mardi 25 février 2020
Un Prix Nobel dans l'oubli : Knut Hamsun, du pays des aigles et des loups
En 1890, un livre obtient dans toute l'Europe un succès fulgurant. Il s'appelle Faim ; Il est signé : Knut Hamsun. Trente ans plus tard l'écrivain norvégien, né Knut Pedersen, obtient le Prix Nobel de littérature. La publication en traduction française de son dernier roman, Le cercle s'est refermé, le rappelle à notre mémoire. Et permet d'aborder les rapports entre l'engagement politique et l'œuvre littéraire.
On sait que le Prix Nobel se lança dans l'aventure, en croyant dur comme fer à cette histoire d'une grande communauté des peuples germaniques de la Norvège de Vidkun Quisling à la « Bourgogne » de Léon Degrelle. Sous hégémonie allemande, lui dira-t-on. Dialogue de sourds. De toute façon, vieillard obstiné, il n'était pas homme à faire les choses à moitié.
Alors que son fils Arhild s'engageait dans les Waffen SS et combattait devant Leningrad, où il ramassait une Croix de fer que les correspondants du magazine Signal trouvèrent très photogénique, son vieux père écrivait en juin 1943 qu'Adolf Hitler était « un croisé et un réformateur » et qu'il voulait « créer une nouvelle époque et une nouvelle vie pour tous les pays, une unité durable entre les peuples pour le bien de chacun ».
Internement psychiatrique
Tandis que Céline errait d'un château l'autre dans une Allemagne à l'agonie, avec pour objectif la frontière du Danemark, Hamsun, encore un peu plus au nord, écrivait dans le journal Aftenposten du 7 mai 1945, une certaine notice nécrologique qui lui sera à jamais reprochée et qui explique pourquoi il devait avoir par la suite de sérieux ennuis : « Je ne suis pas digne déparier à voix haute d’Adolf Hitler, écrit il, et sa vie et ses actes n'invitent à aucun attendrissement sentimental. Ce fut un guerrier, qui fit la guerre pour l’humanité, et un annonciateur de l'évangile de justice pour toute les nations. Ce fut un réformateur du plus haut rang, et son destin historique fut tel qu'il vécut dans une époque dune cruauté sans exemple, qui finalement l'abattit. C'est ainsi que tes Européens de l'Ouest doivent voir Adolf Hitler, et nous autres, ses disciples, nous courbons maintenant la tête devant sa mort. »
Encombrés de ce scandaleux vieillard têtu, qui restait, qu'on le veuille ou non, le plus grand écrivain norvégien et même Scandinave de son siècle, ses compatriotes eurent l'idée de l'interner dans un asile psychiatrique, selon une méthode qui devait faire, fortune où l'on sait.
Le procès, où sa défense, assurée par lui-même sans avocat, ressemblait à la chanson Je ne regrette rien, se termina par une amende calculée pour le ruiner intégralement. Il s'en vengea en publiant - à quatre-vingt-dix ans - son plus beau livre, une sorte de méditation sur soi : Sur les sentiers ou l'herbe repousse, qui évoque par bien des aspects le Récit secret de son compatriote normand Drieu La Rochelle.
Décédé en 1952, dans la solitude de sa maison de Norholm, sur la côte méridionale de la Norvège, dont il avait jadis rêvé de faire une sorte de ferme modèle, Knut Hamsun a traversé victorieusement l'épreuve du temps et de la haine.
Devenu antichrétien
Paradoxalement, c'est toujours le mot de jeunesse qui revient quand on cherche à comprendre qui était vraiment ce très étrange Knud Pedersen.
Toujours remonter à l'enfance. Il fut un enfant pauvre, fils d'un misérable tailleur de bourgade, devenu fermier encore plus misérable dans l'inhospitalier Nord-land. On le confie à un oncle piétiste dont l'éducation rigoriste. Bible en main, eut l'effet de faire de lui un antichrétien ou plutôt un « achrétien » définitif, plus intrinsèquement païen que le vieux borgne Odin.
Knud vécut son enfance donc sur l'île de Hamaroy, près du hameau de Hamsund, dont il tirera son nom de plume. Il faut y aller voir. Quelques maisons de bois, que l'on doit sans cesse repeindre après la morsure de la neige, semblent écrasées par des montagnes chaotiques. Un énorme piton insolite, d'un noir d'encre, désigne comme un doigt la cavalcade des nuages gris se poursuivant au gré d'un vent violent, sur le rythme échevelé de la Chasse sauvage. Au-delà d'une mer frémissante, les sommets encore encapuchonnés de neige des Lofoten.
Même en plein cœur d'un printemps d'herbe et de fleurs, un froid humide étreint le voyageur dans ce bout du monde. Les hommes d'ici, immergés dans ce paysage démesuré, ne peuvent qu'être familiers des géants. Pays des nuits de vingt-quatre heures, du brouillard dévorant les barques téméraires, de la solitude et du labeur aux doigts gercés.
Tel fut le décor - que l'on qualifierait volontiers de dantesque ou de wagnérien qui façonna l'enfant Knud, entre ses parents pauvres et son oncle pieux. À quatorze ans, le gamin doit gagner son pain. Il sera commis de boutique, docker, cordonnier, mercier ambulant. Chez moi cela se dit : « Douze métiers et treize misères ». Le travail. La solitude. Et le froid et la nuit Immenses. Que l'on y songe : il y a plus loin à vol de mouette de cette Norvège du Nord à la Norvège du Sud que de Paris à Oslo...
Le dollar-roi
Il faut fuir. Le Hardanger et Kristiana d'abord. Puis l'Amérique. Hamsun y séjournera deux fois et y fera toutes les besognes, y compris celles de conducteur de tramway et de conférencier.
Il en reviendra tuberculeux et surtout marqué jusqu'au tréfonds de sa chair par une américanophobie incurable. Qui n'a pas lu son pamphlet - le seul et unique de sa vie, et il date de 1889 : De la vie intellectuelle dans l'Amérique moderne, ne peut rien saisir de ses attitudes politiques ultérieures. C'est une condamnation absolue de l’American way of life et de sa civilisation marchande. La haine de l'immigré norvégien pour le modernisme, pour la bigoterie et pour le racisme yankee y apparaît totale.
Avant tout autre Européen, Hamsun dénonce le dernier des monarques absolus : le dollar-roi. Ecœuré par la bonne conscience des bien-pensants d'outre-Atlantique, ces banquiers dévots et incultes, il revient chez lui, quitte à y crever de faim. Il se veut alors barbare. C'est-à-dire le contraire même du bourgeois. Être écrivain sera pour lui la meilleure manière de régler son compte à cette civilisation moderne, « progressiste », dont il mesure déjà les futurs ravages.
On le taxera de romantisme, comme une insulte. Peu lui importe. Il n'est d'aucune école. Il est lui-même. Fou d'orgueil. Ne nous y trompons pas. Ce qui est pour les uns le péché le plus mortel, l'orgueil, est, pour lui, la vertu la plus vitale, la seule qui lui permettra jusqu'à sa mort de se tenir étrangement droit, vieillard à la longue barbe blanche qui rejette la tête en arrière dans un dernier défi. « J'ai été celui que j'ai voulu », pourrait-il affirmer. De son enfance impécunieuse, il conserve la seule fierté d'avoir raison contre tout le monde. Indomptable Hamsun.
La nostalgie d'une Norvège héroïque
Sa carrière commencée en 1890, à l'aube du siècle, va se terminer à la veille de la guerre. Deux fois vingt ans et une vingtaine de romans, formant souvent diptyque ou trilogie, selon le goût Scandinave pour les histoires interminables on a le temps pendant les longues soirées d'hiver.
Ecrivain, certes, et des plus grands. Mais aussi fermier, maître sur sa terre, tout entier adonné à la « faisance-valoir ». On devine où le mène sa haine de l'argent, du « progrès », de la ville. Le voici, bien avant d'autres, emporté par tous les mythes du sang et du sol. Mais sans jamais tomber dans quelque esthétisme politique à la Barrès. On songerait plutôt à Giono. Mais Giono souffre d'une génération de retard et la Provence n'est pas le Nordland. Hamsun reste d'un pays d'aigles et de loups.
Créateur de tout un univers romanesque, où s'exprime, sans phraséologie, la constante nostalgie d'une Norvège héroïque, Hamsun apparaît comme véritablement hanté par ce qu'on pourrait appeler la vertu du Nord.
On aurait pourtant tort de faire de lui le romancier du seul héros enraciné. Si le personnage central de l’Eveil de la Glèbe reste obstinément accroché au lopin de terre qu'il fait fructifier, la plupart des hommes dont il nous raconte l'histoire sont au contraire des déracinés, des vagabonds, des voyageurs. Les anciennes valeurs, tout autant que chez les manants, s'incarnent pour lui chez les errants. Conception fort nietzschéenne qui l'ancre dans un mépris fondamental de tous ceux qui se réclament de la morale du troupeau.
Pauvre, fils de pauvre, mort ruiné et honni, Hamsun n'a jamais été sensible à l'idée démocratique, nuée funeste à ses yeux, « américaine » eût-il dit. Individualiste comme tout grand artiste, il apparaît comme un monstre d'égoïsme, fort parmi les forts. S'il devint dans les années 30 hitlérien c'est qu'il soupçonnait qu'Adolf Hitler était un personnage hamsunien.
D'abord l'indifférence
Ceux qui sur la foi d'un éloge funèbre intempestif croiraient trouver dans l'œuvre de Knut Hamsun je ne sais quelle littérature nationale-socialiste seraient bien déçus. Aucun de ses livres n'est de propagande ni même de morale. Ce sont œuvres d'art.
La marque infernale de son engagement n'est point dans sa peinture, mais dans son personnage. D'où l'ironie et même la distance qui surprendront plus d'un de ses lecteurs.
Ainsi Le cercle s'est refermé, qu'il voulut, une quinzaine d'années avant le silence définitif de la mort, son dernier roman.
Abel Brodersen, fils d'un gardien de phare, est un héros hamsunien typique. C'est un homme qui va et qui vient, sans jamais s'attacher. Totalement indifférent à l'argent, aux convenances, à la situation. Il croise au moins trois femmes sur sa route. Lili, Olga et Lolla. Aucune ne le retiendra. Mais rien ni personne ne le retient Le fond de son caractère est l'indifférence le terme revient à d'innombrables reprises dans le roman.
Après une première partie un peu languissante, longue mise en place des personnages pour cette histoire qui s'écoule pratiquement sur le rythme d'une vie entière, une seconde partie plus enlevée nous montre Abel devenu capitaine d'un étrange « bateau-laitier », Le moineau qui va de port en port - dons un pays où les habitants des fjords ne peuvent correspondre que par voie d'eau. Mais cette accélération du récit n'est qu'artifice. Le héros ne tarde pas à revenir à cette sorte de « non-action » qui reste une des caractéristiques essentielles de l'univers de ce très étrange activiste Knut Hamsun. L'affirmation de soi-même poussée jusqu'à l'inertie absolue. Abel est l'homme d'une paresse nordique que les Normands ces faux laborieux comme ce sont de faux avares comprennent mieux que nuls autres.
Sacré vieux viking qui dévoile nos secrets !
Jean Mabire Le Choc du Mois N° 28 Mars 1990
Georges Sorel, théoricien de la régénération sociale par la violence
Revendiqué par Michel Charzat et Mussolini
Georges Sorel, théoricien de la régénération sociale par la violence
La réédition, aux éditions du Seuil, des Réflexions sur la violence (1), l'ouvrage le plus célèbre de Georges Sorel, fournira sûrement à quelques commentateurs l'occasion de revenir sur ce personnage peu banal, et qui a suscité des Jugements totalement opposés. Tandis que Jean-Paul Sartre, en effet, le traitait de « fasciste » et Henri Guillemin de « très petit monsieur », il était, pour Benedetto Croce, celui qui avait donné au rêve marxiste une forme nouvelle. Alors, où est le vrai, où est le faux ? Nous n'avons pas, quant à nous, la prétention d'apporter une solution à un problème aussi difficile. Et les éléments que nous versons au dossier posent plus d'interrogations qu'ils n'en résolvent.
Georges Sorel accéda tardivement à la notoriété. Il dépassait déjà la soixantaine lorsque, le 7 janvier 1910, le théâtre du Vaudeville représenta pour la première fois à Paris une pièce de Paul Bourget, La Barricade. Sur ce thème : un conflit entre des ouvriers et leur patron, on y voyait l'énergie déployée dans l'attaque par une des deux classes antagonistes créant chez l'autre un réveil correspondant d'énergie. C'était là l'illustration d'une idée qui venait d'être développée par Sorel dans ses récentes Réflexions sur la violence livre auquel Bourget ne manquait pas de faire expressément référence. Du coup, notre homme, habitué à une gloire de cénacle, fut promu au rang de vedette, et le succès de La Barricade contribua au sien propre.
Théoricien d'un syndicalisme révolutionnaire conçu, à travers le « mythe » de la grève générale, comme la forme supérieure de la lutte des classes, ce polytechnicien, ancien ingénieur des Ponts-et-Chaussées, croyait que du prolétariat dépendait la régénération morale du monde, que de la « guerre sociale » sortirait une resplendissante « civilisation des producteurs ». Seulement, pour que la « violence prolétarienne », exercée comme une manifestation pure et simple du sentiment de lutte de classe, soit cette « chose très belle et très héroïque » capable de sauver l'humanité de la barbarie, encore fallait-il qu'elle puisse s'affronter à un adversaire digne d'elle, à un adversaire décidé à rendre coup pour coup et non point enclin au compromis ou désireux d'atténuer sa force. « Plus la bourgeoisie, expliquait Sorel dans ses Réflexions, plus la bourgeoisie sera ardemment capitaliste, plus le prolétariat sera plein d'un esprit de guerre et confiant dans la force révolutionnaire, plus le mouvement sera assuré. »
À ce stade de sa pensée, Sorel, on l'a observé avant nous, renonçait donc au concours aléatoire de l'automatisme social, chargé par Marx de promouvoir le collectivisme, pour faire de la volonté le levier irremplaçable du changement. Evolution intellectuelle surprenante, et d'une importance majeure, chez cet introducteur, en France, du marxisme orthodoxe... Car s'il persistait à voir dans les thèses de l'auteur du Capital, le vecteur privilégié de l'idéologie prolétarienne la plus authentique, il lui faisait subir par ailleurs une dérive volontariste qui en modifiait profondément la signification. Aux fondements rationalistes, hégéliens, du marxisme, système d'idées solidement enraciné dans la philosophie mécaniste du XVIIIe siècle, le révisionnisme sorélien ne substituait-il pas, en fin de compte, un socialisme éthique, vitaliste, s'inspirant ouvertement du bergsonisme alors en vogue ? Et, ce faisant, ne semblait-il pas « procéder d'un acte de désespoir devant l'indifférence de la nature à réaliser les sommations des théoriciens » ? En tout cas, il y avait là-dedans bien des ambiguïtés et des confusions.
« la démocratie est une école de servilité »
Un intime de Péguy, René Johannet, également lié avec Sorel, qu'il rencontrait à la boutique des Cahiers de la Quinzaine, rue de la Sorbonne, fera cet aveu : « J'ai eu beau lire Sorel et discuter avec lui bien souvent, je n'ai jamais pu me rendre compte s'il était un néo-conservateur camouflé ou un révolutionnaire ultra-terroriste. » En aiguisant la rage de Caliban, en appelant de ses vœux un choc frontal entre « les deux classes antagonistes », quel jeu jouait-il ? Etait-il, se demande à son tour Jacques Julliard dans sa préface à la réédition des Réflexions, « un moraliste conservateur qui, par un paradoxe qui ne saurait le faire reculer, confie à la classe ouvrière la mission de sauver la bourgeoisie de la décadence, ou bien un marxiste conséquent qui attend de l'accomplissement intégral du cycle bourgeois l'avènement ultérieur du prolétariat ? » Le même homme qui parlait des mystiques, de sainte Thérèse d'Avila, de saint Jean de la Croix, de la sœur Labouré, « non en dilettante, mais avec une enthousiaste vénération, presque en croyant », au témoignage du romancier Emile Baumann, préparait, à la veille de sa mort, une réédition de son ouvrage le plus foncièrement antichrétien, La Ruine du monde antique. Le même homme encore qui, en 1900, se déclarait démocrate et dreyfusard, qualifiera plus tard la démocratie d'« école de servilité, de délation, de démoralisation » et s'insurgera contre les « prétentions juives ».
Illusions
Selon Jacques Bainville, qui taxait de « simple construction de l'esprit » et de « formules élaborées en chambre, avec naïveté, sans connaissance des hommes », la stratégie de Sorel où la « notion de lutte de classe » aurait « épuré la notion de violence », l'auteur des Réflexions pensait surtout par réaction, par contradiction, voire par simple agacement favorable aux Empires centraux quand ils étaient en guerre avec la France, admirateur des bolcheviks alors que les Alliés dressaient le cordon sanitaire. On sait, du reste, par Jacques Maritain, que, chez Péguy, Sorel commençait par demander, sur une question donnée, quel était l'avis de Jaurès, puis soutenait immédiatement le contraire.
Que conclure de tout cela ? Peut-on affirmer avec quelque apparence de raison, maintenant que la consommation est l'unique credo que confesse notre société, que « l'âme du prolétariat révolutionnaire » demeure toujours « quelque chose de puissant, de neuf et d'intact » ? Evidemment, de tels mots ne recouvrent plus la moindre réalité. Mais Sorel lui-même n'avait-il pas douté de la pérennité de ses analyses et de ses échafaudages conceptuels qui remarquait : « Nous savons parfaitement que les historiens futurs ne manqueront pas de trouver que notre pensée a été pleine d'illusions, parce qu'ils regarderont derrière eux un monde achevé. Nous avons au contraire à agir, et nul ne saurait nous dire aujourd'hui ce que connaîtront ces historiens nul ne saurait nous donner le moyen de modifier nos images motrices de manière à éviter leurs critiques. » Après tout, peut-être est-ce là sa seule leçon.
Michel Toda Le Choc du Mois N° 30 Juin 1990
(1)329 p., 140 F.
lundi 24 février 2020
Ces mouvements fascistes qui ont choisi la résistance au nazisme
Décidément, où s'arrêtera le révisionnisme ? En 1984, un livre du Club de l'Horloge posait la question. Socialisme et fascisme une même famille ? (Albin Michel) et y répondait par l'affirmative. Tout récemment, ce sont deux universitaires, MM. Handourtzel et Buffet, qui démontrent dans un essai au titre évocateur que La collaboration... à gauche aussi (Perrin, 1989). Autant de mythes soigneusement entretenus depuis plus de 40 ans sur la prétendue non compromission de la gauche avec le fascisme qui s'effondrent. Ceci acquis, c'est à un autre montage qu'il s'agit de s'attaquer, celui de l'équation fascisme = collaboration. Des mouvements - et non seulement des individualités - classés comme fascistes ou « d'extrême droite » ayant, en Europe, durant la dernière guerre, choisi la Résistance, il n'en manque pas. Place aux faits.
Philippe Vilgier
Qui furent les premiers résistants français ? La réponse d'Alain Griotteray dans son livre 1940 : La droite était au rendez-vous (Laffont, 1985) ne laisse planer aucun doute. Ce furent des nationalistes.
Parmi ces nationalistes, on retrouvait bon nombre de cagoulards, de maurrassiens, de fidèles du colonel de La Rocque, de ceux que la gauche style Front populaire se plaisait à traiter de fascistes. Mais le fait que le maréchal Pétain ait accepté le principe d'une politique de collaboration, même avec de nombreuses ambiguïtés, avait empêcher certains mouvements fascisants de basculer dans la Résistance.
Dans les usines
Il existe néanmoins un mouvement fasciste qui mena une politique de Résistance. Il s'agit du Mouvement révolutionnaire français (MRF) apparu à l'automne 1943 et issu du Mouvement social révolutionnaire (MSR) quant à lui fondé en 1940 par Eugène Deloncle et officiellement collaborationniste. A la tête de ceux qui vont faire évoluer dès mai 1942 le MSR sur la voie de l'antinazisme, on trouve André Mahé, ex-communiste, Jean de Castellane, ancien camelot du roi et R. Soûles plus connu sous le nom de plume de Raymond Abellio (ses mémoires, Sol invictus, Ramsay, 1980, font état de son itinéraire politique sous l'occupation).
Le MRF, c'est quelques centaines de membres dont l'état-major est en contact étroit avec la Résistance ; notamment avec le général de Bénouville et avec Jean Gemaehling, chef national du réseau Kasanga (service de renseignements du Mouvement de libération nationale). Mais c'est aussi des organisations parallèles. Ses cellules d'usines en liaison avec les syndicalistes non communistes de Raymond Le Bourre (un des futurs dirigeants de Force ouvrière) jouèrent un rôle très apprécié de neutralisation des partisans de Doriot dans le monde du travail.
Une haie d'honneur pour de Gaulle
Quand Paris se soulève en août 1944, des éléments MRF participent à l'insurrection. Son service d'ordre, constitué en corps franc, rallie les FFI. Mais surtout, ayant noyaute de longue date les Equipes nationales du secrétariat général à la Jeunesse de Vichy, le MRF joue un rôle important dans la libération de la capitale. Histoire quasiment (volontairement ?) inconnue. Les 400 jeunes des Equipes nationales constitué en un bataillon Hémon, du nom d'un de ses anciens chefs déporté en Allemagne -, armés de mitraillettes Sten et de grenades défensives, furent la force principale qui permit d'occuper l'Hôtel de Ville et de faire face aux chars tigres. Leur mission pouvait se résumer ainsi : « libérer Paris des nazis, empêcher que le pouvoir passât aux communistes ». Leur courage, força l'admiration.
Seul incident politique Edgard Pisani voulut leur voir abandonner leur uniforme bleu foncé qui rappelait celui des miliciens. En vain. Autre anecdote rapportée par Raymond Abellio : ce fut le bataillon Hémon qui fournit la haie d'honneur pour accueillir le général de Gaulle lorsque ce dernier, arrivant à Paris, gravit les marches du grand escalier de l'Hôtel de Ville !
Le Choc du Mois N° 28 Mars 1990
dimanche 23 février 2020
Un auteur et son oeuvre : Julius Evola (1898-1974)

par Michel Malle
De l’orient tantrique au club des seigneurs, en passant par l’hermétisme et le spiritualisme masqué, nombreux sont les sujets de réflexion de Julius Evola. Mais il est des caractéristiques que l’on retrouve dans chacun de ses écrits, donnant à l’ensemble de son œuvre une certaine unité : une compréhension particulière de la magie, l’aspiration à des altitudes inconnues …
« L’homme dont nous allons tracer le portrait tenta de suivre la voie d’un karma yogi, c’est-à–dire qu’il choisit l’action comme voie de réintégration spirituelle : l’action conforme au Dharma (la Norme Universelle). Il a toujours dit: « René Guenon fut mon maître », c’est pourquoi nous envisagerons son oeuvre en rapport avec celle de Guénon, et cela d’autant que, dans son testament, fondant l’association qu’il a laissé, Evola précise ainsi le but visé : « Défendre les valeurs traditionnelles au sens où l’entendait René Guénon, Julius Evola et d’autres auteurs de même doctrine ». Même si nous devrons nous opposer à lui, ce sera donc dans cette sienne optique. « Je ne me suis pas borné à exposer les doctrines traditionnelles, j’ai cherché quels pouvaient être leurs aboutissements dans la réalité » dit-il, en entendant par là « dans l’action « . « J’ai donc cherché les conséquences à tirer des doctrines traditionnelles dans le sens d’une organisation sociale et politique de l’État », et aussi, avec plus de succès selon nous, dans le sens d’une éthique et d’une pratique pour l’homme traditionnel contemporain. Cette volonté d’engagement a conduit Evola à travailler de concert avec les divers mouvements fascistes de ce siècle. Cet aspect de sa vie, indissociable de son oeuvre, est problématique et, pour cette raison, nombre de « spiritualistes » n’osent pas l’aborder ou la déforment. Cette couardise ne sera pas nôtre : l’oeuvre mérite d’être connue, les questions qu’elle pose doivent l’être, et si les réponses ne nous satisfont pas toujours, il nous faudra en trouver de meilleures.
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[…] Il semble qu’il ait dirige lui-même sa formation humaine très tôt et très indépendamment: on ne sait d’ailleurs pratiquement rien de son enfance. Il fit des études techniques et mathématiques qui le menèrent au titre d’ingénieur mais, s’il en garda une tournure d’esprit « scientifique » (à ne pas confondre avec « matérialiste »), il ne pratiqua jamais, pour des raisons éthiques délibérées. L’attitude anti–bourgeoise, qui est l’un des traits marquants de sa personnalité, semble avoir été précoce. Il en est de même de son caractère guerrier, puisqu’il « s’engage peine âgé de 20 ans et qu’il prend part à la première guerre mondiale en tant que sous-lieutenant d’artillerie sur le plateau d’Asiago » […] Chez lui, la pensée et l’action se développèrent toujours conjointement, ainsi, deux ans avant son engagement, il commença à écrire des poèmes en italien et en français (outre le grec et le latin, il maîtrisait parfaitement les principales langues européennes, ce trait dénote aussi la précocité de son européanisme, qui devait se développer dans le cadre d’une vision impériale). Parallèlement à la poésie, il pratiqua la peinture abstraite. Ce fut sa période « Dada »: il fut en effet, à l’époque, l’un des représentants italiens du mouvement : « J’ai adhéré à ce mouvement comme mouvement limite, et non pas comme mouvement artistique. Si l’on était sérieux, on ne pouvait en rester là. A partir de 1922, je me suis séparé des dadas » […]
Alors commença ce qui fut appelé sa « période philosophique » (1923-1927). II publia deux ouvrages sur « l’individu absolu », dont « la Théorie et la Phénoménologie de l’individu absolu », qui reflètent certaines idées de Nietzsche, Weininger et Michelstädter. II en dira finalement: « Je ne conseillerai à personne de les lire tant ils sont écrits en jargon universitaire ». […]
PREMIER APERCU SUR L’ORIENT TANTRIQUE
En 1926 parut : « L’homme en tant que puissance ». C’est un premier essai qui, bien des fois repris, donnera en 1949 « Le yoga tantrique, sa métaphysique, ses pratiques ». Evola s’ouvre à l’Orient, en l’occurrence à la tradition hindoue, et cela est d’autant plus intéressant que l’orient d’Evola n’est pas le même que celui de Guénon, il s’agit essentiellement de doctrines émanant de la caste des ksatriyas, la caste guerrière, et par cet aspect on trouve quelque chose qui consonne remarquablement avec l’ancienne tradition occidentale: il s’agit aussi de science « magique ». Prévenons tout de suite une équivoque possible : ce qu’Evola nomme magie n’a pas grand-chose à voir avec ce que désigne le mot dans le langage courant actuel. […]
LE SPIRITUALISME DEMASQUE ET LA QUESTION DU CHRISTIANNISME
Prolongeant les oeuvres équivalentes de Guénon, il fait paraître en 1932 « Masques et visages du spiritualisme contemporain ». Le grand intérêt de cet ouvrage vient de ce qu’il aborde certains aspects du spiritualisme contemporain que Guenon n’avait pas analysés. […]
REVOLTE ET REVOLUTION TRADITIONNELLE
En 1934, Évola publia « Révolte contre le monde moderne ». Ce livre est considéré par ses disciples comme le plus important. Lorsque, du point de vue des idées, on se questionne sur la valeur de l’apport d’Evola, cette oeuvre, finalement, se dégonfle un peu. Elle présente l’intérêt d’une fantastique érudition retraçant l’histoire du point de vue d’une vision traditionnelle cyclique. De nombreux aspects du monde moderne y sont envisagés, que Guénon n’avait pas soulignés: aspects qui, sans être fondamentaux, méritaient d’être si remarquablement analysés. Le style est fort et, pourrait-on dire, vengeur. Mais, à notre point de vue, ce livre est entaché de cette idée, qui s’affirmera plus encore dans le suivant, que la caste noble est supérieure à la caste sacerdotale. La seule question qui nous intéresse est celle-ci : la connaissance est-elle supérieure à l’action, oui ou non? Si non, l’action ne peut plus se distinguer de l’agitation. Si oui, le spirituel est supérieur au guerrier, il convient alors qu’une civilisation traditionnelle reflète cette hiérarchie et peu importe que le spirituel et le temporel soient aux mains d’un même homme ou aux mains d’hommes différents, reliés hiérarchiquement. Ceci étant établi, l’importance qu’Evola a pu attacher à cette question reste problématique et la façon dont elle est abordée aussi. Dans « la Crise du Monde Moderne », c’est le monde moderne qui est en crise, non celui qui s’y oppose : si une révolution, au sens strictement étymologique, peut être traditionnelle, ce ne saurait être le cas d’une révolte.
Quoi qu’il en soit de ces critiques, » Révolte contre le Monde Moderne » est un livre à lire, c’est probablement le plus important livre de « métaphysique de l’histoire » qui soit. […]
L’EPEE DE LUMIERE ET LE CHEVALIER D’OCCIDENT
En 1937, dans « Le mystère du Graal et l’idée impériale gibeline », Évola apporte une nouvelle contribution importante à la restauration doctrinale de la tradition occidentale. Malheureusement, et encore une fois, il fausse en partie l’idée civilisatrice traditionnelle. Toute l’argumentation d’Evola consiste à dire que l’Église, en développant les valeurs d’une religiosité féminine, mystique, passive face au monde spirituel se révèle être inférieure à la tradition du Graal, qui représente l’idéal chevaleresque. Mais l’argument est spécieux car, si cette démonstration va de soi, elle ne permet pas d’en conclure que la contemplation puisse être au-dessous de l’action. La Chevalerie est supérieure parce qu’elle est plus profondément spirituelle, et non parce qu’elle manie les armes : quant à l’Église, tant qu’elle ne consiste qu’en un exotérisme religieux, elle ne représente pas la pure autorité spirituelle, elle n’est qu’un pouvoir religieux. Si bien que, si l’Église et la Chevalerie étaient vraiment ce qu’en dit Evola il faudrait dire que la Chevalerie est supérieure à l’Église parce qu’elle est plus spirituelle et non dire que le guerrier est supérieur au contemplatif. Tout ce qu’apporte Evola dans l’affaire c’est une fâcheuse équivoque, car, une fois posé que le guerrier est au-dessus du prêtre, il se laisse aller à considérer toute éthique guerrière comme potentiellement porteuse d’une plus haute spiritualité que le Christianisme ; de là découle l’erreur de son « action politique ».
Quoi qu’il en soit, ce livre se pose comme « une étude sérieuse et engagée sur le Graal et le gibelinisme « , ce qu’il est, incontestablement. […]
LA CHUTE DU CLUB DES SEIGNEURS
Cette même année 1937, il publia « Le mythe du sang » en rapport très étroit avec les doctrines racistes allemandes. Certes, dans cet ouvrage, et dans celui qui suivra en 1941 « Synthèse des doctrines de la race », Evola s’oppose aux idées racistes matérialistes d’un Rosenberg et leur substitue l’idée d’une race de l’esprit » dans laquelle la race physique n’est qu’un élément d’une vaste équation : « L’idée d’une race allemande – dit-il – est une absurdité ». « Mais - dit Guénon de ce livre – le mot même de race nous parait être employé d’une façon assez impropre et détournée car au fond, c’est bien plutôt de caste qu’il s’agit en réalité… alors pourquoi parler encore de « race », si ce n’est par une concession plutôt fâcheuse à certaines idées courantes, qui sont assurément fort éloignées de toute spiritualité ? ». En 1941, et toujours dans le même genre d’équivoque, Evola publia « La doctrine aryenne de lutte et de victoire « . […]
Pour situer historiquement son action, précisons qu’il fut très proche des milieux germaniques conservateurs et aristocratiques qui se réclamaient du « prussianisme et cultivaient la nostalgie des chevaliers teutoniques ». « Himmler – continue Evola - me portait un intérêt particulier » ainsi que « le baron von Gleichen, dont j’étais un ami intime » et qui était lui-même le chef du « club des seigneurs ». « Je connaissais en outre intimement le chancelier von Pappen et, en Autriche, Karl Anton von Rohan, dans ce milieu opposé au « populisme dictatorial » du national socialisme ». Voici ce qu’il en fut en Italie du côté fasciste : « Au tout début de la guerre, Mussolini lut ma « Synthèse d’une doctrine de la race » et me fit chercher pour me féliciter et me demander de collaborer avec lui - Mais Duce, je ne suis pas fasciste - car je n’ai jamais été d’aucun parti… » En fait, il travailla, comme écrivain et comme conférencier en Italie, en Allemagne et en Autriche, à la formation doctrinale de certains milieux proches du pouvoir. […]
LA GRANDE LIBERATION DU PRINCE SIDDHARTA
Très étonnamment, au milieu de tout cela, Evola publia en 1943 « la Doctrine de l’Éveil, essai sur l’ascèse bouddhique ». Le fait que ce livre essentiel et vraiment spirituel ait été publié au coeur de cette période truffée d’erreurs logiques et de drames montre que la personnalité et l’oeuvre d’Evola sont très difficiles à aborder. II existe le double risque d’adhérer à certaines voies d’action sous prétexte qu’elles ont été formulées par un homme dont la doctrine est souvent transcendante et de repousser une doctrine dont l’action qui prétend en découler s’est par trop évidemment fourvoyée.
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L’ASCENSION SOLITAIRE OU LE SOUFFLE LIBRE DE L’ESPRIT
Dans un appendice sur « les limites de la régularité initiatique », Évola reconsidère les notions guénoniennes sur l’initiation dans une optique qui nous parait aussi indispensable qu’intéressante. « Contre le schéma guénonien en lui-même il n’y aurait pas grand-chose à objecter », dit-il, tout en soulignant malicieusement le « caractère presque bureaucratique de cette régularité ». Néanmoins sa critique porte sur plusieurs points. D’abord sur les « débouchés » : « Le Compagnonnage est une organisation initiatique résiduelle d’origine corporative, de portée fort restreinte et d’ailleurs limitée à la France » ; « La Franc–Maçonnerie moderne est l’un des cas d’organisation dont l’élément vraiment spirituel s’est « retiré » et chez lesquels le « psychisme » restant a servi d’instrument à des forces ténébreuses, pour qui s’en tient au principe de juger de l’arbre à ses fruits » ; quant au « christianisme, c’est une tradition mutilée en sa partie supérieure », toutes choses nous semble-t-il indéniables ; ce qui permet à Evola d’ironiser, peut-être un peu facilement, sur les « rares allusions des premiers siècles chrétiens de notre ère ou de certains rites de l’Église grecque orthodoxe à la chasse desquels sont partis certains guénoniens ». Outre ces problèmes pratiques, Évola affirme : « La continuité – « des influences spirituelles » – est illusoire lorsque n’existent plus de représentants dignes et conscients d’une chaîne initiatique donnée ».Il se propose d’éviter deux écueils : d’une part, les fantasmes auto-initiatiques à la Steiner qui ne font qu’appliquer au « domaine de l’esprit l’idéal américain du self made man » et, d’autre part, « une conception proche de celle du – « péché originel » - selon laquelle l’homme, irrémédiablement taré, ne pourrait rien par lui-même ». […]
LE VISIONNAIRE FOUDROYE
« Il fut blessé à Vienne d’un éclat d’obus dans la colonne vertébrale vers les derniers jours d’avril 1945 au cours d’un bombardement aérien soviétique. A partir de cette date il resta paralysé des deux jambes sans aucun espoir de guérison » […]
UN EXPOSE DE LA VRAIE DOCTRINE TRANTRIQUE
C’est en 1949 qu’Évola reprit ses publications avec « Le yoga tantrique, sa métaphysique et ses pratiques », livre qui développait le premier essai de 1926. » S’il advenait un jour - écrit Jean Varenne à propos d’Evola et de Guénon que fussent éditées les oeuvres complètes de ces deux seigneurs de la pensée, on verrait à quel point elles représentent les deux visages d’un seul et même mouvement ». « L’Homme et son devenir selon le Védanta » et « le Yoga Tantrique » illustrent parfaitement ce propos. […]
LES HOMMES AU MILIEU DES RUINES
En 1951 il publie un livre au titre évocateur de son sentiment « Les hommes au milieu des ruines ». Il s’agit, comme pour faire le point d’une action passée, de poser les principes d’une reconstitution européenne traditionnelle. Sont envisagées les notions de révolution traditionnelle, d’autorité, de hiérarchie et d’état organique. Evola y développe aussi d’intéressantes considérations sur l’économie moderne et les corporations, sur la stratégie de la guerre occulte et sur le problème de l’explosion démographique. La doctrine y est solide, mais lorsqu’il s’agit de désigner le milieu humain propre à servir de moteur à un tel mouvement, la solution apparaît presque débile: en étant à peine méchant, on pourrait penser qu’un recyclage métaphysique de quelques divisions de parachutistes nourrirait l’espoir d’Evola.
METAPHYSIQUE DU SEXE
Fruit d’une fabuleuse érudition, cet ouvrage parut en 1958. Évola commence par l’indispensable nettoyage d’un terrain qui est loin d’être « vierge ». « Ce n’est pas l’homme qui descend du singe par évolution, mais le singe qui descend de l’homme par involution ». […]
Ceci posé, la doctrine traditionnelle s’épanouit : « de la fréquentation, même sans contact, d’individus des deux sexes, naît, dans l’être le plus profond de l’un et de l’autre, une énergie spéciale ou « fluide » immatériel, appelé « tsing ». Celui-ci dérive uniquement de la polarité du ying et du yang ». Cet enseignement de la tradition chinoise se trouve confirmé par Swamy Shivananda Sarasvati : « La semence est une énergie dynamique qu’il faut convertir en énergie spirituelle (ojas) ». Cette opération, qui va à contresens de l’écoulement nature ! des forces, « est appelée viparîta-karanî (opération de l’inversion) ». « Un homme n’aime pas une femme parce qu’elle est belle » ; Evola, reprenant une idée connue dit: « Il aime parce qu’il aime, au–delà de toute logique, et précisément ce mystère révèle le magnétisme de l’amour ». « Le substratum du sexe est super-physique, il a son siège dans ce que, avec les Anciens, nous appelons l’âme du corps — » le corps subtil » – « . « Le sexe qui existe dans le corps, existe aussi et d’abord dans l’âme et, dans une certaine mesure, dans l’esprit même ».
[…]
[…]
CHEVAUCHER LE TIGRE
Avec « Chevaucher le tigre », en 1961, Evola fait oeuvre vraiment originale. Il pousse jusqu’à l’extrême ses audaces de pensée et formule un guide de conduite pour l’homme qui doit vivre dans un monde où tout hurle à la face du ciel et qui, refusant de « hurler avec les loups » veut faire de leurs cris une musique pour son âme. […]”
Les carnets du yoga, n°43, novembre 1982, pp. 2-26.
Des fouilles auraient mis au jour le tombeau de Romulus, fondateur de Rome

Une «découverte exceptionnelle», selon les mots d’Alfonsina Russo, directrice du Parc archéologique du Colisée. Lors de fouilles dans le secteur de l’ancien Forum romain, les archéologues ont découvert un sarcophage dans une chambre sous l’ancien Capitole. Un sarcophage qui, selon des textes antiques, pourrait être celui de Romulus, le fondateur mythologique de Rome.
[…]
Tous ces indices ont conduit à une nouvelle fouille et à la (re)découverte d’une chambre souterraine, sous la colline du Capitole, le centre religieux de la ville antique. Les archéologues y ont trouvé un sarcophage d’un mètre 40 de longueur et une pierre circulaire, «probablement un autel». Tous deux taillé dans la même roche volcanique que celle de la colline du Capitole. Le sarcophage daterait du VIe siècle avant notre ère.
[…]
1789-1917 : une révolution peut en inspirer une autre
Maître d'oeuvre du livre noir du communisme, Stéphane Courtois ne pouvait pas être absent de celui consacré à la Révolution française. Il y démontre avec rigueur les similitudes entre la révolution de 1789 et celle de 1917. La filiation entre les deux événements est tellement saisissante qu'elle pourrait porter le titre célinien « D'une révolution l’autre ».
En février 1917, la révolution russe est inaugurée par le chant de La Marseillaise. Au cours des premiers mois, elle suit une pente démocratique et constitutionnaliste. Au mois d'août, le gouvernement de Kerenski connaît une phase purement républicaine. Tout se passe relativement dans le calme.
Au mois d'octobre, tout bascule. Comme en France en octobre 1791. Le 7 novembre, Lénine pousse ses camarades, aidés de la populace, à s'emparer du Palais d'hiver, où siège le gouvernement provisoire, rééditant ainsi l'attaque des Tuileries le 10 août 1792. Il instaure un double pouvoir, légal avec l'assemblée constituante en cours de formation, et révolutionnaire avec le soutien de la rue, plagiant ainsi les Jacobins et la commune de Paris de 1791. De même que le Comité de salut public avait instauré la dictature d'un groupe d'activistes - les Jacobins -, qui avait rapidement mené à la dictature d'un seul homme - Robespierre -, Lénine instaure le Conseil des commissaires du peuple, formé des seuls bolcheviks et placé sous son contrôle de plus en plus autocratique. Comme Robespierre avait abandonné la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 pour le règne de la Vertu, Lénine proclame la Déclaration des droits du peuple travailleur abolissant les droits de l'homme en Russie. À l'image des révolutionnaires français, Lénine instaure une « démocratie totalitaire » inaugurée par la dictature du Comité de salut public : loi des suspects, tribunal révolutionnaire et terreur. Dès sa prise de pouvoir, Lénine assimile les cosaques du Don à la Vendée de 1793. Le 24 janvier 1919, il ordonne de « décosaquiser » « erreur massive contre les riches cosaques qui devront être exterminés et physiquement liquidés jusqu'au dernier ». Ordre qui n'est pas sans rappeler celui de la Convention contre les Vendéens. En juillet 1918, Lénine met à mort le tsar, sa famille et ses parents. Comme en France, l'assassinat est un élément majeur du déclenchement de la guerre civile nationale. À partir de 1919, Lénine lance l'internationale communiste qui appelle à la guerre civile internationale. On trouve là un écho lointain du décret voté en 1792 par la Convention : « La nation française déclare qu'elle traitera en ennemi le peuple qui, refusant la liberté et l’égalité, voudrait traiter avec le prince et les castes privilégiées, s'engage à ne déposer les armes qu'après raffermissement de la souveraineté et l’indépendance du peuple sur le territoire duquel tes troupes de la république sont entrées, qui aura établi les principes d’égalité, et établi un gouvernement libre et populaire. »
Au nom de ce principe, l'Armée rouge pénètre en Ukraine et en Géorgie pour y instaurer la soviétisation. Staline reste sur la même ligne. Il passe de la terreur ordinaire à la grande terreur de 1937-1938 comme Robespierre était passé des massacres de septembre à la grande terreur de juin-juillet 1794. Stéphane Courtois va très loin dans l'analogie. Il compare le fameux rapport Khrouchtchev, présenté lors du XXe congrès du Parti communiste d'Union soviétique, à une manoeuvre de la Révolution française. Le 24 février 1956, il dénonce ouvertement les crimes de Staline pour redorer le blason du communisme. De la même manière, la Convention, après la chute de Robespierre dont elle avait été complice, avait organisé le procès de Carrier, l'organisateur des noyades de Nantes. Le stalinisme en accusation pour sauver le communisme comme la terreur avait été condamnée pour sauver la Révolution.
Nous ajouterons une analogie complémentaire : comme la Révolution française, la Révolution russe est encore glorifiée de nos jours. Malgré les crimes qu'elles ont commis et le sang qu'elles ont répandu.
le Choc du Mois Janvier 2008
samedi 22 février 2020
Sortie le 1er mars prochain du n°18 des Cahiers d'Histoire du nationalisme consacré à Honoré d'Estienne d'Orves et à la résistance monarchiste en 1940

Issu d’une vieille famille de la noblesse provençale de tradition catholique et légitimiste, sensible aux idées et aux actions du catholicisme social d’Albert de Mun, descendant des généraux vendéens d’Autichamp et Suzannet et filleul du commandant Driant (le gendre du général Boulanger), le capitaine de frégate Honoré d’Estienne d’Orves peut être rattaché à la droite nationale, monarchiste, catholique et sociale.
Dans le chaos de 1940, à l’heure où « l’occupation (força) les hommes à choisir explicitement leur allégeance » (Pierre Nora), cet officier de valeur, comme bien d’autres, fit son choix. Au nom des valeurs de sa famille, de sa foi chrétienne, de l’honneur, de la patrie…, il choisit de continuer la lutte sous le drapeau français, dans les rangs gaullistes. Mais sans pour autant retirer son respect au Maréchal Philippe Pétain ni vouer aux gémonies ceux qui firent au même moment un autre choix que le sien... Ambiguïtés d’une époque…
Dans ce nouveau numéro des Cahiers d’Histoire du nationalisme, Didier Lecerf, historien de formation et militant de la cause nationale, nous invite à partir à la découverte de ce Français exemplaire, de ce patriote ardent, premier agent de la France libre fusillé par les Allemands, en août 1941. Il nous convie aussi à découvrir le milieu et l’époque qui ont contribué à sa formation intellectuelle et morale ainsi que les exemples qui l’ont inspiré.
Dans ce nouveau numéro des Cahiers d’Histoire du nationalisme, Didier Lecerf, historien de formation et militant de la cause nationale, nous invite à partir à la découverte de ce Français exemplaire, de ce patriote ardent, premier agent de la France libre fusillé par les Allemands, en août 1941. Il nous convie aussi à découvrir le milieu et l’époque qui ont contribué à sa formation intellectuelle et morale ainsi que les exemples qui l’ont inspiré.
Cahier d'Histoire du nationalisme n°18, Honoré d'Estienne d'Orves, 1940 : des monarchistes dans la Résistance, Didier Lecerf, 200 pages, 20 euros (+ 5 euros de port).
Sortie le 1er mars 2020
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Lucien Rebatet Les Décombres
Les Décombres, le best-seller de l'Occupation ! Plus qu'un livre, un véritable torrent qui vous vaccinera à jamais de la réaction, de la République, de la démocratie, de l'Église, de la franc-maçonnerie, du ghetto... Un ouvrage à relire et à méditer. Les éditions Robert Laffont viennent de le refaire paraître in extenso, y compris les chapitres les plus maudits. Mais la divine surprise vient de cette suite jusqu'alors inconnue des Décombres, L'Inédit de Clairvaux, écrit entre les murs glacés du célèbre pénitencier et qui traite entre autres des combats politiques et éditoriaux menés par la talentueuse équipe de Je suis partout, jusqu'au bout du fascisme et du national-socialisme, quand d'autres, dès 1943 (notamment Robert Brasillach et Georges Blond), jetaient l'éponge, ne croyant plus en la victoire finale de la révolution européenne, ce qui ne les empêcha point de connaître eux aussi la vindicte des vainqueurs, notamment de la Résistance qui ramena dans ses fourgons tout le personnel politique qui avait mené la France à la débâcle en 1940 et dont les héritiers sont toujours au pouvoir en 2016. Encore du très très grand Lucien Rebatet. Ne boudons pas notre plaisir !
Le dossier Rebatet Laffont 30€
EK Réfléchir&Agir Automne 2016
Quand la Révolution française s'écrit en noir
« La Révolution est un bloc dont on ne peut rien distraire », s'exclame Georges Clemenceau le 29 janvier 1891 à la Chambre des députés face à Joseph Reinach. Après avoir été un bloc, la révolution est désormais un pavé dont on ne peut, une fois encore, rien distraire. Un pavé de 878 pages dû à plusieurs dizaines d'auteurs, qui, sous la direction du père Escande, se sont réunis pour en écrire le livre noir(1).
Deux ans avant la formule du député du Var et futur président du Conseil Clemenceau lancée au député des Basses-Alpes Reinach (qui deviendra l'un des fondateurs de la ligue de droits de l'homme et l'historiographe de l'affaire Dreyfus), la France célèbre avec faste le centenaire de la Révolution française. Rien ne manque pour fêter l’événement. Dévoilement d’une plaque dans la salle du jeu de Paume à Versailles. Exposition sur le Champs de Mars. Défilés. Banquet national. Inauguration de statues. Inhumation de « grands ancêtres » au Panthéon(2). Et même - on l'a oublié - érection de la tour Eiffel, conçue comme monument éphémère pour la durée de l'Exposition universelle organisée pour célébrer le centenaire.
Un mythe déjà ébranlé lors du bicentenaire en 1989
La République triomphe. Après quasiment un siècle de balbutiements, de troubles, de révolutions, de guerres et d'échecs, elle semble avoir définitivement gagné la partie. Depuis 1875, la troisième du nom est en place. La restauration n'aura pas lieu. À compter de 1876, la gauche gagne toutes les élections. Le centenaire se veut consensuel. Les pages les plus sombres et les plus sanglantes qui ont marqué la France à compter de la convocation des États généraux, le 5 mai 1789, sont purement et simplement oubliées. La mystique républicaine est désormais solidement ancrée.
Un siècle plus tard, rien ne semble avoir changé. Léon Gambette et Jules Ferry ont rejoint la légende dorée de Saint-Just et de Robespierre. Les deux cents ans doivent donc également être célébrés avec éclat. Le président Mitterrand y tient beaucoup. Le 10 mai 1981 ne se situe-t-il pas dans la lignée directe du 4 août 1789 ? Mais cette fois, les historiens se sont mis au travail.
Jean Dumont, ami de l'historien royaliste Pierre Gaxotte (lui-même auteur en 1928 de La Révolution française, ouvrage fort critique sur les événements de 1789) et ancien directeur de collection chez Grasset, publie un retentissant Pourquoi nous ne célébrerons pas 1789 (éditions Arge). Jean-François Chiappe fait paraître le dernier tome de sa monumentale biographie de Louis XVI (éditions Perrin). René Sédillot dénonce le vandalisme des révolutionnaires dans Le Coût de la Révolution française (éditions Perrin). Le polémiste François Brigneau, dans son journal L'Anti 89, révèle ce qu'a été l'ampleur des persécutions contre les catholiques à travers toute la France.
Cette liste des études est loin d'être exhaustive. Grâce à l'importance des recherches effectuées, les images d'Epinal tombent les unes après les autres. La prise spontanée de la Bastille. La devise « Liberté, égalité, fraternité ». La fin de l'obscurantisme. Rien se s'est passé comme on l’a appris à des générations d'écoliers. De la Révolution de 1789, il ne reste en réalité pas grand chose à garder. Le Livre noir de la Révolution française vient achever la destruction du mythe.
« Républicains, le sang porte bonheur ! »
Dix ans après la parution du Livre noir du communisme (Robert Laffont), qui a révélé au monde entier l'étendue de la tragédie humaine provoquée par l'idéologie communiste, il constitue une remarquable synthèse de celle qui a été « la mère de toutes les révolutions ». Soulèvera-t-il les mêmes débats ? Scandalisera-t-il les descendants des jacobins, sans-culottes et autres hébertistes comme son prédécesseur avait courroucé les fils spirituels des tchékistes, maoïstes et autres guévaristes ?
De même que le premier ministre de l'époque, Lionel Jospin pour ne pas le nommer, s'était dit en réponse « fier d'avoir des ministres communistes dans son gouvernement », se trouvera-t-il une éminence républicaine pour continuer à revendiquer « en bloc » l'héritage de 1789 et 1793 ? Si tel est le cas, il faudra que ses détracteurs, s'ils ne veulent pas perdre toute crédibilité, oublient un moment leurs lieux communs et anathèmes habituels. Ils auront fort à faire.
La machine révolutionnaire est en effet passée au scanner dans ce Livre noir de la Révolution française. Découpée au scalpel. Analysée dans le moindre de ses détails. Vingt-cinq chapitres se succèdent à un rythme effréné pour nous faire revivre le drame d'un épisode ayant été trop longtemps encensé. Une conclusion s'impose : dans cette révolution, tout est finalement à jeter. Ses méfaits défilent comme oraison funèbre.
Les persécutions anti-religieuses : « Il y a dans cette volonté destructrice plus qu'une volonté froide. On y trouve aussi - pourquoi ne pas le dire - comme une haine satanique… La persécution contre le christianisme n'est pas seulement violente. Elle est de nature à faire céder les plus résolus », écrit Jean de Viguerie. Le génocide vendéen : « La Vendée, s'exclame Turreau, général en chef de l'armée de l'Ouest, doit être un cimetière national. ». Le calvaire d'une Reine et la passion de son fils « Mon fils, nous allons devoir nous quitter, rappelez-vous toujours vos devoirs envers Dieu, qui nous éprouve, et votre mère qui vous aime. » La mort du roi : « Je prie Dieu que le sang que vous allez recevoir ne retombe jamais sur la France ». Les massacres, innombrables, dont celui du 10 août constitue le symbole sanglant : « Dans la chambre de la reine, où cinq hommes se sont réfugiés en compagnie d'une vieille dame et d'une jeune fille, les Marseillais commencent par jeter les deux femmes par la fenêtre, puis ils égorgent trois gardes suisses, coupent les jambes du quatrième avant de le jeter lui aussi par la fenêtre… »
Et les destructions. Et le sang qui coule : « Frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes et bien, qu'il y retombe Louis Capet a lavé tant de fois ses mains dans le nôtre ! Républicains, le sang d'un roi porte bonheur. » Et les larmes qui pleuvent Et la terreur. Les émeutes. La destruction de la marine française. La technocratie symbolisée par le découpage invraisemblable du territoire qui fait dire à l'auteur de Réflexions sur la Révolution française, l'Irlandais Edmund Burke, en 1790 : « C’est la première fois qu'on voit des hommes mettre en lambeaux leur patrie d'une manière aussi barbare. » Et la guillotine. La folie humaine qui s'abat sur tout un pays.
Les hommes instruits décimés par ta Terreur et la guerre
Pierre Chaunu écrit justement -. « La France, en dix ans de Révolution et vingt-trois ans de guerre, me semble avoir perdu environ dix fois ce que représentaient en un an la formation du capital et l'accumulation annuelle de l'innovation à la fin de l'Ancien Régime.» Il ajoute : « Les pertes en hommes instruits, les pertes en intelligence, en capacités créatrices sont proportionnellement plus élevées que les pertes impressionnantes en vies humaines ».
La Révolution française aurait pu n'être qu'un épisode dramatique circonscrit dans le temps. Une bourrasque soufflant sur la France et retombant aussi rapidement qu'elle était apparue. Mais il n'en a rien été. Elle a continué sa course folle, sans se soucier du temps et de l'espace, traversant les siècles et les frontières. En 1917 l'esprit de 1789 souffle sur la Russie. Il n'a rien perdu de sa puissance. Il emporte tout sur son passage. Il va encore tenir soixante-douze ans. Jusqu'au soir du 9 novembre 1989 où il est venu s'écraser aux pieds du mur de Berlin éventré.
Face à ce bilan, le journaliste et essayiste Jean Sévillia pose la bonne question : « Fêtera-t-on le tricentenaire de la Révolution ? » Avant de conclure sur une note d'espoir. « L’histoire n'est jamais écrite d'avance, et l'histoire de France a toujours réservé d'immenses surprises. On ne saurait donc exclure, après tout, que XXIe siècle finissant voie un retour en force de la foi chrétienne sur le vieux sol français. Il y aura alors tout à reconstruire. Ces nouveaux chrétiens n'auront-ils pas d'autres urgences que de célébrer ou de contester le tricentenaire de 1789 ? »
Il est possible d'y croire : un pays ayant résisté au séisme de 1789 peut, face à d'autres événements plus terribles encore, toujours plier sans jamais être déraciné.
Thierry Normand le Choc du Mois janvier 2008
1. Le Livre noir de la Révolution Française (éditions du Cerf, 884 pages, 40 euros environ). À paraître le 31 janvier 2008.
Réalisé sous la direction de Renaud Escande, responsable du secteur philosophie aux éditions du Cerf, il réunit une cinquantaine de contributions, dont celles de Christophe Boutin, Jean des Cars, Pierre Chaunu, Stéphane Courtois, Ghislain de Diesbach, Stéphane Giocanti Emmanuel Le Roy Ladurie, Dominique Paoli, Frédéric Rouvillois, Reynald Sécher, Jean Sévillia, Rémi SouBé, Jean Tulard, Jean de Viguerie.
2 . Théophile Malo Corret de la Tour d'Auvergne (1743-1800), « premier grenadier de la République ». Lazare Carnot (1753-1823), organisateur des armées de la République. Jean-Baptiste Baudin (1811-1851), député mort sur une barricade en s'opposant à la prise du pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte. Enfin le général Marceau (1769-1796), qui remporta la victoire du Mans (1793) où périrent 20 000 Vendéens.
Des fouilles auraient mis au jour le tombeau de Romulus, fondateur de Rome

Une «découverte exceptionnelle», selon les mots d’Alfonsina Russo, directrice du Parc archéologique du Colisée. Lors de fouilles dans le secteur de l’ancien Forum romain, les archéologues ont découvert un sarcophage dans une chambre sous l’ancien Capitole. Un sarcophage qui, selon des textes antiques, pourrait être celui de Romulus, le fondateur mythologique de Rome.
[…]
Tous ces indices ont conduit à une nouvelle fouille et à la (re)découverte d’une chambre souterraine, sous la colline du Capitole, le centre religieux de la ville antique. Les archéologues y ont trouvé un sarcophage d’un mètre 40 de longueur et une pierre circulaire, «probablement un autel». Tous deux taillé dans la même roche volcanique que celle de la colline du Capitole. Le sarcophage daterait du VIe siècle avant notre ère.
[…]
vendredi 21 février 2020
jeudi 20 février 2020
mercredi 19 février 2020
Les femmes à travers l'histoire..., par Frédéric Winkler.

"J'entends dire que la religion catholique est misogyne. Ce n'est pas sérieux ! Une religion qui agenouille les hommes devant une femme couronnée manifeste une misogynie suspecte." A.MALRAUX
Droit de vote
On retrouve les votes des femmes aux États Généraux de Tours en 1308. « On doit considérer les droits essentiels dont bénéficie la femme au Moyen Age. Dans les assemblées urbaines ou les communes rurales, les femmes, lorsqu'elles sont chefs de famille, possèdent le droit de vote. » (Jean Sévilla) Après la révolution de 1789, censée apporter la Liberté, il faudra attendre 1945 pour voir le droit de vote reconnu à la femme..
Droit de vote
On retrouve les votes des femmes aux États Généraux de Tours en 1308. « On doit considérer les droits essentiels dont bénéficie la femme au Moyen Age. Dans les assemblées urbaines ou les communes rurales, les femmes, lorsqu'elles sont chefs de famille, possèdent le droit de vote. » (Jean Sévilla) Après la révolution de 1789, censée apporter la Liberté, il faudra attendre 1945 pour voir le droit de vote reconnu à la femme..
L’amour courtois
«_les femmes étant l'origine et la cause de tout bien, et Dieu leur ayant donné une si grande prérogative, il faut bien qu'elles se montrent telles que la vertu de ceux qui font le bien incite les autres à en faire autant; si leur lumière n'éclaire personne, elle sera comme la bougie dans les ténèbres (éteinte), qui ne chasse ni n'attire personne. Ainsi il est manifeste que chacun doit s'efforcer de servir les dames afin qu'il puisse être illuminé de leur grâce; et elles doivent faire de leur mieux pour conserver les cœurs des bons dans les bonnes actions et honorer les bons pour leur mérite. Parce que tout le bien que font les êtres vivants est fait par l'amour des femmes, pour être loué par elles, et pouvoir se vanter des dons qu'elles font, sans lesquels rien n'est fait dans cette vie qui soit digne d'éloge ».
« Cette pétition de principe est lancée dans un ouvrage bien connu, reflétant parfaitement la mentalité du XIIe siècle, le Traité de l'amour d'André le Chapelain: ouvrage savant, rédigé en latin par un clerc attaché à la comtesse Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine et de son premier époux, le roi de France Louis VII… Seules les femmes qui entrent dans l'ordre de la chevalerie d'amour sont jugées dignes d'éloges par les hommes et pour leur probité sont renommées dans toutes les cours. Tout ce qu'on voit s'accomplir de grand dans le siècle est inconcevable s'il ne tire son origine de l'amour...» (R.Pernoud)
« Qu'est-ce que la courtoisie ? Que doit-on faire pour être courtois et répondre aux exigences de l'étrange doctrine à travers laquelle s'expriment les cœurs et les coutumes de toute une société ?
_Une première fois – et c'est tout à fait significatif – une noble dame explique à un homme du peuple, donc de condition inférieure à elle, ce qu'il doit faire, quelle conduite tenir s'il veut mériter son amour. Ici se révèle pleinement la dame éducatrice de l'Occident, et sous un jour inattendu puisque dans la société féodale, qu'on sait par ailleurs très hiérarchisée, le premier énoncé des règles de la courtoisie se trouve précisément combler la distance entre la "haute dame" et « l’homme du commun ». La première des 'œuvres de courtoisie', c'est ce que la dame appelle la largesse (la générosité):
_Qui veut être jugé digne de militer dans l'armée d'amour, il doit d'abord n'avoir aucune trace d'avarice, mais de répandre en largesses et autant que possible étendre cette largesse à tous". Entendons, bien sûr, générosité morale autant que matérielle: celui qui veut être un amant véritable selon les règles de courtoisie doit révérer son seigneur, ne jamais blasphémer Dieu ni les saints, être humble envers tous et servir tout le monde, ne dire du mal de personne (les médisants sont exclus des châteaux de courtoisie), ne pas mentir, ne se moquer de personne, surtout pas des malheureux, éviter les querelles, et faire son possible pour réconcilier ceux qui se disputent. On lui concède, en fait de distractions, le jeu de dés, mais avec modération: qu'il lise plutôt, qu'il étudie ou se fasse raconter les hauts faits des anciens. Il lui faut aussi être courageux, hardi, ingénieux. Il ne doit pas être l'amant de plusieurs femmes, mais le serviteur dévoué d'une seule. Il doit se vêtir et se parer de façon raisonnable, être sage, aimable et doux envers tout le monde… Il est aussi question de l'avarice, de ce qu'on ne peut aimer une personne qu'on ne pourrait épouser, que celui qui aime doit en garder le secret, qu'un amour facile est méprisable, que la difficulté en augmente le prix, que "Amour ne peut rien refuser à l'amour"…
… Il ne manque pas d'insister sur un aspect de l'amour courtois: à savoir que la noblesse véritable est celle des mœurs et des manières, et qu'elle vaut infiniment plus en courtoisie que celle de la naissance: celui ou celle qui est prié d'amour ne doit pas demander si celui qui l'aime est noble ou non de naissance, mais s'il l'emporte sur les autres en bonnes mœurs et en "probité". Ce terme qui revient maintes fois, s'applique à celui ou celle qui a fait la preuve de sa valeur. A plusieurs reprises cette noblesse de courtoisie reviendra dans les dialogues imaginaires du Traité de l'amour. C'est l'un des thèmes fondamentaux de la courtoisie que l'amour vrai affine l'homme et la femme et que les obstacles rencontrés ne font qu'exalter leur noblesse et leur valeur. Il est bien clair aux yeux du Chapelain "qu'il convient mieux à qui est noble dans ses mœurs de se choisir un amant de mœurs nobles que de chercher quelqu'un de haut placé, mais "inculte" et à l'inverse, il s'indigne contre les femmes qui se donnent le nom de dame, de demoiselle "seulement parce qu'elles sont d'origine noble ou épouses d'un gentilhomme; mais ajoute-t-il, la seule sagesse et la noblesse des mœurs rendent la femme digne d'un tel titre". Ainsi, née dans les cours, c'est-à-dire au château, la courtoisie n'est pourtant pas seulement affaire de naissance; bien plutôt de manières, d'éducation, d'une finesse acquise et que l'amour développe parce que c'est essentiellement l'amour qui l'a suscitée… A parcourir les lettres du temps, on trouve, sous les formes les plus variées, de la poésie la plus haute aux simples divertissements, le témoignage de ce qui oriente toute une société, lui donne sa teinte originale, la marque comme un sceau. C'est encore et toujours la courtoisie, ou si l'on préfère la chevalerie, qui s'exprime dans les cours d'amour.»
Faudrait-il rappeler les consultations auprès du petit peuple pratiqué par Saint Louis, pour connaître les problèmes. Les règlements rapides de certains, évitant les attentes pénibles et la monstrueuse apathie administrative qui nous étouffe aujourd'hui. Devons-nous rappeler le droit de vote qu'elles exerçaient dans les réunions locales, sans compter les nombreuses professions qui leur étaient accessibles... En 1095, les hommes ne pouvaient partir en croisade qu'après avoir consulté leur épouse. Une certitude perdure c’est la différence en France des zones de droit romain, où la femme est en état d’infériorité à l’homme et celles de vieilles traditions celtiques, franques ou normandes, où celle-ci peut être considéré comme égale. D’autre part pour la femme, la période idéale dans son autonomie fut sans conteste du Xe siècle à 1350 selon David Herlihi (Etude sur le travail des femmes dans le textile dans l’Europe médiévale). Partant du « Livre des métiers » d’Etienne Boileau : « dans la fabrication du textile comme dans beaucoup d’autres activités, les femmes et les hommes travaillaient ensemble sans rivalité apparente. Le Moyen Âge central reste une période de libre entreprise et d’accès ouvert à l’emploi des deux sexes ». A Nantes la profession de pêcheur est autorisé aux deux sexes, faisant de celles-ci une majorité dans la profession. En 1475 le statut des tissutiers de Paris stipule : « Que les femmes ouvrant et qui besognent dudit métier de présent en ladite ville de Paris seront maîtresses audit métier si être le veulent, en payant pour leur nouvelle maîtrise et entrée 12 sols parisis, comme dit est ci-dessus des hommes [...] Les apprentisses pourront être reçues maîtresses en faisant chef-d’œuvre et en payant telle somme à appliquer en la manière comme est dit ci-dessus…Et que en effet et substance tous les points et articles ci-dessus contenus seront communs et s’étendront et appliqueront tant aux femmes que aux hommes, soit qu’il touche la maîtrise ou les ouvrages ou autre chose dudit métier »
« L'une des fonctions du seigneur était de rendre la justice; c'était même sa fonction essentielle après la défense du domaine et de "ses hommes", ceux qui lui étaient attachés par un lien personnel. Aussi a-t-on imaginé la dame exerçant, à l'image du seigneur, une sorte de fonction judiciaire en ce domaine, attirant entre tous, de la relation amoureuse. Le jugement d'amour, la cour d'amour, sont les compléments et équivalents de la fidélité, de l'hommage vassalique, tels que les exprime aussi la poésie des troubadours; que ces jugements soient rendus par des femmes montre seulement à quel point la transformation de la femme en suzeraine était familière à la mentalité du temps.» (R.Pernoud) Dans les familles paysannes, les jeunes filles devenaient éventuellement domestiques avant le mariage où elles prenaient en main la ferme. En ville c’était l’apprentissage chez une maîtresse avant peut être de devenir ouvrière, maîtresse si elle épousait un maître. Les femmes peuvent obtenir la maîtrise, être commerçantes, considéré comme un métier dit libre. On ne peut généraliser lorsque l’on parle de l’Ancien régime, car tout pouvait être différent d’un « pays » à l’autre, métier ou province. Les professions de boucher, boulanger, passementier-boutonnier, chandelier étaient tenues principalement par les femmes à Saint Malo. La femme quelquefois « femme de maître » pouvait aussi exercer en plus le métier de blanchisseuse (beaucoup à Rennes au XVIIIe siècle), alors même qu’elle était au sein de son foyer, une mère se chargeant de l’intendance et de l’éducation. Les veuves de maître pouvaient exercer le rôle du maître défunt au sein du métier. Bernard Gallinato, parlant des femmes dans leur rôle sur les corporations pour la transmission des maîtrises : " l’élément coordinateur de deux générations d’hommes, elles assurent la permanence de dynasties d’artisans ".…
« Il y a l'amour conjugal, un lien stable, et auquel – Marie de Champagne y insiste – ni l'un ni l'autre des époux ne doit se dérober, et il y a cette autre forme d'amour dont il est dit expressément que rien ne lui nuit plus que la volupté, et qui se somme courtoisie. En ce domaine, la femme règne, commande, exige; elle porte des ordonnances et des jugements; les uns et les autres supposent de la part de ceux qui l'entourent une forme de soumission, une observance amoureuse sans défaut, mais encore un raffinement, dans les mœurs et l'expression, qui incite à se dépasser continuellement; la courtoisie est comme un état second de l'amour; elle implique en tout cas que l'on distingue ce qui mérite le nom d'amour de ce qui, dans l'état de mariage ou dans les relations extra-conjugales, est uniquement sexualité. Car tel est le trait essentiel de la poésie courtoise: née dans la société féodale, elle en est l'émanation. L'essence même du lien féodal, liant seigneur et vassal, était un engagement de fidélité réciproque, l'un offrant son ide, l'autre sa protection. Et c'est une semblable promesse qui unit le poète à la dame. Celle-ci est pour lui "le seigneur"; il lui voue fidélité; toute sa vie, tous ses actes, tous ses poèmes lui seront offerts en hommage. Le terme "hommage" est aussi celui qui désigne le geste du vassal s'agenouillant devant le seigneur pour en recevoir le baiser qui symbolise la paix, et constitue un engagement d'amour mutuel. La dame est donc pour lui la suzeraine; il s'abandonne à sa volonté et trouvera toute sa joie à l'accomplir, dût-il en souffrir…. Cette dame si haut placée dans l'esprit du poète inspire naturellement le respect. Mieux encore: une sorte de crainte révérencielle. Elle est inaccessible; le poète s'humilie toujours devant elle, soit qu'il s'agisse effectivement d'une dame de haute noblesse. »(R.Pernoud)
Rappelons au passage qu'Aliénor d'Aquitaine, femme politique en plein douzième siècle fut aussi mère de dix enfants. "Alix, femme de Thibaut de Blois, et Marie, femme d'Henri Ier de Champagne, étaient l'une et l'autre, filles d'Aliénor d'Aquitaine; de leur mère elles avaient hérité le goût des lettres, et c'est toute une vie culturelle qui s'épanouit avec elles… Elles diffusèrent dans les régions septentrionales la poésie courtoise et le roman courtois. Marie, la fille aînée d'Aliénor aurait emmené avec elle son poète, Chrétien de Troyes. » Dit Régine Pernoud dans Aliénor d'Aquitaine. Les femmes dans leurs actes, montraient cette liberté dont elles jouissaient : éducation, responsabilités, suivre le mari en croisade, étudier et donner des cours, ouvrir boutique : "...Au Moyen Age, la femme travaille à peu près autant que l'homme, mais non dans les mêmes opérations. D'après les comptes de drapiers, on s'aperçoit que, par exemple, sur quarante et un ouvriers nommés, il y a vingt femmes pour vingt et un hommes…Ce que l'on interdit, ce sont les métiers jugés trop fatigants pour elles. Ainsi du tissage: tant qu'il a été pratiqué de façon artisanale, il a été œuvre de femme, notamment dans l'Antiquité; au moyen Age, il est ouvrage d'homme. De même, dans la tapisserie, défendait-on aux femmes la tapisserie de haute lisse, jugée trop fatigante pour elles puisqu'elle oblige à tenir les bras étendus. Les règlements précisent qu'elles doivent être munies d'un tablier de cuir, cela afin de protéger leurs vêtements et de garantir aussi la netteté de leur travail. » (Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, L'histoire buissonnière, Stock, Évreux 1982, p. 278). Nous pourrions citer encore de nombreux exemples : « Chez les paysans, les artisans ou les commerçants, il n'est pas rare que la femme dirige l'exploitation, l'atelier ou la boutique. A la fin du XIIIe siècle, à Paris, on trouve des femmes médecins, maîtresses d'école, apothicaires, teinturières ou religieuses » (Jean Sévillia). « D'Héloïse à Hildegarde de Bingen, on ne compte pas les hautes figures féminines de la chrétienté médiévale. Au XIIe siècle, la première abbesse de Fontevraud, Pétronille de Chemillé, nommée à vingt-deux ans, commande un monastère regroupant une communauté d'hommes et une communauté de femmes. Les moines ne se sont jamais plaints d'être dirigés par une femme... On se rappellera la réplique du roi Saint Louis prisonnier des Musulmans en Egypte lui demandant combien il voudrait donner d'argent au sultan pour sa libération: Le roi répondit que si le sultan voulait prendre de lui une somme raisonnable de deniers, il demanderait à la reine qu'elle les payât pour leur délivrance.
_Et ils dirent: "Pourquoi ne voulez-vous pas vous y engager ? Le roi leur répondit qu'il ne savait si la reine (Marguerite de Provence) le voudrait faire, parce qu'elle était la maîtresse.» (R.Pernoud)
Que Blanche de Castille gouverna le royaume pendant 25 ans. Jeanne D'Arc entraînant le peuple de France, les armées et les grands Seigneurs, pourtant si rudes en ces temps : « De même chez Jeanne d'Arc trouve-t-on, en même temps que l'élan au combat, la tendresse de la femme quand elle se penche sur un Anglais blessé, et un bon sens quasi maternel devant une armée qui se bat depuis l'aube: "Reposez-vous, mangez et buvez"; après quoi, ce 7 mai 1429, ses compagnons enlèvent la bastille des Tourelles, objet de leurs assauts. Plus subtilement, c'est toute une atmosphère correspondant à la vie courtoise qui entoure ces comtesses, ces reines dont l'action politique a été si prudente, si tenace parfois. Elles ne sacrifient rien de ce qui fait l'originalité de la femme. La personne d'Aliénor d'Aquitaine suffirait à le prouver, mais, les exemples abondent en ce domaine…» (R.Pernoud). L'éducation des enfants était affaire de famille et on vivait souvent nombreux sous le toit d'une maison, il n'était pas alors question de se débarrasser d'eux ? On n’aurait même pas imaginé envoyer des vieux dans des mouroirs, dont les chambres aux murs si blancs ne résonnent plus aux rythmes de la vie passée. « Blanche de Castille arrivant au siège du château de Bellême en 1229 et constatant que l'armée est littéralement paralysée par le froid; elle fait aussitôt tailler du bois dans les forêts alentour, et réchauffe ses gens qui retrouvent du même coup leur ardeur pour terminer un siège traînant depuis plusieurs semaines. »(R.Pernoud)
Les femmes n’étaient donc pas cantonnées au foyer. Nous pourrions indéfiniment citer des exemples de femmes illustres qui marquèrent leur époque, malheureusement souvent inconnues de nos manuels d'histoire. Ecoutons l’historien Henri Hauser, montrant l’importance des femmes dans la vie économique d’alors : «C’est une opinion assez généralement répandue que l’emploi des femmes dans l’industrie est une invention des temps modernes. On se figure volontiers que les siècles passés ont laissé exclusivement la femme à son rôle d’épouse et de mère. [...] Mais l’historien constate qu’elle n’est en accord ni avec les faits, ni avec les textes. [...] la femme apparaît déjà dans l’industrie du XIIIe siècle ; elle joue un rôle considérable dans l’industrie du XVe et du XVIe siècle »
Sous l'Ancien Régime, les rapports humains avaient beaucoup plus d'importance que dans notre monde matérialisé. Le peuple bénéficiait de privilèges comme les nobles. Rappelons à la mémoire, les dames de la Halle qui pouvaient rencontrer le roi ou ses ministres n'importe quand. A la Saint-Louis la représentante était embrassée par le roi. L'enfant royal est malade et elles accourent à son chevet pour le couvrir de baisers et d'affections, une naissance et voilà les fêtes et festins où l'on banquète tous ensemble.
L'histoire continua ainsi, Henri IV était leur compère et compagnon, Louis XV sera leur "Bien-aimé". En 1725, au mariage du prince, elles accoururent au-devant du couple royal, devant une foule en liesse, car les événements royaux étaient vécus comme des fêtes de famille, à la reine, Marie Leszczynska "Madame, j'apportons nos plus belles truffes à Votre Majesté. Mangez-en beaucoup et faites-en manger au roi ; cela est fort bon pour la génération. Nous vous souhaitons une bonne santé et j'espérons que vous nous rendrez tous heureux."
Il serait trop long d'exprimer ici toutes les marques d'affections réciproques entre peuple et roi. Il suffit juste de qualifier ce régime de Monarchie populaire tant les rapports sont familiers et cela jusqu'à la Révolution. Les reines étaient couronnées comme les rois et possédaient aussi le pouvoir pour seconder ceux-ci en cas d'absence comme les croisades ou divers autres raisons, comme la mort du roi...
Nous sommes à des lieux de la représentation présidentielle ou ministérielle. Les charges étaient souvent assumées par les femmes lors d'une défaillance maritale, celles-ci se retrouvent donc gouverneurs de places fortes ou comme Madame de la Boulaye dont le mari est décédé, commandant d'un régiment de cavalerie. Richelieu lui accorde en 1627, une augmentation de 50 hommes pour la garnison de Fontenay-le-Comte.
FX (Les Femmes PILIER de notre Civilisation, à suivre)
«_les femmes étant l'origine et la cause de tout bien, et Dieu leur ayant donné une si grande prérogative, il faut bien qu'elles se montrent telles que la vertu de ceux qui font le bien incite les autres à en faire autant; si leur lumière n'éclaire personne, elle sera comme la bougie dans les ténèbres (éteinte), qui ne chasse ni n'attire personne. Ainsi il est manifeste que chacun doit s'efforcer de servir les dames afin qu'il puisse être illuminé de leur grâce; et elles doivent faire de leur mieux pour conserver les cœurs des bons dans les bonnes actions et honorer les bons pour leur mérite. Parce que tout le bien que font les êtres vivants est fait par l'amour des femmes, pour être loué par elles, et pouvoir se vanter des dons qu'elles font, sans lesquels rien n'est fait dans cette vie qui soit digne d'éloge ».
« Cette pétition de principe est lancée dans un ouvrage bien connu, reflétant parfaitement la mentalité du XIIe siècle, le Traité de l'amour d'André le Chapelain: ouvrage savant, rédigé en latin par un clerc attaché à la comtesse Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine et de son premier époux, le roi de France Louis VII… Seules les femmes qui entrent dans l'ordre de la chevalerie d'amour sont jugées dignes d'éloges par les hommes et pour leur probité sont renommées dans toutes les cours. Tout ce qu'on voit s'accomplir de grand dans le siècle est inconcevable s'il ne tire son origine de l'amour...» (R.Pernoud)
« Qu'est-ce que la courtoisie ? Que doit-on faire pour être courtois et répondre aux exigences de l'étrange doctrine à travers laquelle s'expriment les cœurs et les coutumes de toute une société ?
_Une première fois – et c'est tout à fait significatif – une noble dame explique à un homme du peuple, donc de condition inférieure à elle, ce qu'il doit faire, quelle conduite tenir s'il veut mériter son amour. Ici se révèle pleinement la dame éducatrice de l'Occident, et sous un jour inattendu puisque dans la société féodale, qu'on sait par ailleurs très hiérarchisée, le premier énoncé des règles de la courtoisie se trouve précisément combler la distance entre la "haute dame" et « l’homme du commun ». La première des 'œuvres de courtoisie', c'est ce que la dame appelle la largesse (la générosité):
_Qui veut être jugé digne de militer dans l'armée d'amour, il doit d'abord n'avoir aucune trace d'avarice, mais de répandre en largesses et autant que possible étendre cette largesse à tous". Entendons, bien sûr, générosité morale autant que matérielle: celui qui veut être un amant véritable selon les règles de courtoisie doit révérer son seigneur, ne jamais blasphémer Dieu ni les saints, être humble envers tous et servir tout le monde, ne dire du mal de personne (les médisants sont exclus des châteaux de courtoisie), ne pas mentir, ne se moquer de personne, surtout pas des malheureux, éviter les querelles, et faire son possible pour réconcilier ceux qui se disputent. On lui concède, en fait de distractions, le jeu de dés, mais avec modération: qu'il lise plutôt, qu'il étudie ou se fasse raconter les hauts faits des anciens. Il lui faut aussi être courageux, hardi, ingénieux. Il ne doit pas être l'amant de plusieurs femmes, mais le serviteur dévoué d'une seule. Il doit se vêtir et se parer de façon raisonnable, être sage, aimable et doux envers tout le monde… Il est aussi question de l'avarice, de ce qu'on ne peut aimer une personne qu'on ne pourrait épouser, que celui qui aime doit en garder le secret, qu'un amour facile est méprisable, que la difficulté en augmente le prix, que "Amour ne peut rien refuser à l'amour"…
… Il ne manque pas d'insister sur un aspect de l'amour courtois: à savoir que la noblesse véritable est celle des mœurs et des manières, et qu'elle vaut infiniment plus en courtoisie que celle de la naissance: celui ou celle qui est prié d'amour ne doit pas demander si celui qui l'aime est noble ou non de naissance, mais s'il l'emporte sur les autres en bonnes mœurs et en "probité". Ce terme qui revient maintes fois, s'applique à celui ou celle qui a fait la preuve de sa valeur. A plusieurs reprises cette noblesse de courtoisie reviendra dans les dialogues imaginaires du Traité de l'amour. C'est l'un des thèmes fondamentaux de la courtoisie que l'amour vrai affine l'homme et la femme et que les obstacles rencontrés ne font qu'exalter leur noblesse et leur valeur. Il est bien clair aux yeux du Chapelain "qu'il convient mieux à qui est noble dans ses mœurs de se choisir un amant de mœurs nobles que de chercher quelqu'un de haut placé, mais "inculte" et à l'inverse, il s'indigne contre les femmes qui se donnent le nom de dame, de demoiselle "seulement parce qu'elles sont d'origine noble ou épouses d'un gentilhomme; mais ajoute-t-il, la seule sagesse et la noblesse des mœurs rendent la femme digne d'un tel titre". Ainsi, née dans les cours, c'est-à-dire au château, la courtoisie n'est pourtant pas seulement affaire de naissance; bien plutôt de manières, d'éducation, d'une finesse acquise et que l'amour développe parce que c'est essentiellement l'amour qui l'a suscitée… A parcourir les lettres du temps, on trouve, sous les formes les plus variées, de la poésie la plus haute aux simples divertissements, le témoignage de ce qui oriente toute une société, lui donne sa teinte originale, la marque comme un sceau. C'est encore et toujours la courtoisie, ou si l'on préfère la chevalerie, qui s'exprime dans les cours d'amour.»
Faudrait-il rappeler les consultations auprès du petit peuple pratiqué par Saint Louis, pour connaître les problèmes. Les règlements rapides de certains, évitant les attentes pénibles et la monstrueuse apathie administrative qui nous étouffe aujourd'hui. Devons-nous rappeler le droit de vote qu'elles exerçaient dans les réunions locales, sans compter les nombreuses professions qui leur étaient accessibles... En 1095, les hommes ne pouvaient partir en croisade qu'après avoir consulté leur épouse. Une certitude perdure c’est la différence en France des zones de droit romain, où la femme est en état d’infériorité à l’homme et celles de vieilles traditions celtiques, franques ou normandes, où celle-ci peut être considéré comme égale. D’autre part pour la femme, la période idéale dans son autonomie fut sans conteste du Xe siècle à 1350 selon David Herlihi (Etude sur le travail des femmes dans le textile dans l’Europe médiévale). Partant du « Livre des métiers » d’Etienne Boileau : « dans la fabrication du textile comme dans beaucoup d’autres activités, les femmes et les hommes travaillaient ensemble sans rivalité apparente. Le Moyen Âge central reste une période de libre entreprise et d’accès ouvert à l’emploi des deux sexes ». A Nantes la profession de pêcheur est autorisé aux deux sexes, faisant de celles-ci une majorité dans la profession. En 1475 le statut des tissutiers de Paris stipule : « Que les femmes ouvrant et qui besognent dudit métier de présent en ladite ville de Paris seront maîtresses audit métier si être le veulent, en payant pour leur nouvelle maîtrise et entrée 12 sols parisis, comme dit est ci-dessus des hommes [...] Les apprentisses pourront être reçues maîtresses en faisant chef-d’œuvre et en payant telle somme à appliquer en la manière comme est dit ci-dessus…Et que en effet et substance tous les points et articles ci-dessus contenus seront communs et s’étendront et appliqueront tant aux femmes que aux hommes, soit qu’il touche la maîtrise ou les ouvrages ou autre chose dudit métier »
« L'une des fonctions du seigneur était de rendre la justice; c'était même sa fonction essentielle après la défense du domaine et de "ses hommes", ceux qui lui étaient attachés par un lien personnel. Aussi a-t-on imaginé la dame exerçant, à l'image du seigneur, une sorte de fonction judiciaire en ce domaine, attirant entre tous, de la relation amoureuse. Le jugement d'amour, la cour d'amour, sont les compléments et équivalents de la fidélité, de l'hommage vassalique, tels que les exprime aussi la poésie des troubadours; que ces jugements soient rendus par des femmes montre seulement à quel point la transformation de la femme en suzeraine était familière à la mentalité du temps.» (R.Pernoud) Dans les familles paysannes, les jeunes filles devenaient éventuellement domestiques avant le mariage où elles prenaient en main la ferme. En ville c’était l’apprentissage chez une maîtresse avant peut être de devenir ouvrière, maîtresse si elle épousait un maître. Les femmes peuvent obtenir la maîtrise, être commerçantes, considéré comme un métier dit libre. On ne peut généraliser lorsque l’on parle de l’Ancien régime, car tout pouvait être différent d’un « pays » à l’autre, métier ou province. Les professions de boucher, boulanger, passementier-boutonnier, chandelier étaient tenues principalement par les femmes à Saint Malo. La femme quelquefois « femme de maître » pouvait aussi exercer en plus le métier de blanchisseuse (beaucoup à Rennes au XVIIIe siècle), alors même qu’elle était au sein de son foyer, une mère se chargeant de l’intendance et de l’éducation. Les veuves de maître pouvaient exercer le rôle du maître défunt au sein du métier. Bernard Gallinato, parlant des femmes dans leur rôle sur les corporations pour la transmission des maîtrises : " l’élément coordinateur de deux générations d’hommes, elles assurent la permanence de dynasties d’artisans ".…
« Il y a l'amour conjugal, un lien stable, et auquel – Marie de Champagne y insiste – ni l'un ni l'autre des époux ne doit se dérober, et il y a cette autre forme d'amour dont il est dit expressément que rien ne lui nuit plus que la volupté, et qui se somme courtoisie. En ce domaine, la femme règne, commande, exige; elle porte des ordonnances et des jugements; les uns et les autres supposent de la part de ceux qui l'entourent une forme de soumission, une observance amoureuse sans défaut, mais encore un raffinement, dans les mœurs et l'expression, qui incite à se dépasser continuellement; la courtoisie est comme un état second de l'amour; elle implique en tout cas que l'on distingue ce qui mérite le nom d'amour de ce qui, dans l'état de mariage ou dans les relations extra-conjugales, est uniquement sexualité. Car tel est le trait essentiel de la poésie courtoise: née dans la société féodale, elle en est l'émanation. L'essence même du lien féodal, liant seigneur et vassal, était un engagement de fidélité réciproque, l'un offrant son ide, l'autre sa protection. Et c'est une semblable promesse qui unit le poète à la dame. Celle-ci est pour lui "le seigneur"; il lui voue fidélité; toute sa vie, tous ses actes, tous ses poèmes lui seront offerts en hommage. Le terme "hommage" est aussi celui qui désigne le geste du vassal s'agenouillant devant le seigneur pour en recevoir le baiser qui symbolise la paix, et constitue un engagement d'amour mutuel. La dame est donc pour lui la suzeraine; il s'abandonne à sa volonté et trouvera toute sa joie à l'accomplir, dût-il en souffrir…. Cette dame si haut placée dans l'esprit du poète inspire naturellement le respect. Mieux encore: une sorte de crainte révérencielle. Elle est inaccessible; le poète s'humilie toujours devant elle, soit qu'il s'agisse effectivement d'une dame de haute noblesse. »(R.Pernoud)
Rappelons au passage qu'Aliénor d'Aquitaine, femme politique en plein douzième siècle fut aussi mère de dix enfants. "Alix, femme de Thibaut de Blois, et Marie, femme d'Henri Ier de Champagne, étaient l'une et l'autre, filles d'Aliénor d'Aquitaine; de leur mère elles avaient hérité le goût des lettres, et c'est toute une vie culturelle qui s'épanouit avec elles… Elles diffusèrent dans les régions septentrionales la poésie courtoise et le roman courtois. Marie, la fille aînée d'Aliénor aurait emmené avec elle son poète, Chrétien de Troyes. » Dit Régine Pernoud dans Aliénor d'Aquitaine. Les femmes dans leurs actes, montraient cette liberté dont elles jouissaient : éducation, responsabilités, suivre le mari en croisade, étudier et donner des cours, ouvrir boutique : "...Au Moyen Age, la femme travaille à peu près autant que l'homme, mais non dans les mêmes opérations. D'après les comptes de drapiers, on s'aperçoit que, par exemple, sur quarante et un ouvriers nommés, il y a vingt femmes pour vingt et un hommes…Ce que l'on interdit, ce sont les métiers jugés trop fatigants pour elles. Ainsi du tissage: tant qu'il a été pratiqué de façon artisanale, il a été œuvre de femme, notamment dans l'Antiquité; au moyen Age, il est ouvrage d'homme. De même, dans la tapisserie, défendait-on aux femmes la tapisserie de haute lisse, jugée trop fatigante pour elles puisqu'elle oblige à tenir les bras étendus. Les règlements précisent qu'elles doivent être munies d'un tablier de cuir, cela afin de protéger leurs vêtements et de garantir aussi la netteté de leur travail. » (Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, L'histoire buissonnière, Stock, Évreux 1982, p. 278). Nous pourrions citer encore de nombreux exemples : « Chez les paysans, les artisans ou les commerçants, il n'est pas rare que la femme dirige l'exploitation, l'atelier ou la boutique. A la fin du XIIIe siècle, à Paris, on trouve des femmes médecins, maîtresses d'école, apothicaires, teinturières ou religieuses » (Jean Sévillia). « D'Héloïse à Hildegarde de Bingen, on ne compte pas les hautes figures féminines de la chrétienté médiévale. Au XIIe siècle, la première abbesse de Fontevraud, Pétronille de Chemillé, nommée à vingt-deux ans, commande un monastère regroupant une communauté d'hommes et une communauté de femmes. Les moines ne se sont jamais plaints d'être dirigés par une femme... On se rappellera la réplique du roi Saint Louis prisonnier des Musulmans en Egypte lui demandant combien il voudrait donner d'argent au sultan pour sa libération: Le roi répondit que si le sultan voulait prendre de lui une somme raisonnable de deniers, il demanderait à la reine qu'elle les payât pour leur délivrance.
_Et ils dirent: "Pourquoi ne voulez-vous pas vous y engager ? Le roi leur répondit qu'il ne savait si la reine (Marguerite de Provence) le voudrait faire, parce qu'elle était la maîtresse.» (R.Pernoud)
Que Blanche de Castille gouverna le royaume pendant 25 ans. Jeanne D'Arc entraînant le peuple de France, les armées et les grands Seigneurs, pourtant si rudes en ces temps : « De même chez Jeanne d'Arc trouve-t-on, en même temps que l'élan au combat, la tendresse de la femme quand elle se penche sur un Anglais blessé, et un bon sens quasi maternel devant une armée qui se bat depuis l'aube: "Reposez-vous, mangez et buvez"; après quoi, ce 7 mai 1429, ses compagnons enlèvent la bastille des Tourelles, objet de leurs assauts. Plus subtilement, c'est toute une atmosphère correspondant à la vie courtoise qui entoure ces comtesses, ces reines dont l'action politique a été si prudente, si tenace parfois. Elles ne sacrifient rien de ce qui fait l'originalité de la femme. La personne d'Aliénor d'Aquitaine suffirait à le prouver, mais, les exemples abondent en ce domaine…» (R.Pernoud). L'éducation des enfants était affaire de famille et on vivait souvent nombreux sous le toit d'une maison, il n'était pas alors question de se débarrasser d'eux ? On n’aurait même pas imaginé envoyer des vieux dans des mouroirs, dont les chambres aux murs si blancs ne résonnent plus aux rythmes de la vie passée. « Blanche de Castille arrivant au siège du château de Bellême en 1229 et constatant que l'armée est littéralement paralysée par le froid; elle fait aussitôt tailler du bois dans les forêts alentour, et réchauffe ses gens qui retrouvent du même coup leur ardeur pour terminer un siège traînant depuis plusieurs semaines. »(R.Pernoud)
Les femmes n’étaient donc pas cantonnées au foyer. Nous pourrions indéfiniment citer des exemples de femmes illustres qui marquèrent leur époque, malheureusement souvent inconnues de nos manuels d'histoire. Ecoutons l’historien Henri Hauser, montrant l’importance des femmes dans la vie économique d’alors : «C’est une opinion assez généralement répandue que l’emploi des femmes dans l’industrie est une invention des temps modernes. On se figure volontiers que les siècles passés ont laissé exclusivement la femme à son rôle d’épouse et de mère. [...] Mais l’historien constate qu’elle n’est en accord ni avec les faits, ni avec les textes. [...] la femme apparaît déjà dans l’industrie du XIIIe siècle ; elle joue un rôle considérable dans l’industrie du XVe et du XVIe siècle »
Sous l'Ancien Régime, les rapports humains avaient beaucoup plus d'importance que dans notre monde matérialisé. Le peuple bénéficiait de privilèges comme les nobles. Rappelons à la mémoire, les dames de la Halle qui pouvaient rencontrer le roi ou ses ministres n'importe quand. A la Saint-Louis la représentante était embrassée par le roi. L'enfant royal est malade et elles accourent à son chevet pour le couvrir de baisers et d'affections, une naissance et voilà les fêtes et festins où l'on banquète tous ensemble.
L'histoire continua ainsi, Henri IV était leur compère et compagnon, Louis XV sera leur "Bien-aimé". En 1725, au mariage du prince, elles accoururent au-devant du couple royal, devant une foule en liesse, car les événements royaux étaient vécus comme des fêtes de famille, à la reine, Marie Leszczynska "Madame, j'apportons nos plus belles truffes à Votre Majesté. Mangez-en beaucoup et faites-en manger au roi ; cela est fort bon pour la génération. Nous vous souhaitons une bonne santé et j'espérons que vous nous rendrez tous heureux."
Il serait trop long d'exprimer ici toutes les marques d'affections réciproques entre peuple et roi. Il suffit juste de qualifier ce régime de Monarchie populaire tant les rapports sont familiers et cela jusqu'à la Révolution. Les reines étaient couronnées comme les rois et possédaient aussi le pouvoir pour seconder ceux-ci en cas d'absence comme les croisades ou divers autres raisons, comme la mort du roi...
Nous sommes à des lieux de la représentation présidentielle ou ministérielle. Les charges étaient souvent assumées par les femmes lors d'une défaillance maritale, celles-ci se retrouvent donc gouverneurs de places fortes ou comme Madame de la Boulaye dont le mari est décédé, commandant d'un régiment de cavalerie. Richelieu lui accorde en 1627, une augmentation de 50 hommes pour la garnison de Fontenay-le-Comte.
FX (Les Femmes PILIER de notre Civilisation, à suivre)
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