mardi 21 février 2023
Les grandes hérésies (Hilaire Belloc)

joseph Hilaire Pierre René Belloc (1870-1953) fut l’un des esprits les plus remarquables de sa génération, tout à la fois essayiste, poète, romancier, biographe, traducteur, satiriste et apologiste. Historien de formation, il sera aussi publiciste, député, chroniqueur militaire, globe-trotter et navigateur. Très largement méconnu en France, ce géant des lettres anglaises est pourtant né à La Celle-Saint-Cloud, de mère anglaise et de père français. Seuls les lecteurs assidus de Gilbert Keith Chesterton, son éternel acolyte, sont quelque peu familiarisés avec son nom. Et très peu des plus de 150 livres dont il est l’auteur ont été traduits en français. Il faut donc féliciter les éditions Artège d’avoir publié cette pépite dans une traduction française très réussie qui respecte la finesse d’esprit de l’auteur.
L’objectif de l’ouvrage est de passer en revue et d’examiner les principales offensives dirigées contre l’Eglise catholique – celles qui ont tout simplement marqué le cours de sa longue histoire. Hilaire Belloc a délibérément choisi de ne sélectionner que cinq hérésies : l’hérésie arienne, l’hérésie mahométane, l’hérésie albigeoise, l’hérésie protestante et enfin ce qu’il désigne comme l’hérésie moderne. De l’examen particulier de ces cinq grands mouvements opposés à la Foi, Belloc dégage quelques enseignements sur la substance de la religion catholique, à commencer par cette étrange vérité qui veut qu’en face d’elle les hommes sont tenus de se prononcer; soit ils l’adoptent, soit ils la combattent.
C’est à juste titre que ce livre est présenté comme un chef-d’œuvre de la pensée chrétienne. Belloc se sentait né pour guerroyer et c’est sur le terrain intellectuel qu’il était appelé à porter secours aux fondements menacés de la civilisation chrétienne. Sa colossale érudition et son exceptionnel pouvoir de synthèse sont mis au service du catholicisme dans ce livre dont la dernière partie consacrée à l’hérésie moderne est particulièrement clairvoyante sur ce qu’elle engendrerait.
Les grandes hérésies, Hilaire Belloc, éditions Artège, 270 pages, 19,90 euros
Acheter en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/les-grandes-heresies-hilaire-belloc/157360/
lundi 20 février 2023
Opération militaire spéciale russe en Ukraine : Une année de révélations

par Christelle Néant
Il y a un an, l’armée ukrainienne augmentait brusquement ses bombardements contre le Donbass, prélude à une future attaque contre la RPD et la RPL (Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk). Quelques jours plus tard, l’armée russe entrait sur le territoire des deux républiques populaires afin de les protéger. En un an, l’opération militaire spéciale s’est avérée être un catalyseur de révélations, tant pour la Russie que pour l’Ukraine, ainsi que sur le plan international.
Le 24 février 2022, la Russie lançait l’opération militaire spéciale en Ukraine, et toute la presse occidentale a hurlé comme un seul homme à l’agression injustifiée de Moscou contre son voisin. Comme atteints d’amnésie, les médias occidentaux ont totalement occulté la guerre qui ravageait le Donbass depuis 2014, et surtout ont fermé les yeux complaisamment sur les bombardements de l’armée ukrainienne avant le déclenchement de l’opération militaire russe en Ukraine.
Très vite, la montée du néo-nazisme en Ukraine, la corruption endémique du pays, les crimes de guerre de l’armée ukrainienne depuis 2014 dans le Donbass, la torture systémique dans les geôles du SBU et des bataillons néo-nazis, tout ce qui pouvait nuire à l’image de Kiev, a été méthodiquement caché sous le tapis par les médias occidentaux. Et très vite, ces mêmes médias occidentaux ont commencé à relayer sans plus aucun contrôle la propagande ukrainienne, se vautrant avec elle dans la russophobie la plus crasse et les mensonges les plus éhontés.
Si avant le 24 février 2022, la propagande occidentale se contentait de garder un silence coupable sur les bombardements réguliers de l’armée ukrainienne, et les crimes de guerre de Kiev, et qu’elle accusait constamment la Russie de ne pas respecter les accords de Minsk au lieu de se pencher sur leur non respect par l’Ukraine, tout en accusant Vladimir Poutine d’être un dictateur, le lancement de l’opération militaire spéciale a montré le visage hideux des médias occidentaux, qui n’ont pas hésité à relayer la propagande russophobe la plus immonde.
L’opération militaire spéciale a révélé à quel point ces médias occidentaux qui se prétendent objectifs et neutres, ne sont que des relais de propagande de l’OTAN, prêts à rapporter n’importe quelle fausse information, ou à approuver les crimes les plus ignobles pourvu que cela soit contre la Russie. Massacre de Boutcha, accusation de viols de masse contre les civils ukrainiens, y compris des enfants ou des personnes âgées, distribution de viagra aux soldats russes, approbation d’une future épuration ethnique en Crimée pour en évincer les Russes, tous les relents de fosse sceptique publiés dans les médias ukrainiens, ont été repris par les médias occidentaux.
Cette année d’opération militaire spéciale a aussi été un catalyseur de révélations pour la Russie, les faux patriotes ont montré leur vrai visage en fuyant le pays, les failles de l’armée russe ont été révélées au grand jour, lui permettant de corriger ses erreurs et de se renforcer, des unités comme celles de la milice populaire, les bataillons Akhmat ou Wagner ont, via leurs succès sur le terrain, montré la voie à suivre en matière de combat au XXIe siècle, les journalistes russes ont montré l’exemple sur ce que devrait être le 4ème pouvoir, en faisant remonter les problèmes jusqu’au sommet de l’État, permettant ainsi de les résoudre, et prouvant à tous les propagandistes occidentaux, qu’il y a bien plus de liberté d’expression en Russie qu’en Occident, et enfin, l’écrasante majorité du peuple russe a montré que le patriotisme russe est toujours bien vivant.
En Ukraine, l’opération militaire spéciale a révélé toute l’horreur du régime de Kiev. La mobilisation à marche forcée de toute la population masculine du pays, l’utilisation des soldats ukrainiens comme de la vulgaire chair à canon, la dissimulation massive des morts parmi les soldats ukrainiens pour ne pas payer les compensations aux familles, les mauvais traitements voire l’exécution pure et simple des prisonniers de guerre, les meurtres des civils des villes récupérées par l’armée ukrainiennes au moindre soupçon d’avoir reçu ne serait-ce que de l’aide humanitaire russe, l’utilisation des civils comme boucliers humains par les soldats ukrainiens, la destruction systématique de tout ce qui est russe dans le pays, les plans d’offensive ukrainienne contre le Donbass, l’utilisation d’armes chimiques, les bombardements de la centrale nucléaire de Zaporijia, au risque de provoquer une catastrophe, et surtout la divulgation du travail extrêmement dangereux de dizaines de laboratoires biologiques ukrainiens, financés et dirigés par les États-Unis.
Enfin, cette année d’opération militaire spéciale russe en Ukraine aura été riche de révélations à l’international. Les preuves de la compromission de l’OSCE avec l’armée ukrainienne et les autorités de Kiev ont été trouvées lors de l’avancée des forces russes, l’Allemagne et la France ont avoué que les accords de Minsk n’avaient pas été signés pour rétablir la paix dans le Donbass, mais pour donner du temps à l’Ukraine pour se réarmer (justifiant ainsi pleinement l’opération militaire spéciale russe en Ukraine), les États-Unis ont révélé leur nature prédatrice (y compris envers leurs soi-disant alliés) et terroriste, en détruisant les gazoducs Nord Stream 1 et 2, l’Union européenne a démontré qu’elle n’était qu’un laquais de Washington, en prenant des sanctions contre la Russie qui ont détruit l’économie européenne, et en déshabillant ses armées nationales pour fournir à l’Ukraine de plus en plus d’armes, dont elle se sert pour commettre des crimes de guerre.
L’Occident a aussi démontré toute l’étendue de ses doubles standards et de ce que valent ses « valeurs humanistes » en fermant les yeux sur ces crimes de guerre ukrainiens commis avec des armes occidentales, tout en organisant une hystérie russophobe qui a viré à la censure pure et simple de tout ce qui est russe, allant des médias jusqu’aux sportifs et artistes russes.
L’Occident a enfin clairement révélé durant l’année écoulée ses plans visant à dépecer la Russie en plus petits États, démontrant ainsi le danger qui planait non seulement pour le Donbass, mais pour la fédération de Russie elle-même. Et le cynisme des pays occidentaux, qui utilisent l’Ukraine comme terrain de combat, et sa population comme chair à canon, a montré toute l’hypocrisie de cet Occident qui se prétend défenseur de la souveraineté du pays.
Au contraire, les véritables alliés de la Russie se sont révélés lors de cette année, aidant Moscou à mener son opération militaire spéciale, et à contourner les sanctions occidentales, isolant ainsi de plus en plus les pays occidentaux sur la scène internationale. D’ailleurs lors de l’année écoulée plusieurs pays, entre autre africains, ont commencé à tenir tête de plus en plus fermement aux pays occidentaux, l’opération militaire spéciale russe en Ukraine ayant révélé toutes les faiblesses de cet Occident qui se prend pour la communauté internationale toute entière.
Malheureusement, à l’heure où j’écris ces lignes, l’armée ukrainienne a bombardé cet après-midi le centre de Donetsk, tuant une civile et en blessant onze autres dont une enfant de neuf ans. L’opération militaire spéciale russe en Ukraine n’est pas encore terminée, mais les forces russes continuent d’avancer petit à petit pour libérer le territoire du Donbass et faire cesser ces crimes de guerre de l’armée ukrainienne.
En un an d’opération militaire spéciale russe en Ukraine, de nombreux civils ont été tués par les bombardements ou les techniques de combat de l’armée ukrainienne, qui les utilise comme des boucliers humains. Cette année fut la plus sanglante et la plus terrifiante des sept que j’ai vécues dans le Donbass. Celle où j’ai le plus pleuré devant les corps de civils, devant les corps d’enfants tués par des obus et des roquettes fournies par l’Occident, fournies par mon pays natal, la France. Si jusque là j’étais indignée du silence complice des autorités françaises qui fermaient les yeux sur les crimes de guerre et le non respect des accords de Minsk par l’Ukraine, durant l’année écoulée cette indignation s’est transformée en honte, de voir mon pays natal fournir à Kiev des armes qui ont tué des civils, dont des enfants, dans ce Donbass, cette Russie, qui est devenue ma patrie.
Les révélations de cette première année d’opération militaire spéciale russe dans le Donbass ont montré que cette dernière était nécessaire pour éviter l’attaque de la RPD et de la RPL par l’armée ukrainienne, et le génocide pur et simple de la population civile qui s’en serait suivi. Ce qui s’est passé à Boutcha, Izioum, ou Koupiansk, lorsque les forces ukrainiennes ont assassiné purement et simplement ceux qui avaient travaillé avec les Russes, ou simplement accepté de l’aide humanitaire ou de la nourriture russes, a révélé ce qui attendait les habitants du Donbass, si l’armée ukrainienne n’avait pas été empêchée de mener son plan d’attaque prévu pour le mois de mars 2022.
Et la révélation des plans ukrainiens et occidentaux, ainsi que du travail dangereux des laboratoires biologiques financés par les États-Unis en Ukraine, a montré que la Russie elle-même était en danger, et devait agir si elle voulait tout simplement continuer d’exister en tant qu’État souverain et uni.
Il faut maintenant mener le processus à son terme, et terminer la dénazification, et la démilitarisation de l’Ukraine, afin de protéger non seulement le Donbass, mais aussi la Russie toute entière.
source : Donbass Insider
Napoléon et le renseignement (Gérald Arboit)

Gérald Arboit, enseignant et chercheur spécialiste de l’histoire du renseignement, est actuellement directeur de l’axe « Etudes du renseignement » au sein de l’équipe « Sécurité & Défense – Renseignement, criminologie, crises, cybermenace » du CNAM à Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles, notamment sur les services français, dont il a fait son sujet d’habilitation à diriger des recherches.
Avec Napoléon et le renseignement, Gérald Arboit met en évidence l’organisation française du renseignement pendant la période napoléonienne, en un temps où des services secrets n’existaient pas encore. Le renseignement se caractérisa pendant la période du Consulat et de l’Empire par son caractère temporaire. Ce livre nous apprend comment le renseignement fut administré et financé. Il nous ramène aussi à l’invention du contre-espionnage et des renseignements généraux ainsi qu’aux sources de l’anti-terrorisme. Ce livre nous fait également découvrir les opérations spéciales – foudroyantes – et les « actions invisibles » insoupçonnées menées à cette époque par les différents pays. L’auteur distingue aussi de tout ceci le « cabinet noir », consistant en l’interception des moyens de communication postale, mission auxiliaire du renseignement. Enfin, l’auteur consacre deux chapitres au renseignement économique et à la guerre économique. Le lecteur sera frappé par la modernité de cet arsenal de la surveillance et de la manipulation.
A travers cette histoire du renseignement durant le Consulat et l’Empire, c’est d’une histoire transnationale qu’il s’agit, d’une histoire de l’Europe. A partir des fonds d’archives de France, l’auteur fait comprendre où se cachait « l’appareil de renseignement ». Le régime se caractérisait par une centralisation de l’information, mais plus on approchait du sommet de la pyramide administrative, moins cette réalité était pertinente. En fait, l’Empereur donnait bien des ordres à ses ministres, qui semblaient exécuter la pensée du maître, comme en témoignent les instructions aux officiers et aux diplomates. Mais à l’analyse des documents d’archives, le renseignement, en France, était bien plus l’affaire de Talleyrand, mais aussi de Fouché et Savary.
Napoléon et le renseignement, Gérald Arboit, éditions Perrin, 544 pages, 25 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/napoleon-et-le-renseignement-gerald-arboit/157405/
dimanche 19 février 2023
Vaincre ou mourir : Entretien choc avec Reynald Secher, historien, écrivain et scénariste français, Docteur d’État ès lettres 2/2


Vous le dites en préambule du film, Charette, c’est d’abord l’honneur, l’honneur de faire face, de se battre, fidèle à l’exemple de ses ancêtres, pour sa terre et le peuple…
La gauche me dit que l’honneur est une valeur de droite. Je pense qu’elle a raison, ce qui sous-entend a contrario que le déshonneur est une valeur de gauche.
Faire preuve d’honneur, c’est assumer la fidélité à une société régie tant par les lois naturelles que les coutumes ancestrales. L’honneur se traduit par l’abnégation et le courage, ce qu’exprime parfaitement Charette.
La modernité révolutionnaire incarne exactement l’inverse : c’est l’orgueil, l’hybris, la volonté d’effacer toute trace du passé pour construire de manière totalitaire l’homme nouveau et la société nouvelle.
Quand les Vendéens se sont levés contre cette vision des choses, ils sont devenus, aux yeux des révolutionnaires, des ennemis du genre humain qui devaient être à ce titre éliminés, y compris les plus modérés et les partisans de la République résidant en Vendée militaire : aucune grâce ne pouvait être tolérée, d’où le massacre systématique des prisonniers, des femmes, des enfants et des vieillards.
Ce film est une œuvre magnifique. Comment expliquez-vous l’accueil enthousiaste du public malgré la déferlante de haine ?
La réponse est simple : le public ne s’y est pas trompé. Enfin, la vérité se fait jour sur la Vendée à travers un héros populaire, un héros français qui appartient à tout le monde. La Vendée est un passé qui ne passe pas dans l’inconscient français.
La pseudo élite mainstream, totalement déconnectée du peuple, n’a pas compris ce sentiment et elle poursuit la diffusion de ses valeurs mortifères alors que le peuple veut tout simplement vivre son histoire.
Malheureusement, cette pseudo élite maîtrise tous les rouages du système même si son agonie intellectuelle est amorcée.
Cette pseudo élite reproche au Puy du fou Films d’avoir traité le thème historique de la Vendée. Au nom de quoi et de qui ? Théoriquement, les chaînes, dites de production, devraient investir dans la diversité ce qui, malheureusement, n’est pas le cas en France, pour des raisons essentiellement idéologiques et politiques, d’où la pauvreté et la redondance de la production cinématographique actuelle, puisque l’essentiel des thèmes abordés tourne autour des mêmes idées de nature sociologique, sexuelle, migrationniste, etc.
En son temps, Jean Meyer disait que le dernier communiste stalinien serait à l’université française. L’histoire lui donne malheureusement raison.
Quant au public, faisons-lui confiance. En l’occurrence, il a fait le choix d’aller voir ce film et d’en parler hors de toute contrainte en lui rendant unanimement hommage.
Cette réponse du public a commencé avec l’explosion des réseaux sociaux il y a une vingtaine d’années. Ce mouvement s’amplifie doucement et gageons qu’à court ou moyen terme l’explosion va jaillir. Rappelons-nous ce qu’il s’est passé en 1990 en URSS : qui aurait pu imaginer que ce système « solide comme un roc » allait s’effondrer par l’intérieur. En 1985, alors jeune professeur dans l’enseignement secondaire, il nous était recommandé d’affirmer que l’URSS était la deuxième puissance mondiale alors même que tout le monde savait qu’elle était sur la pente descendante. J’avais alors fait part de ma stupeur à mes collègues qui ont immédiatement réagi en me traitant de fasciste, de suppôt du capitalisme américain… Il a fallu des années après la chute du mur de Berlin pour que le contenu des ouvrages scolaires évolue.
Canal+ a décidé de jouer la carte de la pluralité et d’aborder d’autres thèmes, notamment celui de l’histoire. C’est une première et comme le public y est incontestablement sensible, il est fort à parier que des sujets de même nature seront mis en images. Canal+ sait bien que toute une partie des Français est lasse de la cancel culture et appelle de ses vœux des œuvres de ré-enracinement.
Ce que les lecteurs ne savent pas, c’est qu’il suffit d’appliquer la loi pour vous faire taire.
Exactement, j’en ai d’ailleurs fait part à un journaliste hostile stupéfait car il ne croyait pas à l’existence de ces textes.
En effet, il suffit de réactiver les lois prises à l’encontre des Vendéens en 1793 qui n’ont jamais été abrogées, ce qui constitue un incroyable scandale. Je rappelle que l’extermination et l’anéantissement de la Vendée ont été votés unanimement par l’assemblée nationale de l’époque, la Convention, en conscience partagée.
Il suffit de les réactiver comme on a réactivé des lois révolutionnaires pour légaliser la déportation des Juifs durant la Seconde guerre mondiale.
Que prévoient ces lois ?
Ces lois prévoient l’extermination de tous les Vendéens par l’armée, la nationalisation de leurs biens, l’implantation d’une nouvelle population venue de l’extérieur et choisie sur des critères idéologiques et politiques.
Il y aura toujours un Robespierre, un Lazare Carnot… pour imaginer de telles politiques et un Turreau, un Amey pour les mettre en œuvre.
Lorsque des députés actuels comme Alexis Corbière et Matthias Tavel appellent dans la presse publique à une large mobilisation contre la falsification de l’histoire, quitte à utiliser des moyens coercitifs, ils ont eu des collègues nommés Carrier ou Fourcroy qui savaient y faire en la matière et qui peuvent leur fournir une ribambelle d’idées.
Mon propos peut faire sourire, néanmoins je conseille de lire attentivement les articles de presse contenant les propos desdits Corbière et Tavel avec tous les sous-entendus qu’ils contiennent, vous ne serez pas déçus… Il y a de quoi en frémir…
D’où la nécessité d’abroger ces lois. Malheureusement, abroger reviendrait à reconnaître les faits, le génocide. Malgré les multiples demandes, les députés, qui se considèrent à tort d’ailleurs, héritiers de la Révolution, s’y refusent absolument. Ils en deviennent de facto complices des crimes commis.
Nous connaissons les épisodes des noyades de Nantes dans la Loire, surnommée « la baignoire nationale », par le montagnard Carrier, les colonnes infernales du général Turreau, les civils assassinés, les femmes violées, les enfants tués et massacrés dans le ventre de leur mère… Vous montrez d’ailleurs cela dans le film. Peut-on parler d’un génocide vendéen ?
Il faut revenir à la définition du génocide, définition actée lors de la Convention de Nuremberg.
Selon elle, un génocide est un crime imprescriptible, commis contre l’humanité. Est considéré comme génocide la conception, la réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type racial, ethnique, politique ou religieux.
L’important n’est pas la réalité de ce groupe mais la perception qu’en ont les criminels.
En l’occurrence, le Comité de salut public et la Convention voient dans les Vendéens un groupe humain de type religieux et politique qu’il faut éliminer non pas pour ce qu’il a fait mais pour ce qu’il est.
En l’occurrence et de façon tout à fait incroyable, j’ai pu reconstituer tout le dossier d’extermination et d’anéantissement. Je tiens à souligner qu’il a fallu deux cents ans pour que soit soulevée au sein de l’Université la question de la nature de la répression en Vendée et que l’on travaille sur la réalité des faits aussi bien au niveau des bourreaux que des victimes.
Que peut-on constater ?
Premièrement, que l’extermination des Vendéens et l’anéantissement de leurs biens et de leurs terres ont été conçus au plus haut niveau de l’État, en l’occurrence, le 26 juillet 1793, au sein du Comité du salut public. Cette idée folle s’est traduite par trois lois votées les 1er août, 1er octobre et 7 novembre 1793. Synthétiquement, ces lois prévoient l’extermination des habitants de la Vendée militaire, la nationalisation de leurs biens, la destruction de leur territoire, le repeuplement par de bons citoyens venus de l’extérieur, et symboliquement le retrait du nom de la Vendée pour celui de « Département Vengé ». Ce nouveau nom n’a qu’un seul but : acter la disparition de la population « dégénérée » pour une population nouvelle révolutionnaire. Je le répète : l’extermination et l’anéantissement de la Vendée constituent un acte légal, voté en conscience partagée unanimement par les députés français.
Deuxièmement, il restait à mettre en œuvre la législation. Comme l’a si bien démontré Monsieur Jacques Villemain, dans ses ouvrages, les députés mettent en œuvre une chaîne de commandement qui part du haut vers le bas, c’est-à-dire du Comité de salut public aux généraux, puis des généraux aux officiers et enfin, des officiers aux simples soldats.
Toute la hiérarchie militaire, administrative et politique du Comité de salut public est concernée.
Troisièmement, j’ai pu retrouver l’essentiel des ordres donnés et des rapports politiques, administratifs et militaires, ainsi que les bilans de la grande majorité des actions menées en ce sens sur le terrain vendéen.
Quatrièmement, j’ai pu reconstituer, grâce à la numérisation des documents de l’époque, la planification de cette extermination et de cet anéantissement.
D’après ces documents, quatre plans chronologiques ont été conçus et mis en œuvre avec des objectifs précis que sont l’extermination générale et la destruction complète du territoire de la Vendée. Je ne peux que vous recommander à ce sujet mon livre : Vendée : du génocide au mémoricide (Le Cerf). Tout y est extrêmement précis, preuves à l’appui.
Restent les victimes survivantes. Elles ont beaucoup témoigné et leurs récits sont très précis. À titre d’exemple, nous pouvons citer le village du Petit Luc, rayé de la carte faute d’habitants. Autre cas factuel : celui de La Chapelle Basse-Mer, objet de ma première thèse via laquelle j’ai démontré que sur les 3 250 habitants, plus de 850 ont été tués ; et sur 990 maisons, 360 ont été incendiées, soit 51 % de la valeur immobilière. Globalement, sur 815 000 Vendéens de la Vendée militaire, au minimum 117 000 ont disparu, je précise que ces chiffres sont énoncés a minima, ainsi 200 000 habitants ont tout aussi bien pu disparaître.
Espérons qu’avec le développement de la technologie, l’avenir nous permettra d’avoir des chiffres plus précis.
Quels sont vos ouvrages que vous conseillez de lire pour se former et connaître la vérité sur cette histoire, sur notre histoire ?
Selon l’approche que l’on souhaite en avoir, il faut choisir en conséquence.
Pour comprendre l’action du paysan vendéen, je vous conseille de lire : La Chapelle Basse-Mer, village vendéen, Révolution et contre-révolution, ou La guerre de Vendée à La Chapelle Basse-Mer, le premier étant un ouvrage purement historique, le second étant un roman historique basée sur des faits historiques réels.
Pour comprendre le génocide, je vous recommande : Vendée-Vengé, le génocide franco-français (Perrin)
Enfin, pour comprendre la manipulation de la mémoire vendéenne, je vous recommande : Vendée du génocide au mémoricide (Le Cerf)
Pour les lecteurs passionnés qui souhaitent aborder le problème sous l’angle juridique, je leur conseille de lire les ouvrages de Monsieur Jacques Villemain : Vendée 1793-1794 (Le Cerf), ou Génocide en Vendée (Le Cerf)
Pour obtenir ces ouvrages clés allez sur mon site : https://reynald-secher-editions.com/
Mais avant tout, si ce n’est pas déjà fait : précipitez-vous pour voir ce film extraordinaire réalisé par le Puy du Fou : Vaincre ou mourir https://www.vaincreoumourir.fr/
Vaincre ou mourir : Entretien choc avec Reynald Secher, historien, écrivain et scénariste français, Docteur d’État ès lettres 1/2


Reynald Secher, le grand public vous redécouvre à l’occasion du film remarquable Vaincre ou mourir, réalisé par le Puy du Fou Films. Pouvez-vous vous présenter brièvement pour les lecteurs du Salon Beige à qui vous faites l’honneur de cet entretien exclusif.
Originaire de Bretagne par mon père et de Vendée par ma mère, père de quatre enfants, je me destinais à devenir chef d’entreprise aux États-Unis. La providence en a décidé autrement. Étudiant en histoire, j’ai fait la rencontre d’un grand professeur d’université, Jean Meyer, qui allait bouleverser ma vie. C’est lui qui m’a proposé de travailler sur l’histoire de la Vendée pendant la période de 1793-1794. Les choses se sont passées en trois temps. Dans le cadre de mon diplôme d’études approfondies (DEA), je devais vérifier si le discours universitaire officiel affirmant qu’il était impossible de travailler à l’université sur ce sujet faute de documents s’avérait être véridique. La méthode retenue par Jean Meyer qui consistait à reconstituer l’histoire d’un village, en l’occurrence celle de La chapelle Basse-Mer, s’étant révélée fructueuse, je suis passé à la rédaction d’une thèse de troisième cycle sur ce village. Entre autres, au-delà de la documentation trouvée, je me suis rendu compte que la mémoire populaire par rapport à ces événements était encore vivante et d’une richesse incroyable. Ayant créé des méthodes spécifiques pour traiter ce genre de sujet, je les ai extrapolées à l’ensemble de la Vendée militaire dans le cadre d’une thèse d’État publiée en 1986 aux presses universitaires de France (PUF) sous le titre : Le génocide franco-français, la Vendée-Vengé.
Ayant dû démissionner de l’enseignement à la suite de la publication de ces deux thèses, je suis devenu directeur de communication du conseil régional du Poitou-Charentes. À la fin de mon contrat, j’ai fondé une maison d’éditions éponyme tout en devenant conservateur du musée des guerres de l’ouest à Plouharnel, dans le Morbihan. Parallèlement, j’ai continué à écrire des articles, des livres, des scénarios pour des documentaires et des bandes dessinées. Je me suis également beaucoup investi dans la restauration du patrimoine local, régional et international à la tête de « l’association Mémoire du futur de l’Europe », ainsi que dans la transmission de la mémoire de la Vendée et de la Chouannerie à la tête de « l’association des descendants des Chouans et des Vendéens ».
Les médias mainstream ont lancé une campagne de dénigrement et d’insultes contre le film, les Villiers et vous-même. Comment expliquez-vous ce déferlement de haine qui se traduit par autant d’anathèmes et d’insultes les plus choquantes et les plus grotesques ?
Depuis que le gouvernement de Front Populaire a poussé à la nomination, en 1937, de Georges Lefebvre à la chaire d’Histoire de la Révolution française de la Sorbonne qui fixe la doxa universitaire en la matière, tous les titulaires de ce poste sont issus de la Société des Etudes Robespierristes (SER) fondée par Mathiez en 1908 (il participera encore à la fondation du Parti Communiste Français en 1920). Lefebvre sera lui-même un « compagnon de route » du PCF, et après lui plusieurs titulaires de cette chaire y seront encartés jusqu’à leur mort tels A. Soboul et M. Vovelle. L’actuel titulaire de cette chaire, P. Serna, élève des deux précédents, chroniqueur régulier dans « L’Humanité » appelle à voter pour Jean-Luc Mélenchon. C’est assez dire que la Révolution française comme « vieille déesse-mère » (F. Furet) ou mythe fondateur pour la gauche radicale et révolutionnaire qui voit dans la violence cette nécessaire « accoucheuse de l’Histoire » que célébrait Marx, n’est pas prête à accepter qu’on porte atteinte à l’Immaculé Robespierre, auteur avec quelques autres dont Carnot et Turreau du génocide vendéen. Ce petit, mais puissant cénacle qu’est la SER, profondément enkysté dans cette Bastille universitaire, qu’est la Sorbonne, essaie de faire croire que dénoncer les violences et les crimes de 1793-1794, c’est attaquer la République, comme si la république démocratique et pluraliste qui est la nôtre s’identifiait à ce régime de Terreur, de crime et de sang, justement qualifié de «matrice des totalitarismes » par F. Furet et qui fut celui de l’an II. On est là dans une forme d’escroquerie intellectuelle.
Je ne reviendrai pas sur les agissements de ce qu’il faudrait sans doute appeler la « secte robespierriste » et que j’ai détaillés il y a bien des années dans une brochure où je traitais de La désinformation autour de la guerre de Vendée et du génocide. Je ne puis que constater, pour m’en désoler, le fait que sa puissance aujourd’hui va jusqu’à lui permettre d’insérer ses tentacules jusque dans l’Université catholique. C’est ainsi qu’une élève de MM. JC Martin et P. Serna (tous deux membres de la SER) enseigne aujourd’hui à la Catho d’Angers et diffuse des ouvrages contestables tant sur la méthode que sur le fond. Que Mme Rolland-Boulestreau présente sous le titre « Les colonnes infernales » (Fayard 2015) une synthèse fondée uniquement sur le point de vue des militaires républicains (que dirait-on d’un ouvrage qui se présenterait comme une histoire d’Auschwitz racontée du seul point de vue des SS ?) ou, pis encore un ouvrage, qui sous le titre « Guerre et Paix en Vendée 1794-1796 » (Fayard 2019) également uniquement à partir des sources républicaines (comme si la négociation d’un traité de paix pouvait valablement être analysé à partir du point de vue d’une seule des deux parties, comme si la guerre de Vendée avait pris fin en 1796), n’est pas bien sérieux. Qui plus est, cette personne ose prétendre que je n’aurais pas mis les pieds aux archives du ministère de la guerre, ce qui est un mensonge éhonté qui ne l’honore guère. Nous en sommes là, hélas. On parle beaucoup de l’ « Université woke », mais il y a beau temps que cette part de l’Université qui traite de la période révolutionnaire est sous la coupe d’une vision politiquement orientée et publie moins de travaux d’histoire que de propagande politique de la gauche radicale. Il faut le savoir.
À l’heure actuelle, l’action de cette gauche sectaire contre le film Vaincre ou mourir a la même finalité : entraver sa diffusion, tout comme elle a entravé la diffusion de mes ouvrages et de mon travail.
Certains élus, dont parmi eux des députés, appellent ouvertement à vous faire taire. Au-delà de cette incitation manifeste à la haine, qui mériterait un traitement judiciaire approprié, ces héritiers de régimes mortifères, qui ont fait des dizaines de millions de morts, continuent à donner des leçons au monde. Comment peut-on expliquer cette situation ?
La bêtise, l’aveuglement idéologique, l’intérêt financier et social sont leurs moteurs. Pour conserver leurs rentes, leur statut social, ils vendraient père et mère. Qu’importent les faits, qu’importe la Vérité, ils sont vils et veulent coûte que coûte continuer à jouir de leur rente de situation, laquelle est tellement confortable qu’elle se prolonge depuis plus de 200 ans.
Cependant, les faits sont têtus et l’inimaginable, l’indicible commencent à s’imposer. Par conséquent, ces prophètes n’ont pas d’autres solutions que de se comporter comme ils le font et de refuser absolument toute remise en cause.
A suivre
Cicéron : La République ou I'art d'équilibrer les pouvoirs
Cicéron dénonce Catilina ou Cicéron au Sénat accuse Catilina de conjuration, une fresque de Cesare Maccari, composée vers 1880. De Cicéron, on retient surtout I'art oratoire. À deux millénaires d'intervalle, ses harangues restent un modèle d'éloquence. Le penseur politique ne jouit pas d'une telle réputation, peut-être parce qu'il répugnait aux cités idéales.
Si l’Education nationale faisait son travail, elle mettrait au programme des lycées les classiques de la pensée politique, au même titre que les grands auteurs du patrimoine littéraire. L'homme deviendrait alors un animal politique. Ego Non, qui tient la chaine YouTube du même nom, nous offre plus qu'une session de rattrapage - une introduction à l'art de (se) gouverner.
L’attrait qu'exerce la philosophie antique ne s'est jamais démenti. Pourtant, quand on songe de nos jours aux origines de la philosophie, un penseur comme Cicéron est loin d’être le plus populaire, à coté des Grecs Platon, Aristote et Épicure ou des Romains Sénèque, Lucrèce et Marc Aurèle. Ceux qui ont étudié le latin l’école se souviennent principalement de Cicéron comme un auteur assez fastidieux sur lequel ils s'appliquaient à de nombreux exercices de version. En règle générale, on a souvent tendance à voir en lui un grand orateur, certes, un maitre de la langue latine, mais un philosophe sans grande originalité ni intérêt.
Une telle opinion aurait sans doute surpris nos ancêtres qui, jusqu’à Montesquieu, David Hume et Edmund Burke, voyaient en Cicéron un modele de sagesse pratique, d'humanisme et de finesse d'esprit. En fait, c'est au XIXé siècle, suite aux travaux de grands savants ou historiens allemands, comme Theodor Mommsen ou Wilhelm Drumann par exemple, que la réception de Cicéron changea. Obsédés qu'ils étaient par les Grecs, les Allemands dénièrent peu à peu toute profondeur à Cicéron, en qui ils ne voyaient plus qu'un pâle copieur de ces derniers - au mieux un passeur de culture. Hegel, dans son Histoire de la philosophie, le range même au simple grade de « vulgarisateur ».
S'il y a du vrai dans ce jugement, il n'en demeure pas moins grandement injuste. Sa philosophie est en effet bien moins spéculative que celle des Grecs, mais par sa manière même de penser, Cicéron nous rappelle que l'étude de la philosophie ne doit pas conduire à négliger la vie publique, qu'il n'y a aucun mérite à se retrancher de la vie sociale au nom dune prétendue recherche désintéressée de la Vérité. Toute réflexion relative au Bien moral doit comporter un enseignement pratique visant à améliorer sa conduite dans la société. Et c'est à cet égard que Cicéron est pour nous un éveilleur, un mentor nous mettant sur la voie du Bonus vir et honestus civis, la voie de I'homme bon et du citoyen honnête.
Le grand nombre et le petit nombre
Pour s'en convaincre, qu'on lise ce qui nous est parvenu de son ouvrage sur la République, le De Republica, un dialogue qui, s'il rappelle I’œuvre majeure de Platon par son titre, en est pourtant fort éloigné en ceci que c'est bien la république romaine elle-même qui fut l’objet de réflexion de Cicéron, et non une cité idéale. En effet, ce n'est pas dans les institutions théoriques de la république platonicienne qu'il faut chercher notre inspiration, mais dans celles de la république romaine du début du IIe siècle avant notre ère, c'est-à-dire à l’époque de Caton l'Ancien et de Scipion. Ce qui caractérise alors la République, note Cicéron, c'est son équilibre parfait et nuancé, un équilibre juste et ordonné des formes monarchique, aristocratique et démocratique de l’État.
Chacun connait en effet la classification traditionnelle des différents régimes politiques qui sépare théoriquement monarchie, aristocratie et démocratie, et Cicéron les passe successivement en revue dans son ouvrage afin de déterminer lequel de ces régimes est le plus conforme à l'idéal de la res publica, de la chose publique, qui est aussi la res populi, la défense du peuple et du bien commun. Toutefois, si chacun de ces trois régimes peut se défendre intellectuellement, en tant qu'archétype pur, il n'en demeure pas moins que chacun d'entre eux recèle des défauts. Même sous un roi très juste et sage comme Cyrus de Perse, il ne semble pas que son gouvernement puisse être réellement appelé « République », la chose du peuple, étant donné que nul autre que le roi n'a, dans la société, de mots à dire dans la confection des lois et dans les décisions a prendre. De plus, si l'on peut parfois avoir la chance d’être gouverné par un Cyrus, on doit bien souvent endurer le règne des pires despotes qui anéantissent bien vite tout idéal de République au profit de leur tyrannie personnelle. Mais il en va de même des deux autres régimes : quand l’élite est maitresse absolue du pouvoir, la masse du peuple n'a pas son mot à dire, et quand c'est le peuple qui mène les affaires de la cité, « même s'il fait preuve de justice et de modération, dit-il, l’égalité qui règne est inique parce qu'elle supprime toute échelle de dignités ».
Toute constitution est perpétuellement sur une pente dangereuse, voisine d’un abus, et, en conséquence, d’une révolution. Si l’on prend la démocratie, par exemple, son avantage sur les deux autres formes est l’insistance qu'elle place sur la liberté. La liberté n'est si grande que dans une nation démocratique et c'est en effet un attrait puissant de ce régime. Mais la licence sans frein doit tôt ou tard condamner tout régime démocratique qui dit Cicéron, n'arrive plus à établir la concorde entre ses citoyens en imposant un même but à tous, car chacun y va de sa licence privée. Nous sommes donc partagés entre l’insuffisance du pouvoir d'un seul et l’irréflexion de la multitude qui ne peut gouverner à long terme.
Ainsi, les trois formes de constitution dont il est question ici pêchent par les vicissitudes inhérentes à leur forme, mais sont attractives aussi par certaines dimensions qui font leur spécificité : la royauté nous attire par l’unité de commandement qui réside au sommet de l’État, l’élite par sa sagesse supérieure et par la reconnaissance du principe hiérarchique, et la démocratie par la liberté. Toutefois, remarque Cicéron, il existe une quatrième forme de gouvernement qui mériterait, elle, plus d'approbation, c'est le régime qui résulte de la combinaison et du mélange des trois régimes précédents. La meilleure constitution pour un peuple, dit-il, est celle qui est composée de ces trois formes simples (royauté, aristocratie et démocratie), tempérées les unes par les autres et formant dans leur réunion un juste équilibre qui maintient dans l’État assez de majesté, d'intelligence et de liberté. Il n’y a de stabilité que dans l’harmonie des diverses forces naturelles que présente une nation. Hors de cette condition parfaite, les sociétés sont soumises à des vicissitudes fatalement déterminées, qui les font passer de la licence à la tyrannie, et de la tyrannie à la licence, et dont il est presque impossible d’arrêter le cours.
Mais même pour l’esprit le plus élevé de Rome, toutes ces considérations ont le grand défaut d’être purement abstraites, de laisser la pensée se perdre dans une région idéale qui n'a en définitive que peu de liens avec la vie pratique. Cicéron se hâte donc de faire redescendre la philosophie sur terre, en cherchant parmi les sociétés humaines un modele qui puisse se rapporter à ses préceptes, qui en contrôle la justesse et qui lui fournisse cette expérience indispensable aux bons raisonnements sur la politique. Ce modèle, c'est Rome, bien naturellement. Le livre II du De Republica s'inscrit donc dans une analyse historique de la ville de Rome depuis ses origines, et c'est principalement ce qui fit la grande originalité de cet ouvrage dans l'Antiquité à coté des philosophes grecs. « J’atteindrai plus aisément le but que j'ai en vue en vous montrant notre république à sa naissance, dans sa croissance, son âge adulte et enfin sa pleine vigueur, que si comme Socrate dans Platon, je forgeais un État idéal. »
Le pays réel ou la cité idéale
Ainsi Cicéron retrace-t-il le développement de Rome depuis ses origines avec Romulus pour montrer comment la ville s'est progressivement et organiquement développée de façon mixte. L’instauration de la République offre donc un nouvel équilibre des pouvoirs qui remplace le régime à dominante monarchique : les trois dimensions royale, aristocratique et populaire du pouvoir sont donc conservées à travers les consuls, le Sénat et les tribuns de la plèbe.
Si le De Republica est certes incomplet, et s'il peut même être assez frustrant de le lire dans un état si fragmentaire, il n'en offre pas moins une orientation générale très stimulante sur la conduite à adopter et, surtout, sur le bon sens dont il faut faire preuve. Cette insistance sur le caractère mixte du pouvoir nous rappelle que les théories politiques, pour ne pas se transformer en nuisances idéologique, doivent prendre en compte le réel et accepter d'intégrer des nuances. Si nous critiquons aujourd'hui, par exemple, l'excès de l’individualisme libéral et sa fausse conception de la liberté (qui n'est en vérité que la licence absolue des mœurs faisant fi de toute réflexion sur le bien commun), il ne s'agit pas pour autant de nier l’attrait réel et juste que la liberté exerce sur nous. Il faut faire attention à ne pas devenir notre propre caricature, et Cicéron est un bon mentor en ce domaine. L’opposition aux principes libéraux et égalitaires ne doit pas nous pousser à soutenir le despotisme pour autant. Nous ne vivons évidemment plus sous la République romaine et nous avons connu depuis de nombreux autres développements historiques et sociaux, mais il n'empêche que cet ancien modèle politique et social peut se révéler, à travers la description qu'en fait Cicéron, une source d'inspiration.
Pour aller plus loin : Cicéron, De la République - Des lois, Flammarion, coll. GF.
Par Ego Non éléments N°198 Octobre -novembre 2022
Béchir Gemayel dans la collection « Qui suis-je ? »

Yann Baly, Directeur général d’une collectivité territoriale, a été secrétaire général de Chrétienté Solidarité de 1998 à 2005, période à laquelle il a appris à connaître et aimer le Liban. Emmanuel Pezé fut volontaire français au Liban en 1976 et décoré de la croix du combattant Kataëb. Il est ensuite devenu journaliste (notamment pour Le Figaro et l’AFP). Il préside aujourd’hui l’Amicale des anciens volontaires français au Liban. Ensemble, ils co-signent une remarquable biographie de Béchir Gemayel (1947-1982), chef militaire des Phalanges libanaises puis des Forces libanaises, mort dans un attentat le 14 septembre 1982, trois semaines après avoir été élu président de la République du Liban.
C’est une période dont les moins de vingt ans de nos compatriotes ne connaissent généralement rien. Ce livre sera donc très utile à ceux parmi eux qui s’intéressent au sort des chrétiens d’Orient. Le christianisme est présent au Liban dès les premiers temps de l’Eglise. Installée dans la montagne libanaise depuis le VIIe siècle, la communauté des maronites – catholiques de rite syriaque – a connu tour à tour les persécutions des Arabes, des Ottomans et des Druzes, mais toujours elle a résisté, se réfugiant au besoin dans les grottes de la Vallée Sainte. En 1250, le roi Saint Louis s’adresse au patriarche maronite en ces termes : « Pour nous et nos successeurs sur le trône de France, nous promettons de vous donner, à vous et à tout votre peuple, notre protection spéciale, comme nous la donnons aux Français eux-mêmes. » Il est important de rappeler ce serment qui lie la France et le Liban.
Ce livre commence par rappeler l’histoire de la famille Gemayel, l’une des plus anciennes du Liban. Pierre Gemayel, père de Béchir, s’impose rapidement comme le chef des Phalanges libanaises créées en 1936 et devient l’un des artisans de l’indépendance du Liban le 22 novembre 1943. Tout naturellement, dès qu’il a l’âge de 15 ans, le jeune Béchir prend sa carte de membre du parti Kataëb et s’implique dans le militantisme phalangiste. D’abord professeur d’éducation civique, Béchir devient avocat au barreau de Beyrouth en 1974. L’année suivante, une attaque palestinienne contre Pierre Gemayel signe le déclenchement de la guerre du Liban. Béchir Gemayel devient vite à la fois un chef militaire respecté et un leader politique admiré. A l’issue de plusieurs années marquées par le sang, Béchir Gemayel promet de devenir l’apôtre de l’unité libanaise, gagnant la confiance des communautés musulmanes sunnites et chiites, mais également celle de l’ancienne et influente communauté druze du pays, et réussit le tour de force d’accéder à la magistrature suprême. L’espoir sera rapidement brisé par l’attentat qui le tue avec 23 autres personnes.
Béchir Gemayel, Yann Baly & Emmanuel Pezé, éditions Pardès, collection Qui suis-je ?, 128 pages, 12 euros
A commander en ligne à la Librairie française
https://www.medias-presse.info/bechir-gemayel-dans-la-collection-qui-suis-je/157514/
samedi 18 février 2023
Ernest Renan et l’apport des Celtes à la culture occidentale

Si à l’occasion de son bicentennaire (1823-2023), il ne faut relire qu’un texte de Renan, ce pourrait être celui-là : intitulé « La Poésie des races celtiques », il est paru en 1854 dans la très chic Revue des Deux Mondes et est maintenant disponible parmi d’autres pépites du philologue breton sur Wikisource.
Il s’agit au départ d’un article de vulgarisation scientifique faisant le point sur les dernières parutions de philologie celte. Après une longue introduction sur la mentalité des peuples celtes et qui peut se lire comme un autoportrait psychologique, Renan en vient enfin à l’analyse des documents anciens. C’est alors l’occasion pour le jeune chercheur de 31 ans de formuler une série d’hypothèses personnelles qui dépassent le cadre de la poésie.
Elles peuvent se résumer en 5 propositions, correspondant à 5 apports décisifs du monde celte à la civilisation de l’Europe occidentale. Nous nous proposons de comparer ces hypothèses de 1854 aux acquis de la recherche actuelle : 200 ans après, Renan n’a pas pris une ride !
Hypothèse 1 : au 12ème siècle, avec les récits de la Table Ronde, les bardes gallois introduisent la fiction et le romanesque dans la civilisation médiévale
« A notre avis, c’est dans les Mabinogion [recueil de contes où se trouvent les aventures du roi Arthur] qu’il faut chercher la véritable expression du génie celtique (…), source de presque toutes les créations romanesques de l’Europe (…) L’introduction des romans bretons dans le courant de la littérature européenne opéra une révolution non moins profonde dans la manière de concevoir et d’employer le merveilleux. Dans les poèmes carlovingiens, le merveilleux est timide et conforme à la foi chrétienne : le surnaturel est produit immédiatement par Dieu ou ses envoyés. Chez les Kymris au contraire, le principe de la merveille est dans la nature elle-même, dans ses forces cachées, dans son inépuisable fécondité (…) L’élément romantique par excellence, l’aventure, cet entraînement d’imagination qui fait courir sans cesse le guerrier breton après l’inconnu [est absente dans la littérature précédant le 12ème siècle] (…) Quant au merveilleux chrétien, Boileau a raison : il n’y a pas de fiction possible avec un tel dogmatisme. »
L’hypothèse 1 de Renan est amplement validée par l’historien Martin Aurell, auteur de la dernière synthèse universitaire sur la saga arthurienne (2007) : au 12ème siècle, la Matière de Bretagne, originaire du Pays de Galles, s’est répandue comme une trainée de poudre dans toute l’Europe catholique. Par le nombre de manuscrits copiés, elle a totalement marginalisé les autres courants de la littérature médiévale. Pour les contemporains eux-mêmes, elle est qualitativement très différente de la Matière de France et de la Matière de Rome : la fiction y est beaucoup plus développée, au point de lui attribuer un mot nouveau : le roman.
Davantage que Renan, Aurell distribue équitablement les lauriers de cette invention : entre Bleddri ap Cydifor, barde gallois polyglotte (transmission orale jusqu’à la cour de Guillaume IX d’Aquitaine, le premier troubadour), le gallois-armoricain Geoffroy de Monmouth (transmission en latin) et le champenois Chrétien de Troyes (que Renan méprise, peut-être parce qu’il a christianisé la légende).
Hypothèse 2 : l’influence des romans arthuriens a relevé le statut de la femme occidentale, à un niveau incomparable avec les autres civilisations
« C’est surtout en créant le caractère de la femme, en introduisant dans la poésie, auparavant dure et austère, du moyen âge les nuances de l’amour, que les romans bretons réalisèrent cette prodigieuse métamorphose. Ce fut comme une étincelle électrique : en quelques années, le goût de l’Europe fut changé : le sentiment kymrique courut le monde et le transforma. Presque tous les types de femmes que le moyen âge a connus, Genièvre, Iseult, Énide, viennent de la cour d’Arthur (…) Certes la chevalerie est un fait trop complexe pour qu’il soit permis de lui assigner une seule origine. Disons cependant que l’idée d’envisager l’estime d’une femme comme le but le plus élevé de l’activité humaine et d’ériger l’amour en principe suprême de moralité n’a assurément rien d’antique, rien de germanique non plus. (…) Quant à chercher parmi les Arabes, ainsi qu’on l’a voulu, l’origine de cette institution, entre tous les paradoxes littéraires auxquels il a été donné de faire fortune, celui-ci est vraiment un des plus singuliers. »
L’idée que le 12ème siècle est un moment d’affirmation exceptionnelle des femmes européennes est validée par l’historienne Régine Pernoud (La femme au temps des cathédrales, 1976). Les femmes interviennent alors dans presque toutes les professions (de la seigneuresse à la coiffeuse en passant par la miresse), investissent la politique (Aliénor d’Aquitaine), la culture profane (Marie de France), les sciences naturelles et la théologie (Hildegarde de Bingen).
Pernoud attribue cette percée momentanée au recul du droit romain (au profit du droit coutumier d’Europe du nord), à la christianisation (le mariage est un sacrement, il ne peut donc être forcé), enfin à un grain de Celtes :
Elle a été « facilitée dans nos pays (…) par l’influence de la société celtique (…) car chez les Celtes, je ne dirais pas que la femme était à égalité avec l’homme, je ne crois pas qu’on puisse le dire d’aucune civilisation en dehors de la civilisation chrétienne, mais du moins était-elle étroitement associée à l’homme et prenait une grande part à ses activités, et cela scandalisait les écrivains romains. Lors de l’effondrement de l’Empire au 5ème siècle, la civilisation celtique reprend un peu ses droits (…) » (Interview de Régine Pernoud à Radio Canada, 1982). Régine Pernoud a depuis été critiquée pour son optimisme, elle a même disparu des bibliographies, et pourtant c’était elle la pionnière de l’histoire des femmes…
Martin Aurell et Michel Pastoureau (Les Chevaliers de la Table Ronde, 2022) montrent que les romans arthuriens présentent certes une vision idéalisée des rapports humains, mais que cet idéal a servi de modèle de comportement dans des couches assez larges de la population (y compris la paysannerie aisée).
L’idéalisation laisse d’ailleurs parfois place à un certain réalisme psychologique : dans Perceval par exemple, Chrétien de Troyes suit les malheurs d’une jeune fille détruite par la jalousie maladive de son ami.
Livre de Lancelot du Lac, manuscrit de 1401-1425, Bibliothèque nationale de France.
Hypothèse 3 : naissance des superhéros luttant pour un monde plus juste
« De là ce messianisme celtique, cette croyance à un vengeur futur qui restaurera la Cambrie et la délivrera de ses oppresseurs (…) Les petits peuples doués d’imagination prennent d’ordinaire ainsi leur revanche de ceux qui les ont vaincus (…) Presque tous les grands appels au surnaturel sont dus à des peuples vaincus, mais espérant contre toute espérance (…) Comparez le héros celtique et le héros germanique, Beowulf et Pérédur par exemple. Quelle différence ! Là, toute l’horreur de la barbarie dégouttante de sang, l’enivrement du carnage (…) ici, au contraire, un profond sentiment de la justice (…) et une vive sympathie pour les êtres faibles (…) Aussi, chaque fois que le vieil esprit celtique apparaît dans notre histoire, on voit renaître avec lui la foi à la nature et à ses magiques influences. Une de ces manifestations les plus caractérisées me semble être celle de Jeanne d’Arc. Cette espérance indomptable, cette fermeté dans l’affirmation de l’avenir, cette croyance que le salut du royaume viendra d’une femme, ces traits, si éloignés du goût ancien et du goût germanique, sont en réalité celtiques (…) La chaumière de la famille d’Arc était ombragée d’un hêtre fameux dans le pays, et dont on faisait le séjour des fées. Dans son enfance, Jeanne allait suspendre à ses branches des guirlandes de feuillage et de fleurs (…) Elle a été annoncée par Merlin (…) »
Martin Aurell (2007 et 2022) confirme le « messianisme » laïc des récits arthuriens. Imaginé d’abord comme un superhéros qui viendra libérer les Gallois de l’oppression saxonne, Arthur perd avec le temps son ancrage celte. En se répandant en Europe, il devient le modèle utopique et universel d’un roi luttant contre les injustices. Y compris l’injustice sociale, comme le montre l’épisode des Tisserandes exploitées du Château de Pire Aventure, inspiré par les ouvrières du textile de la ville de Troyes. Arthur est secondé par des héros masqués, à la recherche d’eux-mêmes, venant aux secours des faibles et finissant par trouver l’amour : un scénario qui sera beaucoup utilisé par Hollywood…
Les prophéties de Merlin, mises par écrit par Geoffroy de Monmouth, ont également une grande popularité au Moyen Age. Aussi énigmatiques que celles de Nostradamus, elles laissent espérer de grands changements politiques à venir et sont jugées crédibles, y compris par les sommités de l’époque.
Comme le dit Renan, ces prophéties ont aidé Jeanne d’Arc à s’imposer. De même on trouve dans les minutes des procès de la sainte des références à l’Arbre aux fées (qui est peut-être en lien avec l’Arbre de Mai celtique). Mais contrairement à ce que laisse entendre le philologue incroyant, Jeanne d’Arc était elle-même d’une parfaite orthodoxie chrétienne et se tenait à distance de ce « folklore » populaire.
Hypothèse 4 : les récits celtes réhabilitent l’idée de nature au sein d’un Moyen Age foncièrement anti-écolo
« La nature entière est enchantée, et féconde, comme l’imagination elle-même, en créations infiniment variées (…) Ce qui frappe surtout dans ces étranges récits, c’est la place qu’y tiennent les animaux transformés par l’imagination galloise en créatures intelligentes (…) Cette touchante sympathie tenait elle-même à la vivacité toute particulière que les races celtiques ont portée dans le sentiment de la nature (…) l’amour de la nature pour elle-même, l’impression vive de sa magie, et ce mouvement de tristesse que l’homme éprouve quand, face à face avec elle, il croit l’entendre lui parler de son origine et de sa destinée (…) Chez les Kymris au contraire, le principe de la merveille est dans la nature elle-même (…) Rien de la conception monothéiste, où le merveilleux n’est qu’un miracle, une dérogation à des lois établies (…) La légende de saint Brandan est sans contredit le produit le plus singulier de cette combinaison du naturalisme celtique avec le spiritualisme chrétien (…) C’est le monde vu à travers le cristal d’une conscience sans tache : on dirait une nature humaine comme la voulait Pelage, qui n’aurait point péché. »
L’historien Fabrice Mouthon (Le sourire de Prométhée, 2017) défend l’idée d’un Moyen Age prométhéen qui abat sans trop d’état d’âme les forêts et aménage en profondeur les territoires. La théologie dominante valorise l’action de l’homme prolongeant celle du Créateur, la campagne cultivée étant jugée plus parfaite que les écosystèmes sauvages.
Cependant un contre-discours émerge au 12ème siècle : l’allégorie de Dame Nature apparaît chez le théologien Alain de Lille (1170) tandis que les cisterciens préconisent la contemplation de la nature comme moyen d’accéder à Dieu. Des mesures de protection des forêts commencent à être prises, dès le 12ème siècle en Grande Bretagne.
Pour Etienne Anheim (2017), il faut plutôt attendre le 14ème siècle et aller du côté de l’Italie pour voir naitre le sentiment de la nature, avec Pétrarque et Boccace.
Aucun lien n’est fait par ces chercheurs avec les romans arthuriens, l’hypothèse 3 de Renan ne semble pas validée. Pourtant le Perceval de Chrétien de Troyes (1180-1190) s’ouvre par une description de la forêt s’éveillant au printemps, suivie quelques pages plus loin par une célébration de la Nature et de ses beautés (moins belles cependant que les chevaliers). On peut ajouter qu’Alain de Lille connaissait les romans arthuriens (puisqu’il les critiquait) et qu’il en va de même pour les auteurs italiens, l’Italie ayant été touchée comme les autres par ce phénomène culturel.
Hypothèse 5 : les Irlandais découvrent le Purgatoire et humanisent la religion
La dernière partie de l’article de Renan aborde une question encore brûlante au XIXème siècle : le Purgatoire est-il biblique ou a-t-il été inventé au Moyen Age ? L’ex-séminariste de Tréguier penche pour l’invention tardive. Après avoir détaillé les spécificités du christianisme celtique, il met en avant le Purgatoire de St Patrick, un lieu de pèlerinage de l’Irlande médiévale. Les pèlerins y accédaient à une fosse présentée comme la partie supérieure de l’enfer et y subissaient des épreuves une nuit durant. L’existence de ce lieu est révélée au reste de l’Europe au 12ème siècle, selon les mêmes voies que les récits arthuriens.
Hypothèse 5 à demie validée par l’historien Jacques Le Goff (La Naissance du Purgatoire, 1981) : les premiers chrétiens connaissaient la notion d’un feu purificateur post-mortem, mais c’est seulement au Moyen Age qu’apparait le Purgatoire comme lieu intermédiaire entre l’enfer et le Paradis. C’est une révolution théologique répondant à une demande populaire : il y a encore une chance de salut pour ceux qui n’étaient ni des saints, ni des irrécupérables.
Pour Le Goff, la cause directe de cette révolution est la diffusion virale des textes décrivant le « Purgatoire de St Patrice » (1170), à quoi il ajoute les légendes italiennes faisant de l’Etna la résidence du roi Arthur. Elle prend place dans un ensemble d’innovations théologiques telles que la fête de la Toussaint et les prières pour les défunts [popularisées par les moines irlandais].
Mais sa cause fondamentale est l’ascension de la bourgeoisie, une nouvelle classe intermédaire : le monde n’est plus vu sous un mode binaire ou manichéen, mais pluraliste (plus précisément ternaire, comme l’a remarqué aussi Renan).
Selon la nouvelle sensibilité, la justice divine ne peut qu’être proportionnelle aux fautes (le temps de Purgatoire dépend du niveau de culpabilité), d’où le développement de la confession individuelle, basée sur une tarification des bonnes et des mauvaises actions, elle-même inspirée par la comptabilité des marchands.
Synonyme à sa naissance d’espoir, le Purgatoire devient à la longue une source d’angoisse intolérable : son rejet est une cause fondamentale de la Réforme protestante.
Claude Carozzi (1985) avance dans le temps la naissance du Purgatoire : vers 700. Il lie son apparition non à l’ascension de la bourgeoisie, mais à « la mise en place par les Irlandais du système de la pénitence tarifée » [les moines irlandais répandent alors la confession auriculaire]. On ne s’éloigne guère des intuitions géniales de Renan.
Enora
Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine
Les actrices du IIIème Reich (Isabelle Mity)

Isabelle Mity, agrégée d’allemand et docteur en études germaniques, enseigne la langue et la civilisation allemandes à l’université Paris-Dauphine. Chroniqueuse régulière au magazine Historia, elle préside également le prix Historia du roman policier historique. Elle vient de signer chez Perrin un livre consacré aux actrices du IIIe Reich.
Le cinéma sous le IIIe Reich, ce n’est pas seulement les productions antisémites Le Juif Süss, Le Juif éternel, les films de propagande exaltant l’esprit guerrier ou de résistance comme Stukas ou Kolberg, ou les documentaires de Leni Riefenstahl sur le congrès de Nuremberg de 1934 ou les Jeux olympiques de 1936. C’est aussi et surtout une industrie du divertissement, une usine à rêves, capable de rivaliser avec Hollywood. Comédies, mélodrames, films d’amour, policiers, musicaux forment le gros d’une production extrêmement abondante, estimée à 1.094 films entre 1933 et 1945. Jamais les studios ne furent soumis à une telle cadence, jamais il n’y eut autant de magazines consacrés au cinéma et aux stars, jamais il n’y eut autant de vedettes. Un véritable âge d’or du cinéma allemand.
Durant cette période faste pour le cinéma, les actrices se taillèrent la part du lion. Et à contempler les cartes postales des éditions Ross Verlag ou de la UFA tirées à des dizaines de milliers d’exemplaires et présentes partout dans les années 1930 et au début des années 1940, on comprend pourquoi. Il émane d’elles une véritable aura de glamour. Si les films de la période nazie imprégnèrent aussi massivement et durablement la mémoire collective, au-delà des douze ans d’existence du régime, il semble qu’ils le doivent en partie à leurs actrices charismatiques, représentant bien souvent des épouses fidèles au service de leur mari et de leur patrie, prêtes à tous les sacrifices et les renoncements pour le bien commun. Elles incarnèrent des femmes fortes, reflet du rôle de la femme en temps de guerre, mais aussi beaucoup de belles jeunes filles en quête d’amour ou de séduisantes jeunes épouses qui attendent leur mari parti au front. Ces actrices firent les beaux jours de la UFA et du ministre de la Propagande Joseph Goebbels. Elles soutinrent le moral de la population pendant la guerre et les bombardements, et rapportèrent des devises à l’Allemagne nazie en inondant les écrans des pays annexés ou occupés.
Qui étaient ces actrices ? Leur biographie, leurs films et leur parcours parfois étonnant nous racontent non seulement une autre histoire du IIIe Reich, mais aussi un pan de l’histoire allemande de la seconde partie du XXe siècle. Ce livre vous fera découvrir l’arme de distraction massive que fut le cinéma allemand entre 1933 et 1945 !
Les actrices du IIIe Reich, Isabelle Mity, éditions Perrin, 368 pages, 22 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/les-actrices-du-iiieme-reich-isabelle-mity/157606/
