dimanche 30 juillet 2023
samedi 29 juillet 2023
Gilles de Rais (1405-1440), au service du Paradis et de l’Enfer

Gilles de Montmorency-Laval, plus connu sous le nom de Gilles de Rais, aurait vu le jour vers 1405 au château de Champtocé, en Anjou. Fils aîné de sa famille, il est destiné à devenir un grand seigneur aux possessions nombreuses. Devenu orphelin en 1415, Gilles est élevé par son grand-père maternel, Jean de Craon (-1432). Cet homme, cruel et ambitieux, ne perd pas de temps en fiançant son petit-fils avec l’une de ses jeunes cousines, Catherine de Thouars (1404-1462). Cette dernière lui apportera en dot les fameux châteaux de Pouzauges et de Tiffauges, dans l’actuelle Vendée. Cette union renforça la position de Gilles de Rais dans ce territoire nommé alors le Bas-Poitou.
Comme beaucoup d’autres gentilshommes de son époque, il a soif de gloire et de batailles. Remarqué par ses faits d’armes dans diverses campagnes militaires visant à rapprocher le duché de Bretagne et la France, Gilles de Rais voit ses possessions et ses biens renforcés par la protection de son suzerain, le dauphin Charles (1403-1461). Le seigneur de Tiffauges s’investit alors activement dans le conflit bientôt centenaire qui oppose le royaume de France à celui d’Angleterre. Il devient même l’un des plus grands appuis du futur roi de France, dépossédé de sa légitimité à régner à cause du funeste traité de Troyes. Ce dernier, signé en 1420 par Charles VI, dit « Le Fou », fait des souverains d’Angleterre les véritables rois de France à la place de la dynastie des Capétiens.
Mais Dieu n’a pas oublié le dauphin de France. Ainsi, en février 1429, arrive au château de Chinon une jeune Lorraine répondant au nom de Jeanne d’Arc. Elle promet à Charles qu’il deviendra roi de France. Présent, aussi, lors de l’entrevue de Chinon, Gilles de Rais devient l’un des compagnons d'armes de la Pucelle et l’accompagnera durant toute la durée de sa sainte mission. Cette dernière commencera par la libération d’Orléans, puis de Reims, ainsi que de nombreuses autres villes du royaume. Le 17 juillet 1429, lors du sacre royal de Charles VII, Gilles reçoit l’honneur de porter, avec trois autres seigneurs, la Sainte Ampoule. Ce même jour, le jeune baron de Rais est élevé à la dignité de maréchal de France en reconnaissance de son engagement guerrier et de son appui politique auprès du souverain. Il lui est même accordé le privilège de pouvoir ajouter à son propre blason les armes de France, c’est-à-dire les fleurs de lys semées sur champ d’azur.
Enorgueilli par ses nouvelles distinctions et marqué par la disparition de la Pucelle d’Orléans en 1431, Gilles de Rais se retire progressivement du conflit et retourne sur ses terres. Il se met alors à dilapider sa fortune et à sombrer dans la pratique d’arts occultes. À vouloir vivre comme un prince de sang, le seigneur de Rais n’en a pourtant pas les moyens. Cherchant à embellir ses demeures, à organiser de fastueux banquets et à payer ses soldats guerroyant lors de quelques escarmouches contre les Anglais, Gilles de Rais voit sa fortune disparaître. Afin d’y remédier, le seigneur de Tiffauges se tourne vers l'alchimie en s'entourant de prédicateurs et de mystiques. Ces derniers prétendent pouvoir créer la mystérieuse pierre philosophale, un objet pouvant prétendument transformer les métaux en or. Pour arriver à sa fabrication, ces charlatans ne cessent de demander à Gilles des matériaux rares et chers. On dit même que pour arriver à ses fins, il aurait pratiqué de nombreux sacrifices d'enfants dont les corps disparaissent dans les douves ou dans l’âtre du foyer. Désormais, le passage du seigneur de Rais dans ses terres est synonyme de disparitions de jeunes garçons ainsi que l’apparition d'écœurantes odeurs s'échappant des cheminées des demeures seigneuriales.
Cette situation aurait pu rester secrète si seulement Gilles de Rais n’était pas allé trop loin dans ses excès. En effet, ses actions finissent par attirer l’attention de l’Église, une issue qui lui fut fatale. Le 15 mai 1440, le maréchal de France s’en prend violemment à des agents ecclésiastiques lors d'une messe de la Pentecôte à Saint- Étienne-de-Mer-Morte. L’Église, souhaitant condamner ce seigneur rebelle, mena une enquête avec le concours du duc de Bretagne, Jean V (1389-1442). Furent alors découverts et révélés les nombreuses rumeurs et témoignages sulfureux poursuivant le seigneur de Rais. Arrêté en septembre 1440, il est excommunié et condamné pour hérésie et le meurtre d'au moins une centaine d'enfant (si ce n'est plus).
Le 26 octobre 1440, le tristement célèbre baron de Rais, après avoir pu suivre une ultime messe, sort de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes. Il se dirige alors vers l'île de Grande Biesse, sur l’actuelle île de Nantes, afin d'y être exécuté, mettant ainsi fin à plusieurs mois d'enquêtes et de procès au parfum de soufre et de sang. Pendu et partiellement brûlé, Gilles est enterré, par égard pour son rang, au sein de l'église du couvent des Carmes de Nantes. Cette église sera détruite lors de la Révolution française, faisant disparaître à jamais le terrible seigneur de Rais.
Si certains ont voulu l’innocenter en prétextant une exagération de ses méfaits à des fins politiques, d’autres avancent des motivations pédophiles et psychiatriques. Une telle fascination amena même le conteur Charles Perrault à s’inspirer du terrible personnage avec celui d’Henri VIII d’Angleterre pour d’écrire l’histoire de Barbe-Bleue, cet homme qui capturait de pauvres victimes et les assassinait.
Eric de Mascureau
https://www.bvoltaire.fr/gilles-de-rais-1405-1440-au-service-du-paradis-et-de-lenfer/
Canicule et Climat : le grand mensonge des «fact-checkers»

par Pauline Mille
Les religionnaires du réchauffement du climat par l’homme sont les premiers à dire, quand l’Amérique du Nord gèle, qu’il ne faut pas confondre météo et climat. Mais dès que le soleil paraît, ils s’en rendent coupables. Et sous prétexte qu’il a fait un peu chaud sur la côte d’Azur et en Corse, nos médias crient à la canicule exceptionnelle. Mais deux événements ont mis à mal ce pharaonique travail de propagande : la reprise virale du tweet d’un architecte italien signalant un record de chaleur à Rome en 1841 (qui contredit évidemment les jérémiades sur le faux record actuel), et une bévue de Mathilde Panot. L’élue de la France insoumise a en effet assuré à la télévision que le 7 juillet avait été la journée la plus chaude «depuis cent mille ans». Aussitôt la presse a fait donner ce qu’on nomme ses «fact-checkers», ses vérificateurs de faits. La lecture de leur littérature édifiante : sous prétexte de rectifier la vérité, elle renforce le mensonge.
Les fact-checkers marquent contre leur camp
L’analyse exhaustive en demanderait un livre, mais la conclusion qui s’impose est que, sous couleur de «vérifier des faits», ces «fact-checkers» s’emploient au contraire à les travestir, tout en avouant maladroitement qu’ils n’ont pas les moyens de contredire la thèse qu’ils ont pour mission de démolir. Les vérificateurs de France Info, qui jugent «peu probable» le record romain de 1841 au terme d’un plaidoyer alambiqué, affirment tout bonnement qu’un «tel événement ne remet pas en cause la réalité du réchauffement climatique», CQFD. Quant aux vérificateurs de 20 Minutes, tout en jugeant «trompeur» le record de 1841, ils apportent des arguments et des données qui vont dans le sens contraire.
Le climat romain a toujours été chaud
Les voici. Une température de 33,6 degrés Réaumur, soit 42 degrés Celsius, a été observée le 27 juillet 1841 à la station météo du Collegio Romano située dans le centre de Rome. C’est ce qu’a confirmé aux Fact-checkers de 20 Minutes Luigi Lafrate, du CREA, le centre de recherches dépendant du ministère de l’agriculture italien qui gère la station, laquelle enregistre les températures depuis 1782. Alors ? Lafrate précise : «L’absence, à cette époque, d’un hangar météorologique de conception moderne (introduit dans l’utilisation des relevés météorologiques après 1850), me fait penser que la donnée devrait être révisée et soumise à validation.»
La canicule dans tous ses records
En somme, quand une donnée ne plaît pas, on l’écarte. Mais une observation du collège romain le 4 juillet 1905, a été «validée» et constitue un record, qui, selon Lafrate, du CREA, «n’a pas encore été battu», puisque la température enregistrée au Collegio Romano le 18 juillet 2023 n’a été que de «39,3 degrés». Le record absolu de chaleur à Rome vanté par les médias (41,8) a été enregistré dans une autre station, CSOA Forte Prenestino, dans l’est de la ville, qui n’est pas la station de référence internationale pour Rome. On peut en tirer deux leçons. 1. La presse s’est emballée sur une mesure qui n’a rien d’officiel. 2. Si l’on observe la situation toute choses égales par ailleurs, il a fait moins chaud à Rome, officiellement, en 2023 qu’en 1905. Peut-être a-t-il fait un peu plus chaud dans l’est de la ville, mais il faudrait pour l’affirmer produire la mesure de 1905. Tout cela mène, de l’aveu même des gens payés pour défendre la thèse officielle, que parler de record de chaleur comme on le fait n’a pas de sens.
Le mensonge des médias dit la vérité des politiques
Dans ces conditions, les vaticinations de Mathilde Panot sont bien évidemment, du point de vue de la raison, une absurde rigolade. Mais en même temps, elles disent la «vérité» politique du moment, l’ardente obligation qui nous est faite de croire à l’incroyable, cette menace de catastrophe qui doit guider l’action des politiques, des collectivités et des particuliers. C’est pourquoi, là encore, les fact-checkers, avec un sens du devoir digne de meilleures causes, sont venus à son secours. TF1, dans un article de plusieurs dizaines de lignes dont la conclusion était que l’affirmation selon laquelle il n’avait jamais fait aussi chaud en 100 000 ans que le 7 juillet 2023 était «vraie», a réussi à établir, en tout et pour tout, que les températures relevées ce 7 juillet étaient supérieures à celles du 16 août 2016. France Info, quant à elle, se lançait dans une série «d’estimations» fuligineuses à travers la dernière glaciation et l’Holocène, en omettant tous les optima climatiques connus pour conclure sans trembler que l’assertion de Mathilde Panot était «très probable». Notre système politique, dont les médias ne sont qu’une déclinaison, se caractérise par un déni systématique de la réalité, au profit d’une injonction politique et morale édictée par la révolution mondialiste.
source : Le Blog à Lupus
La vie quotidienne au Moyen Age, par Jean Verdon.

Nouvelle parution, en ce mois d’avril 2015, aux éditions Perrin : il s’agit d’un livre de Jean Verdon intitulé « la vie quotidienne au Moyen Age ». Jean Verdon est professeur honoraire des Universités, spécialiste des mentalités à l’époque médiévale. Plusieurs de ses ouvrages , notamment « boire au Moyen Age » et « Les Françaises dans la guerre de Cent ans » ont été couronnés par l’Académie française.
Entre ” Naître ” et ” Mourir “, les vingt-deux chapitres de ce livre scandent l’existence des hommes et des femmes du Moyen Age, depuis les invasions barbares jusqu’à la Renaissance.
Pour raconter, avec son talent coutumier, le quotidien du peuple comme des grands, Jean Verdon embrasse tous les thèmes. L’on découvre ainsi que l’on ne se marie pas par amour et que les futurs époux n’ont pas leur mot à dire. La sexualité tient pourtant une place significative au sein du couple et certains textes, connus des milieux cultivés, attestent l’existence d’un art érotique.
Les quantités de nourriture et de vin ingérées impressionneraient nos contemporains fervents de diététique, mais des conditions de vie plus dures que de nos jours entraînent une dépense énergétique plus importante. A ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent ‒ les paysans, qui constituent l’essentiel de la population ‒ s’ajoute, avec le développement des villes, le monde des artisans et des marchands.
Sur eux tous la religion exerce une forte emprise, elle structure la société. Malgré les ” malheurs du temps “, les hommes savent s’amuser, profiter des instants de loisir plus fréquents qu’on ne l’imagine. Ils se déplacent beaucoup, parfois longtemps, des mois, voire des années. Un panorama sans équivalent, riche et fascinant.
Ecrit dans un style très universitaire, l’ouvrage n’en demeure pas moins accessible, et passionnant pour qui veut en savoir plus sur la façon qu’avaient nos ancêtres de vivre et de se comporter il y a plusieurs siècles.
La vie quotidienne au Moyen Age – Jean Verdon – Editions Perrin – 21€
Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.
https://www.breizh-info.com/2015/04/19/25386/la-vie-quotidienne-au-moyen-age-par-jean-verdon/
vendredi 28 juillet 2023
La Franc-Maçonnerie, par le Général Franco

C’est sous le pseudonyme de Jakin Boor que le Général Franco (1892-1975) a fait paraître une série d’articles sur la franc-maçonnerie dans le journal Arriba à partir de 1946. Ces articles ont ensuite été rassemblés en un livre paru en 1952, toujours sous le même pseudonyme, alors que le Général France était le chef d’Etat de l’Espagne. Ce livre n’avait jamais connu jusqu’ici de traduction française et il faut féliciter les éditions Saint-Remi et leur traducteur François Thouvenin d’avoir entrepris ce travail.
Le secret est l’un des moyens que privilégie la franc-maçonnerie pour parvenir à ses fins. Il ne fallait pas lui faciliter la tâche alors que l’Europe sortait à peine de la guerre et que les forces occultes se précipitaient immédiatement pour profiter de la mise en place de l’ONU pour tenter d’affaiblir l’Espagne catholique. C’est pourquoi le Général Franco a tenu à consacrer du temps à démasquer la franc-maçonnerie et ses manigances. Le Caudillo a rappelé que c’est la franc-maçonnerie qui obtint l’expulsion des jésuites, l’un des faits ayant nui le plus au continent américain, c’est la franc-maçonnerie qui a apporté la guerre dans les colonies et qui a fait du dix-neuvième siècle un interminable chapelet de révolutions et de conflits civils, c’est la franc-maçonnerie qui fournit à l’Angleterre la possibilité de mettre en œuvre le démembrement de l’empire hispanique lui faisant de l’ombre. L’Espagne a su, à partir de 1936, extirper de son sol le cancer maçonnique dont elle était rongée, mettant en exergue la trahison des loges espagnoles sous les ordres des super-Etats maçonniques. Dès 1946, l’Espagne fut donc en butte aux fureurs de la secte maçonnique dans le cadre de machinations étrangères que raconte Franco.
Ce livre souligne aussi comment la franc-maçonnerie est majoritaire en Angleterre alors qu’elle reste marginale – mais puissante – sur le continent européen. En Angleterre, la franc-maçonnerie recouvre tout l’éventail social, du Roi à l’ouvrier, en passant par les aristocrates, les commerçants et l’intelligentsia, et comme ses membres appartiennent à l’église protestante, elle se présente sous des apparences chrétiennes, utilisant des pasteurs anglicans pour fomenter des complots. Voilà pourquoi, explique Franco, on ne peut juger les loges anglaises selon les mêmes critères que la maçonnerie continentale.
Le Général Franco évoque également les crimes maçonniques restés impunis car bénéficiant du traitement de magistrats francs-maçons, ainsi que l’influence maçonnique dans le secteur des médias. Et le Général insiste sur le fait que l’Eglise catholique, dans son infinie sagesse, condamne la franc-maçonnerie sans distinction de rite et excommunie tous ses adhérents, mettant ainsi en garde contre le risque de se laisser séduire par des apparences extérieures, notamment présentées comme philanthropiques, alors qu’on ne peut être à la fois catholique et franc-maçon. Le Général Franco met en lumière à de multiples reprises la dimension politique éminemment anticatholique de la franc-maçonnerie.
Précisons encore que les éditions Saint-Remi ont apporté à cette publication un grand soin, proposant un ouvrage cartonné et cousu et une impression sur papier ivoire.
La franc-maçonnerie, Général Francisco Franco, éditions Saint-Remi, 303 pages, 25 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/la-franc-maconnerie-par-le-general-franco/171200/
Les implications géopolitiques des Accords de Munich en 1938 2/2
4. Georges Bonnet et la diplomatie française
La France est la grande absente sur l’échiquier diplomatique européen au moment de l’Anschluß. Elle vit alors une crise politique. Le 10 avril, presque un mois après l’entrée de Hitler à Vienne, Édouard Daladier devient Premier Ministre et choisit une politique de paix, contrairement au gouvernement de Léon Blum que Churchill et Morgenthau avaient vainement tenté de maintenir en place. Churchill et Halifax espéraient qu’un gouvernement Blum aurait incité les Anglais à abandonner la politique de Chamberlain et aurait fait front commun contre l’Allemagne, avec les bellicistes anglais. Daladier, au contraire, est sur la même longueur d’onde que Chamberlain.
Daladier remplace Joseph Paul-Boncour, belliciste et partisan d’un soutien inconditionnel aux Tchèques, par Georges Bonnet, européiste favorable à la paix et s’inscrivant dans la ligne d’Aristide Briand, avocat du rapprochement franco-allemand dans les années 20. Pour Bonnet, toute guerre en Europe conduira à la catastrophe, à la fin de la civilisation. Il le croit sincèrement et déplore que Chamberlain, avec sa politique d’apaisement, ne cherche qu’à gagner du temps et à lancer une industrie de guerre et une industrie aéronautique pour armer l’Angleterre, qui se sent faible sur le plan de l’arme aérienne, après les résultats obtenus par les Allemands pendant la guerre d’Espagne (acheminement des troupes de Franco par des avions transporteurs, mise au point des techniques de chasse et de bombardement, perfectionnement de la logistique au sol, etc.). Daladier et Bonnet croiront soutenir une politique de paix à Munich.
Mais les diplomates français et leurs homologues anglais déchanteront le 30 novembre 1938, quand le Comte Ciano annonce à la tribune de la Chambre des Corporations de l’Italie fasciste que Rome entend “faire valoir ses droits” en Méditerranée occidentale, c’est-à-dire en Tunisie, en Corse, et même à Nice. Mussolini annonce quant à lui les mêmes revendications devant le Grand Conseil fasciste, en y ajoutant l’Albanie, clef pour le contrôle de l’Adriatique et du Détroit d’Otrante. Pour la France, il y a dès lors au moins un front supplémentaire, sur les Alpes et en Afrique du Nord. Pire, si Franco accepte de payer sa dette à l’Italie et à l’Allemagne et de venger le soutien par le Front Populaire et les gauches françaises à ses ennemis républicains, en ouvrant un troisième front sur les Pyrénées, Paris devra combattre sur trois fronts à la fois. Le cauchemar de l’encerclement par la coalition germano-hispano-milanaise du XVIe siècle revient brutalement à l’avant-plan. Paris réagit en intensifiant ses liens avec les États-Unis, qui, par la bouche de leur ambassadeur William Bullitt, avaient déjà manifesté leur intention d’intervenir dans une éventuelle guerre en Europe, contre les “dictateurs”. Bonnet parvient à obtenir une centaine de chasseurs Curtiss H75, donnant ainsi à l’aviation française, déjà excellente, un atout supplémentaire pour faire face aux Allemands et aux Italiens qui avaient éprouvé leurs avions pendant la guerre d’Espagne. Bonnet introduit ainsi directement la carte américaine dans le jeu des alliances en Europe.
Deuxième tentative de Bonnet pour desserrer l’étau qui menace la France : négocier directement avec les Allemands, pour qu’ils calment les ardeurs de leurs alliés italiens. Bonnet renoue ainsi avec la politique pacificatrice de Briand, mais dans un contexte où l’Allemagne est considérablement renforcée, tant sur le plan militaire (plus de menace tchèque, entente relative avec la Pologne et la Yougoslavie, alliance italienne et présence indirecte en Méditerranée) qu’industriel (apport des aciéries et des usines d’armement tchèques, très performantes). Le 6 décembre 1938, Ribbentrop et Bonnet signent dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay une déclaration franco-allemande, ouvrant des relations de bon voisinage et acceptant les frontières telles qu’elles sont actuellement tracées. Chamberlain et Halifax encouragent cette initiative. Churchill la déplore. En janvier 1939, cet accord franco-allemand est déjà réduit à néant par les circonstances.
5. Beck, Hitler et la Pologne
On oublie trop souvent que les accords de Munich ont été possibles grâce à la Pologne. Dès janvier 1938, Hitler s’était assuré la neutralité polonaise face à ses rapports avec l’Autriche (catholique) et la Tchécoslovaquie. Le 14 janvier, en effet, Hitler rencontre Beck à Berlin pour régler un litige (une loi polonaise visait à exproprier tous les étrangers possédant des terres dans les zones frontalières : les Allemands et les Ukrainiens sont particulièrement visés). Au cours des pourparlers, en présence du ministre des affaires étrangères von Neurath, assez hostile à tout rapprochement avec la Pologne au contraire de Hitler, Beck confie que la Pologne n’a aucun intérêt en Autriche et que ses rapports avec la Tchécoslovaquie ne peuvent pas être plus mauvais. Pour Beck, les relations polono-tchèques sont mauvaises parce que la Tchécoslovaquie abrite une minorité polonaise, parce qu’elle s’est alliée à l’URSS ennemie de la Pologne et menace dès lors toute la frontière méridionale du pays. Beck refuse toutefois d’adhérer au Pacte antikomintern, signé entre Berlin et Tokyo. Mais il promet de poursuivre la politique germanophile du Maréchal Pilsudski. En septembre, quelques jours avant Munich, les Polonais demandent à Londres que les droits de la minorité polonaise en Bohème soient garantis. Avec l’appui tacite du gouvernement de Varsovie, le mouvement OZON (Camp de l’Unité Nationale) s’agite dans toute la Pologne pour réclamer une intervention militaire aux côtés de l’Allemagne en Tchécoslovaquie. Kennard, l’ambassadeur britannique, doit se rendre à l’évidence : les Polonais ne se laisseront pas manipuler dans un sens anti-allemand. Après Munich, les Polonais occupent Teschen, un district peuplé de ressortissants de nationalité polonaise. Ce n’est donc qu’après Munich que les relations polono-allemandes vont se détériorer, sous l’influence britannique d’une part, pour la question du corridor de Dantzig d’autre part. Le changement d’alliance de la Pologne fera basculer Hitler, pourtant favorable à une entente germano-polonaise. Ce changement de donne conduira à la signature du Pacte germano-soviétique.
D’autres événements sont à mentionner dans les rapports triangulaires entre la Tchécoslovaquie, la Pologne et l’Allemagne. Avant Munich, le 31 juillet 1938, Kopecky, chef du parti communiste tchécoslovaque, déclare lors d’un meeting qu’il est nécessaire d’établir un “front slave soviéto-tchécoslovaco-polonais contre les fascistes allemands”. Après Munich et après le rattachement des territoires des Sudètes au Reich élargi à l’Autriche, puis, après le coup de Prague et l’entrée de Hitler dans la capitale de la Bohème, bon nombre d’émigrés tchèques se retrouvent en Pologne, pays peu tchécophile, comme nous l’avons vu. Parmi ces émigrés, le plus notoire a été le Général Lev Prchala qui en appelle, à Varsovie, à la constitution d’une nouvelle armée tchécoslovaque. Prchala et ses amis sont pro-polonais, rêvent d’un bloc polono-tchèque dirigé contre l’Allemagne et l’URSS, développent une idéologie slaviste grande-polonaise mais anti-russe, visant à constituer un État s’étendant de la Baltique à la Mer Noire, vœu traditionnel du nationalisme polonais et souvenir du grand État polono-lithuanien du XVIIe siècle. Staline refusera d’accorder du crédit à ce slavisme-là et le considérera comme une menace contre l’URSS. Le développement de cette idéologie grande-polonaise et conservatrice, sous couvert de restaurer la défunte Tchécoslovaquie et de la placer sous la protection de l’armée polonaise, intéresse les Britanniques mais inquiète d’autant plus Staline, si bien qu’on peut le considérer comme un facteur du rapprochement germano-soviétique. L’idéologie du bloc slave mitteleuropéen, cordon sanitaire entre le Reich et l’URSS, sera reprise telle quelle par les militaires conservateurs polonais et tchèque au service de l’Angleterre pendant la guerre. Les plans du Général polonais Sikorski et du Président tchèque Benes, énoncés dans la revue américaine Foreign Affairs au début de l’année 1942 et prévoyant une confédération polono-tchèque, seront rejetés catégoriquement par Staline et le gouvernement soviétique en janvier 1943. Cette attitude intransigeante de Staline, alors même que la bataille de Stalingrad n’est pas encore gagnée, tend à prouver que l’ébauche de cette confédération polono-tchéque à dominante catholique par le Général Prchala a inquiété Staline et a sans doute contribué à le pousser à signer le pacte germano-soviétique. Staline préférait sans nul doute voir les Allemands à Varsovie plutôt que les Polonais à Odessa.
6. Les puissances occidentales et l’URSS de Staline
N’oublions pas que la conférence de Munich a lieu en pleine guerre civile espagnole, où les Allemands et les Italiens soutiennent le camp nationaliste de Franco et les Soviétiques, le camp des Républicains. Par personnes interposées, une guerre est donc en train de se dérouler entre les protagonistes du futur Axe germano-italien et l’URSS. Mais les troupes républicaines flanchent, se montrent indisciplinées, les milices anarchistes sont incapables de faire face aux régiments plus professionnels et mieux entraînés du Général catholique et nationaliste, les communistes bien structurés et disciplinés sont dégoûtés de ce romantisme révolutionnaire inopérant et commencent à se retirer du jeu, constatant, devant Barcelone, que la partie est perdue. L’alliance franco-tchéco-soviétique, qui visait le statu quo en Europe et le containment de l’Allemagne, a échoué dans ses objectifs. Litvinov, commissaire soviétique aux affaires étrangères, tente toutefois d’en sauver l’esprit et suggère quelques jours après l’Anschluß, le 17 mars 1938, une alliance des trois grandes puissances (Grande-Bretagne, France, URSS), afin de maintenir le statu quo, mis à mal par l’Allemagne. Litvinov veut que Londres, Paris et Moscou garantissent de concert l’intégrité du territoire tchécoslovaque. Mais Paris et Londres hésiteront, préféreront négocier à Munich. Les Soviétiques savent que le contrôle de la Bohème implique ipso facto le contrôle de toute l’Europe centrale. Si Paris et Londres abandonnent Prague, l’URSS n’a plus que deux solutions :
- a) Dévier les forces de l’Allemagne contre l’Ouest et/ou
- b) Se rapprocher de l’Allemagne, désormais puissance incontournable sur l’échiquier européen.
Ces deux objectifs, après le remplacement de Litvinov par Molotov, constituent les fondements du pacte germano-soviétique d’août 1939.
Par ailleurs, l’URSS est opposée à l’Occident ailleurs dans le monde. Par le Caucase et en Iran, l’Angleterre menace le flanc sud de l’URSS. Son aviation, à partir des Indes, à partir des bases iraniennes ou irakiennes, peut atteindre les champs prétrolifères du Caucase et frapper le nouveau quadrilatère industriel créé par Staline au sud de l’Oural. Par l’Iran et la Caspienne, l’Angleterre peut aussi frapper Stalingrad, remonter le cours de la Volga par Astrakhan, bombarder Batoum et Bakou, menacer le chemin de fer Krasnovodsk-Achkhabad. À l’époque, la menace britannique sur le flanc sud de l’URSS est réelle : les historiens de l’avenir devront sans doute se demander si les Anglais n’ont pas exercé un chantage sur Staline après la signature du pacte Ribbentrop-Molotov et la victoire allemande contre la France. Et se demander aussi si la mobilisation de l’armada américaine dans la guerre du Golfe, n’est pas la réédition de cette présence menaçante, mais, cette fois, avec l’alliance turque et avec des armes balistiques à plus longue portée.
Conclusion
Avec Munich, l’Allemagne retrouve certes l’espace politique du Reich médiéval, perdu depuis les Traités de Westphalie de 1648. L’idéologie du Troisième Reich, centralisatrice dans sa pratique, structure cet espace qui a souffert longtemps de ses divisions institutionnelles et confessionnelles. La diplomatie allemande de 1938 a réussi cet exploit, mais en réfléchissant à partir de critères trop européens, trop européo-centrés. Elle a raisonné comme avant Leibniz, premier diplomate et philosophe allemand à avoir saisi intuitivement l’importance cardinale de l’immense espace russo-sibérien. Ce type de raisonnement explique deux déficits de Munich, en dépit de la victoire diplomatique allemande :
• a) Le Reich n’a pas compris que des facteurs extra-européens, bien maîtrisés par les Britanniques, déterminaient la marche des événements en Europe. On ne pouvait plus penser l’Europe centrale sans penser conjointement la maîtrise de la Mer Noire, du Caucase, de l’Asie centrale jusqu’au Pamir. Pourtant, le mythe indo-européen ressassé dans l’Allemagne nationale-socialiste, mais de façon figée, simpliste et caricaturale, aurait dû rappeler clairement l’unité spatiale soudant le cœur de l’Europe centrale à l’espace traversé par les peuples-cavaliers scythes, sarmates, perses-iraniens, etc. L’eurasisme est avant tout le souvenir de ces peuples indo-européens qui se sont élancés jusqu’au Pacifique et dont les cosaques sont les premiers légataires aujourd’hui.
• b) Comme Mussolini le lui a reproché à la fin de la guerre, peu avant sa mort, dans une conversation avec le fasciste français Victor Barthélémy, adjoint de Doriot, ancien membre du PCF, réfugié en Italie après le débarquement des Américains et des Français de De Gaulle en Provence en août 1944, Hitler n’a jamais compris la Méditerranée. Il n’a pas trop compris que l’Italie lui permettait de contrôler les deux bassins et d’y détruire le système des communications maritimes de la Grande-Bretagne. Les Anglais ont directement perçu le danger, forts des analyses que leur avaient léguées le géopolitologue Halford John Mackinder, dans Democratic Ideals and Reality (1919, 1ère éd.).
Enfin, la diplomatie allemande et celle de Litivinov n’ont pas raisonné en termes de “Symphonie”. Exclure la Russie des débats ou vouloir maintenir le statu quo de Versailles (avec la France et la Tchécoslovaquie), c’est oublier les leçons de la seule grande alliance digne de ce nom dans l’histoire européenne : la Sainte-Alliance fondée à la fin du XVIIe siècle par le Prince Eugène de Savoie, pour libérer les Balkans d’un pouvoir extra-européen, une Sainte-Alliance qui a permis de regagner 400.000 km2 sur les Ottomans et qui s’est poursuivie jusqu’en 1791, où elle s’apprêtait à libérer la Serbie, à donner le coup de grâce aux Turcs, mais où elle a dû distraire la majeure partie des ses troupes pour affronter les révolutionnaires français, excités en sous-main par les services spéciaux de Pitt.
Enfin, les arbitrages successifs de Vienne, pour calmer les velléités de guerre entre Hongrois et Roumains, montrent que l’enjeu danubien n’était guère perçu. Or, l’Angleterre le connaissait bien, elle sait que la maîtrise militaire et économique de ce fleuve soustrairait l’Europe à toute tutelle maritime. L’Angleterre semble avoir la plus longue mémoire historique : elle se rappelle, indubitablement, que le Tsar Paul Ier, en s’alliant à Napoléon, voulait, avec l’Empereur des Français, prendre pied aux Indes et en chasser les Britanniques. Paul Ier suggérait d’acheminer des troupes par le Danube, la Mer Noire (dominée par la flotte russe de Crimée, dont la construction avait effrayé Londres) et la Caspienne. Cette route est fondamentale. Les Européens l’ont oubliée. Munich en est la preuve. Il faut s’en rappeler. Et ne pas diffuser une géopolitique trop idéaliste et mutilée.
Robert Steuckers, Nouvelles de Synergies Européennes n°37, 1998.
(Allocution de Robert Steuckers à la “Commission Géopolitique” de la Douma d’État, Moscou, le 30 septembre 1998)
Jancovici, de l’invention du bilan carbone au plan mondialiste de dépopulation

Le Forum économique mondial de Davos travaille avec méthode à l’adoption du passe carbone.
C’est Jean-Marc Jancovici qui a inventé la notion de “bilan carbone” pour le compte de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) et est devenu un représentant de commerce du catastrophisme climatique servant les intérêts des mondialistes. Pourtant, il l’admet lui-même :
Je n’ai pas publié d’article dans des revues scientifiques. Je ne suis pas un scientifique.
Le 14 novembre 2022, BFMTV consacrait une soirée spéciale au passe carbone. L’une des “expertes” à qui on doit le docu-fiction 2050, Ouvrons les yeux diffusé par BFM TV s’appelle Emma Stoking, « porte-parole du plan de transformation de l’économie française pour The Shift Project », le think tank dirigé par Jancovici.
L’axe central du discours de Jancovici, c’est la décarbonation. Son cabinet Carbone 4 – il recommande l’objectif de diviser les émissions de CO2 par 4 – « accompagne la transformation des organisations vers la décarbonation et l’adaptation au changement climatique ». Il est membre du Haut Conseil pour le Climat, que le WWF souhaite doter de pouvoirs décisionnels renforcés. Tout cela en parfaite harmonie avec l’Agenda 2030 de l’ONU, le Great Reset de Klaus Schwab et le Pacte vert pour l’Europe de la Commission européenne.
Un plan de dépopulation
Jean-Marc Jancovici rejoint le rapport Limits to Growth – dit rapport Meadows – commandé par les néo-malthusiens du Club de Rome et présenté au Sommet de Stockholm (1972) sous l’égide de Maurice Strong. Jancovici en publia une synthèse commentée sur son site en février 2003.
Jean-Marc Jancovici est un partisan affirmé d’une réduction mondiale de la population par régulation imposée des naissances. En mai 2022, il déclarait au micro de France Info :
Ou bien on régule nous-mêmes, ou bien ça se fera par des pandémies, des famines ou des conflits.
Le prétexte écologique de ce plan de dépopulation est la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’impact prétendu sur le dérèglement climatique.
Précédemment, en juillet 2019, Jancovici déclarait à Socialter :
Le premier point est de limiter dès que nous pouvons la croissance démographique. Dans l’aide au développement, tout ce qui permet aux pays de maîtriser leur démographie est une bonne idée, car cela amortit les efforts à fournir sur tous les autres plans. Trois leviers : l’éducation des femmes, l’accès aux moyens de contraception, et les systèmes de retraite. Dans les pays occidentaux, il y a un premier moyen de réguler la population de façon raisonnablement indolore : ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l’image du système anglais qui ne pratique, par exemple, plus de greffe d’organes pour des personnes de plus de 65 ou 70 ans.
Jancovici rejoint le plan de dépopulation de Population Matters, du Good Club mortifère des milliardaires Bill Gates, Warren Buffett, Ted Turner et George Soros. Dans la même veine, on retrouve Jane Goodall (qui avait préconisé à la réunion du Forum économique mondial de 2020 de réduire la population à environ 500 millions de personnes) et James Lovelock (auteur de Hypothèse Gaïa et co-dirigeant de Population Matters, il considère qu’il faut réduire la population mondiale à un milliard d’individus).
Mondialisme totalitaire
Jancovici est clairement un adepte du totalitarisme mondialiste. En mai 2019, il était cité par L’Express :
On ne répondra pas au changement climatique sans l’usage de la contrainte. Un système de type chinois est-il un bon compromis ? Il n’est pas exclu que la réponse soit oui.
Jancovici est une créature du Nouvel Ordre Mondial, passé par les Young Leaders (promotion 2002) de la French-American Foundation. On retrouve également Jancovici au Club Le Siècle.
La paléogénétique n’en finit pas de retrouver les Indo-Européens

Une nouvelle étude de paléogénétique (« Early contact between late farming and pastoralist societies in southeastern Europe ») publiée dans la prestigieuse revue Nature vient apporter une pièce déterminante à l’énigme de l’origine des peuples indo-européens. Sortie le 19 juillet 2023 et intitulée « Early contact between late farming and pastoralist societies in southeastern Europe », elle établit à partir de l’analyse de 135 squelettes situés entre l’Europe du Sud-Est et le nord-ouest de la mer Noire que des contacts ont eu lieu depuis 4 500 avant notre ère entre des groupes d’agriculteurs sédentaires et des populations de pasteurs des steppes dans la région du nord-ouest de la mer Noire.
Ainsi ces contacts se seraient-ils produits plus de 1 000 ans avant l’expansion des cultures de Yamna (ou culture des tombes en fosse ayant existé de – 3 300 à – 2 300 dans le sud de la steppe ponto-caspienne, caractérisée par ses sépultures individuelles sous forme de tumulus où les défunts étaient recouverts d’ocre) et de la Céramique cordée (culture d’Europe du Nord allant des rives de la mer du Nord aux steppes russes ayant perduré de – 3 000 à – 2 300 qui doit son nom à des poteries caractéristiques), les deux vecteurs les plus suspects d’avoir véhiculé les langues indo-européennes, dont l’expansion a démarré vers – 3 300.
Depuis quelques années, un faisceau d’indices concordants pousse linguistes, archéologues et certains généticiens à envisager un foyer originel du proto-indo-européen situé dans la steppe ponto-caspienne, entre le centre de l’Ukraine actuelle et les rives de la Volga, au sein de populations de pasteurs nomades. Si la présence dans la steppe de ces populations (que les généticiens appellent « Steppe Pastoralists » ou « Western Steppe Herders ») était clairement attestée dès – 3 300, quand elles ont entamé leur expansion vers l’Europe, l’Anatolie et l’Asie centrale, l’enjeu est désormais de localiser de manière certaine la géographie de leur lieu de vie durant les millénaires qui ont précédé la naissance des cultures de Yamna et de la Céramique cordée.
Cette idée d’un foyer steppique a néanmoins été remise en question en 2022 par une étude de paléogénétique intitulée « The Southern Arc » publiée dans Science et menée notamment par le laboratoire de David Reich, à Harvard, qui postulait un foyer « indo-anatolien » au nord de l’Anatolie, chronologiquement antérieur au moment steppique. Selon ces chercheurs, les locuteurs du « proto-indo-anatolien » auraient été des chasseurs cueilleurs du Caucase (« Caucasus Hunter-Gatherer » pour les généticiens) et non pas des chasseurs cueilleurs des steppes d’Europe orientale (« Eastern Hunter-Gatherer »).
Mais où vivaient finalement les proto-indo-européens avant – 3 300 ?
D’après les nouveaux squelettes analysés, des contacts anciens, à la fois culturels et génétiques, à partir de – 4 500, sont nettement perceptibles dans les zones de contact à la limite de la steppe, tant dans le Caucase (avec la culture de Maïkop) qu’à l’ouest de la steppe avec les groupes d’agriculteurs sédentaires (localisés dans ce qui est aujourd’hui l’ouest de l’Ukraine, la Moldavie, le nord de la Roumanie). Ces contacts semblent limités à ladite zone de contact, les squelettes de l’hinterland d’Europe du Sud-Est (cultures de Pietrele et de Yunatsite) n’offrent aucune ascendance steppique. A contrario, ces squelettes montrent une résurgence de l’ascendance de chasseurs cueilleurs durant le IVe millénaire avant notre ère. Les chasseurs cueilleurs du Mésolithique (période) forment une des trois ascendances communes à chaque Européen (avec les fermiers venus d’Anatolie au Néolithique et les pasteurs des steppes ayant domestiqué le cheval et apporté les langues indo-européennes). Il semblerait que sans laisser de traces archéologiques importantes, ils aient continué à vivre en parallèle des sociétés sédentaires du Néolithique dans certains espaces européens (Balkans, Europe du Nord, espaces peu peuplés). On retrouve ces contacts précoces avec des steppiques notamment sur les sites archéologiques de Majaky et Usatove situés près d’Odessa. Cela confirme un précédent article publié en 2020, dans Nature, qui montre que la culture agricole dite de Cucuteni-Trypillia, située dans la zone mentionnée ci-dessus, comporte des marques de métissage avec des populations dites steppiques à partir de – 3 500, soit 200 ans avant la grande expansion. Tout cela explique par ailleurs la quantité (minoritaire) d’ADN issu de ces agriculteurs présent parmi les Yamnayas et les membres de la Céramique cordée plus tard.
Ces découvertes sont fondamentales. Elles corroborent le fait que dès – 3 300 au moment où débute la grande expansion des peuples indo-européens depuis la steppe au travers des cultures de Yamna et de la Céramique cordée, les grands lignages patrilinéaires qui constituent plusieurs des sous-groupes de peuples ultérieurs (rameaux balto-slave, indo-aryen, notamment) sont nés à partir du Ve millénaire avant notre ère, et ne sont attestés au départ que par des squelettes dont l’ADN a été séquencé en Europe. On peut en effet connaître l’âge de naissance d’un marqueur patrilinéaire du chromosome Y (à partir de la vitesse de mutation génétique du chromosome). Si les ancêtres des Balto-Slaves et des Indo-Aryens ne se seraient séparés qu’au tout début de la Céramique cordée, vers – 3 000 (lignages patrilinéaires R-Z282 et R-Z93 respectivement), la population, qui donnera plus tard Celtes, Italiques et Germains, se serait séparée quant à elle en – 4 100 des futurs Yamnayas. Son marqueur patrilinéaire (R-L51) n’est attesté par l’archéologie que par des descendants immédiats dans la culture de la Céramique cordée en Bohème vers – 2 800 (en Europe centrale donc). Tout plaide par conséquent pour une ramification ancienne et précoce dans l’espace steppique et d’Europe orientale des différents grands groupes linguistiques indo-européens avant – 4 000.
https://www.revue-elements.com/la-paleogenetique-nen-finit-pas-de-retrouver-les-indo-europeens/
Face aux mensonges woke, le nécessaire rappel des bases de la biologie

Ces biologistes appellent à l’aide face aux WOKES.
Lecture de passages de l’article du Skeptical Inquirer (revue zététique américaine) sur les dérives wokes dans la biologie.
- 0:00 – Introduction
- 1:05 – Résumé de l’article et principales affirmations
- 2:25 – Lectures de passages de l’article
- 10:10 – Commentaire général sur l’article
- 12:45 – Le Néo-Lyssenkisme
- 19:15 – Conclusion
source : Skeptical Inquirer via L’Échelle de Jacob
Les implications géopolitiques des Accords de Munich en 1938 1/2
Par les accords de Munich de 1938, l’Allemagne de Hitler a négocié avec les puissances occidentales mais a exclu l’URSS de ces négociations. Pour les Allemands de l’époque, en pleine guerre d’Espagne, la question tchécoslovaque est une affaire ouest-européenne. Elle semble ne pas percevoir les intérêts traditionnels russes dans la région. Certes, Munich est une victoire diplomatique allemande, car elle élimine un État hostile à sa frontière orientale, bien armé et bien protégé par les chaînes des Monts Métallifères et dont le territoire s’enfonce comme un coin dans la masse territoriale compacte du Reich, permettant à une éventuelle action conjointe des troupes françaises, massées en Alsace et en Lorraine sur un ancien glacis du Reich, et des troupes tchèques, de neutraliser rapidement l’Allemagne, en tirant profit d’une profondeur territoriale assez réduite. De Wissembourg en Alsace à Karlsbad (Karlovy Vary), le Reich était le plus faible. À Munich, Hitler et Ribbentrop éliminent cette faiblesse. Résumons clairement, en six points, les atouts gagnés par les Allemands à Munich.
1. Une maîtrise de la Bohème et de la Moravie
Les accords de Munich assurent au Reich la maîtrise de la Bohème et de la Moravie. En effet, la bande territoriale occupées par les Sudètes germanophones est justement constituée des collines et des petites montagnes des Monts Métallifères et de l’Egerland, où se concentre le système défensif de l’armée tchèque. Sans les Métallifères et l’Egerland, le reste de la Bohème est quasiment indéfendable, face à tout coup de force allemand. De plus, en Moravie, la rétrocession de territoires sudètes au nord, en bordure de la Silésie, et au sud, au-dessus de Vienne, réduit considérablement la profondeur stratégique de l’État tchécoslovaque, déséquilibrant totalement son système de défense.
Rappelons ici deux réalités géographiques et historiques : La Bohème appartient au bassin de l’Elbe, son port naturel est Hambourg. Paradoxalement, l’indépendance de la Tchécoslovaquie, imposée par Versailles en 1919, enclavait la Bohème, alors qu’elle ne l’avait jamais été dans l’histoire. En supprimant l’indépendance tchécoslovaque, Hitler et Ribbentrop désenclavent le pays. C’est là un paradoxe curieux de l’histoire centre-européenne de ce siècle. Ce paradoxe géographico-politique nous oblige à formuler quelques réflexions d’ordre historique :
• 1. L’orientation géographique et géo-culturelle de la Bohème est occidentale voire atlantique, dans la mesure où son système fluvial, principale voie de communication jusqu’à l’invention et la généralisation des camions automobiles, débouche sur la Mer du Nord.
• 2. Le panslavisme tchèque est une curiosité, dans la mesure où les traditions catholiques, protestantes, hussites et libre-penseuses du pays sont assez incompatibles avec l’orthodoxie, option religieuse de la plupart des Slaves. Elles sont également très différentes du catholicisme polonais ou croate, plus charnel et plus merveilleux dans ses expressions, finalement plus proche de l’orthodoxie que les linéaments religieux traversant la Bohème tchèque.
• 3. Ces tiraillements géo-culturels de la Bohème proviennent :
- a) De la guerre de Trente Ans, où l’Egerland, notamment, a été repeuplé de Catholiques bavarois pour contre-balancer le protestantisme pragois et les résidus de la révolte nationale hussite du XVIe siècle. L’optique de ce repeuplement est celle de la Contre-Réforme catholique.
- b) De la Guerre au XVIIIe siècle entre la Prusse de Frédéric II et de l’Autriche de Marie-Thérèse. Dans cette guerre entre les deux puissances germaniques, la géopolitique hydrographique a joué un rôle considérable : Frédéric II voulait pour lui tout le bassin de l’Elbe et ne laisser à la Maison d’Autriche que le bassin danubien.
• 4. La Moravie, située entre la Tchéquie et la Slovaquie, a un système hydrographique danubien. Les rivières importantes qui traversent le territoire morave se jettent dans le Danube. Frédéric II ne briguait pas la Moravie danubienne car seul le système fluvial de l’Elbe l’intéressait. Sa perspective était prussienne et nord-allemande. Hitler, qui vient de réaliser l’Anschluß de l’Autriche et de créer ainsi la Großdeutschland, a des visées danubiennes. Son État national-socialiste englobe les bassins du Rhin (partiellement partagé avec la France qui détient la rive occidentale en Alsace et contrôle la Moselle jusqu’à la frontière luxembourgeoise), du Danube jusqu’à la frontière hongroise (mais la Hongrie est un allié tacite du Reich), de la Weser, de l’Elbe et de l’Oder, les fleuves parallèles du nord de l’Allemagne.
• 5. L’apport de la Bohème et de la Moravie au Reich national-socialiste sont donc : une maîtrise complète du bassin de l’Elbe et un renforcement de la présence allemande dans le bassin du Danube, du moins jusqu’à la frontière entre la Hongrie et le nouvel État yougoslave. Munich laisse toutefois la question du Danube ouverte.
• 6. La Russie, traditionnellement, surtout depuis la conquête des territoires ukrainiens en bordure de la Mer Noire et de la Crimée entre 1768 et 1792, s’intéresse au trafic danubien et souhaite participer à toute gestion internationale de ce trafic fluvial. En effet, la maîtrise complète des systèmes fluviaux russes-ukrainiens et des fortes concentrations industrielles du Don et du Donetz, par exemple, de même que la rentabilisation des produits agricoles des très fertiles “terres noires” d’Ukraine, postule de les acheminer vers les grandes concentrations démographiques d’Europe, pour qu’elles y soient vendues ou transformées en produits industriels. De même, les pétroles du Caucase et leurs produits dérivés, ne peuvent accéder à l’Europe rapidement que par le Danube en évitant le verrou anglo-turc d’Istanbul. Pour toutes ces raisons, la Russie a toujours demandé de participer à la gestion du trafic fluvial danubien. Cette demande est légitime.
• 7. L’Occident anglais et américain s’est toujours opposé à cette organisation germano-russe des bassins fluviaux centre-européens, ceux du Rhin et du Danube. Car elle aurait permis un trafic pétrolier soustrait à leur contrôle maritime en Méditerranée. La perspective de cette formidable synergie euro-russe était le cauchemar des puissances occidentales. Elle explique bon nombre de traditions militaro-diplomatiques anglaises et américaines :
- La protection systématique de l’Empire ottoman contre la Russie.
- Le refus de voir les troupes russes pénétrer en Thrace turque.
- La tentative de détacher le Caucase de l’Union Soviétique naissante (affaire des commissaires arméniens, fusillés par des contre-révolutionnaires, en présence d’officiers des services spéciaux britanniques), etc.
- Le soutien apporté, via des cercles maçonniques, à un particularisme tchèque qui enclavait son propre pays. De même, le soutien aux particularismes hollandais et belge verrouille potentiellement l’embouchure du Rhin en Mer du Nord. Et permet de débarquer rapidement des troupes spéciales de marine dans le delta des trois fleuves (Escaut, Meuse, Rhin), en cas d’invasion allemande ou française (en l’occurrence, ce seront des invasions allemandes).
- L’instrumentalisation de la France républicaine pour fournir la “chair à canon”, en Crimée en 1854, en 1914-15 dans les Dardanelles (pour éviter que les Russes n’y débarquent : cette campagne sanglante de la Première Guerre mondiale est surtout une guerre préventive contre la Russie, alors alliée de la Grande-Bretagne !), en 1917-18 à Salonique et en 1940. La France traditionnelle avait fait la paix avec l’Autriche par le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette de Habsbourg puis avait développé considérablement sa marine et entamé des explorations planétaires (La Pérouse) ; pire, la marine française bat les Anglais dans la guerre d’Indépendance des États-Unis et débarque des troupes dans le Nouveau Monde, car elles ne font plus face au Saint-Empire en Lorraine. Russes, Polonais et Autrichiens peuvent en découdre avec les Turcs, anciens alliés de la France de François Ier à Louis XV ; avec le jeune Louis XVI, la France se tourne vers l’Atlantique, reprend pied dans le Nouveau Monde, abandonne sa fatidique alliance avec l’Empire ottoman, ce qui permet aux Autrichiens de consolider leurs positions dans les Balkans et aux Russes de prendre la Crimée. À la fin du XVIIIe siècle, chaque puissance européenne a sa tâche géopolitique à accomplir, sans empiéter sur les intérêts de ses voisins ; le développement de la puissance française s’effectue dans l’Atlantique et la Méditerranée occidentale (Corse) ; la puissance autrichienne se déploie vers l’Égée, la puissance russe vers la Mer Noire et Constantinople (ce qui provoque explicitement l’opposition de l’Angleterre, surtout après la victoire de la flotte russe en Méditerranée à Chesmé en 1770). En manipulant des “clubs” et des cénacles répandant une idéologie fumeuse, les services de Pitt révolutionnent la France, la plongent dans le chaos et la guerre civile, et vengent ainsi l’humiliante défaite de Yorktown. Mais simultanément, ils torpillent l’entente franco-autrichienne et austro-russe, ne permettant plus à aucune des puissances européennes de mener une tâche géopolitique constructive, sans empiéter sur les intérêts des autres (cf. le travail de l’historien français Olivier BLANC, Les hommes de Londres : Histoire secrète de la Terreur, Albin Michel, Paris, 1989).
Il faut juger les Accords de Munich sur l’arrière-plan de cette histoire européenne tumultueuse. Scellés entre les seules puissances centre- et ouest-européennes, il a donné l’impression aux Russes que l’accord n’envisageait pas de prolonger la ligne Rhin-Danube vers la Mer Noire, le Caucase et la Caspienne. Et de restaurer ainsi la “Symphonie” politique du XVIIIe siècle, où toutes les puissances non thalassocratiques avaient résolu leurs différends et commençaient, surtout la France et la Russie, à se doter de flottes combattives, capables d’emporter des victoires décisives.
2. Deux rêves médiévaux : Frédéric II et Ottokar II
Dans l’optique allemande qui prévalait sans nul doute à Munich, c’est une optique post-médiévale qui domine. La géopolitique globale de l’Europe n’est pas perçue comme opérant une rotation autour d’une axe partant de Rotterdam pour se prolonger jusqu’à Samarcande, mais comme une Europe retrouvant deux projets géopolitiques médiévaux, nés à une époque où la Russie est totalement absente de l’histoire européenne et se bat contre les peuples de la steppe, Mongols et Tatars. Ces deux idéaux médiévaux sont ceux de l’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250) et du Roi de Bohème Ottokar II Premysl (1230-1278).
L’Empereur Frédéric II conçoit l’Italie comme le prolongement méditerranéen du territoire compact et centre-européen qu’est la Germanie. À une époque où les Croisades ont finalement pour objet géopolitique la maîtrise de la Méditerranée, Frédéric II perçoit parfaitement l’importance stratégique de la Sicile, île en plein centre de la Méditerranée, permettant de contrôler les bassins occidental et oriental de la Mare Nostrum des Romains. À l’époque de l’alliance entre Rome et Berlin, depuis mai 1938, qui rend Munich possible et déforce la France, la figure de Frédéric II est remise à l’honneur, pour montrer qu’une combinaison des forces allemandes et italiennes permettrait à la fois de vertébrer le continent et de contrôler la Méditerranée à la place des Anglais. En pleine guerre d’Espagne, où l’Italie et l’Allemagne soutiennent Franco (dont les troupes avancent), se rendent maîtres des Baléares, et où l’Italie possède Rhodes en Égée, le plan “hohenstaufien” paraît subitement réalisable. Pour les Allemands et les Italiens, ce contrôle n’implique pas la Russie. Grave erreur car l’Angleterre est présente au Moyen-Orient, à proximité du Caucase et en Égypte. Ce n’était pas le cas du temps de Frédéric II. La vision médiévale et idéaliste des Allemands et des Italiens les a aveuglés. Ils n’ont pas bien perçu la nouvelle donne.
Le Roi de Bohème a parfaitement conscience de l’importance géographique de son pays en Europe et sait qu’il occupe le centre du sous-continent, à l’ouest du Niémen et du Boug. Pour vertébrer le sous-continent, il faut organiser à partir de Prague, deuxième ville européenne en importance après Rome à cette époque, une dynamique centripète permettant de souder en un bloc plus ou moins homogène tous les territoires de la Baltique à l’Adriatique, de Stettin à Trieste. D’où les guerres qu’il a menées en Prusse et dans les Pays Baltes puis contre les Hongrois pour s’emparer de la Styrie (1260). L’axe de la géopolitique implicite d’Ottokar est vertical dans la perspective de la cartographie de Mercator. Ottokar sait que les forces centre- et ouest-européennes ne sont pas assez nombreuses et aguerries pour culbuter les Byzantins et organiser le cours inférieur du Danube, comme les Romains l’avaient fait lors de leur campagne en Dacie. L’Italie connaissait ces antécédents historiques : lors des négociations de Versailles, elle avait espéré faire de l’Adriatique une mer italienne en prenant le relais de Venise en Dalmatie et avait animé, avant l’Anschluß, une politique centre-européenne en protégeant le petit État autrichien résiduaire et en s’alliant à la Hongrie. Avec Munich, elle espère réaliser ce projet “vénitien” avec l’hinterland allemand, en tablant sur l’alliance tacite entre Berlin et Belgrade — grâce à la diplomatie de Göring et au régime de Stojadinovic — et sur les accords du Latran qui mettaient un terme à l’hostilité entre l’État national italien et le Vatican. Pour les Italiens de cette époque, en particulier pour un philosophe comme Julius Evola, l’Axe Rome-Berlin, signé après Munich, est une restitution géopolitique du gibelinisme de Frédéric II de Hohenstaufen, mais sans l’hostilité du Vatican et sans présence ottomane dans les Balkans.
Mussolini a donc opté pour une révision de la politique italienne depuis 1915, année de l’entrée en guerre du pays aux côtés de l’Entente. Mais tout au long de l’année 1938, l’Italie a oscillé entre deux politiques possibles : en mars, au moment où les troupes allemandes entrent en Autriche pour sceller l’Anschluß, Hitler craint une intervention italienne pour sauver le Chancelier Schusschnig, d’autant plus que Lord Halifax tente d’apporter le soutien de l’Angleterre à une intervention italienne dans les cols alpins ; mais Mussolini choisit de ne pas intervenir. Hitler lui en sera reconnaissant, jusqu’au bout. Mais immédiatement après les événements d’Autriche, on observe un rapprochement entre l’Angleterre et l’Italie, porté par Chamberlain. Le 16 avril 1938, l’Angleterre reconnait l’annexion de l’Abyssinie par Mussolini, contre laquelle elle avait pourtant vivement protesté et où elle s’était engagée aux côtés du Négus. Cette politique anglaise reçoit l’appui de Ciano, beau-fils de Mussolini. Hitler, voulant une alliance avec l’Italie, démet l’ambassadeur allemand à Rome, von Hassell, de ses fonctions et le remplace par Hans-Georg von Mackensen, plus favorable au tandem Rome-Berlin. En mai, pourtant, Hitler est invité officiellement en Italie, où le point culminant de la visite a lieu à Naples où 100 sous-marins italiens exécutent une formidable parade (immersion rapide puis sortie rapide hors des flots en tirant une salve), montrant aux Allemands et aux Anglais que l’Italie entend jouer un rôle prépondérant en Méditerranée. Avec les Allemands, elle pouvait défier l’Empire britannique et couper sa ligne d’approvisionnement en Méditerranée. Avec les Anglais, elle pouvait contenir tout projet allemand (et russe) dans la même zone, tout en conservant ses colonies libyennes, somaliennes et éthiopiennes. Mais les entrevues de mai 1938 ne débouchent pas sur une politique claire de la part de l’Italie : tant Mussolini que Ciano restent confus et prudents. C’est la victoire diplomatique de Munich qui poussera définitivement Mussolini dans le camp de Hitler. L’Italie jouera dès lors une carte anti-anglaise en Méditerranée. Et signera les accords instituant l’Axe Rome-Berlin.
3. Hitler, Göring et la Yougoslavie
Pour comprendre les relations réelles entre l’Allemagne et la Yougoslavie, que l’on croit conflictuelles mais qui ne l’ont nullement été, il faut se référer au Traité commercial germano-yougoslave d’avril 1934. À partir de ce traité, les rapports entre les deux pays seront excellents, malgré le fait que la Yougoslavie ait été construite pour empêcher tout débouché allemand ou autrichien sur l’Adriatique. Le Protocole de Dubrovnik de 1937 renforce encore davantage les liens économiques entre le Reich et la Yougoslavie. Krupp construit des usines dans le pays, amorce son industrialisation. Stojadinovic, le chef serbe de la Yougoslavie d’avant-guerre, entend clairement se détacher de la tutelle française, qui ne permet pas un tel envol industriel. Parallèlement à sa politique allemande, il développe d’excellentes relations avec l’Italie et la Bulgarie et envisage de renouer avec la Hongrie, créant de la sorte une synergie dans les Balkans. Mais après Munich, on constate un retour à des positions anti-allemandes (francophiles et slavistes pro-tchéques) et à l’achat d’avions de combat (Blenheim et Hurricanes) en Angleterre. L’Allemagne s’inquiète et Stojadinovic tombe en février 1939. Mais le Prince Paul de Yougoslavie rend visite à Hitler en juin 1939, et reçoit la garantie allemande pour les frontières de la Yougoslavie : Hitler promet de ne pas soutenir les “séparatistes” slovènes et croates ni d’appuyer les projets “grands-hongrois” ; il ne dit pas un mot sur les Volksdeutschen de Yougoslavie. En revanche, Hitler demande aux Yougoslaves d’assouplir leurs positions vis-à-vis de l’Italie, d’adhérer à l’Axe pour lancer une politique méditerranéenne commune, de quitter la Société des Nations et de se désolidariser de l’Entente balkanique parce que les Turcs négocient avec les Anglais, selon la tradition diplomatique qui veut que la thalassocratie britannique soit la protectrice de la Turquie contre la Russie, mais aussi contre toute avancée allemande vers l’Égée. Le ministre yougoslave des affaires étrangères, Cincar-Markovic promet de maintenir les liens étroits avec l’Allemagne, d’améliorer les rapports italo-yougoslaves, mais estime que l’adhésion au Pacte anti-Komintern (1936) serait impopulaire dans le pays. Les relations germano-yougoslaves ont été renforcées par l’effet-Munich. Les liens économiques, diplomatiques et culturels entre les deux pays ont été plus solides qu’auparavant, bien que les cercles hostiles à l’Allemagne n’aient pas désarmés et aient notamment organisé des manifestations violentes contre la venue de diplomates allemands (dont von Neurath) et la visite de Ciano.
À suivre
jeudi 27 juillet 2023
La vision européenne de von Falkenhayn, chef de l’état-major allemand de 1914 à 1916

Général allemand (1861-1922). Ministre de la Guerre de Prusse en 1913, il remplaça Moltke après la bataille de la Marne, le 14 septembre 1914, comme chef du grand état-major général. L'échec de la bataille de Verdun entraîna son renvoi en août 1916. Placé à la tête de la IXe armée en Hongrie, il délivre la Transylvanie et occupe la majeure partie de la Roumanie. Affecté en Turquie, il ne put empêcher l'effondrement du front turc en Palestine (hiver 1917-1918). En 1918, il dirige encore l'occupation de l'Ukraine par la Xe armée allemande avant de prendre sa retraite.
• Recension : Heinz KRAFT, Staatsraison und Kriegführung im kaiserlichen Deutschland 1914-1916, Muster-Schmidt Verlag, Göttingen, 1980, 327 p.
Ouvrage capital, minutieux, précis sur les fluctuations politiques à l’intérieur du gouvernement et de l’état-major allemands au cours des deux premières années de la Grande Guerre. D’août à novembre 1914, von Falkenhayn, avec l’assentiment de Ludendorff, veut d’abord emporter la décision à l’Ouest, quitte à s’entendre ensuite avec les Russes. Le Haut Commandement du front oriental désapprouve cette politique et veut que tout le poids des armes allemandes se fasse sentir en Galicie. Ces dissensions provoquent finalement la rupture entre les politiciens et les militaires. En effet, le chancelier von Bethmann-Hollweg est idéologiquement orienté à l’Ouest et les militaires, de tradition prussienne donc russophile, veulent abattre la France et s’entendre avec la Russie. Von Falkenhayn, chef suprême de l’état-major allemand, cherche, dans cette optique, à désolidariser les Russes des Anglais. Il est court-circuité par le chancelier qui, avec l’appui des sociaux-démocrates russophobes, s’allie aux officiers du Haut Commandement du front oriental. La pression contre l’Ouest fléchit tandis que la guerre de mouve ment s’étend à l’Est. Von Bethmann-Hollweg voulait annihiler la puissance russe, tout comme les sociaux-démocrates voulaient abattre l’autocratie tsariste. Cette dialectique Est-Ouest au sein des milieux décisionnaires de l’Allemagne wilhelminienne en guerre provoquera la chute de von Falkenhayn, puis celle de Bethmann-Hollweg en 1917, tout comme les rebours occidentaux avaient provoqué le retrait de Joffre en 1916 et le limogeage de Viviani et d’Asquith dès 1915. Le maintien en place de Bethmann-Hollweg, prototype de l’indécis, a joué dans l’échec final de l’Allemagne.
L’historien Heinz Kraft restitue avec brio l’arrière-plan diplomatique de cette guerre : 1) l’opposition entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie qui entraîne l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne ; 2) la volonté de von Falkenhayn de faire la paix avec la Russie ; 3) le torpillage par Bethmann-Hollweg de ces projets de paix ; 4) les frictions entre les états-majors allemand et autrichien ; 5) les positions de la Bulgarie germanophile mais hostile à l’Autriche-Hongrie ; 6) la rupture entre von Falkenhayn et le chef de l’état-major austro-hongrois von Hötzendorf.
Kraft aborde aussi plusieurs questions-clefs : a) les plans de réorganisation de la “Mitteleuropa” envisagés par von Falkenhayn ; b) son refus de toute annexion inutile ; c) sa volonté de forger une alliance entre la Russie, le Japon, l’Allemagne et la France ; d) enfin, Kraft critique les thèses de Fritz Fischer, l’historien allemand de la Première Guerre mondiale le plus connu à l’Ouest (cf. Fritz Fischer, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale - 1914-1918, Trévise, Paris, 1970).
Alliance russe et réorganisation de l’Europe Centrale
Pour attirer les Russes dans ce triple projet 1) de ré-organisation de l’Europe Centrale, 2) d’union des Puissances centre- et est-européennes contre l’impérialisme britannique en Afrique et en Asie et 3) d’alliance grande-eurasienne, von Falkenhayn rappelle que Britanniques et Français sont unis contre Saint-Pétersbourg depuis 1830 (l’affaire belge) et depuis la guerre de Crimée. Londres s’est toujours opposé à l’expansion russe en direction de l’Océan Indien. L’Allemagne, elle, n’a jamais cherché à contrecarrer cette aspiration russe.
La réorganisation de l’Europe Centrale, destinée à devenir en quelque sorte un marché commun avant la lettre (mais où l’Allemagne aurait, de par sa position géographique, reçu une place prépondérante), ne pouvait, aux yeux de von Falkenhayn, être dirigée contre la Russie, comme le voulait les sociaux-démocrates et le chancelier von Bethmann-Hollweg. Ceux-ci prévoyaient des corrections de frontières au détriment de l’Empire des Tsars. Cette discussion, appuyée par la parution en 1916 du célèbre livre de Naumann sur la “Mitteleuropa”, finissait par opposer deux clans en Allemagne : ceux qui interprétaient les plans de Naumann dans un sens impérialiste allemand, sous-tendu d’a priori idéologiques (l’anti-tsarisme des sociaux-démocrates ou l’occidentalisme de von Bethmann-Hollweg), et ceux qui, comme Naumann lui-même, savaient raison garder même si l’autocratisme tsariste leur déplaisait. Faire de l’anti-tsarisme obsessionnel impliquait automatiquement une impossibilité de dialoguer avec la Russie donc de pactiser avec elle pour éliminer l’inconvénient énorme de la guerre sur deux fronts et pour tourner toutes les forces de l’Europe slave et germanique contre la thalassocratie britannique : von Falkenhayn entrevoyait parfaitement ce danger.
Le problème polonais
Au centre de cette discussion : le problème polonais. Sociaux-démocrates et occidentalistes souhaitaient la création d’un État polonais indépendant détaché de la Russie et économiquement lié à l’Allemagne. Ce vieux rêve socialiste et catholique, radicalement contraire à l’idéal d’équilibre réalisé par Bismarck entre 1860 et 1890, von Falkenhayn l’observait avec scepticisme. Pour lui, les armes allemandes ne devaient nullement servir à créer une telle pomme de discorde en Europe Centrale. De plus, l’Autriche-Hongrie, monarchie catholique, souhaitait ni plus ni moins annexer la Pologne, ce qui n’allait ni dans le sens des intérêts allemands/prussiens ni dans le sens des intérêts russes. Allemands protestants et Russes orthodoxes n’avaient bien entendu nul intérêt à voir se fortifier, aux points les plus névralgiques de leurs frontières, la redoute catholique que serait immanquablement une Pologne indépendante, dangereusement instrumentalisable par l’Italie, le Vatican, Vienne ou Paris.
Cette politique d’harmonisation des intérêts germano-russes, malgré la guerre, allait de pair, pour von Falkenhayn, avec une volonté de dialogue avec la France, laquelle n’avait, objectivement, aucun intérêt à lier son destin pour le long terme à celui de la thalassocratie britannique qui, dans l’histoire, l’avait chassée du Canada, des Indes et du Soudan (Fachoda). Avant Haushofer, le génial fondateur de la géopolitique allemande que redécouvre aujourd’hui tout un aréopage de géographes et de militaires français plus ou moins à “gauche”, von Falkenhayn amorce l’idée d’une grande unité diplomatique de l’Eurasie (de Paris à Tokyo), qui aurait fait table rase des antagonismes stériles du passé.
Paix et “militarisme”
La volonté de ce généralissime allemand était la paix ; une paix qui se serait construite non par un jeu d’annexions au profit de l’Allemagne, comme Versailles fut ultérieurement un jeu d’annexions au détriment du Reich, mais par un respect des souverainetés nationales et des frontières étatiques dans le cadre du concert européen de 1914. Chaque État aurait dès lors été un maillon dans une chaîne d’États, laquelle aurait formé une unité d’intérêts grands-européens.
L’erreur de Fritz Fischer, historien de la Première Guerre mondiale, ce fut essentiellement d’accuser tous les militaires allemands de “militarisme”, alors que le militarisme consiste, rétorque Kraft, à instrumentaliser les soldats honnêtes pour réaliser des objectifs idéologiques ou para-religieux fumeux. Ce sont les fanatiques, les messianistes de tous ordres qui sont responsables du militarisme, non les soldats eux-mêmes, serviteurs de leur peuple. Il ne faut donc pas confondre “militariste” et militaire, Militarismus et Soldatentum. Le “militariste”, c’est le politicien qui instrumentalise le soldat et ses idéaux pour réaliser un fantasme idéologique ou politique ; c’est celui qui excite l’agressivité, exalte l’esprit de sacrifice, sans mesurer les conséquences morales de ses discours. Pour Kraft, Matthias Erzberger, le catholique de gauche, ténor de la Zentrumspartei, responsable de l’éviction de Falkenhayn, allié pour ce faire de Ludendorff, est un “militariste” dangereux et sans uniforme qui monnaie le sang des soldats pour réaliser des utopies aberrantes. Erzberger voulait modifier la carte de l’Europe de fond en comble quand les armes allemandes avaient encore des chances d’emporter la victoire ; après 1918, à l’heure amère de la défaite, Erzberger se mue du jour en lendemain en zélote des réparations ! Pour Kraft, le soldat Falkenhayn a fait preuve de responsabilité ; le politicien Erzberger, d’irresponsabilité constante et le chancelier von Bethmann-Hollweg, d’indécision calamiteuse…
Luc Nannens (pseud. RS), Vouloir n°45/46, 1988.
Pour prolonger :
• La fin du mythe de « la saignée à blanc » [au sujet de Verdun] (S. Ferreira)


