mercredi 28 juillet 2021

CUBA LA ROUGE : RAFRAICHISSONS LES MÉMOIRES…

  

Le bloc-notes de Jean-Claude Rolinat

Cette « île crocodile », surnommée ainsi en raison de sa forme géographique, et de élevage que l’on y fait de ce « charmant » animal, - peut-être aussi une allusion aux vieux caciques du Parti communiste qui tirent les ficelles en coulisse -, est entre les  mains des kleptocrates du clan Castro depuis 1959 et sa révolution de la Saint-Sylvestre.

Un faux romantisme

Tout avait pourtant  bien commencé. Les photos du jeune chef rebelle et de ses maquisards de la Sierra Maestra, cartouchière en bandoulière et fusil à la main, faisaient le tour du monde, et attiraient la sympathie de tous, y compris et surtout celle des Américains. (Qui voulaient se débarrasser à bon compte, comme à Santo-Domingo avec Rafaël Trujillo, d’un caudillo devenu « trop encombrant ».) Pensez, un jeune avocat rebelle qui plus est barbu comme un révolutionnaire du XIXe siècle, face à un vieux dictateur, le général Fulgencio Batista, c’était vendeur. Un pur descendant de Galicien* contre un sang-mêlé. Paris-Match, pour ne  citer que cette  revue qui fut  jadis un grand magazine, en fit des tonnes. Mais bien vite, le nouveau pouvoir allait montrer son vrai visage, celui hideux d’une dictature communiste. Le jeune intellectuel avait bien trompé son monde. Très rapidement, de nombreux Cubains furent contraints à l’exil pour échapper à la sanguinaire épuration menée avec un zèle criminel par un certain médecin argentin, Guevara, qui allait se faire mondialement connaitre sous le nom du « Che ». Les États-Unis, sous le magistère de Kennedy, tentèrent bien de renverser Castro, mais l’expédition de la « Baia dos cochones », la « Baie des Cochons » en 1961, tourna à la catastrophe. Le « parrain » américain des révoltés cubains laissa tomber ses protégés qui finirent, pour les plus chanceux, dans les geôles castristes de l’île des Pins, au grand dam des exilés de Floride. Déjà, à cette époque, les pénuries de produits courants  commençaient à pointer leur nez, et l’embargo US n’arrangeait rien.

D’années en années, les files s’allongeaient  devant des magasins aux rayons quasiment vides, comme dans la Roumanie de Ceausescu. Le système monétaire reposait sur deux jambes, le péso local et le dollar, quasi officiel, la monnaie de l’ennemi ! Les Cubains, qui voulaient s’acheter des chaussures ou des vêtements corrects de marques étrangères, devaient solliciter la complicité des touristes pour pouvoir s’approvisionner dans les seuls magasins réservés à ces derniers, le tout payé avec les billets « verts », bien sûr ! Vingt ans après la « geste » du Movimiento 26 de  julio et du yacht Granma, à bord duquel Castro avait clandestinement quitté les côtes mexicaines pour débarquer dans l’Oriente, ça « tournait vinaigre » à La Havane.

Une île sous écrou, le troc avec les Soviétiques !

Les Cubains n’avaient pas encore reçu l’autorisation d’ouvrir leur maison à des étrangers afin de pouvoir y faire une sorte d’activité « bed and breakfast » pour améliorer l’ordinaire. Les chauffeurs de taxi acceptaient, en douce, de se faire payer la course en monnaie étrangère, le Dollar de préférence, et se cachaient littéralement le visage au moment de la transaction. Ambiance ! On ne risquait pratiquement aucune agression, rien, un policier en uniforme étant de garde statique, tous les cinquante mètres. C’était et c’est là, le seul avantage d’une dictature pour un touriste. Cuba a toujours eu la réputation d’avoir un bon système de santé. Vrai ou faux, elle a exporté ses médecins un peu partout dans le tiers-monde, histoire de se faire de la « pub » à bon compte. Le régime castriste, un autre rare bon point, fut de faire accéder le pays à  un bon niveau scolaire. Vous me direz, comparé à celui de la France, il n’y a pas un grand mérite au classement Pisa !

L’île caraïbe vendait son sucre à l’URSS à un prix supérieur au marché, et cette dernière lui vendait du carburant en dessous du prix du marché. En échange de quoi ? Cuba fournissait la chair à canon alimentant les entreprises guerrières des Soviétiques, notamment en Afrique. Comme beaucoup de Cubains sont noirs ou mulâtres, les Russes pensaient que les Cubains seraient mieux acceptés qu’eux ou que leurs complices est-allemands par les populations locales. Un calcul qui ne s’est pas avéré tout à fait juste, notamment en Angola. Là aussi, si les Américains avaient joué le jeu de la carte occidentale, au lieu de laisser tomber les Sud-Africains qui y menaient une vaste offensive à partir de la Namibie, - coordonnée avec les milices de l’UNITA de Jonas Savimbi -, ce vaste pays lusophone où la crème de la colonisation portugaise s’était échinée, ne serait pas tombée entre les mains des marxistes. Bref, ne refaisons pas l’histoire, mais nombre de cercueils revenaient au pays de la rumba et du mambo. L’aventure « néo-coloniale » du satrape Castro commençait à coûter cher à Cuba. La population murmurait : cette guerre « anti-impérialiste » conduite par procuration au bénéfice du « Grand frère »,ne faisait pas les affaires du petit peuple. Cette partie de la population hostile au communisme ne pouvait pas faire grand-chose, chaque quartier, chaque maison étant encadrée par des membres des CDR, les Comités de défense de la révolution. C’est à dire un mouchard qui notait tout, les va et vient des uns et des autres, - qui venait, qui sortait -, bref, une espionite aigue à grande échelle, une malsaine activité qui n’a pas cessé un seul jour.

L’éruption !

C’est tout ça qui est ressorti, qui a explosé les semaines dernières, avec le manque de victuailles et de perspectives d’avenir. Sans le communisme, Cuba pourrait être une île riche, largement capable de rivaliser avec la République Dominicaine au plan touristique, pouvant mieux exporter ses produits tropicaux, son tabac, installer des « maquilladoras » comme au Mexique… Bref retrouver, à terme, le niveau de vie qu’elle avait AVANT, quoique l’on puisse dire du régime corrompu et délictueux de Batista. Il est vrai que sous son règne, La Havane, c’était la ville des tripots, de la prostitution et des gangsters américains. Pourtant cette dictature assurait, tout de même, un assez bon niveau de développement à l’île. Laquelle était, dans les années cinquante, classée parmi les pays d’Amérique latine, - avec l’Argentine et le Venezuela -, en tête du peloton. Avec la chute de l’URSS en 1991, tous les avantages marchands que tirait Cuba de ses relations avec la grande Russie, sont allés progressivement dans le panier des souvenirs « heureux », même si Moscou entendait conserver Cuba comme un pion dans le jeu qui l’oppose aux États-Unis. Obama, au grand dam des exilés cubains de Floride, avait reconnu le gouvernement communiste et ouvert une ambassade dans l’île. Actuellement, il semble que Jo Biden lève progressivement les sanctions qui pourrissent la vie des îliens. Ce qui n’a pas fait baisser pour autant  la pression dans la marmite. Mais tout de même, la levée progressive de l’embargo et la fourniture de pétrole iranien ou vénézuélien, va desserrer un peu l’étau qui étreint La Havane.

Mais le peuple cubain  en a assez de cette dictature qui ne lui offre aucune perspective d’avenir, pas plus que du pain. Les pièces détachées des « belles Américaines » qui font la fierté des Cubains, manquent, et les transports en commun, dans certains endroits, ont eu recours aux chevaux ! Il n’y a aucun espace de liberté, les gens qui ont pu fuir ne reviendront pas et, grâce à leurs dons, mettent sous perfusion les membres de leur famille restés au pays. Les camps de prisonniers sont plus abondants en locataires que les produits de première nécessité dans les épiceries ou les pharmacies. Les tickets de rationnement, plus d’un demi-siècle après la révolution, sont toujours de mise. La pandémie, - qui n’est certes pas du fait du régime -, assèche le tourisme qui amenait des devises. Donc, des milliers et des milliers de Cubains sont descendus dans la rue pour manifester contre le pouvoir. Ce dernier n’a pas fait dans la dentelle, faisant tirer ses troupiers à balles réelles, et invitant ses partisans à contremanifester. Des morts, des arrestations, de quoi rafraichir l’ardeur protestataire.

Le nazisme a disparu, mais le « cadavre » communiste bouge encore !

Et dire qu’il y a encore, dans la France de 2021, des gens pour se réclamer du marxisme. Il y a même un olibrius qui veut se présenter à l’élection présidentielle  sous l’égide du parti au marteau et à la faucille ! Au fou ! On avait pu penser qu’avec la mort de Fidel Castro en 2016, son  remplacement par son frère Raoul, puis la démission de celui-ci en 2019 au bénéfice de Miguel Diaz Canel, - un apparatchik du Parti communiste cubain, le PCC -, l’étreinte mortifère  allait se relâcher. Que nenni, le visage des dirigeants changent peut-être, mais la matière est la même, la pâte dont ils sont faits est identique. Et le pire pour nous, est de voir en Occident des jeunes crétins porter un t-shirt à l’effigie de Che Guevarra, ce tueur congénital, que Castro avait expédié au Congo ex-belge et en Bolivie pour exporter sa révolution. Il finit comme il avait commencé, dans la violence, à savoir, tué comme un chien par des rangers dans la selva bolivienne. Tout a été faux dans cette révolution cubaine frauduleusement nimbée d’un halo de « romantisme ». Il n’y a eu rien  de « romantique ». Ce n’était pas Lamartine en 1848 ! Fidel Castro a trompé son monde. Et certains fidèles l’ont quitté. Bien mal leur en pris, comme Hubert Matos ou Camilo Cienfuegos, fidèle parmi les fidèles, qui périt mystérieusement  en octobre 1959, dans un étrange accident d’avion**. Si dans « le cochon tout est bon », comme le dit un dicton populaire, dans la révolution cubaine tout, ou presque, est à rejeter

*Ce qui explique l’étrange complicité entre une Espagne franquiste à la tête de laquelle régnait un certain général Franco, lui-même Galicien, et un satrape communiste d’ascendance galicienne !

**« L’avion, ce mystérieux tueur de célébrités » à L’atelier Fol’Fer, et « Pronunciamiento sous les tropiques, » éditions Dutan/Dualpha, du même auteur.

http://synthesenationale.hautetfort.com/

Kosovo Polje (1389) : le sacrifice de la noblesse serbe au « Champ des Merles »

 

Kosovo Polje (1389) : le sacrifice de la noblesse serbe au « Champ des Merles »

Le 15 juin 1389 est une date fondamentale dans l'histoire de la Serbie. Lors de la bataille dite « du Champ des Merles », l'aristocratie locale est saignée à blanc au cours de ce paroxysme du vaste affrontement qui voit s’opposer depuis des décennies les chrétiens des Balkans à l’avancée de l’islam.

L’équilibre de l’Europe orientale, région dominée pendant plusieurs siècles par la puissance byzantine, se voit soudainement bouleversé par l’apparition des tribus turques à la fin du XIe siècle. En 1071 à la bataille de Manzikert, ces populations nomades issues de la steppe asiatique, récemment converties à l’islam sunnite, infligent une sévère défaite aux Grecs. Vaincus, les Byzantins doivent quitter le plateau anatolien et voient leur influence fortement réduite en Asie mineure.

En 1204, avec la prise et le sac de Constantinople par les chrétiens latins, la quatrième croisade achève de réduire définitivement l’influence byzantine en Orient. Morcelé en plusieurs principautés, l’empire déjà réduit comme peau de chagrin sombre dans les luttes intestines. Les Turcs profitent de l’occasion pour multiplier les opérations militaires en profondeur, jusqu’aux bords de la mer Noire et de la Méditerranée.

La puissance serbe, de l’affirmation à la résistance à l’islam

L’affaiblissement de l’empire byzantin constitue également une opportunité pour le royaume serbe, qui s’affirme et conquiert une partie des Balkans désormais mollement contrôlés par les Grecs. Sous la dynastie des Nemanjic, plus particulièrement durant le règne du roi Etienne Douchan (1308-1355), le royaume de Serbie s’empare de la Chalcidique en 1347, de la Thessalonique en 1348, de la région de Zahumlja au sud de la Bosnie en 1350… Les Serbes dominent alors un territoire allant du Danube à la mer Adriatique. Cet élan conquérant s’essouffle pourtant rapidement : à la mort du roi, pourtant couronné « empereur des Serbes et des Romains » en 1346, la plupart des princes serbes s’émancipent du pouvoir central. Ils entendent régner en maîtres sur leurs domaines et occupent leur temps à se faire la guerre.

Cette situation profite grandement aux Turcs ottomans qui dès 1354 traversent le Bosphore et s’installent à Gallipoli. En 1371, ils triomphent à la bataille de la Maritsa des troupes serbes du prince local et se précipitent sur la Macédoine. Les princes chrétiens libres de la région, après la soumission des Byzantins et des Bulgares au nouvel envahisseur dès 1372, se rassemblent sous la bannière du prince Lazare, ancien membre de la cour du roi Étienne. Lazare comprend très vite le danger qui pèse sur son pays, et cherche des alliances à travers toute l’Europe : les autres principautés serbes d’abord, mais aussi le royaume de Hongrie et surtout la Papauté, inquiète de l’expansion turque en Europe.

Les princes coalisés battent une première fois, en 1381, un contingent turc à la bataille de Dubravnica. En 1386, Lazare repousse lui-même une force ennemie menée par le sultan Mourâd Ier. Mais ces victoires ne réussissent pas à briser l’élan des Turcs : si les montagnes et leurs contreforts résistent, tout le littoral grec tombe rapidement entre leurs mains.

L’offensive turque prend fin au Kosovo

Mourad Ier veut porter un coup décisif à la résistance chrétienne dans les Balkans. Il marche sur les mines d’argent du sud de la Bosnie tout en soumettant au passage les princes locaux, ou en ravageant les territoires récalcitrants. Lazare décide de bloquer l’avancée de son ennemi et rallie ses alliés, le prince de Bosnie, son gendre Vuk Brankovic, mais aussi des contingents de Valaques, de Hongrois, et peut-être d’Albanais. Tous répondent à l’appel du prince serbe et se rassemblent au lieu-dit du Champ des Merles, aujourd’hui au Kosovo.

Face à ces dix à quinze mille hommes, soit un effectif particulièrement important pour l’époque et compte tenu des ressources démographiques de la région, Mourâd Ier aligne près de trente mille soldats : des Turcs en grand nombre, dont les Janissaires constituent déjà les meilleurs guerriers, mais aussi des troupes des princes serbes inféodés au sultan ainsi que des mercenaires grecs. Malgré la disproportion des contingents engagés, les chrétiens galvanisés par Lazare sont persuadés de lutter pour les Balkans – voire l’Europe tout entière – contre l’ennemi musulman, avec d’autant plus d’énergie que l’esprit de la croisade imprègne encore fortement les mentalités de l’époque.

Les circonstances exactes de la bataille, qui dure toute la journée du 15 juin, demeurent méconnues. Les sources se contredisent en fonction de leurs origines. Les Serbes ont tendance à valoriser le courage de leurs chevaliers qui, malgré une nette infériorité numérique, se battent jusqu’à la mort. Lazare lui-même tombe au combat, tandis que son gendre Vuk Brankovic abandonne le champ de bataille. À l’inverse, les musulmans préfèrent insister sur la fourberie des chrétiens qui assassinent leur sultan après la bataille, empêchant ainsi les Ottomans d’exploiter leur victoire : Bazajet, le fils de Mourâd Ier, doit immédiatement retourner en Anatolie consolider son trône, délaissant provisoirement les Balkans.

Une bataille pour la mémoire

Mais cette dernière version provient de poèmes épiques tardifs, eux-mêmes issus des premières sources turques (un poème de 1512 de l’historien Mehmed Nesri), qui cherchent à favoriser le sentiment d’unité et la combativité des Serbes qui poursuivent la lutte contre l’oppression ottomane. Cette histoire est particulièrement valorisée par les nationalistes serbes, dès le XIXe siècle lors du réveil des nationalités, et marque encore aujourd’hui leur identité : Lazare, béatifié, est inhumé à l’église Saint-Sava à Belgrade (la deuxième plus grande du monde orthodoxe), alors qu’une colonne commémorative a été érigée sur le lieu de la bataille en 1953.

D’après les sources plus immédiates, comme Les Annales de l’anonyme de Raguse (écrites probablement à la fin du XVe siècle), « le tsar Mourad a été tué ainsi que le roi serbe. Les Turcs ne remportèrent pas la victoire. Les Serbes non plus, car il y a eu de nombreux morts ». Si l’on croise ces écrits avec les rapports des diplomates des cités-États, notamment de Venise et de Raguse, aucun des deux partis ne peut prétendre en effet à la victoire. Mais pour les chrétiens, et plus particulièrement les Serbes, la bataille devient un symbole. Lazare, qualifié de « victorieux et zélé, croyant Lazare, le nouveau martyr » par Danilo Banskij, le patriarche de Constantinople entre 1390 et 1400, meurt certes au combat mais devient un symbole : celui du courage et de l’abnégation serbes.

Quant à son gendre, surnommé le « traître » pour avoir quitté le champ de bataille à l’annonce de la mort de son beau-père, il apparaît finalement aujourd’hui comme un héros de la résistance. Vuk Brankovic, qui combat avec acharnement les incursions turques à la mort de son seigneur, aurait en effet quitté le champ de bataille pour qu’au moins un seigneur survive et puisse continuer la lutte contre l’envahisseur.

Un coup d’arrêt provisoire, mais une inspiration pour l’avenir

Les Turcs, malgré leur victoire sur le champ de bataille, doivent abandonner la campagne prévue originellement. La mort du sultan et l’exécution de son fils cadet par Bazajet obligent en effet les forces ottomanes à se replier vers leurs possessions pour assurer la transition du pouvoir. Les Serbes obtiennent donc un bref sursis, qu’un traité de paix vient concrétiser : contre la soumission d’une partie de la noblesse, les Turcs laissent une très large autonomie à leurs provinces. Et s’ils sont déstabilisés par l’irruption des hordes de Tamerlan, qui leur inflige une sévère défaite à Ankara en 1402, les plongeant dans de violentes querelles dynastiques jusqu’en 1413, la conquête des Balkans reprend aussi rapidement qu’inexorablement. Constantinople tombe en 1453, Smederevo en 1459, et finalement Belgrade, dernier îlot de résistance, en 1521.

Les Serbes préfèrent pour beaucoup s’exiler au Nord, dans le royaume de Hongrie puis dans les principautés autrichiennes où ils forment des troupes spécialisées dans les raids et les assauts au-delà de la frontière avec l’empire ottoman. Avec les Croates et les Bosniens, ils intègrent des régiments de cavalerie légère chargés de surveiller cette frontière, mais aussi de harceler les forces ennemies par des opérations de guérilla. Élevés dans la culture de la guerre, marqués par l’exemple de leurs aïeux, ils font partie des premiers à se révolter pour former, en 1878, un Etat serbe indépendant qui n’aura de cesse, au cours du siècle suivant, de lutter encore pour sa survie.

Et c’est ainsi que le sang de la noblesse serbe, qui chaque année fait rougeoyer le Champ des Merles, à l’approche du Solstice d’été, inspire à ses descendants la conscience de leur identité et la nécessité du combat. Sous l’égide des héros d’autrefois.

Arthur Van de Waeter

Photo : gravure d’après un tableau d’Adam Stefanović, vers 1870.

https://institut-iliade.com/kosovo-polje-1389-le-sacrifice-de-la-noblesse-serbe-au-champ-des-merles/

Saint Benoît (Odon Hurel)

Odon Hurel, directeur de recherche au CNRS, est spécialiste du monachisme bénédictin et a publié plusieurs ouvrages sur le sujet. Cette fois, il signe une biographie de Benoît de Nursie, devenu Saint Benoît, dont la transmission de la figure doit beaucoup au succès de la diffusion de la Règle, en particulier à partir de l’époque carolingienne. Ce livre tente de nous faire découvrir la vie de Benoît de Nursie , homme du VIe siècle, et de dégager, à la manière des archéologues, strate par strate, l’accumulation des fonctions attribuées à Saint Benoît dans l’histoire de la civilisation occidentale. Odon Hurel cherche donc, dans un premier temps, à reconstituer le déroulement d’une vie en s’appuyant sur le récit de Grégoire le Grand (540-604), moine devenu pape en 590, et dont le livre II des Dialogues est entièrement consacré à la vie de Benoît de Nursie, mais aussi en inscrivant les principaux événements dans l’histoire de l’Italie des Ve et VIe siècles, entre les années 480, celles de la naissance du saint, et les années 550-560, celles de sa mort. Sa biographie nous livre aussi des figures d’hommes et de femmes, religieux ou non, et nous laisse apercevoir des centaines d’autres, qu’il s’agisse de cénobites, de prêtres, d’évêques, de paysans et de citadins dont la vie est liée à la mise en œuvre de l’occupation monastique de Subiaco puis du Mont-Cassin.

Saint Benoît, Odon Hurel, éditions Perrin, 278 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/saint-benoit-odon-hurel/106642/ 

14 décembre 1931 : Gustave le Bon

 Le nom et l'œuvre de Gustave le Bon sont aujourd'hui superbement ignorés par les universités françaises. La raison en est simple : les dures vérités qu'enseigne ce pionnier de la psychologie sociale appliquée à la sociologie sont trop rudes à entendre pour les fragiles oreilles de nos contemporains, qui préfèrent se laisser bercer par les élucubrations du catéchisme freudien et des "philosophes" de supermarchés (de B.H Lévy à André Gkucksman, la liste est longue...).

Pourtant, lorsqu'il meurt à quatre-vingt-dix ans, le 14 décembre 1931, Gustave le Bon laisse derrière lui une œuvre impressionnante, que tout militant nationaliste se doit de connaître car elle lui fournit des armes de premier choix dans son combat.

Le Bon est d'abord un homme de science. Il démontre l'existence de la radioactivité. Surtout, il établit - largement avant un Einstein qui aura tendance à s'attribuer le travail d'autrui - que matière et énergie ne sont que les deux aspects, successifs, d'une même réalité (L'évolution de la matière, 1905), Mais, à la différence de trop de chercheurs actuels, Le Bon ne s'enferme pas dans un seul domaine de spécialité. Physicien, il se passionne aussi pour la biologie, l'histoire, la philosophie, la sociologie, l'anthropologie, l'ethnologie... C'est en faisant le lien entre ces disciples qu'il s'impose comme un pionnier de la psychologie sociale.

Ce grand voyageur qui a aimé parcourir l'Afrique et l'Asie rapporte de ses pérégrinations un constat : « Ce qui m'est resté le plus clair dans l'esprit, écrit-il dans les Lois psychologiques de l'évolution des peuples, c'est que chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques et d'où ses sentiments, ses pensées, ses intuitions, ses croyances et ses arts dérivent ». Autrement dit, la façon qu'à un peuple de voir le monde, de se positionner par rapport à lui, fonde son identité. Et Le Bon, qui avait la chance de vivre à une époque où l'on pouvait encore s'exprimer librement, précise : « Le facteur racial doit être mis au premier rang, car à lui seul il est beaucoup plus important que tous les autres dans la détermination des idées et des croyances des foules ».

Le Bon ne verse d'ailleurs pas dans une interprétation réductionniste qui consisterait à n'attribuer qu'au seul facteur biologique les caractéristiques des peuples. Il a compris - et là encore il fait œuvre de pionnier - que la nature et la culture ont toutes deux leur part, incontournable, dans l'identité des peuples. Ce qu'il résume en une formule forte : « L'ensemble des caractères communs imposés par le milieu et l'hérédité à tous les individus d'un peuple constitue l'âme de ce peuple ».

Voilà ce qui est, volontairement, oublié, nié aujourd'hui : les peuples ont une âme. Inlassablement, Le Bon en fait la démonstration dans de maîtres livres qui ont connu, en leur temps, un grand et mérité succès. Mais le plus bel hommage rendu à Le Bon émane du grand Georges Sorel : « Si la psychologie parvient quelque jour à être annexée, chez nous, au domaine des connaissances que doit posséder un homme pour avoir le droit de se dire vraiment cultivé, on devra ce résultat aux efforts persévérants de Gustave Le Bon ».

P. V National Hebdo du 8 au 14 décembre 1994

Mes idées politiques (Charles Maurras)

 

Charles Maurras (1868-1952) fut homme politique, journaliste, essayiste et poète. En 1908, il fondait L’Action française, organe du nationalisme intégral, défenseur d’une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée. Elu à l’Académie française en 1938, il en fut honteusement exclu à la suite de sa condamnation inique en 1945 pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi, lui dont l’antigermanisme était pourtant légendaire.

Ses idées ont influencé de nombreux intellectuels français comme étrangers, et continuent d’irriguer les différents courants nationalistes et contre-révolutionnaires. Les éditions Kontre Kulture ont donc fait œuvre utile en rééditant son ouvrage Mes idées politiques paru en 1937. Charles Maurras y développe des principes politiques pérennes avec une extraordinaire clarté et met à mal tout l’édifice républicain et sa devise mensongère Liberté – Egalité – Fraternité. Maurras commence d’emblée par démontrer que l’inégalité est au contraire protectrice et vertueuse. Il examine ensuite les principes de vérité, de force, d’ordre, d’autorité, de liberté, de droit et de loi, de propriété, d’hérédité, du devoir de l’héritage et de la tradition, mettant les idées au clair, par exemple sur les conditions de l’autorité vraie ou de la loi juste. Ensuite, en moins de cinquante pages, il pose les bases de la science politique. Puis il s’attaque à la démocratie, enfant bâtard du libéralisme, et en décrit les vices et les turpitudes. Il s’attèle également aux questions sociales, précise les rapports de l’économique et du politique et défend une organisation du travail basée sur la corporation. Enfin, il termine par un implacable plaidoyer pour le nationalisme intégral.

Il s’agit là sans nul doute d’un livre indispensable à tout militant politique de la cause nationale.

Mes idées politiques, Charles Maurras, éditions Kontre Kulture, 364 pages, 20 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/mes-idees-politiques-charles-maurras/106061/

mardi 27 juillet 2021

Libéralisme et socialisme

  

Comprendre ces « ismes » au-delà des clichés

Le XXème siècle, profondément idéologique, fut dominé par l’affrontement entre le capitalisme et le socialisme, d’essence communiste ou nationaliste/fasciste. Ces termes sont généralement bien compris de la plupart, mais lorsqu’on gratte un peu, on réalise que la compréhension de ces termes varie grandement selon l’interlocuteur : peu de personnes offriraient des réponses semblables quand vient le temps de définir le socialisme.

Question de s’y retrouver un peu et de réellement comprendre ce que ces doctrines sont et d’où elles proviennent, les Éditions de Chiré viennent de rééditer Libéralisme et socialisme de Louis Salleron, cours donné à la Faculté libre de philosophie comparée sur l’évolution de ces deux phénomènes, depuis leur genèse au siècle des Lumières. L’auteur est professeur et cela se sent dès le début : il n’emploie ni jargon hermétique, ni ne perd son public, qu’il guide sans le prendre de haut, dans un voyage à travers le temps pour comprendre les origines, puis l’évolution de ces idéologies économiques au fil des siècles, en fonction des grands évènements. Un ouvrage remarquable par sa clarté et son objecticvité.

Le libéralisme est d’abord et avant tout l’idéologie de la « libération de l’individu »; la libération face à l’État. Selon des lois dites naturelles, tout finirait par rentrer dans l’ordre; l’économie dérégulée étant en fait régulée par des forces invisibles qui seraient non pas des suppositions, mais de véritables lois. L’intervention étatique ne serait pas que superflue; elle serait nuisible, puisqu’elle viendrait se heurter aux lois naturelles qui se mettraient en action par elles-mêmes.

Basée sur les principes de « liberté », de « propriété » et d’« ordre naturel » cette idéologie, parfois considérée, comme une science passa avec des modifications de fond de l’École française à l’École anglaise, avec les bien connus Adam Smith, Malthus, Ricardo et Stuart Mill, avant de se transformer en néo-libéralisme, sous l’impulsion de Keynes.

À l’opposé, se développa une « aspiration vague et confuse vers un monde meilleur », le socialisme. Basé sur un certain esprit de communauté, ce mouvement aussi large que mal défini refléta diverses tendances au fil de son histoire, de Proudhon à Marx, puis avec les socialistes de troisième voie comme les nationaux-socialistes, puis les socialistes réformistes encore fort populaires en France.

Salleron, qui écrivait il y a une cinquantaine d’années, notait un recul du libéralisme et même un renversement de la situation : après avoir dominé, le libéralisme aurait été remplacé par un certain socialisme. Sur ce point, on ne peut donner raison à l’auteur, probablement encore trop près des évènements de 1968 pour avoir la perspective nécessaire à de tels pronostics. Il est peut-être vrai qu’en mots, moins de personnes se réclament d’un libéralisme économique que d’une certaine forme de socialisme, car cette idéologie est devenue une étiquette de vertu et d’altruisme, alors que le néolibéralisme résonne comme égoïsme. Toutefois, ce n’est qu’apparence : les socialistes actuels ne remettent plus en question le système prévalant; ils tentent simplement de minimiser ses abus les plus criants à l’aide de minimes réformes. Peu de politiciens, même ceux à l’extrême gauche de l’échiquier politique, proposent une alternative réelle au système néolibéral actuel : tous se contentent du statu quo et ont fini par assimiler l’idée qu’il s’agissait d’un ordre naturel. On constate donc au contraire une victoire du libéralisme.

Mais, cela va même au-delà de ça : le capitalisme des années 70 n’a plus rien à voir avec le capitalisme actuel qui tend vers des monopoles mondiaux par les géantes multinationales et des consortiums dont on ne pouvait envisager l’ampleur à cette époque. Il y a en outre une financiarisation de l’économie qui fait en sorte que non seulement le monde est devenu un marché, mais que les pays, socialistes ou non, n’ont quasiment plus de marge de manœuvre dans ce système. La domination du politique par l’économie a atteint des sommets qu’on ne pouvait envisager il y a quelques décennies encore.

Toutefois, si le constat économique de Salleron ne semble pas s’être concrétisé, ses réflexions, qui datent de 1975 et 1976, permettent de comprendre la post-modernité actuelle. Le libéralisme, après avoir été une doctrine principalement économique est devenu une doctrine identitaire : on souhaitait « s’émanciper » de la communauté; aujourd’hui on veut s’émanciper de tout, même de sa nature. Ainsi on va plus loin qu’une simple « émancipation sociale », on recherche notamment avec la théorie du genre à se recréer une nature souhaitée, en porte-à-faux avec la nature elle-même. Le libéralisme en est arrivé à ce point dans les esprits, la « libération de l’individu » jusqu’à sa libération… de lui-même!

Louis Salleron, Libéralisme et socialisme, Éditions de Chiré, 2020, 262 p.

https://voxnr.com/51588/liberalisme-et-socialisme/

14 avril 972 : empire d'Occident, empire d'Orient

 • En épousant à Rome, le 14 avril 972, la princesse grecque Théophano, Othon Il peut espérer unir, réunir, deux empires qui représentent l'un et l'autre la tradition romaine. Une tradition qui continue, cinq siècles après la décomposition de l'empire romain, à faire flamboyer l'imaginaire des peuples européens.

L'empire, disparu d'Occident à partir de 476, a survécu dans le cadré de l'empire byzantin. l'empereur régnant à Constantinople s'intitule « empereur des Romains » et les Byzantins, pourtant héritiers directs de la culture hellénique, se désignent fièrement eux-mêmes, en grec, par le nom de «Romaioi» (quand l'Islam à submergé, au VIIe siècle, les territoires byzantins d'Asie et d'Afrique, les musulmans ont adopté le terme de Roumis pour désigner leurs ennemis originaires d'Europe).

Les Byzantins affirment leur qualité d'héritiers et continuateurs de Rome à travers des symboles (l'aigle) et une titulature : le souverain byzantin revendique le titre d'« empereur des Romains » et dénie à tout autre que lui le droit de porter ce titre. C'est pourquoi Charlemagne, couronné empereur d'Occident en 800 et donc restaurateur de la dignité impériale en Europe de l'Ouest, se contente, par souci diplomatique, de prendre dans sa correspondance officielle avec Byzance le titre d« 'empereur Auguste »... Ses successeurs font de même et lorsque l'un d'entre eux, Louis Il, enfreint la règle et se prétend "empereur des Romains", il suscite force protestations venant de Constantinople.

Après la décadence de l'empire carolingien, au cours du IXe siècle, l'institution impériale ne renaît en Occident qu'en 962 lorsque le roi de Germanie Othon 1er, fils d'Henri 1er l'Oiseleur, est couronné empereur à Rome par le pape Jean XII. Othon bénéficie d'une grande popularité grâce à sa victoire du lechfeld (955) sur les Hongrois, nomades pillards venus d'Asie et qui ont agressé pendant des décennies l'Europe occidentale. Othon le libérateur, incarnant l'identité germanique, rassemble sous son autorité l'Allemagne et l'Italie du Nord, tout en se faisant le tuteur d'une papauté affaiblie par la médiocrité morale de plusieurs pontifes successifs (ainsi Jean XII « se fait remarquer, note Marcel Pacaut dans son Histoire de la papauté, par son amour de l'argent et ses aventures galantes »).

Héritier du titre impérial à la mort de son père (973) Othon Il « n'en avait hérité ni l'énergie, ni la perspicacité, ni l'aptitude à dominer les événements » (Robert Folz, La naissance du Saint-Empire). Mais il subissait, beaucoup plus que lui, la fascination de l'idée romaine de l'Empire. Il n'hésita pas à prendre le titre d« 'empereur Auguste des Romains », ce qui était une façon de s'affirmer le véritable successeur des Césars. Mais aussi, du coup, un défi à Constantinople. Hanté par la nécessité de contrôler l'ensemble de l'Italie, Othon Il voulait reprendre le sud de la péninsule, exposée aux incursions des Arabes venus d'une Sicile qu'ils occupaient depuis 827. Défait par eux en 982, Othon Il préparait la revanche lorsqu'il mourut l'année suivante. Sa veuve Théophano assuma la régence au nom du jeune Othon III.

Nièce de l'empereur byzantin Jean Tzimiscès, Théophano se révéla une femme de grande énergie. Elle donna à son fils une formation soignée, tant sur le plan politique que culturel. A travers elle le monde romano-germanique et le monde grec pouvaient se rejoindre. Ce grand projet devant être réduit à néant, en 1054, par le schisme marquant le divorce définitif entre l'Eglise latine et l'Eglise grecque.

P. V National Hebdo semaine du 10 au 16 avril 1997

KATYN : DES VICTIMES OUBLIÉES

 Les Polonais voudraient que l’Europe salue la mémoire de ses 14 000 officiers prisonniers de guerre, massacrés en 1940 sur ordre de Staline. Mais le Parlement européen renâcle…

Le 7 mars dernier, le président du Parlement européen, le socialiste espagnol Josep Borrell, annonçait que la requête des députés polonais du groupe du Parti populaire européen (PPE, démocrate-chrétien) était repoussée. Ceux-ci avaient demandé qu’à l’ouverture de la session de mars, l’assemblée de Strasbourg observe une minute de silence en l’honneur des officiers polonais massacrés à Katyn, en 1940, sur ordre de Staline.

M. Borrell justifiait son refus en arguant de l’impossibilité de commémorer tous les événements tragiques du passé européen. « Pour nous, Katyn, ce n’est pas du passé, a répliqué un parlementaire polonais. Jusqu’au début des années 90, dire la vérité sur ce drame nous envoyait en prison. »

Le 23 août 1939, le pacte germano-soviétique signé par Ribbentrop et Molotov prévoit, dans un protocole secret, le futur partage de la Pologne. Les dés roulent : ce qui deviendra la Seconde Guerre mondiale commence sous les auspices de l’alliance nouée entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique.

Le 1er septembre, à l’aube, la Wehrmacht envahit la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Le 14 septembre, alors que Varsovie est complètement encerclée, Staline donne l’ordre à ses troupes de passer à l’offensive : le 17, l’Armée rouge envahit la Pologne orientale. Pris en tenaille, les régiments polonais sont écrasés. Le 27 septembre, le gouvernement et le haut commandement polonais se réfugient en Roumanie. Ils gagneront ensuite la France, puis l’Angleterre en juin 1940.

Dès le 28 septembre 1939 est signé entre le IIIe Reich et l’URSS un « traité d’amitié et de délimitation des frontières » . La Pologne est partagée. Dans la partie russe, le praesidium de l’URSS attribue la nationalité soviétique à tous les résidents des territoires incorporés. Tout citoyen est désormais soumis à la loi soviétique, avec les conséquences que l’on de-vine, au moment où le stalinisme atteint son apogée : le personnel administratif et politique est épuré, la répression frappe les opposants réels ou supposés.

Au cours de cette guerre éclair, 240 000 Polonais ont été faits prisonniers, dont environ 10 000 officiers. Si un certain nombre de simples soldats sont libérés début octobre, 25 000 autres sont envoyés construire des routes, et 12 000 mis à la disposition, comme travailleurs forcés, du commissariat à l’Industrie lourde. Deux camps pour officiers sont créés, à Starobielsk et à Kozielsk, ainsi qu’un camp pour les policiers, les gardiens de prisons et les gardes frontières à Ostaszkow. Fin février 1940, 8 000 officiers et 6 000 policiers et assimilés y sont internés.

Ces hommes appartiennent à l’élite de la société polonaise. Staline pense d’abord condamner les policiers sous un chef d’accusation visant les personnes ayant « combattu le mouvement ouvrier international » , ce qui équivaut à des peines allant de cinq à huit ans de détention. Mais sur proposition de Beria (le chef du NKVD, la police politique soviétique), la solution la plus radicale est choisie : l’extermination massive des prisonniers de guerre. Le 5 mars 1940, le Bureau politique décide d’ « appliquer la peine suprême » à 25 700 Polonais, « ennemis incorrigibles » qui « attendent seulement d’être libérés pour participer activement à la lutte contre le pouvoir soviétique » . L’acte écrit porte notamment les signatures de Staline et de Molotov.

Un mois est nécessaire pour préparer l’exécution de cet ordre. Puis, entre le 3 avril et le 13 mai 1940, les prisonniers sont transportés par petits groupes hors des camps. Ceux de Kozielsk sont amenés à Smolensk, où ils sont torturés et abattus d’une balle dans la nuque. Leurs cadavres sont ensuite transportés dans le bois de Katyn, où ils sont ensevelis dans d’immenses fosses communes, au bord desquelles d’autres prisonniers sont exécutés directement : 4 404 corps en tout seront enterrés ici, le nom de Katyn s’étant imposé pour désigner un crime collectif qui, au même moment, est perpétré ailleurs. Les 3 891 officiers de Starobielsk, eux, sont assassinés dans les locaux du NKVD à Kharkov, leurs dépouilles étant enterrées dans la banlieue de la ville. Quant aux 6 287 prisonniers d’Ostaszkow, exécutés dans les locaux du NKVD à Kalinine, ils sont inhumés dans une localité proche. Au total, plus de 14 500 hommes ont été massacrés.

Mais ce n’est pas tout. Puisqu’il faut 25 700 victimes, plus de 10 000 autres prisonniers – simples soldats, résistants civils ou « éléments socialement dangereux » – sont fusillés en application de la directive du 5 mars 1940. Et commence une immense vague de déportation vers le goulag. Selon l’historienne Alexandra Viatteau, entre le pacte germano-soviétique de 1939 et l’attaque allemande contre l’URSS en 1941, les Soviétiques ont déporté au moins 1,6 million de Polonais, dont la plupart sont morts.

En juin et juillet 1941, à la suite de la rupture du pacte Hitler-Staline, la totalité de l’ancien territoire polonais passe sous contrôle allemand. S’installe un régime de terreur qui, à travers les Einsatzgruppen, vise d’abord les Juifs, enfermés dans des ghettos et bientôt dans des camps, mais qui n’épargne pas les autres Polonais : dans l’est du pays, les crimes nazis succèdent aux crimes communistes.

Anéantie, rayée de la carte, la Pologne subit un abominable martyre. Mais les enjeux d’une guerre devenue mondiale vont diviser les Polonais. En décembre 1941, le général Sikorski signe avec Staline un accord qui aboutit à la formation d’une armée recrutée parmi les prisonniers de guerre des Soviétiques. Organisée au Proche-Orient en 1942, cette armée participera à la campagne d’Italie, en 1944, sous la direction du général Anders. A Londres, cependant, siège le gouvernement en exil, qui n’est pas prêt à pactiser avec Staline.

Le 12 avril 1943, coup de tonnerre : les Allemands annoncent la découverte, à Katyn, d’un charnier contenant 4 500 cadavres d’officiers polonais, qu’ils présentent comme des victimes des Soviétiques. L’URSS rejette aussitôt la responsabilité sur le Reich, mais le gouvernement polonais de Londres demande une enquête de la Croix-Rouge internationale, ce qui pousse Moscou à rompre ses relations diplomatiques avec lui. Les enquêteurs envoyés à Katyn concluent à un massacre antérieur à l’occupation allemande, mais les Soviétiques, quand ils reprennent la région, relancent la guerre de la propagande, accusant les Allemands.

Fin 1943, Moscou encourage la formation d’un Comité polonais de libération nationale où les communistes jouent un rôle prépondérant. Installé à Lublin en juillet 1944 et fort de l’avance des troupes soviétiques, cet organisme se proclame gouvernement légal de la Pologne. Le 1er août 1944, l’Armée nationale intérieure polonaise, qui ne reconnaît que le gouvernement de Londres, déclenche l’insurrection de Varsovie : Staline, dont les troupes sont à 20 kilomètres, laisse la Wehrmacht écraser ces patriotes anticommunistes, qui doivent se rendre après deux mois de combats héroïques. Transféré dans les ruines de Varsovie le 17 janvier 1945, le comité de Lublin, appuyé par les Russes, impose son pouvoir à tout le territoire polonais.

En 1946, les Soviétiques font inscrire Katyn dans l’acte d’accusation du procès de Nuremberg, mais le massacre disparaîtra du jugement final : la vérité, les Anglo-Américains la connaissaient, mais la proclamer serait revenu à accuser l’allié avec lequel ils venaient de gagner la guerre. En 1953, une commission d’enquête américaine parvient à la conclusion que les officiers polonais retrouvés à Katyn ont bien été assassinés par les Soviétiques. Mais ce n’est qu’en 1990, perestroïka oblige, que ces derniers, par la voix de Mikhaïl Gorbatchev, confessent leur responsabilité. En 1992, alors que l’URSS n’existe plus, Boris Eltsine remet au président polonais, Lech Walesa, les preuves de la préméditation du massacre de Katyn.

Au Parlement européen, les députés des anciens pays de l’Est réclament un débat, en mai prochain, sur la fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon l’historien Victor Zaslavsky, « la politique soviétique dans les territoires polonais annexés, et l’affaire de Katyn en particulier, représentent un cas emblématique de la politique de génocide de classe) ». Tragique ambiguïté de l’année 1945 : pour l’Europe de l’Est, l’heureuse défaite sur l’Allemagne nazie a signifié l’entrée dans un autre univers de nuit et de brouillard, celui du communisme stalinien. Il n’y a pas de bons assassins : si notre mémoire n’était pas hémiplégique, nous rendrions justice à toutes les victimes des systèmes totalitaires.

Jean Sévillia 19 mars 2005

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/katyn-des-victimes-oubliees/

1er juin 987 : un roi pour la France

 Issu du partage de 843 entre les trois petits-fils de Charlemagne, le royaume de France occidentale connaît bien des vicissitudes aux IXe et Xe siècles. Des raids d'envahisseurs arrivent de divers horizons  : venus de l'Est. les Magyars poussent leurs incursions jusqu'à Orléans ; venus de Scandinavie, les Normands ne sont stabilisés qu'en 911, par leur installation en Normandie (dont ils vont faire un duché prospère) ; venus du Sud, les Sarrasins pillent Marseille et Arles, entretenant l'insécurité en Provence jusqu'en 973.

Face à ces menaces, les Carolingiens se sont révélés de piètres souverains. Au point que les grands aristocrates, considérant Charles le Gros comme incapable, le déposent en 888. Et, appliquant le principe électif qui vient de traditions originelles des Francs, ils élisent pour le remplacer le comte de Paris Eudes, fils de Robert le Fort, qui a défendu Paris contre les Normands lors du long siège de 885. On retrouve un vieux principe lié à la tradition européenne de la royauté : le roi, père du peuple, doit en être à ce titre le protecteur et assumer donc le rôle de chef de guerre. Qu'il vienne à faillir et la communauté du peuple, menacée dans son existence, doit se trouver un nouveau chef capable de la conduire au combat. Les Carolingiens ne sont pas éliminés du jeu puisque l'un d'entre eux, Charles III le Simple, règne de 898 à 922. Mais les grands le déposent pour élire Robert 1er, frère d'Eudes. A sa mort, un an plus tard, son beau-frère Raoul est choisi pour lui succéder.

En 936, nouvelle restauration carolingienne avec Louis IV d'Outremer (il s'était réfugié en Angleterre). Son fils Lothaire III lui succède. Mais sous le règne de ces deux rois un homme détient un pouvoir déterminant : Hugues le Grand, fils de Robert 1er, est le plus riche propriétaire du royaume et contrôle, entre autres, l'Aquitaine et la Bourgogne. Par calcul, il n'a pas revendiqué la couronne. C'est son fils, Hugues Capet, qui est hissé sur le trône par les grands en 987.

Hugues Capet doit sans doute son surnom, qui va marquer sa descendance, au fait qu'il porte une cape (ou chape) en tant qu'abbé laïque de Corbie et de Saint-Riquier. C'est l'illustration du rôle déterminant qu'à joué le clergé dans la montée en puissance du nouveau roi. Celui-ci, qui a su multiplier les donations aux hommes d'Eglise, a l'appui de l'archevêque de Reims Adalbéron et de son ami Gerbert, écolàtre de Reims (et futur pape Sylvestre Il). Après le règne bref et la mort accidentelle du Carolingien Louis V, fils de Lothaire III, l'assemblée des grands se réunit à Senlis puis à Noyon pour désigner un nouveau roi. Il y a un prétendant carolingien, Charles, duc de Basse Lorraine et frère de Lothaire. Mais, dit l'archevêque Adalbéron à l'assemblée, elle ne doit hésiter entre ce Charles « que ne guide point l'honneur » et Hugues « recommandable par ses actions, par sa noblesse, par ses troupes ». Argument de poids :

Hugues est élu roi le 1 er juin et sacré par Adalbéron le 3 juillet, sans doute à Reims. Le nouveau souverain se hâte de ressusciter à son profit un usage carolingien en associant à la royauté son fils aîné Robert. Ce gage de continuité et donc de stabilité du pouvoir royal est déterminant pour l'avenir, face au poids inquiétant des grands princes territoriaux et de l'Eglise.

P.V National Hebdo du 29 mai au 4 juin 1997

Reynald Secher : Vendée, du génocide au mémoricide

 

Voici, en substance, l’intervention de l’historien Reynald Secher au Parlement Européen à Bruxelles le 7 mars dernier, dans le cadre du colloque organisé par le Conseil Scientifique de Civitas.

Une intervention d’une grande qualité qui a beaucoup impressionné tous les participants à ce colloque.


lundi 26 juillet 2021

Jeanne de Montfort, dite Jeanne la Flamme

 L’historien Jehan Froissart consacre quelques chapitres de ses célèbres Chroniques à la comtesse Jeanne de Montfort (1295 ? – 1374). Dans cet extrait, le chroniqueur rapporte un fait d’arme flamboyant que cette dernière a accompli en 1342 et qui lui a valu le fameux surnom de « Jeanne la Flamme ».

Jeanne de Montfort, née Jeanne de Flandre, vient d’une illustre et puissante famille. Son père Louis 1er Dampierre est comte de Flandre, de Nevers puis de Rethel après son mariage avec Jeanne de Rethel. Elle voit le jour vers 1295 et devient l’héritière de ce puissant lignage, du moins jusqu’à la naissance de son petit frère Louis. Jeanne représente un très beau parti, trop beau même pour les grandes maisons royales de France et d’Angleterre. Une alliance avec cette famille de Flandre pèse beaucoup dans la balance diplomatique européenne de ce début de XIIIe siècle. La guerre de Cent Ans a déjà éclaté entre la France et l’Angleterre. C’est pourquoi Jeanne ne peut épouser aucun parti issu de ces maisons royales : une union avec l’un de ces deux lignages ne peut que bouleverser cet équilibre politique déjà si fragile. De fait, on choisit de la marier en 1329 à Jean de Montfort, fils du duc Arthur II de Bretagne. Ayant déjà plusieurs frères aînés issus d’un premier mariage d’Arthur II avec Marie de Limoges, Jean n’a aucune prétention à la succession. Et pourtant, l’union de ce fils cadet avec Jeanne de Flandre va créer la surprise.

Le 30 avril 1341, le duc de Bretagne Jean III meurt sans descendant direct, malgré trois mariages. Deux membres de la famille ducale peuvent prétendre au titre : son demi-frère Jean de Montfort, qu’il déteste, et sa nièce Jeanne de Penthièvre. Les relations se détériorent très rapidement entre ces deux prétendants, d’autant que cette situation aggrave encore plus les relations entre la France et l’Angleterre, déjà en guerre. En effet, Jeanne de Penthièvre est la femme de Charles de Blois, neveu et allié du roi de France Philippe VI de Valois alors que, de son côté, Jean de Montfort dispose du soutien du roi d’Angleterre Edouard III. C’est le début de la « Guerre des Jeanne »…

Durant l’été 1341, Jean de Montfort et son épouse lancent les hostilités en occupant des places fortes stratégiques de Bretagne comme Rennes, Vannes, Auray, Hennebont, Quimper, Brest et Nantes. Le parti de Jeanne de Penthièvre ne reste pas sans réagir face à cette menace : Charles de Blois et son cousin le duc Jean de Normandie (et futur roi de France) rassemblent des troupes et organisent une contre-attaque. Ils récupèrent quelques places fortes, notamment Nantes, dans laquelle se trouve Jean de Montfort. Après un siège de trois semaines, ce dernier se rend et est fait prisonnier. La défaite semble inéluctable pour le prétendant au trône de Bretagne, mais c’est mal connaître Jeanne de Montfort !

Jeanne prend la place de son mari à la tête des troupes. Elle appelle à l’aide le roi d’Angleterre Edouard III afin qu’il lui envoie des renforts et reste retranchée à Hennebont avec ses soldats en attendant les secours. Après une trêve hivernale, les hostilités reprennent au printemps 1342 lorsque le roi de France envoie des troupes en Bretagne. Rennes est prise le 20 mai 1342 par les Français, qui attaquent ensuite Hennebont. Loin de se laisser faire, Jeanne galvanise la population et les troupes afin de tenir bon face aux assauts de l’ennemi. Froissart la décrit comme une véritable chef de guerre, montée sur un coursier, galopant d’une rue à l’autre afin d’exhorter les citadins à participer à la défense de leur ville. Elle ordonne aux femmes de détruire les chaussées et de jeter des pierres contre l’assaillant et aux soldats de déverser de la chaux le long des remparts. La comtesse pousse l’audace jusqu’à accomplir un coup d’éclat rapporté par Froissart dans ses Chroniques. Le 6 juin 1342, armée et montée à cheval, elle prend la tête d’une troupe de trois cents hommes et mène une attaque contre le campement des soldats français laissé sans surveillance. Après avoir fait incendier les tentes, la comtesse repart au grand galop se réfugier dans la ville d’Auray. Pourchassée par l’adversaire qui tente de la capturer, elle ne peut pas rentrer dans Hennebont. Cette célèbre attaque lui vaut ainsi le surnom de « Jeanne la Flamme ». Cinq jours après avoir rassemblé une nouvelle troupe à Auray, elle repique sur Hennebont, accompagnée de six cents hommes et s’empare de la ville. Cette victoire ne signifie pourtant pas la fin de cette éprouvante guerre de succession.

Lorsque Jean de Montfort meurt en 1343, la comtesse poursuit la guerre de succession en son nom. Après le débarquement d’Edouard III en Bretagne avec les renforts, elle le suit sur le chemin de retour vers l’Angleterre, à court d’argent et épuisée par les combats. Elle emmène ses deux enfants dans ce périple, dont Jean, son fils aîné, né en 1339. Ce dernier est élevé à la cour du roi Edouard III et y épouse sa fille, Marie d’Angleterre. On sait que Jeanne réside à Londres entre avril et décembre 1343, avant d’être soudainement assignée à résidence dans le château de Tickhill, située dans le comté de York. La raison de cette séparation soudaine soulève un certain nombre d’interrogations, d’autant que ce château se trouve à plus de 250 kilomètres au nord de Londres. Pourquoi un tel éloignement ? Pendant longtemps, les historiens ont pensé que Jeanne était devenue folle, ce qui justifiait son retrait aux yeux d’Edouard III. Cette hypothèse tend à être remise en question aujourd’hui. Peut-être a-t-on cherché à l’éloigner des affaires de Bretagne, afin de laisser le champ libre au roi d’Angleterre sur ce duché et en particulier sur son héritier, le jeune Jean ?

Toujours est-il que la célèbre Jeanne la Flamme passe le reste de ses jours dans ce château. Plusieurs chevaliers se succèdent pour faire garder la comtesse. Elle meurt en septembre 1374, à des centaines de lieues de sa patrie d’origine. La guerre de succession se poursuit sans elle, puisque son fils Jean retourne en Bretagne en 1357 mener le combat pour le titre de duc de Bretagne. Malgré une série de défaites, sa ténacité finit par payer puisque Charles de Blois est tué lors de la bataille d’Auray que Jean remporte en 1364. Malgré une succession de rebondissements liés à son alliance avec l’Angleterre et à la volonté du roi de France Charles V de s’immiscer dans la succession du duché, Jean l’emporte : le second traité de Guérande, signé le 4 avril 1381, l’officialise en tant que duc de Bretagne sous le titre de Jean IV. Finalement, dans cette « Guerre des Jeanne », c’est Jeanne la Flamme qui remporte la victoire…

Si l’histoire de Jeanne la Flamme est un peu tombée dans l’oubli, la Bretagne, elle, a toujours gardé mémoire de cette duchesse, notamment la ville d’Hennebont. Il est toujours possible de se promener aujourd’hui sur ces remparts qu’elle a protégés, même si destructions et travaux en ont modifié l’aspect. Après le démantèlement de la première motte féodale, le duc Jean 1er le Roux ordonne au XIIIe siècle la construction des fortifications actuelles, peu à peu assimilées dans le paysage urbain de la ville. Au XVIe siècle, des travaux sont menés afin d’adapter les remparts à l’arrivée de canonnières. De nouvelles démolitions ont cours au XVIIIe siècle, à défaut d’entretien. En 1944, les bombardements alliés provoquent des dégâts importants sur les remparts. Les autorités décident de lancer des travaux de restauration afin de remettre en valeur ce patrimoine médiéval, et l’ensemble fortifié est classé Monument Historique en 1947.

Bibliographie de Jeanne la Flamme

Ouvrages consultés

  • Sophie Cassagnes-Brouquet, Chevaleresses, une chevalerie au féminin, ed Perrin, Paris, 2013 p.172-174
  • Frédéric Morvan, « 1342 Jeanne de Flandre, héroïne d’Hennebont », 2009, in Le Télégramme de Brest, dimanche 9 décembre 2001.
  • Marcel Kervran, Les grandes heures de Jean de Montfort et de Jeanne la Flamme (1341-1345) pendant la Guerre de succession de Bretagne, éd. Joseph Floch, 1981

Sites consultés

Source

« Comment la comtesse de Montfort ardit les tentes des seigneurs de France tandis qu’ils se combattoient aux barrières » in Les Chroniques de Sire Jean Froissart, Livre I, Partie I, Chapitre CLXXIV, texte établi par J.A.C Buchon, 1835, p. 150

Anne-Sophie B. — Promotion Léonidas

https://institut-iliade.com/jeanne-de-montfort-dite-jeanne-la-flamme/

Passé-Présent n°312 : Les secrets de la mer

 Dominique Le Brun est un éminent spécialiste de l’Histoire maritime ; aussi nous invite-t-il à parcourir les mers du globe à travers son ouvrage qu’il a structuré en une trentaine de chapitres qui donnent lieu à autant de récits passionnants, depuis la reconstitution du voyage d’Ulysse dans l’Odyssée jusqu’à l’ambitieuse volonté d’expansion maritime de la Chine contemporaine.

« Les secrets de la mer » par Dominique Le Brun – Ed. Vuibert – 320 p. – 20,90 €


https://www.tvlibertes.com/passe-present-n312-les-secrets-de-la-mer

1er juillet 1925 : Pétain et De Gaulle

 Lorsqu'il pénètre, le 1er juillet 1925, dans les fastueux appartements qui abritent, au 4 bis boulevard des Invalides, l'état-major particulier du maréchal Pétain, le capitaine Charles De Gaulle a trente-quatre ans. Sa carrière d'officier, sorti de Saint-Cyr en 1912, a été vite assombrie par un pénible épisode : fait prisonnier en 1916 à Verdun, il a fini la guerre en captivité.

Amer d'avoir ainsi vécu une partie du conflit en spectateur, De Gaulle exprime en novembre 1918, dans une lettre à sa famille, « le regret indescriptible de n'y avoir pas pris une meilleure part ». Il lui faut se réadapter, par un stage à Saint-Maixent destiné aux officiers rentrant de captivité. Il saisit au vol l'occasion de quitter la France, pour participer à une mission d'instruction d'officiers polonais : face aux menaces de l'Armée Rouge, les puissances occidentales ont décidé d'armer la Pologne.

De retour en France, De Gaulle est chargé d'un cours d'histoire à Saint-Cyr. Mais il a d'autres ambitions et, en mai 1922, il est admis à l'Ecole supérieure de guerre. L'Ecole est, normalement, pour les sujets doués, un tremplin naturel vers les hautes fonctions. Doué, De Gaulle l'est (il a d'ailleurs dans son dossier une appréciation - révélatrice - du commandant en second de Saint-Cyr : « Officier de haute valeur et qui le sait. ») Hautement convaincu, donc, de sa valeur, il entre vite en conflit avec l'enseignement reçu à l'Ecole de guerre. Car cet enseignement est basé sur la doctrine de la défensive : pour jouir au mieux des fruits de sa victoire, la France doit se protéger en s'installant derrière une solide muraille, fortement armée, et en refusant tout aventurisme. Cette doctrine est professée par le général Debeney, qui commande l'Ecole de guerre. Mais l'inspirateur en est le maréchal Pétain.

Le vainqueur de Verdun a, au lendemain de 1918, la haute main sur l'armée française. Vice-président du Conseil supérieur de la guerre, inspecteur général de l'armée, il contrôle l'état-major. Mais il est plus encore, comme le souligne Lacouture : « Pétain, dans la première partie des années vingt, c'est une sorte de divinité militaire. Il est à la fois le chef et le père, chargé de toutes les gloires et détenteur de tous les pouvoirs ( ... ). Tout concourt à faire de lui beaucoup plus qu'un généralissime ou qu'un chef victorieux : une sorte de figure tutélaire où se reconnaît non seulement une armée, mais aussi une nation saignée à blanc par sa victoire. Aussi bien tout ce qui touche au métier des armes gravite-t-iI, ces années. là, autour de lui. » Pétain fait l'unanimité : Léon Blum dit de lui qu'il est « le plus humain des chefs ».

Pour avoir manifesté beaucoup d'indépendance d'esprit, De Gaulle sort mal noté de l'Ecole de guerre. Avenir bouché ? Le capitaine De Gaulle se retrouve affecté au 4e bureau de l'état-major de l'armée du Rhin, à Mayence (le 4e bureau est chargé de l'intendance : le peu exaltant « riz-pain-sel »... ). C'est de cet exil que le tire Pétain, en le faisant affecter à son état-major personnel.

De Gaulle a déjà été sous les ordres de Pétain : sa première affectation, à la sortie de Saint-Cyr, fut le 338 RI d'Arras, que commandait alors le futur maréchal. Celui-ci, à l'évidence sans rancune à l'égard du bouillant élève de l'Ecole de guerre qui a osé critiquer la « doctrine Pétain », est intervenu pour que soient relevées ses notes finales, peu glorieuses ... Il a distingué, chez ce contestataire, un sujet hors du commun. En 1925, donc, la collaboration entre les deux hommes s'annonce fructueuse. Les orages viendront plus tard ..

P.V National Hebdo du 26 juin au 2 juillet 1997

Le Moyen Âge et l’argent (Jacques Le Goff)

 

Jacques Le Goff (1924-2014) est l’un des plus brillants médiévistes français, internationalement reconnu, et n’a cessé d’explorer cette période de l’Histoire aussi riche que décriée. Les éditions Perrin ont eu la bonne idée de rééditer en format de poche son livre Le Moyen Âge et l’argent. Il s’agit là d’un excellent essai d’anthropologie historique sur la question de l’argent à une époque où celui-ci est moins important, moins présent qu’il ne l’était dans l’Empire romain, et surtout beaucoup moins important qu’il ne le deviendra à partir du XVIe siècle, et particulièrement du XVIIIe.

Deux thèmes principaux retiennent l’attention de Jacques Le Goff. D’une part, quel a été le sort de la monnaie, ou plutôt des monnaies, dans l’économie, la vie et la mentalité médiévales ; d’autre part, dans cette société dominée par la religion, comment le christianisme a considéré et enseigné l’attitude que doit adopter le chrétien face à l’argent et l’usage qu’il doit en faire. Loin de notre époque contemporaine, le Moyen Âge, sous l’influence de la théologie catholique, condamnait l’avarice, péché capital, faisait l’éloge de la charité (bienfaisance) et enfin, dans la perspective du salut, essentielle pour les hommes et femmes du Moyen Âge, faisait l’exaltation des pauvres et présentait la pauvreté comme un idéal incarné par Jésus-Christ. Les images médiévales où apparaît de façon souvent symbolique l’argent, sont toujours péjoratives.

Le Moyen Âge et l’argent, Jacques Le Goff, éditions Perrin, collection Tempus, 272 pages, 9 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-moyen-age-et-largent-jacques-le-goff/106066/

Le symbolisme du loup 4/4

  

[Ci-contre : Hati & Sköll, Kate Redesiuk, 2009]

Des confréries de ce type se rencontrent aussi en Germanie (les guerriers-loups mentionnés dans le Mabinogi de Math), en Italie (les lucaniens, Hirpini et Hirpi Sorani [loups du Soracte ; Hirpi = nom du loup en Samnite]), en Crête, etc. Au-delà des noms, variables selon les peuples, les comportement et caractéristiques des membres de ces confréries sont identiques et doivent se soumettre, afin d’y accéder, à une rude initiation magico-guerrière. Le premier des rites, peut-être le plus important, est de revêtir la peau d’un loup, ce qui vaut à un changement d’état de personnalité. Dans les textes védiques, le changement de la “vieille peau” marque le commencement d’un nouveau cycle ou d’un nouvel homme. Dans la Völsunga Saga scandinave, les héros Sigmund et Sinljoetli se parent d’une peau de loup, leur permettant alors de comprendre le langage des loups et d’accomplir des exploits surhumains. Le guerrier transcende de ce fait son individualité pour accéder à une réalité supra-humaine mettant en action des forces supra-individuelles propres à sa fonction. À cela s’ajoute l’absorption de boissons sacrées comme le haoma, le soma et l’amrita qui confèrent immortalité et permettent la transformation physique en loup. À ces rites magiques et quasiment chamaniques, nous ajouterons des rites plus directement guerriers, impliquant un comportement typiquement lupin.

C’est le cas pour les meurtres rituels qu’on rencontre dans toutes les initiations de ce type, accompagnés d’anthropophagie et/ou d’omophagie, à l’exemple du mythe de Lycaon, destinés à récapituler le sacrifice originel de la divinité créatrice du monde (démembrement du Géant Ymir scandinave, de l’Ouranos grec, du Purusha védique, de l’Osiris égyptien, etc.), et la rapine, qui terrorise les non initiés, mais qui permet l’assimilation des futurs guerriers aux loups. Enfin, le membre de ces sociétés devait subir des épreuves physiques redoutables ayant pour but de tester la maîtrise, le courage et la volonté du guerrier. Généralement il s’agit de vaincre un fauve (ours, taureau, sanglier, etc.), avec ou sans armes. Selon Tacite, ces pratiques avaient lieu chez les Germains. Les Courètes grecs devaient vaincre et enchaîner un taureau dans une grotte. L’ensemble des pratiques, rites et mise en condition débouchait sur la fureur héroïque. Celle-ci se présente comme une augmentation, à l’aide d’une transe ou d’un emportement, de qualités (courage, ardeur, habileté, endurance, etc.) possédées par le guerrier-loup. Cette fureur permet à celui-ci d’acquérir une énergie transcendant ses capacités humaines. Voir le héros celtique Cúchulainn, dont précise le Táin Bó Cúailnge, la fureur guerrière faisait fondre la neige à trente mètres de lui. Les Scandinaves appelaient cet état la fureur des Berserkir. Le développement de cette fureur sacrée, et donc la diffusion d’une chaleur ou d’une énergie de grande intensité, est lié à la création d’un nouveau cycle ou d’un homme neuf, ce qui rejoint les aspects destructeurs, régénérateur et fécondants liés au symbolisme général du loup.

Pour terminer, précisons que ce sont ces pratiques et surtout leur résultat — la transformation d’un homme en loup —, liés aux confréries guerrières, qui, devenus incompréhensibles à la majeure partie des hommes, et ce dès l’Antiquité, donnèrent naissance au mythe dégradé du loup-garou et du lycanthrope, l’homme-loup, mythe qui devait terroriser pour des siècles les campagnes du continent eurasiatique.

Bernard Marillier, Antaios n°12, 1997.

Références bibliographiques de l’article :

  • HB. Alexander, Le Cercle du monde, Gallimard, 1962
  • D. Bernard, L’homme et le loup, Berger-Levrault, Paris, 1981
  • Jacques Bonnet, Le loup vert, auto-édition, Roanne, 1984
  • Régis Boyer, La religion des anciens Scandinaves, Payot, 1981
  • Geneviève Carbone, La peur du loup, Gallimard, 1991
  • Jérôme Carcopino, La Louve du Capitole, Les Belles-Lettres, 1925
  • J. Chevalier & A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 1982
  • JP. Clébert, Dictionnaire du symbolisme animal, Albin Michel, 1981
  • G. Clotu, Symboles, mythes et légendes des Indiens d’Amérique, Genève, 1972
  • Mircea Eliade, De Zalmoxis à Gengis-Khan, Payot, 1970
  • Mircea Eliade, Initiation, rites et sociétés secrètes, Gallimard, 1979
  • Géticus, La Dacie hyperboréenne, Pardès, 1987
  • Marcel Granet, La religion des Chinois, Paris, 1922
  • Jean Haudry, Les Indo-Européens, PUF, 1981
  • Henri Jeanmaire, Couroi et Courètes, Bibliothèque universitaire de Lille, 1939
  • C. Levalois, Le symbolisme du loup, Archè, Milan 1986
  • Adrien de Melotte de Lavau, Le loup dans la légende et l’histoire, Liège, 1938
  • JP. Roux, La religion des Turcs et des Mongols, Payot, 1984
  • E. They, Le Ragnarök, Archè, Milan 1980
  • J. Vertemont, Dictionnaire des mythologies indo-européennes, Faits & Documents, Paris, 1997
  • Geo Widengren, Les religions de l’Iran, Payot, 1968.

  Sur l'auteur :  Bernard Marillier (né le 2 août 1957 dans une famille originaire d’Anjou et de Bourgogne, décédé le 23 janvier 2013 à 57 ans) est un pédagogue explorant de nombreux champs : tradition européenne, histoire des religions en tant que fait identitaire, littérature engagée, emblématique (vexillologie, héraldique), symbolisme. Ancien rédacteur en chef de la revue Kalki, fondée en 1985 par les éditions Pardès et dévolue à l’éthique chevaleresque et à la Tradition, il a rédigé de nombreux articles et ouvrages.

Notons chez Pardès : Armorial des maîtres de l’Ordre du Temple (2000), Le loup (1997), Le svastika (2002), Mishima (2005). Dans la collection B.-A.-BA : Au-delà (2000), Cathares (2002), Chevalerie (1998), Indo-Européens (1999), Jeux Olympiques (2000), Mon, héraldique japonaise (2000), Samouraï (1999), Shintô (1999), Templiers (1998), Tradition Grecque (2 vol., 2002), Vikings (2001). Et aux éditions Cheminements : Le sanglier héraldique (2003), Le cerf : symboles, mythes, traditions, héraldique (2007).

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/73