vendredi 27 février 2026

9 ERREURS HISTORIQUES dans le manuel LAVISSE

 


Le Je et le Nous

 

En cette époque d’individualisme exacerbé et de progressisme triomphant sur un mode pathologique, il est de bon augure que la question du bien commun réapparaisse dans le champ intellectuel et politique.

Par Axel Tisserand

Ainsi, Bernard Bourdin a-t-il récemment édité un ouvrage collectif qui rassemble les textes issus du colloque qui s’est tenu, sur le sujet, à l’Institut catholique de Paris, en partenariat avec le Centre du Saulchoir et la Chaire ICP-ESSEC Entreprises et Bien commun, les 5 et 6 octobre 2023. L’objectif ? Se demander non seulement dans quelle mesure l’idée de bien commun a été et est toujours capable d’orienter et d’animer une communauté sociale, politique ou économique, mais surtout si son acception théologique la rend opérante au sein d’un État libéral et d’une économie de marché. Une réflexion approfondie.

L’ouvrage ambitieux auquel s’est attelé François Huguenin vise, au fond, la même interrogation. Cette Histoire de la pensée politique des origines à nos jours intitulée Le Je & le Nous a pour fil rouge cette relation entre … l’individu et l’État ? l’individu et la société ? la personne et le souverain ? la personne et la cité ? Soi… et soi ? car il y a du « nous » dans chaque « je » plus encore qu’un « je » quelconque ait chance d’avoir une influence sur le « nous », à moins qu’une pensée forte, ayant trouvé un écho dans la société, n’influe celle-ci, voire la cité elle-même. C’est le cas évidemment des grands penseurs politiques qui ont rencontré, comme on dit, leur époque.

Ce livre, qui ne se veut surtout pas un manuel, peut toutefois être utilisé comme tel par de jeunes intelligences, qui, préparant par exemple le bac philo, voudraient connaître l’essentiel d’un auteur sur le sujet. Jadis, on étudiait la pratique et les fins. Aujourd’hui, on se penche plus volontiers sur la morale et la politique : cela revient au même. La politique, et le fil rouge choisi, rejoignent vite la question fondamentale du bien commun. Et cette question ne quittera pas le livre. Partant de l’Antiquité grecque et latine, évoquant la « reformulation chrétienne », il s’attaque ensuite, après le Moyen Âge, à la naissance et au développement d’une modernité dont le traitement fait l’essentiel de l’ouvrage. Tous les grands penseurs sont abordés, sous l’angle, parfois artificiel, de ce fil rouge, même si la relation de l’individu ou du moi à la cité, qui mériterait d’être élargie à la société naturelle (la famille) que définit l’Église, est primordiale. Et Jean-Paul II en rappelant que la nation ou la patrie sont elles-mêmes des sociétés naturelles, compte tenu de la dimension sociale de l’homme, montre par ce fait même, qu’il n’y a pas de solution de continuité du Je au Nous – ce qui ne signifie pas que toute organisation de la cité soit conforme à ce bien commun qui, avec le christianisme, dépasse la seule cité terrestre et doit respecter la liberté foncière propre à tout homme de réaliser son salut.

L’intérêt premier du livre est évidemment d’interroger la relation possible, ou non, entre la conception individualiste de la liberté détachée de toute référence à un bien transcendant avec la notion de bien commun. La liberté « négative » des modernes, et de ce fait indéfinie, qui sacre l’individu, est difficilement conciliable avec la reconnaissance d’un Nous qui peut exiger de sacrifier la seule légitimité reconnue : celle des intérêts privés, l’intérêt général étant lui-même considéré à l’aune des premiers. Au fond, la « liberté politique » moderne devient vite une aporie ou un trou noir : François Huguenin le mon­tre, peut-être à son corps défendant, en développant les conséquences de la « posture libérale », de Benjamin Constant à Hayek. Le désir, assurément sincère, de certains libéraux, de sauver un quelconque « bien commun » (Constant, Aron, voire Berlin) aboutit dès lors le plus souvent à une cotte mal taillée, ces penseurs libéraux n’assumant pas toutes les conséquences de leur parti-pris philosophique.

Quant à la pensée du totalitarisme, engendrée par la Révolution française, qui noie le Je dans un Nous idéologique et meurtrier, il permet à François Huguenin d’écrire de belles pages sur Hannah Arendt ou Leo Strauss. On regrettera le peu de place laissé à Boutang et la quasi absence de Maurras, qui a pourtant longuement réfléchi sur la relation du nous au moi et s’inscrit dans la tradition aristotélo-thomiste. C’est avec raison qu’Huguenin part d’Antigone : nul mythe n’a suscité autant de contre-sens et de bavardage, lors même qu’il pose la relation fondamentale du Je au Nous non seulement dans la cité, mais aussi face au pouvoir. L’époque moderne y a vu ce qu’elle pouvait : la rébellion d’une conscience individuelle contre les lois de la cité. Contre-sens majeur, « éloge empoisonné », dit Maurras. Si l’oppression est là, en revanche, comment ne pas voir que la conscience individuelle d’Antigone est de part en part pénétrée par le Nous de la cité, ce qui faisait dire à Maurras que c’était Créon l’anarchiste, et Antigone la petite légitimiste. Les piques qu’Huguenin se croit obligé d’adresser à Maurras n’y font rien : loin que cette interprétation soit un « hapax » (sic) « contre-di[sant] les outrances coutumières du martégal — et particulièrement ses saillies contre la résistance durant la guerre » — coup de pied de l’âne -, c’est dès sa jeunesse que Maurras se fit cette conception d’Antigone, reprise par Boutang (notamment dans le beau dialogue avec Steiner sur Antigone et sur Abraham) : en 1905, dans une lettre à Barrès, Maurras emploie déjà la formule « l’anarchiste, c’est Créon ». Et cette certitude, de la légitimité politique d’Antigone et de la tyrannie d’un Créon abusant de son pouvoir et, de ce fait, annihilant sa légitimité, éclaire au contraire toute sa philosophique politique. Comme tous ceux qui en veulent à Maurras de leur propre évolution, Huguenin se croit obligé d’opposer le disciple au maître, Boutang au Martégal. Ainsi, après une présentation honnête de la dialectique du pouvoir chez Boutang, entre autorité, consentement et légitimité, pourquoi prétendre que Boutang, en réintroduisant le consentement du peuple, « à côté de la nécessité du bien commun » – auquel serait seulement attaché Maurras ? – « pulvéris[e] de fait le monisme de la conception du pouvoir monarchique de son maître Maurras ». Malheureusement pour Huguenin, ce « monisme » n’existe que dans son imagination. Le fait que Maurras n’ait pas présenté le pouvoir de manière dialectique, et ait insisté sur le bien commun plutôt que sur le consentement, n’est pas signe d’un quelconque monisme, mais de la nécessité de critiquer avant tout les excès d’une IIIe République livrée aux partis et à des oligarchies insoucieuses du bien commun et qui usur­paient le consentement populaire. Chez Maurras, le souci est constant de rendre au pays réel des libertés politiques concrètes, qui lui appartiennent en propre : cette large décentralisation et sa critique du César-Bureau (faisant du Je un simple matricule) sont même au fondement de sa démarche politique. Comme il l’écrit dans Mes Idées politiques : « D’après une vénérable maxime, la loi se fait par l’opération du souverain (constitutione regis), par l’acceptation du sujet (consensu populi). […] la loi doit être faite pour être obéie facilement. Une loi doit être acceptable. La loi n’est pas la loi lorsque son énoncé suffit pour provoquer les gens à l’enfreindre. Elle veut un assentiment, naturel et prompt ». Cela passe-t-il nécessairement par un décompte des voix ? Maurras va directement à la réalité concrète de la démocratie : c’est le gouvernement d’une addition majoritaire d’individus (pays légal). Comme le souligne encore Boutang, avec le pays réel, il s’agit « d’un consentement populaire organisé et non d’un consentement populaire atomisé. C’est seulement quand on n’a pas d’autre moyen d’exprimer le peuple que l’on compte les individus par le biais du suffrage universel ».

Cette anecdote permet d’illustrer la posture générale de François Huguenin, qui cherche à concilier en lui un « Je » qui reste profondément contre-révolutionnaire, ce qui transparaît dans sa critique aussi lucide que radicale de la Révolution et de ses avatars totalitaires au XXe siècle – il évoque le « monstre de la souveraineté populaire » –, avec un « Nous » mondain et médiatique qui a rejoint la modernité, notamment sa conception de la liberté, et lui fait regarder avec horreur tout ce qui peut ressembler à la « réaction », comme s’il avait peur qu’on lui attribue une ombre qui ne soit plus la sienne. Ainsi, du « monstre » d’allure « théocratique » et doté du « concept moderne de souveraineté » qu’il attribue à Bossuet, alors même qu’« une théologie du pouvoir, note Boutang dans Reprendre le Pouvoir, n’est pas une théorie théologique du pouvoir, pas plus que la théologie de l’histoire n’est une idée de l’histoire » – Bossuet a du reste écrit La Politique tirée, et non déduite, des propres paroles de l’Écriture sainte… De même, c’est de manière moniste et profondément malveillante – il l’avait déjà fait dans Le Conservatisme impossible – qu’il présente « la posture réactionnaire » à travers Joseph de Maistre et Louis de Bonald, comme un « rousseauisme inversé », allant, s’agissant du premier, jusqu’à reprendre un contresens sur sa fameuse saillie sur le fait qu’il n’a jamais rencontré l’homme mais seulement des Français, des Italiens, des Russes, voire, grâce à Montesquieu, des Persans. Loin de nier une quelconque universalité de l’homme, Maistre ne fait que critiquer le caractère abstrait de la constitution de 1795 et de « ses aînées ». Montesquieu ne faisait-il pas de même en affirmant que « les lois doivent être tellement propres au peuple pour lesquelles elles sont faites que c’est un très grand hasard si celles d’une nation peuvent convenir à une autre » ? Il n’était pas si loin de Bonald, pour lequel « la constitution d’un peuple est son histoire mise en action ». Une constitution ne saurait donc se fabriquer. Elle est organique : elle est la charpente de la Nation. Et pourquoi Huguenin blâme-t-il chez Maistre ce qu’il loue chez Arendt, lorsqu’elle constate que « ce sont des hommes et non pas l’homme qui vivent sur terre et habitent le monde » : « la pluralité est spécifiquement la condition » de toute vie politique ?

Pour sortir de l’impasse progressiste, qu’il dénonce à raison et dans laquelle la modernité nous a fait entrer, sans bien sûr adopter une posture réactionnaire, François Huguenin suggère de « retrouver le bien commun du “Nous” pour garantir la liberté du “Je” » en nous penchant sur la pensée politique du catholicisme contemporain. On sait que, pour lui, l’Église du XXe siècle s’est « convertie » – le mot est fort, voire provocateur – à la liberté (des modernes, s’entend) : c’est l’objet de son précédent livre. Son espoir : concilier au sein de la pensée catholique conceptions classique et moderne de la liberté, en vue de redonner toute sa place à la notion de bien commun dans une relation du Je au Nous revisitée à la lumière, notamment, de la doctrine sociale de l’Église. Bene ! Optime ! Toutefois, Huguenin, dans sa crainte d’être considéré comme le suppôt d’une conception théocratique de la cité, fuit comme la peste tout terme un peu fort et tente de neutraliser la puissance des beaux textes qu’il donne, no­tamment de Jean-Paul II ou de Benoît XVI sur le sujet. Il veut une Église modeste, quitte à manquer de modestie lui-même. Ainsi, en dépit des onze papes qui ont succédé à Léon XIII, préfère-t-il parler de « pensée » sociale de l’Église plutôt que de « doctrine » – diable ! –, trop prescriptif, sans doute, pas assez levain dans la pâte. De même le caractère « non négociable » de certains principes éthiques évoqué par le futur Benoît XVI le gêne manifestement : aussi de nous rassurer immédiatement en rappelant que ces principes « par définition {sic], sont soumis à interprétation et à débat pour les conditions de leur mise en application ». Ouf ! nous l’avons échappé bel ! Il n’en reste pas moins que ces textes forts réfèrent toute conception de la liberté à la vérité, une vérité à laquelle l’individualisme libéral est par définition indifférent. Tout en prenant acte de la modernité, ces textes, qui s’y adaptent dans la formulation, ne visent-ils pas surtout, comme des vaccins, à en immuniser la société ? Notre modernité peut-elle en effet entendre que c’est la vérité qui rend libre ? Poser la question, c’est y répondre.

https://www.actionfrancaise.net/2026/02/27/le-je-et-le-nous/

Sous les masques d’Halloween, les racines celtiques de la Samain

 

Sous les masques d’Halloween, les racines celtiques de la Samain

Importée par les émigrés irlandais en Amérique, puis revenue en Europe sous une forme dénaturée, cette célébration n’a rien de démoniaque. Elle fut, pour les peuples celtiques, le moment sacré où s’achevait l’année ancienne et où s’ouvrait la nouvelle, lorsque, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, le monde des vivants et celui des morts se rejoignaient un instant dans le même souffle cosmique de mort et de renaissance.

La Samain est ainsi une fête du passage :

  • temporelle, car elle ouvre un nouveau cycle annuel ;
  • saisonnière, car elle célèbre le retour de la nuit et le repos de la nature ;
  • mystique, enfin, car elle révèle l’unité profonde des mondes visibles et invisibles.

Loin d’être une survivance folklorique, la Samain demeure une clé de la vision européenne du monde : un moment pour honorer la mort, afin de mieux célébrer la vie.

La fête du passage

Parmi les grandes fêtes du monde celte – ImbolcBeltaineLugnasad et Samain -, la Samain occupe une place singulière. Elle n’appartient ni à l’année qui s’achève, ni à celle qui commence : elle se tient « hors du temps ». Célébrée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, elle marque le passage de la saison claire à la saison sombre, la fin du cycle pastoral et guerrier, l’entrée dans la période d’intériorité et de gestation.

Les Celtes voyaient en cette date un moment de dissolution et de renouveau. Le feu du foyer s’éteignait, avant d’être rallumé à partir de celui des druides : image de la mort nécessaire avant toute renaissance. Comme le rappelle Alain de Benoist, « la Samain n’est pas une fête de la mort, mais une célébration du recommencement ».

Les fruits de la Samain : pommes et noix

À la Samain, la terre offre ses derniers fruits : pommes, noix, noisettes et châtaignes. Ils sont à la fois provisions pour l’hiver et offrandes aux ancêtres, signes d’abondance avant le repos de la nature.

La pomme, fruit de l’immortalité dans les traditions celtiques, symbolise l’Autre Monde et la renaissance. Jetée sur l’eau ou partagée au feu, elle relie les vivants aux disparus. Les fruits à coque, eux, évoquent la sagesse cachée sous la coque : la vie contenue dans le germe, prête à renaître au printemps.

Le temps suspendu, entre deux mondes

À la Samain, selon la tradition, le voile entre les vivants et les morts s’amincit. Les trépassés reviennent visiter leurs descendants, tandis que les esprits errants et les créatures fantastiques se manifestent. Dans cette nuit de l’entre-deux, le monde visible et l’Autre Monde communiquent, et les frontières habituelles s’effacent.

Quoique un peu redoutée, cette présence des morts est honorée. Les ancêtres ne sont pas des spectres : ils demeurent dans la mémoire, dans le sang, dans la continuité de la lignée. La mort, ici, ne marque pas la rupture, mais le lien. Les anciens savaient que « le mort craint l’oubli de ses descendants » ; aussi veillait-on à lui rendre hommage pour que le pont demeure entre les générations.

Cette conception de la continuité est au cœur de l’esprit européen. Elle s’oppose radicalement à l’oubli moderne, qui isole l’individu de sa filiation. Célébrer la Samain, c’est donc résister à l’amnésie et renouer le fil rompu de la transmission.

Les grands feux

Dans la tradition celtique, à l’approche du changement d’année, le bois est rassemblé pour une grande fête communautaire. Sur les hauteurs, on allume alors de vastes brasiers, destinés à chasser les ténèbres et les êtres qui les peuplent. Ces feux de colline sont à la fois un rite de purification et un appel à la lumière : ils symbolisent la renaissance du monde au cœur même de la nuit. Autour d’eux, la communauté se rassemble, partage la chaleur, les chants et la mémoire, affirmant, face à la mort de la nature, la vitalité du feu humain.

L’exemple de la citrouille

Les légendes irlandaises évoquent ces nuits où les esprits traversent les mondes. La plus célèbre est celle de Jack à la lanterne (Jack-o’-Lantern) : un cordonnier rusé ayant trompé le Diable et condamné à errer entre les mondes, portant pour seule lumière une braise enfermée dans un navet creusé. Devenu plus tard citrouille sculptée, ce symbole orne les maisons pour désorienter l’âme errante et tenir à distance les esprits égarés.

Derrière la caricature commerciale d’Halloween se cache ainsi une intuition sacrée : celle d’un monde poreux, où le visible et l’invisible se frôlent dans la nuit du passage, rappelant à l’homme qu’il participe à un ordre plus vaste que lui, fait de cycles, de morts et de renaissances.

Honorer les ancêtres : le rite domestique

La Samain n’est pas seulement une cérémonie publique, c’est aussi et surtout une fête du foyer et de la lignée. On emmène les enfants sur les tombes familiales : on y dépose des fleurs, on allume une flamme. Dans les foyers on dresse un « autel des ancêtres », ce geste simple permet de rendre visible la continuité de la lignée : les enfants reçoivent parfois leur premier arbre généalogique, ou un autre symbole de passage.

C’est une date idéale pour procéder au premier rite de passage avec ses enfants qui ont passé leur septième année. Le père emmènera son fils ou sa fille, qui aura atteint cet « âge de raison », pour une sortie en forêt ou dans la campagne environnante du foyer. Une balade adaptée à l’enfant qui pourra se terminer par un bivouac, une première nuit dehors pour l’enfant auprès du feu avec son père. Durant la pérégrination, le père aura pris soin d’évoquer les ancêtres de la famille, les grands-parents et arrière-grands-parents, la mémoire des disparus, les origines géographiques des deux branches de la famille. Au réveil, avant le retour à la maison, l’enfant recevra donc son premier arbre généalogique (une version simplifiée et décorée à deux ou trois générations) et son premier couteau.

La Toussaint, héritière de la Samain

La chrétienté, loin de faire table rase, a intégré une part de cet héritage. Au VIIᵉ siècle, la fête de la Toussaint était célébrée le dimanche suivant celui de la Pentecôte, avant d’être déplacée au 1er novembre par le pape. Ce choix n’est pas anodin : il reprend la date et le symbolisme de la Samain. La fête des morts du 2 novembre, instituée plus tard, parachève cette adaptation.

Ainsi, sous le vernis chrétien, persiste un fond païen ancien : l’honneur rendu aux morts, la mémoire des lignées et la confiance dans la renaissance du monde. La flamme du souvenir, passée des druides aux cierges des autels, continue d’éclairer depuis la nuit des temps.

Mourir et renaitre

La Samain n’est pas un folklore à reconstituer : c’est une pédagogie du cycle, une manière d’habiter le monde en conscience. Dans chaque flamme allumée, dans chaque nom d’aïeul prononcé, se rejoue l’alliance du visible et de l’invisible.

Fêter la Samain, c’est honorer le passé pour mieux fonder l’avenir. C’est apprendre à mourir un peu pour renaître chaque année. Et dans cette fidélité à la Terre et aux morts, l’homme européen retrouve la sagesse des saisons, qui sait que toute obscurité prépare une aurore.

Sources

Photo : De Bons Païens

https://institut-iliade.com/sous-les-masques-dhalloween-les-racines-celtiques-de-la-samain/

jeudi 26 février 2026

Découverte d’une nécropole à Fosses, ancienne cité potière

 

© X Inrap Centre et Île-de-France
© X Inrap Centre et Île-de-France
En Île-de-France, au nord de Paris, la commune de Fosses (Val-d'Oise) est riche d’une Histoire ancienne liée essentiellement à l’argile et à la poterie. Ces derniers jours, l’Institut national de recherches archéologiques préventives a confirmé et enrichi ce chapitre de l’Histoire locale en publiant le contenu de ses travaux concernant la découverte des vestiges de quelques habitations ainsi qu’une vaste nécropole comprenant de nombreuses sépultures de l’époque carolingienne.

Fosses, un citée potière

Il est attesté par les historiens que l’extraction de l’argile et la production de poterie à Fosses débutent dès l’époque gallo-romaine, vers le IVe siècle après J.-C. Pendant l’Antiquité, la cité se développe alors à proximité de grandes voies romaines parcourant toute la région, favorisant ainsi le commerce et l’exportation des productions locales. Au Moyen Âge, cette activité se développe au point que les créations réalisées à Fosses sont vendues dans une grande partie de la région. On trouve ainsi de nombreuses poteries, dans les châteaux et les monastères des environs, issues d’au moins une dizaine d’ateliers fonctionnant simultanément à Fosses, faisant de la cité, au Moyen Âge, l’un des principaux centres potiers du nord de l’Île-de-France.

Cependant, au fil des siècles, les filons d’argile finissent par s’épuiser. Cette situation oblige alors progressivement les artisans et les ouvriers à quitter Fosses pour exercer leur artisanat ailleurs. À la fin de l’Ancien Régime, en 1770, la commune ne compte plus qu’environ 125 habitants, vivant essentiellement du travail agricole.

Des fours et encore des fours…

Conscients de cette histoire artisanale, les archéologues ont ainsi récemment mis au jour, sur un terrain de près de 1.600 m2, plusieurs fours creusés en sape dans le sol. L’étude de leurs vestiges a alors permis aux scientifiques de déterminer qu’ils n’étaient pas tous destinés à la production de céramiques. En effet, plusieurs structures, de formes et de tailles différentes, correspondent plutôt à des fours domestiques utilisés pour la cuisson du pain, probablement partagés par plusieurs familles de potiers installées à proximité. Un grand four de potier a également été dégagé. Si certaines céramiques présentaient des défauts, ils étaient alors jetés dans une fosse voisine, une véritable tessonnière, également mise au jour lors des fouilles. Les archéologues ont aussi identifié d’autres fosses, dont l’une servait de zone de stockage pour l’argile.

Afin de préciser la temporalité de ces installations, les chercheurs auront recours à l’archéomagnétisme. En effet, certaines structures chauffées à haute température enregistrent, au moment de leur dernière utilisation, l’orientation et l’intensité du champ magnétique terrestre, grâce aux oxydes de fer contenus dans l’argile. La comparaison de ces données permettra ainsi de dater avec précision l’ultime utilisation de ces fours.

Une nécropole carolingienne

En parallèle de ces découvertes, les archéologues ont mis au jour une vaste nécropole médiévale comptant au moins 80 sépultures, dont les plus anciennes sont attribuées à la période carolingienne, entre le IXe et le Xe siècle. Les tombes sont organisées en rangées régulières et parfois en petits groupes. Plusieurs fosses présentent des aménagements particuliers, notamment des fosses étroites munies d’une loge céphalique, c’est-à-dire un petit espace réservé à la tête du défunt, soigneusement aménagé dans la terre. Les individus retrouvés sont inhumés avec une absence totale de mobilier funéraire observée par les archéologues.

À terme, l’étude des squelettes permettra de documenter l’âge, le sexe, l’état et les conditions de vie de ces individus, offrant un nouvel éclairage sur la vie de ces personnes qui ont travaillé et habité ce village de potiers au début du Moyen Âge.

Voir le tweet

Eric de Mascureau

Epstein: que révèle cette affaire?

 


lundi 23 février 2026

Parlons des massacres de Sétif

 

« Le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé… Pour que nos relations soient pleinement apaisées, il faut que la mémoire soit partagée et que l’histoire soit écrite à deux, par les historiens français et algériens… » (Bernard Bajolet, ambassadeur de France à Alger : propos tenus en avril 2008, devant des étudiants de Guelma).

La lecture récente du fameux « Rapport Stora » m’a fait bondir mais je ne souhaitais pas réagir à chaud. D’autres l’ont fait, avant moi et sans doute mieux que moi.  Mais un de mes lecteurs m’a déclaré : « Certains de nos actes en Algérie, comme les massacres de Sétif, seraient passibles du Tribunal pénal international de La Haye… » Cette allégation m’a fait sortir de mes gonds.  

Voilà comment s’écrit l’histoire ! Si nous laissons tout dire, tout faire, dans quelques années les anciens d’Algérie – militaires ou résistants – seront considérés comme des « criminels de guerre » (Emmanuel Macron a même osé parler de « crime contre l’humanité »).

Que n’a-t-on écrit sur les fameux  massacres de Sétif ? L’armée française aurait réprimé dans le sang une manifestation spontanée de musulmans pacifiques.

Pour traiter honnêtement un tel sujet, il faut remonter quelques années en arrière.

L’anticolonialisme en Algérie ne devint perceptible qu’avec la création du « Parti communiste algérien ». Le PCA émerge en 1920 comme une extension du Parti communiste français (PCF).

Le PCA devint une entité séparée du PCF en 1936 et ouvrit ses rangs aux autochtones. Avec le soutien du PCF, le PCA participa à la lutte anticolonialiste, tout en se rapprochant des mouvements favorables à l’indépendance algérienne. Dès 1926, « L’Étoile Nord-Africaine », qui vient de naître, entre en contact avec  divers mouvements proches de la III Internationale []. L’émir Khaled en est le président d’honneur [], Hadj Ali Abdelkader, du PCF, le fondateur [].

Par la suite, Messali Hadj s’impose comme le leader des mouvements indépendantistes [].

L’organisation nouvelle œuvre à répandre les idées anticolonialistes chez les immigrés nord-africains, dans le but d’obtenir l’indépendance totale de tous les pays d’Afrique du Nord.

Messali Hadj participe au congrès anti-impérialiste de Bruxelles de 1927 où il rencontre de nombreuses associations européennes ainsi que des personnalités du  « tiers-monde » [].

Il organise de nombreux meetings avec, pour objectif, l’indépendance de l’Algérie dans les plus brefs délais. Dissoute en 1929 pour « avoir prêché la révolte des indigènes contre la domination française »[], l’ENA renaît sous le nom de « Glorieuse Étoile Nord-Africaine ».[] Elle est définitivement dissoute en 1937  pour « atteinte à l’intégrité territoriale de la France »[]. La création de l’ENA est un fait capital dans l’histoire politique contemporaine de l’Algérie car le principe de  l’indépendance est posé par une organisation de militants algériens[].

Après plusieurs arrestations et interdictions, Messali Hadj crée le Parti du peuple algérien (PPA) en 1937[]. Il rentre en Algérie pour assurer la direction de la nouvelle organisation. Cependant, il est à nouveau arrêté : l’administration française étant très inquiète de la popularité du mouvement dans le monde rural  algérien.[] [Messali Hadj est condamné à deux ans de prison pour « reconstitution d’une ligue dissoute, provocation des indigènes à des désordres et manifestations contre la souveraineté française »[], ce qui entraîne plusieurs mouvements d’agitations et de grèves.

Le mouvement gagne en popularité, surtout chez les jeunes. Le PPA reste fidèle aux principes établis en 1926 par l’ « Étoile Nord-Africaine » : abolition totale du code de l’indigénat, libertés démocratiques, indépendance[], rejet de l’attachement de l’Algérie à la France[][].

En 1943, le Parti du peuple algérien approuve le « Manifeste du peuple algérien » (texte de Ferhat Abbas avançant le principe d’une Algérie indépendante), rejoignant ainsi les autres courants du mouvement national : Oulémas, autonomistes, et « Amis du Manifeste et de la Liberté » (AML)[]. Toutefois, Messali Hadj et certains membres du PPA estiment qu’il est temps de passer à l’action et de profiter de la faiblesse de la France.

Le 23 avril 1945, le leader nationaliste est placé en résidence surveillée à Brazzaville, ce qui provoque, le 1er mai suivant, des manifestations réprimées à Alger et à Oran ; le bilan fait état de trois morts[].

À l’occasion de la célébration de la victoire du 8 mai 1945, des musulmans algériens manifestent et déploient, outre les drapeaux alliés, des pancartes affichant des slogans tels que « Libérez Messali » et « Algérie indépendante »[].

Ceci méritait d’être rappelé car trop d’historiens voient dans les massacres de Sétif du 8 mai 1945 un mouvement spontané, sans préparation. Le ver était déjà dans le fruit !

Et pourtant, les massacres de Sétif surprennent  tout le monde ou presque.

Les raisons « officielles » de cette rébellion sont connues (mais on occulte volontiers le rôle de la CIA ou des Soviétiques dans la « spontanéité » de ce soulèvement (1)). L’affaiblissement de la France, de la défaite de juin 1940 au débarquement américain en 1942, en est l’un des  motifs.

Disons un mot de cette rébellion : Le 8 mai 1945, pour fêter la victoire des Alliés, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens en profitent pour appeler à des manifestations.  Selon Benjamin Stora (2), les Français pensaient déjà depuis 1939 que les nationalistes d’Afrique du Nord étaient pilotés par les fascistes italiens ou les nazis, et que le Parti du peuple algérien était proche du Parti populaire français. Ceci semble assez peu crédible !

À Sétif, une manifestation nationaliste est autorisée à condition qu’elle n’ait pas de caractère politique. Le  défilé commence dès 8 h, estimé à plus de 10 000 personnes, chantant l’hymne nationaliste « Min Djibalina ». On voit surgir des pancartes  « Libérez Messali », « À bas le colonialisme », « Vive l’Algérie libre et indépendante ». En tête de la manifestation Aïssa Cheraga, chef d’une patrouille de scouts musulmans, arbore un drapeau vert et rouge. Devant le « Café de France », le commissaire Olivieri tente de s’emparer du drapeau, mais est jeté à terre. Des Européens se précipitent dans la foule. Les porteurs de banderoles refusent de céder aux injonctions des policiers. Des tirs sont échangés entre policiers et manifestants. Un jeune homme de 26 ans, Bouzid Saâl, est abattu par un policier. Les manifestants  s’en prennent aux Français et font 28 morts chez les Européens, dont le maire qui a cherché à s’interposer, et 48 blessés.

Peut-on, honnêtement, parler d’une manifestation pacifique ?

L’armée fait défiler les Tirailleurs Algériens, qui n’ont pas tiré, mais, alors que l’émeute se calme à Sétif, d’autres  éclatent aux cris du « Djihad » dans la région montagneuse de petite Kabylie, dans les villages entre Bougie et Djidjelli. Des fermes européennes isolées et des maisons forestières sont attaquées ; leurs occupants assassinés, souvent dans des conditions particulièrement atroces. Le mouvement s’étend et, l’après-midi même à Guelma, une manifestation s’ébranle.

Les manifestants sont 1 500 à 2 000 jeunes de Guelma, et 400 à 500 paysans des douars des environs. Ils arborent des pancartes « Vive la démocratie », « Vive l’Algérie », « Libérez Messali », ou encore « À bas le colonialisme ». Ils chantent l’hymne nationaliste « Min djibalina », en criant à intervalles réguliers « Vive la liberté algérienne ». À 18 h 30, le cortège arrive au centre-ville.

Le sous-préfet André Achiary, en compagnie de quelques civils, de huit policiers, et dix gendarmes,  demande aux jeunes de se disperser, mais le cortège continue d’avancer. Achiary est  jeté à terre et frappé par un manifestant. Il sort son revolver et tire un coup en l’air, ce qui déclenche un vent de panique. Achiary ordonne l’arrestation des meneurs.

Pendant toute la nuit des patrouilles de gendarmes et de soldats circulent dans Guelma. Des mitrailleuses sont placées à tous les carrefours. Le sous-préfet disposait de trois compagnies de Tirailleurs en formation, tous musulmans. Il consigne la troupe et fait mettre les armes sous clés. Un bataillon d’infanterie de Sidi-Bel-Abbès, convoyé par des avions prêtés par les Américains, arrive le 9 dans la journée pour évacuer des petits villages d’Européens encerclés par les émeutiers. Achiary  s’adjoint une milice civile de 280 hommes. Certains miliciens disposent d’armes de guerre et la plupart d’entre eux  sont armés de fusils de chasse.

Le lendemain vers midi, l’armée française tire sur Kherrata et des villages avoisinants. Le croiseur « Duguay-Trouin » tire sur les crêtes des monts de Babor. Vers 22 heures la Légion étrangère arrive à Kherrata et elle n’est pas venue  pour donner dans la dentelle.

Des atrocités contre les Européens se produisent dans le Constantinois, surtout dans les fermes isolées. Des femmes sont violées, des actes ignobles de barbarie sont commis.

Parmi les victimes, on trouve des « modérés » (3), tels le maire socialiste de Sétif, Édouard Deluca, ou Albert Denier, le secrétaire du Parti communiste, qui aura les deux mains tranchées.

La répression sera efficace et féroce : le croiseur « Duguay-Trouin » et le contre-torpilleur « Le Triomphant » tirent plus de 800 coups de canon depuis la rade de Bougie sur la région de Sétif. L’aviation bombarde plusieurs agglomérations. Une cinquantaine de « mechtas » sont incendiées.  Les automitrailleuses débarquent dans les villages et tirent à distance sur les populations.

Par un télégramme daté du 11 mai 1945, de Gaulle ordonnait  l’intervention de l’armée sous les ordres du général Duval. Ce dernier rassemble toutes les troupes disponibles, soit deux mille hommes. Ces troupes viennent de la Légion étrangère, des Tabors marocains, des Spahis de Tunis, et des Tirailleurs algériens en garnison à Sétif, Kherrata et à Guelma.

Concluons avec le bilan des émeutes : le nombre de victimes « européennes » est à peu près admis. Il  s’élève officiellement à 102 morts (dont 90 dans la région de Sétif) et 110 blessés. Chiffre auquel il faut ajouter plus de 900 musulmans pro-français tués par les émeutiers. Il est donc indéniable que ces mouvements de foule « pacifiques »  ont tué ou blessé plus de 1 000 personnes.

En revanche, le chiffre du nombre de victimes « indigènes » est toujours sujet à discutions.  Juste après les émeutes, le gouverneur général de l’Algérie fixa le nombre des musulmans tués à 1 165.  Le général Duval déclarait, pour la commission Tubert de 1945, que « les troupes ont pu tuer 500 à 600 indigènes ». Yves Courrière(5) parle de 15 000 tués dans les populations musulmanes en citant le général Tubert dont le rapport après les massacres ne donne en réalité… aucun bilan global.

Le gouvernement algérien qui, commémore ces massacres chaque année, parle des « 45 000 morts des massacres de Sétif ». Récemment, Bélaïd Abdessalam, ancien Premier ministre algérien, avouait dans « El-Khabar Hebdo » que le chiffre de 45 000 a été choisi à des fins de propagande.

Alors oui, personne ne saurait contester que les troupes françaises n’aient pas été tendres pour réprimer les émeutes. Le général Duval, chargé du rétablissement de l’ordre, dit à cette occasion au gouvernement: « Je vous donne la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés. Une politique constructive est nécessaire pour rétablir la paix et la confiance. ». Ces propos se vérifient puisque, neuf ans plus tard, l’insurrection de la Toussaint rouge, en 1954 marque le début de la guerre d’Algérie.

Par la suite, la France évitera d’évoquer les « massacres de Sétif ». Il faudra attendre le 27 février 2005 pour que, lors d’une visite à Sétif, Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de France à Alger, qualifie les « massacres du 8 mai 1945 » de « tragédie inexcusable ».

Cet aveu indigne constitue la première reconnaissance de sa responsabilité par la République française. Son successeur, Bernard Bajolet, a déclaré à Guelma en avril 2008 devant des étudiants :

« Le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé ».  Ensuite, on descend toujours plus bas dans la condamnation de la France.

Le 19 avril 2015, Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants, participe aux commémorations des « massacres de Sétif », puis il dépose une gerbe devant le mausolée de Bouzid Saâl, le jeune scout tué le 8 mai 1945.

Les émeutes de mai 1945 se sont déroulées alors que de Gaulle était en charge des affaires de la France. Dans ses mémoires il y fait une très brève allusion. Sans doute pour ne pas endosser la responsabilité de la répression. Il s’en déchargera sur les autorités locales. Et c’est le même qui, quelques années plus tard, bradera l’Algérie française malgré les promesses faites aux pieds-noirs.

Eric de Verdelhan

1)- « Les Américains en Algérie 1942-1945 » d’Alfred Salinas ; L’Harmattan ; 2013.

2)- « Histoire de l’Algérie coloniale (1830-1954) », de Benjamin Stora ; La Découverte ; 1991.

3)- « La Gangrène et l’oubli – La mémoire de la guerre d’Algérie » La Découverte ; 1998.

4)- « La Guerre d’Algérie » d’Yves Courrière ;  Fayard ; 1969.

https://ripostelaique.com/parlons-des-massacres-de-setif/

Un village français sous l'Occupation, avec Pierre-Jérôme Biscarat

 


Alcibiade, symbole de la chute d'Athènes ? avec Jean-Manuel Roubineau

 


samedi 21 février 2026

Les ambitieux et l’élection

 

Un vingtneuvième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de De la réforme et de l’organisation normale du suffrage universel d’Henri Lasserre.

*****

Quels seront donc, en très grande partie, d’abord les candidats, et par la suite les représentants de la nation ? Ce seront les ambitieux, c’est-à-dire les hommes les moins propres au gouvernement : car la première condition pour bien gouverner c’est de s’oublier soi-même et les empires seraient paisibles si les ambitieux ne les jetaient pas dans les convulsions. Les gens empressés de se mettre en avant, les vanités bruyantes, vides et sonores comme des tambours, les baudruches gonflées de vent, les convoitises ardentes en quête des jouissances du pouvoir, les orgueils violents et affamés, les passions seules en un mot, entreront, comme en leur domaine naturel, dans cette lice ouverte que les sages déserteront.

L’ambitieux jettera son argent et jouera sa fortune sur le tapis vert du scrutin ; l’ambitieux se présentera à grand orchestre et fera des circulaires à la Fontanarose ; l’ambitieux se fera placarder sur les murs en caractères larges, en caractères bizarres. Il aura des affiches bleues, rouges, jaunes, multicolores comme ses opinions. Il déshonorera les murailles, il y écrira son nom à l’endroit, à l’envers et de travers. Il fera des cabrioles, des culbutes et des volte-face ; il se mettra la tête en bas pour attirer l’attention du public ; il fera écrire en lettres énormes : « Votons tous pour Picrochole ! » Il se fera faire des certificats et des réclames scotchées par des compères et au bas desquelles il mettra gravement : « Vu : Picrochole ». Il ne craindra pas d’imiter les procédés des saltimbanques et des Barnums et couvrira dix mètres carrés de son seul nom répété coup sur coup. Que sais-je encore ? Qui de nous n’a été témoin de ces spectacles bouffons et tristes où les candidats ne craignent pas, pour rechercher les honneurs, d’employer les moyens qui provoquent le mépris.

Ô peuple de France, quand donc verras-tu à quel point ces hommes qui te prodiguent leurs adulations se moquent de toi en réalité, te tournent en dérision, t’insultent en face et te donnent publiquement une preuve de leur dédain. Suppose, ô peuple souverain, suppose que le plus stupide des tyrans eut un jour à choisir ses ministres ou ses intendants : quel est, dis-moi, le personnage, aspirant à ces grands emplois, qui oserait s’aviser de faire ainsi tapisser de son nom les appartements ou les basse-cours du monarque, afin d’attirer et de captiver le royal suffrage ? Ce souverain, ce roi, cet empereur, ce tyran, ce pacha, ce czar, quelque prodigieusement imbécile que tu puisses l’imaginer, ne verrait-il pas un outrage manifeste dans cette façon de faire valoir à ses yeux une candidature aux fonctions politiques : et ne chasserait-il pas avec colère quiconque lui ferait la grossière injure de le croire accessible à de pareils moyens ? Et cependant, c’est ainsi que l’on agit avec toi, ô peuple souverain de notre spirituelle France. Et tu ne te lèves point, indigné !… Nullement. Tu prends ton bulletin, sous la direction de quelque comité, et tu t’en vas voter docilement pour Picrochole, ô électeur de Panurge !

Et notez que ces honteux procédés, que ces charlatanismes électoraux ne sont pas le fait d’un parti, mais de tous.

Hélas, ce sont là les pratiques et les manœuvres de tous. La seule différence, c’est que les uns font cela en suivant la pente de leur nature et que les autres, au contraire, subissent, la rougeur au front, ce qu’ils considèrent comme une déplorable nécessité.

https://www.actionfrancaise.net/2026/02/21/les-ambitieux-et-lelection/

Face à PYR avec Marc Alpozzo : A quoi sert la pensée face à l'effondrement culturel ?

 


Les mainstream ne peuvent plus cacher les forfaitures de Zelensky

 

Depuis quatre ans la camarilla mondialiste, États, banksters et médias s’obstine à présenter l’histrion de Kiev comme un héros de roman de gare. Leur convoitise des richesses russes et leur détestation de Poutine les a conduits à faire d’un avorton barbichu un paladin. Inculte mais rompu aux ficelles de la télé-réalité. Intellectuellement déficient mais madré comme un marchand de tapis. Grand stratège qui n’a jamais porté l’uniforme avant de se déguiser en Rambo de mascarade.

vendredi 20 février 2026

179 - Bernard Bourdin pour son livre "Dieu est-il désenchanté ?"

 


21 janvier 1793 : la France a osé guillotiner son roi

 

Le 21 janvier 1793, journée de la honte

« Prenons-y garde, nous aurons peut-être un jour à nous reprocher un peu trop d’indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions. La philosophie du siècle a une arrière-pensée. »
(Louis XVI, lettre à Malesherbes, 13 décembre 1786)

« Au nom de la très sainte Trinité, du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Aujourd’hui… moi Louis, seizième du nom, Roi de France, étant depuis quatre mois renfermé avec ma famille dans la Tour du Temple, à Paris…, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l’issue… n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser, je déclare ici, en sa présence, mes dernières volontés et sentiments… Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis… et je prie Dieu de leur pardonner… Je recommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi ; de les soutenir par sa grâce, s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable… Je pardonne très volontiers à ceux qui me gardent, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissent dans leur cœur, de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser !… Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi. » (Extraits du testament du Roi Louis XVI, à Noël 1792)

La Révolution, imprégnée de la philosophie maçonnique, a fait du Français un égoïste, un viveur, un jouisseur sans contrainte, qui n’a plus aucun devoir et ne revendique plus que des droits. Adepte, du moins en théorie, du « vivre-ensemble » et du multiculturalisme, il est en réalité devenu hédoniste, égocentrique et narcissique. Il se veut « citoyen » (du monde) et se moque éperdument de la Nation, de sa culture chrétienne et de son histoire.

On aura compris que je ne jette pas l’anathème sur tous les Français, ces Gaulois que le pouvoir actuel déteste. Je vise le « peuple de gauche » ou l’électorat d’Emmanuel Macron, ce pantin du Nouvel Ordre Mondial, qui nous parle si souvent, tel un gourou, des « valeurs républicaines », de l’Europe, mais jamais de la France (si ce n’est le sempiternel « vive la République, vive la France ! » qui clôture ses interminables prêches).

La Révolution a tué « le Trône et l’Autel » et depuis, une majorité de Français ne croit plus à rien sinon au fric roi. Mais le Français – athée ou agnostique – ne renoncerait pour rien au monde aux sacro-saints « jours fériés » attachés aux fêtes et/ou aux traditions chrétiennes. Jours qui, accessoirement, lui permettent de « glander » au lieu d’aller travailler.

Il pense que l’histoire de France commence en 1789, mais il se réjouit des fêtes médiévales ou votives qui tirent sa bourgade ou son patelin de sa morosité habituelle. Elles le distraient un instant du foot, du porno, du loto et de la téléréalité.
Il « guinche » au 14 juillet, persuadé qu’on fête la prise de la Bastille. Or le massacre du gouverneur de Launay et de la petite garnison de la Bastille par une populace avinée est un non-évènement. Notre fête nationale a été instituée par la loi du 6 juillet 1880, pour commémorer la « Fête de la Fédération » de 1790 (1). Le Roi Louis XVI vint sur place pour donner un coup de pioche. On a chanté le « Ah ! Ça ira ». Les soldats se mêlaient aux Gardes nationaux et au peuple en liesse.

Et le bon roi, qui avait accepté de coiffer le bonnet phrygien, n’a pas compris que ce jour-là symbolisait la victoire des loges maçonniques sur le pouvoir royal et que son coup de pioche signait, à terme, l’arrêt de mort de la monarchie.
Louis XVI était un puritain parfaitement honnête. On ne peut pas en dire autant de certains de ses prédécesseurs sur le Trône. Mais il n’était pourtant pas le personnage falot et faible décrit par les historiens. Il fut, au contraire, un précurseur et un homme de progrès dans bien des domaines. On lui doit, entre autres :

D’être à l’origine d’un hôpital pour enfants: l’« Hôpital des enfants malades », qui existe encore aujourd’hui.

D’avoir aidé et protégé l’abbé de l’Épée dans son œuvre pour l’éducation des « sourds-muets sans fortune ». Le roi lui versa une pension de 6 000 livres sur sa propre cassette (et contre l’avis de l’archevêché qui soupçonnait cet homme de jansénisme).

D’avoir doté l’école de Valentin Hauy pour les aveugles.

Il finança les aménagements de « l’Hôtel-Dieu » pour que chaque malade ait un lit individuel.

Il fit, sur ses deniers personnels, un don de sept millions-or aux victimes du froid excessif de l’hiver 1784.

Il créa les premières pensions de retraite pour ceux qui exerçaient une profession maritime.

Et c’est encore lui qui donna l’ordre aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi » (90 ans avant la première Convention de Genève !).

Louis XVI abolit le servage et la « mainmorte » dans le domaine royal, ainsi que le « droit de suite » permettant au seigneur de faire poursuivre le serf qui quittait son domaine.

Il dispensa le peuple du « droit de joyeux avènement ». Cet impôt inique était perçu à chaque changement de règne.

Il exigea l’établissement annuel de la balance du commerce.

Il créa un « Mont-de-piété » à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens.

Il abandonna aux équipages de ses vaisseaux le tiers de la valeur des prises (qui lui était réservé en temps de guerre).

C’est encore à Louis XVI qu’on doit l’abolition de la « question » (torture) préparatoire et préalable.

La construction, à ses frais, d’infirmeries « claires et aérées » dans les prisons. Il s’inquiéta du sort réservé aux prisonniers détenus en prison préventive avant le procès.

Par ailleurs, il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès.

On lui doit encore l’état-civil aux non catholiques.

Et il exempta les Juifs du péage corporel et autres droits humiliants.

Il permit aux femmes mariées et aux mineurs de toucher eux-mêmes leur pension sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur.

Il accorda le droit de vote aux femmes dans le cadre de l’élection des députés à l’Assemblée des États Généraux.

Il leur permit aussi d’accéder à toutes les maîtrises.

Louis XVI a également été le fondateur de l’école de musique et de danse de l’Opéra de Paris et le musée du Louvre.

On lui doit aussi le « droit de propriété » des auteurs et compositeurs de musique.

Il créa le musée des Sciences et Techniques, futur « Centre National des Arts et Métiers ».

Il dota Paris d’un corps des Sapeurs-Pompiers.

C’est encore lui qui autorisa l’installation de pompes (à feu), pour approvisionner Paris en eau de manière régulière.

Il est le fondateur de l’École des Mines.

Il finança sur ses propres deniers les expériences d’aérostation des frères Montgolfier, aussi que les expériences de Jouffroy pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation.

Cette liste est loin d’être exhaustive. Ajoutons qu’il fut le premier monarque à employer l’expression « Justice sociale ».

Et pourtant… le 21 janvier 1793, après une courte nuit, Louis XVI est réveillé à 5 heures par Cléry, son valet. Vers 6 heures, l’abbé Henri de Firmont les rejoint et célèbre la dernière messe du roi déchu. Le roi reçoit le viatique (la communion du mourant).
À 7 heures, Louis XVI confie ses dernières volontés à l’abbé. Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour son fils Louis-Charles et son alliance pour son épouse. Il conserve au doigt l’anneau du sacre. Puis il s’entretient une dernière fois avec son confesseur. Vers 8 heures, il est interrompu par Antoine Joseph Santerre qui commande les Gardes Nationaux.
Il remet son testament à l’un des officiers municipaux présents.

Ce matin du 21 janvier, il fait 3 °C. Un brouillard épais enveloppe Paris. Louis XVI prend place dans la voiture du maire de Paris, avec l’abbé de Firmont et deux miliciens. La voiture quitte le Temple vers 9 heures au son des tambours. 80 000 hommes en armes (Fédérés, Gardes nationaux, Fusiliers) occupent les carrefours, les places et les avenues.
Des canons sont postés à chaque point stratégique. Le convoi est précédé de 200 gendarmes à cheval. Les Parisiens sont venus en nombre assister à l’exécution.

Dans le quartier de Bonne-Nouvelle, aux environs de la rue de Cléry, le baron de Batz, soutien de la famille royale (qui a financé la fuite à Varennes), a convoqué 300 royalistes pour tenter de faire évader le roi. La tentative échoue car, à la suite de dénonciations, seuls quelques aristocrates ont pu venir sur place. Trois d’entre eux seront tués ; le baron de Batz réussit à s’échapper. Le cortège poursuit son trajet. Il débouche vers 10 h 15 sur la place de la Révolution et s’arrête au pied de l’échafaud installé entre les Champs-Élysées et le piédestal de la statue de Louis XV (qui vient d’être déboulonnée). L’échafaud, peint en rouge, est placé au milieu d’un espace encadré de canons et d’une troupe de 20 000 hommes.

Le roi est accueilli par le bourreau Charles-Henri Sanson. Il ôte sa redingote et son foulard-cravate. Voyant qu’on veut lui lier les mains, il refuse. L’abbé de Firmont parvient à le convaincre d’accepter. On lui lie les mains dans le dos ; un assistant de Sanson découpe son col et lui coupe les cheveux. Accompagné par des roulements de tambour, le roi, assisté de l’abbé de Firmont, monte sur l’échafaud.
Là il fait signe aux tambours de s’arrêter et déclare :
« Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ».
Santerre donne l’ordre de faire battre les tambours pour couvrir sa voix. À 10 h 22 le bourreau Sanson actionne le couperet. Gros, un assistant du bourreau, saisit la tête sanguinolente et la présente au peuple. Quelques spectateurs crient « Vive la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté ! ». Des salves d’artillerie sont tirées et une partie de la populace danse la Carmagnole.

La France venait de guillotiner son roi, rompant le lien sacré entre le peuple, le Trône et l’Autel. En tentant de détruire « le Divin et le Sacré », les fomenteurs de la Révolution (tous ou presque francs-maçons) voulaient  tuer l’« âme française ».
La persécution des prêtres, la confiscation des biens du clergé, le culte de la déesse Raison, le « populicide » vendéen (2), les lois de 1901 et 1905, l’excommunication de l’« Action Française » en 1927, la déchristianisation de la France après « Vatican II » et, « comme un clou chasse l’autre », la montée de l’islam conquérant, en sont les conséquences plus ou moins directes.
Ce « crime contre la Nation », nous le payons au prix fort !
« Tuez le catholicisme et vous aurez l’islam » disait déjà Chateaubriand.
Nous y sommes, enfin presque.

Tous les 21 janvier, ayons une pensée ou mieux, une prière, pour le bon roi Louis le XVIe, victime de la furie révolutionnaire.

Eric de Verdelhan

1)- Le 14 juillet ne commémore pas la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. L’article unique de la loi du 6 juillet 1880 stipule : « La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le site Internet du gouvernement rajoute : « Si le 14 juillet est généralement associé à la prise de la Bastille en 1789, c’est dans les faits le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération, qui est officiellement commémoré… ».
2)- Le terme est de Gracchus Babeuf. « Génocide » conviendrait mieux.

https://ripostelaique.com/21-janvier-1793-la-france-a-ose-guillotiner-son-roi/

VISITE GUIDEE à la BASILIQUE de SAINT-DENIS – Là où reposent les rois

 


jeudi 19 février 2026

La problématique du Donbass ukrainien

 

Le cas du Donbass (régions de Donetsk et Louhansk) met en lumière toutes les tensions du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes face aux principes de souveraineté étatique et d’intégrité territoriale. Analyse des arguments des deux «côtés» (les populations prorusses du Donbass / la Russie d’un côté, l’Ukraine et le droit international de l’autre), en montrant les fondements juridiques et les limites, puis les difficultés concrètes.

Résumé – Le conflit du Donbass (2014-2022) résulte de la collision entre deux principes : l’intégrité territoriale de l’Ukraine, d’une part, et le droit des populations locales à l’autodétermination, d’autre part. Depuis 2014, à la suite du renversement du président Ianoukovitch, les régions de Donetsk et Louhansk ont rejeté le nouveau pouvoir issu du Maïdan et proclamé leur autonomie puis leur indépendance, en invoquant notamment les restrictions linguistiques et les changements politiques imposés depuis Kiev. Les affrontements entre forces ukrainiennes et séparatistes, aggravés par l’intervention de groupes paramilitaires ultranationalistes ukrainiens, ont fait des milliers de morts. Les Accords de Minsk (2014-2015) visaient un règlement négocié mais n’ont jamais été appliqués. Entre influences internationales, accusations mutuelles de violations du droit international et sentiment d’abandon des populations locales, la situation a dégénéré jusqu’à l’invasion russe de février 2022, présentée par Moscou comme une aide aux républiques du Donbass. Le dossier illustre la difficulté à concilier frontières héritées et aspirations locales dans un contexte géopolitique explosif.

Chronologie des événements

Chronologie factuelle 2012 – 2022 autour du Donbass et de la crise ukrainienne

2012

•  Viktor Ianoukovytch (provenant du Parti des Régions, très implanté dans le Donbass) est président de l’Ukraine depuis 2010.

•  Le pays est marqué par une ligne politique oscillant entre rapprochement avec l’UE et liens économiques/énergétiques forts avec la Russie.

2013

•  L’Ukraine négocie un accord d’association avec l’Union européenne.

•  Novembre 2013 : Ianoukovytch suspend la signature sous pression économique de Moscou.

•  Début des manifestations de Maïdan à Kiev (mouvement Euromaidan).

  • Soutenu et aidé par partis pro-occidentaux, une partie des ONG, et des diplomates occidentaux (dont Victoria Nuland-USA, John McCain, etc.).

  • Perçu dans l’est et le sud du pays comme un mouvement hostile à Ianoukovytch et aux régions russophones.

2014

•  Février 2014 : affrontements violents à Kiev, effondrement du pouvoir, départ de Ianoukovytch.

  • Pour les manifestants : révolution populaire.

  • Pour Moscou et une partie des habitants du Donbass : changement de pouvoir illégitime sous influence occidentale et interventions de services étrangers.

•  Mars 2014 : Annexion de la Crimée par la Russie (référendum non reconnu par l’ONU).

•  Avril 2014 : Insurrections armées à Donetsk et Louhansk, proclamation des «Républiques populaires».

•  Le gouvernement ukrainien de Kiev lance l’opération antiterroriste (OAT) contre les forces séparatistes.

•  Mai 2014 : Élection comme président de Petro Porochenko, magnat du chocolat & confiseries, antirusse. Avec 54,7% et une faible participation des électeurs de l’Est.

•  Mai-juillet 2014 : Adoption par Kiev de lois sur la langue nationale ; un texte supprimant officiellement le statut du russe comme langue régionale est voté. Loi non promulguée mais qui a été largement exploitée politiquement et qui a profondément choqué l’Est du pays.

•  Apparition de bataillons volontaires contre le Donbass (Azov, Aïdar, Donbass), intégrés partiellement ensuite à la Garde nationale. Des exactions ont eu lieu des deux côtés.

•  Septembre 2014 : Minsk I – accord de cessez-le-feu (qui échoue rapidement).

2015

•  Février 2015 : accords de Minsk II

  • Prévoient un cessez-le-feu, un retrait des armes lourdes, des élections locales, et un statut spécial pour certaines zones du Donbass (autonomie locale encadrée).

  • Co-signataires : Ukraine, Russie, OSCE ; médiation franco-allemande (Format Normandie).

•  Les combats se poursuivent sporadiquement malgré l’accord (Debaltseve notamment).

2016 – 2018

•  Poursuite du conflit qui aboutit à 14 000 morts (Chiffres ONU).

•  Discussions interminables sur la mise en œuvre de Minsk :

  • L’Ukraine accuse Moscou d’armer les séparatistes.

  • Moscou reproche à Kiev de refuser la réforme constitutionnelle prévoyant le statut spécial des régions du Donbass.

•  2018 : Adoption de lois linguistiques en Ukraine renforçant l’usage de l’ukrainien dans l’éducation, les médias et l’administration, perçues dans le Donbass comme discriminatoires.

2019

•  Élection de Volodymyr Zelensky.

  • Sous des promesses de paix et de mise en œuvre de Minsk.

  • Tentatives initiales de retrait simultané sur la ligne de front.

•  Opposition interne forte en Ukraine de l’Ouest à l’idée d’un statut spécial jugé «trop favorable» aux séparatistes et à la Russie.

2020 – 2021

•  Les négociations stagnent ; les cessez-le-feu partiels échouent.

•  La Russie commence un renforcement militaire massif autour de l’Ukraine (fin 2021).

•  Sur le plan diplomatique :

  • France (Macron) et Allemagne (Merkel jusqu’en 2021) poursuivent la médiation.

  • Les autorités allemandes et françaises reconnaîtront plus tard (2022-2023) que Minsk avait aussi, dans les faits, servi à «gagner du temps» pour renforcer l’armée ukrainienne.

•  ONU :

  • Comme chaque année, la Russie présente une résolution condamnant la «glorification du nazisme» et l’utilisation de symboles nazis.

  • Les États-Unis et l’Ukraine votent contre ces résolutions (position constante depuis 2014), au nom de la liberté d’expression et du refus d’une instrumentalisation politique du terme «nazisme».

Début 2022

•  Janvier-février 2022 :

  • Dernières tentatives diplomatiques (France, Allemagne, Turquie).

  • Discussions russo-ukrainiennes à Istanbul (Turquie).

  • Visite remarquée de Boris Johnson (GB) à Kiev, qui selon plusieurs sources ukrainiennes aurait incité Zelensky à ne pas accepter de concessions.

•  21 février 2022 :

  • La Russie reconnaît officiellement les «Républiques» de Donetsk et Louhansk. Environ 150 conseillers militaires US présents en Ukraine ont quitté le pays.

•  24 février 2022 :

Analyse

1. Contexte factuel

Éléments essentiels à rappeler :

1. Début du conflit : Depuis 2014, des groupes séparatistes prorusses se sont emparés de leurs territoires dans les oblasts de Donetsk et Louhansk (est de l’Ukraine), créant des «Républiques populaires» autoproclamées (DPR / LPR).

2. Minsk I & II : Des accords (Minsk 2014 puis Minsk 2015) prévoyaient notamment un «statut spécial» pour certaines zones du Donbass (autonomie locale) et un cadre de décentralisation.

3. Lois ukrainiennes : Après 2018, l’Ukraine adopte des lois limitatives de l’usage du russe (éducation, langue administrative) dans certaines zones. Des critiques soutiennent qu’elles contreviennent aux engagements de Minsk.

4. Reconnaissance par la Russie : En février 2022, la Russie reconnaît l’indépendance des républiques de Donetsk et Louhansk.

5. Référendums d’annexion : La Russie, après reconnaissance, soutient l’organisation de référendums (largement contestés sur la légitimité) pour «intégrer» ces territoires à la Fédération de Russie. L’ONU a dénoncé des «simulacres» illicites.

6. Voix russophones et «peuple» du Donbass : Les séparatistes et la Russie présentent la population comme un «peuple russe» qui subit des discriminations (restriction de langue, exclusion, agressions) – argument de droit à l’auto-détermination.

Les opérations militaires ukrainiennes et les bataillons nationalistes avant 2022

Un élément central du conflit avant l’intervention militaire russe de février 2022 concerne les opérations armées menées par les forces ukrainiennes dans le Donbass dès 2014, dans le cadre de ce que Kiev appelait «l’opération antiterroriste» (OAT). Après la prise de contrôle de villes par les séparatistes prorusses, l’État ukrainien a engagé ses forces régulières, mais aussi des bataillons volontaires nouvellement formés – dont certains, comme AzovAïdarDnipro-1Donbass, avaient des compositions et orientations idéologiques hétérogènes, souvent marquées par des éléments nationalistes très radicaux. Des abus et exactions ont été documentés par plusieurs organisations internationales, notamment Amnesty InternationalHuman Rights Watch et l’ONU : détentions arbitraires, mauvais traitements, exécutions extrajudiciaires, tirs d’artillerie indiscriminés dans des zones habitées. Ces violations n’étaient pas systématiques, mais elles ont été suffisamment nombreuses pour être reconnues officiellement dans plusieurs rapports.

Du côté ukrainien, ces bataillons étaient considérés comme des unités «volontaires» suppléant une armée affaiblie, opérant dans un contexte de guerre chaotique contre des milices soutenues par la Russie. Du côté des populations du Donbass, ces groupes ont rapidement été perçus comme des «brigades punitives», expression largement employée dans la région et reprise par Moscou, en raison de leur réputation d’hostilité envers les russophones et de leur engagement sans nuance dans la pacification des zones rebelles. Les combats de 2014-2021 ont causé, selon l’ONU, environ 14 000 morts, dont plusieurs milliers de civils, et ont solidifié l’idée, chez de nombreux habitants du Donbass, qu’ils étaient victimes d’une répression militaire.

Sur le plan du droit international, ces faits ont nourri l’argument séparatiste selon lequel la population du Donbass subissait des «violations graves et continues» de ses droits – argument utilisé pour justifier une revendication d’auto-détermination externe (la «sécession-remède»). Cependant, pour de nombreux juristes internationaux, même ces exactions ne constituent pas automatiquement un fondement juridique suffisant pour reconnaître la légitimité d’une sécession ou d’un rattachement à la Russie. En revanche, ces violences rendent incontestable l’existence d’un conflit interne grave ayant profondément délégitimé, aux yeux d’une partie de la population locale, l’autorité de Kiev – un élément clé pour comprendre pourquoi les demandes d’autonomie, puis de séparation, se sont radicalisées bien avant l’intervention armée russe de 2022.

2. Analyse du point de vue du droit international

2.1 Arguments en faveur (séparatistes / Russie)

•  Droit à l’autodétermination : Les partisans du Donbass affirment que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’applique : la population localement majoritairement russophone constituerait un «peuple» distinct, avec le droit de choisir son statut politique (autonomie, indépendance, rattachement). Ce droit découle, selon eux, de traités comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du principe de la Charte de l’ONU.

•  «Sécession réparatrice» (remedial secession) : Certains avancent que la sécession serait un «remède» face à des pratiques discriminatoires de Kiev (langue russe, droits culturels) – c’est une argumentation juridique particulière, proche de la théorie de la «sécession réparatrice» (remedial self-determination).

•  Violation du «statut spécial» et des engagements de Minsk : Selon la Russie, l’Ukraine n’a pas pleinement respecté ses engagements (par exemple la langue), ce qui légitimerait une forme d’autodétermination ou au moins la non-application unilatérale des frontières étatiques sans prise en compte du souhait local.

•  Justification humanitaire / de protection : De la part de certains juristes et politiciens russes, la «protection» des russophones du Donbass est avancée comme un motif suffisant pour le soutien politique et militaire.

2.2 Les limites et contre-arguments (droit international et Ukraine)

•  Intégrité territoriale : Le droit international reconnaît fortement le principe d’intégrité territoriale des États. L’Assemblée générale de l’ONU, par exemple, a dénoncé la reconnaissance par la Russie de ces «républiques» comme une violation de la souveraineté ukrainienne.

•  Absence de reconnaissance internationale : Les «Républiques» de Donetsk et Louhansk ont une reconnaissance extrêmement limitée (quelques États, ou pas du tout selon les interprétations).

•  Critique de la «sécession réparatrice» : Dans le droit international dominant, la «sécession réparatrice» est très controversée : peu de précédents clairs et peu de tribunaux (ou d’organes internationaux) ne l’ont formellement consacrée.

•  Violation des accords de Minsk par la Russie : Certains juristes affirment que la Russie instrumentalise l’auto-détermination pour justifier une ingérence armée, ce qui va à l’encontre du droit international (usage de la force, annexion).

•  Résolution de l’ONU : La résolution ES-11/4 de l’Assemblée générale (2022) condamne les référendums d’annexion comme «illicites et nuls» selon le droit international.

•  Loi ukrainienne sur la «réintégration» : L’Ukraine a adopté une loi («loi de réintégration du Donbass») qui rejette toute autonomie hors du cadre ukrainien et exclut la mise en œuvre d’une partie des dispositions de Minsk.

•  Droit humanitaire : Selon Human Rights Watch (et d’autres), les forces russes dans le Donbass peuvent être considérées comme occupant, ce qui engage les obligations du droit international humanitaire (Convention de Genève, etc.).

3. Problématiques concrètes et tensions

1. Définir «peuple» : Pour que l’auto-détermination externe (sécession) soit légitime, il faut souvent identifier un «peuple» (cultural, linguistique, historique). Le Donbass a un mélange complexe d’identité : russophone, ukrainophone, soviétique, etc.

2. Légitimité des référendums :

  • Les référendums d’»intégration à la Russie» organisés par la Russie/séparatistes sont largement contestés par la communauté internationale : procédure, observation, contrainte, menaces, coercition sont dénoncés.

  • L’ONU (Assemblée générale) a explicitement déclaré ces référendums «illicites».

3. Mise en œuvre des engagements de Minsk :

  • Le «statut spécial» prévu par Minsk n’a jamais été complètement mis en place, selon certaines sources, ou/et a été annulé/rejeté par Kiev selon d’autres.

  • Les divergences sur l’interprétation du statut (autonomie locale vs sécession) creusent le conflit.

4. Usage de la force et annexion :

  • Le soutien militaire de la Russie aux séparatistes, et finalement l’annexion revendiquée, soulèvent des problèmes majeurs d’agression, de violation de la Charte des Nations unies, d’occupation illégale.

  • La justification «protection des russophones» peut être perçue comme un prétexte pour une action expansionniste.

5. Droits linguistiques :

  • Les accusations de suppression de la langue russe (éducation, administration) sont au cœur de l’argument de discrimination.

  • Cependant, en droit international, la simple discrimination linguistique ne garantit pas automatiquement un droit à la sécession.

6. Stabilité internationale :

  • Si on admet que toute minorité linguistique peut se séparer, cela mettrait à mal le principe d’intégrité territoriale et pourrait engendrer de nombreux conflits semblables dans d’autres États.

7. Responsabilité humanitaire :

  • En cas de conflit prolongé, il y a des violations des droits de l’homme, des civils tués, déplacés – cela compliquent la légitimité des revendications (et la responsabilité des acteurs locaux et extérieurs).

4. Analyse synthétique : Doit-on voir ce cas comme de l’auto-détermination légitime ?

•  Il y a des arguments légitimes du côté prorusse / séparatiste : la population russophone du Donbass peut revendiquer des droits culturels, linguistiques, ainsi qu’une forme d’autonomie. Les griefs (suppression de la langue, manque de représentation) ne sont pas nécessairement fictifs.

•  Mais l’auto-détermination externe (sécession + rattachement à la Russie) est difficile à justifier pleinement dans le cadre du droit international au regard des principes de l’intégrité territoriale.

•  L’annexion par la Russie ou la reconnaissance de «républiques» par la Russie pose un problème massif : cela contrevient largement au droit international si on considère la souveraineté de l’Ukraine, l’usage de la force, et même l’absence d’un large soutien international.

•  En outre, la légitimité des référendums organisés sous occupation, ou avec l’appui direct d’un pouvoir extérieur, est contestable.

5. Conclusion

•  Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes peut être invoqué dans le cas du Donbass, mais il ne garantit pas automatiquement un droit à l’indépendance ou à l’annexion à la Russie dans les conditions du droit international «classique».

•  Les frontières de l’Ukraine sont largement protégées par le droit international : l’intégrité territoriale reste un principe majeur et les efforts d’annexion sont largement condamnés (résolution de l’ONU).

•  Une solution plausible du point de vue du droit international (et de la paix potentielle) aurait été (et reste) une autonomie réelle (statut spécial) dans le cadre ukrainien, négociée et protégée par accord international (comme Minsk, mais réellement mis en œuvre), plutôt qu’une sécession pure ou une annexion forcée. Mais cela semble «trop tard» désormais après les implications étrangères fortes, tant de l’Ouest que de la Russie.

•  Enfin, la «justification humanitaire» ou de protection («protéger les russophones du Donbass») est un argument utilisé, mais qui reste controversé juridiquement bien qu’il soit réel, surtout dans le contexte d’une intervention militaire et d’une annexion.

Le Donbass constitue ainsi un exemple majeur de conflit où la fragmentation identitaire faisant suite à des décisions de restriction culturelle notamment linguistique, un passé historique récent qui a définit des frontières nouvelles à la fin de l’URSS, ainsi que les rivalités géopolitiques contemporaines puis l’absence de mise en œuvre d’accords politiques ont conduit à la rupture de fait du cadre juridique international.

Michel T.

ANNEXE – Déclaration en 2014 de Petro Poroshenko, 1er président élu après le «Maïdan».

«Nous aurons du travail et eux, non. Nous aurons les retraites et eux, non. Nous aurons des avantages pour les retraités et les enfants et eux, non ! Nos enfants iront à l’école et à la garderie, leurs enfants resteront dans les caves ! Parce qu’ils ne savent rien faire. Et c’est comme ça, précisément comme ça, que nous gagnerons cette guerre !»

source : Stratpol

https://reseauinternational.net/la-problematique-du-donbass-ukrainien/