jeudi 11 avril 2024

L’Europe d’une guerre à l’autre (XVII-3) – Grande-Bretagne – l’amant maudit d’Adolf Hitler

 

Cette série de trois articles est centrée sur les relations plus qu’ambiguës entre Hitler et la Grande-Bretagne. Tandis qu’il faisait tout pour éviter la guerre avec l’Angleterre, celle-ci faisait son possible pour le pousser dans ses derniers retranchements, comme pour l’obliger à accomplir une sorte de “contrat” antérieur, l’invasion de la Russie. Pour ce faire, des dizaines de milliers d’Allemands vont mourir, des villes seront dévastées par l’aviation anglaise. Londres n’hésitera pas bombarder son allié français et à sacrifier des vies anglaises pour arriver à ses fins. Qu’on se le dise, une bonne fois pour toutes, si une situation similaire se reproduisait, ils n’hésiteraient pas une seconde à refaire la même chose, assurés qu’ils sont de pouvoir écrire l’Histoire comme ils l’entendent, en éliminant s’il le fallait , les témoins gênants, même 46 ans après comme Rudolf Hess. RI

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Par Nikolay STARIKOV

Partie I

Partie II

Durant cette période la Grande-Bretagne n’a jamais accepté d’accord de paix. Elle a assidûment continué son pilonnage des villes allemandes. Elle montrait sa détermination à combattre jusqu’au bout. Le Royaume-Uni pouvait être combattu, et même défait, mais après avoir examiné ses différentes options, Adolf Hitler se posa deux questions. Que lui coûterait cette victoire ? Et le plus important – quel était l’intérêt ?

Et puis le 10 mai 1941, le plus proche allié de Hitler, Rudolf Hess, s’envola pour le Royaume-Uni de son propre chef.[1] C’était une tentative désespérée de faire la paix avec l’Angleterre. Bien qu’à proprement parler, l’objectif de Hess n’était en fait pas un secret : “Il (Hess) connaissait et comprenait les pensées intimes de Hitler – sa haine de la Russie Soviétique, son désir de détruire le Bolchevisme, son admiration pour la Grande-Bretagne et son honnête souhait d’entretenir une relation amicale avec l’Empire britannique…” [2]

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Il restait un peu plus d’un mois avant l’attaque prévue contre l’URSS. Hitler devait décider si oui ou non il devait lancer l’Opération Barbarossa. Les plans pour cette invasion n’étaient pas encore gravés dans le marbre. La décision d’attaquer l’Union Soviétique n’avait pas encore été finalisée lorsque Hess se préparait à son voyage. Hitler n’aurait jamais fait la guerre sur deux fronts. Alors pourquoi est-ce exactement ce qu’il s’est passé ? Parce que lorsqu’il lança l’offensive contre l’URSS, il était convaincu qu’il n’y aurait pas de second front et qu’il n’y en aurait jamais ! C’est ce qu’il était ressorti du voyage de Hess.

Il est important de comprendre que le grand secret derrière la mystérieuse expédition vers l’Angleterre de l’adjoint de Hitler n’a rien à voir avec l’offre de celui-ci, mais plutôt avec la réponse que les Britanniques lui ont donnée !

Les Anglais garantirent leur neutralité en ce qui concerne la future guerre de Hitler avec l’URSS. Et ils promirent d’accepter l’offre de paix allemande une fois que la Russie aurait été vaincue.

« Le fameux Hess a en réalité été envoyé en Angleterre par les nazis dans le but de persuader les politiciens britanniques de rejoindre leur croisade contre l’Union Soviétique. Mais les Allemands firent une sérieuse erreur de calcul. Malgré les efforts de Hess, la Grande-Bretagne et les USA étaient au contraire, dans le même camp que l’URSS contre l’Allemagne nazie » expliqua Staline depuis sa capitale assiégée de Moscou.

Lorsque Hitler décidait d’attaquer l’Union Soviétique, cela signifiait que l’Angleterre le soutenait dans cette campagne. C’est la seule explication. La Grande-Bretagne dressa méthodiquement l’Allemagne nazie contre la Russie, et finalement les Anglais parvinrent à forcer le Führer à attaquer l’URSS. Hitler a été dupé par sa propre admiration pour l’Angleterre. Le chef allemand s’est comporté stupidement parce que les Anglais lui avaient promis qu’ils resteraient neutres. Les raids aériens allemands faisant rage au-dessus de la Grande-Bretagne se terminèrent soudainement juste après la visite de Hess, pour reprendre seulement en janvier 1943.

En mai 1941, Rudolf Hess apporta une offre de paix du Führer aux Anglais.  Les Britanniques autorisèrent l'attaque de Hitler sur la Russie et promirent leur assistance, mais ils l'eurent doublé avant le 22 juin 1941.
En mai 1941, Rudolf Hess apporta une offre de paix du Führer aux Anglais. Les Britanniques autorisèrent l’attaque de Hitler sur la Russie et promirent leur assistance, mais ils l’eurent doublé avant le 22 juin 1941.

Le 17 août 1987, Rudolf Hess, le dernier survivant des leaders du Troisième Reich, fut retrouvé pendu à la prison de Spandau à l’âge de 93 ans. Il y était détenu depuis 46 ans. Tous les autres qui furent condamnés à la prison en même temps que lui lors du procès de Nuremberg avaient déjà été relâchés. Après 1966 il devint le seul et dernier détenu de la prison de Spandau. Le diplomate Konstantin von Neurath, condamné à 15 ans de prison, y resta huit ans avant d’être libéré, officiellement pour des raisons de santé. L’amiral Karl Dönitz et le chef de la jeunesse hitlérienne, Baldur von Schirach, ont été également libérés, après dix et vingt ans respectivement. Mais l’incarcération de Rudolf Hess ne se terminait pas.

Pourquoi ? Le lecteur dira que c’est parce qu’il a été condamné à la prison à vie. Mais… ce n’est pas tout à fait exact. L’amiral Raeder avait été condamné à la même sentence et fut libéré après seulement dix ans, Walter Funk, le Ministre des Affaires économiques du Reich, fut libéré après 12 ans. Ils furent libérés parce qu’ils ne possédaient pas le terrible secret de Hess. Le fait que lui seul savait quelles promesses les Anglais avaient faites à Hitler et pourquoi le Führer les avait crues…

Les circonstances entourant sa mort sont des plus mystérieuses. Les examens du corps de Hess ont montré qu’il avait été étranglé et que son suicide avait été mis en scène. Mais qui aurait pu commettre un acte si odieux ? Le fils de Hess, Wolf Rüdiger, n’a jamais douté du fait que son père avait été assassiné par les Anglais. Le terrible secret de la diplomatie britannique, qui avait incité Hitler a attaquer l’Union Soviétique, ne pourrait jamais être révélé. Et la cause involontaire de sa mort était… le chef soviétique Mikhail Gorbachev. Le fait est que des gens à l’Ouest réclamaient depuis longtemps la libération de Hess. Mais l’URSS avait toujours été la plus fervente opposante à sa libération, convaincue depuis longtemps que les nazis n’avaient pas leur place dans le monde extérieur. Mais avec la perestroïka qui battait son plein, Gorbachev dit à ses amis occidentaux qu’il était disposé à faire un geste de bonne volonté en laissant sortir Hess. Ainsi il signa l’arrêt de mort de ce dernier. Les Britanniques devaient agir rapidement pour réduire au silence ce témoin indésirable.

Tous les indices matériels des causes de la mort de Rudolf Hess : la maison d’été, le cordon électrique, les meubles, et même la prison de Spandau elle-même – furent détruits juste après sa mort. Les dossiers contenant les documents sur le cas de Hess ont été classifiés par le gouvernement britannique jusqu’en 2017. Apprendrons-nous jamais la vérité au sujet des négociations de la Grande-Bretagne avec Hess en mai 1941 ? Seul l’avenir le dira.

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… Quand Hitler attaqua l’Union Soviétique, il fut cruellement dupé par les Anglais dès le premier jour. Le soir du 22 juin, Churchill, s’exprimant sur la BBC, promit : «  Nous sommes déterminés à détruire Hitler et tous les vestiges du régime nazi… Ainsi, nous fournirons à la Russie et au peuple russe toute l’aide que nous pourrons.  »[3] Mais il est intéressant de noter que l’Union Soviétique n’a jamais reçu d’aide du Royaume-Uni ou des USA lorsqu’elle en avait vraiment besoin ou en tout cas pas dans les quantités nécessaires (pour plus de détails, lisez : Prêt-bail de la 2ème Guerre Mondiale : l’aide américaine a-t-elle été vraiment si utile ?. Les Anglais prêtaient une attention toute particulière aux batailles cruciales qui se déroulaient sur le front oriental, attendant la défaite de l’URSS et l’opportunité de porter le coup de grâce aux troupes épuisées de Hitler. C’est seulement quand il est devenu clair en 1944 que l’Union Soviétique repoussait à elle seule l’Allemagne nazie, que Washington et Londres décidèrent d’ouvrir un second front afin de pouvoir s’adjuger une partie de la victoire.

En attendant, l’histoire de l’arrivée de Hitler au pouvoir, les raisons du “miracle” économique qui s’ensuivit en Allemagne avec le chef nazi à sa barre, son amour pour le Royaume-Uni, et sa sympathie pour la façon qu’ont les Anglais de contrôler les nations subjuguées, tout ceci pointe clairement vers le véritable coupable de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce coupable qui mérite de partager les lauriers de la honte décernés au meurtrier de millions de personnes, avec le Troisième Reich, qui fut si minutieusement et si rapidement érigé des cendres allemandes de la Première Guerre Mondiale.

Staline et Churchill
Staline et Churchill

Notes :

[1] Le timing du vol de Hess fut minutieusement choisi. Selon les plans établis par l’état-major allemand, les préparations pour l’Opération Barbarossa devaient être terminées pour le 15 mai 1941.
[2] Winston Churchill. The Grand Alliance. Pg. 44.
[3] Christopher Catherwood. His finest hour. Pg. 154.

Nikolay STARIKOV

Traduit par Corentin Dumas pour Réseau International

http://orientalreview.org/2015/06/13/episode-17-britain-adolf-hitlers-star-crossed-love-iii/

https://reseauinternational.net/leurope-dune-guerre-a-lautre-xvii-3-grande-bretagne-lamant-maudit-dadolf-hitler/

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