jeudi 22 septembre 2022

1814, la campagne de France

 

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La campagne de France fut brève, à peine trois mois de combats et de batailles en terre française, et champenoise en particulier. Mais ses conséquences furent considérables aussi bien pour l’histoire européenne que pour celle des territoires ayant subi l’invasion. La campagne entraîna, en effet, la chute de l’Empire napoléonien et le retour éphémère des Bourbons sur le trône de France. Napoléon, que Clausewitz appelait le « dieu de la guerre », ne put contrarier l’avancée inexorable des alliés.

Le Premier Empire a fini deux fois. Contraint à l’abdication en 1814, exilé à l’île d’Elbe, Napoléon revient l’année suivante et doit abdiquer une seconde fois après Waterloo. De ces deux chutes de l’Empire, celle de 1814 a plus marqué l’Histoire de l’Europe que celle de la France. Avec elle finit la domination du Premier Empire sur le continent; avec elle commence le congrès de Vienne qui redessine la carte de l’Europe.

Cet ouvrage est le condensé des connaissances disponibles sur l’ensemble des aspects diplomatiques, militaires, politiques et économiques de la campagne de France. Les auteurs qui ont collaboré à la rédaction de ce livre examinent tous les impacts de cette campagne de France, même et y compris sa relation jusqu’à aujourd’hui dans la littérature et l’iconographie. Très complet, cette lecture fera le bonheur des passionnés d’histoire napoléonienne.

1814 – La campagne de France, ouvrage collectif sous la direction de Patrice Gueniffey et Pierre Branda, éditions Perrin, 380 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/1814-la-campagne-de-france/51343/

mercredi 21 septembre 2022

L'Arménie, un pays tiraillé par des enjeux géopolitiques complexes.

Il y a 100 ans, « les Pâques sanglantes » à Dublin

 Première colonie anglaise, l’Irlande, depuis le XVIe siècle, n’a eu de cesse de retrouver son indépendance face à un colonisateur protestant et tyrannique. Famines, épidémies, massacres, spoliations des terres au profit des colons écossais ou anglais, pogroms contre les catholiques, répressions féroces, exil « des Comtes », le pouvoir de Londres ne lésina sur aucun moyen pour détruire la résistance irlandaise. Après chaque défaite, celle-ci renaît de ses cendres, tel un phœnix, pour « la défense de l’Irlande et de la Foi. » Sur cette île gaélique, le sang des martyrs catholiques coula à flots pendant des siècles. Et dans les mémoires irlandaises, restent vivantes les Pâques sanglantes de 1916.

Il y a 100 ans, à Dublin, en pleine guerre mondiale, des Irlandais catholiques se soulèvent à Dublin. Pourtant, ils étaient nombreux, les celtes de la verte Erin, à se battre aux côtes des Anglais, contre les Allemands, dans les tranchées de France. Cependant dès août 1914, les indépendantistes irlandais du Sinn Fein nationaliste et de l’IRB (Irish Republican Brotherhood ) décidèrent de préparer une action d’envergure avant la fin de la guerre. Ils préfèrent appliquer l’adage : « Les difficultés de l’Angleterre sont des occasions à saisir pour l’Irlande. » Des munitions et des armes en provenance de l’Empire allemand doivent arriver pour Pâques. Le cargo qui devait les amener en Irlande est arraisonné, et plutôt que d’être capturé, se saborde. Lord Casement, sympathisant de la cause irlandaise, est capturé et sera pendu pour haute trahison. L’insurrection est maintenue mais reportée au lundi de Pâques, à midi. Le jour J, lundi de Pâques 24 avril 1916, les insurgés de l’Irish Citizen Army et les 700 volontaires de l’Irish Volunteers Force défilent dans Dublin. Plusieurs bâtiments stratégiques au centre de la ville, la Poste, l’Hôtel de ville, le Palais de Justice et les gares, sont pris d’assaut et occupés. Le drapeau tricolore irlandais est déployé au fronton de la Poste. Parmi les chefs de cette action se trouvent Patrick Pearse, James Connolly, Sean MacDiarmada, Eamon de Valera, Joseph Plunkett et Constance Markievicz. La République irlandaise est proclamée. Sans rallier à leur cause les habitants de Dublin. Ni les autres villes de l’île. C’est l’échec. Après 5 jours de résistance et de violents combats, les insurgés capitulent sans conditions. La répression anglaise est féroce. Environ 4000 hommes et 79 femmes sont arrêtés à Dublin, plus de 5000 personnes seront poursuivies. Un Conseil de guerre condamne à mort 90 meneurs. James Connolly, blessé, doit être calé contre une chaise pour être fusillé comme il convient.

Face à ces représailles anglaises, la population va se retourner en faveur des martyrs de la cause irlandaise. Les élections qui suivirent virent le triomphe du Sinn Fein. Eamon de Valera, fervent catholique, échappa à la peine capitale du fait de sa nationalité américaine et de l’intervention de l’ambassadeur des États-Unis. Emprisonné puis libéré en 1917, il continua sa bataille pour l’indépendance de l’Irlande. Par la suite, il fut le 3e président de la République irlandaise de 1959 à 1973. Il est considéré comme le père de la nation libre d’Irlande. Il servit, en 1964, la messe à un hôte de marque de passage en Irlande, Mgr Lefebvre, autre grande figure de résistance, cette fois-ci à la colonisation de l’Église catholique par la secte conciliaire néo-protestante.

A partir de 1921, cette indépendance tellement désirée fut acquise pour l’Irlande du Sud. Petit pays à la constitution catholique, fière de sa Foi chèrement défendue pendant des siècles, elle a longtemps tenu tête aux directives européennes en matière de morale.

Aujourd’hui, malheureusement, la déchristianisation qui ronge le monde catholique couplée à une propagande mondiale et forcenée en faveur de la culture de mort et des revendications des lobbies Lgbt, l’ont fait basculer dans le camp des pays apostats. Malgré 5 siècles de répression et de persécutions, les Anglais n’avaient pas réussi à obtenir l’abdication, par le vaillant peuple irlandais, de sa foi et de sa morale catholiques. Le matérialisme et l’individualisme du XXe siècle ainsi que l’indifférentisme religieux et moral issu de Vatican II ont réussi à les lui faire abandonner, sans coup férir, en quelques décennies.

http://encycl-celt.chez-alice.fr/proclamation.html

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/il-y-a-100-ans-les-paques-sanglantes-a-dublin/51865/

mardi 20 septembre 2022

Les Etats-Unis et l’OTAN commettent l’erreur capitale dans une guerre: sous-estimer leur ennemi – par François Martin

 

 Dans son dernier article (1), l’excellent et mystérieux Alexandre N indique « les 4 facteurs de la guerre », indispensables pour la victoire (2). N’en déplaise à son intelligence et son érudition, il en oublie un, peut-être le plus important : ne jamais prendre son ennemi pour un imbécile.

La mère des défaites

Les exemples abondent dans l’Histoire où des puissances ont sous-estimé leur adversaire. L’un des plus significatifs est sans doute l’accord entre Hitler et Staline pendant le pacte germano-soviétique. En effet, à cette occasion, Hitler fait sous-traiter en Russie la fabrication de ses chars, pensant que ces paysans incultes que sont les russes ne seront jamais capables de les copier. Mal lui en prend. A Stalingrad, et surtout à Koursk (3), il a dû manger son chapeau… Dans le même ordre d’idée, sur le plan du commerce, nos entreprises, à partir des années 70, que ce soit dans le textile, le luxe, ou l’industrie, ont largement délocalisé leurs productions en Asie. Elles pensaient ainsi « faire la culbute », c’est-à-dire faire fabriquer à très bas prix ce qu’elles présenteraient ensuite à leurs clients occidentaux comme du « Made in Europe » (4), vendu au prix fort. Ce raisonnement, bien évidemment, s’appuyait sur le fait qu’elles pensaient que leurs sous-traitants seraient incapables de les copier. Là aussi, mal leur en a pris. L’Asie toute entière est d’abord devenue une gigantesque machine à copier, avant d’envahir le monde entier avec ses propres créations…

Le raisonnement communément appliqué concernant le conflit ukrainien obéit à la même logique : Poutine est à la fois cruel, fou, froid et calculateur, dissimulateur et ambitieux, les russes sont brutaux et sans pitié, mais aussi arriérés, mal organisés et incompétents. Mais à aucun moment on n’entend dire : « Est-ce que les russes sont intelligents, malins ? Est-ce qu’on ne les sous-estime pas ? ». Or il suffit de se poser la question sous cette forme pour se rendre compte que, très souvent, les Russes sont très forts pour « rouler » leurs adversaires, et nos propres opinions publiques avec. C’est même, pourrais-je dire, une de leurs marques de fabrique.

La communication ne donne pas de victoire substantielle

J’ai déjà donné plusieurs exemples de ce fait avec « L’affaire du blé » (5), ou encore celle de la centrale de Zaporijia (6). Chaque fois, Poutine a remporté, sans le crier sur les toits, une importante victoire politique et diplomatique, tout en laissant croire aux occidentaux que ce sont eux qui avaient gagné. Chaque fois, il a confisqué des pièces importantes du jeu adverse, en les laissant se glorifier de lui avoir pris quelques pions. Auparavant, plusieurs éléments venaient déjà corroborer cette idée comme quoi les russes ne sont pas des crétins incompétents, mais sont beaucoup plus roublards qu’on ne le dit :

Déjà, le fait que que les troupes russes ne soient pas, comme le prévoyaient les stratèges américains, venues s’empaler dans la « ligne Maginot » construite derrière la ligne de front du Donbass, en traversant celui-ci à partir de leur positionnement derrière la frontière russe. Comment peut-on penser qu’ils pourraient être aussi stupides ? Au lieu de cela, on s’en souvient, avant d’attaquer, ils ont agité la menace, par leurs exercices militaires, ceci afin de fixer les meilleures troupes ukrainiennes sur place, puis les ont prises à revers, en entrant dans le pays à la fois par le nord et le sud. Ils ont donc, dès le le début, « roulé » leurs adversaires.

De même, on peut sans trop de difficultés écarter la thèse de la prétendue « guerre-éclair » russe, avec comme objectif la prise de Kiev et de Zelensky. Plusieurs éléments militent en effet contre cette version : d’abord, l’attitude de Poutine en Géorgie en Août 2008, où il s’est bien gardé d’aller « chercher » Saakashvili à Tbilissi (7), mais où il a laissé l’opposition et l’opinion « faire le boulot » à sa place en le chassant du pouvoir. Dans le cas présent aussi, il laisse le « bébé » Zelensky aux occidentaux, ce qui nous coûte au bas mot, pour le maintenir en place, lui et son Etat, entre 5 et 8 milliards d’Euros par mois (8) ! Ensuite, bien entendu, le calibrage de « l’opération spéciale », avec 160.000 hommes, beaucoup trop petite pour une stratégie « globale ». Enfin, le départ préalable du principal des troupes russes de la région nord de Kharkiv pour les recentrer dans le Donbass, là où elles sont vraiment nécessaires. Là aussi, la stratégie était limpide : fixer le plus longtemps possible des troupes ukrainiennes loin du front principal, afin de diviser leurs forces.

Pièges à répétition

Ce n’est donc pas la première fois que les russes piègent les Ukrainiens. C’est compréhensible, car l’Ukraine recèle une sérieuse faiblesse dans sa « logique » de guerre. Cette logique, en effet, n’est pas du tout la même chez les Russes et chez les Ukrainiens. Pour les uns, ce qui compte, c’est de marquer des points sur le plan militaire, persuadés qu’ils sont que l’affaire politique et diplomatique se jouera, à la fin, lorsqu’il y aura un vainqueur manifeste. Pour les autres, ce qui compte n’est pas tant de gagner que d’alimenter, à l’étranger, la « pompe » politique, afin de continuer à recevoir, le plus longtemps possible, armes et financements. Les uns font une guerre militaire, les autres une guerre médiatique. Dans une telle configuration, les Ukrainiens auront beaucoup plus tendance à tomber dans les pièges, car il leur faut, à tout instant, alimenter le Moloch médiatique occidental. Les uns peuvent travailler dans le temps long et la discrétion, les autres sont condamnés en permanence au court terme et à la parole volubile.

Pourquoi s’obliger à penser, dans ces conditions, que la « percée » ukrainienne de ces derniers jours à Izioum a pris les Russes de court, qu’elle est une victoire, prétendument décisive, et peut-être même un tournant de la guerre ? Nous n’avons pas vu beaucoup de thèses s’exprimer comme quoi cela pouvait être un piège russe, un de plus. Plusieurs éléments militent pourtant dans ce sens :

D’abord, ce n’est pas la première fois ! On vient de le montrer…

Guerre de tranchées et guerre de mouvement

Ensuite, on l’a bien compris, cette guerre est, pour le moment du moins, une guerre de tranchées, une nouvelle « guerre de 14 ». Le premier qui sort la tête se fait tuer. C’est pour cette raison que les russes progressent aussi lentement. En fait, ils ne prennent du terrain que lorsqu’ils ont entièrement écrasé les lignes ennemies à coups de bombes. Ils font la guerre « à l’économie », en hommes et en coût, car ils prévoient qu’elle durera longtemps. Pour cela, ils disposent de matériel bon marché et en quantités illimitées. De leur côté, les ukrainiens ont absolument besoin de « sortir », pour montrer des résultats. A ce jeu, ce sont les ukrainiens qui sont le plus en risque, alors même que leur stratégie initiale était exclusivement défensive. Mais les russes ne sont pas tombés dans le traquenard.

Ensuite, si l’on regarde l’affaire dans le détail, la configuration du terrain est idéale pour un piège. En effet, pour attaquer, les ukrainiens ont dû sortir de leurs positions antérieures protégées et étirer leurs lignes sur près de 50 km, sur une plaine qui n’offre aucune protection. Le terrain parfait pour un « tir de foire » en retour. Là aussi, nous n’avons eu, face au déferlement médiatique occidental, qu’un bref communiqué russe disant qu’ils avaient tué ces jours-là, dans ce lieu et ailleurs, près de 8000 ukrainiens. C’est énorme.

De plus, tout montre que les Russes avaient préparé leur affaire : ils avaient évacué leurs dépôts de munitions de l’arrière, ce qui ne se fait pas dans la panique, et organisé le rapatriement des pro-russes d’Izioum, ce qui se prépare également de longue date.

Par ailleurs, ils avaient totalement dégarni leur front, à tel point que, selon les experts, il n’y a pas eu de « bataille d’Izioum ». En face des ukrainiens, il n’y avait personne ! Peut-on penser une seconde que, avec les moyens satellites dont disposent russes et américains, les russes pouvaient ne pas connaître la concentration de troupes adverses ? Par ailleurs, pouvaient-ils également penser que les américains n’avaient pas analysé les faiblesses de leurs lignes ? Allons donc ! Quelque soit son bord politique, quand cessera-t-on de prendre les Russes pour des imbéciles ?

Enfin, la prudence de Blinken, qui considère qu’il est « trop tôt pour juger la contre-offensive ukrainienne », montre bien qu’il se méfie des conséquences, que cette opération est bien plus politique que militaire, et que, probablement, elle ne faisait pas consensus dans les instances américaines  (9).

“Tomoe nage” une fois de plus ? 

Alors, un « mini-Stalingrad » de plus ? Cette méthode, consistant à laisser entrer l’ennemi dans leurs lignes, puis à le bloquer à l’intérieur, les Russes le connaissent par cœur (10). On va savoir le fin mot d’ici quelques jours. Et, s’ils ont détruit, à cette occasion, dans une bataille dont la perte de terrain n’est pas stratégique pour eux, une grande quantité d’hommes et de munitions, nous le saurons, mais on peut parier qu’ils n’en feront pas état ou presque. Ils nous laissent utiliser nos médias pour nous empêtrer dans nos mensonges et nos déclarations tonitruantes, et nous masquer à nous-mêmes nos propres erreurs (11). Nous sommes en milieu de partie (12), où c’est le gain des pièces qui compte. Nous-mêmes y avons laissé jusqu’ici 84 milliards d’Euros, en seulement 6 mois de guerre, sans aucun gain stratégique. Combien de temps résisterons-nous ? Qui, pour le moment, tient le bon côté du manche ? Poutine est un judoka. Alors, tomoe nage (13), une fois de plus ?

Sources

https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/09/20/les-etats-unis-et-lotan-commettent-lerreur-capitale-dans-une-guerre-sous-estimer-leur-ennemi-par-francois-martin/

Les idées à l'endroit : "Les droits de l’homme : une religion obligato...

Les fêtes et traditions automnales en Europe

 

Les fêtes et traditions automnales en Europe

L’automne évoque immanquablement l’idée d’une fin de cycle. La végétation, après une explosion de couleurs crépusculaires, se met progressivement au repos à mesure que les jours déclinent, que les brumes matinales, le ciel bas, la fraicheur puis le froid se répandent sur les régions tempérées.

L’imagerie populaire moderne, associant cette décrépitude apparente de la végétation aux célébrations des morts de la Toussaint, est encore imprégnée de productions poétiques mélancoliques. Le magnifique poème de Charles Verlaine, « Chanson d’automne », en constitue un exemple archétypal et souligne le caractère lugubre de ces mois automnaux. Oui, c’est un temps où l’on pense à sa finitude, un temps qui appelle au souvenir et au repli consciencieux de l’intériorité. L’automne nous rappelle avec simplicité cette évidence : toute chose a une fin.

Si l’automne nous rappelle que toute existence a une fin, nous qui nous projetons dans un univers au fonctionnement cyclique, nous devons aussi y déceler la promesse du lendemain. C’est une saison de plénitude et de turbulences : celle de la fin de l’été où pendant quelques semaines, la végétation mature, vigoureuse, prospère jusqu’au temps des récoltes, période de joie authentique dans les campagnes, où la vie communautaire s’épanouit et les granges se remplissent avant la bascule dans les temps sombres qui mènent au solstice d’hiver. Il s’agit surtout de la saison des métamorphoses : les feuilles tombées au sol se mêlent à la terre, deviennent peu à peu un humus riche en matière organiques et en biotope qui permettra dès le printemps le renouvellement et le développement des végétaux. Enfin, la rétractation végétale et le repli des jours invitent naturellement au retranchement sur notre propre intériorité avant le long hiver et la renaissance printanière.

D’ailleurs, dans les traditions européennes, l’idée de séparation de l’année, de bascule automnale est largement attestée. En astrologie, le signe de la balance débute dès l’équinoxe d’automne. Dans le monde germanique, le mois de septembre, ou « Scheiding », – qui sépare – constituait l’entrée dans la deuxième partie de l’année, débutée en mars. Pour les Celtes, l’année débutait après les célébrations de Samhain, période de quelques jours, liée à l’équinoxe d’automne et considérée comme hors du temps. Un temps où le monde des morts et des vivants sont ouverts l’un sur l’autre. Dans la Grèce antique, les mystères d’Eleusis célébraient, en période d’équinoxe, Demeter Perséphone et Hadès, dont le mythe renvoie évidemment à cette idée de porosité entre le monde des vivants et celui des morts ainsi qu’au cycle de la nature. Pour l’anecdote, le calendrier révolutionnaire composé par Philippe Fabre d’Eglantine, fixait également la nouvelle année à l’équinoxe d’automne !

La période automnale est celle des célébrations populaires liées à des rites de remerciements pour les récoltes, marquant le début et la fin des moissons ou des vendanges. En ce sens, l’équinoxe d’automne répond à l’équinoxe de printemps. Aux semailles, au travail de la terre, à l’éclosion puis à la fécondation des fleurs dans les vergers, et aux célébrations de la résurrection de la nature, répond le temps des récoltes, des actions de grâce et des rituels reliés à la mort et à la crainte des débordements de l’autre monde.

Ainsi, deux axes se dessinent dans les traditions et fêtes automnales : le premier correspond aux antiques croyances européennes liées au culte des morts ; le second est lié aux célébrations agro-pastorales dédiées au cycle des saisons, de la nature et des récoltes, et emplies de rites de bénédiction en faveur des divinités du troisième ordre.

Nous pouvons constater dans les deux cas une adaptation et une récupération par l’Église de ces deux types de rites à travers le culte de Saints et les rituels liés aux récoltes qui faisaient constamment appel à la bénédiction des prêtres. C’est au travers du prisme chrétien que notre plus ancienne culture s’est perpétuée jusqu’à nous, dans nos campagnes et ce jusqu’aux années 60. Puis, le coup de grâce porté par l’exode rural des « trente glorieuses », la mécanisation de l’agriculture et le concile Vatican 2 qui s’est attaché à nettoyer le calendrier chrétien de ses références agro-pastorales (il signe par exemple la disparition des Saints de Glace du calendrier) les ont fait tomber en désuétude. Ces intrications complexes entre antiques reliquats païens, religion chrétienne, et parfois sécularisation républicaine, constituent la forme avec laquelle les anciennes solennités nous apparaissent aujourd’hui lorsqu’elles n’ont pas tout simplement disparu. Dans tous les cas, leur sens profond, à force d’avoir été remanié, dissimulé, voire combattu, échappe au plus grand nombre à force de paraître incompréhensible et contribue ainsi au déracinement culturel Européen.

Le calendrier et les célébrations auxquelles nous nous référons et qui était celui de nos aïeux, pourrait être qualifié de pagano-chrétien. Le moment déterminant, qui ouvra la voie en Europe à ce syncrétisme fut la politique en matière d’évangélisation dictée par le pape Grégoire le Grand (540-604) au VIème siècle. Selon ses préceptes, les missionnaires doivent être patiemment formés à connaitre la langue et la religion des territoires à conquérir spirituellement et s’efforcer de ne pas brusquer dans leur foi les païens. Les temples ne sont pas détruits, mais les idoles païennes peu à peu retirées au profit des figures chrétiennes. Les traditions autochtones ne sont pas forcément combattues ou interdites, mais patiemment christianisées. C’est ainsi, pour prendre l’exemple le plus emblématique que la naissance du christ est célébrée au solstice d’hiver et sa résurrection à Pâques. L’Église catholique a dû faire appel au culte des Saints pour récupérer les célébrations traditionnelles païennes du solstice d’été (Saint Jean) et de l’équinoxe d’automne (saint Michel et fête de la Toussaint). C’est ainsi qu’une poignée de prêtres réussit à évangéliser la Grande-Bretagne. Ce sont ensuite les missionnaires britanniques fraîchement christianisés, et adeptes des enseignements de Grégoire le Grand qui entreprirent l’évangélisation de la Germanie païenne (Saint Boniface).

Nous tâcherons dans ce travail, de séparer, de décolmater au mieux les strates successives qui s’agglomérèrent et se superposèrent au fil du temps sous le vernis à la fois chrétiens et laïc qui recouvre de nos jours nos vieilles traditions. Nous nous efforcerons d’atteindre les racines les plus profondes de notre culture.

Les traditions agraires

L’automne correspond à la période de l’année où l’homme des campagnes récolte le fruit de son travail. On engrange dans les greniers les produits nécessaires à la survie pendant l’hiver. Les céréales, les pois, les fruits à coque qui serviront à confectionner l’huile, les pommes et les poires, les raisins lors des vendanges, les olives dans les régions méridionales. Il faut comprendre que la saison des récoltes, qui exigeaient de nombreux travailleurs saisonniers, correspondait à une période de foisonnement de la vie communautaire rythmée par des célébrations et des rites particuliers à chaque région d’Europe.

Trois axes se dessinent néanmoins dans ces traditions agraires. Le premier correspond aux festivités liées à la convivialité exacerbée dans cette période de l’année rendue nécessaire par le travail des champs, et qui exprime une déférence réciproque entre les maîtres – les propriétaires – et les travailleurs saisonniers. Le second correspond aux rites évoquant le rattachement voire l’inclusion de la période automnale dans le cycle de l’année, constituant ainsi à la fois un aboutissement et un commencement. Le troisième voit les populations s’attacher à remercier des divinités ou Dieu pour les générosités offertes par le travail de la terre, en même temps qu’elles se célèbrent elles-mêmes pour le labeur accompli, source de leur identité.

Les rites liés aux moissons

Ils sont particulièrement riches car le blé et le grain symbolisent le cycle de l’existence depuis la nuit des temps. Le blé semé en terre, descend dans le monde souterrain d’où il ressort rajeuni, plein de forces nouvelles. Les semailles évoquent la vie qui renaît toujours de la mort. Le sens des rites de la récolte est donc de relier la fin d’un cycle à un nouveau commencement.

De manière assez constante, la coupe de la première gerbe et celle de la dernière gerbe de blé étaient ritualisées. Après la messe de moisson qui faisait souvent débuter les travaux des champs, et où il n’était pas rare de décorer l’église avec des faucilles ou autres outils agricoles, c’était le plus souvent le propriétaire ou la maîtresse de maison, mais aussi parfois un enfant qui se chargeait de faucher la première gerbe. Cet épi pouvait être gardé précieusement au foyer, où on l’accrochait dans la cuisine. On tressait également divers objets issus de cette première gerbe de blé.

Cependant, les rituels les plus importants concernaient la fin du travail des champs et se soldaient par des fêtes d’envergure. Les « erntedankfest », ou fête de l’action de Grâce, des territoires Germaniques et le Harvest Festival sur les Iles Britanniques, clôturaient la période des récoltes. Ces célébrations sont à présent plus connues sous leur forme américanisée appelée « Thanksgiving ».

Durant ces occasions, des rituels étaient dédiées à la dernière gerbe de blé, de toute évidence dotée de pouvoirs magiques et notamment inclus dans des rites de fertilité. Dans les deux cas, la fête fut christianisée : les dernières gerbes étaient bénies à l’église, et les cloches sonnaient à la volée pour célébrer la fin de la moisson et on célébrait alors la messe. Avec elles, on façonnait au Royaume-Uni la « Harvest doll », ou « Kern baby », une poupée de paille, vêtue d’habits traditionnels qui faisait l’objet de rites et de jeux. En Allemagne, les saisonniers tressaient – entre autres choses – une imposante couronne de paille qu’on promènait en cortège jusqu’à ce qu’elle soit offerte avec solennité au propriétaire de la ferme. Ce grain issu de la dernière gerbe était utilisé pour confectionner les gâteaux à Noël, et au printemps suivant, elle était mêlée à la graine de semailles pour favoriser la réussite des cultures ou encore donnée à manger aux chevaux. Cela constituait une manière symbolique de lier entre elles les différentes saisons de l’année.

La couronne des moissons pouvait aussi être laissée sur place, en plein champs au même titre que la dernière gerbe de blé, où une partie de la récolte est considérée selon les régions et les époques, comme une offrande aux anges, mais aussi comme la pâture du cheval du ciel ou encore une offrande aux oiseaux, ce qui atteste également la consécration du fruit de la moisson à Odin-Wotan.

La moisson comme le battage du blé se clôturait par un repas copieux offert par les maîtres où tous ceux qui avaient travaillé se retrouvaient.

Au-delà des aspects rituels, ces célébrations constituent la fête où le peuple tout entier s’affirme solidaire de sa paysannerie et propage de manière conséquente l’identité paysanne.

Les labours d’automne

Une fois les récoltes terminées, un nouveau cycle démarre. Ainsi ont lieu les labours d’automne où l’on enfouit dans le sol, de la matière organique, du fumier, des engrais divers.

Partout en Europe, l’ouverture du labour est réalisée par un personnage d’importance, le forgeron, le chef du village, la personne la plus âgée. Il s’agit pour l’homme traditionnel, d’un geste tout sauf anodin, que celui qui consiste à opérer une incision dans la terre nourricière, à la mettre à nu, à l’exposer au froid qui s’installe.

Avant de débuter ces labours, le paysan romain allait planter un clou dans le temple de Minerve et devait se concilier les faveurs de Vulcain, Dieu des forgerons, avant d’utiliser l’araire pour ouvrir la terre.

L’équinoxe d’automne : la saint Michel

Saint-Michel, le saint guerrier associé à l’équinoxe d’automne, est célébré le 29 septembre. Il fait partie des saints Patrons de France, d’Allemagne et de Belgique. D’abord célébré au printemps dans les premiers temps du christianisme, sa fête a été déplacée au 29 septembre lors du concile de Mayence en l’an 813 et le demeure toujours aujourd’hui.

Dans la tradition chrétienne, ange guerrier, chef de la milice céleste des anges du Bien, il est représenté au moment de l’Apocalypse en ange ailé sauroctone (tueur de dragon), terrassant le mal représenté sous les traits d’un Dragon et le chassant hors du paradis. Il veille à écraser toute insurrection contre Dieu. Ainsi étymologiquement, Mikael signifie : « qui se prétend comme Dieu ». On lui reconnait également le rôle de saint conducteur d’âme ou psychopompe et c’est sur sa balance que sont pesées les âmes au jour du jugement dernier, en même temps qu’elle accompagne l’équinoxe, qui voit les nuits devenir plus longues que les jours. Ainsi, il ouvre la période qui célèbre le culte des morts…

Évoquer les apparitions relatées de ce saint permet de bien comprendre son importance et constitue une bonne introduction pour évoquer les éléments païens antérieurs auxquels il s’est substitué. Il serait d’abord apparu en 492 au sommet du mont Gargano, dans les Pouilles, en Italie. Ce lieu où se situe une grotte qui lui est dédiée est devenue depuis un lieu de pèlerinage majeur. Il serait également apparu au Pape Grégoire, un déterminant évangéliste, dont nous venons de parler, et sa venue sur terre, à Rome, concomitante de l’édification d’un lieu de culte, aurait permis la fin de la grande peste qui sévissait alors. En Normandie, il aurait fini par obtenir de Saint Aubert, sous la menace, et après trois venues, qu’il lui décerne un lieu de culte qui deviendra le Mont Saint Michel.

En 1425, à Jeanne D’arc, il demanda d’être pieuse, de mettre en déroute les envahisseurs et de placer sur le trône le dauphin du royaume de France en le faisant sacrer à Reims.

Il est très intéressant de remarquer la substitution qui se serait semble-t-il opérée entre Saint Michel et Gargantua, dans les contrées où cette divinité primitive revêtait de l’importance. Le Mont-Saint-Michel, majestueuse colline sise à quelques encablures des côtes normandes a selon les traditions locales été édifié par le géant celtique Gargantua, en déposant un rocher alors qu’il rejoignait l’Angleterre. Avant de devenir le Mont-Saint-Michel, ce lieu fût d’ailleurs un sanctuaire dédié au Dieu solaire Bélénos qui, dans le panthéon Celtique n’est autre que le père du demi-Dieu Gargantua. Le mont Gargan de Rouen a vu aussi l’édification d’une église dédiée à saint Michel, de même que l’emblématique Monte Gargano en Italie. Par ailleurs, un saint Gorgon était fêté le 9 septembre en Normandie où des foires et des fêtes lui étaient dédiées. Gargantua, qualifié d’Hercule Celte, représentait une figure de géant débonnaire et maladroit néanmoins toujours prêt à secourir les paysans en détresse. Il est traditionnellement associé à la période mégalithique et son nom reste présent dans la typographie de l’Europe de l’Ouest pour qualifier généralement des ensembles rocheux remarquables qui seraient par-ci tombés de sa hotte, par-là issus de la boue tombée de ses godasses, ou encore formés par la trace de ses pas. En Vendée, il aurait repoussé les Anglais durant la guerre de 100 ans, période durant laquelle il aurait été un symbole de la résistance aux envahisseurs, en leur jetant des arbres entiers.

Il semblerait également que par ses attributs guerriers et son rôle de conducteur d’âmes, l’archange Saint Michel ait été associé à Odin/Wotan. De la même manière, de nombreuses Églises ou sanctuaires dédiés à saint Michel ont été établis sur des lieux de culte précédemment dédiés à Wotan.

Assez curieux et anecdotique, le toponyme Saint-Michel-Mont-Mercure, d’une ancienne commune vendéenne, quand on sait que Wotan a été associé à Mercure dans les panthéons païens.

Saint-Michel en tant que conducteur d’âmes ouvre la période qui célèbre le culte des morts. Sa balance accompagne l’équinoxe qui voit les nuits devenir plus longues que les jours. Au même moment, la saison agricole se termine, on vend ses récoltes et ses bêtes dans les grandes foires d’automne. Les festivités sont l’occasion de grands banquets et à la nuit tombée on allume des feux de joie au sommet des collines. 

Le culte des morts : la Toussaint, le jour des trépassés, Samhain et la saint Martin

Le grand épisode spirituel automnal correspond à la célébration du culte des morts, et se déroule dans les premiers jours du mois de novembre. Concernant l’antique fête de Samhain, nous devons rester humbles car nous savons peu de choses. Elle s’étendait, suivant les sources, sur une période de trois à douze jours et quarante jours après l’équinoxe d’automne. Il s’agissait d’une des quatre fêtes principales du calendrier celtique, avec Imbolc, Beltaine et Lugnasad. Ces quelques jours, considérés comme hors du temps, précédaient la nouvelle année celtique marquée par le passage de la saison claire à la saison sombre. On y festoyait autour de banquets, on y faisait le bilan de l’année écoulée dans le domaine miliaire et agro-pastoral.

Pendant cette période d’instabilité, une porte s’ouvrait sur le Sid, l’au-delà celtique, repère des Dieux et des héros, ce qui permettait une certaine porosité entre le monde des vivants et celui des morts. Les traditions populaires encore vivantes en Bretagne, en Écosse ou en Irlande au début du XXème siècle expliquent la persistance dans ces contrées d’une période où l’on célébrait encore les défunts. Des lanternes en forme de tête de morts étaient sculptées dans des betteraves ou des navets. Elles étaient censées guider les trépassés qui lors de cette période particulière, rentraient chez eux. Ainsi, la coutume voulait qu’on laisse la porte entre-ouverte et quelques victuailles sur la table à la fin du repas afin qu’ils pussent se restaurer.

Il est fondamental de préciser que des traditions de ce type sont rapportées dans des régions européennes extérieures à l’univers celtique. On peut par exemple citer la confection du pain des morts à Bonifacio en Corse, pour une raison analogue : la restauration des morts. Ainsi, il ne serait pas très pertinent d’identifier la fête des morts au Samhain celte, l’origine du culte des morts automnale étant probablement à rechercher dans le néolithique Européen.

Il faut bien sûr évoquer la fête d’Halloween, la nuit du 31 octobre. Ce succédané de Samhain nous est revenu d’outre-Atlantique, comme tout ce qui y est venu un jour d’Europe, mercantilisé et avili. Ce sont en effet les immigrés irlandais et écossais arrivés en Amérique du Nord qui y ont popularisé cette fête. À cette occasion, on joue à se faire peur en arborant des déguisements effrayants et les enfants font, à la manière des morts le jour de Samhain, des processions autour des maisons du quartier à la recherche de sucreries obtenues en échange de paroles menaçantes. Les lanternes creusées dans des raves et les navets sont remplacées par d’effrayantes citrouilles. C’est aussi une Samhain christianisée qui nous est revenue d’outre atlantique, puisque les morts qu’il fallait guider et nourrir reviennent parés d’atours effrayant, pareils à des démons, sont menaçants et jouent des mauvais tours.

Notre calendrier célèbre la fête chrétienne de la Toussaint ainsi que le 11 novembre, qui sont deux jours fériés. Initialement située le 13 mai, la fête de tous les Saints a été déplacée au premier novembre à partir de l’année 835 probablement dans l’optique de la substituer progressivement aux fêtes païennes liées au culte des morts ancrées de longue date dans la culture européenne. Elle fût instituée sur tout le territoire de l’empire carolingien par Louis le Pieux. En 998, les moines de Cluny, en Bourgogne, terre de culture celtique, instituèrent une fête des trépassés le 2 novembre. Elle entra dans la liturgie romaine comme commémoration de tous les fidèles défunts au XIIIème siècle.

En France, lors des célébrations du 11 novembre, nous commémorons la victoire des Alliés et l’armistice signé à Rethondes. La République a par ce moyen récupéré la solennité dédiée à tous les combattants morts pour la patrie, mais aussi pour la liberté et la tolérance : on se rassemble autour du monument au mort du village, l’harmonie municipale joue l’hymne national et parfois un hymne régional et on convoque les enfants des classes primaires pour l’accompagner par le chant.

Avant la première guerre mondiale, c’était la saint Martin, instaurée par le Pape Martin Ier au VIIème siècle, qui était célébrée le 11 novembre. Saint Martin a eu en France une importance toute particulière : il a longtemps été considéré comme un patron national. Son tombeau situé à Tours constituait un lieu de pèlerinage majeur.

À cette date correspondait chez les Celtes et les Germains – nous en trouvons d’ailleurs des exemples en France – le début de l’année calendaire. La période qui s’étendait de la Toussaint à la Saint Martin se dénommait « la Martinale ». On y célébrait la fin de l’année agro-pastorale et le début de la nouvelle année de labeur… Au cas-où la démonstration de l’unité constituée par la Toussaint, la fête des trépassés et la Saint Martin ne serait pas suffisamment évidente, l’on pourrait ajouter que dans les Flandres, en Allemagne et aux Pays Bas, il est attesté de l’existence de traditions faisant intervenir des processions d’enfants portant des lanternes et des lumignons dans des betteraves à sucres creusées en forme de têtes.

Pendant des siècles c’est à la saint Martin qu’on a embauché les garçons de ferme, les métayers. Il se tenait alors des foires d’embauche. Dans ces grandes foires, qui persistent de nos jours dans certaines villes, on vendait aussi le fruit de son travail.

C’est d’ailleurs traditionnellement dans les environs de la saint Martin qu’on tue le cochon en Europe occidentale, après quoi les viandes sont mises à sécher et conservées en salaisons.

Néanmoins, c’est bien l’oie (équivalent du cygne de Wotan) qui constitue le plat traditionnel du festin de la saint Martin qui réunissait toute la maisonnée.

Le lendemain de la fête débutait le petit carême, période de jeune qui précédait Noël, ou l’Avent chez les peuples germaniques. Ainsi, Saint Martin constitue le premier des Saint solsticiaux et tout en clôturant le cycle d’hommage aux morts, et celui de l’année agro-pastorale écoulée, il marquait le commencement du cycle liturgique de Noël.

Comment célébrer l’automne aujourd’hui ?

Si malheureusement les traditions agraires, dans un environnement principalement citadin et dans le cadre d’une agriculture industrialisée, ont perdu tout sens pour la plupart d’entre nous, elles méritent cependant d’être connues. Elles ont rythmé la vie de nos aïeux qui passaient leur existence à cultiver la terre. Nos morts nous obligent. L’automne est un moment propice pour organiser une randonnée au milieu des champs et des vignes et confectionner des objets avec une gerbe de blé qui seront conservés au sein du foyer. Que ceux qui habitent à la campagne et bénéficient de quelques récoltes n’oublient pas de laisser la « part des oiseaux » au sommet des branches des arbres fruitiers. La célébration de l’équinoxe le jour dit où lors de la Saint Michel peut faire l’objet d’une fête accompagnée d’un banquet où des brasiers seront allumés à la tombée de la nuit. Période du déclin apparent des choses et du développement conjoint de l’intériorité, elle est propice aux prises de décision pour l’année à venir.

Concernant le culte des morts, notre calendrier chrétien et républicain a conservé une structure permettant de le célébrer comme il se doit. Les festivités débutent la nuit du 31 octobre et le culte des morts se poursuit ensuite jusqu’à la saint Martin au 11 novembre. C’est évidemment un moment idéal pour transmettre aux enfants : il s’agira de parler de l’histoire familiale en évoquant les morts de la famille, afin d’affermir le sentiment d’appartenance à une lignée qui oblige aussi bien envers le passé – les défunts – que le futur – les enfants à naître. La visite du cimetière, la participation à l’entretien des tombes, concourent à faire comprendre qu’il existe deux morts : la première, celle du corps et de l’âme, la seconde, plus triste, plus froide : l’oubli. Il peut être par exemple possible d’offrir aux jeunes enfants un arbre généalogique qu’on étoffera au fil des années. Peu à peu, on évoque les morts illustres, qu’ils fussent intellectuels, artistes, politiciens, inventeurs ou explorateurs, ainsi que les héros guerriers, répondant en cela à la tripartition traditionnelle des indo-européens. On peut aussi raconter des contes traditionnels faisant intervenir des revenants.

Nos anciennes traditions habitent encore l’Europe, elles sont à portée de main. Il nous importe de les faire vivre tout en les adaptant à notre temps. Il faut bien sûr fréquenter les foires automnales régionales où soufflent encore parfois le vent lointain de la tradition et aussi les cérémonies du 11 novembre dans nos villages.  La célébration du culte des morts dans le cadre familial et communautaire raffermit les liens de la famille et du clan, mais sans la nature comme socle – socle profondément ancrée – un pan immense de nos plus antiques traditions nous échappera et nous demeurerons déracinés.

Martin Issartel

https://institut-iliade.com/les-fetes-et-traditions-automnales-en-europe/

La confrontation Révolution Contrerévolution (Colonel Chateau-Jobert)

 

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Le Colonel Pierre Chateau-Jobert (1912-2005), officier parachutiste surnommé Conan par ses camarades, combattant de la Seconde Guerre mondiale (et compagnon de la Libération) ainsi que des guerres d’Indochine et d’Algérie, engagé au sein de l’OAS, fut l’un des meilleurs spécialistes français des opérations commandos et de la guérilla.

Interrogé en 1976 sur le cheminement qui l’avait conduit au combat contre révolutionnaire, le colonel Chateau-Jobert répondait :

 » Le point de départ de ce cheminement est pour moi très net. C’est en tournant autour de cette question de « la fin qui justifierait les moyens » que j’ai pris conscience de deux idéologies qui s’opposent l’une à l’autre et dont la ligne de séparation est la reconnaissance ou, au contraire, le refus de reconnaître un certain ordre dont les lois physiques, morales, sociales me paraissent « naturelles ». De là à passer à l’ordre naturel, puis à l’ordre naturel et chrétien, il y avait plus d’un pas ! Par le fait des circonstances de ma vie militaire, il se trouve qu’il m’y a fallu des années. »

Ce livre fait le constat que l’adversaire est à l’intérieur même du pays autant qu’il est à l’extérieur; la guerre qu’il nous fait est « révolutionnaire » parce qu’elle est illimitée dans le domaine psychologique et moral; illimitée au point que cet adversaire se donne le droit d’user de tous les moyens, aussi illicites, inhumains, immoraux qu’ils soient.

Ici apparaît donc la confrontation aiguë entre deux idéologies fondamentalement opposées car, de notre côté, nous n’avons pas le droit d’user de ces moyens qui soulèvent l’indignation.

S’il semblait à quelques-uns que, par ce fait même, nous fussions vaincus d’avance, ce livre prouvera le contraire.

Ce livre est un peu comme un ouvrage « à la Vauban » où les places d’armes, les réduits, les saillants contribuent tous à une défense réciproque et à un renfort mutuel. Ainsi doit-il en être de la structure contrerévolutionnaire. Sur les remparts, la place des hommes d’armes est prévue selon leurs spécialités; mais tout le monde ne porte pas les armes et cependant, dans l’enceinte fortifiée, tout le monde participe à l’action d’ordre et à la sauvegarde des personnes et des biens; et jusque dans les campagnes environnantes, chacun sait ce qu’il doit faire contre l’ennemi.

En des temps de grande confusion, chacun est bien concerné par la défense aux remparts de la Cité, pour sauver les valeurs d’une civilisation en grand péril.

Cet ouvrage écrit par un homme expérimenté contient de précieux conseils pour les temps présents et à venir.

La confrontation Révolution Contrerévolution, Colonel Chateau-Jobert, éditions de Chiré, 365 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-confrontation-revolution-contrerevolution-colonel-chateau-jobert/51895/

lundi 19 septembre 2022

En son pays, en sa race, avec Rémi Soulié

 

Pour Heidegger, l’homme n’est homme que pour autant qu’il habite. Or, comment habiter autrement qu’en poète ? Le Racination de Rémi Soulié ne dit pas autre chose dans les termes mêmes du génie poétique occitan. Par naissance, par destination et prédestination, il appartient à cette terre ocre du Rouergue, à la splendeur minérale de ces paysages et au patois rocailleux qui y a vu le jour. Le minéral et le séminal, Racination, qui sort dans une nouvelle édition à la Nouvelle Librairie, raconte tout cela.

Jusque dans son patronyme, Rémi Soulié garde la trace du soleil du midi, celui du Ségala rouergat. Le Soulié, de solièr, un « lieu ensoleillé » en langue d’oc. Il a pourtant vu le jour au pays de la houille, dans le bassin houiller de Decazeville, le noir charbon de Pierre Soulages, autre Aveyronnais, collé aux pieds, l’outrenoir. Le sang rouge et noir de l’Occitanie dans les veines, le vieux Rouergue dans le cœur. On l’avait quitté avec L’Éther, il nous revient avec un autre livre, une réédition certes, mais qui s’imposait depuis la mort de Pierre-Guillaume de Roux qui en a été le premier éditeur, intitulé Racination, un néologisme dont Rémi Soulié est redevable à Charles Péguy.

Voici un grand livre-poème, dédié aux sangliers, l’agneau pascal des Gaulois, disait Vincenot, doublé d’une méditation sur le pays natal, la terre sainte, celle où on naît, meurt et renaît. Le Rouergue absolu, île perdue au milieu des terres, coincé entre les plateaux volcaniques de l’Aubrac – qui vous dépaysent aussi complètement que la toundra sibérienne – et les Causses arides abritant de monumentales œuvres de calcaire taillées par l’érosion. Pas un département, l’Aveyron : une nation, la « nation du Rouergue » rattachée à la couronne de France en 1271.

La civilisation comme un arboretum

Mais nonobstant le voisinage de cette « paléolithie » occitane, Rémi Soulié est moins un enfant de Joseph Delteil que de Hölderlin, tant son Rouergue se situe à la croisée de la Grèce et de l’Allemagne, pont entre les deux rives du Mythos et du Logos. Car c’est par le Nord que l’auteur de Racination est retourné au Sud. Chez lui, la route de Delphes passe par Schiller, Novalis, Hölderlin, Heidegger, oracles tardifs d’une Grèce originaire. Paradoxalement, ce chemin du retour déplie ainsi une philosophie du détour, puisqu’il emprunte un axe transversal qui passe par la Provence mistralienne. « La chère Provence est-elle cette arche secrètement invisible qui relie la pensée matinale de Parménide au poème de Hölderlin ? », s’interroge Heidegger cité par Soulié.

Racination n’est pas seulement un grand livre, c’est un arbre, généalogique et végétal. Un herbier, étymologique et floral. Soulié voit la civilisation comme un arboretum dominé par « l’arbre de Monsieur Taine », le platane vénérable et magnifique qui se dresse aux Invalides, parabole de l’entité et de l’identité, revisité par le Barrès des Déracinés. L’arbre de Monsieur Taine est d’autant plus majestueux qu’il tire sa sève, qu’il tire son sens de son sol propre. Les parties sont au service du tout, les feuilles, les branches, le tronc, les racines, tout œuvre à la vitalité de l’ensemble dans une vision polyphonique, orchestrale, organiciste. Barrès dit de l’arbre qu’« il est une fédération bruissante ». Et c’est ainsi que Barrès conçoit la société, comme une « fédération bruissante ». Elle prend source dans le génie du lieu et l’inscription dans l’immémorial. Bref, dans l’histoire et la géographie. C’est la formule barrésienne : la terre et les morts.

En face de cet arbre, il y en a un autre, aussi célèbre, le marronnier de La nausée. Sartre a évidemment songé au platane de Barrès (il va mener une longue polémique contre Barrès dans L’enfance d’un chef). Roquentin, le protagoniste, vit dans un hôtel (on voit combien qu’il n’habite pas le monde). Les racines du marronnier fascinent Roquentin parce qu’elles symbolisent le monstrueux de l’existence, la viscosité, le pourrissement, la mort, « ce long serpent mort à mes pieds, ce serpent de bois », dit Roquentin. Les racines sont assimilées à un processus de décomposition – et non plus à l’indispensable irrigation de la vie, cette vie dont on veut nous priver.

Génie du lieu

Tout commence pour Rémi Soulié par une scène de la vie familiale. Sa fille, de retour de l’école, lui confie qu’elle est une des seules, parmi les enfants de sa classe, elle petite « souchienne », « à ne pas avoir des origines ». Pas de païs, pas de lieu, pas d’aïeux. Rien. Les autres sont des personnes ; elle, elle n’est personne. Ainsi procède le bannissement contemporain du « nativus » (pour peu que ce soit le nôtre). Il a fait de nous des êtres privés d’identité. Or, l’identité, c’est d’abord l’identité de l’être. Sa carte est toute spirituelle. Elle a été très tôt charcutée en France par la Révolution au profit d’une chimère républicaine si bien que les Français ont été dépossédés de leurs petites patries, livrés à une « u-topie » (littéralement d’aucun lieu) universaliste.

La vérité oblige à dire, avec Christophe Guilluy mais aussi contre lui, que la France est depuis longtemps périphérique, depuis que les provinces ont été départementalisées et les départements préfectoralisés, vampirisées par ce trou noir administratif qu’est Paris. Paris est une opération d’abstraction (l’abstraction est séparation, disait Gustave Thibon). Abstraction, effraction, extraction, précise Soulié, qui se remémore non sans émotion le jour où il a découvert que ses quatre grands-parents – les nôtres donc, tous les nôtres – ont appris le français à l’âge de 6 ans. Ô préhistoire plurilinguistique de la France.

Cela fait penser à la scène rapportée par Robert Louis Stevenson dans son Voyage avec un âne dans les Cévennes. À des dentellières qui lui demandaient si l’on parlait patois en Angleterre, il répondit que non. Elles poursuivirent :

– Ah, alors, français ?

– Non, non, dis-je, pas français.

– Alors, conclurent-elles, on parle patois.

Heureux monde ! Heureuse France ! Heureuses dentellières !

L’harmonie de la race et du séjour

Rémi Soulié appartient encore à l’Ancien Régime linguistique. Il est le gardien d’un culte en dormition, il chante la splendeur des astres et des pâtres. Exégète, botaniste, archéologue, plus philologue encore que philosophe, il revient à la racine des choses dans une langue élémentaire qui a la densité originaire et la plénitude dénudée de son Rouergue mystique, comme si Racination avait été rédigée à même la pierre dans une écriture runique.

C’est que, à l’instar de Hölderlin et de Heidegger, il habite la poésie, il se confond avec elle dans la minéralité première du monde. Le Poète est le vrai législateur, il est celui qui fixe les mœurs d’un peuple. Homère, Hésiode, La Fontaine. Son antériorité est fondatrice. C’est à lui qu’il revient de chanter avec Mistral « la coumparitudo de la raço et dóu sejour », l’harmonie de la race et du séjour dont on a été dépouillé. Tant et si bien qu’on a perdu monde, il n’est plus pour nous ce cosmos habité, comme si nous étions revenu en amont des temps, dans un bouillon de culture originel, la soupe primordiale, magma informe passé au mixer de l’universel, un monde définitivement fâché avec l’appartenance, seulement peuplé d’étrangers, pourquoi pas d’extra-terrestres. Il n’y a d’ailleurs que la science-fiction qui puisse donner une idée du chaos phylogénétique du « Tout-monde » des chantres de la « migritude ».

C’était inscrit dans les astres : le jour où on a été sur la Lune, on a quitté pour de bon la Terre. Ou plutôt on a compris que la Terre n’était peut-être qu’une escale entre l’Holocène, l’Anthropocène et le néant, comme le fantasmait Emmanuel Levinas, le grand prêtre de l’altérité – comprenez de l’altération –, cette altérité qui a ébranlé le système de défense immunitaire européen.

Des hommes sans terre et une terre sans hommes

On touche ici un point central du livre de Rémi Soulié : la déterritorialisation du monde. Et cette déterritorialisation – l’homme sans terre et la terre sans hommes – se donne à voir, à l’état philosophiquement parfait, dans l’œuvre de Levinas, dont Soulié rappelle l’article fumeux qu’il consacra au premier voyage dans l’espace, « Heidegger, Gagarine et nous ». Aux yeux du philosophe, la conquête spatiale allait définitivement nous arracher au démon des appartenances et nous délivrer de l’immanence des choses. Apesanteur de la transcendance biblique et disgrâce du paganus, du paysan, de l’homme d’un pays, écrit en substance Levinas.

Or, proclame Soulié, « le pagus (le pays) et la pagnia (la page) se superposent parfaitement pour former un même espace. » L’auteur de Racination pense en présocratique, un présocratique qui aurait incorporé le Moyen Âge européen « dans un émerveillement du naïf et du natif ». Il guette le retour du Grand Pan, il en retrouve la trace derrière le bouc cher au bestiaire médiéval, guère éloigné du dieu Pan, la Bête (« Les bêtes sont donc d’une certaine façon les prophètes de la Bête »). Si la racine, pour ne pas dire la race, est grecque, l’évangile demeure catholique. Rencontre impossible des deux pôles de l’âme européenne, entre la chrétienté romanisée et l’hellénité solaire des âges antérieurs. L’histoire les a pourtant fait se rencontrer. Telle est la synthèse européenne, un syncrétisme pagano-chrétien. Comment ne pas l’assumer en bloc ? Murées dans leur dogmatisme, la théologie et la philosophie l’interdisent, pas l’histoire. « La voie révolutionnaire est la seule, au sens cosmique et astronomique : soit retour cyclique à l’origine sur le mode guénonien ou évolien soit, dès à présent, retour au souci de l’origine. » D’où l’image des oiseaux migrateurs – qui accomplissent le retour au pays natal. Ce qu’est Racination.

https://www.revue-elements.com/en-son-pays-en-sa-race-avec-remi-soulie/

Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie (Pierre Bouet)

 

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Pierre Bouet, maître de conférences à l’université de Caen, est spécialiste de la Normandie médiévale et du royaume anglo-normand.

Rollon n’est pas le premier chef viking venu dévaster l’ouest de la France. De nombreuses bandes scandinaves l’avaient précédé, aussi bien dans les îles Britanniques que sur les rivages de France et d’Espagne. Les sources écrites au sujet des raids de ces Vikings sont pour l’essentiel en latin. Annales et histoires présentées chronologiquement furent rédigées dans les monastères et dans les annexes des cathédrales, cibles principales des attaques vikings car ces édifices religieux conservaient des objets liturgiques de grande valeur en or et en argent (calices, candélabres, croix,…) et des œuvres d’art ornées de pierres précieuses et de métaux rares. Les attaques se déroulaient toujours selon le même rituel.

Les agresseurs cernaient les bâtiments, y entraient de force et pillaient tout. Selon les cas, ils incendiaient les lieux et emmenaient les personnes susceptibles d’êtres vendues sur un marché d’esclaves. Les Vikings sont décrits comme des barbares, des pirates et des païens. Ces Hommes du Nord (Northmanni) se montrent cruels, sans aucune pitié à l’égard des femmes et des enfants. La ruse et la perfidie leurs sont habituelles et ils ne se sentent liés à aucun des engagements pris. C’est avec une « rage démoniaque » qu’ils se livrent au massacre des populations civiles dépourvues d’armes. Mais la source principale de l’histoire normande est rédigée par Dudon, chanoine de Saint-Quentin. Dudon rédigea à la fin du Xème siècle une histoire des hommes qui, venus du Nord, étaient à l’origine du duché de Normandie. Il entreprit de corriger l’image négative de ces hommes du Nord en entreprenant un ouvrage sur la vie et les œuvres des trois premiers ducs : Rollon, Guillaume Longue Epée et Richard Ier.

Sur base de ces archives, de l’archéologie et des autres sciences auxiliaires de l’Histoire, l’auteur nous raconte l’implantation des Scandinaves en terre de Neustrie et la vie de Rollon. Bien conseillé par les archevêques de Rouen, il fut un exemple d’assimilation et de francisation. Cette assimilation et cette francisation passèrent par la conversion au christianisme. Les Vikings qui refusèrent le baptême quittèrent la France pour aller piller et dévaster l’Espagne.

Rollon avait compris les traits originaux de la civilisation et la richesse de cette terre « fertile et généreuse » qu’il voulait, et ses hommes avec lui, s’approprier à tout prix. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte constitua l’étape ultime de cette longue évolution.

Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie, Pierre Bouet, éditions Tallandier, 224 pages, 19,90 euros

A commander via le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/rollon-le-chef-viking-qui-fonda-la-normandie-pierre-bouet/52022/

dimanche 18 septembre 2022

Comprendre l’esprit de la Révolution

 

la guerre occulte

La réédition du livre d’Emmanuel Malynski (1875-1938), La guerre occulte, aux Éditions Omnia Veritas, est véritablement une œuvre de salubrité publique. Paru à l’origine en 1936, son auteur est un aristocrate polonais qui a travaillé en liaison avec Léon de Poncins. Sillonnant la planète, maîtrisant plusieurs langues, pilote d’avion de la première heure, le comte Malynski était doté d’une immense culture politique, historique, économique et religieuse. Un classicisme de la pensée allait de pair avec une finesse d’analyse lui permettant de saisir les causes profondes à l’origine des maux caractérisant les sociétés occidentales aux XIXème et XXème siècles.

Son livre traite de différents sujets comme « Metternich, champion de la contre-Révolution », « Nationalisme et universalisme », « La Commune et la haine éternelle », « La guerre mondiale », « La révolution de mars 1917 », « Lénine » etc. Il ressort de ces différents chapitres que le fond de tous ces événements reposent sur une lutte titanesque opposant l’esprit du christianisme à celui de la contre-église d’esprit hébraïque sous l’égide de satan. Une véritable métaphysique de l’histoire est subtilement décortiquée et expliquée par Emmanuel Malynski. L’auteur de ces lignes peut dire qu’il a été subjugué par la finesse de l’analyse et la logique des explications. Cet aristocrate polonais nous fait comprendre véritablement ce qu’est l’esprit de la Révolution avec ses conséquences spirituelles et temporelles opposé à celui de la Révélation. La lecture de ce livre est absolument nécessaire pour tout catholique d’esprit (encore) traditionnel car il est l’antidote permettant de saisir la continuité de ce combat bimillénaire surtout à notre époque.

http://www.omnia-veritas.com/#!la-guerre-occulte/cwgq

https://www.medias-presse.info/comprendre-lesprit-de-la-revolution/52205/

SAINTE ANNE : patronne des Bretons. [PODCAST AUDIO] Éditions Voxgallia

samedi 17 septembre 2022

Redécouvrir George Orwell

 

Redécouvrir George Orwell

Tout le monde ou presque croît connaître l’auteur de l’incontournable ferme des animaux. Considéré aujourd’hui comme un prophète des temps venus, la voix qui criait dans le désert du XXe siècle est une personnalité dont l’évolution ne doit pas être effacée par son succès éditorial. La biographie de Thomas Renaud revient en profondeur sur la trajectoire l’écrivain. La curiosité dévorante d’Eric Blair avant qu’il ne devienne George Orwell se lit dans ses premiers ouvrages et les expériences sociales qu’il réalise avant de les écrire. On y apprécie, au fur et à mesure de notre lecture, la force de la volonté d’un homme qui, de jeune étudiant peu studieux à pauvre écrivain sans le sou, devient un incontournable des librairies. Cependant, il ne faudrait pas s’arrêter ici au simple parcours littéraire et à l’évolution sociale.

On découvre surtout la cohérence d’une vie, celle d’un authentique britannique en quête permanente de justice. Une espèce de frère d’armes – sinon d’âme – de Georges Bernanos. L’un comme l’autre ont en effet en commun d’avoir comme sujet de prédilection et cheval de bataille la détresse sociale, la menace de la technique et l’effondrement du politique. De plus, pour l’un et pour l’autre, la littérature est envisagée comme un combat. Combat pour l’honneur chez Bernanos quand il est pour la vérité chez Orwell qui dit lui-même : « J’écris (…) parce qu’il y a un mensonge que je veux dénoncer ».

Eric Blair nait en Inde, avant d’arriver avec sa mère et sa sœur dans la campagne anglaise pour y recevoir l’éducation d’un jeune bourgeois. En dépit du tableau très noir qu’il a pu brosser de sa jeunesse, son entourage défend le fait qu’il ne fut pas si malheureux. On peut toutefois affirmer que son goût de la solitude a vraisemblablement permis qu’il devienne l’auteur de 1984. « J’avais de l’enfant solitaire cette habitude d’inventer des histoires et de converser avec des personnages imaginaires », a-t-il dit de lui. Il admet malgré tout que ce qu’il a vécu a fait de lui ce qu’il est devenu et plus encore il pense que « l’on devrait considérer qu’un écrivain jette son héritage aux orties s’il répudie son expérience de jeunesse ».

Une rupture avec la gauche officielle

Au cours de ses années de pension, certes formatrice intellectuellement, Eric Blair ne se départira pas d’un superbe masque de je-m’en-foutisme. Cela traduira dans son attitude face à la Première Guerre mondiale, ou à travers son manque d’enthousiasme sur ce qui ne concerne pas les lettres. Il aura quelques temps Aldous Huxley comme professeur, avec qui il partagera, ou peut-être de qui il gagnera « le goût des mots, de leur signification et de leur usage précis ».  Ses études finies, il part vivre minablement en Inde, en mauvais colonisateur et en mauvais compatriote. Tous ceux qu’il fréquente là-bas ne gagne que son mépris, birmans comme anglais. Il finit par démissionner et rentre, chargé d’un fort anti-impérialisme et d’une ferme volonté de gagner son pain grâce à son écriture. Les années qui suivent ce retour sont pour lui extrêmement difficiles, et ce dans tous les domaines. Il ne gagne rien ou quasiment rien, méprise ceux qui pourraient l’aider et dans tous les aspects de sa vie se lit le dilemme de deux hommes en un seul. Son drame, qu’il étudie, décrit et écrit à cette époque-là est l’injustice inconcevable que celui qui travaille ne puisse vivre dignement.

Puis l’écriture commence à payer et la guerre en Espagne arrive. Son engagement lui ouvre les yeux sur la société anglaise et lui fait conclure que les combattants sont les moins portés à gober les mensonges. S’il s’inquiète alors du totalitarisme qui se met en place, il s’indigne bien plus de l’inaction de la société britannique qui ne veut surtout pas faire de vague. Alors qu’il est profondément socialiste, il est mis au ban de la gauche officielle pétrie de stalinisme. L’imperméabilité du peuple anglais à la révolution le rassure autant qu’elle l’effraie. Et la suite de l’histoire du monde ne va que confirmer ses craintes.

Sa pensée se précise ensuite avec son écriture et étonnamment son affection de la monarchie se raffermit autant que son socialisme s’ancre. Pour lui, la monarchie est comme une alliance du peuple et du roi contre les riches. Le « gentleman farmer » qu’il défend permet de maintenir une « forme d’idéalisme, une vision du monde où le style et la tradition sont plus importants que l’argent ».

Et c’est alors que George Orwell nait. Il écrit la ferme des animaux afin de dénoncer toutes formes de totalitarismes et malgré les craintes de son éditeur, le livre connait un franc succès. La mort de sa femme le conduit à une vie retirée à la campagne où il entretient alors trois achats réguliers : les livres, le tabac et la bière. Enfin, lorsqu’il écrit 1984, dans cette vie de repli, il arrive à la conclusion que « l’homme a besoin de chaleur, de vie sociale, de loisirs, de confort et de sécurité » mais « il a aussi besoin de solitude de travail créatif et de sens du merveilleux », conclusion qu’un européen conscient de sa longue mémoire et armé d’une volonté de transmettre peut évidemment agréer.

Sixtine Chatelus – Promotion Jean Raspail

Thomas Renaud, « Qui suis-je ? » George Orwell, juin 2022, 128 p., 12 €.

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