mardi 26 septembre 2023

Entretien avec Robert Steuckers sur l'Europe, le néo-nationalisme, l'immigration, etc. 3/6

 

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La Turquie et le Maroc dans la CEE ?

Quant aux candidatures de la Turquie et du Maroc, nous serions de ceux qui les rejettent. Pourquoi ? Parce qu'une fois de plus, ce serait les États-Unis qui tireraient le bénéfice de ces adhésions. En effet, même si le marché européen se voyait élargi à plusieurs millions de consommateurs, il se trouverait affaibli par l'entrée des Marocains et des Turcs, dont l'instrument industriel est faible et les capacités d'innovation technologique insignifiantes. Résultat : nous aurions une Europe asthénique, flasque et obèse, dont la cellulite serait les millions d'assistés turcs et marocains, peu à même de fournir des innovations dans les domaines de l'informatique et de la bio-technologie. L'Europe du Nord devrait alors mobiliser des capitaux énormes pour soutenir ces pays, alors qu'elle devrait prioritairement investir à fond dans ses secteurs de pointe, sous peine de les affaiblir du même coup au profit de leurs concurrents américains. Et cet affaiblissement irait de paire avec un accroissement dramatique du chômage.

Au lieu de cette Europe débile et obèse, il nous faut une Europe svelte et forte. Les capitaux du Nord doivent en priorité être investis dans le Nord, où ingénieurs et techniciens recevront des subsides pour la recherche et les applications pratiques et où les usines accueilleront une main-d'œuvre qualifiée, formée dans de bonnes écoles. Cet auto-centrage des capitaux permettra par la suite d'investir dans le Sud, sans que ne soient provoqués des dysfonctionnements sociaux à cause d'une émigration/immigration désordonnée et irréfléchie. Géostratégiquement, en effet, l'Europe n'a pas intérêt à ce que le Maroc et la Turquie tombent dans la sphère d'influence américaine.

Notre tâche est donc la suivante : faire de la Turquie et du Maroc des alliés, de façon à tenir les positions stratégiques capitales que sont le Bosphore et Tanger et à contrôler la côte atlantique du Maroc, de façon à prévenir toute réédition du débarquement américain de novembre 1942 en Afrique du Nord. Ce débarquement avait marqué le début de la fin pour l'Europe unifiée de force, sous la double férule du nazisme et du fascisme. Pour les Américains, peu importe l'idéologie : une Europe démocrate-chrétienne, une Europe autarcique d'inspiration libérale ou socialiste sera toujours “fasciste” ; elle sera toujours l'ennemi n°1 à abattre. Si, demain, une Europe démocratique pratique sans heurts les principes sacrés du protectionnisme à l'échelle continentale, les Américains tenteront par tous les moyens de prendre pied en Afrique du Nord de façon à menacer notre flanc sud, le plus faible et le moins susceptible de riposter de manière foudroyante et définitive.

Le Maroc et la Turquie doivent être des alliés militaires de l'Europe

Cette nécessité d'avoir le Maroc et la Turquie comme alliés militaires ne doit pas signifier, pour ces 2 pays musulmans, une adhésion à la CEE, avec ce que cela implique comme libre circulation des personnes et des capitaux. En effet, l'afflux vers le Nord de populations turques ou marocaines ne fera que renforcer le chômage massif que nous connaissons actuellement et dérèglerait dangereusement les systèmes de sécurité sociale, acquis par les travailleurs de nos peuples depuis le XIXe siècle, au prix de luttes quotidiennes. Les dérèglements en matière de sécurité sociale, une fois de plus, empêcheront une concentration des capitaux dans les secteurs de pointe, ce qui serait une victoire de l'Amérique.

Je sais par expérience qu'il y a suffisamment de voix au Maroc et en Turquie qui sont prêtes à se joindre aux nôtres dans l'optique que je viens d'évoquer. Le paysannat turc, par ex., ne souhaite pas subir la concurrence de l'agriculture espagnole et vice-versa. Les panarabistes marocains, eux, souhaitent privilégier leurs relations avec les autres États du Maghreb (l'idée du “Grand Maghreb”) et avec la Libye. Les authentiques patriotes turcs souhaitent voir leur pays devenir membre d'une sphère de co-prospérité recouvrant plus ou moins le territoire de l'ancien Empire ottoman et ne pas être un jouet aux mains des technocrates du FMI. Hassan II avait demandé à ses compatriotes de s'abstenir de voter lors de récentes élections aux Pays-Bas… Un bloc européen flanqué d'un bloc maghrébin, unis au sein d'une alliance anti-américaine, ouvriraient une nouvelle ère historique : celle de l'indépendance de la Grande Eurasie.

La CEE a intérêt à dialoguer avec l'excellent appareil industriel suédois et avec la Norvège. L'Autriche constitue une plaque tournante au centre de l'Europe, qui nous permettrait d'entrer en relation avec la Hongrie et les Balkans, terres qui nous donneraient une meilleure autarcie en ce qui concerne les denrées alimentaires pour l'homme et le bétail. Les média, curieusement, ne parlent jamais de ces nécessités et mettent l'accent sur le passé de Waldheim. Toute l'affaire Waldheim nous apparaît dès lors comme une entreprise de désinformation américaine, visant à éviter l'élargissement de l'Europe en direction du bassin danubien.

En résumé, les candidatures du Maroc et de la Turquie visent à affaiblir l'Europe industrielle et à faire de notre continent un continent agraire, comme le Plan Morgenthau voulait, pendant la guerre et dans les premiers mois qui ont suivi la cessation des hostilités en Europe, faire de l'Allemagne aux abois puis vaincue un pays exclusivement agricole et idyllique. Il faut dès lors vaincre les blocages mentaux que crée artificiellement l'affaire Waldheim et amorcer un processus d'élargissement de notre continent vers l'Est et le Nord.

• 4. Que pensez-vous de l'immigration non européenne ?

D'abord, je dirai que, par principe, tout phénomène d'émigration/immigration est pervers. Toute immigration dans n'importe quelle zone donnée constitue, sur le plan socio-économique, un mauvais expédiant. L'Italie et l'Espagne connaissent des problèmes à cause de leurs flux migratoires internes sud-nord. La France XIXe siècle a connu un afflux vers les villes (surtout Paris), dépeuplant du même coup les campagnes et affaiblissant l'agriculture. La Belgique a connu, elle, un exode massif de ruraux flamands, affamés par une maladie de la pomme de terre, en direction des mines de Wallonie. Dans tous ces cas, même à l'échelle d'un seul pays, les populations déménagées ont subi le choc psychologique du déracinement et de l'aliénation. Ce choc a contribué à créer de la violence et des désordres. Le processus s'est renouvelé avec les Italiens, puis avec les Nord-Africains.

Le libéralisme économique suscite des aliénations deshumanisantes, parmi lesquelles il y a l'immigration

 

Le responsable de cet état de chose, c'est le libéralisme, idéologie mécaniciste qui ne tient pas compte de la symbiose qui lie l'homme à sa terre, à son humus primordial, qui l'imbrique dans un cocon culturel qui le materne, le police et lui communique un équilibre psychologique. Pour le libéralisme manchestérien, l'homme est une unité de travail interchangeable et peu importe si celui qui enfournait une pelletée de charbon dans un haut-fourneau venait du village voisin, des tropiques, de la zone méditerranéenne ou d'une Irlande tragiquement miséreuse. Le libéralisme est donc une idéologie qui aliène, qui a l'aliénation  comme principe et comme résultat. Le marxisme et les socialismes de diverses obédiences avaient, au XIXe siècle, voulu réagir contre toutes les formes d'aliénation, y compris cet esclavagisme scandaleux qui arrachait les hommes à leur terre. La gauche d'aujourd'hui, avocate des melting-pots, est le bouclier braillard de ces aliénations et trahit ipso facto les idéaux les plus purs et les plus sublimes des socialismes du temps héroïque.

L'immigration actuelle, non européenne, provoque une aliénation plus terrible encore que ce qu'avaient connu les Européens jadis. En effet, les paysages et les climats d'où proviennent les nouveaux migrants sont foncièrement différents des nôtres ; les cocons culturels aussi. Qui plus est, les phénotypes raciaux désignent automatiquement le migrant comme un “autre”, comme un “non-inséré”, comme un “superflu” quand le chômage frappe le frère, le mari, l'épouse, la mère de l'autochtone. C'est une tragédie humaine sans précédent dans l'histoire. Honte à ceux qui l'exploitent, les mots doucereux à la bouche, pour faire du fric, pour se positionner au petit écran comme des autorités morales ; ils agissent comme le Pharisien vaniteux de l'Évangile…

La solution à ce désastre, c'est de rompre avec les principes anthropologiques fallacieux du libéralisme. Seule une rupture de ce type permettra une réorientation de l'économie et, par suite, une nouvelle répartition harmonieuse des populations, selon les critères sains de l'amitié entre les peuples. Le Maghreb a besoin de mains pour rentabiliser le Sahara, pour arrêter la progression du désert. Ses enfants doivent cesser d'être des marginaux délinquants en Europe, condamnés à l'enfer du chômage et au désespoir existentiel, pour devenir des pionniers entreprenants dans leurs vilayas. Chaque peuple doit parier sur ses propres forces et ne doit pas exporter ses désordres ou importer arbitrairement de la main-d'œuvre dans la perspective intenable d'une maximisation exponentielle de la production, mirage du libéralisme et du marxisme doctrinaire, qui, lui, est séduit, il est vrai, par la logique arithmétique des théories dites “classiques” du libéralisme.

L'immigration, c'est la pauvreté pour tous

L'immigration non européenne constitue donc un blocage, une inacceptable distorsion due à un néo-esclavagisme d'essence productiviste. Elle entraîne un flot de problèmes connexes et, surtout, une pauvreté généralisée, dont pâtissent autochtones et migrants. Le problème des réfugiés politiques est encore plus aberrant car, si l'immigration apportait, en période de haute conjoncture, un surplus de main-d'œuvre pour une production qui trouvait des débouchés, les réfugiés arrivent en Europe en période de basse conjoncture, où le chômage prend des proportions dramatiques et où les mécanismes d'exportation se sont enrayés. Les accepter, c'est les condamner à la stagnation économique, à la marginalité, voire à la criminalité. Le personnel politique et ses hauts-parleurs du journalisme officiel font ici preuve d'irresponsabilité, tant à l'égard de ceux qu'ils accueillent qu'à l'endroit du peuple, le leur, qu'ils sont censés servir.

L'immigration est, dans notre optique, un néo-esclavagisme car, au lieu d'investir dans des secteurs neufs, le patronat libéral, aveuglé par l'idée de faire des profits plantureux dans des délais très brefs, a choisi d'importer une main-d'œuvre étrangère que, de toute façon, les progrès de l'informatisation et de la robotisation, prévisibles depuis des décennies, condamnaient à l'exclusion sociale. On peut le déplorer mais c'est malheureusement inévitable. Dès que le libéralisme aura fait place à un planisme intelligent, calqué sur les principes que nous avaient suggérés Hans FreyerHenri De Man et Bertrand de Jouvenel dans les années 30, l'aberration inhumaine qu'est l'immigration ne sera plus possible.

À suivre

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