lundi 22 novembre 2010

Focus : L’imminente destruction de la France sous l’empire franc-maçon matérialiste (2ième partie)

Le Grand Orient, que l’on a vu très impliqué dans l’émergence du synarchisme de Vichy, pouvait donc naturellement créer ce bouc émissaire naturel, d’une part parce que le martinisme, au sens originel, n’existait pas, et ensuite pour régler ses comptes avec le martinésisme qui avait osé le défier à la fin du XVIII° : « La propagande de Saint-Martin échoua près des loges de Paris et de Versailles, mais lorsqu’en 1778, ces loges eurent vu leurs frères de Lyon se tourner définitivement vers le rite templier allemand de la stricte observance, et le grand maître Willermoz prendre la succession du grand maître provincial Pierre d’Aumont, successeur de Jacques Molay, elles songèrent à fusionner avec les loges Philalèthes qui, depuis 1773, travaillaient d’après les données de Martinès et de Swedenborg, et dans les chapitres secrets desquels n’était admis aucun officier du Grand Orient » (5)
La manoeuvre de mise en accusation était encore plus facile depuis que le concept de Martinisme devint encore plus diffus, au début XX°, et depuis que celui-ci avait récupéré, par un malheureux concours de circonstances, le concept synarchique, qui n’est ni présent dans l’ouvre de Pasqually, ni dans celle de Saint-Martin. Willermoz, qui affirma à sa mort « qu’il n’existe plus de Réau-Croix,et que leur transmission s’est interrompue », et qui avait orienté le martinisme dans le rituel très chrétien du RER, y ayant adjoint quelques éléments mineurs des Elus-Coëns, n’était pas pour autant « un héritier de Martinès […] qui était juif, et qui voulait restaurer le sacerdoce juif dans la maçonnerie intérieure, tout en étant foncièrement opposé au sacerdoce chrétien » (6). C’est Papus qui allait étoffer la nébuleuse en créant la composante que le Grand Orient allait, un demi-siècle plus tard, indirectement accuser. Après près d’un siècle de sommeil, l’ordre martiniste renaît de ses cendres par Papus, en publiant son premier manifeste en 1889, et rayonne jusqu’en Russie, avant de se disperser à nouveau trente ans plus tard, d’une part, vers une tendance plus maçonnique, avec Jean Bricaud, d’autre part plus papusienne, avec P.A. Chaboseau, et enfin plus Alveydrique, celle qui nous intéresse, créée en 1920 par Victor Blanchard, et nommée Ordre Martisniste Synarchique, deux ans avant la création du Mouvement Synarchique d’Empire, dont le créateur nous est inconnu. C’est ces deux ans de battement qui allaient tant faire souffrir le martinisme, tant ce terme devenait fourre-tout, et tant il se mariait bien avec l’oeuvre de Saint-Yves d’Alveydre que Papus avait arraché des limbes pour promouvoir aux premières loges.
C’est René Guénon qui mettra un terme à la polémique en 1949, dénonçant l’escroquerie grossière : « La Synarchie, selon ce dernier [Saint-Yves d'Alveydre], n’a assurément rien de commun avec ce qui a fait tant de bruit en ces dernières années et à quoi il semble bien que ses promoteurs aient donné le même nom, tout exprès pour créer certaines confusions, en quoi ils n’ont d’ailleurs que trop bien réussi, car les livres et les articles publiés à ce propos ont répandu dans le public toute sorte d’erreurs grossières sur Saint-Yves et sur son oeuvre« .(7) Le pauvre SaintYves, qui déjà n’avait pas trouvé écho en son temps, doit passer son temps à se retourner dans sa tombe.
Faut-il s’étendre sur les divergences structurelles entre la synarchie de Saint-Yves d’Alveydre et le pacte synarchique révolutionnaire, qui n’ont de commun que l’appellation ? L’avis de Guénon sur ce point est très significatif. Dans une revue publiée par lui-même, « La Gnose » en 1911, où il publiait sous le pseudonyme de Palingénius, on peut lire : « le principe de l’institution des castes, sur laquelle repose toute société établie synarchiquement, est en accord avec les règles organiques et harmoniques de notre univers. La caste [au sens antique] est déterminée pour chaque individu pas sa nature propre, cad l’ensemble des qualités potentielles qu’il apporte en naissant, et qui passeront en acte dans le cours de son existence terrestre« . (8) La dynamique du PSR, si elle reprend l’idée de caste, passe avec légèreté d’une structure de castes érigées selon des prédispositions naturelles et innées à une structure de castes selon une division corporatiste sociale, selon le paragraphe 146 : « Les professions reconnues et organisées, seuls facteurs d’activité civique populaire, sont distribuées synarchiquement suivant leur principe basique et leur nature pour constituer : ― L’Ordre économique, ― l’Ordre politique, ― l’Ordre culturel, ― l’Ordre impérial »

Contrairement au PSR, la synarchie de Saint-Yves d’Alveydre est d’essence chrétienne, au sens initiatique, et cette notion lui est si fondamentale qu’il fait de la confession juive une obédience qui, s’il la voit subordonnée au christianisme, reste à ses yeux essentielle : « C’est ainsi que je leur démontre [aux juifs], appuyé sur l’histoire du monde et de la leur, que la Synarchie, le Gouvernement arbitral, trinitaire, tiré des profondeurs de l’initiation de Moïse et de Jésus, est la promesse même des Israélites, comme la nôtre, et le triomphe même d’Israël par la Chrétienté […] Je tiens à dire que je n’écris nullement pour ceux auxquels suffit la forme d’enseignement primaire qu’a revêtue le judéo-christianisme, grâce aux talmudistes et aux théologiens chrétiens […] Mais Moïse comme Jésus nous a légué une promesse d’ordre social dont l’accomplissement prophétique vise nos temps […] Ce qui importe, c’est que dans l’état social européen, dans cette universelle église laïque, non constituée encore, mais en avance de moralité et d’intellectualité sur ses directions politiques et sacerdotales, Israël, couvert par Jésus-Christ, son souverain pontife et le nôtre, est encore plus chez lui que chez nous, en Europe même, et cela de part les droits les plus sacrés. Il importe donc au premier chef, que le christianise s’accomplisse socialement, de haut en bas, par la reconnaissance des trois grands ordres sociaux institués par Moïse, par la synarchie ». (9) Il faudra être maître funambule pour réconcilier cette vision avec la technocratie du Pacte Synarchique Révolutionnaire qui, il faut bien le reconnaître, se situe à des années-lumière.
Le martinisme, quelle que soit la variante à laquelle on se réfère, n’a jamais rien eu à voir, de près ou de loin, avec tout ce panier de crabes de Vichy. Le martinisme fut victime de la malheureuse appellation de Victor Blanchard, l’ordre martiniste synarchique, qui, comble de tout, fut créé 2 ans avant le Mouvement Synarchique Révolutionnaire. Toutes les analyses, qui font remonter la Synarchie, au sens du MSR, à Blanchard, Papus, Saint-Martin ou Martinès de Pasqually se sont laissé piéger par la surface sémantique et n’ont probablement pas eu la moindre connaissance des doctrines correspondantes. Cette idée machiavélique, de reprendre le mot Synarchie dans le Pacte Synarchique Révolutionnaire, est plutôt à mettre sur le compte du Grand Orient britannique, qui tirait à l’époque toutes les ficelles par l’intermédiaire de Worms, et bien que cela soit particulièrement difficile à démontrer, l’association coule de source.

Responsabilités maçonniques majeures

Le Pacte Synarchique Révolutionnaire, associé au projet polytechnicien X-Crise, jeta les principes de la mondialisation, en entendant promouvoir la Société Des Nations, créée 3 ans avant le Mouvement Synarchique d’Empire, et en définissant, par le biais des paragraphes 592 et 593, « Les cinq fédérations impériales du monde actuel, déjà formées ou en formation, comme base d’une Société Universelle des Nations » (1). Les bases de la mondialisation sont posées, et c’est, encore une fois, le Grand Orient que l’on retrouve en coulisses, par l’intermédiaire de Léon Bourgeois, premier président de la Société des Nations, et récompensé par le prix Nobel de la paix, l’année suivante (où l’on voit que l’escroquerie du prix Nobel de la paix, criarde avec Obama, ne date pas d’hier). La SDN, ébauche de l’ONU, fut soutenue par Elihu Root (lui aussi prix Nobel de la paix), qui fut, de 1919 à 1921 le principal artisan de la fondation du CFR, dont on a vu le rôle actif dans ses collusions avec le régime nazi (John Foster Dulles, secrétaire d’état en 1953, Paul Walburg, artisan de la FED, Averell Harriman, à l’origine de la dynastie Bush, dont la Union Banking fut fermée (seulement en 1951!) en tant qu’organisation nazie), et dont on a vu les protagonistes n’être même pas inquiétés par Nuremberg et plutôt promus à un brillant avenir.
S’est-on imaginé que le X-Crise n’est plus qu’une vieille relique historique ? Qu’on se détrompe, nos amis polytechniciens ont fait en 2005 de ce prototype une version revue et améliorée, rebaptisée X-Sursaut. Si l’analyse de X-Sursaut semble parfaitement louable – dénoncer l’incompétence de l’état – son objectif n’en demeure pas moins la mise en place d’un système décisionnaire fondé sur une technocratie (gérée par les polytechniciens eux-mêmes), et, qui plus est, d’une technocratie foncièrement libérale dont les règles seraient assimilables à la gestion d’une entreprise privée : « On retrouve là quelques éléments caractéristiques de l’approche à X-Crise. La conférence de Yann Duchesne (X77) s’appuie sur son ouvrage, France S.A., paru en 2002. L’idée de l’ex-directeur du cabinet de consultants McKinsey consiste à appliquer à la France le regard et les méthodes de management d’un dirigeant d’entreprise. Le diagnostic sur l’état de la France est conforme à celui annoncé par Lévy-Lambert dans la profession de foi d’X-Sursaut […] « Comme première explication, on peut incriminer des sur-réglementations sectorielles et une charge financière de l’État étouffante » […] Pour réagir, il faut engager quatre grands chantiers, selon Duchesne, qui tous tournent autour d’une vision libérale de l’économie. Le premier est une véritable révolution culturelle, selon l’auteur, puisque « l’État doit être géré comme une entreprise privée, ce qui conduit à l’externalisation de nombreuses activités. L’évaluation des agents publics heurte une culture imprégnée depuis des décennies » […] » (2). Cette démence du « tout-capitaliste » ferait bien d’écouter le sage Paul Jorion, qui dit à raison « L’état-providence est ce qui permet de rendre supportable le capitalisme », et qu’elle écoute son superbe historique des révolutions, liées à la divergence des 2 concepts (3). Certes l’état-providence est d’une telle incompétence qu’il est à refonder, mais de là à mettre le seul profit en maître d’oeuvre …
Une « révolution culturelle », Mr Duchesne n’aurait pas pu mieux choisir sa formule, n’est-on pas exactement dans l’esprit de X-Crise, dans la Synarchie d’Empire, colportée précisément par le Mouvement Synarchique Révolutionnaire, qui 70 ans plus tard, tente une nouvelle percée en ayant été soigneusement rebaptisé X-Sursaut, et dépouillé de toute connotation synarchiste ? On n’éveille pas l’attention, on évite soigneusement le mot Synarchie. Sauf qu’à la différence de la collaboration entre les polytechniciens de l’époque et le gouvernement de l’époque, la collaboration actuelle, ou, pour mieux dire, l’asservissement temporaire des polytechniciens aux politiques, caresse l’idée d’une privatisation générale des administrations, selon le modèle américain, privatisation qui matérialiserait ce vieux rêve de Synarchie d’Empire où ils se tailleraient la part du lion. La vassalisation de notre président français, Mr Sarkozy, aux Etats-Unis, qui en vénère le modèle, engage d’ailleurs déjà en ce sens. On pourrait dire que le projet de Synarchie actuel est bien plus avancé que son prototype de Vichy. A cet égard, on comprendra mieux la position d’un Attali, farouche partisan du traité de Lisbonne, imposé de manière dictatoriale, traité dont on sait qu’il est la charpente d’une dictature politique bien plus globale … Préfiguration d’une future société technicienne. Ou la position d’un Jancovici qui nous explique, du haut de sa technicité, tout comme Attali, que nous sommes tous coupables de réchauffer la planète et que le salut du citoyen réside dans l’acquittement d’une taxe Energie … Le propos ici n’étant pas de dénigrer le corps des polytechniciens, dont les compétences sont hors de doute, mais de regretter amèrement que tant de capacités soient mises au service d’une politique à orientation dictatoriale, comme le fait Attali, trahi par son admiration de Delors, depuis Mitterrand, et, bien pire, que le dessein dudit corps réside dans la mise en place d’une dictature privatisée, basé sur un terrorisme du rendement.
Les rapprochements entre les polytechniciens et la franc-maçonnerie ne sont un secret pour personne, une tradition qui date de l’empire, et qui commença par Gaspard Monge, fondateur de l’école polytechnique, et initié à la loge « L’Union Parfaite du Corps Royal du Génie ». Plus récemment, on trouve par exemple : Christian Pinon, « soutenu par les réseaux maçonniques », Guy Worms, ancien collaborateur de Bérégovoy, auteur du fameux « rapport Worms » dénonçant les magouilles de ses frères du Grand Orient, excédé par les pratiques du milieu. Des appartenances au milieu maçon très souvent ignorées d’ailleurs, secret fraternel oblige, et extensibles à l’ensemble des grandes écoles françaises, ces réputés corps d’élite. Une opacité maçonnique qui est telle, notamment au Grand Orient, que les frères eux-mêmes la dénoncent, comme Hughes Forestier, qui publie « frères à abattre », un maçon intègre, on en trouve, ou Worms, qui, en ayant déposé une plainte maçonnique contre le trésorier, se vit infliger une « Suspension à titre conservatoire » (4), Worms, un autre maçon intègre. Le propos n’étant pas ici de faire le procès des systèmes de croyances propres à la maçonnerie, ni de lui reprocher de faire main basse sur les élites françaises, mais de dénoncer sa participation active depuis plusieurs décennies à la faillite de la France tout en s’engraissant démesurément au passage.
Le contre-pouvoir eût été pour elle la moindre des positions à prendre, conformément à la manière même dont se définit la franc-maçonnerie : » « association essentiellement philosophique et philanthropique », comme un « système de morale illustré par des symboles » « , pour reprendre la formule de Wikipédia. Mais plutôt que le contre-pouvoir, c’est, pour le moins, la voie de la complicité active avec les instances gouvernementales que les frères ont choisi, si ce n’est l’acte organisé du dépeçage du patrimoine public français. Moralité maçonnique !? L’image et les symboles deviennent burlesques et font franchement rire, car, sans même parler des « affaires », il sera difficile d’expliquer qu’en dirigeant la haute finance, les banques, les compagnies d’assurances, les administrations, les appareils législatifs et judiciaires, la FM ait appuyé, ou, dans le meilleur des cas, laisser passer, sans même alerter quiconque, toutes les étapes qui depuis 40 ans mènent le pays au mur. Comme par exemple, pour faire court et simple, la « loi Pompidou-Rotschild » du 3 janvier 1973, qui oblige la Banque de France à s’endetter sur les marchés privés, loi qui est responsable de l’endettement astronomique de la France, le contribuable ne remboursant que les intérêts (privés!). Comme la loi du 24 janvier 1984, votée sous Mitterrand par le franc-maçon, membre de la trilatérale et fondateur du think tank « Notre Europe » Jacques Delors (tant adulé par Attali), Jacques Delors père d’une certaine Martine Aubry (membre du groupe « Le Siècle »), une mesure de pointe en avance de 15 ans sur l’abrogation du Glass-Steagall américain en 1999, qui supprima la distinction entre banque de dépôt et banque d’investissement. Cette mesure, qui permit à n’importe quelle de nos banques « d’investir » (lire « jouer au casino »), commença par donner lieu à toute une série de scandales bancaires, comme celui du Crédit Lyonnais, 200 milliards de francs à lui seul aux frais du contribuable. Des amuse-gueules, ces petites affaires, un tour de chauffe des années 90, en comparaison de ce qui allait venir, les expositions bancaires des filiales en Europe et aux Etats-Unis, des centaines de milliards d’Euros « d’investissements » pyramidaux masqués en CDS et autres actifs toxiques, planqués dans des changements de norme comptable modifiés à la va-vite pour l’occasion, mais d’une radioactivité croissante même dissimulés sous le tapis ; « investissements » qui pour l’instant coûtent aux français la bagatelle de 40 milliards d’euros de capitalisation et 320 milliards de garantie, conformément au plan de sauvetage des banques de 2008, le pire restant à venir, que ce soit pour sauver les PIIGS (en réalité les banques exposées dans ces pays), ou que ce soit les mesures d’austérités en cours et à venir destinées à « rassurer les marchés ».
Tout ce hold-up organisé, le plus grand de tous les temps, la Franc-Maçonnerie, investie dans tous les postes clés financiers, législatifs, administratifs, ou très proche d’eux, parée des meilleures élites françaises, par appartenance ou par influence, ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas, et ne pourra pas se cacher derrière la naïveté. Même si tous les francs-maçons ne sont pas à mettre dans le même sac, puisque bon nombre d’entre eux s’insurgèrent contre leur propre pratique, et même si des légions de non-maçons participèrent aussi à cette orgie, il s’agit bel et bien d’un complot maçon contre le peuple français, les traces de sa préparation se retrouvant facilement, comme l’indique l’ébauche du précédent paragraphe. Que ce complot ne soit qu’une partie d’une internationale synarchique plus vaste encore, dont la naissance fut conjointe au CFR, et qui traîne un triste cursus depuis la seconde guerre mondiale, sans parler d’avant, comme cela a été montré dans les précédents chapitres, n’est pas l’objet de cet article, qui reste dans le cadre de la spécificité française.
Le lecteur commettrait une grave erreur en pensant que le présent exposé est un procès de la Franc-Maçonnerie. Loin s’en faut. Tout être humain a le droit, que dis-je, le devoir, d’accéder à la Connaissance, visible et invisible, par respect pour notre héritage grec, où Aristote professait la métaphysique, et par nécessité de compréhension de notre culture judéo-chrétienne. La source égyptienne est manifeste dans cette racine bicéphale, Moïse, Platon et Pythagore ayant été instruits au pays des pyramides. L’objet de cet article est de dénoncer, non pas la Franc-Maçonnerie traditionnelle et pourvue de ses valeurs humaines originales, mais la Franc-Maçonnerie particulière, représentée par tout un éventail de loges, qui a rompu avec ses principes fondateurs pour avoir créé une immense usine corporatiste à développer des intérêts personnels et matériels, au prix du vol massif et organisé des français, et de l’établissement d’une société totalitaire, dont la construction est déjà très avancée.
Dans le décret du 12 mai 5822 (1822), encore valable, on voit comme règle du Rite Ecossais en France : « La maçonnerie, connue sous la dénomination d’art royal, est une association d’hommes réunis dans la vue de se rendre utiles à leurs semblables considérés individuellement […] Toute société secrète qui s’occupe de spéculations politiques ou religieuses est, par ce fait, étrangère à l’association maçonnique, et même en opposition avec ses principes » (5). Napoléon Bonaparte lui-même avait pris conscience de ne pas avoir été digne de son titre de maçon : « J’ai consumé ma vie en des mouvements continuels qui ne m’ont pas permis de remplir mes devoirs d’initiés à la secte des Egyptiens ». Napoléon fut initié au Caire à la « loge Isis », et sa filiation importera en France le rite Memphis (6). Il avait fini par faire amende honorable. On comprendra facilement pourquoi, au contraire, les dizaines de milliers de frères actuels, concernés par la mise à sac directe ou indirecte du pays, ne font pas de même : tous accrochés à des intérêts matériels, vénaux, à marcher sur les cadavres, prisonniers d’une fuite en avant qu’ils ont mis eux-mêmes en place, tous n’ont plus de maçonnique que le nom et la parure, dévalorisant au passage (aux yeux profanes qui n’ont plus guère envie de faire le discernement, on les comprend) la rare tradition ayant conservé ses objectifs authentiques, quelle qu’en soit sa forme ou sa dénomination, qu’elle soit franc-maçonne, rosicrucienne, hermétique, alchimique ou gnostique. Au contraire, cette franc-maçonnerie politique et matérialiste, qui participe à son profit à la décomposition de la société, est devenue néfaste tant sur le plan profane que sur le plan sacré.
A défaut de finaliser la construction du temple interrompue par l’assassinat d’Hiram, la Franc-Maçonnerie incriminée, telle que définie dans le présent article, est sur le point de finaliser la construction du plus grand système pyramidal de tous les temps, un ensemble de montages financiers justement nommé bulles, gonflées à partir d’une pompe à vide dans des proportions gargantuesques. Cette pyramide, qui n’est pas sans rappeler Babel, toujours plus haute aux fins de maintenir les assises matérielles d’une minorité qui entend représenter Dieu, est systématiquement facturée aux citoyens à un rythme où les échéances deviennent exponentielles, rendant la vie quotidienne irrespirable. L’illusion ne pouvant être maintenue plus longtemps, l’ensemble est amené à s’effondrer à brève échéance, apportant, dans le meilleur des cas, son lot de dictatures, comme l’annonce l’exploitation de la fable Al-Qaïda, sur laquelle le silence maçonnique est révélateur, et dans le pire, un chaos qui sera une première pour l’humanité … L’humanité, un concept bien oublié par les frères.
John Lloyds, pour Mecanopolis, le 20 novembre 2010

Reproduction autorisée avec indication des sources

Références et liens :


Introduction
(1) Cité par Paul Naudon, la franc-maçonnerie et le divin
Les 120.000 francs-maçons qui dirigent la France
Des archives bien encombrantes
(1) Science et Avenir, Février 2003
(2) Sophie Coeuré, de l’ombre à la lumière, les archives françaises de retour de Moscou, D. Monier, 2003
(5) Jean-André Faucher, Histoire de la Grande Loge de France, Éditions Albatros, 1981
(8) Contribution à l’histoire des francs-maçons sous l’Occupation, Duquesne Diffusion,voir http://anti-mythes.blogspot.com/2008_03_01_archive.html
La synarchie d’empire, un concept dévoyé
(1) Annie Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 30, éd. Armand Colin
(3) Ibid
(5) Ibid
(9) André Ulmann & Henri Azeau, Synarchie et Pouvoir, Julliard
(10) Marcel Déat, Mémoires politiques, http://www.voltairenet.org/article15364.html
(12) André Ulmann & Henri Azeau, ibid
(14) Jean Saunier, Saint-Yves d’Alveydre, Dervy 1981
Le martinisme mis en accusation, petits croche-pieds entre écoles d’initiés.
(1) « C’est vers 1887 que le Dr Gérard d’Encausse, sous le nom de Papus, reprit cette dénomination [occultisme], en s’efforçant de grouper autour de lui tous ceux qui avaient des tendances analogues. telle est la genèse de l’occultisme français, dont on a dit parfois qu’il n’était en sorte que du papusisme, et cela est vrai à plus d’un égard, car une bonne partie de ses théories ne sont effectivement que l’oeuvre d’une fantaisie individuelle ; il en est même qui s’expliquent par le désir d’opposer à la fausse tradition orientale des théosophistes, une tradition occidentale non moins imaginaire » René Guénon, l’erreur spirite
(2) Saint-Yves d’Alveydre, Mission des juifs, Dorbon Aîné
(3) Introduction anonyme (Un chevalier de la Rose Croissante) in Pasqually, traité de la réintégration des êtres, éd. traditionnelles, 1988
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Jean Chopitel & Christiane Gobry, René Guénon, Ed. Le mercure dauphinois, 2010
(7) René Guénon, Comptes rendus, éd. traditionnelles, Paris 1973
(8) René Guénon et l’archéomètre, Bruno Happel, Guy Trédaniel 1996
(9) Saint-Yves d’Alveydre, Missions des juifs, Dorbon Aîné
Responsabilités maçonniques majeures
(1) « (592) — Cette structure synarchique pyramidale implique la complète formation des cinq grandes fédérations impériales (ou Sociétés mineures de Nations) déjà constituées ou en voie de constitution dans le monde moderne : ― la Société mineure des Nations britanniques, ― la Société mineure des Nations pan-américaines, ― la Société mineure des Nations pan-eurasiennes de l’U.R.S.S., ― la Société mineure des Nations pan-eurafricaines, ― et la Société mineure des Nations pan-asiatiques. (593) — L’affermissement systématique de cette quintuple base impériale, définie sous nos yeux par un processus historique évident, pourra seule permettre : ― une réelle encore que relative stabilisation des forces politiques en présence dans le monde, ― la limitation des expansions violentes des impérialismes, ― la clarification, préalable à toute question d’ordre général, des problèmes intéressant la Société Universelle des Nations, ― enfin un rappel juridique plus efficace du respect mutuel des Peuples et du pacte de paix des États, alors librement conclu »
(5) Jean-Pierre Bayard, Symbolisme maçonnique traditionnel, édimat 1982, 4° éd. remaniée et augmentée.
(6) Robert Ambelain, franc-maçonnerie d’autrefois
Annexes :

dimanche 21 novembre 2010

LA DAME DE VIX

Il y a vingt-cinq ans, René Joffroy, qui était alors professeur au collège de Châtillon-sur-Seine, poursuivait, aidé par Maurice Moisson et René Paris, des fouilles sur le mont Lassois. Il découvrit une tombe ancienne qui allait donner à la France un splendide trésor. Guy Rachet, qui a écrit les Mondes disparus (Hachette), montre l'importance de la fouille et la façon dont elle se relie à l'épopée des Celtes.
Si vous vous promenez dans la campagne par une froide et grise journée d'hiver, vous n'aurez guère de chances de rencontrer des archéologues grattant et creusant le sol avec l'acharnement des taupes. Ce n'est pas la saison. Il fallut des circonstances fortuites pour qu'en cette fin d'après-midi de janvier 1953, un homme travaillât au pied de la haute butte boisée qui domine le village de Vix, en Côte-d'Or.
Ce village bourguignon est situé près de Châtillon-sur-Seine, vieille bourgade qui dormait dans une région particulièrement fertile en sites archéologiques, le plus célèbre restant celui d'Alésia, situé à une quarantaine de kilomètres.
La colline qui domine Vix et la Seine s'appelle le mont Lassais. Très vite, les hommes s'y sont établis, cherchant un refuge contre les ennemis qui menaçaient leur territoire et leurs récoltes. Il y a maintenant plus de quarante ans, les archéologues ont porté là leurs recherches, retrouvant les traces laissées par les lointains ancêtres des enfants de la Bourgogne.
L'homme qui travaille ce jour-là la terre de Vix est un paysan de la région. Il retourne le sol avec un secret espoir : découvrir les traces de notre passé. Et il faut voir comment cet homme manie sa pioche ! Dans ses mains expertes, le lourd instrument se fait léger, il effleure le sol, râcle la terre compacte et s'arrête toujours avec une précision merveilleuse pour éviter de toucher l'objet qui soudain apparaît entre deux mottes.
Cet homme, qui est l'honneur de l'archéologie, s'appelle Moisson. S'il travaille sur le chantier malgré la venue de l'hiver, c'est parce que René Joffroy, l'archéologue qui le dirige, dispose encore d'une petite somme sur la subvention qui lui a été accordée pour l'année 1952.
L'endroit où Moisson a porté sa pioche a été repéré depuis un certain temps, grâce à des pierres rapportées des labours. Or ces pierres ne se trouvent pas normalement dans ces limons ; elles n'ont pu qu'être apportées par l'homme. Moisson veut satisfaire une légitime curiosité et son « patron » lui donne tout loisir d'entreprendre une brève exploration.
On peut difficilement imaginer l'émotion du fouilleur lorsque sa pioche, après quelques coups, dégage soudain un objet de grande dimension, qui semble être en bronze, Moisson a compris qu'il a découvert quelque chose d'exceptionnel. Avec sagesse, il cesse alors son travail pour ne pas être surpris par la nuit. Le lendemain, il revient sur le chantier avec Joffroy qui s'interroge, Il pense qu'il s'agit des restes d'un tertre funéraire arasé dès l'Antiquité, les pierres apportées là pour consolider l'architecture souterraine ayant été retirées pour être utilisées, ainsi qu'il arrive souvent, à la construction d'habitations.
☞ une étrange découverte
René Joffroy entreprend la fouille, Il faut agir avec minutie et dans des conditions particulièrement difficiles, car les pluies ont transformé le chantier en bourbier. Ici on doit procéder stratigraphiquement, c'est-à-dire retirer la terre par couches fines en l'examinant avec soin couche après couche. Mais la terre est de la boue si imbibée d'eau qu'il faut se résoudre à employer une pompe. Malgré la pluie et le froid, piquant en cette région, les archéologues s'acharnent à la tâche : et voici que l'objet de bronze apparaît peu à peu.
Ce n'est pas une chose ordinaire ! Apparaît d'abord une grosse anse en volute, et ensuite, c'est tout un vase qui surgit, d'une taille exceptionnelle. Quel encouragement pour les fouilleurs ! Une telle trouvaille laisse prévoir d'autres trésors. Et, en effet, après cent soixante-dix heures d'un travail pénible, la tombe - ca c'est bien une tombe - est vidée de la terre et de son précieux contenu. On en retire des bassins et une cruche en bronze, une coupe en argent, des bijoux en or, les éléments de bronze d'un char et une belle coupe grecque.
☞ qui était cette dame ?
Le vase lui-même, écrasé par la chute d'un toit du caveau, s'est révélé être, une fois remis en état, un cratère de fabrication grecque d'une taille prodigieuse, puisqu'il mesure 1,64 m de hauteur, 1,27 m de diamètre à la hauteur de la panse, qu'il pèse 208 kg et que sa capacité est de 1100 litres. Les vases en bronze de ce type sont déjà très rares, mais une urne de cette taille et de cette beauté est un exemplaire unique au monde.
Ce vase ainsi que les autres objets ont permis aux archéologues de dater la tombe ; elle doit avoir près de vingt-cinq siècles.
Quant à l'origine de certaines pièces, elle fait rêver : un beau collier en or vient sans doute de quelque colonie grecque des côtes de la mer Noire, de l'une de ces cités élevées sur les rives de l'actuelle Russie, alors peuplée de cavaliers nomades, les Scythes, la cruche a été fabriquée en Italie septentrionale : où brillait à cette époque la civilisation des Étrusques.
On peut admirer aujourd'hui les pièces du trésor de Vix dans les salles du musée de Châtillon. Et ce qui devient passionnant, c'est de résoudre les questions que pose une telle découverte :
De qui était la tombe ? Quel était le peuple qui occupait l'oppidum ? Pourquoi ces trésors de l'art grec et étrusque ont-ils été réunis dans celte tombe perdue au cœur de ce qui va devenir la Gaule ?
Le corps ? On en a recueilli les ossements et le crâne serti d'un diadème.
Le tout avait été déposé dans la caisse d'un char, les roues démontées et placées contre la paroi de la tombe. C'est celui d'une femme qui avait environ trente ans. La plupart des « sépultures à char » qu'on a retrouvées ailleurs - une quinzaine - étaient des tombes de guerriers, certainement des chefs ; mais on connaît une tombe de femme.
Qui donc était la Dame de Vix ? De quelle ethnie, sur cet oppidum du VIe siècle ? Reportons-nous aux témoignages des historiens grecs et latins. Marseille a été fondée, il y a vingt-cinq siècles, près de l'embouchure du Rhône par des Grecs venus de l'actuelle Turquie : cette riche colonie était établie à proximité du territoire occupé par les Ligures, installés en Provence depuis des siècles. Leurs voisins étaient les Celtes, ancêtres immédiats des Gaulois. Selon les traditions des druides, ces Celtes étaient venus de régions situées par-delà le Rhin, chassés de leurs foyers par la guerre ou par des inondations catastrophiques. Il est vraisemblable que leurs descendants s'étaient fixés sur le mont Lassois.
La Dame de Vix serait donc une Celte. Mais était-ce une prêtresse ? On a peu de raisons de le croire. Rien dans ses ornements ne peut étayer une semblable hypothèse. Si elle était l'épouse d'un roi, il resterait à trouver la tombe de son époux. Il semblerait plutôt qu'elle ait été la reine de ce petit peuple : quelques siècles plus tard, au moment de la conquête romaine, des tribus celtiques établies en Angleterre obéissaient également à des reines.
Il restait aux archéologues un problèmes à résoudre. Comment, dans cette vallée perdue, sur ces terres barbares, se sont trouvés réunis ces chefs-d'œuvre de l'art des Grecs et des Étrusques ? Car nulle part en Grèce ou en Étrurie on n'a découvert d'objets celtes qui auraient servi de monnaie d'échange ! Eh bien, cette monnaie d'échange, c'est l'étain, ce précieux métal qui servait aux fondeurs des rives de la Méditerranée à fabriquer le bronze dont ils avaient tant besoin dans leur industrie.
Le bronze est un mélange de cuivre (90 %) et d'étain (10 %). L'approvisionnement en cuivre ne posait pas de problèmes car on le trouvait en abondance dans le Proche-Orient et dans l'île de Chypre. En revanche, l'étain était très rare dans ces régions, et nous savons par les auteurs anciens que les Grecs le faisaient venir de l'extrême Occident, des îles Cassitérides.
Ainsi, grâce aux textes anciens, le mystère de Vix s'éclaire. Les habitants de l'Angleterre du Sud, région particulièrement riche en mines d'étain, déposaient leur réserve de métal dans ces îles Cassitérides qui ne sont autres que les actuelles îles Scilly, au large de la Cornouailles. Là se tenait un marché où des armateurs venaient enlever dans leurs vaisseaux les précieux lingots qu'ils transportaient jusqu'à l'embouchure de la Seine, ils étaient ensuite chargés sur de lourdes barques à fond plat. Les tribus celtes riveraines du fleuve halaient les barques au fil de l'eau, jusqu'à la hauteur de Vix. À l'époque romaine, les nautoniers gaulois constituaient encore de riches corporations parmi lesquelles les nautes « parisiens » étaient réputés.
Il est alors aisé d'imaginer comment les choses ont pu se passer. Marseille est déjà une des portes de la Méditerranée. Les marchands grecs de la cité, dès le printemps, s'embarquent sur le Rhône à bord de leurs lourds chalands. Pendant de longues semaines, ils remontent le fleuve, jusqu'au confluent de la Saône, et ils empruntent ce cours d'eau ; de là, ils passent dans la Tille. Enfin, ils abandonnent leurs bateaux sur les berges de la rivière, et les bêtes ayant servi au halage sont chargées de présents destinés à être échangés contre l'étain. De là jusqu'au mont Lassais il n'y a que peu de chemin il parcourir.
Ce n'est pas la première fois qu'ils viennent dans cette contrée et ils n'ignorent pas qu'une femme règne sur le peuple avec lequel ils traitent leurs affaires. Pour elle, ils ont apporté le grand cratère démonté, des bijoux d'or, de belles coupes peintes et aussi sans doute des amphores remplies de ce vin grec dont les Celtes sont amateurs. On les imagine volontiers. vêtus de leur tunique et de leurs manteaux clairs, parvenant au pied du mont Lassais, alors couronné par un épais rempart derrière lequel se pressent les maisons de bois et de terre glaise. Les guerriers celtes, vêtus de leurs larges braies (pantalons), les épaules couvertes de manteaux épais, le court glaive de fer au côté, une longue lance à la main, viennent au-devant d'eux et reçoivent les précieuses marchandises destinées à leur reine et à eux-mêmes, contre les lourds lingots de métal.
Les Grecs ne s'attardent guère dans ces régions qui, comparées à leur pays ensoleillé, leur paraissent bien froides. Ils chargent lourdement leurs bêtes et reviennent bien vite vers leurs bateaux. Le retour sera rapide car ils n'auront plus qu'à se laisser aller au fil du courant, jusqu'à Marseille, où ils vendront cher leur marchandise à des négociants venus de tous les ports de la Méditerranée.
☞ l'épopée des Celtes à travers l'Europe
À peu près à l'époque où l'on inhumait la « Dame de Vix », les Celtes se répandaient à travers l'Europe en vagues conquérantes. On les trouve d'abord installés sur des hauteurs fortifiées semblables à celle de Vix : ce sont là des sites de choix pour les archéologues. Et ces petites cités s'enrichissent en commerçant avec les Grecs. Il est bien possible que les routes de l'étain soient aussi passées par l'Europe centrale : en Autriche, où à Magdalensberg on a trouvé une belle statue grecque en bronze, en Allemagne, où la place forte de la Heuneburg, située sur le haut Danube, commandait un axe commercial d'une grande importance.
Puis des chefs aventureux ont entraîné des bandes de guerriers en Italie, jusqu'à Rome, qu'ils ont essayé de prendre par surprise, en Grèce, où ils pillent le trésor de Delphes - selon une légende, l'or qu'ils y ont recueilli fut emporté jusqu'à Toulouse - et où ils tuent le roi de Macédoine dont ils coupent la tête ; enfin leur course folle aboutit à l'actuelle Turquie, où ils fondent un État : la Galatie. Ils n'iront pas plus loin.
Mais ces guerriers impétueux, qui souvent combattaient vêtus seulement de leurs braies ou même entièrement nus, ont trouvé leurs maîtres en Italie. Les Romains leur opposèrent la discipline de fer de leurs légions et leur ténacité. C'est ainsi que, trois siècles après la prise de Rome par les Gaulois, les Romains entreprennent de conquérir la Gaule, et il faut quelques années à Jules César pour y parvenir. L'épopée celtique se termine par la capitulation de Vercingétorix à Alésia, en 52 avant notre ère.
Guy Rachet Historia octobre 1978

samedi 20 novembre 2010

1453 : Fin de la guerre de Cent ans

Pas à pas, Charles VII force l'Anglais à rentrer chez lui. Tandis qu'il lui reste à reconquérir la Guyenne, la rencontre finale a lieu sur la Dordogne le 17 juillet. Sa victoire lui permettra de mettre fin à la guerre de Cent ans.
Cette année-là, la trente et unième de son règne, Charles VII, cinquante ans, en reprenant la Guyenne, mettait fin à la guerre de Cent ans. On a trop souvent médit de ce roi, le taxant d'ingratitude à l'égard de sainte Jeanne d'Arc, laquelle, le retirant du fin fond du gouffre, lui avait permis d'être sacré à Reims le 17 juillet 1429 et de reprendre ainsi, fort de sa légitimité affirmée et affermie, la lutte contre les Anglais toujours trop présents sur le sol de France.
L'oeuvre de Jeanne
On ne saurait nier que l'arrestation de la Pucelle par les ennemis avait jeté dans les armées royales un découragement profond, d'autant plus cruel pour le roi que le procès qu'intentait à Jeanne une assemblée ecclésiastique, avec la complicité de l'évêque félon Cauchon et de l'université de Paris, donc avec les apparences de la légalité, le visait personnellement. À cela s'ajoutait le fait que Paris était toujours aux mains de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, allié des Anglais.
Charles VII avait peu de moyens pour mener la grande politique qu'il eût fallu. Il n'en continua pas moins l'oeuvre de Jeanne, laquelle n'avait pas apporté le salut mais seulement remis en place l'instrument du salut. Le reste devait encore être gagné : “Aide-toi, le Ciel t'aidera“…
Le roi reconquit bientôt les territoires du Nord. Son rapprochement, tant souhaité par l'héroïne, avec le duc de Bourgogne, effaçant quelque peu dès 1435 (traité d'Arras) une animosité sanglante de trois générations entre descendants de Charles V, fut un succès pour l'unité nationale.
Car tout en forçant pas à pas, mais prudemment, l'Anglais à rentrer chez lui, Charles VII s'appliquait à restaurer la France ruinée par la douloureuse incapacité de son père Charles VI. Les décennies d'après 1430 virent un remarquable redressement des finances grâce à l'aide avisée du financier berrichon Jacques Coeur, nommé grand argentier en 1440, puis membre du conseil du roi deux ans plus tard. On ne peut ici passer sous silence le rôle de la riche belle-famille du roi, son épouse Marie d'Anjou, sa belle-mère Yolande d'Aragon, ni celui d'Agnès Sorel, splendide maîtresse de Charles VII…
Pour accomplir un véritable redressement il importait que fût rétablie l'intégrité du territoire national. Paris avait été repris sans trop de difficultés en 1436. Furent peu à peu libérés Dieppe, Eu, Aumale… Puis en 1449, Charles VII put commencer une grande offensive sur la Normandie qui aboutit à la victoire de Formigny (15 avril 1450). En vrai Capétien, entrant dans Rouen - c'était tout un symbole ! - il accorda des lettres de rémission et déclara maintenir les libertés et franchises des villes.
Parvenu dans la ville même du procès et de l'immolation de 1431, il put enfin entreprendre de faire éclater la vérité sur Jeanne : il s'empressa alors de confier à Guillaume Bouillé, membre de l'université de Paris, le soin de faire interroger les témoins. Un procès de réhabilitation qui devait aboutir entièrement dès 1456.
La bataille de Castillon
Restait à reconquérir une province où les Anglais se croyaient chez eux depuis trop longtemps : la Guyenne. Le 17 juillet 1453 la rencontre finale eut lieu à Castillon sur la Dordogne entre 6 000 soldats français commandés par le maître de l'artillerie Jean Bureau et 4 000 soldats anglais commandés par John Talbot. Les Français perdirent une centaine d'hommes, les Anglais 4 000… Comme à Formigny, le canon joua un rôle décisif. Aussitôt après, les villes gasconnes se rendirent, dont Bordeaux le 17 octobre.
C'en était fini pour longtemps des prétentions de la Maison anglaise de Lancastre au trône de France. La guerre dite de Cent ans était close. Crécy, Poitiers, Azincourt étaient effacés ! Seule la ville de Calais restait anglaise.
Charles VII, la paix rétablie, entreprit avec une autorité non de contrainte mais d'attraction de limiter les pouvoirs des grands féodaux en créant les parlements locaux (cours de justice). Il créa les premiers offices, embryon de la fonction publique, soutint la prospérité économique et orienta le commerce extérieur en direction de la Méditerranée (la Renaissance n'était pas loin…). Comme l'écrit le duc de Lévis Mirepoix , Charles VII, qui devait mourir en 1461, « a rendu le sang libre aux veines de la France et rétabli dans ses destinées le beau royaume blessé que Jeanne d'Arc avait remis entre ses mains ». Le turbulent dauphin Louis allait hériter d'une heureuse situation quand il deviendrait Louis XI.
L'Histoire n'est jamais de tout repos. 1453 vit la délivrance de la France, mais en même temps, de l'autre côté de l'Europe, la prise de Constantinople par les Turcs…
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 1er au 14 avril 2010

vendredi 19 novembre 2010

Vercingétorix ou la gloire des vaincus (1ère partie)

Le célèbre Vercingétorix du grand maître Camille Jullian doit aller dans toutes les bibliothèques de qualité. On verra par l'article de Marcel Brion l'intérêt de la personnalité du jeune chef gaulois. Elle permet un saisissant rapprochement avec notre temps. Elle montre - quelle leçon pour aujourd'hui - la France souvent vaincue par elle-même. Comme le dit Marcel Brion, la stratégie gauloise était périmée, et périmée aussi cette passion pour la liberté qui leur faisait préférer l'anarchie et la discorde à l'établissement d'un gouvernement durable. La foi religieuse, elle non plus, n'animait plus suffisamment ce peuple.
La tentative de Vercingétorix a été le magnifique sursaut d'un jeune homme intrépide et plein d'illusions, pour essayer de détourner le cours de la destinée. L'imaginatif, le chimérique, a été vaincu par le réaliste, le calculateur ; mais ces différences de caractère n'auraient pas suffi à donner la victoire à César si la Gaule n'avait déjà porté en elle-même toutes ses causes de défaite, tous les germes de désagrégation.
On peut dire que la Gaule a été vaincue par elle-même tout autant que par César. Vaincue par son esprit de désordre et d'insubordination, par son goût pour l'indépendance anarchique et brouillonne, par son défaut d'organisation morale et matérielle.
Au printemps de l'année 53, pour parachever son œuvre et garder toute la Gaule en main, César invita les peuples à tenir leur assemblée traditionnelle dans son camp et sous sa présidence. C'était le meilleur moyen de dénombrer qui était pour lui, qui était contre lui ; les absents seraient considérés, du fait même de leur absence, comme des ennemis.
Ce coup d'audace, dans un pays où l'instinct de la révolte bouillonnait encore, réussit : les peuples, intimidés, envoyèrent leurs représentants au camp de César. Il n'y en eut que trois qui manquèrent au rendez-vous et qui payèrent de la destruction de leurs champs et de leurs cités ce geste de bravade.
Fort de ce succès, César recommença lors de l'assemblée d'automne et obligea les délégués des nations à prononcer la condamnation des chefs coupables qu'il avait faits prisonniers.
Les envoyés gaulois, qui délibéraient sous la protection des légionnaires, homologuèrent les jugements désirés par César. La Gaule n'avait pas seulement perdu sa liberté, mais aussi, semble-t-il, son honneur et son âme.
En voyant la docilité avec laquelle les délégués des peuples gaulois avaient accepté ses plus insultantes exigences. César pouvait croire le pays maté. En réalité, la révolte couvait, à la fois chez les peuples qui avaient été victimes des répressions et chez ceux qui, par prudence ou par diplomatie, ne s'étaient pas compromis d'une façon prématurée et qui n'avaient pas encore attiré, ainsi, les regards soupçonneux des Romains.
La Gaule, enfin, avait la bonne fortune de voir sortir d'entre ses jeunes princes le chef qui lui avait toujours manqué ; celui sur le nom duquel l'unanimité se fait, qui personnifie la volonté de vivre et de durer, qui joint aux qualités gauloises traditionnelles des talents militaires exceptionnels ; qui, enfin, pour avoir fréquenté les Romains, connaît leur tactique et leurs procédés de combat.
un jeune Arverne
Un jour le bruit se répandit, secrètement, car il ne fallait pas éveiller trop tôt la méfiance des Romains, que la révolte éclaterait le sixième jour de la lune du solstice d'hiver. C'étaient les Carnutes qui avaient pris l'initiative du soulèvement, sans doute sous l'influence des Druides, et qui invitaient tous les peuples de la Gaule à se joindre à eux pour chasser les Romains.
Déjà, les Parisiens, les Sénons, les Aulerques, les Armoricains, les Andes, les Cadurques, les Lemoviques, les Turons, avaient juré leur foi. Les Arvernes hésitaient, leur chef, Gobbanitio, redoutant les aventures et craignant de s'engager dans une tentative sans espoir.
Au jour convenu, les Carnutes massacrèrent tous les Romains de Genabum (Orléans). Il y avait des villes plus puissantes et mieux défendues que celle-là ; le geste avait donc une valeur symbolique, plutôt qu'une portée stratégique ; il signifiait la rupture absolue avec Rome, le défi jeté à César. L'armée gauloise, faite de tant de nations diverses, traditionnellement attachées à leurs particularismes, pour une fois renonça à ses discordes anarchiques et choisit comme unique chef de guerre le jeune Vercingétorix.
En effet, la nouvelle du massacre de Genabum bouleversa l'Auvergne. Ce jeune Arverne, Vercingétorix, réunit ses clients et les enthousiasma sans peine. Il recruta des partisans dans la campagne et expulsa de Gergovie le parti aristocratique. La royauté fut rétablie en sa faveur.
Son prestige fut bientôt immense. Il raffermit le courage des peuples hésitants ; le commandement suprême de la rébellion lui fut donné.
Le choix était intelligent. Vercingétorix avait appris son métier d'homme de guerre aux côtés de César ; il connaissait donc les manœuvres, les feintes, les ruses de l'ennemi qu'on allait combattre. Il possédait les qualités natives du Gaulois, le courage, l'audace, la promptitude de décision, l'amour de son pays, l'héroïsme aveugle. Son intelligence était grande, aiguë, pratique, objective ; il savait agir vite et à propos.
Il est difficile de juger Vercingétorix avec toutes les chances de certitude et d'impartialité, puisque nous ne le connaissons que par ce que ses ennemis ont dit de lui et la « propagande » romaine ne négligeait rien pour diminuer le prestige de l'adversaire.
Il faut donc considérer les documents l'origine romaine comme sujets à caution et ne leur accorder qu'une créance limitée. Il est possible qu'il y ait eu dans les actes de Vercingétorix quelques traits de la duplicité et de la cruauté que nous reprochons à César, sa personnalité étant certainement plus nuancée que celle que nous voyons se dégager de la rareté et de l'unilatéralité des textes. Il possédait de grands talents militaires, qu'avait développés une formation politique ; sa conduite fut en réalité dictée par beaucoup de sang-froid et de prudence.
On aurait tort de ne voir dans le jeune Arverne que le cavalier audacieux, le « beau sabreur », l'homme des coups de main désespérés. Il importe de remarquer avant tout le prestige immense qui fut celui de Vercingétorix auprès de ses compatriotes. Prestige dû, évidemment, à son parfait désintéressement et à son noble et ardent amour de la liberté. mais aussi à ce qu'il était doué par la nature de cette qualité essentielle du chef de guerre et de l'homme d'État : l'autorité.
Celle-ci était aussi l'un des traits du caractère de César. Mais alors que l'ascendant du Romain reposait non seulement sur son génie personnel, mais aussi sur l'organisation et la discipline séculaire des légions, celui de Vercingétorix, tout de prestige et d'éloquence, était instable, car il ne pouvait prendre appui sur la cohue des bandes gauloises.
Le jeune Arverne le savait, c'est pourquoi, s'il se montre parfois intrépide, voire téméraire, sa conduite sera d'affaiblir l'adversaire en faisant le vide dans le pays, en se dérobant aux attaques directes : il eût été imprudent d'affronter en rase campagne les légionnaires romains. Chaque fois que, sous la pression de ses propres troupes, Vercingétorix renoncera à cette tactique, l'événement lui sera fatal : ainsi à Avaricum, ainsi à Dijon, Vercingétorix fut véritablement l'incarnation du patriotisme gaulois.
César revient
Profitant de l'absence de César, il inaugure sa campagne en déclenchant les hostilités en plein hiver, ce qui est contraire à la tradition, et en partageant en trois armées les troupes que lui a fournies la coalition des peuples gaulois. Il va frapper César à trois points vitaux de la puissance romaine en Gaule, dans la Narbonnaise, que les Cadurques ont envahie, sous la direction de Luctère, à Sens où six légions attendent, sur pied de guerre, l'ordre de marcher, et chez les Bituriges, qui ont répondu avec tiédeur à l'appel des Arvernes.
César n'étant pas en Gaule, il faut agir vite, avant qu'il n'ait pu être prévenu de ce qui s'y passe. Malheureusement, le chef senon Drappès, qui avait pour mission d'encercler Sens, n'a pas su empêcher Labienus, le meilleur lieutenant de César, d'envoyer un message à son chef qui se trouve, à ce moment-là, au bord de l'Adriatique, à Ravenne.
Il aurait fallu profiter de son absence pour achever le rassemblement de toutes les forces gauloises - il y a encore des tièdes et des hésitants - et pour écraser les garnisons qui occupent les points principaux du pays. C'est ce qu'a voulu faire Vercingétorix. Il sait que l'absence de César est, pour lui, un grand facteur de succès. Il est prêt à agir promptement mais, si vite qu'il se déplace, il ne connaît pas la rapidité prodigieuse de César, cette endurance quasi surhumaine qui lui permet de couvrir, au galop, presque sans repos, des distances considérables.
Pour tous les deux, la victoire est une question de vitesse. César a confiance dans ses lieutenants, mais il sait bien qu'il est nécessaire en Gaule ; pour Vercingétorix, il faut l'empêcher d'arriver avant que la concentration des troupes ne soit achevée et l'alliance des peuples gaulois totale.
Vercingétorix n'a pas hésité à frapper durement les tièdes et les suspects. Il a usé de l'intimidation et de la terreur, là où la persuasion était inefficace. Il est prêt à conduire cette guerre avec la plus grande cruauté contre ses ennemis, et envers ses soldats aussi dont les défaillances seront punies par des supplices terribles.
Ce qui compte, c'est le résultat. Il n'est pas mauvais que les châtiments soient assez spectaculaires pour frapper l'imagination et Vercingétorix qui, à bien des égards, demeure un barbare, impose à son armée une discipline de fer, qui réussira, dans une certaine mesure, à briser enfin l'anarchie gauloise. Il faut que la peur renforce le zèle et le patriotisme. Et surtout, agir vite, frapper fort et vaincre, avant que César ne soit revenu.
Malheureusement, César, avec une rapidité qui tient du miracle, est déjà là. Il franchit les Alpes à la fin de janvier 52 et la Narbonnaise, à sa vue, revient à l'obédience romaine. Luctère et ses Cadurques battent en retraite. César dédaigne de les poursuivre. Traversant les montagnes du Vivarais, par six pieds de neige, il lance ses légions sur le pays des Arvernes.
C'est frapper en plein cœur Vercingétorix, qui est obligé, alors, de quitter le pays des Hédues qu'il tentait de rallier à sa cause, pour venir défendre sa terre. Tout son plan de campagne se trouve désorganisé.
César, enfin, amène d'Italie des troupes aguerries, des vétérans des guerres d'Asie. Les légions, douées d'une mobilité formidable, suivent sa marche en zigzag qui déconcerte l'adversaire, lequel ne sait plus où le joindre.
Ce serait une imprudence de le poursuivre et une perte de temps. Vercingétorix perdit quelques semaines à assiéger une ville des Boiens, clients des Hédues, Gortona (Sancerre), qui présentait une certaine importance stratégique et que César, pensait-il, convoiterait.
Mais César ne se souciait pas de Gortona ; il laissa les Arvernes guerroyer quelque temps contre les Boiens, jusqu'au jour où, Vercingétorix, appelé par des tâches plus urgentes, finit par abandonner Gortona. De mauvaises nouvelles arrivaient, en effet, du pays des Carnutes où des événements graves se déroulaient.
Les Carnutes avaient été le premier peuple gaulois à donner le signal de la révolte. C'était de chez eux que la guerre sainte était partie ; c'était eux qui avaient accompli le massacre général des Romains de Genabum, César avait donc un compte à régler avec eux. Il quitta Agedincum (Sens) et se dirigea sur Genabum. En route il se heurta à Vellaudunum (près de Montargis), qui ne fit qu'une courte résistance. Il s'empara de Genabum, la pilla et l'incendia, força le passage de la Loire, que personne ne défendait plus dans cette confusion. Il s'enfonça alors en Sologne en direction du pays des Bituriges.
une lutte de vitesse
La situation est critique, car Vercingétorix a eu, peu de semaines auparavant, assez de peine à convaincre les Bituriges de s'allier à lui. Ils l'ont fait sans enthousiasme, pressés par la nécessité et sous la poussée de l'intimidation. Si les Romains les soumettent, maintenant, à une intimidation plus forte, les Bituriges vont lâcher pied.
Vercingétorix n'a plus l'initiative des événements ; c'est César qui le conduit où il veut. Il est contraint à une lutte de vitesse qui, en principe, ne lui est pas défavorable, car la cavalerie gauloise est égale, sinon supérieure, à la cavalerie germanique qui sert d'auxiliaire aux légions romaines. Mais les mouvements imprévus de César le condamnent à des itinéraires déconcertants, en apparence. incohérents, dont le développement est imprévisible, et qui l'empêchent d'organiser lui-même une campagne offensive.
Avant de pouvoir obliger César à accepter la bataille sur un terrain choisi par lui, il est donc contraint à des manœuvres qui lui font perdre du temps, qui désorganisent ses plans. César savait ce qu'il faisait en soumettant ainsi à cette pénible subordination un adversaire jeune, bouillant, plus riche de courage que d'expérience, mais cette jeunesse même sauve Vercingétorix.
Avec une admirable souplesse, Vercingétorix entre dans le jeu de son adversaire ; il accourt chez les Bituriges, mais arrive trop tard pour sauver Noviodunum (Neung-sur-Beuvron), dont l'oppidum vient juste d'être emporté. La lutte en rase campagne avec les armées romaines était donc par trop inégale. Vercingétorix venait de perdre successivement Vellaudunum, Genabum et Noviodunum. Il décida de se dérober à l'ennemi et de brûler le pays, afin de réduire l'adversaire par la famine.
De nombreuses localités du Berry furent ainsi sacrifiées et Vercingétorix réservait un sort semblable à la capitale du pays. Avaricum (Bourges), la plus belle ville des Gaules. Mais les Bituriges implorèrent avec tant d'insistance pour que l'on épargnât leur capitale que, malgré lui, Vercingétorix fut contraint de céder et d'ordonner qu'on défendît la place.
Le siège dura plus d'un mois et fut atroce. Les Gaulois déployèrent des prodiges d'héroïsme qui firent l'admiration de César. mais ils ne purent empêcher la prise de la ville dont la population fut massacrée. L'armée romaine trouva là de riches approvisionnements et ce succès releva le prestige de César.
Marcel Brion, de l'Académie française Historia janvier 1978 ( à suivre)

Vercingétorix ou la gloire des vaincus (fin)

échec à Gergovie
Cette patience, cette prudence, surprenantes de la part d'un jeune Gaulois, sont très caractéristiques du tempérament de Vercingétorix ; elles ont abusé César, qui a cru son adversaire découragé et réduit à l'impuissance. Il s'est vu le maître de la situation, il a pensé qu'il pouvait écraser sans peine une révolte dont les débuts avaient été aussi peu concluants.
Il a divisé ses troupes, afin d'en finir plus vite avec ces rebelles dont il sous-estimait la puissance ; il a confié à Labienus une partie de son armée en le chargeant d'occuper Lutèce, de tenir en respect les Parisiens, d'intimider les Belges et de surveiller le carrefour des routes terrestres et des voies navigables par lesquelles pourrait se faire la concentration des insurgés.
Lui-même, gardant ses meilleures légions, pensa que le meilleur moyen de rétablir l'ordre était de frapper à la tête. Les opérations d'hiver dans le Velay avaient eu pour objet dans son esprit d'intimider les Arvernes. Puisque l'opération n'avait pas réussi, il fallait recommencer mais, cette fois, il portera ses coups au cœur même de la nation rebelle, il s'en prendra à sa capitale : Gergovie, puisque Vercingétorix avait dû battre en retraite jusque-là.
À sept kilomètres environ au sud-ouest de Clermont-Ferrand, se dresse le plateau de Gergovie, d'une superficie d'environ soixante-dix hectares, qui domine de quelque trois cents mètres le pays environnant, position stratégique de première valeur. C'était l'oppidum des Arvernes, leur capitale, lieu de refuge habité surtout pendant la belle saison.
Vercingétorix vint occuper Gergovie. César vint bientôt investir la place ; il remporta d'abord un léger avantage en s'emparant d'une petite hauteur au sud-ouest du plateau. Il y installa un petit camp. qu'il relia à son grand camp par une tranchée. Mais de mauvaises nouvelle lui arrivèrent alors du pays des Hédues : les 10 000 fantassins que ces fidèles alliés lui envoyaient s'étaient débandés à l'instigation d'un de leurs chefs, Litaviccos, partisan de Vercingétorix.
César reprit en main une partie des troupes hédues et fit travailler ses légionnaires aux ouvrages de siège. Les opérations traînaient. Les Romains se fatiguaient de creuser sans cesse des circonvallations. En outre, l'attitude douteuse des Hédues préoccupait César très sérieusement : il songeait à lever le siège, mais résolut auparavant de tenter sa chance.
Il s'aperçut un jour qu'une colline, garnie de troupes les jours précédents, semblait déserte. S'il parvenait à s'en emparer, la forteresse serait bloquée. Vers midi, César ordonna l'assaut, la colline fut emportée. Les Gaulois semblaient se débander, quand Vercingétorix attaqua les Romains de flanc. Après une lutte sans merci, les Romains plièrent et furent rejetés en désordre dans la plaine.
Prudent, Vercingétorix se garda de se lancer follement à la poursuite de César, et rentra dans Gergovie. L'échec de César était indéniable.
l'erreur de Vercingétorix
La victoire de Gergovie eut un énorme retentissement : elle montra que César n'était pas invincible, et décida les peuples qui hésitaient encore à entrer dans la confédération. Les Hédues, eux-mêmes, sous l'instigation de Conviclolitavis, se rallièrent à la cause de l'indépendance.
Cette défection mit César dans une situation fort embarrassante. C'était dans leur pays en effet qu'il avait une grande partie de ses approvisionnements. Sans tarder, les Hédues brûlèrent et ravagèrent leur propre pays sur la rive gauche de la Loire, afin de réduire les Romains par la famine.
César ne se laissa pas troubler par cela. Loin de songer à battre en retraite, il décida au contraire de rejoindre Labienus à Sens ; il réussit à passer la Loire et trouva sur la rive droite des régions plantureuses où son armée put se refaire avant de rencontrer Labienus qui revenait victorieux de Lutèce.
Labienus avait eu en effet pour mission de s'emparer de cette localité. Il se mit en marche avec quatre légions. Le commandement des troupes gauloises dans cette région fut confié à Camulogenos, grand chef de guerre, qui s'établit au confluent de l'Essonne et de la Seine, contrée marécageuse dont on ne pouvait songer à le déloger. Labienus décida alors de passer sur la rive gauche de la Seine ; il franchit le fleuve. Les Gaulois engagèrent la bataille après avoir brûlé Lutèce et rompu les ponts.
Ce fut une terrible mêlée. Les Gaulois semblaient prendre l'avantage, quand ils furent attaqués sur leurs arrières et enveloppés ; tous se firent tuer jusqu'au dernier, y compris Camulogenos. Comme les Bellovaques s'agitaient, Labienus jugea prudent, sur ce succès, de regagner Sens, où César vint peu après le rejoindre.
Après avoir abandonné la cause de César, les Hédues tinrent dans leur capitale Bibracte (Mont Beuvray) une assemblée des Gaules, où Vercingétorix fut, une fois encore, acclamé comme chef suprême.
Vercingétorix organisa aussitôt les opérations. Tous les peuples gaulois durent lui laisser des otages et lever rapidement 15000 cavaliers : les Hédues et leurs chefs fournissaient 10 000 hommes de pied. Avec cette puissante cavalerie, on intercepterait les communications de l'ennemi. Par ailleurs, récoltes, demeures, granges, tout devrait être détruit.
Il fut aussi décidé que Ruthènes et Cadurques iraient ravager les terres des Volques Arécomiques, Cette menace sur la Provincia s'ajoutant à celle de la famine, César se décida à gagner le Sud.
Il partit par le pays de ses alliés Lingons. À quelques lieues de lui, Vercingétorix surveillait et harcelait sa marche. Le chef gaulois commit alors la lourde erreur d'engager le combat contre les dix légions de César. Vercingétorix avait trop confiance dans la puissance de sa cavalerie et il ignorait que César avait reçu des renforts importants de cavaliers germains ; il fit trois corps de sa cavalerie, l'un devant barrer la route à César et les deux autres l'attaquer de flanc.
L'engagement eut lieu près de Dijon. César, averti à temps, avait réparti ses troupes en trois puissants carrés, contre lesquels se brisa l'attaque de la cavalerie gauloise ; prise de flanc alors par une charge des cavaliers germains, celle-ci se débanda.
Privée ainsi de ses meilleurs éléments, l'armée de Vercingétorix battit en retraite vers Alésia (l'actuelle Alise-Sainte-Reine, sur le mont Auxois, en Côte-d'Or), César se mit à sa poursuite. Les Gaulois se réfugièrent dans Alésia.
Alésia était une vieille cité gauloise, possédant un sanctuaire renommé ; c'était à la fois une capitale, un lieu de pèlerinage et, par surcroît, une place forte facile à défendre. Au mois d'août 52 avant Jésus-Christ, Vercingétorix s'y enferma.
Il avait amené dans la ville toute sa cavalerie, en même temps que son infanterie, avec des réserves de fourrage insuffisantes; et, pour ses hommes, très nombreux, trop nombreux, il n'avait qu'un mois de vivres ; c'était, pensait-il, plus qu'il ne lui en fallait pour attendre le grand rassemblement de la levée en masse qu'il avait ordonnée.
enfermés dans Alésia
La place était trop forte pour être enlevée d'assaut. César ne renouvela donc point son erreur de Gergovie. Après avoir établi plusieurs camps autour d'Alésia, il en commença le blocus. Le soldat romain était un infatigable terrassier. Utilisant les inégalités du terrain, profitant du moindre accident qui peut nuire aux Gaulois, César fait construire par ses soldats une formidable ceinture de remparts, qui, enferme Alésia dans un cercle de terre, de palissades, de fossés et de tours littéralement infranchissables.
Vercingétorix essaya de briser l'investissement avant qu'il fût complet ; il tenta une sortie qui tournait à son avantage, quand César fit donner la cavalerie germaine qui, une fois encore, dispersa la gauloise. Vercingétorix décida alors de se séparer de sa cavalerie devenue inutile, et de l'envoyer rejoindre et renforcer l'armée de secours qui se formait. Il la fit partir nuitamment, mais commit l'erreur de ne pas l'accompagner et de s'enfermer dans Alésia avec les défenseurs.
Informé qu'une armée de secours allait le prendre de dos, César, pour se prémunir contre l'attaque qui viendrait de l'extérieur, doubla ses fortifications d'un second système de défenses, long de vingt et un kilomètres, alors que l'autre, concentrique à celui-ci, n'en avait que quinze. Des fossés larges de six mètres et profonds de trois, alternent avec des levées de terre, hérissées de palissades, le terrain intermédiaire étant semé de pièges, de pieux dissimulés sous les branchages, de puits et de pointes de fer, qui rendent toute attaque très périlleuse.
La troupe la plus courageuse et la mieux armée ne peut que se briser sur de pareils remparts sans parvenir même à les entamer. Cela fait, il suffisait d'attendre que le temps fît son œuvre qui compléterait celle des terrassiers.
C'est au mois d'août que les Gaulois s'étaient enfermés dans Alésia. Au début du mois de septembre, ils n'avaient presque plus rien à manger. La chaleur, l'entassement des troupes dans une petite ville, déjà remplie par ses habitants, le manque de vivres et d'eau, développèrent des épidémies.
Un jour, il fallut expulser les bouches inutiles, et l'on repoussa, hors des murs, la foule des femmes, des vieillards, des enfants, qui moururent de faim sous les yeux de leurs compatriotes, car César avait refusé de les laisser passer.
Les conditions matérielles et morales du siège usaient la force des soldats, auxquels on avait réservé tous les aliments encore disponibles, et qui, pourtant, souffraient de la faim.
L'armée de secours parut enfin. Elle se heurta aux circonvallations romaines et tenta vainement, pendant deux jours, de les forcer. Les assiégés, de leur côté, harcelaient l'ennemi.
Apprenant qu'une partie des défenses romaines du côté Nord étaient plus vulnérables, les Gaulois de l'armée de secours décidèrent de porter là leur effort principal. Ils comblèrent le fossé et commencèrent l'escalade des remparts.
Accablés par cette attaque massive, les légionnaires romains étaient à bout de forces. César leur expédia plusieurs cohortes de renfort aux ordres de Labienus.
De leur côté, les assiégés combattent avec rage, ils délogent les Romains de certaines défenses, ouvrent une brèche dans les palissades.
des illusions généreuses
En ces moments décisifs, le génie de César sauva la situation des Romains, qui devenait tragique. Après avoir, en personne, refoulé les assiégés, il vola au secours de Labienus qui, ayant appelé des troupes fraîches des postes non attaqués, se préparait à la contre-offensive.
L'armée de secours de Vercingétorix fut battue; ce que voyant, les assiégés regagnèrent Alésia, tandis que se débandaient les restes des troupes de secours : de cette belle armée sur laquelle Vercingétorix comptait tant, il ne restait plus que quelques escadrons qui s'enfuyaient en désordre.
Vercingétorix pensa qu'on pouvait encore sauver la situation. Il fit taire sa fierté et, le lendemain, offrit à César de capituler et lui demanda à quel prix.
Le Romain répondit qu'il laisserait la vie sauve aux soldats à condition que les chefs lui soient remis. Les Gaulois devaient, en outre, abandonner toutes leurs armes.
Livrer les chefs, c'était sacrifier tous les espoirs d'une résistance future ; rendre les armes, c'était se condamner à l'impuissance. Plutôt que d'accepter ces conditions désastreuses pour le pays, Vercingétorix choisit une solution qui, dans son âme généreuse, lui paraissait la plus noble et la plus politique, il se livrerait lui-même, et, lui mort, la guerre continuerait.
Dans son esprit, le geste qu'il va faire a une portée profondément religieuse et nationale. La défaite qu'il a subie prouve que les dieux sont mécontents; en leur offrant une victime, il apaisera leur colère et attirera leur bienveillance sur la Gaule. En même temps, il désarmera César dont il croit l'âme aussi noble que la sienne ; comment le général romain ne se contenterait-il pas d'une victime, alors que les dieux n'en demandent pas davantage ?
Ces calculs montrent combien Vercingétorix connaissait mal les Romains, et les illusions qu'il avait aussi sur ses compatriotes. Il ne savait pas qu'il était le seul ciment de la résistance gauloise et que, lui disparu, la Gaule s'effondrerait. Il s'imaginait que son sacrifice galvaniserait son peuple, alors qu'en réalité, une fois la tête abattue, la révolte gauloise s'éteindrait passivement.
l'attente de la mort
Avant de se décider à se rendre aux Romains, il réunit les défenseurs d'Alésia et leur expliqua le sens et la portée de l'acte qu'il allait accomplir, puis il prit congé d'eux et, au matin, couvert de sa plus belle armure, monté sur son cheval, il quitta Alésia et galopa jusqu'aux fortifications romaines. Là, il demanda à être conduit auprès de César.
Le général romain était assis sur son siège quand Vercingétorix parut, à cheval, devant lui. Il le considéra d'un œil froid, tandis que le jeune Arverne jetait aux pieds du vainqueur ses armes et son bouclier et, descendu de cheval venait s'agenouiller devant lui (septembre 52).
Sans doute, Vercingétorix espérait-il qu'on allait immoler immédiatement la victime expiatoire. César lui fit attendre la mort qu'il réclamait. Pendant six années il vécut en prison, avant d'être traîné derrière le char du vainqueur, exposé aux injures de la foule, et finalement étranglé dans le temple de Jupiter Capitolin (fin juin 46).
Tous les espoirs d'indépendance gauloise étaient tombés en même temps que Vercingétorix. César ne massacra pas les défenseurs d'Alésia, mais il les réduisit en esclavage et les distribua à ses soldats. Il acheva de soumettre les divers foyers d'insurrection qui brûlaient encore au fond des provinces.
La Gaule ne devait plus se relever. La campagne des années 53-52, où César avait écrasé lé soulèvement général des peuples, avait eu raison de tous les désirs d'indépendance.
Marcel Brion, de l'Académie française Historia janvier 1978