mardi 26 avril 2022

Les Immémoriaux (1907) 2/3

  

[Ci-dessus : couverture des Immémoriaux, 1966, avec Deux nus sur la plage de Tahiti (détail) par Paul Gauguin, 1892 [Honolulu Museum of Art]. Dans ce long poème en prose qui chante les Maoris des temps oubliés, Victor Segalen s’attache à peindre l’agonie d’une civilisation, symbolisée par « le Parler Ancien », faite de sagesse et de joie, que vient supplanter l’austère religion des « Hommes au Nouveau Parler ». Malgré les avertissements de son ancien maître Paofaï, le jeune prêtre païen Térii, vaincu par les sarcasmes de ses amis, se laissera à la fin convertir, et se fera serviteur du dieu importé…]

« Tout poète lyrique, en vertu de sa nature, opère fatalement un retour vers l’Éden perdu », a écrit Baudelaire. Ce paradis perdu, Segalen l’a retrouvé en interprétant les cicatrices de l’histoire dans l’image qu’il nous donne des îles d’autrefois. C’est bien sa version de l’âge d’or et de l’Éden qu’on voit transparaître dans Les Immémoriaux. Les Tahitiens d’autrefois vivaient dans une parfaite entente avec le surnaturel et leurs dieux. Contrairement au Christianisme qui bride les instincts et mutile la chair, leur religion n’existait que pour favoriser leur plein épanouissement. Loin d’enseigner que la vie est une vallée de douleurs, les anciens dieux polynésiens apprenaient aux hommes à cultiver leur joie. Les fidèles n’avaient pas le sentiment d’une rupture entre ce monde et l’autre. Habitués à coudoyer les ombres surnaturelles, bénéfiques ou maléfiques, ils sentaient le monde baigner dans une harmonie perpétuelle. Aucune distance ne séparait le règne du fait de celui du vœu. À chacun selon son désir.

Avec Les Immémoriaux, Segalen exprime, malgré certaines précautions, sa révolte contre l’église de son enfance. Victime d’un milieu dont les contraintes morales ont longtemps pesé sur lui, avant même son départ pour Tahiti, il avait déjà rompu en esprit avec la religion de la souffrance, de la douleur et du malheur. Après la grave typhoïde qui à San Francisco avait failli l’emporter, il ne pouvait nulle part mieux qu’à Tahiti achever une convalescence où l’esprit aussi bien que le corps cherchait sa guérison. C’est là sans aucun doute qu’il prit conscience d’un farouche appétit de vivre qu’il chercha à satisfaire dans tous les domaines du réel. Cette ferveur passionnée pour le réel s’exprime admirablement dans Les Immémoriaux. L’amour dans ce qu’il a de plus physique est naturellement célébré, mais aussi les formes, les couleurs, tous les aspects du monde sensible. On sent que l’artiste s’est donné pour mission de traduire la beauté des choses. Il faut voir là un souvenir de l’exaltation dans laquelle il a vécu, comme en porte témoignage une lettre écrite à un ami quelques années plus tard : « Je t’ai dit avoir été heureux sous les tropiques : c’est violemment vrai. Pendant deux ans en Polynésie, j’ai mal dormi de joie. J’ai eu des réveils à pleurer d’ivresse du jour qui montait… J’ai senti de l’allégresse couler dans mes muscles ». Tahiti restera dans son souvenir comme une base de la joie, comme la patrie du bonheur. Cependant, déjà dans ce livre composé en l’honneur des joies de la terre, on voit apparaître l’idée que le réel n’épuise pas tout le champ du possible. Car enfin, ce paradis perdu, il l’a retrouvé en partie grâce à l’imaginaire. Le présent, l’actuel étaient plus funèbres que joyeux. Ces tableaux de la félicité primitive, le regard intérieur surtout les a recréés. Pour passer de la vue à la vision, il devait recourir à la faculté poétique par excellence, à l’imagination. Avant de rédiger Les Immémoriaux, n’a-t-il pas écrit à propos du Bateau Ivre : « C’est le face à face glorieux avec cet imaginaire absolu dont toute réalité ne semble que le reflet terne » ? Cette idée formulée en termes platoniciens établit donc à la fois une liaison, mais aussi une distinction entre deux plans complémentaires. L’exotisme compris dans un sens plus large devait conduire Segalen à explorer cet autre du réel qu’est l’imaginaire. Cependant l’enquête n’est pas achevée pour autant. Le démon de la connaissance qui pousse le poète à dépasser le réel vers l’imaginaire ne sera jamais satisfait avant d’avoir franchi les limites. L’Empereur Kouang Siu, héros du Fils du Ciel, ouvrage inachevé de Segalen, interroge avec anxiété ses conseillers pour savoir si au-delà du monde n’existe pas encore autre chose, le rien ou l’absolu. Le poète se sent tenu d’aller jusqu’où les forces de l’esprit peuvent atteindre. Alors seulement, peut-être, le merveilleux accord entre nature et surnature, fondement du bonheur des Tahitiens d’autrefois, se réaliserait-il à nouveau dans son cœur. Comme il arrive souvent quand on écrit sur les autres, Segalen a livré la clé de ses préoccupations les plus secrètes en affirmant dans une lettre à Claudel que « Rimbaud a exprimé plus que tout l’indéfinie angoisse humaine aux prises avec la connaissance ».

La découverte, l’exploration et la résurrection d’une culture étrangère ont abouti au livre Les Immémoriaux, mais par un choc en retour caractéristique de l’exotisme, au sens où il l’entend, Segalen s’est livré en même temps à une reconnaissance de son monde intérieur. Approfondir les différences, c’est du même coup prendre conscience de son originalité propre, de ses moyens, de ses intentions. Au moment où il aborde en 1909 l’énorme continent chinois, Segalen sait que le théâtre et le champ de son œuvre sont fixés. Les rapports entre les membres du couple Imaginaire-Réel, entre le couple et leur au-delà, voilà l’enjeu de son combat spirituel. Chacun de ses livres, Stèles, Peintures, Équipée, René Leys seront des approches de la même Cité interdite.

Équipée est au cœur du problème des rapports entre le réel et l’imaginaire. Le livre a été composé dans l’intention de savoir si l’imaginaire déchoit ou se renforce au contact du réel. Ce n’est pas un journal de voyage, ni la transcription lyrique du voyage, c’est le journal spirituel du voyageur obsédé par une même idée, celle de fonder les prétentions de la littérature à manier la rugueuse matière des choses. Très forte est la tentation de s’enfermer dans la « chambre aux porcelaines », ce « palais dur et brillant où l’Imaginaire se plaît ». Tentation à laquelle a cédé la littérature symboliste qui réduisait le réel au monde intérieur. N’oublions pas que le poète s’est formé dans cette atmosphère, mais Les Immémoriaux prouvent très bien que la séduction du réel était assez puissante pour arracher Segalen à l’intériorité symboliste. Il n’a jamais souscrit au mot de Henri de Régnier : « Vivre avilit ». Le contact avec la Chine, « pays du réel réalisé depuis quatre mille ans », devait mieux encore que les îles polynésiennes le conduire à faire de sa vie un corps à corps avec les éléments du réel. Le voyage a été pour lui la pierre de touche de toute valeur littéraire. C’est dire que si Équipée cerne le problème, les échos du débat sont perceptibles dans tous ses écrits relatifs à la Chine.

La vraie Chine, la Chine centrale et la Chine des confins tibétains, deux grandes chevauchées lui permirent de la connaître à fond. La première fut une sorte d’exploration sportive en compagnie de Gilbert de Voisins, du 9 août 1909 au 28 janvier 1910. La seconde, c’est la mission archéologique qu’il dirigea avec Jean Lartigue et Gilbert de Voisins de février à août 1914. Impossible de tricher avec le réel dans ces conditions. Les terrains souvent impraticables à cheval obligeaient à faire de la sandale et du bâton, symboles du voyage, les instruments nécessaires de la marche. Les obstacles à franchir, les fatigues du chemin, les ascensions où chaque pas est une victoire chèrement acquise accusent le triomphe du réel sur l’imaginaire. Le corps du poète est soumis à une telle épreuve que les mots trop présomptueux crèvent comme des bulles contre la dure écorce des choses. Le réel oblige à une refonte du langage. Et pourtant le réel est beau. Les notes de Briques et Tuiles, les stèles du Bord du chemin, les pages d’Équipée attestent que le poète n’a rien perdu, au contraire, à quitter la chambre aux porcelaines. Le champ du réel est une carrière de chefs-d’œuvre offerte à l’exploration des mots. L’esthétique du divers triomphe dans la variété du spectacle. La stèle Conseils au bon voyageur incite à passer de la montagne à la plaine, de la vallée au plateau, car la jouissance du voyageur s’accroît quand les accidents du réel échappent à l’uniformité. Le spectacle fascinant entre tous pour Segalen est celui que présente la Terre jaune. Il l’a décrite à maintes reprises, et, chaque fois, pour mettre en valeur le caractère inattendu de ses formes. Pics en creux, collines inversées, comme si la croûte terrestre laissait soudain apparaître son revers, tout défie ici l’attente imaginative du voyageur. Mer figée, gant retourné, la Terre jaune est de plus un carrefour d’analogies délectables.

Le Fleuve est un élément capital du réel chinois. Segalen consacre deux textes importants au Yang-tseu : une sorte de monographie indépendante et un chapitre d’Équipée. C’est moins le pittoresque extérieur qui l’attire que la valeur symbolique de cette grande force naturelle barrant de son trait impérieux l’immense empire chinois. « Le Fleuve bien plus que la mer est un lieu poétique par excellence… le Fleuve par son existence fluidique, ordonnée, contenue, donnant l’impression de la Cause, du Désir, est accessible à tous les amants de la vie ». C’est le symbole même du Divers. Le voyageur avisé parviendra aux « remous pleins d’ivresse du grand fleuve Diversité ». L’insistance avec laquelle Segalen revient sur cette figure de la violence et du mouvement nous avertit que le fleuve joue un rôle dans sa mythologie personnelle. Elle est comme le résumé de l’aspect sous lequel le réel apparaît dans le monde du poète. Or ce réel est essentiellement mouvant. Il est très instructif à cet égard de confronter la conception claudélienne du monde à celle de Segalen. Connaissance de l’Est contient bon nombre de poèmes où Claudel exprime la satisfaction du contemplateur devant le spectacle de la densité, de la fixité des choses. Son horreur bien connue de l’infini et de l’illimité l’amène à se construire un monde fermé de toutes parts, un cadastre dont toutes les parties sont étroitement solidaires. Lorsqu’il décrit un temple, il l’enferme dans un lieu géométrique parfaitement circonscrit. Lorsque Segalen s’attaque au même sujet, il fait s’envoler la toiture, se dilater l’espace, éclater le ciel même. « La solidité de ce monde est la matière de ma béatitude », écrit Claudel, tandis que Segalen, dans la stèle Ordre de Marche, imagine de faire défiler pagodes, tours et palais dans un tohu-bohu triomphal. Si forte s’exerce sur lui la séduction du mouvant qu’elle envahit même sa conception de l’architecture chinoise. Il tente de rationaliser une pulsion très profonde en élaborant une théorie personnelle. Il place l’origine de la pagode dans la tente que chaque soir les nomades déployaient au terme de l’étape du jour, et repliaient le lendemain pour un nouveau voyage. Tous les monuments lui paraissent participer de ce caractère provisoire, et hâtif. Ce mode d’architecture, il l’appelle, par opposition à la statique pharaonique, orchestique avec ce que le mot suggère de dynamisme latent. Rien en Chine, dit-il, n’est bâti pour durer, mais pour se modifier, se déplacer. Tout est dans un flux perpétuel. Cette vision héraclitéenne du réel explique sa préférence passionnée pour le Génie du fleuve, gardien de l’Empire sous le Ciel. Le réel donc, qui s’affirme parfois comme une matière rebelle à l’esprit, qui dément si souvent le langage élaboré dans les ateliers de la pensée, n’est jamais arrêté ni fixé dans une forme définitive. Le mouvement perpétuel des choses empêche qu’on leur attribue une valeur absolue. La fréquentation du réel est utile, nécessaire même au poète, parce qu’elle lui confère le droit d’exercer sur le monde l’empire des mots, mais le langage ainsi mérité ne saurait être la description pure et simple du réel, car il existe autre chose que le réel. La zone de vide dont la pensée chinoise aime à cerner les choses est sans doute un lieu d’éléments impalpables qui dans certaines circonstances prennent formes, couleurs et densité. Ce que Breton et ses disciples appelleront le surréel est très proche de ce que Segalen désigne sous le nom d’arrière-monde : L’arrière-monde appartient nécessairement au plan de l’imaginaire que nous devons définir à la fois comme une vision du surréel et comme l’instrument de cette vision.

De même qu’il serait tout à fait vain de chercher dans Les Immémoriaux un simple document sur les îles polynésiennes, il ne faut pas attendre de Segalen une description de la Chine et du monde chinois. Il s’est expliqué nettement sur ce point : « … Il s’agit non point de dire ce que je pense des Chinois (je n’en pense à vrai dire rien du tout), mais ce que j’imagine d’eux-mêmes ; et non point sous le simili falot d’un livre documentaire, mais sous la forme vive et réelle au-delà de toute réalité, de l’œuvre d’art ». À Debussy il précise encore : « … Au fond, ce n’est ni l’Europe ni la Chine que je suis venu chercher ici, mais une vision de la Chine. Celle-là, je la tiens et j’y mords à pleines dents ». Il est évident que cette vision de la Chine doit beaucoup au réel. Segalen se garde bien de tomber dans l’arbitraire ou de commettre des fausses notes dans la transcription du réel chinois, mais il est aussi convaincu que le réel ne peut avoir sa pleine valeur que s’il sert de tremplin à l’imaginaire. L’arrière-monde est un prolongement et un parachèvement du réel comme le mythe accuse en même temps qu’il transfigure les matériaux bruts du sensible. La Chine mythique de Segalen est une Chine plus vraie que la réelle, parce qu’elle est parachevée par l’esprit. L’imagination de Segalen n’a pas attendu la révélation de l’Empire sous le Ciel pour s’exercer à dépasser les limites des choses. Depuis longtemps, les phénomènes parapsychiques fascinent le médecin et le mystérieux le poète, mais c’est surtout à partir du séjour en Chine qu’il interprète le dépassement du réel par l’imaginaire comme un, exercice spirituel.

À suivre

Michel-Ange : l'art, témoin de la foi d'une époque

Les hommes d’honneur de Hong-Kong

 A Hong-Kong, il y a soixante-cinq ans, une poignée de Français s’est jointe aux britanniques de Hong Kong pour défendre la ville dans une bataille perdue d’avance contre les envahisseurs japonais. C’était la France, celle de l’honneur et du panache.

Leur sacrifice, aujourd’hui complétement oublié en France, a marqué la ville. Les noms de ces six héros sont encore gravés sur la stèle usée qui leur rend hommage dans un coin du cimetière militaire britannique de Stanley, sur une colline dans le sud de l’île de Hong Kong .
«Je ne vois pas pourquoi on devrait les oublier», dit François Dremeaux, président du comité du souvenir des Français à Hong Kong. «Mon effort consiste à les rappeler à nos mémoires », ajoute ce professeur d’histoire qui a écrit une thèse sur la présence française à Hong Kong dans la période de l’entre deux guerres. Il estime qu’il y a beaucoup à apprendre de ces hommes qui, en 1941, ont choisi de se battre à 10.000 kilomètres de leur patrie.

« Hong Kong était une enclave britannique, rien ne les obligeait à la défendre », ajoute-il. «Nous ne pouvons même pas dire qu’ils défendaient leur colonie. Ils ont défendu une idée, la liberté. Ils l’ont fait sans y être obligés, ce qui rend leur sacrifice encore plus noble. »

En Juin 1940, beaucoup des Français de Hong Kong, ils étaient environ 400 à la fin des années 1930, avait déjà fui en Indochine. Le 8 décembre 1941, quelques heures après leur attaque surprise sur Pearl Harbor, les Japonais envahissent Hong Kong. Des Français rejoignent alors le Corps des volontaires de la défense de Hong Kong, établi par la Grande-Bretagne, pour soutenir les forces régulières. La bataille dure 17 jours.

Six noms sont inscrits sur la stèle. Parmi eux, Armand Delcourt, un marchand de 42 ans, qui était venu à Hong Kong en 1926 et avait épousé une femme eurasienne. Il y avait également le capitaine Roderic Peu, en transit depuis Shanghai lorsque l’invasion avait commencé, Henri Belle, une marin passant par Hong Kong, et Paul de Roux, le directeur de la Banque d’Indochine.

Peu et Belle avaient été tous deux capturés et envoyés dans des camps de détention où ils étaient morts. Roux n’avait pas directement pris les armes mais mis en place un réseau de résistance. Arrêté et torturé, il s’était suicidé pour empêcher l’ennemi de le forcer à parler.

Armand Delcourt, blessé de deux coups de baïonnette le 21 décembre, en défendant une colline stratégique, avait été exécuté deux jours plus tard, deux jours avant que le gouverneur britannique ne se rende, le jour de Noël. Le 5 janvier 1942, brutalisée par les Japonais, sa femme enceinte avait donné naissance prématurément, dans une église de Hong Kong, à une fille. Celle-ci  ignorait les circonstances de la mort de son père jusqu’à ce qu’elle reçoive bien plus tard, alors qu’elle vivait en Australie, une lettre d’un ami de son père. «J’aurais aimé avoir connu mon père. Quand j’ai lu la lettre, j’ai compris qu’il était un homme de principe. » Nous aurions tous aimé connaître de tels hommes.

Source : http://www.worldpress.org/link.cfm?http://worldpress.org/link.cfm?http://www.chinapost.com.tw/taiwan/foreign-affairs/2016/12/20/487193/Govt-confirms.htm

https://www.medias-presse.info/les-hommes-dhonneur-de-hong-kong/66773/

ASSASSINAT d'HENRI III en 1589 par Jacques Clément

lundi 25 avril 2022

Les Immémoriaux (1907) 1/3

  

[Ci-dessus : couverture des Immémoriaux, 1966, avec Deux nus sur la plage de Tahiti (détail) par Paul Gauguin, 1892 [Honolulu Museum of Art]. Dans ce long poème en prose qui chante les Maoris des temps oubliés, Victor Segalen s’attache à peindre l’agonie d’une civilisation, symbolisée par « le Parler Ancien », faite de sagesse et de joie, que vient supplanter l’austère religion des « Hommes au Nouveau Parler ». Malgré les avertissements de son ancien maître Paofaï, le jeune prêtre païen Térii, vaincu par les sarcasmes de ses amis, se laissera à la fin convertir, et se fera serviteur du dieu importé…]

La publication en 1907 par les éditions du Mercure de France du livre intitulé Les Immémoriaux ne fut pas un événement littéraire. Le nom de l’auteur, Max-Anély, était totalement ignoré. Très peu connaissaient le pseudonyme choisi par le médecin de la marine Victor Segalen, mais ces très peu étaient de qualité : Huysmans, Remy de Gourmont, Loti, Jules de Gaultier. La revue du Mercure de France avait publié de Victor Segalen quelques études : Les Synesthésies et l’École symboliste, Gauguin dans son dernier décor, Le double Rimbaud, textes de valeur, mais qui pouvaient passer pour des travaux d’amateur distingué plutôt que pour les premières armes d’un futur écrivain de métier. Ce livre même, si difficile à classer, fut pris sans doute pour le bilan d’une expérience de quelques années passées dans des régions lointaines où lés hasards de la carrière avaient conduit un jeune médecin frotté de littérature. Mais pour nous qui connaissons la suite de l’histoire, nous pouvons distinguer dans ce prélude presque tous les germes d’une œuvre qu’il faut maintenant placer au rang des plus hautes.

On eut vite fait de ranger le livre dans le genre exotique, avec la nuance un peu péjorative de l’expression. Ce malentendu n’est pas entièrement dissipé. Segalen a médité sur la notion d’exotisme, mais la façon dont il l’entend est singulièrement personnelle et profonde. Il ne faut certes pas le classer parmi les collectionneurs d’impressions de voyage, de scènes curieuses, rares ou pittoresques. L’erreur de l’écrivain exotique de style courant, c’est de chercher à tirer à lui le spectacle des choses et des êtres étrangers, de faire entrer de force dans une vision européenne une civilisation originale et par là irréductible à toute autre. L’exotisme dans le sens où Segalen le pratique, inconsciemment d’abord en Océanie, puis d’une façon plus systématique en Chine, ce n’est pas de raconter ce que ressent le voyageur, mais de pénétrer dans l’âme d’un peuple et d’une civilisation pour s’efforcer de les revivre par l’intérieur, avec leurs pensées, leurs croyances et jusqu’à leurs préjugés. Il ne s’agit pas de singer superficiellement les coutumes d’autrui, de verser dans un mimétisme aussi condamnable que l’attitude des amateurs de pittoresque simpliste, mais de dépouiller en esprit sa propre culture pour mieux sentir celle des autres, pour mieux apprécier la différence. « L’exotisme ou l’esthétique du Divers », dit Segalen. L’exotisme ainsi entendu débouche sur une esthétique avec le double sens que peut comporter ce mot, c’est-à-dire, une certaine façon de sentir et une certaine façon de créer le beau. Segalen entreprend non pas d’émousser, mais au contraire d’enrichir sa sensibilité en gardant au spectacle d’autrui sa saveur originale, de donner plus de piment à la joie. L’ascèse qu’exige le dépouillement de sa propre culture entraîne en fin de compte pour le véritable « exote » plus d’intensité dans la jouissance et d’acuité dans les plaisirs. L’artiste y trouve son avantage aussi. La poésie, c’est le refus de l’uniforme, l’horreur de l’habitude et de la confusion. L’exotisme, comme l’amour, distingue au lieu de confondre. Exprimer ou créer le beau, c’est conférer une valeur particulière à certains éléments du monde ou à des formes inventées. Cette esthétique de la diversité est en apparence opposée à la doctrine des synesthésies ardemment défendue par Segalen dans son premier article, mais en apparence seulement. On sait que Baudelaire avait tiré des synesthésies, ou sensations simultanées, une théorie des correspondances affirmant les liens qui unissent le monde matériel au monde spirituel d’une part et qui d’autre part relient entre eux les divers objets de nos sensations : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». Retrouvant ainsi la grande loi de l’universelle analogie que ses successeurs devaient eux aussi exploiter largement, Baudelaire insistait sur l’unité métaphysique du monde et la parenté secrète des choses. Segalen, dans son étude Les Synesthésies et l’École symboliste, négligeant l’aspect métaphysique des théories baudelairiennes, vantait l’emploi des synesthésies comme un moyen de raffiner la sensibilité et le comparait à l’usage des stupéfiants. Mais établir des analogies entre les sensations et les choses, ce n’est pas les confondre, ni les assimiler. La beauté d’une métaphore tient dans le lien qui rapproche deux éléments au premier abord très dissemblables. Reverdy ira jusqu’à dire que plus l’écart est grand, plus l’image ou la métaphore a des chances d’être belle. Il est donc essentiel qu’il y ait au départ dissemblance. C’est bien cette dissemblance que l’exotisme, conçu, comme une esthétique de la diversité, doit accuser. Dissemblance et analogie sont donc complémentaires. La pratique des synesthésies et l’exotisme visent le même but : perfectionner les moyens d’appréhender les diverses et secrètes beautés du sensible, permettre à l’artiste de mieux goûter et de mieux transcrire un monde offert à sa soif et à sa faim.

Pour écrire Les Immémoriaux dans cette perspective, Segalen ne devait rien négliger. Sa documentation est considérable. Il a scruté tous les récits de voyageurs et les études consacrées à la Polynésie. Il n’avance rien qui ne soit justifié ou étayé par des lectures ou des expériences personnelles. Mais ce n’était là qu’un travail préliminaire. Son livre fait figure de traité d’ethnographie si on l’oppose au Mariage de Loti, mais en face des vrais traités tire beaucoup sur le romanesque. Il a voulu faire œuvre littéraire. Celui qui l’a mis sur la voie de l’exotisme véritable, ce n’est ni un voyageur, ni un savant, ni un romancier, mais un peintre : Gauguin. Segalen a écrit un jour au fidèle ami de Gauguin, Monfreid : « Je puis dire n’avoir rien vu du pays et de ses Maoris avant d’avoir parcouru et presque vécu les croquis de Gauguin ». Il arriva à Tahiti le 23 janvier 1903 ; Gauguin se trouvait alors à Hiva-Oa, une des îles Marquises, où il mourut le 8 mai. Segalen ne put le voir avant sa mort, mais mit à profit une escale à Nuku-Hiva, où l’on avait transporté et rassemblé la plupart des objets ayant appartenu au peintre, pour contempler les tableaux et étudier les écrits, en particulier le cahier partant la dédicace : À ma fille Aline. À Hiva-Oa même, où il débarqua vers le 10 août 1903, Segalen interrogea ceux qui avaient connu Gauguin et visita la case où il avait vécu ses derniers jours. De retour en France en 1905, il se lia avec Monfreid et put méditer à loisir devant les magnifiques toiles que celui-ci avait recueillies. À Gauguin il consacra un article publié en 1904, un Hommage publié en 1919 ; dès 1907 il avait, commencé une sorte d’épopée en prose qui devait servir de suite aux Immémoriaux et dont le héros eût été un double mythique du peintre. C’est dire à quel point le fascine ce Hors-la-loi, comme il l’appelle. L’influence de Gauguin fut déterminante. Elle s’exerce sur deux plans. Le plan esthétique d’abord. Ce ne sont pas des anecdotes, des sujets, des personnages qui, aux yeux de Segalen, donnent sa valeur exotique à l’œuvre de Gauguin. Cela, n’importe quel peintre eût été capable de le faire. Mais l’effort prodigieux de l’homme en rupture avec sa civilisation pour se former un style propre à représenter de grandes créatures baignées de soleil et de nuit, à suggérer leurs ferveurs confuses et leurs terreurs hallucinées. Un exemple de style au service d’une singulière sympathie spirituelle capable de comprendre une âme primitive encore toute mêlée aux grandes forces cosmiques, aussi étrangère que possible à la culture raffinée du mouvement symboliste à la fin du XIXe siècle. L’important pour Segalen était que Gauguin ne s’était pas contenté de reproduire les fleurs et les femmes des Marquises, mais qu’il avait su par une stylisation personnelle suggérer l’impalpable, figurer un surnaturel grandiose, atteindre au-delà du réel par la vision de l’imaginaire.

Sur le plan éthique, la leçon de Gauguin ne fut pas moins importante. L’ardente sensualité des toiles, l’amour avec lequel le peintre a représenté le corps des femmes maories, la façon même dont il avait vécu dans ces îles où la joie physique signifiait encore quelque chose, tout cela éveilla de profonds échos dans l’âme du jeune médecin enfin libéré des contraintes religieuses et familiales. Le héros de l’épopée en prose ébauchée est désigné par le titre de Maître-du-Jouir. Sorte de Julien l’Apostat du Pacifique, il tente de ranimer spirituellement et physiquement le peuple maori en lui rappelant le bonheur païen dont il jouissait autrefois. Le rôle spirituel de Gauguin, celui qu’il a rêvé de jouer selon Segalen, était celui d’un apôtre de la joie. Leçon d’exotisme, leçon de sensualité, voilà ce que le peintre a enseigné à Segalen.

Le parti pris d’exotisme éclate dès la première page du livre qui nous introduit d’emblée dans un mode de pensée maori. Le narrateur décrit et interprète les événements de telle sorte qu’il appartient de toute évidence à la race polynésienne. Cette fiction ne se maintient pas tout au long du livre. Par moments Segalen implicitement prend la relève du récitant, mais dans l’ensemble on peut dire que tout est présenté sous l’angle maori. L’écrivain s’est systémati­quement efforcé d’emprunter la morale, les préjugés, les convictions des Tahitiens. Il va plus loin encore, en se faisant plus maori que les Maoris. Le livre est né d’une amère déception. Segalen, dès son arrivée, éprouva le sentiment pénible d’assister au déclin d’une race épuisée. Elle l’était physiquement. L’alcool et la maladie décimaient la population. Elle l’était spirituellement, ce qui est plus grave. La pression des missionnaires protestants, puis catholiques, avait conduit les Polynésiens à renier leur religion, à adopter hypocritement des manières pudiques, à démentir leur nature plus apte qu’aucune autre à la volupté sensuelle. Leur méconnaissance du passé était telle qu’ils en venaient jusqu’à perdre la mémoire des anciens Dires. Contre cet oubli, contre ce reniement, Segalen écrit Les Immémoriaux, comme un rappel à l’ordre joyeux du passé à l’adresse des enfants apostats de la décadence.

C’était aussi une exhortation à soi-même. Les Immémoriaux constituent une exploration par Segalen de ses propres tendances. Dès son premier livre apparaît ce qui sera une règle de sa vie d’aventure et d’esprit, un rythme d’expansion et de concentration. Expansion que ce regard jeté sur les confins, concentration que cet effort pour faire émerger de ses profondeurs des parties fraternelles méconnues. Les années polynésiennes ont révélé à Segalen qu’il était né pour la joie. Il fut trop déçu par le spectacle mesquin des Polynésiens de son temps pour ne pas tenter de reconstituer le bonheur des anciens jours. C’était son bonheur personnel qu’il célébrait du même coup. Nietzsche était là pour l’aider, pour lui souffler que les sociétés et les églises sont des obstacles dérisoires pour qui a pris le courageux parti du bonheur. Et c’est un peuple situé par-delà le bien et le mal, indifférent à tout ce qui ne contribue pas aux jouissances de la vie, osant regarder sans terreur les splendeurs offertes à sa convoitise, que Segalen a su animer dans les premières pages de son livre qui forment l’ouverture joyeuse de cette sombre histoire. Ce récit de la décadence d’un peuple est aussi celui d’une renaissance individuelle le chant d’une âme délivrée. C’est un serment à la joie.

Le poète ne s’est pas encore tout à fait déclaré dans Les Immémoriaux, mais à bien des signes on remarque que Segalen médite sur la nature de la poésie. Les idées exprimées dans la préface de Stèles sont déjà suggérées par certains épisodes du livre. L’importance accordée au langage ne trompe pas. Au premier chapitre, la défaillance de mémoire de Térii prend une valeur symbolique. Elle s’affirme comme le symptôme de la décadence polynésienne. Lorsque au cours de la cérémonie publique le même accident se produit, la rupture entre le présent corrompu des Tahitiens et leur glorieux passé est officiellement consommée. Désormais se pose la question angoissante de découvrir s’il existe encore un homme capable de réciter les anciens Dires, tant il est vrai que le langage est le grand mainteneur des cultures. De là le sens de l’épisode dramatique, sujet de la deuxième partie du livre, où l’on assiste à l’agonie de Tupua, le dernier qui sache encore le langage sacré. Tout n’est pas perdu cependant. Un enfant a recueilli, à l’insu de tous, les mots proférés par la bouche expirante. Il saura les redire. On voit poindre là une conception mystique du langage selon laquelle le mot crée la chose et la soutient dans l’être. Dire, c’est créer, et chanter, maintenir. La découverte du monde chinois ne pourra que confirmer Segalen dans cette opinion. Il a bien senti que la décadence des Maoris avait commencé avec l’oubli et la désacralisation des mots, et qu’une culture ne peut se ranimer que si l’on rend sa dignité à un langage dont le rôle primitif est d’être un conservatoire de dieux.

À suivre

État régalien et communautés organiques : quel équilibre ?

Le sorcier Gaufridi - Les possessions d'Aix en Provence

Découverte archéologique : la plus ancienne « Nativité » aurait 5000 ans

 

Un enfant à côté de ses parents, deux animaux tout proches, un astre dans le ciel : cela pourrait être la plus ancienne « Nativité » avant la lettre jamais découverte jusqu’à aujourd’hui. Selon l’ANSA (Agence nationale de presse italienne) qui rapporte cette découverte, le géologue Marco Morelli, directeur du Musée des Sciences planétaires du Prato en est convaincu. Cette peinture rupestre a été dessinée il y a 5000 ans dans une petite grotte du Sahara égyptien, rebaptisée « Grotte des parents ».

La grotte a été découverte durant une expédition dans le désert organisé avec l’Institut National d’Astrophysique d’Italie et l’Université de Florence.

La découverte remonte à 2005 mais les chercheurs ont décidé de ne l’annoncer que maintenant après avoir effectué d’ultérieurs inspections et approfondissements.

« Notre expédition géo-archéologique était née avec l’objectif d’explorer certains sites entre la vallée du Nil et le Gilf el-Kébir. A la recherche de structures géologiques semblables à des cratères d’impact, de peintures rupestres déjà connues et de certaines caves d’ocre utilisées par les Égyptiens » raconte Morelli. « Après 20 jours dans le désert j’avais fini mon travail de géologue. Et ainsi, par curiosité, je me suis aventuré tout seul le long d’un canal qui se ramifiait au fond de la vallée principale. »

Quand il a rejoint une zone isolée, le chercheur a buté sur une petite cavité semblable à une grotte, creusée par l’eau dans la roche.

« Une fois rentré, j’ai levé les yeux au plafond et j’ai vu cette représentation surprenante, qui m’a tout de suite rappelé la Nativité de la tradition chrétienne. »

Le dessin, l’unique de la grotte, a été réalisé en ocre rouge-brun, probablement par des tribus nomades de chasseurs et cultivateurs du Néolithique. Au centre, trois figures humaines : un homme à droite, une femme à gauche et entre eux un enfant, positionné un peu plus haut par rapport aux parents, avec une forme presque en étoile, probablement pour représenter l’augure pour une naissance ou une grossesse. Sur les jambes et les bras des trois, on perçoit des signes pareils à des tatouages et des bracelets. Plus loin, sont visibles deux animaux d’interprétation difficile. Peut-être un mythique «  lion des cavernes » et un singe genre babouin.

Sur la droite enfin, est visible une petite figure circulaire qui pourrait symboliser une étoile à l’horizon.

« Il est probable que la peinture rupestre représente une figuration « classique » pour cette période de la naissance d’un enfant et de la formation d’un noyau familial, ou alors un rituel de souhait pour la naissance d’un garçon » souligne le chercheur. « Dans nos recherches nous n’avons pas trouvé d’autres Nativités comparables aussi anciennes. Il existe beaucoup de scènes familiales mais dans des contextes et positions très différentes, parties de chasse, danses, personnes qui marchent. Tandis qu’ici, nous trouvons une famille isolée. Avec deux animaux proches qui paraissent participer à l’événement de la naissance et sous ce qui ressemble à un astre. Nous n’avons pas trouvé de scènes comparables avant l’ère paléochrétienne. »

Se pourrait-il que ce dessin rupestre représente la « Nativité »  du Sauveur ante-litteram ? Si l’on lit Mgr Gaume, la croyance d’un Sauveur pour l’humanité remontait aux « antiques traditions venues des révélations primitives. La mieux conservée était celle qui annonçait la venue d’un Dieu, roi, législateur et libérateur du monde. » (in Biographies évangéliques)

Dans le dictionnaire de Théologie de l’abbé Berger, éditée en 1844, au mot Réparateur, on lit :

« il demeure bien établi que le fait de la chute première est au fond des croyances et des cultes de tous les peuples connus. » Il en est de même de l’attente d’un Réparateur : « L’attente du Réparateur se trouve au fond des croyances et des cultes de tous les peuples connus » De nombreux auteurs, continue le dictionnaire « avouent formellement que tout l’ancien monde a attendu un libérateur. A ces traditions s’en joignent d’autres également frappantes sur la Vierge Mère. »

Cette croyance primitive en l’attente d’un Réparateur ou Sauveur pourrait donc être l’inspiratrice de cette « Nativité » vieille de 5000 ans ! Qui conte  3000 ans à l’avance, l’événement d’un Dieu qui s’est fait petit enfant, à Bethléem,  il y a deux mille ans, pour sauver toute l’humanité.

Saint et joyeux Noël à tous.

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/decouverte-archeologique-la-plus-ancienne-nativite-aurait-5000-ans/66820/

samedi 23 avril 2022

Le Nouveau Testament

 

Les éditions Kontre Kulture ont fait un très beau travail en rééditant de façon très soignée Le Nouveau Testament, en veillant à choisir la traduction de l’abbé Augustin Crampon et en proposant cet ouvrage indispensable à tout chrétien pour le montant imbattable de vingt-cinq euros.

Le choix de la traduction était essentiel car il circule quantité de mauvaises traductions, par maladresse ou par volonté, dont celles de sectes qui trompent leurs fidèles. La traduction de l’abbé Augustin Crampon est communément admise par les théologiens catholiques comme la meilleure et la plus exacte qui soit, une exactitude savante et minutieuse qui reproduit jusqu’aux moindres nuances. L’abbé Augustin Crampon (1826-1894) est un théologien et exégète qui enseigna au séminaire de Saint-Riquier dans le diocèse d’Amiens. Connaisseur de l’hébreu, de l’araméen et du grec, il entreprit une traduction des Evangiles à partir des textes anciens qu’il accompagna d’abondantes notes historiques, géographiques, théologiques ou simplement morales, mettant le sens profond de ces textes sacrés à la portée des profanes.

Cette édition du Nouveau Testament reprend la première publication (1864) de la traduction des Evangiles de l’abbé Crampon et les livres qui les complètent (Actes des Apôtres, Epîtres et Apocalypse revus en 1904 par des pères de la Compagnie de Jésus et des professeurs de Saint-Sulpice).

Ce texte sacré, c’est le Sauveur du monde agissant et parlant comme ses disciples l’ont vu parler et agir; c’est l’Evangile avec ses miracles et ses dogmes, sa morale pure et ses immortelles espérances, le même Evangile qui offre le remède, l’apaisement des esprits, la consolation des âmes croyantes, l’affermissement dans la foi des âmes ébranlées par le doute, et peut-être le retour de celles qui ne croient plus. Ce livre ne s’adresse donc pas seulement aux catholiques les plus pieux. L’Evangile convient à tous : d’une simplicité et d’une profondeur sans égale, il est accessible à un enfant et fait l’étonnement des sages. Les pensées, les expressions ont le rayonnement tranquille et pénétrant de la vérité. Quiconque ouvrira à cette lumière un œil pur, à ces accents une oreille sincère et recueillie, sentira quelque chose de divin descendre dans les profondeurs de son être. 

Le Nouveau Testament, traduction de l’abbé Augustin Crampon, éditions Kontre Kulture, 870 pages, couverture cartonnée, édition cousue, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-nouveau-testament/66976/

vendredi 22 avril 2022

"Qu'est ce que la puissance?", Frédéric Encel est l'invité d'Hadrien Des...

Petite histoire des guerres de Vendée (Henri Servien)

 

Henri Servien est un journaliste, historien et écrivain catholique français.

Après avoir discerné les causes successives et le motif central de cette guerre de l’Ouest qui suit la révolution française, Henri Servien passe en revue les chefs de la révolte paysanne. Parfois, des fils du peuple sont aux commandes, et l’auteur nous présente les admirables figures d’un Cathelineau ou d’un Stofflet. Mais le plus souvent, il s’agit des « bons nobles » de la Vendée militaire. Or, ce ne sont pas eux qui ont revendiqué l’honneur de mener la guerre.

Ce sont au contraire leurs paysans qui viennent les chercher, presque de force. Ainsi du sage et preux comte d’Elbée, ainsi du très jeune « Monsieur Henri » (La Rochejaquelein), et de M. de Lescure, de M. de Bonchamps, de MM. de Sapinaud. Ainsi aussi du chevalier Charette, qui sera le plus célèbre de tous et qui, lui aussi, aura tenté de se dérober. Tous ces nobles, anciens officiers ou fils d’officiers, estiment en effet que la révolte campagnarde est une pure et simple folie.

Cette guerre de Vendée est une guerre populaire, voulue et menée par des paysans que les intrus révolutionnaires sont venus offenser et persécuter chez eux.

« Ces Vendéens étaient des géants« , écrit Napoléon. Ajoutant que si les Bourbons avaient daigné se mettre physiquement à la tête des Blancs, c’est-à dire des paysans et des nobles royalistes qui défendaient leur cause, ladite cause était gagnée et la désastreuse Révolution, perdue. C’est à Napoléon que l’on doit encore cette phrase : « Quand on pense à combien peu tout cela a tenu…« 

La guerre de Vendée, ce sont aussi les massacres et les tortures infligées aux familles vendéennes par les soldats de la République : bébés embrochés sur des baïonnettes, femmes enceintes dans le ventre desquelles on faisait brouter les chevaux, tueries des « colonnes infernales », enfants et vieillards poussés vivants dans des fours « pour cuire le pain de la République », noyades de Nantes, corps entassés par centaine dans des puits,…

Lisez ce livre dense et puissant et vous entendrez passer « l’immense cortège des martyrs en sabots… ».

Petite histoire des guerres de Vendée, Henri Servien, préface de Michel de Saint-Pierre, illustrations de René F. Follet, éditions de Chiré, diffusion par les éditions Elor, 190 pages, 26,70 euros

A commander en ligne sur le site du diffuseur

https://www.medias-presse.info/petite-histoire-des-guerres-de-vendee-henri-servien/67039/

Jugements, condamnations et assassinats politiques dans la Grèce ancienne.

jeudi 21 avril 2022

L'absolutisme : une histoire française

Il faut lire Victor Segalen

  

[Ci-dessus :  Portrait de V. Segalen par George-Daniel de Monfreid (ami de Gauguin), 1909]

Breton errant dans sa quête à la licorne, Segalen, esprit libre et curieux… Segalen, Poète assoiffé d’absolu et tout entier hostile aux dogmes. Segalen, amoureux des lointains empires… Homme des grandes passions, les plus folles - celles de l’âme - espace secret où s’écoule le fleuve du Mystère. Il est l’archéologue du vertige, l’explorateur des sens, le chantre des stèles tutélaires.

Victor Segalen naît à Brest le 14 janvier 1878. Issu d’une famille bourgeoise, il étudie chez les Jésuites, puis il prépare le concours d’entrée à l’École de Santé Navale de Bordeaux. De formation scientifique, on lui doit une étude sur la pénétration des corps opaques à la lumière par les rayons X. Très tôt toutefois, il se sent attiré par la littérature. Sa thèse de doctorat porte sur « les cliniciens ès-lettres : Les névroses dans la littérature contemporaine ».

Il s’embarque pour Tahiti en qualité de médecin à bord d’un aviso. Il a bon espoir d’y rencontrer Gauguin… mais celui-ci meurt peu avant son arrivée (1903). De son passage à Papeete, il tirera un livre, Les Immémoriaux, publié sous le pseudonyme de Max-Anély (1907). Sa carrière l’amène ensuite en Chine, où il rencontre Paul Claudel et Auguste Gilbert de Voisins. Chine fabuleuse, qu’il découvre en médecin, en archéologue, en interprète (il est diplômé de l’école des langues orientales)… sans négliger les retombées littéraires : Stèles, René Leys, etc.

D’une ultime mission à Nankin, il revient épuisé (1918). Toujours fidèle à l’éthique du Poète, il compose ces dernières lignes : « Je me venge de ma chair moins robuste en en faisant un poème lyrique d’escalade et d’effort ». Dernier poème que la mort viendra parapher le 21 mai 1919, dans les sombres allées de la forêt de Huelgoat.

Fils des vaisseaux de granit…

Victor Segalen déclare : « La Bretagne d’où je sors est pour moi aussi exotique que le corail d’Océanie ». En effet, ce breton voyage avant tout par l’esprit. Long cheminement de son essence celtique à travers “l’exil” des réalités. Tableau d’ambiguïtés. Segalen emprunte l’éclairage des pays qu’il sillonne : le réel s’y voit utilisé/détourné pour sublimer l’espace et effacer le temps. Insatisfait, il erre d’abord « pour se trouver lui-même ». Dans une lettre à Jules de Gaultier — autre breton — il confie : « Je cherche délibérément en Chine, non pas des idées, non pas des sujets, mais des formes ». L’archéologie, la médecine, l’ethnologie, autant de moyens. Segalen aspire à l’Absolu.

Les tombes jalonnent son itinéraire : stèles chinoises, ou aires sacrificatrices maories. Si la vie est mystère, si la vie n’est qu’inhumaine préface à la mort, si l’exil n’est qu’une mort différée, il ne peut plus être question que de rejeter prétextes et reflets… et partir à la suite de Segalen vers l’île du Moi : traverser l’océan des abîmes grossiers pour écouter retentir l’hymne à la Connaissance.

Le Poète navigue dans les antres de la personne. Le recueil des Stèles (1912) contient cette belle formule : « la stèle de pierre garde l’usage du poteau sacrificatoire et mesure encore un moment ; mais non plus un moment du soleil du jour projetant son doigt d’ombre. La lumière qui le marque ne tombe point du cruel satellite et ne tourne pas avec lui. C’est un jour de connaissance au fond de soi. L’astre est intime et l’instant perpétuel ». Vision esthétique… La poésie descend dans le cœur, l’écriture imagine la clé spirituelle du monde. L’homme s’oublie : il ne vacille plus, il se soustrait au temps.

« L’immuable n’habite pas vos murs, mais en vous, hommes lents, hommes continuels ». Voilà le message qu’il adresse aux hommes, message qui n’est pas sans rappeler celui des Lao-Tseu, Platon, Schiller…

La sensation d’une réalité est prélude à l’éternité. Poète, il est l’oracle des dieux. Soif de mystère et désir de connaissance, ombre et lumière. Non pas béatitude et niaiserie, mais dilemme, mais turbulence, mais mouvement. Segalen chante le verbe et connaît le sens sous-jacent : « quand le vide est au cœur du souterrain et dans le souterrain du cœur — où le sang même ne coule plus — sous la voûte alors accessible peut se recueillir le nom ». Le vide devient création… l’harmonie s’écoule d’elle même. Point de départ et point d’arrivée. Segalen dirige ses pensées sur les traces de l’unique, et de sa diversité.

Par delà le bien et le mal, il est souffle du sang et esprit du sol. Il vibre des accents de cet éternel combat du bien et de la beauté et, de ce conflit il sort vainqueur, faisant sienne la riche formule d’August von Platen-Hallermünde : « Devant l’autel de la beauté, le bien même doit s’incliner ».

Henry Amer écrit de Segalen : « Sorte de Julien l’Apostat du Pacifique, il tente de ranimer spirituellement et physiquement le peuple maori en lui rappelant le bonheur païen dont il jouissait autrefois ».

… et rebelle païen

Dépassons l’exotisme du décor. Segalen séjourne en Océanie, mais ses pensées ne se détournent pas pour autant de la terre bretonne. C’est parce qu’il est breton, enraciné dans sa Celtitude et dégagé des principes judéo-chrétiens, que Segalen écrit Les Immémoriaux. C’est parce qu’il ressent les ravages de la religion monothéiste, religion du désert, qu’il pense Les Immémoriaux. Dira-t-on jamais assez à combien de génocides et d’ethnocides se sont livrés les missionnaires ! À ce seul titre de défenseur, avant le terme, de l’ethnopluralisme, Segalen mériterait de passer à la postérité.

Contre le reniement des traditions, Segalen se dresse. C’est un vibrant plaidoyer en leur faveur qu’il proclame. Il prône fortement la connaissance du passé, et, partant, la fidélité aux ancêtres et à leurs enseignements. Dans Les Immémoriaux toujours, la défaillance de mémoire de Terii est symbolique : l’oubli des rites anciens — et de leur signification — annonce la décadence d’un peuple, la rupture entre le passé et le présent. C’est aussi et surtout à l’enchaînement du temps que l’homme doit de se souvenir d’être “homme”. « Ceci n’est point du temps qui se mesure. Acclamons la vertu du passé, le portant comme une chaîne, mais qui soit d’or ».

Segalen puise sa substance — et son souffle — dans la Tradition. Ses écrits stigmatisent la décadence de l’empire maori. Et ses lignes s’adressent aussi à tous les peuples, à toutes les ethnies dont le particularisme est menacé par les agents du rouleau compresseur égalitariste. Tous, nous pouvons nous demander si la Bretagne aussi (mais la remarque vaut pour tant de patries charnelles en Europe !) n’a point « en même temps que de dieux et de prêtres, changé d’habitants ou de ciel ».

Écoutons ce message, ce réquisitoire dressé par Segalen contre les peuples soumis, et méditons ces paroles : « Vous avez perdu les mots qui vous armaient et faisaient la force de vos races (…) vous avez oublié (…) et laissé fuir les temps d’autrefois… Les immémoriaux que vous êtes, on les traque, on les disperse, on les détruit ! »

La trame est “religieuse”… comme dans Stèles, suite d’appels lancés à la face de la mort, signes dont le Poète modèle le sens, symboles qui ne sont que l’illustration d’un esprit.

Segalen taille ses phrases dans la masse religieuse… Il revitalise le Signe. La religion peut redevenir mesure du divin. H. Amer peut dire : « Ce récit de la décadence d’un peuple est aussi celui d’une renaissance individuelle, le chant d’une âme délivrée ». Segalen se révoltant, sa création veut atteindre un autre monde où l’imaginaire est fécondé par le rêve mystique ; à son tour, il s’enfonce à la recherche d’« un Graal lointain et si proche ».

Dans une lettre à sa femme, il note : « Il y a toujours le mystique orgueilleux qui sommeille en moi. Et ce sera même une haute joie que d’approfondir — ô si lentement — le sillon qui me sépare d’Augusta (1) : lui catholique et non mystique, moi si anticatholique pur, mais resté d’essence amoureux des châteaux dans les âmes et des secrets corridors obscurs menant vers la Lumière ».

Rebelle, il lance son cri… le cri enflammé de l’homme libre : « Je consacre ma joie et ma vie à dénoncer des règnes sans années, des dynasties sans avènements, des noms sans personnes, des personnes sans noms, tout ce que le souverain ciel englobe et que l’homme ne réalise pas ». Victor Segalen ressuscite le passé aux hommes des mornes temps présents. Il vibre de cette souveraine passion. Son combat est aussi le nôtre, car le « divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté… »

Bernard Rio, Artus n°1, 1979.

1. Il s’agit du comte Auguste Gilbert de Voisins (1877-1939). D’un voyage en Chine avec Segalen, il rapporte Écrit en Chine (1913).

Bibliographie sommaire

 Œuvres posthumes

Liste des titres parus chez Fata Morgana.

 En collaboration

  • Segalen et Claude Debussy : Textes (1962)
  • Segalen, Gilbert de Voisins et Lartigue : Mission archéologique en Chine (1914-1917)
  • L’art funéraire à l’époque des Han (1923-1925)

Études

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/12

Thiriart (Yannick Sauveur)

 

Yannick Sauveur a fait partie des proches de Jean Thiriart pendant près de vingt ans.

Jean Thiriart (1922-1992), peu connu du grand public, fut le fondateur d’une organisation transnationale appelée Jeune Europe qui, dans les années soixante, défendait le concept de nationalisme européen et préconisait une Europe de Vladivostok à Dublin.

Né à Bruxelles, Jean Thiriart avait commencé son engagement politique dès ses 14 ans (en 1936) au sein de la Jeune garde socialiste unifiée et l’Union socialiste anti-fasciste avant de rejoindre en 1941 les Amis du Grand Reich Allemand (AGRA), ce qui lui valut un séjour en prison après la guerre. A sa libération, il gagne très bien sa vie dans une activité d’opticien et structure même cette catégorie professionnelle dont il devient un représentant officiel. En 1960, l’ex-Congo Belge accède à l’indépendance et Thiriart s’active au sein des opposants à la décolonisation regroupés dans le Comité d’action et de défense des Belges d’Afrique puis le Mouvement d’Action Civique (MAC) qui prône la moralité publique et dispose d’un journal qui s’appellera tour à tour Belgique-Afrique puis Nation Belgique et enfin Jeune Europe qui apporte rapidement son soutien à la bataille pour l’Algérie française. Jean Thiriart apporte alors son appui à l’OAS.

Le Congo belge perdu, l’Algérie française perdue, Thiriart recentre son engagement dans la promotion d’un nationalisme européen dont l’ennemi est l’Amérique. Dès 1968, Thiriart se rend à Bagdad et s’intéresse au combat palestinien. Il prend aussi des contacts en Russie, qui est encore l’URSS. Puis défend le communautarisme comme alternative au communisme soviétique.

Au final, Thiriart reste un inclassable, aujourd’hui oublié et curieusement connu avant tout parmi les milieux nationalistes italiens. 

Thiriart, Yannick Sauveur, éditions Pardès, collection Qui suis-je ?, 128 pages, 12 euros

Pour le commander en ligne.

https://www.medias-presse.info/thiriart-yannick-sauveur/67075/

Le continent perdu de Mu - Du Mythe à la Réalité

mercredi 20 avril 2022

Mosquées Radicales : ce qu’on y dit, ce qu’on y lit (Joachim Véliocas)

 

Joachim Véliocas dirige l’Observatoire de l’islamisation et est analyste pour l’institut de géostratégie Wikistrat. Il est l’auteur de plusieurs livres d’enquête sur l’islamisme en France.

Dans une interview au Figaro Magazine (2 septembre 2016), l’islamologue Malek Chebel admettait ceci :

« Il y a au moins deux types d’islam, l’un violent, l’autre non. L’un est inscrit dans une longue durée. Il est vain d’en nier la dimension expansionniste et donc la violence. Cela commence par l’épopée dite arabe qui a porté le sabre jusqu’en Andalousie. Et je ne suis pas de ceux qui se voilent la face, les liens de cet islam violent avec le Califat et les chefs de l’EI sont publiquement affirmés.« 

Selon le chiffre du ministère de l’Intérieur, 148 mosquées (sur les 2.500 que compte le territoire français) seraient « radicales ». Mais seules une vingtaine ont été fermées. Alors sur quelle grille d’analyse peut-on parler de « radicalisation » ? Ce livre montre que bien des mosquées diffusent des écrits, des prêches ou des invitations de prédicateurs comprenant des appels à un djihad offensif ou des justifications de peines physiques (hudûd) à l’encontre des apostats ou des réformateurs considérés hérétiques (zindiq).

Joachim Véliocas passe en revue ce qu’on dit et ce qu’on lit dans des mosquées du courant des Frères Musulmans (à Amiens, Mulhouse, Cergy, Reims, Montpellier et Givors), des mosquées du courant salafiste (à Marseille, aux Mureaux, à Longwy, Saint-Dizier, Villiers-sur-Marne, Brest, Joué-les-Tours, Torcy, Ecquevilly, Sarcelles, Pontoise et en Seine-Saint-Denis), des mosquées malékites (à Nancy-Tomblaine, Créteil, Argenteuil, Toulouse-Le Mirail) et des mosquées turques de Milli Görüs. Il indique les lieux, les références précises. Le visionnage de dizaines d’heures de conférences et prêches en ligne lui a permis de repérer des discours épouvantables. Un chapitre est également consacré aux nouvelles écoles de la fédération de l’enseignement musulman lancée par l’UOIF.

Cet ouvrage contient d’abondantes citations des principaux « savants » référents des courants islamistes des Frères Musulmans et des wahhabites saoudiens. Le résultat est effrayant.

L’islamologue Hamadj Redissi, professeur à l’université de Tunis, écrit :

« Un lecteur occidental ne manquera pas d’être dérouté par la table des matières de tout manuel de droit musulman. (…) Le manuel inclut immanquablement le « Livre du jihad », devoir collectif incombant à la communauté dans son ensemble et non à une personne particulière. Il est exclusivement consacré à la « guerre sainte », et ce, contrairement à une opinion aujourd’hui courante qui voudrait nous faire croire que le corpus juridique se souciait de « jihad spirituel ». C’est l’occasion d’épiloguer sur le statut des non-musulmans, la cible justement du jihad.« 

Mosquées Radicales, Joachim Véliocas, éditions DMM, 318 pages, 24 euros

A commander en ligne chez l’éditeur

https://www.medias-presse.info/mosquees-radicales-ce-quon-y-dit-ce-quon-y-lit-joachim-veliocas/67078/

Abel Bonnard ou l’exemple de la cohérence 3/3

  

[Ci-contre : couverture de la première édition de 1936. Abel Bonnard analyse la lâcheté des modérés, autre nom des conservateurs, paralysés par leurs adversaires parce qu'ils ignorent que “le premier réalisme, en politique, est de connaître les démons qui se sont cachés dans les mots” et dont la faiblesse “vient beaucoup de ce qu'ils n'ont pas la moindre doctrine”. Égoïstes troublés et opportunistes, les modérés sont incapables de défendre la société]

Jouissant encore des résidus d’un certain ordre dont ils ont hérité sans en connaître le prix et sans jamais songer à le défendre vraiment, les modérés sont pour Bonnard la quintessence de la médiocrité française, l’expression la plus basse du type humain que fabrique la modernité en général : “l’individu”. C’est en tant qu’il est d’abord un individu — à savoir un homme « réduit par l’exigence de la vanité à l’indigence du Moi […], prompt à se pousser dans une organisation sociale dont il profite sans la soutenir » — que le modéré s’oppose nettement au réactionnaire, « plus fier de l’ensemble auquel il reste attaché que des facultés dont est parée sa nature ».

Débiteur qui ne se sent jamais d’obligation envers le passé de sa nation et la communauté à laquelle il appartient, le modéré est devenu peu à peu le modèle de toutes les classes et ses défauts ont fini par atteindre les couches populaires, donnant lieu à la misérable figure sociale de “l’assisté”, dont Bonnard, près d’un demi-siècle avant que le mot se répande, avait tracé, devant les chefs miliciens, un portrait plus vrai que nature : « L’individu, c’est le dernier produit d’une société qui devient stérile, c’est l’être humain tombé de la plénitude de l’homme dans l’exiguïté du Moi, c’est le nain arrogant, l’avorton prétentieux qui, toujours content de soi, n’est jamais content des autres, qui, restant toujours isolé sans être capable de vivre seul, à la fois dissident et dépendant, est l’atome d’une foule au lieu d’être l’élément d’un peuple. L’individu vit perpétuellement dans un état de désertion sociale. Il prétend être entretenu par une société qu’il n’entretient pas, il demande sans apporter, il voudrait tout recevoir sans rien donner et, dans une société décomposée, il représente un abaissement et une déchéance qui se retrouvent à travers toutes les classes » (37).

Énoncé dans Les Modérés, soit plus ou moins à l’époque où Drieu opposait « la France du camping » à celle de « l’apéro » (on sait que l’une et l’autre se sont très facilement retrouvées depuis), ce rejet du Français-type de la démocratie façon Front Populaire, tout entier résumé dans la formule “j’ai ma combine”, va se durcir encore chez Bonnard pour atteindre à une véritable répulsion qui, dans un style tout différent, n’est pas moins forte que celle de Céline. L’un et l’autre, sous l’Occupation, éprouveront un dégoût physiologique devant la lâcheté, l’attentisme et l’égoïsme de millions d’“individus” français. C’est Céline vilipendant en 1941 les petits-bourgeois gonflés de “droits” : « Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c’est tout. Ils ont pas un autre programme. Ils veulent revendiquer partout, en tout et sur tout et puis c’est marre. C’est des débris qu’ont des droits » (38). Et c’est Bonnard mettant le doigt sur la plaie dans Je suis partout le 25 août 1940 : « Regardez-le, cet homme que la démagogie bourgeoise […] a multiplié chez nous en tant d’exemplaires, à la fois mou et fanfaron, avachi et prétentieux, ne se contentant pas de se relâcher en tout, mais mettant encore un plumet de fatuité à sa négligence » (39).

L’autre point par où la critique de Bonnard s’exerce contre la psychologie sociale des modérés est le verbalisme, le règne des mots, l’inflation verbale. En cela aussi, Bonnard se rattache à toute une lignée de la culture de droite, et plus précisément du traditionalisme anti-moderne, que soude, par-delà des jugements fort différents sur le christianisme, l’insistance sur le thème de la modernité comme âge de la “discussion perpétuelle” (40). Cette dernière formule est de Donoso Cortés, pourfendeur de la bourgeoisie comme “classe discuteuse” par excellence, et qui s’était bien aperçu que, du point de vue de la philosophie démocratique, « la discussion est la vraie loi fondamentale des sociétés humaines et l’unique creuset où, après fusion, la vérité, dégagée de tout alliage d’erreur, apparaît dans sa pureté » (41). Maurras, de son côté, prononcera un jugement analogue : « La République est le régime de la discussion pour la discussion et de la critique pour la critique. Qui cesse de discuter, qui arrête de critiquer, offense les images de la Liberté. La République, c’est le primat de la discussion et de la plus stérile » (dans L’Action française du 22 novembre 1912).

Mais ce qui fait l’originalité de Bonnard, c’est que sa critique de la rhétorique, dont les modérés lui apparaissent comme les champions, s’intègre à une analyse de vieux défauts spécifiquement nationaux que les Français doivent quitter absolument. Le délicat qu’était Bonnard, admirateur de la vie de société portée dans la France du XVIIIe siècle à une manière de perfection, s’était également convaincu que la France moderne « est le pays où les défauts des salons sont descendus dans les rues ». En somme, seuls les charmes de l’ancienne société ne sont plus là, « ses inconvénients durent encore ».

La fatuité bien française qui consiste à croire la bataille gagnée avant de l’avoir engagée, le goût incorrigible pour les bons mots qui évite de penser vraiment et pour la petite anecdote mesquine, le besoin de paraître en toutes circonstances pour masquer le manque d’originalité vraie, la frivolité devenue de longue date une maladie sociale, sont décortiqués dans Les Modérés mieux que dans tout autre livre sur la psychologie nationale. Bonnard estime que les Français, toutes classes sociales confondues, se caractérisent par un « incroyable éloignement du réel » ; leur « curiosité volage pour toutes les idées », qui fait qu’ils se croient généralement très malins, n’est pour lui « que l’incapacité d’en retenir fortement aucune ».

La démocratie, qui érige le café du commerce en système de commentaire permanent de la vie, où le premier crétin venu peut se flatter d’avoir des opinions sur tout à la mesure même de son ignorance, a donc renforcé un vieux défaut national et fourni des conditions idéales, s’il est permis de s’exprimer ainsi, à l’épanouissement béat du phraseur parasitaire. Mais ce que le génie de Bonnard pour saisir la psychologie des peuples met bien en relief, c’est que cet égotisme extrême ne débouche même pas sur une quelconque originalité intéressante.

On sait que l’Angleterre a la réputation justifiée d’être le pays des bizarres et des sociétés d’excentriques. Or Bonnard, dans un écrit postérieur d’un an aux Modérés, avait bien vu tout ce qui sépare l’individualisme français, vêtu de sa seule médiocrité, de l’originalité authentique dont certains Anglais, natifs d’un vieux pays dont l’identité profonde n’a pas été déchirée par les remous de l’histoire, étaient et sont capables de faire preuve. Une intuition infaillible le guide ici, qui lui fait écrire à propos de l’originalité : « En France, elle est ajoutée à l’individu, on pourrait la lui ôter. En Angleterre, elle lui est inhérente. En France, elle est artificieuse et volontaire, en Angleterre ingénue et involontaire. En France, c’est souvent un plumet dont s’attife l’individu ; la prétendue singularité n’est qu’une bravade de l’homme ordinaire. Elle a des origines sociales et non naturelles, c’est une façon de paraître et non d’exister. Elle a des causes mondaines, et ainsi elle est déterminée d’avance par les tendances et par les modes de cette société où l’individu la manifeste. En Angleterre, au contraire, l’originalité visible de l’individu exprime sa singularité réelle […], celui qui la manifeste ainsi se moque de l’opinion, et ne se soucie pas de l’applaudissement social » (42).

Appliquée à la vie politique, la logomachie démocratique fait l’objet de deux remarques essentielles, d’une actualité étonnante, de la part de Bonnard. L’une est d’ordre général et porte sur la guerre sémantique, l’une des caractéristiques majeures du XXe siècle : « Le premier réalisme, en politique, est de connaître les démons qui sont cachés dans les mots ». L’autre est d’ordre local, et chaque jour qui passe en confirme le bien-fondé : « La France est le pays où l’on a peur des mots, comme dans d’autres on a peur des fantômes : en face de ceux qui servent d’épouvantails, il y a ceux qui servent d’appâts ».

La peur française des mots n’empêche pas de parler, bien au contraire. C’est une fausse peur soigneusement calculée qui vise à ahurir par des mots et à couper la parole, à interdire de parole ceux qui ont été préalablement désignés par certains mots employés comme des armes. Cela ne vaut pas seulement pour des termes comme “extrême droite”, “racisme”, “fascisme”, “nazisme”, devenus indéfiniment applicables et extensibles depuis 1945. À l’époque des Modérés, il était déjà admis qu’un “conservateur” est nécessairement hostile à tout “changement”, qu’un “réactionnaire” ne peut que tourner le dos à toute espèce de “progrès”, qu’un catholique convaincu est un homme prisonnier de “dogmes dépassés”, quand d’autres, les francs-maçons par exemple, ont pour eux la “tolérance” et la “liberté d’esprit”.

Mais il est vrai que ces formes de péjoration n’étaient rien en comparaison de la gigantesque imposture lexicale du soi-disant “racisme” d’aujourd’hui. En effet, si les mots avaient encore un sens dans ce pays subverti jusqu’à la moelle, le mot “racisme” devrait désigner exclusivement une idéologie affirmant le caractère central du facteur racial dans le cadre d’une tentative d’explication de l’histoire, ou bien soutenant la supériorité d’une ou plusieurs races sur les autres, et le droit subséquent des premières à exploiter, voire à exterminer les secondes. Or, tout cela n’a strictement rien à voir avec la tradition doctrinale du mouvement national en France, où les théoriciens du “racisme” n’ont jamais eu le moindre succès. Avec l’antiracisme actuel, on sort en fait de toute rationalité, de toute logique, pour tomber dans le conditionnement de masse. Comme l’a bien vu Jules Monnerot, « l’antiracisme est un racisme contre les racistes », ou, plutôt, contre ceux ainsi qualifiés. « Le groupe détesté est construit par le groupe détestateur qui sélectionne des traits réels et même, en plus, des traits imaginaires, traits qui sont l’objet de rites d’exécration et de malédictions collectives à la mode du XXe siècle réputé civilisé, surtout de malédictions médiatiques. Ce sont techniquement les plus parfaites excitations à la haine qu’on ait connues dans l’histoire de l’humanité »(43).

Rééditer Les Modérés, c’est donc aussi participer à l’entreprise de démontage du terrorisme intellectuel savamment mis en œuvre par les défenseurs des idées “généreuses”.

Enfin, il est évident que l’ouvrage de Bonnard est plus actuel que jamais si on le replace dans l’histoire de la droite française au XXe siècle. L’opposition modéré/réactionnaire sur laquelle Bonnard revient à plusieurs reprises, recoupe deux autres oppositions qui n’ont cessé de marquer le mouvement national en France : celle des “nationaux” et des “nationalistes”, celle des notables et des militants. Les réflexions de Bonnard sur les émeutes du 6 février 1934, qu’on lira au détour de plusieurs pages des Modérés, permettent déjà de comprendre ce qu’il pensait de l’agitation brouillonne des “nationaux”. Dans son Journal, il est beaucoup plus clair, c’est-à-dire beaucoup plus méprisant. C’est ainsi qu’il note à propos du colonel de La Rocque, le chef des Croix-de-Feu : « La Rocque, me dit-on, a quelque chose de fonctionnaire en lui. Non. De factionnaire. Un autre me dit : il organise des défilés. Non. Des défilades » (44).

“Le Destin n’attend pas”

Le 7 décembre 1940, Abel Bonnard écrit dans l’un des articles qu’il réunira l’année suivante sous le titre Pensées dans l’action : « Le Destin n’attend pas : dans la vie des nations comme dans celle des individus, il n’y a que de rares moments de choix, dont il faut reconnaître l’insigne importance, si l’on veut profiter pleinement des chances qu’ils nous offrent. L’Occasion est une déesse qui ne s’assied pas » (45).

Le futur successeur du latiniste Jérôme Carcopino au ministère de l’Éducation nationale du régime de Vichy, poste qu’il occupera du 18 avril 1942 au 20 août 1944, croit donc que la cuisante défaite de juin 1940 est une occasion à saisir pour répudier la démocratie et tenter de rebâtir de fond en comble un ordre français. Une espérance de renaissance a brillé un instant, à laquelle Bonnard s’est rallié, comme tant d’autres, par détestation de la démocratie et de la République, certes, mais aussi par patriotisme. On ne saurait expliquer ses choix, en revanche, par une germanophilie prononcée. Classique par son style et par sa culture, Bonnard a toujours été beaucoup plus tourné vers la Grèce, Rome ou l’Asie que vers l’Europe du Nord, et il est plus que probable que le “romantisme d’acier” cher au Dr Goebbels n’évoquait rien pour lui. Mais Bonnard a succombé aux sirènes “européanistes” de la propagande allemande et pensé — à tort — que l’Allemagne hitlérienne avait sincèrement renoncé à son pangermanisme devant les nécessités urgentes de la “croisade” antibolchevique à l’Est.

L’explication proposée par un esprit pourtant aussi fin qu’Ernst Jünger, qui mentionne Bonnard à quatre reprises dans son Second Journal parisien (1943-1945), n’est pas convaincante. En date du 31 août 1943, Jünger note : « Pourquoi Bonnard, cet homme sagace, à l’esprit clair, se perd-il dans de tels domaines de la politique ? En le voyant, j’ai pensé à ce mot de Casanova, disant qu’aux fonctions d’un ministre devait être associé un charme qu’il ne parvenait pas à comprendre, mais qui opérait sur tous ceux qu’il avait vus dans un tel poste. Au vingtième siècle, il ne reste plus que le travail et les coups de pied de l’âne que vous donne la populace, et auxquels il faut se résigner tôt ou tard » (46).

Bonnard en conseiller du Prince et homme d’influence, délaissant les croisières d’autrefois, les conversations mondaines et les lectures érudites, pour satisfaire un appétit de pouvoir et savourer encore mieux le goût bien agréable de la revanche sur un régime honni ? Peut-être, ce sont des choses qui arrivent assez souvent aux intellectuels, y compris aux plus raffinés d’entre eux. Mais il nous paraît plus juste de penser que Bonnard, qui n’avait personnellement rien à gagner à s’engager dans cette aventure et qui était très au-dessus de la foire aux vanités, s’est engagé avec l’énergie du désespoir : l’occasion offerte par l’histoire a dû lui sembler la dernière chance pour la France et l’Europe. On lit dans l’un des nombreux manuscrits qu’il a laissé inachevés, et qui date du lendemain de la Première Guerre mondiale : « … il y a une gaieté suprême dans les actions presque désespérées : ce sont en un sens les plus libres » (47).

Cette explication nous paraît confirmée par le silence quasi total de l’exil madrilène de Bonnard. Celui-ci aura vécu vingt-trois ans en Espagne (de 1945 à 1968) sans écrire aucun livre, tout en songeant vaguement à reprendre quelques projets d’ouvrages. La misère d’abord, la pauvreté ensuite connues par lui à Madrid, ne peuvent rendre compte, à elles seules, de cette stérilité. Bonnard s’est volontairement muré dans le silence, choisissant de disparaître avec son monde. Ses tout derniers écrits portent la marque d’un pessimisme et d’une misanthropie accusés. Dans le texte présenté comme son testament politique, et qui date de 1962, Bonnard écrit : « Maintenant, tout est dit. […] Désormais, les événements se font tout seuls. On est entré dans une période géologique de l’histoire, qui peut se caractériser aussi bien par des effondrements subits que par des engourdissements infinis, tandis qu’une réalité inconnue monte lentement vers la surface des choses. Tout se tient, aucun problème ne peut plus être encadré, étudié, résolu isolément par l’esprit. […] Le désastre de l’homme s’étend à toute la terre. […] Où nous avions voulu fonder un ordre, un abîme s’ouvre. Il arrive ce que nous nous étions expressément proposé d’éviter : le monde tombe dans le chaos » (48).

Le 19 février 1962, Bonnard dit, à la manière de Cioran mais avec plus de concision encore : « La Mort nous cache le regret de quitter le monde dans le bonheur de quitter les hommes » (49). Le 6 février 1966, il répond à des amis qui le sollicitent pour la réédition de l’un de ses livres : « Penser à mes papiers me fatigue, outre l’indifférence plénière, foncière, complète, absolue, océanique que j’ai pour ce que les gens peuvent penser de moi » (50).

Que les sombres pronostics de Bonnard sur l’avenir, non pas seulement de la France et de l’Europe, mais de tout ce qui mérite le nom de culture, se vérifient demain ou non, il restera ce joyau que sont Les Modérés, livre écrit dans une langue éblouissante du début à la fin, rempli de phrases à la cadence parfaite et frappées comme des maximes. Céline, qui avait un goût très sûr en matière littéraire et qui savait apprécier les écrivains les plus éloignés de lui par le style, a dit de Bonnard : « Un des plus beaux esprits français […] tout à fait dans la tradition de Rivarol ». Quant au désespoir, nous pourrons toujours lui opposer cette maxime de Bonnard, qui égale celles de la sagesse universelle : « Si l’histoire est une tragédie pour l’âme, elle reste une comédie pour l’esprit ».

Philippe Baillet, Présentation des Modérés, éd. des Grands Classiques (ELP), 1993.

Notes :

  • (1) Cité dans Olivier Mathieu, Abel Bonnard ou l’aventure inachevée, Avalon, Paris, 1987, p. 199.
  • (2) Toutes les citations sans appel de note sont extraites des Modérés.
  • (3) Henry Muller, Trois pas en arrière, La Table Ronde, Paris, 1952 ; cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 224.
  • (4) Abel Bonnard, « Discours aux chefs miliciens », in : Id., Inédits politiques, Avalon, Paris, 1988, p. 192.
  • (5) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 11.
  • (6) Ibid., p. 289.
  • (7) Ibid., pp. 145-146.
  • (8) Ibid., p. 159.
  • (9) Ibid., p. 153.
  • (10) Concernant ces dernières, nous voulons bien sûr parler de la biographie d’Olivier Mathieu, Abel Bonnard ou l’aventure inachevée et de sa très longue préface aux Inédits politiques de Bonnard (titre qui ne se justifie pas, d’ailleurs, puisque seule une partie des textes réunis dans ce recueil est effectivement composée d’inédits, mais que nous préférons au grotesque et provocateur Berlin, Hitler et moi choisi par Olivier Mathieu). Après avoir écrit une préface très littéraire et très personnelle pour la deuxième édition des Modérés (Livre-Club du Labyrinthe, Paris, 1986), Olivier Mathieu s’est enfoncé dans un délire “post-révisionniste” (sic) dont il n’est apparemment pas sorti. Le délire se constate, il s’explique éventuellement, mais il ne se discute pas : nous ne discuterons donc pas les jugements de Mathieu, qui a eu le mérite de rassembler une documentation considérable sur Bonnard et de travailler activement — sinon intelligemment — à sa redécouverte.
  • (11) Dont témoigne, outre les rééditions de L’Argent, L’Amitié et de Saint François d’Assise (cf. bibliographie), le récent recueil d’articles et d’aphorismes de Bonnard paru sous le titre Ce monde et moi, Dismas, Haut-le-Wastia, 1991. Cet important recueil permet notamment de mieux comprendre la position de Bonnard à l’égard du christianisme. L’auteur des Modérés ne fut pas un païen panthéiste, comme voudrait le faire croire Olivier Mathieu. Mais le souci de la vérité interdit pareillement d’en faire un catholique. L’aphorisme § 351 de Ce monde et moi livre sans doute la solution : « La grâce peut nous manquer : la foi ne dépend pas de nous, mais il dépend de nous de reconnaître sa nécessité et sa valeur. Il n’est pas besoin d’être un homme croyant pour être un homme religieux » (p. 182).
  • (12) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 154.
  • (13) Abel Bonnard, En Chine, Fayard, Paris, 1924, pp. 278-279.
  • (14) Ibid., p. 340.
  • (15) Ibid., pp. 344-345.
  • (16) Bonnard et Evola ont en commun la radicalité de leur révolte “antimoderne”, une sensibilité innée pour saisir correctement en quoi consiste la mentalité “traditionnelle”, voire archaïque, le rejet de tout ethnocentrisme culturel, une profonde admiration pour la civilisation extrême-orientale, en particulier pour le bouddhisme. Enfin, tous deux se sont beaucoup intéressés au problème des races, aux modernes théoriciens “racistes”, défendant l’un et l’autre une conception “dynamique” de la race, très différente du biologisme scientiste qui prévalait dans l’entre-deux-guerres. Certaines phrases de Bonnard contenues dans le manuscrit La Question juive (1937) — consacré en fait au problème des races beaucoup plus qu’à la question juive — pourraient avoir été signées par Evola. Quelques exemples : « Il est trop facile de faire observer que la race n’est pas susceptible d’une définition rigoureuse. Beaucoup de choses existent dans le monde humain que l’on ne peut pas définir scientifiquement, la folie par exemple. […] Le mot de racisme peut aussi bien marquer un but qu’un état, une réalité à atteindre qu’une réalité donnée. On peut précisément être raciste pour sortir du mélange où l’on est, tant qu’il en est temps encore. […] Ce qui constitue une race, ce ne sont pas des mensurations. Il faut la saisir dans la vie, dans une façon de sentir le monde et l’existence, de raconter des histoires et des légendes » (citations extraites de : Abel Bonnard, Inédits politiques, op. cit., pp. 112 et 127).
  • (17) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 55.
  • (18) Julius Evola, Le Chemin du Cinabre, Archè-Arktos, Milan-Carmagnole, 1983, p. 32.
  • (19) Abel Bonnard, En Chine, op. cit., p. 35.
  • (20) Ibid., p. 22.
  • (21) Abel Bonnard, « Saint François d’Assise, le saint de l’enfance et du bonheur », in : Le Spectacle du Monde, déc. 1963, p. 122.
  • (22) Cité par René Guénon dans une lettre du 20 novembre 1925 adressée à Guido De Giorgio. Cf. Guido De Giorgio, L’instant et l’Éternité et autres textes sur la Tradition, Archè, Milan, 1987, p. 257.
  • (23) Abel Bonnard, Le Comte de Gobineau, Dynamo, Liège, 1968, pp. 8-9.
  • (24) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., pp. 11-12.
  • (25) Abel Bonnard, « L’Empire dont l’empereur est poète », in : Le Spectacle du Monde, mars 1963, p. 64.
  • (26) Paul Sérant, Le Romantisme fasciste, Fasquelle, Paris, 1959, p. 115.
  • (27) Abel Bonnard, Saint François d’Assise, Flammarion, Paris, 1929, p. 214.
  • (28) Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Garnier, Paris, 1980, p. 34.
  • (29) Augustin Cochin, La Révolution et la libre-pensée, Copernic, Paris, 1979, p. 9.
  • (30) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 282.
  • (31) Paul Sérant, op. cit., p. 20.
  • (32) Charles Maurras, La Démocratie religieuse, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1978, p. 90.
  • (33) Ibid.
  • (34) Jean Madiran, Les quatre ou cinq États confédérés, Supplément-Voltigeur d’Itinéraires, numéro spécial hors série, oct.-nov. 1979, p. 5.
  • (35) Ibid., p. 10.
  • (36) Charles Maurras, op. cit., p. 200, note 1.
  • (37) Abel Bonnard, Inédits politiques, op. cit., pp. 183-184.
  • (38) Louis-Ferdinand Céline, Les Beaux draps, Nouvelles Éditions Françaises, Paris, 1941, p. 49.
  • (39) Abel Bonnard, « Nos défauts et nous », in Id., Inédits politiques, op. cit., p. 209.
  • (40) Pierre-André Taguieff, « Nietzsche dans la rhétorique réactionnaire », in A. Boyer, A. Comte-Sponville, V. Descombes et al., Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens, Grasset, Paris, 1991, p. 219. On peut renvoyer à ce long article pour l’étude de la tradition droitière de la critique de la modernité comme époque de l’inflation verbale. Ici, l’indéniable érudition et les capacités d’analyse du professeur Taguieff ne sortent pas du cadre scientifique pour justifier la répression policière des idées.
  • (41) Juan Donoso Cortés, « Lettre au cardinal Fornari sur les erreurs contemporaines » (19 juin 1852), in : Les Deux Étendards, I, 1, sept.-oct. 1988, p. 16. Ce grand texte du penseur espagnol a fait l’objet d’une nouvelle traduction, accompagnée d’une longue présentation d’André Coyné cf. Lettre au cardinal Fornari et textes annexes, L’Âge d’Homme, Lausanne-Paris, 1989.
  • (42) Abel Bonnard, Inédits politiques, op. cit., pp. 115-116.
  • (43) Jules Monnerot, « Racisme et identité nationale », dans la brochure collective Le soi-disant anti-racisme, Une technique d’assassinat juridique et moral, numéro spécial d’Itinéraires, 3e éd., 1990, p. 40.
  • (44) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 259.
  • (45) Abel Bonnard, « Franchise ou "habileté" ? », in : Inédits politiques, p. 246.
  • (46) Ernst Jünger, Journaux de guerre, Julliard, 1990, p. 556.
  • (47) Cité dans Olivier Mathieu, op. cit., p. 162.
  • (48) Ibid., pp. 359-360.
  • (49) Ibid., p. 362.
  • (50) Ibid., p . 368.

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