mercredi 28 octobre 2026

40 milliards prélevés, 1,8 rendu : l’écologie selon Bercy

 

Après neuf longues années d’avis budgétaires parlementaires consacrés aux trains de nuit, au passe rail, à la « relance ferroviaire » et au « verdissement du transport de marchandises », un rapporteur vient de se souvenir que les Français roulent en voiture avec 82 % des kilomètres parcourus, et même 93 % pour ceux qui ont l’audace de vivre à la campagne.

C’est en tout cas ce que découvre l’avis n°3344 sur les transports terrestres, déposé le 15 octobre dans le cadre du budget 2027 et on y lit des choses croustillantes comme « fantasmes idéologiques de report modal », « écologie punitive », « acharnement contre la voiture ».

Ce n’est pas une hallucination et surtout, l’avis fournit des chiffres qui confirment l’instinct des automobilistes : oui, ce sont bien des mammifères qu’on trait sans plus aucune vergogne ni restriction.

En 2024, la fiscalité des transports a rapporté 40 milliards d’euros, dont 32 milliards sur les seuls carburants. En face, l’État prévoit de consacrer un solide 1,8 milliard d’euros à la route en 2027 (environ 6 %). Grandiose, surtout que la différence va dans les collectivités (15 milliards) – souvent sans le moindre rapport avec la mobilité – et plus de 5 milliards dans le tonneau des Danaïdes de la Sécurité sociale. Parce qu’après tout, pourquoi pas ?

Même logique à l’AFITF, l’agence chargée de financer les infrastructures : les deux tiers de ses recettes viennent de la route (TICPE sur le gazole, taxes et redevances autoroutières) et ce sans même compter les amendes radars. En retour, la route reçoit 30 % de ses dépenses, contre près de la moitié pour le ferroviaire, dont l’enveloppe a bondi de 32 % en deux ans pendant que celle de la route progressait de… 0,9 %.

Et alors que le gazole flirte avec les 2,41 euros le litre, les taxes pèsent entre 44 et 50 % du prix, la TVA venant joyeusement s’appliquer sur les taxes déjà appliquées, transformant chaque crise pétrolière en aubaine pour Bercy et donnant à cette fiscalité « écologique » toute l’apparence d’un racket pur et simple.

Rassurez-vous, ce racket rate complètement son objectif, à savoir inciter au renouvellement du parc automobile.

Il faut dire qu’à force de malus CO2, de malus au poids et de normes européennes débiles, le prix moyen d’une voiture neuve est passé d’environ 21 800 euros en 2019 à 29 400 euros en 2025, sabotant le marché du neuf qui a perdu près de 580 000 immatriculations annuelles. L’âge moyen du parc est passé de 9 ans en 2011 à presque 12 ans aujourd’hui (près d’un tiers des voitures a plus de 15 ans).

On voulait des voitures propres, on a obtenu des voitures vieilles, plus polluantes, et moins sûres.

En tout cas, tout ceci incite le citoyen à prendre son vélo (et pas seulement dans le coffre de sa voiture), ce qui permet à la mortalité des cyclistes de bondir de 45 % en dix ans. Et les routes ? La moitié des chaussées du réseau national non concédé réclame un entretien, 17 % des ouvrages d’art exigent des travaux lourds, et pour remettre en état les ponts communaux, chiffrés à 3,3 milliards par le Cerema, le budget prévoit 85 petits millions, soit 1 % des besoins. Voies navigables de France, en revanche, renonce à des projets utiles pour financer… des passes à poissons.

Les priorités sont claires : moins d’écluses et plus de cyclistes écrasés. Apparemment, la société française a posé le choix étrange d’éliminer autant que possible de pédaleurs en spandex moulant, tout comme elle a décidé de soutenir de dispendieux renouvelables dont la Cour des comptes a établi la facture à 26,3 milliards entre 2016 et 2024, avec des contrats en cours engageant l’État à hauteur de 87 milliards supplémentaires, à des tarifs garantis vingt ans, bien au-dessus des prix de marché, avec un risque assumé de « sur-rémunération » des heureux bénéficiaires.

Et alors que Bercy râcle frénétiquement tous les fonds de tiroir, ce soutien grimpera de 11 %, à 10,67 milliards.

Au passage, notons l’argument de la filière selon lequel ces milliards seraient compensés par les importations de pétrole et de gaz « évitées ».

Certains seront tentés de crier « Foutaises » en notant que soit on cherche des kilowattheures décarbonés, et la France les a déjà grâce au nucléaire (et bien plus sûrement que ce que les renouvelables promettent), soit on cherche ce que seul le pétrole sait faire (les plastiques, les moteurs thermiques, le carburant d’un poids lourd ou d’un tracteur) et là, les renouvelables ne remplacent strictement rien. Les chalutiers électriques n’existent pas.

On ne subventionne pas une alternative au pétrole, mais un doublon intermittent du nucléaire, à prix exhorbitant.

Les dérives de la transition écologique vont bien plus loin dans l’absurde coûteux.

Ainsi, côté logement, MaPrimeRénov’ a été suspendue en 2025 lorsque la ministre des Comptes publics estimait « de manière extrêmement conservatoire », la fraude entre 12 et 20 % des aides, Tracfin retrouvant même des millions partis à l’étranger.

Côté automobile, les voitures électriques ne se vendent qu’à coups de bonus, de leasing « social » et de contraintes sur les flottes, c’est-à-dire avec l’argent des autres, ce qui durera exactement aussi longtemps que l’État pourra payer. Vu ses comptes, on peut raisonnablement en douter.

Et quand, par miracle, la représentation nationale tente de mettre fin à une absurdité, l’absurdité survit quand même : les députés avaient voté la suppression des ZFE par 192 voix contre 149, le Conseil constitutionnel l’a annulée pour un « vice de procédure ».

En fait, derrière la « transition », il y a des filières vivant de tarifs garantis, des officines de rénovation aux méthodes douteuses, des administrations chargées d’instruire, de contrôler et de verbaliser, des associations lucratives sans but qui vivent de subventions et d’indignation, et des élus métropolitains qui ont fait de la chasse à la voiture une identité.

La nature, dans tout ça, n’est qu’un vague prétexte dans l’un des pays les plus propres de la planète.

Alors qu’avec une intensité carbone de 19,6 grammes par kWh, la France pèse moins de 1 % des émissions mondiales de CO2, elle est l’une des nations les plus taxée au monde, avec des prélèvements obligatoires à 45,3 % du PIB (et, joie et bonheur, ça va continuer à grimper). Chacun de ces milliards engloutis dans des chimères aurait pu, tout simplement, rester dans la poche de ceux qui l’ont gagné.

Mais le pompon, finalement, n’est même pas dans cette litanie de chiffres désolants. Il se trouve dans les solutions du rapporteur de cet avis, Auguste Evrard, député RN : nationaliser les autoroutes, et fermer le marché européen aux produits qui ne respecteraient pas la « préférence européenne ».

Ben tiens : après avoir démontré sur 40 pages la gestion calamiteuse de l’État, notre benêt conclut hardiment qu’il faut lui confier 250 milliards de patrimoine autoroutier de plus.

La catastrophe provoquée par l’État est dantesque, mais pour un vrai cataclysme, il faut juste plus d’État !

https://h16free.com/2026/10/28/85575-40-milliards-preleves-18-rendu-lecologie-selon-bercy

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