coup d'État qui destitue le président.

La Russie réagit en annexant la Crimée, tandis que des mouvements sécessionnistes mobilisent les régions orientales du pays. En quelques semaines, l'Ukraine bascule dans une guerre civile que les nouveaux dirigeants de Kiev ne veulent même pas reconnaître comme telle, préférant traiter les insurgés de "terroristes". Entre hauts et bas, la guerre civile dure huit ans et fait des milliers de victimes. C'est au cours de ces années que Washington, pour contourner les réserves et les mises en garde de ses principaux partenaires européens et atlantiques, construit une relation directe avec Kiev et s'engage dans une restructuration radicale des forces armées ukrainiennes.

Selon certains commentateurs, Poutine, jusqu'au 17 décembre 2021 (date à laquelle il a remis aux Etats-Unis et à l'OTAN le projet d'"Accord sur les mesures visant à assurer la sécurité de la Fédération de Russie et des Etats membres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord") a très peu défendu les accords de Minsk et l'autonomie des populations du Donbass qui en découle, comme s'il attendait le moment opportun pour une guerre. Quel est votre avis ?

Le fait qu'au cours de huit années de guerre civile, Poutine n'ait jamais reconnu officiellement l'indépendance des républiques autoproclamées du Donbass, et encore moins proposé de les annexer (à un stade où l'opération aurait été relativement facile), est un élément qui nuit à la thèse de l'existence d'un projet impérialiste et annexionniste russe dès le début de la crise. Le problème est que la solution préfigurée par les accords de Minsk nécessitait le consentement actif du gouvernement de Kiev, sur lequel reposait la charge de la mise en œuvre effective des engagements signés: une réforme constitutionnelle qui reconnaîtrait des marges d'autonomie à la région du Donbass ne pouvait certainement pas se faire à Moscou. Cette tâche incombait au gouvernement ukrainien. Aujourd'hui, nous savons - grâce aux "aveux" publics tardifs de Porochenko, Merkel et Hollande - que les accords de Minsk n'ont été signés que dans l'intention de gagner du temps et de donner à l'Ukraine la possibilité de se renforcer militairement. En bref, l'activité de médiation des Européens a été parallèle et complémentaire à celle menée par les États-Unis dans la restructuration de l'armée ukrainienne.

Le rôle de l'Allemagne dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie a-t-il changé ces dernières années ?

Indépendamment de l'issue finale de la guerre - qu'aucun d'entre nous ne peut anticiper - nous pouvons déjà dire avec certitude que l'Allemagne est la grande perdante. La manière dont la réunification allemande a été réalisée après la fin de la guerre froide a impliqué une nouvelle confirmation de la subalternité de l'Allemagne face au leadership américain et le renoncement à tout rôle autonome pour l'Union européenne. Dans ce cadre, l'élaboration de l'intérêt national allemand s'est poursuivie sur le seul plan de la suprématie économique, avec la conviction que le succès industriel et commercial serait toujours perçu comme stratégiquement "neutre" et donc toléré.

Les choses se sont passées différemment. La construction d'une industrie puissante, accumulant depuis vingt ans d'énormes excédents commerciaux, s'est d'abord faite au détriment de ses partenaires européens, auxquels a été imposée une politique d'austérité et de déflation salariale, indispensable au maintien des avantages comparatifs d'une puissance exportatrice, mais désastreuse pour le développement interne des pays de l'Union. En outre, dans la construction du modèle allemand, la relation avec Moscou devient essentielle, car l'énorme dotation énergétique de la Russie lui permet d'alimenter le développement de l'Allemagne à un coût extrêmement bas. Jusqu'à un certain moment, le gaz russe arrivait en Allemagne par les gazoducs polonais et ukrainiens. Puis la relation russo-allemande est devenue si essentielle qu'elle a incité le gouvernement de Berlin à planifier la construction de Nord Stream. Il ne s'agissait pas seulement d'augmenter la quantité de gaz importé: en contournant la Pologne et l'Ukraine, l'Allemagne a tenté de préserver la relation russo-allemande de l'influence que des juridictions politiques à tendance anti-russe (mais aussi anti-allemande) auraient pu exercer sur le transit des ressources énergétiques. Le projet "Nord Stream" a été présenté comme un modèle de "désintermédiation", capable de préserver la relation bilatérale entre Berlin et Moscou, en la mettant à l'abri des dynamiques et des tensions géopolitiques au sein de l'espace atlantique. Et de manière symptomatique, lorsqu'il est lancé, le ministre polonais des affaires étrangères, Radek Sikorski, le qualifie de nouveau "pacte Molotov-Ribbentrop".

Faisons une pause et essayons de réfléchir à l'énormité de cette accusation: nous sommes en avril 2006, la Pologne est entrée dans l'Union européenne deux ans plus tôt (alors qu'elle fait partie de l'OTAN depuis 1999) avec un PIB sensiblement similaire à celui de la Grèce; et que fait-elle? Elle prend de front la puissance dominante de l'Europe qui vient de l'accueillir, tournant en dérision la rhétorique dominante de l'Union, celle qui la présente comme un jardin kantien ayant laissé derrière lui des siècles de "politique de puissance". Il n'y a qu'une seule façon d'expliquer cette énigme: la voix de Sikorski est la voix de Washington. A tel point qu'à ceux qui lui reprochent d'être le cheval de Troie des Etats-Unis dans l'Union européenne, il rétorque que l'Allemagne est celui de la Russie. L'absence de réponses institutionnelles adéquates - ou même allemandes - face à l'énormité des accusations est la preuve qu'en 2006 déjà, l'UE est un champ de bataille dans lequel les Américains entrent et sortent à leur guise. L'UE en tant que sujet stratégique s'avère tout simplement inexistante.

Malgré l'avertissement, l'Allemagne ferme les yeux. Elle se tait, encaisse et poursuit ses activités, toujours convaincue que la commercialisation de la politique étrangère l'immunise contre la concurrence stratégique naissante. La tempête se prépare, mais les Allemands ne la remarquent même pas. En effet, que fait l'Allemagne après l'éclatement de l'Euromaïdan? Après le coup d'État à Kiev? Après l'annexion de la Crimée par la Russie? Après le lancement des sanctions occidentales contre la Russie? Elle double la mise! Elle conçoit et lance le "Nord Stream II". L'aveu supposé de Mme Merkel à la fin de 2022 n'est qu'une fiction douloureuse et insoutenable.

Pourquoi les États-Unis décident-ils de punir l'Allemagne? Parce qu'en plus de faire des affaires avec la Russie de Poutine - un pays qui, en pleine ère unipolaire, entend préserver son indépendance stratégique - l'Allemagne entame une relation industrielle et commerciale lucrative et prometteuse avec la Chine: sous les yeux des stratèges de Washington se déroule le cauchemar mackinderien d'une Eurasie puissante, riche, interconnectée et essentiellement autonome, qui, à terme, pourrait également s'émanciper du pouvoir thalassocratique des États-Unis.

Que se passerait-il en effet si, à long terme, les nouveaux investissements dans les infrastructures et les nouveaux systèmes de transport ferroviaire le long de trois axes de développement différents à travers l'Eurasie marginalisaient les routes maritimes empruntées historiquement par les flottes océaniques de Washington? Mais si les choses prennent vraiment cette tournure, les États-Unis pourront-ils jamais rester les bras croisés et contempler l'affaiblissement progressif de leur puissance? C'est tout simplement impensable. Mais pour réagir, il leur faut construire un récit capable de légitimer le retour d'une guerre en Europe, capable de rompre à nouveau la continuité du supercontinent. Et que font-ils? Ils rétablissent l'image historiographiquement forte d'une Europe de l'Est victime géopolitique de la relation privilégiée entre les deux géants (russe et allemand), avec tout ce que les souvenirs du 20ème siècle ont signifié. Bref, pour simplifier : la " Nouvelle Europe " (inventée par Rumsfeld) peut compter sur les Etats-Unis pour vaincre le nouveau " Pacte Molotov-Ribbentrop ".

Dans quelle mesure la doctrine Brzezinski a-t-elle orienté la politique américaine à l'égard de l'Ukraine ?

Il y a deux voies parallèles. Brzezinski est le penseur géopolitique le plus conscient et le plus continu de l'histoire américaine après l'expérience du Vietnam. Son chemin croise, sans jamais s'estomper, le développement d'une nouvelle génération qui - après la fin de la guerre froide - est réellement convaincue du fait qu'une discontinuité d'époque est en train de se produire dans l'histoire du monde, de nature à permettre une redéfinition du rôle américain dans le monde dans une clé pacifiste-impériale. La distance entre les Etats-Unis et les autres puissances est désormais telle que beaucoup sont convaincus de la possibilité de l'avènement d'un véritable empire mondial, dans lequel, en échange de la paix, tous les pays, même les plus puissants, renonceront à la compétition stratégique, confiant aux Etats-Unis la protection de l'ordre mondial. Brzezinski ne se laisse jamais contaminer par de tels fantasmes millénaristes. Il veut la même chose, mais sait que cela ne peut être que le résultat d'un patient tissage stratégique.

Puisque la Chine est encore un inoffensif pays en développement dans les années 1990, la seule tâche des Américains est d'effacer à jamais l'indépendance stratégique de la Russie post-soviétique: une tâche tout à fait à leur portée, étant donné la quasi-désintégration du pays au cours des années Eltsine. A cette désintégration virtuelle (un "trou noir", selon ses termes), Brzezinski sait qu'il a apporté une contribution mémorable, avec la construction du piège afghan. Mais le personnage est d'origine polonaise et l'hostilité anti-russe est tellement inextinguible qu'elle est teintée d'aventures métaphysiques. L'obsession de Brzezinsky pour l'Ukraine (dans "Le grand échiquier", il la mentionne 112 fois) est liée à cette tâche : sans l'Ukraine, l'empire russe n'existe plus, pas même à un niveau potentiel.

Un chapitre de votre livre s'intitule "Fission : logique de l'État et logique du capital". Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

La guerre russo-ukrainienne a, comme on pouvait s'y attendre, suscité un débat très amer, même dans de larges pans des cultures politiques anti-impérialistes. Par souci de concision - et au risque de simplifier à l'extrême - nous pouvons dire que la Russie de Poutine a cherché et obtenu, au cours de ses premières années de gouvernement, une forte intégration dans la structure internationale du système capitaliste et, en particulier, dans les réseaux de la finance mondiale. D'autre part, c'est précisément ce nouvel élément qui rend intenable la simple reproduction du schéma analytique de la guerre froide. À partir de cette nouvelle réalité, beaucoup ont été amenés à interpréter l'invasion russe de l'Ukraine comme une agression impérialiste, marquée par les caractéristiques particulières du capitalisme politique de la Russie de Poutine. Le cycle d'accumulation capitaliste qui s'est déroulé, en gros, au cours de la première décennie du système Poutine, aurait généré un surplus de capital dont la valorisation nécessitait son exportation vers des zones d'investissement, telles que l'Ukraine, inaccessibles sans le concours du pouvoir d'État, puisqu'elles étaient simultanément exposées à la concurrence d'un puissant capitalisme libéral transnational et à la résistance des classes moyennes professionnelles qui tendaient à être libérales et vouées à l'intégration avec l'Occident.

Dans ce cadre, l'Ukraine - en plus d'être l'otage d'une oligarchie interne de rentiers - deviendrait une victime de la concurrence entre deux capitalismes extérieurs, le libéral transnational et le politique de la Russie de Poutine.

Malgré ses mérites incontestables, ce débat s'est empêtré dans les contradictions non résolues générées par la confrontation avec la réalité et ses développements: tout d'abord, sur la nature du bonapartisme russe, sur les caractères et les marges réelles de son autonomie relative par rapport à la structure sociale qui l'a généré. Qui est Poutine? D'où vient son pouvoir? De quelle logique est-il le garant? Le début de la crise - c'est-à-dire l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 - a entraîné une perte importante de capitaux et de marchés d'exportation, ainsi que d'investissements à l'étranger, une réduction de la coopération avec les sociétés transnationales et des sanctions personnelles à l'encontre de nombreux représentants de premier plan du capital russe. Huit ans plus tard, la guerre de 2022 a aggravé cette situation à un degré inimaginable. Bref, dans la "lecture anti-impérialiste", nous sommes censés mettre en œuvre un système de pouvoir qui, pour s'affirmer, doit briser le bloc social sur lequel il repose et scier la branche sur laquelle il est assis. Je pense que c'est un peu exagéré. Nous avons des faits, mais pas encore de théorie qui puisse les expliquer. Sinon (et raisonnablement), que pouvons-nous en déduire, du moins pour l'instant? Le défi géopolitique lancé en Ukraine indique que, lorsqu'il est confronté à un carrefour, le Kremlin fait passer la logique de l'État et sa rationalité stratégique avant celle du grand capital, du moins pour le moment: une réalité qui ne cadre pas bien avec la thèse selon laquelle la puissance de l'État russe n'est pas une fin en soi, mais un moyen de gérer le capitalisme russe post-soviétique et de l'intégrer dans le système capitaliste mondial.

Aujourd'hui, nous ne savons toujours pas comment résoudre l'énigme de la séparation entre la logique de l'État et la logique du capital. En fait, nous ne savons même pas si l'unité du système capitaliste mondial sortira intacte de la crise que nous traversons actuellement. Si elle venait à s'effondrer, nombre de nos catégories d'analyse deviendraient soudain inutilisables. Quel sens aurait, par exemple, la distinction entre capitalisme politique et capitalisme libéral, si le marché mondial était fracturé selon des lignes géopolitiques et stratégiques?

Aujourd'hui, les États-Unis, considérant l'impossibilité de gagner la guerre contre la Russie, disent qu'ils s'orientent vers un "conflit gelé", à utiliser comme carte de négociation. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Je ne suis tout simplement pas en mesure d'anticiper quoi que ce soit. En principe, une solution de type coréen ne serait pas exclue. Cependant, je ne pense pas qu'elle soit probable. La guerre de Corée s'est achevée sur le 38ème parallèle alors que le "nouveau" système international s'était consolidé dans les caractères et la structure qu'il allait conserver pendant une quarantaine d'années. En ce sens, la guerre froide était une structure d'ordre, plutôt qu'un conflit permanent (dans l'oxymore, "froid" pèse plus lourd que "guerre"). Mais aujourd'hui, nous sommes dans les premières étapes de la décomposition d'un ordre. Nous sommes dans une phase de "mouvement", même si la "guerre d'usure" prévaut sur le champ de bataille. Et l'Occident a trop investi de son argent, de son capital symbolique et de sa crédibilité pour accepter ce qui s'annonce - sans parler de l'impasse ! - comme une défaite humiliante. J'espère sincèrement me tromper. Mais ce sont ces considérations qui me rendent sombrement pessimiste.

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