jeudi 16 mars 2023

Les raisons secrètes du financement du conflit en Ukraine par Washington

 

par Alexandre Lemoine

La livraison d’armes en Ukraine permet aux États-Unis d’économiser sur leur recyclage, car la date d’exploitation de ces armes arrive à expiration. 

Selon les estimations d’American Thinker, Washington aurait dû dépenser environ 35 milliards de dollars pour leur recyclage. 

Dans les discussions sur les coûts du conflit actuel entre la Russie et l’OTAN, qui a pris la forme d’une guerre par procuration en Ukraine, de nombreuses personnes mettent l’accent sur les coûts d’achat d’armes et de munitions qui sont transférées aux forces armées ukrainiennes depuis les arsenaux des États-Unis et de l’OTAN. Le montant de ces coûts a été décrit comme suit : « Le montant total de l’aide des États-Unis à l’Ukraine du 24 janvier 2022 au 15 janvier 2023 s’élève à 76,8 milliards de dollars, [y compris] 46,6 milliards de dollars à des fins militaires ». 

Cette somme de 46,6 milliards de dollars se réfère principalement aux armes qui ont été achetées il y a plusieurs décennies, qui sont utilisables pendant environ 20 ans et qui disparaîtront bientôt de l’arsenal américain. Dans des conditions normales, lorsque de telles armes sont retirées du service, elles doivent être déclassées et recyclées, ce qui entraîne des frais importants pour les États-Unis et leurs alliés. 

Le processus de déclassement ou de neutralisation des objets militaires est divisé en plusieurs étapes et catégories, décrites dans le Manuel d’analyse des coûts de l’armée (Army Cost Analysis Manual), ainsi que dans certains documents complémentaires. 

Le processus de déclassement des armes est très coûteux. En envoyant de vieilles armes à l’Ukraine, dont la durée d’exploitation touche à sa fin, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN s’évitent simplement ces dépenses. 

Quel est le coût de ces dépenses ? Il est difficile d’obtenir des données réelles pour faire une évaluation précise, mais il est possible de prendre comme exemple l’achat d’armes chimiques pendant la guerre froide et les coûts de leur neutralisation à la fin de leur durée de vie. Selon un rapport du Government Accountability Office des États-Unis de 1985 intitulé « Estimations des coûts pour la démilitarisation et la production de munitions chimiques », le coût de la création de l’arsenal américain d’armes chimiques nécessaires pour endiguer l’URSS de les utiliser contre les alliés de l’OTAN était « le coût total de la production de trois systèmes binaires d’armes pendant les huit prochaines années ». « Il s’élève à 2,749 milliards de dollars, dont 178 millions seront consacrés à la recherche scientifique et au développement expérimental, 312 millions à la capacité de production et 2,259 milliards à la production elle-même », indique le document. Le coût de la neutralisation et du recyclage de ces armes a été estimé à environ 1,7 milliard de dollars. 

Si l’on prend cet exemple pour base, il en résulte que le déclassement et le recyclage des armes et des munitions d’une valeur de 46,6 milliards de dollars transférées à l’Ukraine coûteraient environ 35 milliards de dollars. Cette estimation est probablement surestimée, car le déclassement des armes conventionnelles que les États-Unis envoient à Kiev coûte moins cher que l’élimination des armes chimiques. Cependant, ces armes conventionnelles contiennent toujours de nombreux composants dangereux et coûteux à désactiver, ce qui signifie que même si leur élimination coûtera un peu moins cher, elle représente quand même une somme très importante. 

À l’avenir, il est possible que la politique de l’OTAN change, car l’aide continue à l’Ukraine entraînera probablement des coûts supplémentaires pour la production de nouvelles armes plutôt qu’évitera les coûts de déclassement des anciennes.

source : Observateur Continental

https://reseauinternational.net/les-raisons-secretes-du-financement-du-conflit-en-ukraine-par-washington/

Poltergeist, hantise au Presbytère de Cideville - Histoire de Sorcellerie

Dumézil dans la collection “Qui suis-je ?”

 

L’essayiste Aristide Leucate, auteur de plusieurs ouvrages portant sur le droit, la philosophie et l’histoire des idées, avait déjà signé dans la collection Qui suis-je ? de Pardès une biographie de Carl Schmitt. Il revient dans la même collection avec un ouvrage consacré Georges Dumézil  (1898-1986).

Etrange homme que ce Dumézil, puits de science en linguistique, en philologie, en mythologie et en histoire des religions, entraîné par un ami dans une loge maçonnique, converti par un autre ami au christianisme, admirateur de Mussolini et germanophobe, victime de la commission d’épuration de l’enseignement supérieur le 12 décembre 1944, élu professeur au Collège de France – à la chaire de civilisation indo-européenne – en avril 1949, accueilli à l’Académie française par Claude Lévi-Strauss, il restera dans l’esprit de beaucoup comme celui qui a décrit en profondeur la trifonctionnalité.

La trifonctionnalité ou l’idéologie des trois fonctions sociales – les religieux, les guerriers et les éleveurs-agriculteurs – est le constat que c’est sur elles que se hiérarchisent et se structurent tant les mondes indien et iranien que les mondes romain, germanique et celte.

L’auteur rappelle également que Dumézil fut marqué pour longtemps par sa rencontre avec Charles Maurras (dont il dit, quelques mois avant sa mort, qu’il était “un maître à penser“), par l’intermédiaire de son ami Pierre Gaxotte. Et qu’il contribua à la toute jeune Revue universelle lancée par Jacques Bainville et Henri Massis.

Dumézil, Aristide Leucate, éditions Pardès, collection Qui suis-je ?, 128 pages, 12 euros

A commander en ligne ici

https://www.medias-presse.info/dumezil-dans-la-collection-qui-suis-je/146952/

mercredi 15 mars 2023

Driss Ghali (Une contre histoire de la colonisation française) : « La France est elle-même colonisée en ce moment » [Interview]

 

Driss Ghali, que nous avions interrogé il y a quelques semaines au sujet d’un autre livre évoquant notamment la question de l’immigration en France, sort un autre ouvrage, aux éditions Cyrille Godefroy, intitulé « Une contre histoire de la colonisation française ». Un livre présenté ainsi.

« Si vous croyez que la France s’est enrichie aux colonies, vous vous trompez, car la colonisation a été une très mauvaise affaire du point de vue économique et financier. Si vous croyez que les quelques milliers de kilomètres de route et de canaux d’irrigation légués par la France avaient de quoi assurer le décollage économique des colonies, vous vous trompez aussi, car la France a très peu investi dans son empire, par manque d’argent et de volonté politique.

 Le problème est simple à énoncer, mais il est interdit d’en parler : l’histoire de la colonisation est la « propriété privée » de lobbies, français et étrangers, qui n’ont aucun intérêt à ce que la vérité soit connue des Français, des Maghrébins et des Africains.

C’est pour cela que j’ai écrit ce livre, véritable antidote contre la désinformation et la pensée unique. Il explose les cloisons mentales qui dissimulent la véritable histoire de la colonisation française. Et vous libèrera des mensonges institutionnels qui servent des intérêts qui ne sont pas les vôtres. Il vous permettra d’argumenter efficacement avec des gens de bonne et de mauvaise foi »

Pour l’évoquer – l’avantage de l’auteur étant qu’il ne manie pas la langue de bois – nous avons interrogé Driss Ghali. Le livre est à commander ici

Breizh-info.com : Comment est-ce que l’on s’y prend pour écrire une histoire de la colonisation française qui se veut dépassionnée ?

Driss Ghali : Il est très facile de haïr, d’accuser et de juger. Mais, il est difficile de comprendre ce qui s’est passé réellement sur le terrain aux colonies, de découvrir les motivations des uns et des autres, de dessiner leurs parts d’ombre et de lumière. J’ai choisi le chemin le plus difficile car le lecteur mérite d’accéder à la complexité de l’histoire coloniale et à la richesse des personnages qui ont fait la colonisation ou qui l’ont combattue.

Pour mener à bien cet exercice, il faut du travail, un travail acharné et patient. J’ai mis deux ans à recenser les mensonges officiels de gauche comme de droite, et à les démonter un par un pour que le lecteur sorte de la lecture de ce livre avec toutes les clefs pour comprendre le phénomène et se faire sa propre opinion.

Il faut bien sûr beaucoup d’humilité pour ne pas plaquer ses propres opinions sur les faits. De l’humilité aussi pour rester à sa place et ne pas se retrouver à donner des leçons de morale à des immenses personnages comme Lyautey ou Abdelkader. De l’humilité bien sûr pour reconnaître ses propres limites intellectuelles et essayer de les repousser c’est-à-dire accepter d’apprendre : prendre le risque de changer d’avis. Nous vivons une époque égocentrique, pleine de certitudes creuses et arrogantes, un peu d’humilité nous ferait du bien.

Et puis, j’allais l’oublier : il faut une énorme dose d’amour de la France. C’est par amour que l’on se creuse les méninges et que l’on épluche les rapports d’exploration du XIX° siècle sachant que l’on se fera attaquer par la bien-pensance.

Breizh-info.com : Quelles sont les racines et les origines de la colonisation française ?

Driss Ghali : En un mot, dans la folie !

Il n’y a aucune explication rationnelle qui suffise à expliquer la colonisation française. Les raisons objectives que l’on nous enseigne à l’école n’ont aucune prise sur la réalité. On nous a dit que la France a voulu s’enrichir aux colonies, c’est faux car le capitalisme français n’a pas voulu investir outre-mer. Il n’a pas placé ses hommes et ses capitaux car il avait plus d’argent à faire en Russie, aux Etats-Unis et en Argentine. On nous a dit aussi que la France voulait civiliser les indigènes, or elle les a largement ignorés tout au long de la colonisation. Enfin, on nous dit que la France a colonisé pour des raisons de prestige, mais il faut se rendre à l’évidence que les Européens que la France voulait impressionner n’avaient d’yeux que pour l’Europe, la Russie, l’Amérique du Nord voire l’Empire Ottoman. S’emparer de Bamako ou d’Alger n’a jamais fait briller d’admiration les yeux de l’opinion publique britannique ni des diplomates russes !

En réalité, la colonisation est le fruit d’un processus largement habité par l’émotion voire par la déraison. Tout s’est joué en deux dates majeures. En 1815, la France a été confinée dans ses frontières naturelles et empêché de créer des alliances avec d’autres pays européens, en vertu du Congrès de Vienne. En 1870, la France perd l’Alsace-Lorraine au profit des Prussiens. Quand on « somme » ces deux dates, on obtient un pays puissant, industriel, dynamique mais qui est empêché d’exercer son influence en Europe et qui est humilié aux yeux de ses voisins. Cette douleur, cette frustration sont saisies par la Troisième République, la gauche donc, qui propose l’outre-mer comme un horizon au peuple français. Ça s’est passé autour de 1880-1885. L’indigène n’a jamais été au centre de l’équation. L’on a décidé de coloniser pour soigner une « maladie » franco-française et non pour piller les uns ou pour civiliser les autres.

Breizh-info.com : Plusieurs décennies après la décolonisation, que peut-on souligner en matière de conséquences pour les pays décolonisés ? Pourquoi les pays d’Asie colonisés semblent avoir pris un essor certain, ce qui n’est pas le cas en Afrique par exemple ?

Driss Ghali : La colonisation française n’a pas pu toucher l’essentiel à savoir les mœurs, les mentalités et les valeurs. Elle a changé certains paysages (comme la plaine de la Mitidja en Algérie), mais elle n’a pas changé la civilisation. Or, c’est la civilisation qui détermine le développement. Soit on a le bon « programme mental et moral » pour devenir un pays développé, soit on ne l’a pas.

L’Afrique et le monde arabe ne l’ont jamais eu, c’était le cas avant la colonisation, et c’est resté le cas durant et après.

En Indochine, la civilisation locale était mûre pour passer à l’étape industrielle. Elle avait réussi à insuffler l’esprit de discipline au sein de la population, à sacraliser le travail et le sacrifice au profit d’un bien supérieur. La colonisation française n’a rien rajouté, elle a juste accouché d’un pays nommé Vietnam et fixé ses limites, car avant le Vietnam se répandait sur trois régions disparates et étaient sur le point d’absorber le Cambodge. Je pense que, colonisation ou pas, l’Indochine allait rejoindre le monde moderne, à l’exemple du Japon qui a pu se moderniser sans être occupé par qui que ce soit.

Breizh-info.com : L’exemple algérien témoigne d’un formidable gâchis économique. Comment l’expliquez-vous ?

Driss Ghali : Cela s’explique aisément par la civilisation. La civilisation en place en Algérie n’est pas du tout compatible avec le développement économique. Elle ne fomente pas le Sérieux, or sans rigueur, discipline et sens du sacrifice on ne s’arrache pas au sous-développement.

Tout le pétrole du monde ne peut rien contre une civilisation qui a tiré le frein à main !

Il en va de même au Maroc et en Tunisie, en dépit des apparences et de la propagande de quelques journalistes français qui confondent les ronds-points flambant neufs avec le développement. Sauf qu’au Maroc et en Tunisie, les régimes en place ont eu la sagesse de ne pas empêcher les forces vives de s’enrichir et d’investir. Cela a rendu la vie des Marocains et des Tunisiens moins intolérable que celles des Algériens.

Breizh-info.com : Quel regard portez-vous sur les nombreux travaux de Bernard Lugan sur la question ?

Driss Ghali : C’est un maître, il a tout mon respect. Il est « Marocain » comme moi, car né à Meknès je crois.

Je suis tout de même moins enthousiaste que lui sur les apports de la colonisation. Toutes les routes construites, tous les canaux d’irrigation posés ne compensent pas l’immense abandon des populations indigènes durant la colonisation, privées d’éducation et de santé. Au Maroc, les musulmans n’avaient pas le droit d’aller au collège ! Cela a commencé à changer après 1945. En Côte d’Ivoire, en 1916, il y avait à peine 46 lits d’hôpitaux réservés aux indigènes : 46 !

Breizh-info.com : Au final, quel bilan synthétique de la colonisation française tirez-vous ? Et quel bilan de la décolonisation ?

Driss Ghali : La colonisation a été une idée tordue qui a eu des résultats inespérés. Certains sont de véritables bienfaits qu’il faut célébrer et dont les Français peuvent être fiers. Vos aïeux qui nous ont colonisés nous ont libérés de l’esclavage, des razzias, de la loi des seigneurs et des chefs de guerre, de la peste et de la maladie du sommeil. En dépit du manque de moyens mis à disposition des colonies, des hommes exceptionnels, civils et militaires, laïcs ou religieux, ont inventé des solutions ingénieuses pour alléger le fardeau de l’existence des indigènes. Ainsi, le vaccin contre la peste a été inventé à Madagascar en 1932. Plus important encore peut-être est le réveil de nos civilisations suite à l’électrochoc colonial. Vous avez démontré aux Algériens qu’il est possible de tirer quelque chose de la Mitidja, réputée insalubre à cause des marais ; aux Marocains qu’il est possible de vaincre les obstacles naturels posés par l’Atlas, aux Ivoiriens qu’il est possible d’obtenir d’énormes rendements agricoles en dépit des parasites et des insectes. Vous nous avez redonné confiance en nous-mêmes. Et puis, j’allais l’oublier : vous avez contribué à libérer les femmes de leur servitude et fait émerger le statut de l’enfant qui bien souvent n’existaient pas outre-mer. Les juifs d’Afrique du Nord ont eu dans la colonisation une chance historique d’échapper à la servitude millénaire qui leur était imposée par les musulmans.

La décolonisation, on l’oublie souvent, a été plus une formalité qu’autre chose. A part l’Indochine, le Cameroun et l’Algérie, la France a « donné » l’indépendance à ses colonies. D’ailleurs, une grande partie des pays africains ne voulaient pas de l’indépendance, en tout cas pas tout de suite. Ils voulaient une relation plus équilibrée et non la séparation (je pense à Houphouët Boigny de Côte d’Ivoire ou à Senghor du Sénégal notamment). Ce petit détail a échappé à nos « amis » indigénistes et décoloniaux.

Une fois l’indépendance acquise, les civilisations locales ont repris la vedette. D’où le naufrage de la plupart des anciennes colonies françaises, plus ou moins total, plus ou moins absolu. D’ailleurs, les colonies britanniques n’ont pas eu un sort meilleur, voyez les catastrophes en chaîne survenues au Libéria, en Sierra Leone ou même au Nigéria après la libération : guerres civiles, présidents assassinés, destruction des infrastructures. Je ne vois pas pourquoi on dit que les anciennes colonies britanniques se portent mieux que les anciennes colonies françaises.

Breizh-info.com : Comment expliquez-vous que le débat historique en France sur la question soit quasi totalement monopolisé (y compris dans l’éducation nationale) par les décoloniaux ?

Driss Ghali : La France est elle-même colonisée en ce moment. Il est donc essentiel pour le pouvoir en place et pour les petits malins qui le servent de cacher cela, en brouillant les pistes et en détournant l’attention du public. D’où le délire victimaire et l’inflation des études sur la colonisation française. On vous parle à longueur de journée de la guerre d’Algérie pour vous faire oublier la colonisation en cours du territoire français par l’immigration de masse. Nous vivons une véritable situation coloniale en 2023 avec deux peuples face à face et une concurrence territoriale évidente. Je vous rappelle que nous avons plus de 700 zones urbaines sensibles selon le Ministère de l’Intérieur c’est-à-dire 700 zones où la France est mise entre parenthèses. Des zones où des populations étrangères supplantent les Français, où des gangs étrangers ou d’origine étrangères évincent la police français et la pègre française elle-même !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/03/02/216066/driss-ghali-une-contre-histoire-de-la-colonisation-francaise-la-france-est-elle-meme-colonisee-en-ce-moment-interview/

Grandes figures du scoutisme (Christophe Carichon)

 

Christophe Carichon, historien et chercheur associé au Centre de recherche bretonne et celtique (Université de Brest), est aussi un spécialiste de l’histoire du scoutisme. A l’occasion du centenaire du scoutisme catholique en France, il signe un ouvrage qui retrace l’histoire de ce grand mouvement de jeunesse et de ses fondateurs.

Retour dans le passé. Le 25 juillet 1920, l’abbé Antoine Cornette, le Père Jacques Sevin et le jeune chef Edouard de Macédo fondent la Fédération nationale catholique des Scouts de France. Le succès est immédiat. Des milliers de jeunes garçons rejoignent le nouveau mouvement et découvrent le scoutisme. Trois ans plus tard, une version féminine, les Guides de France, est créée et connaît le même engouement.

L’ouvrage rappelle qu’auparavant avaient débuté d’autres initiatives de scoutisme, mais protestantes ou israélites, et parfois “neutres”. Or, dans un long écrit de l’abbé Cornette (conservé dans le fonds d’archives du Père Sevin), celui-ci décrit comment il avait constaté en 1918 le péril protestant que représentait le développement en France d’un scoutisme organisé par des pasteurs. De nombreux enfants catholiques s’inscrivaient dans des troupes protestantes puisqu’il n’en existait pas de catholiques. L’abbé Cornette avait interrogé des pasteurs et des CP de troupes protestantes qui lui avaient avoué que la très grande majorité des enfants dont ils s’occupaient étaient catholiques. A 17 ou 18 ans, ces jeunes catholiques seraient devenus des protestants. Aussi devenait-il évident qu’il était indispensable qu’apparaisse rapidement un scoutisme catholique. Ce fut organisé avec l’aide du général de Maud’huy, héros de la Grande Guerre et des guerres coloniales, fait premier chef-scout de la Fédération nationale catholique des Scouts de France. Et le Père Sevin s’attacha à ce que le scoutisme catholique qui naissait en France s’éloigne de la méthode anglaise fortement inspirée par la franc-maçonnerie, ce qui est hélas souvent oublié aujourd’hui.

Au fil des pages de ce livre, le lecteur en apprend plus sur ces belles figures que sont le Père Jacques Sevin, “maître à penser” du scoutisme catholique, Paul Coze, Jeanine Chabrol, première cheftaine, le général Louis de Maud’huy, premier chef-scout de France, le général Arthur de Salins, le général Charles de Penfentenyo (au sujet duquel le Père Sevin écrit : “Lorsqu’un général de division en grande tenue fait sa promesse de scout et lève la main au salut à trois doigts, le public comprend que ce n’est pas pour le plaisir de jouer au cow-boy“), le général Joseph Lafont, le R.P. Marcel-Denys Forestier, dominicain et ancien de la Fédération nationale catholique (FNC) du général de Castelnau, le Père Paul Doncoeur, prêtre ancien combattant, admirateur de Salazar et du Maréchal Pétain, auteur du Kyrie des Gueux, conseiller historique du film sur sainte Jeanne d’Arc avec Ingrid Bergman, Guy de Larigaudie, routier de légende, etc.

Grandes figures du scoutisme, Christophe Carichon, éditions Artège, 355 pages, 21,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/grandes-figures-du-scoutisme-christophe-carichon/147103/

mardi 14 mars 2023

Le Nouveau Passé-Présent - Les Indiens d'Amériques : entre extermination et acculturation

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Sitôt née en 1776, la jeune nation américaine allait mener aux nations indiennes natives du nord du continent une impitoyable guerre de conquête. Une lente soumission rythmée par l’avance de la frontière et la dénonciation des traités par les colons. Pour évoquer cet ethnocide, Guillaume Fiquet reçoit Pascal Le Pautremat, docteur en histoire contemporaine, chargé de cours dans l'enseignement supérieur en géopolitique et études des conflits, en politique et en économie internationale.

La Revue d'Histoire européenne


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-les-indiens-d-ameriques-entre-extermination-et-acculturation

Mythologie et religion des slaves païens, livre d’étape

 

Mythologie et religion des slaves païens, livre d’étape

La parution du petit ouvrage de Patrice Lajoye, qui fait la synthèse des connaissances sur la religion et la mythologie des anciens Slaves, vient combler une lacune.

Docteur en histoire des religions comparées et travaillant au CNRS, spécialiste des traditions celtes et slaves, Patrice Lajoye propose un petit ouvrage de synthèse sur l’état actuel de nos connaissances au sujet de la religion et de la mythologie des anciens Slaves. La parution de ce livre vient combler une lacune. Peu de monographies ont été consacrées à un pareil sujet en langue française.

On pense au travail pionnier de Louis Léger, La Mythologie slave (1901), dépassé, ou aux travaux médiocres de Lise Gruel-Apert tels que Le monde mythologique russe (2016). D’aventure, d’aucuns lisent encore aujourd’hui Le paganisme des anciens Slaves (1994) de Boris Rybakov, qui a essayé, en fondant son argumentation sur une méthode contestable, de reconstruire la tradition slave. Curieusement, l’auteur estimait qu’il demeurait des permanences slaves depuis l’âge du bronze ainsi qu’une autochtonie profonde de la population, avec une ethnogenèse qui leur était propre et ayant peu de contacts exogènes. Si la démarche et les résultats sont douteux, ils ont joué un rôle important dans la création d’un néopaganisme russe artificiel.

La méthode de Lajoye est d’une tout autre nature. Elle repose sur un constat simple : il ne demeure peu ou prou rien de la tradition des anciens Slaves. Ces derniers n’écrivaient pas et les auteurs chrétiens en contact avec ces populations étaient avares en renseignements. La recherche doit donc reposer sur l’histoire comparée des religions ainsi que sur l’archéologie, la toponymie, et la linguistique. Seul un travail faisant appel à plusieurs disciplines scientifiques permet d’obtenir, sinon des résultats probants, du moins une présentation solide de cette tradition slave fragmentaire. Il ressort de cette lecture que l’on ne peut comprendre les anciens Slaves sans faire intervenir des éléments celtes, germaniques ou encore indiens. Pour un ouvrage de synthèse, c’est plutôt réussi.

Bien que la bibliographie en fin d’ouvrage soit conséquente, il demeure que l’auteur n’est pas slavisant. Il doit donc y avoir une littérature plus complète et plus actuelle dans toute une série de langues sur un sujet aussi vaste et méconnu que celui-ci. Il s’agit d’un livre d’étape qui, espérons-le, amènera la jeune génération de chercheurs francophones à présenter à un public cultivé tout un pan de notre longue mémoire européenne, une quête des origines essentielle, surtout à l’heure où paraissent ce livre et cette recension.

Patrice Lajoye, Mythologie et religion des slaves païens, Paris, Les Belles Lettres (Vérité des mythes), 2022, 208 p.

https://institut-iliade.com/mythologie-et-religion-des-slaves-paiens-livre-detape/

A l’ombre de l’épée (Tom Holland)

 

Ecrivain et historien britannique, Tom Holland est spécialiste de l’Antiquité grecque, perse et romaine. Il a publié plusieurs ouvrages sur la fin de la république de Rome et l’avènement de l’Empire perse. Les éditions Perrin ont réédité en format poche, dans leur collection Tempus, son livre A l’ombre de l’épée consacré à la naissance de l’islam et à l’émergence de l’empire arabe, berceau de cette nouvelle croyance.

L’ouvrage débute avec le récit de quelques abominations commises par Youssouf Assar Dhou Nouwas, roi arabe d’Himyar (Yémen), converti au judaïsme. En l’an 523 de notre ère, les troupes du souverain arabe avait enfermé l’évêque de Najran et bon nombre de ses fidèles à l’intérieur de l’église locale, avant de l’incendier. Une femme “dont personne n’avait vu le visage, car jamais elle n’avait franchi le seuil de sa maison à la lumière du jour”, avait arraché son voile, un geste destiné à manifester son opprobre au roi. Tout à sa fureur, Youssouf avait ordonné que l’on tue devant elle sa fille et sa petite-fille, qu’on inonde sa gorge de leur sang et qu’ensuite l’on tranche d’un coup d’épée la tête de cette femme.

Une grande armée venue du royaume chrétien d’Ethiopie entra dans le royaume yéménite d’Himyar et mis en déroute l’armée de Youssouf Assar Dhou Nawas, le dernier souverain juif qui ait jamais gouverné l’Arabie.

C’est à partir de ce fait, ô combien inconnu de la plupart de nos contemporains, et qui démontre la complexité du sujet, que va débuter une révolution qui va donner naissance à l’islam.

Précisons que si l’ouvrage est intéressant d’un point de vue de l’analyse historique, l’auteur ne manque pas de malmener toutes les religions monothéistes et pourrait heurter les sensibilités de nombreux lecteurs.

A l’ombre de l’épée, Tom Holland, éditions Perrin, collection Tempus, 416 pages, 10 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/a-lombre-de-lepee-tom-holland/147150/

lundi 13 mars 2023

Amérique : la nouvelle histoire des premiers hommes : le reportage complet

 

Amérique : la nouvelle histoire des premiers hommes : le reportage complet est enfin disponible. Une émouvante enquête archéologique sur l’émergence d’un nouveau paradigme historique, qui date l’arrivée des humains sur le continent américain à près de 30 000 ans avant notre ère.

Du Grand Nord canadien à la pointe sud du Chili, en passant par le sud des États-Unis, le centre du Mexique et le Mato Grosso brésilien, de nouvelles découvertes archéologiques concordantes, mais encore controversées, ont fait émerger dans l’archéologie de la préhistoire américaine un nouveau paradigme : l’apparition des premiers humains sur le continent pourrait remonter à près de 30 000 ans avant notre ère, soit environ 15 000 ans plus tôt que la thèse communément admise et enseignée. S’il y eut dans le passé quelques francs-tireurs pour contester le scénario selon lequel les premiers ancêtres des Américains seraient arrivés à pied par le détroit de Béring il y a 16 000 ans, ils furent longtemps tenus à l’écart de la communauté scientifique. Mais de nouvelles découvertes et des datations plus récentes au carbone 14 confirment aujourd’hui leurs hypothèses, situant non seulement le peuplement des Amériques au plus fort de la dernière période glaciaire, mais réécrivant aussi l’histoire des migrations sur tout le continent : elles pourraient avoir emprunté à la fois des voies terrestres et maritimes pour établir plusieurs peuplements simultanés, du sud jusqu’au nord.


Monde insoupçonné

Dans les pas de Ciprian Ardelean, un archéologue mexicain d’origine roumaine passionnément attaché à prouver la véracité de ce nouveau postulat, cette formidable enquête archéologique nous emmène sur les traces des premiers Américains, à la lumière de chantiers de fouilles qui ont fait en 2021 la une des grands médias américains. Du Yukon à l’émouvant site de White Sands, dans l’État du Nouveau-Mexique, où ont été mises au jour et datées des centaines d’empreintes de pied laissées par des enfants et adolescents sur plusieurs époques – dont la plus ancienne remonte à 23 000 ans –, la réalisatrice Robin Bicknell dévoile par petites touches ces territoires insoupçonnés qui nous ont légué ici et là de minuscules indices. Elle mêle ainsi à de somptueuses prises de vues des terrains de fouilles, souvent filmés du ciel, les images d’une faune et d’une flore disparues, et donne la parole aux descendants de peuples indigènes décimés habitant à proximité de ces sites. Pour ces derniers, héritiers des premiers hommes, le refus tenace longtemps opposé par la recherche officielle à l’hypothèse d’un peuplement précoce des Amériques relève aussi d’un biais idéologique, inspiré inconsciemment par la vision coloniale qui, du nord au sud, a voulu faire du continent une terre vierge à conquérir.

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/03/08/216423/amerique-la-nouvelle-histoire-des-premiers-hommes-le-reportage-complet/

Elisabeth de Hongrie, Princesse de charité (Dominique Sabourdin-Perrin)

 

Dominique Sabourdin-Perrin nous avait déjà ravis avec son Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI et là encore, nous restons sous le charme. Docteur ès lettres et historienne, deux atouts majeurs pour nous divertir et nous instruire : un ouvrage historique, faits, dates, documents, sources… le tout amené dans une langue claire et belle. En historienne elle donne la parole pour une préface à Mgr Otto Molnar « Ce livre est un trésor historique et spirituel sur une femme extraordinaire, une sainte pas du tout habituelle » et une postface au pasteur A. Joly, « Luther possédait une relique de sainte Elisabeth… «

Sainte Elisabeth. Qui ? Où ? Quand ? comment ?

En cette année 1207, la France est ensanglantée par la guerre entre Capétiens et Plantagenêt et l’Espagne continue la reconquête de son territoire envahi depuis cinq cents ans par les Arabes. L’Allemagne est déchirée par une guerre interminable entre Gibelins et Guelfes et sur le Bosphore, Henri de Flandre, empereur de Constantinople a repris les armes contre les Bulgares.

Pourtant en ce nouveau siècle, François d’Assise quitte la maison de son père pour servir Dieu, Dominique de Guzman parcourt le midi pour lutter contre l’hérésie, et les ordres mendiants qu’ils ont institués ainsi que les frères du mont Carmel, les Augustins et quelques autres rédigent des règles pour leurs frères sur le chemin de la spiritualité faisant de ce XIII° siècle, le plus chrétien de tous.

En cette même année 1207 il est né à Mgr le roi de Hongrie, une fille Elisabeth « qui sera sainte et dont la sainteté réjouira toute la chrétienté »

Une toute petite enfance dans une ambiance très chrétienne, puis dès quatre ans projet de mariage entre les familles de Hongrie et Thuringe ; Elisabeth quitte sa famille pour être élevée par sa future belle famille, auprès de son fiancé Louis, âgé de 11 ans.

Dès son plus jeune âge Elisabeth manifeste un grand amour de Dieu et un désir de lui plaire en tout. Sacrifices, mortifications, humilité, dans toutes les petites choses font son quotidien, dans la joie, la prière et l’abandon total à la providence. Mais cela n’est pas sans mécontenter la cour de Thuringe et déclenche ainsi calomnies, critiques et polémiques. Elle sera toujours soutenue par son royal époux. « Son mariage dont ils eurent trois enfants fut profondément heureux. Elisabeth aidait son mari à élever ses qualités humaines à un niveau surnaturel et lui, en échange, protégeait sa femme dans sa générosité envers les pauvres et dans ses pratiques religieuses ».  En 1218 Louis est sacré chevalier, sa devise -piété, pureté, justice -et restera fidèle à son serment, aidé en cela par la foi sans faille d’Elisabeth qui lui communiquera élan, abandon, fidélité.

La vie du couple, très pieuse, est marqué par les absences de Louis, et Elisabeth -la duchesse des pauvres- développe une charité toute ingénieuse pour aider les indigents. Elle commence en l’absence de Louis à réduire son train de vie, habillement, repas, divertissements, multiplie les temps de prières, adorations et silences. Elle se rapproche alors de l’esprit franciscain dont elle gardera une aspiration jusqu’à son dernier souffle. Ses directeurs spirituels nous semblent «  hors-temps » mais elle est soumise et son entourage proche la suit dans cet esprit d’abnégation.

Conflits, guerres, puis le départ en Croisade de Louis, autant de chagrins, de pleurs et d’angoisse. Louis meurt en route pour la Croisade. Elle est terrassée de chagrin puis se relève. Succession houleuse, jalousies rancœurs, vengeances ressortent. Elisabeth est dépouillée de tout, de ses biens, ses richesses, et de ses enfants placés auprès de protecteurs comme le veut la coutume pour la famille royale.  Isolée, abandonnée, elle se confie à Dieu.  Et Dieu s’occupera d’elle….

A sa mort, une foule immense, douloureuse, arrive de toute part, et pour répondre à la dévotion populaire le corps d’Elisabeth est exposé trois jours, revêtu de sa tunique grise de pénitente. Très vite, guérisons, miracles. Elisabeth de Hongrie est canonisée le 27 mai 1235 par Grégoire IX. Ses enfants sont alors âgés de 13, 12 et 9 ans.

Une vie exceptionnelle de petite fille, de fiancée et d’épouse, de veuve et de consacrée à Dieu. « Nous avons l’obligation de rendre les gens heureux ».

   Elisabeth de Hongrie, Princesse de charité, Dominique Sabourdin-Perrin, Salvator, 192 pages, 20€.

Plus d’informations et commande sur Livres en Famille 

https://www.medias-presse.info/elisabeth-de-hongrie-princesse-de-charite-dominique-sabourdin-perrin/147332/

dimanche 12 mars 2023

Le dernier carré : combattants de l’honneur et soldats perdus (Jean-Christophe Buisson & Jean Sévillia)

 

Jean-Christophe Buisson est directeur adjoint du Figaro Magazine et présentateur de Historiquement show sur la chaîne Histoire. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur des thèmes historiques variés. Jean Sévillia est membre du conseil scientifique du Figaro Histoire et chroniqueur au Figaro Magazine. Il a publié de nombreux ouvrages d’Histoire qui ont connu de beaux succès de ventes. Ils forment le tandem qui a dirigé avec brio une équipe d’historiens et de journalistes pour aboutir à ce livre remarquable qu’est Le dernier carré publié chez Perrin.

Waterloo, Camerone, la bataille des ponts de Saumur, Diên Biên Phu : quatre cas emblématiques de ces moments où une guerre est perdue pour l’un des belligérants, mais où une poignée d’hommes luttent jusqu’au bout, même s’ils savent que leur camp a succombé, et peut-être surtout s’ils le savent. Ces quatre exemples mythiques d’héroïsme n’apparaissent dans ce livre que par allusion. Priorité a été donnée ici à des épisodes moins célèbres mais tous aussi épiques, de l’Antiquité à nos jours. Vingt-cinq chapitres, vingt-cinq faits d’armes, vingt-cinq récits d’ultime sacrifice et de fidélité absolue qui s’étalent à travers les siècles et les continents.

L’ouvrage débute avec les 300 soldats de Sparte dirigés par le roi Léonidas qui combattent jusqu’à la mort à l’entrée du défilé des Thermopyles face à l’offensive du roi des Perses.

Sans citer les vingt-cinq chapitres, retenons-en quelques-uns.

L’ultime fin de l’Empire byzantin à Trébizonde en 1463, lorsque David II Comnène, refusant de se convertir à l’islam, est exécuté au sabre sur ordre du sultan Mehmet II.

La bataille de Culloden, en 1746, qui met fin aux insurrections des jacobites écossais fidèles aux Stuarts, dynastie catholique. C’est à la suite de cette défaite des highlanders que des lois furent promulguées visant à effacer toute la culture écossaise : interdiction du kilt, du tartan et de la cornemuse, abolition du système clanique,… Il fallut attendre 1822 pour que les traditions écossaises aient droit de revoir le jour.

Mathieu Bock-Côté signe le beau chapitre consacré aux derniers Indiens du roi de France, épopée qui s’achève en 1766 avec la défaite de Pontiac, le plus célèbres de leurs chefs.

Jean Sévillia fait, lui, revivre la chouannerie des Cent-Jours en 1815, témoignage de la ténacité du royalisme populaire dans l’ouest de la France.

Ô combien méconnue est l’histoire de Stand Watie, indien cherokee, général dans l’armée confédérée durant la guerre de Sécession et dernier officier confédéré à déposer les armes en juin 1865 !

Christophe Dickès – fils du regretté docteur Jean-Pierre Dickès – conduit le lecteur au milieu des Zouaves pontificaux qui forment l’ultime rempart du pape quand est donné l’assaut final sur Rome le 20 septembre 1870.

Un chapitre est dédié à Saigô Takamori, le dernier samouraï, mort sabre à la main en 1877 dans une insurrection pour l’honneur contre les influences extérieures qui transforment le Japon impérial.

Autre moment héroïque, l’insurrection catholique irlandaise contre la Couronne britannique, déclenchée lors de la fête de Pâques 1916, et qui s’achève en 1923 avec la reddition de de Valera, président de la république d’Irlande.

L’agonie dans l’exode des armées blanches fidèles à la Russie impériale et commandées par le général Wrangel est également décrite.

Tout comme les dernières braises des insurrections de Cristeros au Mexique qui se terminent en 1937.

Trop méconnue est l’épopée des “Frères de la forêt”, lituaniens indépendantistes et antisoviétiques qui combattront l’Armée rouge de 1944 à 1965 !

C’est le chanteur et journaliste Jean-Pax Méfret qui signe le chapitre sur le crépuscule de l’Algérie française tandis que Jean-Louis Tremblais évoque les guérillas anticommunistes oubliées en Asie du Sud-Est jusqu’en 1975 et que Jean-René Van der Plaetsen raconte le baroud désespéré des soldats chrétiens au Liban en mai 2000.

Un livre passionnant à plus d’un titre !

Le dernier carré, ouvrage collectif sous la direction Jean-Christophe Buisson et Jean Sévillia, éditions Perrin, 384 pages, 21 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-dernier-carre-combattants-de-lhonneur-et-soldats-perdus-jean-christophe-buisson-jean-sevillia/147355/

Quand les américains bombardent c'est acceptable

 

11 mars 2023

Il y a 78 ans, dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, 325 bombardiers lourds américains B-29 ont décollé des bases des îles Mariannes et se sont dirigés vers Tokyo.

Les forces aériennes américaines ont largué 1665 tonnes de bombes et de napalm sur la capitale japonaise, provoquant la mort de 83 000 habitants et 41 000 blessés, pour la plupart des civils. 
Du point de vue militaire, la nécessité du bombarder Tokyo a été évaluée de manière ambiguë. Il s'agissait d'un acte de terreur et de vengeance.  
Les atrocités commises par l'armée japonaise en Chine et dans d'autres pays asiatiques, ainsi que ses crimes biologiques et militaires, y compris contre notre pays, sont bien connus. Mais il s’agit de tout autre chose. Ces crimes devaient être punis conformément à la loi. 
Sur 206 villes japonaises, 98 ont été bombardées et pilonnées par l'artillerie navale. En conséquence, 2 210 000 maisons, soit environ un quart du parc immobilier japonais, ont été détruites et incendiées. Les victimes civiles des bombardements aériens et des tirs d'artillerie ont été, selon diverses estimations, de 500 000 à 900 000 personnes.  
Cependant, comme en témoignent les faits historiques, l'anéantissement inhumain provoqué par les « bombardements de tapis »et l'aventure atomique américaine à Hiroshima et Nagasaki n'ont pas conduit le gouvernement japonais à capituler. 
 La décision de mettre fin à la résistance n'a été prise qu'après l'entrée en guerre de l'Armée rouge. 
Le bombardement de Tokyo, de Dresde et d'autres villes s'inscrit dans la tradition historique américaine de la guerre. 
Le massacre des civils dans un pays ennemi est considéré comme acceptable s'il a un effet militaire rapide et s'il intimide l'ennemi. De même, les Allemands n'ont pas considéré comme un crime de guerre les atrocités et de fait le génocide de la population soviétique.

https://by-jipp.blogspot.com/2023/03/quand-les-americains-bombardent-cest.html

samedi 11 mars 2023

9 mars 1971 : le tumultueux meeting d'Ordre nouveau au Palais des Sports de Paris

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L'Histoire d' Ordre nouveau racontée par Ordre nouveau.

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http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2023/03/10/9-mars-1971-le-tumultueux-meeting-d-ordre-nouveau-au-palais-6432413.html

LOUIS VI LE GROS : la MORT très-chrétienne du ROI des FRANCS

17 octobre 1961 : le massacre qui n’a pas eu lieu

 

Le 17 octobre prochain, comme chaque année, les autorités françaises, les islamo-gauchistes et le « Système » algérien ont commémoré un massacre qui n’a pas eu lieu…

Sur ce blog, ayant périodiquement à la même date déconstruit l’histoire officielle de ce prétendu « massacre », je me contenterai de renvoyer au chapitre IX intitulé « 17 octobre 1961, un massacre imaginaire » de mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit » en ajoutant ici quelques éléments essentiels à la compréhension du montage culpabilisateur qui nous est imposé :

1) La guerre d’indépendance algérienne se déroula également en métropole. Pour la période du 1er janvier 1956 au 23 janvier 1962, 10 223 attentats y furent ainsi commis par le FLN. Pour le seul département de la Seine, entre le 1er janvier 1956 et le 31 décembre 1962, 1433 Algériens opposés au FLN furent tués et 1726 autres blessés. Au total, de janvier 1955 au 1er juillet 1962, en Métropole, le FLN assassina 6000 Algériens et en blessa 9000 autres.

2) Face à ces actes de terrorisme visant à prendre le contrôle de la population algérienne vivant en France, le 5 octobre 1961, un couvre-feu fut imposé à cette dernière afin de gêner les communications des réseaux du FLN et l’acheminement des armes vers les dépôts clandestins.

3) En réaction, le 17 octobre 1961, le FLN décida de manifester afin de montrer sa force, et pour tenter d’achever sa prise de contrôle des Algériens vivant en métropole.

4) Assaillis de toutes parts, les 1658 hommes des forces de l’ordre rassemblés en urgence, et non les 7000 comme cela est trop souvent écrit, sont, sous la plume de militants auto-baptisés « historiens », accusés d’avoir massacré des centaines de manifestants, d’en avoir jeté des dizaines à la Seine et d’en avoir blessé 2300.

Or, cette version des évènements du 17 octobre 1961 à Paris relève de la légende et de la propagande. Tout repose en effet sur des chiffres inventés ou manipulés à l’époque par le FLN algérien et par ses alliés communistes. Jouant sur les dates, additionnant les morts antérieurs et postérieurs au 17 octobre, pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961, est une victime de la « répression policière »… Même les morts par accident de la circulation comme nous le verrons plus loin !!!

Cette manipulation fut réduite à néant en 1998, quand le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission d’enquête. Présidée par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern, elle fut chargée de faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé le 17 octobre 1961 à Paris. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque-là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière de la légende du prétendu « massacre » du 17 octobre 1961[1].

Le paragraphe 2.3.5 du Rapport intitulé Les victimes des manifestations est particulièrement éloquent car il parle de sept morts, tout en précisant qu’il n’y eut qu’un mort dans le périmètre de la manifestation, les six autres victimes n’ayant aucun lien avec cet évènement, ou ayant perdu la vie postérieurement à la dite manifestation dans des circonstances parfaitement détaillées dans le rapport.

Quel est donc l’état des connaissances aujourd’hui ?

– Le 17 octobre 1961 à Paris, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation… et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ? L’enquête semble attribuer cette mort à des coups de crosse de mousqueton.

– Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant « massacre » faisant des dizaines, voire des centaines de morts algériens, ni les hôpitaux parisiens, ni l’Institut Médico-Légal (la Morgue), n’enregistrèrent l’entrée de corps de « NA » (Nord-Africain dans la terminologie de l’époque). Ce qui ne veut naturellement pas dire qu’il n’y eut pas de blessés, mais mon analyse ne porte que sur les morts.

– A Puteaux, donc loin du périmètre de la manifestation, deux morts furent néanmoins relevés, or ils étaient étrangers à la manifestation. L’un d’entre eux deux, Abdelkader Déroues avait été tué par balle, quand le second, Lamara Achenoune, avait quant à lui été achevé par balle après avoir été étranglé.

– Le 18 octobre, à 04 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne était donc de 3 morts, pour rappel, Guy Chevallier, Abdelkader Déroues et Lamara Achenoune. Nous sommes donc loin des dizaines ou des centaines de morts et de « noyés » auxquels la bien-pensance française rend annuellement hommage !!!

Conclusion : le seul mort algérien de la manifestation est donc un Français métropolitain…

Certes, postulent les accusateurs de la France, mais les cadavres des Algériens « massacrés » par la police furent reçus à l’IML, l’Institut Médico-Légal de Paris (la Morgue), les jours suivants.

Cette affirmation est également fausse. En effet, l’Annexe III du « Rapport Mandelkern » donne un décompte détaillé des 41 cadavres de Nord-Africains entrés à l’IML de Paris du 19 octobre au 4 novembre. Pour mémoire, le 17 octobre il n’y eut aucune entrée, et 2 le 18 octobre.

Sur ce nombre de 41 morts, 25, soit 13 corps identifiés et 12 corps non identifiés sont mentionnés sous la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ». Ceci fait que les 16 autres morts n’ont rien à voir avec la manifestation du 17 octobre.

En ce qui concerne les 25 morts restants, notons immédiatement que le sous-titre de l’Annexe III est singulier car la manifestation dont il est question eut lieu le 17 octobre et non les 19 et 20 octobre. De plus, ce titre est trompeur car il laisse sous-entendre que ces 25 décès auraient donc pu être causés par la police française, chiffre d’ailleurs régulièrement et péremptoirement transformé en morts avérés par certains auteurs ou journalistes. Or :

1) Si ces derniers avaient pris la peine de lire le document en question dans son originalité et son intégralité, et non à travers ses recensions, ils auraient vu qu’en face de chaque corps est porté un numéro de dossier de la police judiciaire suivi de la précision suivante : « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire ».

2) Or, grâce à ces « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire », il apparait clairement que 17 de ces 25 défunts ont été tués par le FLN, la strangulation-égorgement, l’emploi d’armes blanches etc., n’étant pas d’usage dans la police française… D’autant plus que parmi ces 17 morts, quatre furent assassinés le 19 octobre, soit deux jours après le 17 octobre, à savoir un commerçant qui avait refusé de suivre la grève du 19 octobre décrétée par le FLN et deux autres ligotés et noyés par ce même FLN…

3) Cela interroge donc sur le placement de ces morts dans la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ».

Voyons le détail de cette liste :

Corps Identifiés :

– 6 furent tués par le FLN (strangulation, arme blanche, arme à feu)

– 2 décès sur la voie publique (troubles mentaux et alcoolisme)

– 1 décès par crise cardiaque le 21 octobre

– 1 décès par accident de la circulation

– 1 mort à l’hôpital Boucicaut des blessures reçues le 17 octobre.

– 2 morts dont les causes ne sont pas élucidées.

Corps non identifiés

– 7 tués par le FLN (1 arme blanche, 2 noyades, 1 noyade nu, 2 armes à feu, 1 strangulation)

– 1 mort de blessures à la tête. Blessures reçues le 17 octobre ? Nous l’ignorons.

– 1 mort des suites de blessures reçues Place Saint-Michel

– 3 morts dont les causes ne sont pas élucidées.

Conclusion, sur 25 morts « pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre », la Morgue n’en a reçu que deux décédés très probablement des suites de blessures reçues le 17 octobre. Une interrogation demeure pour l’un d’entre eux, mais sans aucune certitude.

Soit 2 ou 3 morts des suites de leurs blessures, aucun n’ayant perdu la vie durant la manifestation[2] laquelle n’a donc comme il a été dit plus haut, connu qu’un seul mort, le Français Guy Chevallier.

Nous voilà donc très loin des 50, 100, 200 ou même 300 morts « victimes de la répression » avancés par certains, et pour lesquels François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!

Mais, plus encore :

1) Le « Graphique des entrées de corps « N.A » (Nord-africains) par jour. Octobre 1961 », nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, 90 cadavres de « NA », furent reçus à l’Institut Médico-Légal. Or, selon les enquêtes judiciaires, chaque décès étant suivi d’une enquête, la plupart de ces morts étaient des musulmans pro-Français assassinés par le FLN !!!

2) Pour toute l’année 1961, 308 cadavres de « N.A » entrèrent à l’IML, dont plusieurs dizaines de noyés. Or, toujours après enquête, il fut établi que la quasi-totalité de ces morts étaient des victimes du FLN (Harkis, partisans de la France, individus ayant refusé d’acquitter « l’impôt de guerre », membres du MNA etc.). Or, une des méthodes d’assassinat du FLN était l’étranglement ou l’égorgement suivi de la noyade…

Pour les historiens de métier, les prétendus « massacres » du 17 octobre 1961 constituent donc un exemple extrême de manipulation de l’histoire.

Quand la liberté de penser sera rétablie dans cette Corée du Nord mentale qu’est devenue la pauvre université française, ils feront l’objet de thèses car ils seront alors étudiés comme un cas d’école de fabrication d’un mythe. Comme Katyn, comme les « charniers » de Timosoara en Roumanie, comme les « couveuses » au Koweit ou encore comme les « armes de destruction massive » en Irak.

Mais, dans l’immédiat, sourds, aveugles ou simples agents d’influence, les butors continueront à ânonner la légende culpabilisatrice du « 17 octobre 1961 ». D’autant plus que, dans l’actuel contexte de tension franco-algérienne, Alger va faire donner ses affidés qui seront complaisamment relayés par ses habituels supplétifs de presse.

Bernard Lugan

[1] « Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 ». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’Etat, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne.

[2] Dans une note infrapaginale, Brunet (2011) parle de 13 morts « certains » dont plusieurs blessés décédés ultérieurement. Or, ces morts ne sont pas documentés dans les archives de l’IML. Brunet, J-P., (2011) « Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ? ». Atlantico, 17 octobre 2011.

https://www.medias-presse.info/17-octobre-1961-le-massacre-qui-na-pas-eu-lieu/147606/

vendredi 10 mars 2023

Racines de la géopolitique, géopolitique et fascisme, retour de la géopolitique

 

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 Analyse : Claude Raffestin, Dario Lopreno, Yvan Pasteur, Géopolitique et histoire, Payot, 1995.

Au cours des années 70, le déclin intellectuel du marxisme et les affrontements internes du monde communiste se sont conjugués pour rendre nécessaire le recours à la géopolitique. À l'évidence, la seule prise en compte des facteurs socio-économiques et idéologiques ne suffisaient à comprendre et interpréter litiges nationalitaires et territoriaux. Les problématiques espace et puissance ne pouvaient plus être ignorées d'où le recours à une géographie comprise comme “science des princes et chefs militaires” (Strabon). Professeur de géographie humaine à l'université de Genève, Claude Raffestin ne l'entend pas ainsi. Avec l'aide de deux chercheurs en sciences sociales, il se fait fort de prouver que la géopolitique n'est pas une science ni même un savoir scientifique (1). « Production sociale marquée du sceau de l'historicité », la géopolitique ne serait qu'une superstructure idéologique légitimant le nationalisme et l'impérialisme de l'Allemagne du XXe siècle commençant. Pour en arriver à cette affirmation abrupte, C. Raffestin procède à une démonstration en trois temps.

Dans une première partie (“Racines de la géopolitique”), il décrit et explique le rôle d'intermédiaire joué par Friedrich Ratzel (1844-1904) entre une géographie allemande marquée par les philosophies de Herder et Hegel — la géographie est l'élément de base de l'histoire des peuples, des nations, de États — et l'œuvre de Rudolf Kjellen (1864-1922), professeur et parlementaire suédois, créateur du néologisme de “géopolitique” en 1916. Héritier de Humboldt et Ritter, F. Ratzel est à l'origine d'une géographie humaine fortement structurée par une vision darwinienne du monde (vision organiciste de l'État, individu géographique ; thème de la lutte de l'espèce-État pour l'espace). S'il n'est pas indifférent aux problèmes de son temps, l'ensemble de son travail est tourné vers la connaissance de la Terre et des connexions entre les sociétés humaines et leur milieu de vie. Cette géographie, que l'on peut qualifier d'académique, n'est donc pas de la géopolitique. C'est avec R. Kjellen que se développe une géographie active, applicable aux rapports de puissance du moment (cf. L'État comme forme de vie, publié en 1916 et traduit l'année suivante en Allemagne) alors même qu'en Grande-Bretagne Halford John Mackinder (1861-1947), en développant et affinant ses thèses exposée dans sa célèbre conférence de 1904, s'inscrit dans la postérité de l'Américain Alfred T. Mahan (1840-1914). La géopolitique naît donc avec la Première Guerre mondiale.

La seconde partie, “Géopolitique et fascisme”, est construite autour de la personne et l'œuvre de Karl Haushofer (1869-1946). C'est à ce général bavarois qu'il revient de continuer la lignée Ratzel-Kjellen en faisant de la géopolitique une science appliquée et opérationnelle. Après avoir tenté de démonter le travail de réhabilitation de K. Haushofer, Raffestin montre le peu d'impact de ses efforts intellectuels sur le cours des choses (2). La “saisie du monde” qu'il assigne comme but à la géopolitique laisse place à la propagande. D'habiles constructions graphiques “mettent en carte” les ambitions expansionnistes du IIIe Reich et assurent l'endoctrinement des masses. La Zeitschrift für Geopolitik n'en inspire pas moins les géopolitiques franquiste et mussolinienne caractérisées par le décalage entre leur discours, global et impérial, et la réalité des États espagnol et italien.

La troisième partie, “Le retour de la géopolitique”, porte sur les recompositions de ce discours dans l'après-Deuxième Guerre mondiale. Une partie beaucoup trop courte pour emporter la conviction du lecteur. Le pragmatisme anglo-saxon, dont font preuve Nicholas J. Spykman (1893-1943) et de ses successeurs, — Robert Strausz-Hupé est le seul qui soit cité ! — ne trouve pas grâce aux yeux de Raffestin. Il n'y voit qu'une resucée de la vieille et infâme Geopolitik. Idem pour les publications de l'Institut international de géopolitique, dirigé par Marie-France Garaud, pour les travaux de la revue Hérodote, emmenée par Y. Lacoste, ou encore ceux de sa consœur italienne Limes, dirigée par Michel Korinman et Lucio Caracciolo. À ce stade du livre, on ne prouve plus quoi que ce soit, on anathémise ! Raffestin peut conclure : la géopolitique est le “masque” du nationalisme, de l'impérialisme, du racisme. Il en arrive même à renverser ces rapports de déterminant à déterminé puisqu'en visualisant divers litiges territoriaux, « la démarche de la géopolitique serait très proche de celle d'une prophétie autoréalisatrice » (p. 307-308).

Cet ouvrage a le mérite d'adresser de justes critiques à ce que l'on appellera le géopolitisme : regard olympien négligeant les échelles infra-continentales, affirmations péremptoires, proclamation de lois, volonté de constituer la géopolitique en un savoir global couronnant l'ensemble des connaissances humaines. Scientiste et déterministe, cette géopolitique est datée. Elle a déjà fait place à une géopolitique définie non plus comme science mais comme savoir scientifique (cf. note n°1), prenant en compte les multiples dimensions d'une situation donnée et les différents niveaux d'analyse spatiale attentive aux “géopolitiques d'en bas” (celles des acteurs infra-étatiques). Modeste, cette géopolitique post-moderne est celle d'une planète caractérisée par la densité des interactions (flux massifs et divers), par l'hétérogénéité des acteurs du système-Monde (le système interétatique est doublé et contourné par un système transnational : firmes, maffias diverses, églises, sectes groupes terroristes…), et l'ambivalence des rapports entre unités politiques (relations de conflit-coopération, disparition des ennemis et par voie de conséquence des amis désignés). Cette géopolitique est celle d'un système-Monde hyper-complexe, multirisques et chaotique (3). Mais ces renouvellements sont tout simplement ignorés par Raffestin. Parce que son objectif est le suivant : disqualifier à nouveau la géopolitique en pratiquant la reductio ad Hitlerum.

Louis Sorel, Nouvelles de Synergies Européennes n°20, 1996.

Notes :

(1) Selon le géopolitologue Y. Lacoste, directeur de la revue Hérodote, la géopolitique n'est pas une science ayant vocation à établir des lois mais un savoir scientifique qui combine des outils de connaissance produits par diverses sciences (sciences de matière, sciences du vivant, sciences humaines) en fonction de préoccupations stratégiques. Sur ces questions épistémologiques, cf. « Les géographes, l'action et le politique », Hérodote n° 33-34, 2°/3° trimestre 1984 (numéro double) ainsi que le Dictionnaire de géopolitique publié sous la direction d'Y. Lacoste chez Flammarion en 1993.

(2) Cf. la préface de Jean Klein à Karl Haushofer, De la géopolitique, Fayard, 1986. Lire également les pages consacrées par Michel Korinman à K. Haushofer in Quand l'Allemagne pensait le monde, Fayard, 1990.

(3) Cf. Lucien Poirier, La crise des fondements, Economica/Institut de stratégie comparée, 1994.

http://www.archiveseroe.eu/recent/24

La guerre d’Indochine, Dictionnaire

 

Officier supérieur, Ivan Cadeau est chef du bureau Terre du département Histoire et symbolique au Service historique de la Défense. Il est spécialiste des guerres d’Indochine et de Corée. François Cochet est professeur émérite de l’université de Lorraine-Metz. Il a publié et dirigé de nombreux ouvrages sur les Français en guerres. Lieutenant-colonel (er), ancien officier référent “Histoire” pour l’ensemble de l’armée de terre, Rémy Porte est docteur habilité en histoire, spécialiste des conflits des XIXe-XXIe s.

Ensemble, ils ont réuni une équipe de près d’une cinquantaine d’auteurs, parmi les meilleurs spécialistes français et étrangers de la guerre d’Indochine. La somme de leur travail débouche sur la rédaction de plus de 900 entrées principales qui traitent de l’ensemble des thèmes permettant d’éclairer le conflit et d’en approfondir la connaissance. Les notices à caractère technique côtoient des notices explicitant les aspects tactiques, opératifs ou stratégiques de la guerre, mais aussi des notices culturelles ou littéraires. Les nombreuses entrées présentant le contexte international et les biographies succinctes des responsables politiques et militaires rendent également possible une meilleure compréhension des événements qui ont secoué la péninsule indochinoise à partir de 1945. Car la guerre d’Indochine reste encore mal connue des Français. Il s’agit pourtant d’une guerre longue – près de neuf années -, guerre de professionnels et d’engagés volontaires, au contraire de la guerre d’Algérie. Une génération de jeunes officiers fraîchement sortis de Saint-Cyr, souvent issus de la résistance contre le nazisme et qui considéraient que cette guerre constituait un maillon important dans la lutte contre le totalitarisme communiste, s’y est lancée avec détermination, avec foi, avec courage et abnégation.

La guerre d’Indochine. Dictionnaire, ouvrage collectif sous la direction de Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte, éditions Perrin, en collaboration avec le Ministère des Armées, 1000 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-guerre-dindochine-dictionnaire/147759/

jeudi 9 mars 2023

Thibaud Collin - Wokisme, relativisme, islam et Nietzsche

Pierre-Guillaume de Roux, homme-livre

 

Pierre-Guillaume de Roux, homme-livre

Il y a deux ans, le 11 février 2021, s’éteignait Pierre-Guillaume de Roux, homme-livre s’il en fut, habité par eux, au point de ne pas seulement les lire, mais de les éditer. Dans un film, « Présences de Pierre-Guillaume de Roux », Olivier François, Michel Lambert, Olivier Germain-Thomas, Philippe Barthelet et d’autres rendent un hommage vibrant autant à l’homme qu’à l’œuvre éditoriale.


https://www.revue-elements.com/pierre-guillaume-de-roux-homme-livre/