mercredi 3 septembre 2014

C’était un 3 septembre… 1792 : massacre maçonnique de la princesse de Lamballe

[Un texte tiré de la revue L'Héritage, via T. de Chassey]
Parlant des Francs-Maçons et de leurs forfaits, dans son admirable encyclique Humanum Genus, le Pape Léon XIII a écrit ces lignes : « Il n’est pas rare que la peine du dernier supplice soit infligée à ceux d’entre eux qui sont convaincus, soit d’avoir livré la discipline secrète de la Société, soit d’avoir résisté aux ordres des chefs ; et cela se pratique avec une telle dextérité que, la plupart du temps, l’exécuteur de ces sentences de mort échappe à la justice établie pour veiller sur les crimes et pour en tirer vengeance. »
Rien n’est plus vrai, en effet.
La Franc-Maçonnerie profite de toutes les circonstances pour frapper ceux dont elle a décidé la mort.
Quand ses victimes sont des personnages en vue, elle prend, d’ordinaire, ses mesures pour que l’assassinat soit mis sur le compte des passions politiques ; ainsi elle opéra surtout pendant la Révolution. Par exemple, il est certain que plusieurs meurtres essentiellement maçonniques furent commis à Paris, à la faveur des horribles massacres de septembre.
Citons le cas de la princesse de Lamballe.
Cette infortunée princesse, qui fut – personne ne l’ignore – l’amie dévouée de la reine Marie-Antoinette, avait eu la faiblesse, en 1777, de se laisser affilier à la Franc-Maçonnerie, dont elle ne soupçonnait pas les tendances.
Le but de la secte était, à cette époque, d’accaparer quelques personnes de la Cour, surtout celles admises dans l’intimité des souverains. La princesse aimait les fêtes ; on la prit par son faible.

Nouveau revers pour les évolutionnistes

Les darwinistes, c’est à dire les partisans de la « théorie de l’évolution » présentaient le crâne de « l’enfant de Taung » comme une preuve de l’existence d’espèces intermédiaires entre le singe et l’homme (qui présenteraient des caractéristiques des deux espèces), les fameux chaînons manquants.
Des chercheurs d’une université sud-africaine viennent de démontrer que le crâne de « l’enfant de Taung » n’a rien d’humain.
Trouvé sur lapresse.ca : « Ce fossile est important historiquement et scientifiquement car il est le premier et le meilleur exemple de l’évolution du cerveau d’un des premiers hominidés, australopithèques africanus, découvert en 1924 par le paléontologue australien Raymond Dart et objet de nombreuses controverses.
Les chercheurs de l’Université Wits en Afrique du Sud ont soumis le crâne partiel au scanner CT (tomodensitomètre) à haute définition. Et les résultats jettent un sérieux doute sur des théories avancées jusqu’alors selon lesquelles ce fossile montre des adaptations crâniennes clé dans la région préfrontale du cerveau, que l’on constate aussi chez les nouveau-nés et jeunes enfants humains modernes.»

Passé Présent N°22

mardi 2 septembre 2014

Ernst Jünger, un anarchiste conservateur droit dans ses bottes

Par Emmanuel Hecht
On croyait connaître l'écrivain inspiré, le soldat héroïque, le voyageur impénitent, l'entomologiste passionné... Sous la tenue et la retenue du seigneur des lettres allemandes, une belle biographie révèle les tourments d'un homme blessé.  
Deux photos peuvent résumer une vie. La première, prise à la fin de la Première Guerre mondiale, dévoile un officier arborant l'ordre Pour le mérite, la plus haute décoration militaire allemande, créée par Frédéric II. Le jeune homme, "pas très grand, mince, se tenant bien droit, visage étroit comme coupé au couteau", sera le dernier à la porter, puisqu'il meurt à près de 103 ans, en 1998. Son nom : Ernst Jünger, guerrier exceptionnel, grand écrivain, collectionneur d'insectes facétieux, voyageur au coeur aventureux.  
Sur le second cliché, il est âgé de près de 90 ans, aux côtés d'un autre individu de taille modeste, François Mitterrand, président de la République française, et du chancelier allemand Helmut Kohl, "le géant noir du Palatinat". Les trois hommes célèbrent la réconciliation franco-allemande, à Verdun, le 22 septembre 1984.  
Quel homme incarne mieux le XXe siècle qu'Ernst Jünger, héros de Grande Guerre et symbole de l'Europe nouvelle et pacifiée ? Ernst Jünger. Dans les tempêtes du siècle, c'est précisément le titre de la biographie que lui consacre Julien Hervier, meilleur spécialiste français de l'auteur d'Orages d'acier. 
Quelque chose chez Jünger ne passe pas, en France : cette rigidité, cette maîtrise, qui fait prendre cet Allemand de tradition catholique (mais athée), aux origines paysannes et ouvrières, pour l'archétype de l'aristocrate prussien protestant, le junker. Sans doute y a-t-il méprise. 
"Une dure et froide sincérité, une sobre et sévère objectivité"
Selon Ernst Niekisch, instituteur marxiste et chef de file du "nationalbolchevisme" - l'un des multiples courants rouge-brun qui saperont la république de Weimar -, familier de l'appartement-salon berlinois de Jünger, où se côtoient artistes fauchés, demi-soldes aux abois et aventuriers en tout genre, "sa distinction ne repose pas sur un privilège social, mais directement sur le contenu intime de son être : il fait partie de ces rares hommes qui sont absolument incapables de bassesse. Celui qui pénètre dans la sphère où il vit entre en contact avec une dure et froide sincérité, une sobre et sévère objectivité, et surtout, un modèle d'intégrité humaine." 
Pour son biographe, Jünger est d'abord victime de sa monomanie : "l'obsession de la tenue", qu'il s'agisse de posture, maintien, aspect, fermeté, dignité, "surmoi", fruit d'une "anthropologie personnelle" élaborée pendant la Grande Guerre au contact du genre humain. Car le jeune soldat de 1914, nostalgique "de l'inhabituel, du grand péril", saisi par la guerre "comme [par] une ivresse", adoptant un flegme fataliste à l'épreuve du feu, vieillit d'un siècle en quatre ans et quatorze blessures, comme l'illustrent ses Carnets de guerre 1914-1918, qui viennent d'être traduits. Et y perd ses illusions.  
"Là où un homme est monté jusqu'à la marche presque divine de la perfection, celle du sacrifice désintéressé où l'on accepte de mourir pour un idéal, on en trouve un autre pour fouiller avec cupidité les poches d'un cadavre à peine refroidi." La vieille chevalerie est morte, la guerre moderne est menée par des techniciens et la transgression est au coin de la rue. Lors de son bref séjour sur le front, dans le Caucase, en 1942, apprenant par la rumeur les exactions de la Wehrmacht contre les civils, "la Shoah par balles", il est "pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont [il a] tant aimé l'éclat ". 
Le "junker", soldat héroïque d'un autre temps, était-il finalement modelé pour la guerre? "Lorsque je me place devant mes soldats [...] je constate que j'ai tendance à m'écarter de l'axe du groupe; c'est là un trait qui dénote l'observateur, la prédominance de dispositions contemplatives." L'aveu. Le guerrier se rêve hors de la ligne de mire et du champ de bataille. On le lui reprochera suffisamment.  
Pourquoi ne s'engage-t-il pas aux côtés des officiers instigateurs du complot du 20 juillet 1944 contre Hitler, alors qu'il est en plein accord avec eux ? Parce qu'il réprouve les actes terroristes. C'est au nom du même principe, que, militant nationaliste, il refuse, en 1922, de se joindre au corps franc qui assassine le ministre des Affaires étrangères, Walther Rathenau. Question de tenue. Jamais la fin ne justifie les moyens. Il le dira noir sur blanc aux nazis qui multiplient les appels du pied : "Ce n'est pas [...] une caractéristique majeure du nationaliste que d'avoir déjà dévoré trois juifs au petit déjeuner." 
Hitler et Brecht pour anges gardiens
Jünger est sans doute le seul homme à avoir été protégé à la fois par Adolf Hitler, lorsque les nazis veulent liquider cet "officier méprisant", et par Bertolt Brecht, quand ses camarades communistes veulent en finir avec ce "produit de la réaction". Qui peut bien être ce diable d'homme protégé par de tels anges gardiens? Un de ses biographes allemands l'a qualifié d'"anarchiste conservateur".  
Jünger est à fois un homme d'ordre et en rupture de ban. Lorsque, à peine âgé de 16 ans, il s'engage dans la Légion étrangère, c'est pour déserter à Sidi Bel Abbes et emboîter le pas de Rimbaud dans de nouveaux Jeux africains. Lorsque, après la guerre, il expérimente les drogues - auxquelles, blessé à la tête, il a goûté, dès 1918 - auprès d'Albert Hofmann, l'inventeur du LSD, c'est sous contrôle médical. 
Au fond, Jünger-le-corseté déteste la politique, les organisations et la technique. Il abhorre le nihilisme des nazis et celui de Céline, dont il dresse un portrait accablant dans ses Journaux parisiens. Pour venir à bout du Mal, il mise sur la liberté - celle du hors-la-loi scandinave du Traité du rebelle -, sur Eros (l'amour est l'adversaire du Léviathan) et la création artistique. 
Lors des terribles ébranlements politiques dont il est témoin, Jünger ressent "une grande sensibilité sismographique", mais il ne se départit pas de son rôle de spectateur. Depuis l'enfance, il se réfugie dans les livres et la nature. Le sentiment, alors éprouvé, que "la lecture est un délit, un vol commis contre la société" ne l'a jamais quitté.  
Il lit partout et par tous les temps. Sous les déluges d'obus, "alors qu'avec effroi tu penses que ton intelligence, tes capacités intellectuelles et physiques sont devenues quelque chose d'insignifiant et de risible", il avale les grands Russes, Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, et les Aphorismes sur la sagesse dans la vie, de Schopenhauer.  
Sa passion pour les insectes, métamorphosée au fil du temps et des désillusions en entomologie, leur étude scientifique, nourrit ses Chasses subtiles. Les cicindèles, sous-groupe des coléoptères, ont sa préférence. L'une de ces créatures porte d'ailleurs son nom : Cicindela juengerella juengerorum. 
Ecologiste avant l'heure, il balance entre action et contemplation
A partir des années 1950, il parcourt la planète, attentif aux bonnes nouvelles - fécondité inépuisable du monde naturel, pertinence des techniques primitives - comme aux mauvaises : dégâts du tourisme de masse, suprématie du béton, règne bruyant des moteurs. Les réflexions de cet écologiste avant l'heure - les Verts allemands le détestent - alimentent les cinq tomes de Soixante-dix s'efface, son oeuvre ultime. 
Et si, finalement, la clef de cet homme balançant entre action et contemplation se logeait dans son combat contre la dépression - aux pires heures de l'Allemagne, à la mort, en uniforme, de son fils aîné, en 1944 à Carrare, et après guerre, à la suite du suicide du cadet - et contre une Sehnsucht insondable ? Son éditeur Michael Klett en émet l'hypothèse à l'enterrement de l'écrivain. "Lors de coups d'ailes plus légers de l'ange de la Mélancolie, ajoute-t-il, il se plongeait dans la contemplation d'une fleur, s'épuisait en d'interminables promenades ou s'imposait un emploi du temps rigide quasi digne d'un ordre mystique." Ainsi était Ernst Jünger. Mais il n'en a jamais rien dit. Question de tenue. 
Ernst Jünger. Dans les tempêtes du siècle, par Julien Hervier. Fayard, 540 p., 26 €. 
Carnets de guerre 1914-1918, par Ernst Jünger. Trad. de l'allemand par Julien Hervier. Bourgois, 576 p., 24 €. 

Cao Bang, les soldats sacrifiés d'Indochine

La laïcité de la république

Maurras et Maistre nous le rappellent : les "hussards noirs" sont aussi des prêtres. Mais leur religion est-elle tout aussi française ?
La neutralité est un mensonge. Il n’y a point d’État sans doctrine d’État. L’État républicain, né des doctrines de la maçonnerie révolutionnaire, n’a plus voulu de l’enseignement des prêtres catholiques dont la France est née et a vécu, elle n’a pu se dérober à la nécessité antique exprimée par Joseph de Maistre : « Tous les peuples de l’univers ont confié les jeunes gens aux prêtres. Comment le bon sens éternel du genre humain aurait-il pu se tromper ? »
Arrachée au prêtre, l’école a du être confiée à un autre prêtre sorti d’un séminaire de nouveaux prêtres, mis à part de la vie intellectuelle commune, sujet d’un dogme et d’une foi. Différence : la foi catholique était déjà professée par l’immense majorité des Français, le maçonnisme n’étant le partage que de quelques dizaines de milliers de militants ou de comitards, était une foi nouvelle qu’il restait à enseigner et à répandre. Le succès partiel de cette propagande marque un des plus grands reculs de l’esprit humain, mais démontre aussi le caractère nullement neutre, mais religieux, ecclésiastique et confessionnel, de cette entreprise.
Charles MaurrasSans la muraille des cyprès... 1941, J. Gibert, Arles-sur-Rhône
Ce texte limpide et très riche comme tous les textes politiques de Maurras tire de l’analyse de l’histoire un enseignement pour son temps tellement essentiel qu’il touche encore le nôtre. La laïcité est d’actualité. Elle prétend aujourd’hui se montrer sereine, tolérante, "positive". Elle voudrait s’acheter une conduite afin de passer pour une vertu. On l’a vu chez M. Sarkozy devant un souverain pontife qui ne s’en est pas laissé conter.
Où est le Maurras antichrétien ?
Ce texte est important pour connaître les convictions de Maurras concernant le catholicisme. Sans la muraille des cyprès, livre dédié « à mon premier et dernier maître, à l’ami de toujours, Monseigneur Penon évêque et citoyen », contient beaucoup de réflexions sur la métaphysique, sur la religion. Maurras antichrétien est une caricature due à la malveillance ou à l’ignorance.
L’auteur dénonce la guerre menée contre l’éducation religieuse traditionnelle (« arrachée au prêtre »). Après avoir montré, en s’appuyant sur Joseph de Maistre, que la formation de la jeunesse à toujours été confiée aux prêtres, quelle que fût la religion de la société, il parle, sans les nommer, des « hussards noirs de la République », les instituteurs chargés depuis Jules Ferry de déchristianiser la jeunesse de notre pays, Il nous montre que tout enseignement est religieux parce que toute société s’appuie, comme disait Auguste Comte, sur un « pouvoir spirituel ». Pour Dieu ou contre Dieu. Catholique ou maçonnique en France.
Maurras insiste dans les dernières lignes sur l’aspect religieux de la démocratie française (« caractère religieux, ecclésiastique et confessionnel » de la République française).
Miroir aux alouettes
Il faut en déduire que le ralliement à la République n’est qu’une illusion, l’illusion des conservateurs. Ils acceptent d’entrer dans le jeu d’un système qui postule leur disparition car la République française est anticatholique par essence parce que son origine maçonnique l’oppose à l’Ordre et que le catholicisme est « l’Eglise de l’Ordre » comme le dit Maurras dans la seconde partie de la dédicace de son livre à Mgr Penon. Alors, les bonnes élections ? Un miroir aux alouettes.
Gérard Baudin L’Action Française 2000 du 16 octobre au 5 novembre 2008

La nation est un corps vivant, ordonné, hiérarchiquement construit et non le résultat d’un « contrat »


La bonne vie des Etats ne peut consister dans la mise en tas des ressources hétéroclites et d’individus désencadrés. Le bon sens dit qu’il faut un rapprochement organique et un engrènement hiérarchisé de proche en proche, par des groupes d’abord homogènes, puis différant peu à peu les uns des autres et se distinguant par degrés ; ils s’accordent entre eux sur des points bien déterminés, mais pas importants, chaque petite société étant au contraire tenue pour originale, libre et maîtresse, disposant de l’essentiel de ses fonctions individuelles, au maximum et à l’optimum de la force, se définissant par des actes, des modalités, des mœurs marquées du seing personnel. Ces actes, ces œuvres, ces produits sont obtenus purs, nets, d’une qualité qui n’appartient qu’à eux, au rebours des fabrications en série et en cohue qui naissent de Cosmopolis. Ces collectivités, graduées forment une nation. 
Charles Maurras, Votre bel aujourd’hui

Julien Hervier - Ernst Jünger, dans les tempêtes du siècle

lundi 1 septembre 2014

Stonehenge : la découverte qui bouleverse toutes les hypothèses sur le mystère de l’origine du monument mythique

Une équipe de chercheurs autrichiens et britanniques a récemment publié les conclusions d'une étude menée sur le célèbre site de Stonehenge, en Angleterre. Le lieu aurait ainsi été habité par l'homme dès 8820 av. J-C.
C'est l'un des plus anciens mystères de la planète : à quoi servait le temple de Stonehenge, vestige préhistorique du sud de l'Angleterre ? Les scientifiques ont réalisé des progrès considérables ces dernières années pour parvenir à décoder ses secrets, mais un pas conséquent semble toutefois avoir été récemment accompli.
D'après les conclusions d'une étude menée par des chercheurs britanniques et autrichiens publiées mercredi 27 août, la zone dans laquelle se trouvent ces célèbres "pierres suspendues" abrite également plusieurs monuments néolithiques souvent méconnus, enterrés juste en-dessous de la surface du sol. Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques ont utilisé un radar et un laser 3D permettant de sonder le sous-sol sans avoir à creuser, évitant ainsi d'altérer les lieux. Ils ont alors réalisé que le site, initialement daté à 1848 av.
J-C grâce au carbone 14, aurait en fait accueilli une activité humaine en 8822 av. J-C...
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Le monde selon Karl Marx

Sociologue, philosophe, historien et journaliste, Karl Marx se considérait d’abord comme un économiste lors de l’écriture du Capital (1867-1894), son œuvre la plus marquante bien qu’inachevée. Bourgeois allemand, contemporain des « jeunes hégéliens », du Printemps des peuples, du socialisme utopique et de la Commune de Paris, il est l’auteur de Sur la Question Juive (1844), de Les Luttes de classes en France (1850), Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Critique du programme de Gotha (1875).
Penseur prolifique, ayant étudié l’Allemagne et la France, sa trajectoire intellectuelle est sans l’ombre d’un doute l’une de celle ayant le plus influencé l’humanité. Hâtivement, il est associé aujourd’hui au communisme totalitaire soviétique, chinois ou encore chilien, trois pays qui ne furent pas en proie à l’industrialisation. Cependant, aurait-t-il cédé à l’idolâtrie d’un régime se réclamant de lui ? L’anticonformiste, le libre-penseur qu’il fut laisse supposer qu’il ne se serait pas laisser aller à un tel exercice. Étudions ensemble, avec sincérité, la lutte idéologique anti-capitaliste de Karl Marx, puis dans quelle mesure nous pouvons en partie la faire notre.
Le rejet du profit
Karl Marx est d’abord l’homme qui s’inscrivit dans l’opposition au socialisme utopique. Proudhon fut le père de Philosophie de la misère, à qui Marx répliqua par Misère de la philosophie. Ayant rompu avec Hegel, pour qui il n’y a pas de réalités mais seulement des représentations, il affirme à l’inverse : c’est la réalité qui précède l’idée. Proche de Engels, il est hostile aux socialistes bourgeois qui ne remettent pas en cause la question essentielle à ses yeux, la question matérielle, qui est celle de la propriété. En réalité, pour lui, ils ne font que se donner bonne conscience en prônant l’idéal, sans jamais remettre en cause l’existence du système capitaliste.
Aussi, Marx parle non pas de vol – l’ouvrier étant payé la plupart du temps à la hauteur de sa tâche sur le marché du travail –, mais d’exploitation : la force de travail crée plus de marchandises qu’elle n’en a, supplément que le patronat obtient sous forme de plus-value, fruit du sur-travail effectué. En résumé, une marchandise doit son prix à ses matières premières et au salaire de l’ouvrier qui a travaillé dessus, mais aussi au capitaliste qui s’accapare ainsi le travail d’autrui. Ce prélèvement lui apparaît des plus illégitimes. Marx est ainsi dans la lignée de « l’opposition aux économistes sur la base de la théorie Ricardienne ».
Mais précisément, comment concevoir une activité économique dans laquelle nul n’a d’intérêt à fonder une entreprise ? Au nom de quoi diriger une production si celle-ci ne rapporte pas ? Il nous semble que le problème est d’avantage celui de l’augmentation démesurée et assassine de la plus-value. Non de l’existence du marché lui-même.
Marx, tombant contre son gré dans l’utopisme qu’il dénonçait, conçut une société égalitaire où chacun travaillerait selon ses besoins. Mais comme l’a montré brillamment Raymond Aron dans son monument Les Étapes de la pensée sociologiques, dans tout système économique, une organisation de la production est nécessaire. Les marxistes énumèrent le modèle esclavagiste, servile, capitaliste et asiatique. Ce dernier étant hyper-centralisé, la propriété est dans une seule main. À l’aube de l’URSS, Lénine a craint avec raison que l’on ne se dirige vers celui-ci plutôt que vers le communisme idéalisé par Marx. On ne s’est donc pas dirigé en terre communiste – comme il l’avait prophétisé – vers la mort de l’État, mais vers sa toute puissance. Vers une dictature bureaucratique au nom des travailleurs. Au contraire, l’ultra-libéralisme tend peu à peu à nier les États. Là est le paradoxe de toute la pensée marxiste. Sa « fin de l’Histoire » n’a pas lieu.
L’État et la religion
Le mérite de l’intellectuel allemand fut d’observer, froidement, matériellement, les rapports de force entre les entités sociales. En sa typologie, l’État et la religion font partie de la superstructure qui légitime la structure capitaliste, autrement dit la propriété et la répartition des revenus. Voyons à présent en quoi pareille vision nous semble faussée. À ce niveau là, notre analyse est totalement discordante.
Concernant l’État, il est au contraire un contrepoids majeur contre le capitalisme sauvage. Celui-ci abouti, il ne connaît ni frontières ni lois. Il marche de ville en ville tel Gargantua cherchant sur le globe les travailleurs les plus pauvres pour assouvir ses « besoins ». Le sans-frontiérisme, le mal de ce XXIe siècle, est bel et bien la consécration de la victoire du capitalisme. Aujourd’hui, l’ogre ne s’appuie pas sur l’État, bien au contraire. il le démantèle car il entrave un profit augmenté (quasiment) sans limite. Il dépouille les nations de perspectives économiques sans aucun scrupule. Il est désormais prêt à l’assigner en justice, bafouant de fait la volonté du peuple (voir TTCA). Le patronat internationaliste ne connaît ni patrie ni compromission, il ne se concentre que sur le travail abstrait, quantifiable. Qu’il soit effectué ici ou là-bas, par l’un ou par l’autre, cela lui est égal. Et à la limite, ce qu’on y produit lui est tout aussi égal. L’État permet dans une économie de marché de défendre les intérêts d’une population. Louons Jean Jaurès pour avoir affirmé : « la nation est le seul bien des pauvres. » Il est une réponse à opposer à ce fanatisme du libre-échange dérégulé.
Venons en à la religion. L’« opium du peuple » serait l’allié objectif du Grand Capital en endormant fatalement les consciences. Il prône l’« émancipation humaine universelle ». À ceux qui avancent une telle chose, on se doit de répondre que la foi libère. Elle tisse le lien entre soi et autrui, entre soi et les anciens. Elle libère des passions égoïstes, de la dictature des plaisirs, offre d’autres aspirations que la simple avidité et l’amour monomaniaque de la toute dernière marchandise à la mode. Si c’est un « opium », c’est un opium salvateur. Sans un père, un être supérieur, on se laisse aller au grand n’importe quoi, au grand bonheur du capitalisme. On doit regretter a contrario le « désenchantement du monde », tel que l’a nommé Max Weber. La religion est un culte de la vie face à la pulsion de mort qu’incarne le capitalisme, préférant le travail mort sur le travail vivant. En particulier, l’éthique chrétienne a lutté pendant ses années de prospérité contre la pratique de l’intérêt outrancier et a organisé une politique sociale d’aide aux plus démunis.
C’est pour cela que seuls les Juifs au Moyen Âge possédaient les banques, leur éthique ne s’y opposant pas. Mais celle-ci juge blasphématoire la substitution de Dieu par l’argent, bien que l’argent soit un moyen d’adorer Dieu. Le Talmud contient le soucis du juste prix. Pour le protestantisme, il a pour fonction sociale le maintien de circuit court et la pratique de la charité, bien que quelque peu démagogique. Autant dire que la religion œuvre en faveur de tous les délaissés de la société : elle ne saurait abandonner ses fidèles en un système inique. La logique capitaliste l’attaque, n’ayant aucune notion du sacré : elle défigure peu à peu les paysages traditionnels, jusqu’à l’uniformisation, prend en charge l’ensemble de la vie, de la conception aux sacrements. Jusqu’à créer des villes-mondes, un modèle universel niant les spécificités des peuples. Reprenons ainsi la plainte du regretté Bernanos : « Je plains ceux qui ne sentent pas jusqu’à l’angoisse, jusqu’à la sensation du désespoir, la solitude croissante de leur race. L’activité bestiale dont l’Amérique nous fournit le modèle, et qui tend déjà si grossièrement à uniformiser les mœurs, aura pour conséquence dernière de tenir chaque génération en haleine au point de rendre impossible toute espèce de tradition. » Une espèce d’homme sans convictions qui régale le capitalisme.
« D’où parles-tu ? »
Vindicte marxiste, ôtant l’objectivité supposée du contradicteur, elle peut servir à démontrer que celui-ci a un intérêt à défendre une pensée. Confronté à des économistes libéraux – qu’il nommait « économistes vulgaires » – avocats des grands patrons, prônant la possibilité de baisse des salaires, en un mot d’avantage de flexibilité, il mit en avant leur hypocrisie. Les Mill, Malthus, Say et autres ne posaient jamais la question essentielle de la « répartition des revenus », ou du moins n’y répondaient jamais en mettant en avant le mécanisme réel de la formation d’inégalités sociales. Ils disaient des choses sans démonstrations valables, comme par exemple : « toute offre crée sa propre demande » (loi de Say), qui a pour postulat que l’épargne est un choix, celui de consommer à l’avenir. Tout phénomène de surproduction générale serait impossible. Mais justement, Marx et plus tard Keynes ont souligné la fausseté de cette formule. Elle se base sur une mauvaise conception de la monnaie, uniquement comme valeur d’échange et non tout aussi comme réserve de valeur, le troisième élément de la définition aristotélicienne. La monnaie peut être gardée pour elle-même, car elle est un instrument de pouvoir, pouvoir d’achat que l’on distingue du vouloir d’achat. Nous ne sommes pas à notre ère exempts de pareilles erreurs de perspectives.
Par les temps qui courent, ne peut-on pas développer un raisonnement analogue concernant ces mêmes « économistes » à qui l’on ouvre de nombreux plateaux et journaux pour vanter l’euro ou pour déclarer que l’on doit travailler plus pour payer la dette, concernant les artistes qui déplorent le vote populaire qui ne leur correspond pas, concernant les journalistes qui écrivent en reprenant l’idéologie du système qui les emploie ? Ils sont ces gens qui vantent la diversité tout en mettant leurs enfants dans les écoles les plus ethniquement et culturellement homogènes, qui profitent de la préférence nationale mais crient à la bête noire quand on discute de la pratiquer en faveur des petites gens, qui vantent l’euro mais qui sont à l’abri de la totalité de ses conséquences, achetant à foison durant les voyages. Ils parlent au nom de la mondialisation rose, bienheureuse, qu’une portion de la population connaît par ses privilèges.
Si la dichotomie bourgeois/prolétaire de la pensée marxiste et son déterminisme mérite nuances, la vision de classe est une bonne arme pour dénoncer l’hypocrisie des plus grands moralistes de notre ère.
L’armée de réserve
Autre concept qui nous semble pertinent est celui d’armée de réserve du capitalisme. La surpopulation satisfait l’intérêt de la bourgeoisie, car cela lui permet de maintenir des salaires plus faibles, se garantissant une demande forte constante. Ainsi les salaires ne grandissent pas ou peu alors que la productivité grimpe. Pour toujours plus d’aliénation au travail en outre.
Le capitalisme, afin de réviser les salaires par le bas, utilise l’immigration, le travail féminin et (anciennement ?) les enfants pour utiliser la concurrence en défaveur du prolétaire. Dans la mesure où Marx combattait le capitalisme, il souhaitait abattre ce processus. Comme nous actons la non-destruction du capitalisme, nous voulons l’atrophier et faire avec ses lois : nous pensons notamment qu’il relève du délire absolu d’accueillir l’immigration des Trente Glorieuses en période de creux économique, et d’ouvrir les frontières économiques qui permettent de quérir une armée toujours plus grande pour le grand Capital, qui a au fond un certain intérêt à la crise.
Conclusion
Le parti communiste d’aujourd’hui a remplacé l’ouvrier par l’immigré en œuvrant toujours contre l’assimilation. Georges Marchais ne s’adonnait pas à pareil exercice lorsqu’il en avait la direction (jusqu’en 1994), lui qui a défendu les travailleurs en vitupérant contre l’immigration et le non-respect de la laïcité. Par ailleurs, on peut douter que Marx aurait apprécié le statut de l’Islam en France – bien qu’il s’agisse d’une religion à valeur universaliste et ne connaissant pas la papauté – lui qui s’est plaint jadis de l’« opium du peuple ».
On songe qu’il a fait erreur en pensant la fin de l’Histoire, mais reconnaissons le fin critique qu’il fut de l’impérialisme capitaliste. Si les nouveaux communistes ont délaissé le peuple, celui-ci les délaisse en faveur d’un certain étatisme républicain. La révolution à produire, l’économie de marché étant un mal nécessaire, s’apparente bien plus à la réaction en marche. On réclame une sécurité que seul l’État qu’on a démantelé peut nous fournir. Au nom des concepts tels l’intérêt de classe et l’armée de réserve, nous ne fermons ainsi pas nos portes à Marx.
Anthony La Rocca

MAURRAS AU XXIe SIÈCLE : Actualité d'une pensée

Nous reproduisons ci-dessous le texte de la conférence prononcée à Biarritz le 30 août par Stéphane Blanchonnet, président du Comité directeur de l’Action française.
Il n'est pas inutile de remettre de temps en temps en question nos certitudes en matière philosophique et politique afin de nous prémunir contre un engourdissement dogmatique qui nuit autant à notre propre réflexion qu'à notre capacité à convaincre nos interlocuteurs sur le terrain du militantisme.
Je suis personnellement devenu maurrassien au début des années quatre-vingt-dix en même temps que je faisais mes premières armes de militant politique. À l'époque, j'ai été séduit par le prestige de l'homme Maurras, académicien, chef de file d'une école de pensée prestigieuse, figure parfaite du maître jusque dans sa physionomie, mais surtout par les réponses que sa doctrine apportait à mes interrogations de patriote : qu'est-ce que la France ? Par qui a-t-elle été faite ? Quelle est la formule de l'ordre qui lui correspond le mieux et lui appartient en propre ? Comment établir un pouvoir fort et prestigieux sans tomber dans l'embrigadement idéologique des totalitarismes ? Qu'est-ce que la légitimité ?
À toutes ces questions Maurras m'a apporté des réponses que j'ai jugé satisfaisantes : la France est le fruit de l'histoire, l'oeuvre de la monarchie et non le résultat d'un contrat social ou de quelque autre forme de volontarisme abstrait ou juridique ; la formule de l'ordre qui lui correspond n'est pas une forme quelconque de césarisme mais la royauté traditionnelle dont elle est justement le fruit ; un État régalien, recentré sur l'essentiel, et dont le chef n'est pas la créature de l'opinion peut exercer son autorité sans craindre l'existence d'une société organisée, hérissée de libertés locales et de contrepouvoirs ; la légitimité ne se crée pas ex nihilo, elle procède du passé et s'exprime par des symboles forts dont la monarchie est l'un des plus puissants.
Mais d'autres questions ont depuis attiré mon attention. Des questions que je ne suis pas le premier à découvrir et qui ont ébranlé les convictions de nombreux maurrassiens de ma génération. Je vous propose ici un parcours en trois temps à travers les raisons à mes yeux les plus sérieuses de choisir Maurras comme maître, à travers les raisons de mettre ce choix en question, de le passer au crible d'une critique sans concession ni complaisance et à travers les raisons qui me font penser que, malgré tout, ce choix reste le meilleur, celui qui peut encore aujourd’hui le mieux servir de règle à notre réflexion et à notre action dans la Cité.
Les raisons du choix de Maurras
On fait d'abord le choix de Maurras pour les fondements philosophiques solides de sa pensée. Contrairement à Rousseau, Maurras ne répudie pas les faits. Il n’a pas recours à un hypothétique état de nature présocial pour fonder les droits d’un citoyen imaginaire. Il constate simplement avec Aristote la nature sociale de l’homme d’où découle la nécessité de reconnaître les autorités naturelles qui s’exercent le plus souvent dans l’intérêt du gouverné. L’amour gratuit et sans contrepartie des parents pour le nouveau-né en est l’exemple le plus universel. C'est le fond même de la philosophie politique moderne qui oppose systématiquement l'individu à l'État, la liberté à l'autorité que Maurras réfute et contre lequel il nous vaccine en quelque sorte.
Critique efficace des Lumières
Sa critique des faux principes des Lumières est efficace car les idées du libéralisme politique n'y sont pas attaquées en raison de leur caractère abstrait comme chez d'autres contre-révolutionnaires mais tout simplement parce qu'elles sont fausses, y compris sur le terrain de la logique qu'elles prétendent occuper. Prenons l’exemple de l’article II de La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Son énoncé n’est pas seulement contestable parce que, voulant fonder la cité sur des principes universels, il en oublie que la politique s’occupe d’hommes concrets qui vivent dans une société réelle, mais surtout parce que, sur le plan même des idées pures, son raisonnement est faux. Relisons cet article : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. » Maurras remarque que ce texte définit la société comme la conséquence d'une "association" volontaire (proposition irrationnelle puisque la société préexiste à l'individu et à son éventuelle volonté de s’associer) et lui assigne pour but non le bien commun (l'intérêt du tout étant nécessairement supérieur à celui des parties) mais la conservation de "droits", en particulier du droit de propriété.
Par ailleurs, selon Maurras la politique doit avoir pour maîtresse la science historique et non le nombre ou l’opinion. Cette méthode de pur bon sens est à l'origine d'une longue et fructueuse école historique avec des auteurs comme Jacques Bainville, Pierre Gaxotte mais aussi Michel Mourre ou Philippe Ariès, dont les oeuvres, qui éclairent si bien les enjeux de notre histoire, sont nées de ce concept maurrassien. Aymeric Chauprade n'hésite pas d'ailleurs dans ses ouvrages à faire de Maurras un maître de la géopolitique, cette science si appréciée aujourd’hui pour sa capacité à mettre l'histoire et la géographie au service du politique.
De plus, la réflexion de Maurras ne se situe pas dans les nuées, elle procède d'une réflexion sur les conditions actuelles du salut de la nation, elle-même conçue comme le cadre actuel du plein épanouissement de la nature sociale de l'homme. J'ai toujours été frappé par l'humilité d'une pensée qui ne prétend pas faire le salut de l'humanité ni trouver la formule politique valable en tout temps ou en tout lieu comme la plupart des idéologies.
Maurras enfin n'est ni un rêveur, ni un batisseur d'utopie. Il a participé à la fondation d'un mouvement politique et d'un journal quotidien et s'est préoccupé de la question de la prise du pouvoir. Dans ce domaine, on lui fait souvent un faux procès (en lui imputant l'échec du 6 février 1934). Bernanos par exemple n'a jamais compris que Maurras ne croyait pas à une prise du pouvoir dans la rue mais à un coup de force depuis le coeur même de l'État.
Des problèmes et des enjeux nouveaux
Malgré toutes ces raisons de suivre Maurras, notre modernité nous pose un certain nombre de problèmes que le maître n'a pas connus et qui paraissent parfois menacer la validité de nos analyses. Nous assistons depuis cinquante ans à une transformation radicale de la société. Tous les repères de ce que Maurras appelait le « pays réel », c'est-à-dire la France dans son patrimoine moral et matériel, indépendamment de l'État républicain et de son idéologie, semblent voués à disparaître. La France rurale a quasiment disparu alors que les paysans représentaient jadis et depuis l'origine l'essentiel de la population du pays, les terroirs comme facteurs d'enracinement ont vécu, le catholicisme lui-même, pilier principal de la civilisation française, s'est brutalement effondré. Par ailleurs, l'explosion des flux migratoires pendant la même période a bouleversé plus rapidement qu'à aucune autre époque la composition de la population. Comment dans ces conditions espérer que la seule chute du pays légal (la République) pourrait entraîner la reconstitution d'un ordre traditionnel ?
Changement profond
Autre changement profond survenu dans ces dernières décennies : un certain effacement de l'histoire et du politique comme transcendances. L'individu post-moderne, notre contemporain, est décrit par les sociologues comme un être sans attache avec le passé, qui ne se définit plus comme un héritier mais se réalise comme un consommateur, un jouisseur, dans le meilleur des cas “un citoyen du monde”. Quant à la politique, elle cesse d'être au service de la grandeur de la nation pour se limiter à la fameuse gouvernance chère à M. Raffarin, c'est-à-dire à une gestion purement économique et financière à laquelle on ajoute à titre de supplément d'âme, un vague humanitarisme. Comment dans ces conditions espérer restaurer une forme aussi emblématique de la transcendance du politique par rapport aux individus que la monarchie traditionnelle ?
Dernier sujet d'inquiétude pour le nationaliste intégral : des principes faux en eux-mêmes comme ceux du libéralisme politique semblent toutefois réussir à façonner un monde qui pour être contre-nature n'en est pas moins parfaitement cohérent comme le fait remarquer très justement Maxence Hecquard dans sa thèse sur la démocratie. Quoi de plus absurde par exemple - et je parle d'un point de vue strictement politique - que le "mariage" homosexuel ? Et pourtant, il finira très vraisemblablement par s'imposer en France comme il s'est imposé dans de nombreuses autres démocraties. La démocratie ne connaît que la volonté libre des individus et aucune norme transcendante, aucune loi naturelle, ne saurait être pour elle un obstacle à son travail de sape égalitariste. Comment dans ces conditions restaurer la primauté du tout sur les parties ? Du bien commun sur les intérêts ou les passions des particuliers ? En bref, comment refaire de la politique classique ?
Maurras malgré tout
Toutes ces considérations ne doivent cependant pas nous désespérer. L'effacement apparent du politique ne doit pas en effet cacher la permanence des problèmes politiques, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs (« les faits sont têtus » comme aimait à le rappeler Maurras). Que les Français le veuillent ou non, leur qualité de vie et même leur vie tout court dépendent de réalités politiques, de rapports de force politiques. Il n'y a jamais de fin de l'histoire et donc pas plus de fin définitive du politique. Si nos concitoyens ne s'intéressent plus à la politique, si nos gouvernants se bornent à être des gestionnaires, ce n'est pas forcément que le politique a disparu mais que les décisions sont prises ailleurs et par d'autres à Bruxelles, à Moscou ou à Washington par exemple. Or, si les enjeux demeurent politiques, les leçons du Politique d'abord de Maurras ne sont pas vaines et sa manière justement politique d'envisager la réalité non plus.
Même affaiblie, même en partie défigurée, la nation demeure pour nous Français l'échelon politique principal pour ne pas dire unique. C'est un héritage de l'histoire, qu'elle soit ancienne ou récente et c'est surtout un fait qui s'impose de lui-même. Il suffit pour s'en convaincre de considérer le peu d'enthousiasme produit par l'idée européenne malgré la propagande que l'on déverse en permanence dans les écoles, les collèges et les lycées pour faire éclore une hypothétique conscience européenne. On aurait sans doute moins de mal à tenter de ranimer la conscience française dont les bruyantes manifestations de patriotisme sportif montrent de temps en temps qu'elle existe encore au moins à l'état latent. Or, si la nation est encore le lieu du politique, la question de la forme politique qui convient à cette nation n'est pas dépassée et Maurras non plus.
Actualité métaphysique
Sur le terrain métaphysique aussi Maurras est étonnamment "moderne", ou plutôt "actuel". Maurras nous ressemble par son agnosticisme, par sa quête presque désespérée d'un ordre du monde dont il voudrait trouver le reflet dans les lois de la physique sociale. Avec lui, nul besoin de prendre comme point de départ une foi, une révélation, un dogme admis par principe. D'ailleurs combien de maurrassiens depuis les débuts de l'Action française et jusqu'à aujourd’hui sont passés de l'admiration pour l'ordre politique à la recherche puis à la contemplation d'un ordre supérieur ? Maurras est bien de ce point de vue un penseur de la redécouverte de l'ordre dans un monde qui en est privé.
Maurras n’est pas bien entendu l’alpha et l’oméga de la pensée et il faut se prémunir contre toute tentation hagiographique. Par ailleurs, il écrivait en un temps où, à bien des égards, il était plus facile d'espérer dans la France et dans le combat politique qu'aujourd'hui. Il reste toutefois un penseur majeur et sans conteste le plus important philosophe politique contre-révolutionnaire du XXe siècle et, de même qu’une étude objective de la pensée politique ne peut faire l’économie de sa doctrine, de même les royalistes et les nationalistes auraient tout à perdre à négliger une oeuvre qui leur fournit la plus complète théorie de la France qui puisse être, une fois rejetée l'identification de notre pays à la République et à son idéologie.
Stéphane Blanchonnet  L’Action Française 2000 du 4 au 17 septembre 2008

Cinquante ans après, réflexions sur l’OAS par Dominique Venner

Le temps galope plus vite que ne l’imaginait Alexandre Dumas quand il écrivait une suite aux Trois Mousquetaires. Ce n’est pas « vingt ans après », mais cinquante ans après 1962 que d’anciens acteurs ou témoins se retrouvent par historiens interposés pour évoquer leurs souvenirs et réfléchir sur ce qui fut l’un des derniers drames vécus par la France en Algérie avant qu’elle ne sorte de l’Histoire.
Le 15 juin 2012, La Nouvelle Revue d’Histoire (NRH) mettra en vente un très riche numéro hors série (n° 4) consacré à “L’Algérie. Histoire d’une terre tragique”. Une histoire que nous revisiterons dans sa longue durée (2000 ans), depuis la conquête romaine jusqu’à la fin de la présence française. Une part notable sera consacrée à la guerre d’Algérie (1954-1962) en montrant ses origines depuis 1942 (débarquement anglo-américain, puis épisode gaulliste de 1943-1945). Il n’est pas possible, en effet, de comprendre et d’interpréter les événements récents si l’on ignore les longues plages historiques qui les ont précédés.
En préparant ce numéro hors série de la NRH avec plusieurs de nos collaborateurs spécialisés, notamment Philippe Conrad, Bernard Lugan, Yann Le Bohec, Jean Monneret ou Péroncel-Hugoz, je réfléchissais pour ma part à ce que fut l’OAS et sa véritable signification. C’est le résultat très condensé de ces réflexions que je présente ici. Il n’engage que moi et intéressera d’abord ceux qui n’étaient pas encore nés à cette époque, mais ont parfois recueilli des souvenirs brûlants au sein de leur famille.
Qu’est-ce que l’OAS ? Ce fut d’abord une appellation qui rappelait l’époque de la Résistance dont plusieurs de ses futurs inspirateurs avaient gardé la nostalgie : “Organisation Armée Secrète”. Une appellation fort peu politique et dépourvue de signification idéologique. Elle correspond assez bien à ce que fut cette “organisation” assez peu organisée, dont on peut retenir trois composantes et plusieurs significations.
L’OAS fut d’abord le mouvement de résistance des Européens d’Algérie (à l’époque, on ne disait pas “pieds noirs”) après l’échec du putsch des généraux du 22 avril 1961. Ces Français se sentaient trompés et abandonnés, menacés dans leur existence. Ils pressentaient qu’ils seraient contraints de fuir leur pays sous le coup d’une épuration ethnique voulue par le FLN algérien avec la complicité de l’Etat français. Celui-ci déchaina en effet toutes ses forces contre les victimes de sa politique avant et après les “accords” d’Évian (18 mars 1962). Il brisa par la force la révolte de Bab el-Oued (quartier européen et populaire d’Alger) comme l’armée soviétique à Budapest en 1956. Il fit tirer sur la foule désarmée devant la Poste d’Alger, le 26 mars 1962 (63 morts). Il assista passivement aux enlèvements et égorgements d’Européens par le FLN et aux massacres d’Oran (5 juillet 1962). Il ne fit rien pour aider et accueillir le flot des rapatriés qui cherchèrent refuge en France à partir de juillet 1962. Il laissa massacrer les harkis en leur retirant la nationalité française, tout en interdisant à l’armée de les secourir. Dans son livre “Un Silence d’État”, s’appuyant sur les archives officielles, l’historien Jean-Jacques Jordi (Editions Soteca, 2011) a apporté la preuve que les violences de l’OAS ont été des ripostes désespérées aux violences visant les Européens, et ne peuvent en aucun cas justifier celles de l’État français ou du FLN. L’historien Jean Monneret a apporté des preuves identiques concernant les massacres d’Oran (“La tragédie dissimulée, Oran, 5 juillet 1962”, Michalon, 2012).
En ce temps-là, il y avait en Algérie un peu plus d’un million de Français ou assimilés, présents depuis plusieurs générations. Ils n’étaient en rien responsables du sort cruel qui s’abattait sur eux. Dans leur révolte désespérée, concentrée principalement à Alger et Oran, ils trouvèrent le soutien d’un nombre important d’officiers, parmi lesquels le général Salan et le fameux lieutenant Roger Degueldre (fusillé le 6 juillet 1962), organisateur à Alger des “commandos Delta”. Cela introduit à la deuxième composante de l’OAS qui était militaire.
Avant, pendant et après le putsch des généraux, de nombreux officiers (Godard, Gardes, Argoud) acceptèrent de tous sacrifier (carrière, confort, liberté), par sens de l’honneur et leur idée du devoir. L’histoire de la France, n’a connu aucune révolte militaire d’une telle ampleur impliquant nombre de généraux (Salan, Jouhaud, Gardy, Vannuxem, Faure) sans compter ceux du putsch (Challe et Zeller). Au total, les juridictions spéciales mises en place par de Gaulle ont prononcé contre des militaires trois condamnations à mort suivies d’exécutions, 170 condamnations à des peines criminelles et 324 condamnations à la prison pour “activités subversives”. Par ailleurs, dans la seule année 1961, 1300 officiers démissionnèrent. En tout, de 1963 à 1967, 7172 officiers choisirent de quitter l’armée. On n’avait jamais vu cela ! Cette révolte est d’autant plus surprenante qu’elle fut dirigée contre un officier célèbre (il est vrai plus politique que militaire), porté au pouvoir en mai 1958 par les siens dans le but de sauver l’Algérie française. Les généraux et officiers qui rejoignirent l’OAS en 1961 considéraient le général de Gaulle comme un traître à la promesse de Mai 58 et aux engagements solennels pris à l’égard des populations d’Algérie (notamment les Musulmans). Ils voyaient en lui un traître à l’idée qu’ils se faisaient de la France, et un traître également à l’image idéale du général rebelle de Juin 1940. Je renvoie sur ces différents points à mon essai détaillé, “De Gaulle, la grandeur et le néant” (Le Rocher, 2008).
La troisième composante de la grande révolte fut plus idéologique. Elle a concerné principalement la France métropolitaine. L’OAS y reçut le soutien d’une fraction de la droite nationale issue parfois du gaullisme et de la Résistance (Soustelle, Bidault) et d’intellectuels brillants (Raoul Girardet, Roger Nimier, Jacques Laurent, Philippe Héduy ou Jules Monnerot). Elle mobilisa des militants idéalistes, souvent très jeunes, assez fous pour se lancer dans une aventure où jamais un esprit censé ne se serait embarqué. C’est aussi en métropole que naquit le seul projet stratégique cohérent, conçu par le lieutenant-colonel Bastien Thiry (fusillé le 11 mars 1963). Pour combattre la politique algérienne du général de Gaulle, il pensait logiquement qu’il fallait frapper à la tête. Tel fut le but de divers attentats manqués, notamment celui du Petit-Clamart, le 22 août 1962. En raison de sa date (postérieure à l’indépendance de l’Algérie), cet ultime attentat se voulait plus un geste de vengeance ou de justice qu’un acte politique.
Résistance sans idéologie, sans buts politiques ni stratégie bien définie, sans véritable chef (le général Salan n’était qu’un chef nominal), l’OAS ne pouvait qu’échouer alors que se liguait contre elle le mouvement universel de la décolonisation, le recul historique d’une Europe culpabilisée, la lassitude ou l’hostilité de l’opinion française, la volonté implacable et méprisante du général de Gaulle devant qui les amateurs naïfs et désespérés de la révolte n’étaient pas de taille. Certainement, il fallait trouver des solutions au drame algérien, mais concernant l’abandon pur et simple adopté en catastrophe par le général de Gaulle, il n’était pas possible d’agir de façon plus désastreuse pour l’avenir, indigne et cruelle à l’encontre de nos compatriotes. Comme tant d’autres mouvements clandestins, l’OAS ne fut pas à l’abri de querelles internes qui prirent un tour tragique quand furent exécutés à Alger les deux dirigeants du “Front nationaliste”, Michel Leroy et René Villard (19 janvier 1962) qui reprochaient à l’Organisation son absence de stratégie politique. Il reste qu’en dépit de l’échec, subsiste le souvenir d’hommes de droiture et de courage que la postérité, parfois honore, comme cela fut le cas récemment pour le commandant Denoix de Saint-Marc ou pour le commandant Guillaume, dont le souvenir altier imprègne Le Crabe-Tambour, film unanimement admiré de Pierre Schoendoerffer.
Au regard de l’histoire, cette révolte de la population européenne d’Algérie (et d’une partie de l’Armée) contre les forces d’un État trahissant sa fonction protectrice, peut être regardée comme une anticipation. Oui, une sorte d’anticipation extrême et inaboutie des “populismes” qui naîtront ultérieurement dans une Europe soumise par les oligarchies dirigeantes à de catastrophiques invasions migratoires de peuples inassimilables porteurs d’une religion politique conquérante. Inversement, au plan des idées, il faut bien voir que cette révolte n’a apporté que confusion, hormis la “critique positive” qui en fut faite.
 Dominique Venner
Notes
Brève bibliographie :
  1. Anonyme, Pour une critique positive, Prison de la Santé, 1962.
  2. Michèle Cointet, De Gaulle et l’Algérie française, Tempus-Perrin, 2012.
  3. Olivier Dard, Voyage au cœur de l’OAS, Perrin, 2005.
  4. Jean Ferrandi. Six cents jours avec Salan et l’OAS. Fayard, Paris 1969.
  5. Georges Fleury, Histoire secrète de l’OAS, Grasset, 2002.
  6. Bertrand Le Gendre, entretiens avec Jean-Jacques Susini, Confessions du n°2 de l’OAS, Les Arènes, 2012.
  7. Claude Micheletti, Fors l’honneur. La guérilla OAS à Oran, Curutchet, 2002.
  8. Pierre Sergent, Ma peau au bout de mes idées, La Table Ronde, 2 vol., 1967-1968.
  9. Dominique Venner, Le Cœur rebelle, Belles Lettres, 1994.

Documentaire 2 - Vietnam: La guerre oubliée (1945-1952)