mardi 11 novembre 2008

Esclavagisme et cannibalisme : Mots et maux tabous

Entre les ravages de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans et les incendies des logements insalubres à Paris, les populations noires nous sont désignées comme les victimes expiatoires d'un monde occidental barbare. Pour résumer les propos simplistes des médias : les Blancs martyrisent encore et toujours les Noirs. Mais il y a une autre réalité, taboue celle là : les Noirs martyrisent les Noirs. En Afrique, le cannibalisme et l'esclavagisme se portent très bien.
Ce sont des propos rares, des sujets rarement abordés car les évoquer vous range assurément dans le camp des racistes primaires. La réalité du cannibalisme, comme celle de l'esclavagisme, sont taboues dans le monde occidental. On les trouve évoquées dans la rubrique «fiction» des magazines, à la page des romans, pas dans celle des « faits de société ». Pour l'énoncé des faits, il faut chercher sur Internet, sur afrik.com, par exemple. Ailleurs, sauf exception, on évite prudemment d'aborder la question.
☞ « Il ne faut pas avoir peur de dire les choses »
Le Nouvel Observateur (1/9) s'y est pourtant risqué, dans son dernier numéro, en donnant la parole à une romancière camerounaise. Léonora Miano, qui vit en France depuis quinze ans et y a fait des études de lettres, vient en effet de publier un roman que l'Obs qualifie d'« excellent et terrifiant » où elle traite du cannibalisme. « Je pensais que de telles pratiques avaient disparu, mais à la faveur des conflits les plus récents, comme au Rwanda ou en Ouganda, des traditions très anciennes ont resurgi », dit-elle. Les diverses enquêtes menées ces dernières années l'ont montré, le cannibalisme est fréquent au cours des guerres, lesquelles sont essentiellement d'origine ethnique. « Sinon, en dehors des conflits, le sacrifice humain prend la forme de meurtres rituels commis au nom de croyances religieuses ». Cette magie noire, dit la romancière, « qui vise à la quête du pouvoir ou a l'asservissement des personnes, se pratique en Afrique du Sud, où l'on prélève même des organes sur les enfants vivants : on est persuadé que leur cri atteint les esprits ». C'est aussi en Afrique du Sud qu'on viole et tue en nombre des nourrissons pour se débarrasser sur eux du sida. Ailleurs, on croit « qu'enterrer l'estomac [ou les parties génitales] d'un être humain sous un commerce fait venir le client. De tels sacrifices sont aussi commis par les populations bantoues dans des pays comme le Nigeria, le Kenya, le Liberia... ».
Au journaliste qui lui demande les raisons du silence des médias français sur « ces choses », Léonora Miano répond : « C'est parce que les communautés africaines de France ne commettent pas de tels actes sur le territoire français. En Grande-Bretagne, en revanche, où se regroupe une forte population d'origine nigériane et kenyane, on retrouve parfois des cadavres d' enfants assassinés ».
☞ « Ce retour à l'âge de pierre est comme un suicide »
Sur le fait d'oser nommer ces actes - la barbarie -, L. Miano déclare : « Il ne faut pas avoir peur de dire les choses et surtout, pour vous Occidentaux, de dépasser le complexe lié à la colonisation. Il faut oser dire que les Africains commettent un crime contre l'humanité en tuant leurs enfants. Nous avons tendance, en Afrique, à désigner l'Occident comme le grand coupable de tous nos maux. Or l'Afrique est peut-être armée par l'Occident mais, que je sache, jamais un occidental n'a dit à un Africain de découper ses enfants en morceaux ni à un dictateur de massacrer son peuple ». Ce retour à l'âge de pierre, dit-elle, « est comme un suicide », et « c'est aux Africains de le dire ».
On a beaucoup parlé du Niger, ces dernières semaines. Ce pays, qui cumule les records (c'est l'un des plus pauvres de la planète, les femmes y détiennent le record mondial de fécondité) est en proie à la famine. Mais si le magazine National Geographic de septembre y consacre dix pages, ce n'est pas pour cette raison. C'est pour une autre, encore plus funeste : depuis mai 2004, le Niger « est devenu le seul pays d'Afrique de l'Ouest-francophone à s'être doté d'une loi criminalisant spécifiquement l'esclavage et prévoyant des amendes dissuasives ». De là à appliquer la loi et réduire à néant une pratique multiséculaire, il y a sans doute des distances intersidérales à franchir...
☞ Mauritanie, Bénin, Togo, Mali, Burkina Faso et surtout Niger... C'est le grand marché aux esclaves
En fait, « aucun chiffre officiel sur l'esclavage n'émane de l'Etat » nigérien et l'on ne peut que demeurer perplexe devant les propos tenus en mars dernier par le président de la Commission nationale des droits de l'homme, qui déclarait : « Toute tentative de libération officielle d'esclaves s'avère illégale et inacceptable dans notre pays (...) tous ceux qui le feront subiront la rigueur de la loi ». Et quinze jours plus tard : « L'esclavagisme est une réalité qu'il faut absolument combattre ». Un esclavagisme qui fait bon ménage avec la loi islamique. Ainsi, la tradition « permet à un homme marié à quatre femmes de prendre en cinquième noce une esclave sexuelle ». Ces femmes sont la risée des épouses libres, qu'elles servent. Pire : « les servantes d'un chef sont offertes à ses filles en cadeau de mariage. C'est une chaîne ». Une chaîne qu'on ne peut briser, notamment parce que les enfants de ces femmes, réduites au rôle de ventre servile, « n'ont pas d'acte de naissance ». De plus, aucun homme libre ne veut épouser une esclave, sachant que, « le jour où ils auront des enfants, le maître de leur femme pourra les revendiquer comme ses biens ».
lis seraient ainsi plusieurs centaines de milliers d'esclaves, circulant de main en main et plus souvent de lit en lit, servantes ou travailleurs des champs, achetés et revendus sur les marchés pour quelques centaines d'euros. C'est principalement en Afrique de l'Ouest - Bénin, Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Guinée et Tchad pour les pays francophones que persistent ce que les locaux appellent pudiquement des « activités traditionnelles ». Des pays où, on l'a vu, sévit également cette autre tradition qu'est le cannibalisme. Et l'on peut penser que ce sont plus souvent les enfants d'esclaves qui se retrouvent au fond de la gamelle ou dépecés chez le fabricant de grigris.
Comme dit Léonora Miano, jamais l'Occident n'a demandé aux Africains de se livrer à cela.
✍ TOPOLINE National Hebdo du 8 au 14 septembre 2005

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