Un de nos lecteurs nous a fait parvenir cette excellente vidéo de 10 minutes, évoquant l’histoire des Barbaresques, et expliquant comment, pendant trois siècles, ces attaques ont marqué la Corse, et notamment le fait que de nombreux villages ont été construits dans les montagnes, et pas en bord de mer.
Les Barbaresques ont duré trois siècles, et n’ont pris fin qu’en 1830, quand Charles X a envoyé l’armée française prendre Alger et en chasser les Turcs qui occupaient le pays et menaient ces attaques qui ont fait plus d’un million de prisonniers européens, devenus esclaves pour les hommes, les femmes étant livrées dans les bordels et les harems.
Parmi les plus célèbres prisonniers, Cervantès, auteur de Don Quichotte, et Saint-Vincent de Paul. Et pourtant, dans nos écoles, cette histoire pourtant capitale pour notre pays et notamment pour le Sud de la France n’a jamais été enseignée. Christine Tasin avait montré, dans un article remarquable, que la victoire de Poitiers faisait partie des programmes scolaires, de tous temps, et qu’elle a été à présent totalement édulcorée afin de ne pas heurter les jeunes arabo-musulmans, de plus en plus nombreux dans nos écoles.
La grande Bat Ye’Or nous a expliqué qu’Eurabia, en 1973, impliquait de valoriser la culture arabo-musulmane et d’expliquer que l’islam avait toujours fait partie de l’histoire de l’Europe, alors que son seul apport ont été les guerres perdues de Poitiers en 732, de Lépante en 1571 et surtout de Vienne en 1683. Trois dates qui sont occultées des programmes scolaires, et on n’explique pas à nos élèves les enjeux civilisationnels de ces trois victoires.
C’est la même chose pour les Barbaresques, car enseigner aux élèves français ces trois dates serait tordre le cou à toute la culture de culpabilisation et de repentance qu’on inflige à notre pays et à nos enfants dans les programmes de l’Éducation nationale – que nous appelons Éduc Naze – depuis que les gauchistes ont pris le contrôle de l’école.
Enseigner les Barbaresques à l’école, faire des émissions historiques dans les médias officiels remettrait les pendules à l’heure, expliquerait l’histoire du colonialisme avec un autre regard que celui imposé par les Macron, Mélenchon et Stora, et réhabiliterait l’histoire de notre pays, montrant notamment sur l’esclavage une autre réalité que celle imposée par le narratif gauchiste habituel.
Mais il est vrai que la loi du nombre compte et que, dans de nombreuses écoles, les enseignants préfèrent ne plus enseigner la Shoah, pour ne pas provoquer d’incidents et de propos ouvertement racistes et antisémites, voire négationnistes, de la part des élèves musulmans. On peut donc penser qu’évoquer l’histoire des Barbaresques, voire enseigner aux élèves l’histoire des crimes et des razzias musulmanes vaudrait à nombre d’enseignants quelques soucis, menaces, voies de fait, voire pire…
Et pourtant, il faut que des millions de nos compatriotes voient et revoient ce film de Charly Cassan, de 2013, « La Valise ou le Cercueil » qui tord le bras aux mensonges historiques des collabos de gauche et des soumis de droite.
Conclusion : la France ne redeviendra la France que lorsqu’elle sera désislamisée, et elle ne sera désislamisée que lorsqu’elle aura procédé à une remigration massive.
Dans la droite ligne des méthodes d’influence qu’affectionne l’ADEME, son directeur adjoint, Éric Vidalenc, a commis récemment sur son compte LinkedIn un raccourci qui n’a pas manqué de faire réagir les observateurs sérieux.
Souhaitant moquer les spécialistes de l’énergie ayant fait le constat de l’échec pourtant patent des choix stratégiques allemands, et principalement la sortie du nucléaire voulue par Angela Merkel et le pari du renouvelable (surtout éolien), Éric Vidalenc a d’abord rappelé qu’en 35 ans, « les renouvelables électriques sont passées de quelque 3 % à plus de 60 % ». Jusque-là, les statistiques confirment. Mais sur sa lancée, le directeur adjoint de l’ADEME en conclut que « cela a permis de baisser sur la même période les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l'énergie de 60 % ».
Or, si les émissions carbonées du secteur de l'énergie ont en effet été réduites de 60 % sur ces trois décennies et demie, la tournure du propos laisse penser que le développement de l’éolien en est le seul responsable. C’est là, au mieux, ce que l’on appelle un raccourci.
Le charbon, grand oublié
C’est omettre notamment que cette réduction des émissions de gaz carbonique (ce que l’on appelle l’intensité carbone) dans la production allemande d’électricité est due, pour une bonne part, à la diminution de la part du charbon dans le mix énergétique, le charbon étant très fortement émetteur de carbone. L’intensité carbone du charbon est en effet de 1.130 g par kWh d’électricité produite, quand elle est de 35 g pour le solaire, 13 g pour l’éolien, 11 g pour l’hydroélectrique et 5 g seulement pour le nucléaire. Cette donnée, qui n’intéresse visiblement pas Éric Vidalenc, est pourtant aisément vérifiable sur le site electricitymaps, dont les historiques remontent à 2017. Il nous apprend que la part du charbon dans la production électrique était alors de 36,93 % et qu’elle est tombée à 19,07 % en 2025. Rappelons, d’ailleurs, que cette part était déjà tombée à 23,34 % en 2023, année de l’arrêt du programme nucléaire allemand. Ce qui signifie que l’éolien n’a fait que continuer une politique d’abandon du charbon qu’avait entamée depuis longtemps et avec succès le nucléaire.
Éric Vidalenc omet aussi de préciser que la France (avec son nucléaire) n'est pas non plus pour rien dans les chiffres qu'il rapporte. L'Allemagne nous achète en effet de l'électricité (nous sommes son second fournisseur), dont la production (et, donc, la trace carbone) n'entre pas dans ses statistiques d'intensité carbone.
Il oublie, enfin, de rappeler que l'Allemagne est si contente de son « modèle renouvelable » qu'elle vient d'en couper les aides...
L’Allemagne, dernière de la classe carbone
Mais si le propos d’Éric Vidalenc a pu être jugé lunaire par les observateurs connaissant la réalité de la situation énergétique allemande, c’est qu’il donne la dérangeante impression de faire l’éloge d’un modèle germanique (du fait de son choix du tout renouvelable) qui ne mérite pourtant pas tant de louanges. Lorsque l’on prend en compte dans les calculs la totalité du cycle de vie des équipements, on constate que l’intensité carbone globale de la production d’électricité allemande atteint 342 g par kWh produit (gCO₂eq/kWh), contre 32 g en France. La production électrique d’outre-Rhin est donc plus de dix fois plus émettrice de gaz carbonique que la nôtre. Si l’objectif du directeur de l’ADEME était de vanter le choix allemand du tout renouvelable, c’est pour le moins manqué.
Cette publication, à la limite de la malhonnêteté par la façon dont elle présente les choses, est cependant cohérente avec la « méthode ADEME », largement éprouvée, et qui nous vaut des perles qui seraient comiques si tout cela ne relevait pas au final de la pure propagande écologiste punitive, comme en témoigne, entre autres, la tristement célèbre campagne « Plante ton slip », aussi ridicule que coûteuse pour le contribuable. Cette gabegie avait d’ailleurs fait l’objet, en mars dernier, d’une question écrite du député RN de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, qui demandait un chiffrage de ces campagnes à répétition, que le gouvernement s’est soigneusement gardé de faire dans sa réponse.
Il est vrai qu’en regard du milliard d’euros que pèse l’ADEME dans les impôts des Français, la surprenante germanophilie de son directeur adjoint semble bien négligeable.
Seuls le Canada et l’Europe traînent les pieds à entrer dans le nouvel âge DU politique et des nations,débuté lors de la crise planétaire de la covid de 2019 avec la réaffirmation des frontières. Il n’a pasencore de nom mais chacun a conscience de sa réalité depuis la guerre d’Ukraine de 2022 et celled’Iran de 2026. Et pour la France métropolitaine et d’outre–mer, qu’en est-il ? En dépit d’un longmoment d’isolement, le nationalisme s’y s’impose à bas bruit, en réaction à la crise du régimerépublicain. Et parce qu’il est évident que le changement de président en 2027 ne réglera rien, il fautenvisager une contre-révolution nationaliste qui d’abord change de régime politique.
Ce nouveau régime devra être nationaliste intégral, c’est-à-dire royaliste. Seul, il pourra donner lesmoyens permettant au pays réel de revivifier notre civilisation à substrat culturel catholique. Ceprocessus « méta-politique » sera la contre-révolution civilisationnelle.
C’est là un raisonnement majeur de l’école d’Action française : avant de revivifier notre civilisation, ilfaut employer le « politique d’abord », parce qu’en France la politique a été le moyen employéd’abord par ceux qui ruinent la religion catholique comme socle culturel de la France. Logiquement, il existe peut-être une meilleure tactique mais,pratiquement, il faut combattre l’ennemi sur le terrainoù il se trouve. Pour autant, il ne faut pas réduire le politique à l’institutionnel car cela donnerait à lasolution monarchique l’apparence d’un mythe eschatologique. L’appel au Prince deviendrait alorsparesse intellectuelle comme chez les blancs d’Espagne et les royalistes de gauche.
Tout est possible car les mentalités évoluent vite. Merci Stéphane Bern et Jean Sévillia. Le peuplefrançais comprend de plus en plus la mémoire collective, les traditions, l’identité nationale, laconscience d’appartenir à un groupe inscrit dans l’histoire. N’ayons pas peur du mot nationalismemême si l’extrême-centre manipule le vocabulaire. Il ne dit pas assassin mais antifa. Il ne dit pasfascisme mais populisme. Il ne dit pas antidémocratisme mais illibéralisme. Alors appelons un chat unchat et affirmons : nationaliste et pourquoi pas ?
Le nationalisme français se développera par sa capacité d’affirmation de valeurs positives. Il ne seraincisif que lorsqu’il aura retrouvé sa solide architecture doctrinale : la seule définition possible de lanation consiste à la concevoir comme un fait d’histoire, le résultat d’une politique fédérative ayantgénéré notre unité de destin. L’unité française n’a été qu’un aboutissement, la récompense d’untravail patient dont la monarchie capétienne a été l’artisan fédérateur. Cette fédération a permisl’unité dans la diversité. La France est un agrégat d’éléments hétérogènes caractérisé par unsubstrat chrétien commun ; le tout étant plus que la somme des parties. C’est ce tout que certainsveulent diluer dans l’Europe. N’ayons pas peur des mots, ils sont aussi un parti de l’étranger mais maquillé en pseudo-nationalisme européen.
Le problème du respect des particularismes locaux, des petites patries, des cultures et des libertésprovinciales vient de la confusion entre l’État et la nation. Le fédérateur externe, l’arbitre reliant lescorps et groupes n’existant plus à partir de la Révolution de 1789, l’État ne devant faire qu’Un avec lepeuple, l’unité républicaine requiert nécessairement l’uniformité. Le processus d’identification démocratique du peuple et de l’État lamine le pluralisme social. Voilà pourquoi notre refus del’homogénéisation et notre respect des autonomies régionales, des différentes communautés organique a pour corollaire notre Combat antidémocratique, mais démophile, en faveur de lamonarchie fédérative.
De mes vieux souvenirs de collégien, les régions françaises n’intéressent l’Éducation nationale que pour leur géographie et leur développement économique, et si vous voulez en connaître un peu leur culture, il faut attendre les toutes dernières années du lycée pour s’en approcher superficiellement par le mince biais de cours optionnels de provençal pour notre région, que beaucoup d’écoliers ne considèrent que par intérêt pour gagner quelques points supplémentaires dans la course à la moyenne au baccalauréat. Comment pourrait-il en être autrement quand un siècle entier a écrasé par l’uniformisation toutes les cultures qui enrichissaient autrefois la France diverse.
Une région ça se vit ! Ce n’est pas qu’un argument commercial pour attirer les touristes sur nos plages et les ingénieurs étrangers dans nos entreprises de haute technologie. Il est inconcevable de dire qu’une région française n’est que ceci ou que cela. Notre Provence est à la fois cigale et fourmi, paysanne et maritime – Frédéric Mistral était un pur terrien quand son héros Calendal, ce chevalier méridional, était un pêcheur d’anchois – mais aussi artiste et maraîchère et encore beaucoup d’autres choses. En Provence, vous pouvez être marin, guide touristique, scientifique, éleveur de chèvres, vivre plan-plan ou à toute allure sur le circuit Paul Ricard.
La Provence a tout d’une grande. Sauf la mémoire qui, elle… flanche. Elle a un peu tendance à oublier son plus beau trésor : sa langue ! C’est vrai, un Français du nord ne comprendra pas forcément tout ce que pourra lui raconter un Marseillais sur le Vieux-Port car la langue provençale a bien modifié la langue nationale en l’adaptant localement dans ses tournures et en y intégrant un moulon (tiens ! mon correcteur d’orthographe le souligne en rouge, je ne comprends pas pourquoi, c’est quand même un mot courant !) de mots du midi. Mais cette spontanéité à miter le langage national par le parler provençal est une facilité paresseuse, comme le folklore bien distrayant nous soulage de l’effort de vivre quotidiennement nos us et coutumes. Parce que de nos jours si le provençal est riche de son histoire et de son aisance à inventer des mots grâce à sa souplesse, comment traduire en français « cambaru » qui attribut de longues jambes à tout être vivant ou bien « meireja » qui signifie aimer et assister sa mère, sa pratique devient dérisoire. Dérisoire en nombre de locuteurs mais aussi dans le second sens de ce mot, ridicule pour beaucoup de Provençaux. Pourquoi apprendre une langue régionale moribonde quand on peut se faire comprendre dans le monde entier en anglais. Voilà notre fainéantise. Pourquoi une personne bien faite ne parlerait-elle pas le provençal, le français et l’anglais ? Ces pauvres individus ont perdu leur âme humaine, comment ne pas ressentir le bonheur d’être d’ici en savourant la musicalité du provençal qui, en étant un peu chauvin, est du français en plus beau ! Faut-il rappeler que le provençal est la langue par excellence de la poésie, des troubadours qui ont fait rayonner la culture de notre région dans toute l’Europe et à travers les siècles, ou encore que ce sont les Félibres du XIXe siècle qui ont valu un prix Nobel à la France grâce à l’œuvre typiquement provençale « Mirèio » de Frédéric Mistral et ses dizaines de traductions à partir du provençal dans le monde entier jusqu’au Japon ?
Quoi que fassent nos régions amies françaises, je crois que « l’empire du soleil », comme Mistral appelait la Provence, a quelque chose en plus. Un exemple très rapide ? Pourquoi les Parisiens si fiers de leurs terrasses de café, se jettent-ils sur les nôtres quand ils arrivent chez nous ? Je pense que notre douceur de vivre leur fait du bien ! Eh bien, c’est ça la langue provençale, c’est une charmante musique qui donne envie de profiter de la vie. Et pourtant cela ne doit pas nous endormir, il faut maintenir l’estrambord, ce débordement de vie provençal, l’allant qui vous pousse à gravir les montagnes. Le trésor du Félibrige doit être pris à pleine brassée pour qu’il s’épanouisse pour des siècles et des siècles. Il en est déjà à plus d’un millénaire !
Et même si certains se sentent des bouffées indépendantistes et rancunières envers l’intrusion des gens du nord et de « leur » langue, ils font fausse route, la France n’est pas contre nos cultures régionales. Ils n’ont pas compris que la France et la République ne sont pas interchangeables.
Dans notre inconscient, reste la croisade contre les Albigeois lors de laquelle les ambitions personnelles et politiques se sont conjuguées aux buts religieux, mais le contexte d’une féodalité explique bien des attitudes et des intérêts. Des seigneurs méridionaux ont combattu aux côtés des seigneurs du nord. Il faut aller au fond des choses avant de s’aventurer dans l’histoire. Événements malheureux et regrettables, mais c’est la loi d’une époque. L’esprit de la royauté française a toujours été de rassembler l’aire française pour en constituer un pays naturel et fier.
Et c’est bien à l’esprit de la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts qu’il faut se référer et non aux sous-entendus anachroniques pour comprendre que François Ier a souhaité rendre la justice en français dans son royaume pour que tous ses sujets puissent en bénéficier, car le latin n’était plus que l’apanage d’une élite. En aucun cas son intention était d’arraser toute culture régionale. Une preuve ? En Provence vers 1789, soit 250 ans après ledit édit, les locuteurs du provençal étaient environ 80 à 90% de la population et les francophones réels (capables de parler le français) autour de 5 à 10%. La monarchie n’était pas une machine à broyer les identités, la langue française devait servir le bien commun, être une lingua franca pour unir le royaume et non l’uniformiser.
En revanche, il n’en va pas de même avec le couple féroce Révolution-République. En 1790, un simple discours regrettant la destruction des provinces françaises décrétée avec orgueil par des têtes uniformisantes, a valu à Jean-Joseph Pascalis, membre du parlement de Provence, d’être pendu devant chez lui par les sbires des syndics révolutionnaires, après une chasse à l’homme, et sa tête détachée, promenée dans les rues aixoises. Consternant… La Provence résistait encore dans son quotidien aux aléas politiques du si mouvementé XIXe siècle où la France se cherchait avant de se perdre dans l’instauration funeste de la République en 1870. L’École de Jules Ferry a éradiqué toute identité régionale, un seul individu français devait en sortir formaté afin de pouvoir être manipulé par l’État central. Et toutes les républiques sont en cause, la Constitution de la Ve annonce dès son deuxième article que le français est sa seule et unique langue, ce marteau d’airain qui se dresse contre toute velléité de restauration de nos richesses langagières françaises. Et comme je le signalais plus haut, les républicains les plus motivés de chez nous, et pourtant jouant de démagogie régionaliste, n’hésitent pas à débaptiser autoritairement le nom de notre Provence pour devenir le « Sud ». Le sud de quoi, de qui ? Il me semble que le Roussillon et la Corse sont bien plus au sud de l’administration centrale que nous. Lamentables et surtout incultes !
Et pourtant… le provençal se marie si bien au français, ces deux sœurs jumelles s’enrichissant l’une l’autre. En ce siècle se vautrant dans le globish misérable, les sœurs latines doivent se soutenir, condition essentielle d’un salut culturel. Il est emblématique et amusant de lire en tête du très officiel site en ligne de la Cité internationale de la langue française-Château de Villers-Cotterêts : « L’ordonnance de Villers-Cotterêts, quésaco ? », qu’il serait d’ailleurs plus juste d’écrire « Qu’es acò » !
Le but du Félibrige énoncé si simplement par Frédéric Mistral dans son discours en 1868 proposait l’enrichissement et non l’exclusion : « Il faut qu’il sache, notre peuple, que nos ancêtres se sont annexés librement mais dignement à la généreuse France : dignement, c’est à dire en réservant tous les droits de leur langue, de leurs coutumes, de leurs usages et de leur nom national. Il faut qu’il sache, notre peuple, que la langue qu’il parle, a été, lorsqu’il l’a voulu, la langue poétique et littéraire de l’Europe, la langue de l’amour, du Gai-Savoir, des libertés municipales, de la civilisation… »
La Provence est terre de couleur, de poésie, de modernité, d’ouverture, de contraste… elle est un épanouissement quotidien. Étrangers, venez la rencontrer ; Provençaux, faisons-la vivre dans son identité, c’est comme cela que nous tendrons à l’universel et longo maï !
Alain de Benoist à l'honneur ! TVLibertés a sorti de ses archives deux Conversations, enregistrées il y a près de 10 ans, entre Paul-Marie Coûteaux et le philosophe Alain de Benoist, figure de proue de la Nouvelle Droite et l'auteur de plus d'une centaine d'ouvrages.
Retrouvez cet échange pour comprendre l'un des plus grands penseurs de notre temps... Et avant de découvrir d'autres Conversations exclusives.
Depuis sa création en 1988, le GIEC n’a pas seulement produit de la science. Il a fourni le cadre institutionnel d’une politique climatique qui a pesé de façon disproportionnée sur l’Europe. Sous l’impulsion de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, l’organe a été conçu comme un outil intergouvernemental destiné à canaliser les alertes des scientifiques, jugés trop militants.
Quarante ans plus tard, le résultat est frappant: l’Europe s’est imposé les prix du carbone et les normes les plus stricts au monde, pendant que les États-Unis, la Chine et l’Inde conservaient une bien plus grande liberté énergétique et industrielle.
Cette asymétrie n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans une longue histoire où la construction européenne elle-même a été encouragée, financée et orientée par les États-Unis. Des documents déclassifiés, rappelés notamment par le Daily Telegraph, montrent le rôle de canaux américains dans le soutien aux structures pro-européennes des années 1950.
Aujourd’hui, le même continent qui s’est construit sous influence américaine s’impose des contraintes climatiques que son protecteur n’applique pas chez lui. Le coût en est une base industrielle affaiblie, des usines fermées et une compétitivité érodée.
Cet article retrace la chaîne :
de la création contrôlée du GIEC
à la déstructuration industrielle européenne,
en passant par le rôle des ONG financées,
les alarmes excessives et
le comportement réel des gros émetteurs.
Il montre comment un récit d’urgence climatique a servi de levier pour transformer l’Europe… au profit de ceux qui n’ont pas joué le même jeu.
La création contrôlée du GIEC
Le GIEC a été créé en novembre 1988 par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l’environnement, avec le soutien du G7.
Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont joué un rôle décisif dans sa forme institutionnelle. Ils ont imposé qu’il soit un organe intergouvernemental, avec des représentants des États, plutôt qu’un groupe purement scientifique indépendant. Leur crainte était de laisser l’expertise climatique aux seuls scientifiques, jugés trop militants.
Thatcher, formée en chimie et sensibilisée par son conseiller Crispin Tickell, a prononcé des discours majeurs en 1988-1989 qui ont hissé le sujet au niveau politique international. Des acteurs de l’époque confirment que l’administration Reagan a soutenu la création du GIEC en partie pour contrôler le processus et empêcher que des scientifiques activistes ne dictent seuls l’agenda.
Thatcher et Reagan n’ont pas inventé le réchauffement climatique. Ils ont façonnél’outil institutionnel qui allait légitimer les politiques à venir.
De l’alerte scientifique à la contrainte industrielle européenne
Le récit climatique issu de ce cadre a rapidement servi de justification à une restructuration profonde de l’économie européenne.
Dans les années 1980-1990, le Royaume-Uni de Thatcher a fermé massivement les mines de charbon et accéléré la désindustrialisation de certains secteurs. Plus tard, l’Allemagne a engagé l’Energiewende : sortie progressive du nucléaire et du charbon, développement massif des renouvelables, au prix de coûts élevés pour l’industrie.
À l’échelle européenne, les politiques climatiques (quotas carbone, normes, Green Deal) ont multiplié les fermetures d’usines, les délocalisations et les hausses de coûts énergétiques, particulièrement visibles depuis les années 2010-2020. Ce n’est plus seulement une réponse scientifique : c’est un levier qui affaiblit la base industrielle européenne au profit d’autres puissances.
Les ONG : courroies de transmission du dispositif
Ce processus s’appuie sur un réseau dense d’organisations écologistes.
De grandes ONG européennes (WWF, Greenpeace, European Environmental Bureau, ClientEarth, etc.) reçoivent des financements importants de l’Union européenne, de fondations américaines (Hewlett, Packard, Rockefeller, ClimateWorks, Bezos Earth Fund…) et de structures allemandes. L’Allemagne, via ses fondations politiques et ses programmes publics, joue un rôle central dans l’animation de ces réseaux.
Ces organisations ne sont pas des structures anti-système indépendantes. Elles agissent en synergie avec les institutions européennes et amplifient la pression politique, médiatique et judiciaire. Elles fonctionnent comme des courroies de transmission d’une politique qui pèse bien plus lourdement sur l’industrie européenne que sur celle des États-Unis, de la Chine ou de l’Inde.
L’ouvrier n’est plus écrasé dans les décombres, mais penché, fatigué, sous le poids du système. Les usines américaines et chinoises restent libres et actives en arrière-plan.
L’asymétrie des contraintes : l’Europe paie, les autres non
Les faits sont clairs.
L’Europe s’est imposé les prix du carbone et les normes les plus stricts. Les États-Unis n’ont pas de prix carbone fédéral. La Chine et l’Inde appliquent des tarifications très faibles et continuent d’ouvrir des centrales à charbon. Résultat : l’industrie européenne, surtout énergointensive, paie un surcoût structurel que ses concurrents n’ont pas.
Les États-Unis profitent de leur avantage énergétique (gaz de schiste). La Chine consolide sa production massive peu contrainte.
L’Europe s’impose des sacrifices dont l’impact climatique global reste limité tant que les gros émetteurs ne s’alignent pas.
Alarmes excessives et réalité des prédictions
Beaucoup d’alarmes médiatiques et politiques des années 2000-2010 se sont révélées exagérées.
Al Gore a repris des prévisions très optimistes sur la disparition de la banquise arctique en été vers 2013-2014. Cela ne s’est pas produit. La banquise a diminué depuis 1979, mais elle est toujours là. Les calottes du Groenland et de l’Antarctique perdent de la masse, mais à un rythme qui produit une hausse du niveau de la mer de quelques millimètres par an, très loin des scénarios catastrophiques à court terme parfois annoncés.
Même une réduction de 50% des émissions mondiales actuelles n’aurait qu’un effet limité à moyen terme : le CO₂ déjà émis reste longtemps dans le système, et le réchauffement continue par inertie. Une Europe qui se sacrifie pendant que la Chine et l’Inde continuent d’augmenter leurs émissions produit un résultat climatique global faible.
Le vassal volontaire
L’Europe de Bruxelles s’est mise elle-même le collier le plus serré. Et pour cause : l’histoire de sa création explique beaucoup de choses.
Elle a adopté les contraintes les plus strictes pendant que les États-Unis, la Chine et l’Inde conservaient une bien plus grande liberté d’action.
Si le CO₂ représentait vraiment une catastrophe existentielle imminente, les grands émetteurs agiraient de façon comparable.
Or, ils calibrent leurs efforts selon leurs intérêts économiques et stratégiques. Pour eux, le risque n’est pas traité comme une urgence absolue justifiant le sacrifice de la compétitivité industrielle.
Cette position de vassal volontaire s’inscrit dans une histoire plus longue. Après 1945, les États-Unis ont fortement encouragé et soutenu la construction européenne : Plan Marshall conditionné à la coopération, soutien à la CECA, cadre de l’OTAN, pression pour la réintégration de l’Allemagne. Jean Monnet entretenait des liens étroits avec les milieux américains.
Des documents déclassifiés, rappelés notamment par le Daily Telegraph, montrent que l’American Committee on United Europe (dirigé par d’anciens responsables de l’OSS/CIA) a financé une part majeure du budget du Mouvement européen dans les années 1950. Des fondations américaines ont aussi soutenu les structures de Monnet.
La construction européenne a pu avancer dans un cadre compatible avec les intérêts stratégiques américains de l’époque. Aujourd’hui, le même continent adopte des politiques climatiques plus radicales et plus coûteuses que celles de la puissance qui l’a encouragée, tout en restant dépendant de son parapluie militaire et, de plus en plus, de son énergie.
Conclusion
Le GIEC a fourni le cadre. La Commission européenne l’a traduit en réglementation. Les ONG et la presse dominante ont amplifié la pression. L’Europe a payé le prix industriel. Les États-Unis et la Chine, eux, ont conservé leur avantage et ne sont / seront pas «taxés carbone».
Ce n’est pas le réchauffement d’origine humaine qui est en cause. Ce sont :
le traitement politique asymétrique,
les alarmes excessives et
le refus d’une répartition équitable de l’e\ort qui ont transformé une question scientifique en levier de redistribution économique et de contrôle. L’Europe en sort affaiblie. Les principaux émetteurs, non.
Les États-Unis n’ont pas eu besoin de bombardiers.
Ils ont soutenu, financé et orienté la construction européenne après 1945 pour stabiliser le continent et l’ancrer dans leur camp. Puis, une fois l’Europe devenue un concurrent industriel sérieux, le cadre climatique (GIEC intergouvernemental, normes, prix du carbone, Green Deal) a servi de levier pour lui imposer des contraintes que Washington ne s’imposait pas à lui-même.
Le résultat est sous nos yeux :
L’Europe se désindustrialise sous le poids de ses propres règles ;
Les États-Unis gardent l’avantage énergétique et réglementaire ;
La Chine continue d’émettre et de produire à grande échelle.
Le «green washing» n’est pas seulement une opération de communication. C’est un outil de redistribution de la puissance industrielle. Et dans ce jeu, l’Europe a accepté de porter le fardeau le plus lourd.
Pas besoin de bombes. Il a suffi de normes, de subventions aux ONG, de discours d’urgence et d’un allié qui ne s’applique pas les mêmes règles.
L’Europe est affaiblie non par des bombes, mais par les structures qu’elle a acceptées : l’Union européenne et le Green Deal. Les États-Unis observent, libres, pendant que l’industrie européenne s’effondre sous le poids des normes vertes.
Quelques éléments pertinents d’un spécialiste du sujet, Thibault KERLIRZIN
«LA FACE CACHÉE DE L’ÉCOLOGIE» Libre Journal de Géopolitique Profonde n°7 Avec Thibault Kerlirzin, Nicolas Stoquer et Andy Bussaglia
Dans cette émission (surtout à partir du «Grand Angle»vers 50 min), Kerlirzin développe :
L’influence des ONG écologistes
Le Club de Rome
Maurice Strong et les origines de l’écologie politique
Le Green Deal comme outil
L’instrumentalisation du discours climatique
Les liens avec la gouvernance mondiale / Davos
C’est actuellement l’une de ses interventions les plus denses et structurées sur ce thème précis.
Thèses principales développées par Thibault Kerlirzin dans cette émission.
1. La davocratie comme régime de pouvoir
• Davos n’est pas un simple forum de discussion. C’est le centre d’une architecture d’influence privée qui contourne les démocraties nationales.
• Les «Young Global Leaders», les ONG, les fondations (Open Society, Gates, etc.) et les cabinets de conseil (McKinsey et autres) servent de relais pour diffuser et imposer un agenda commun.
• L’Union européenne est décrite comme une «succursale» de Davos : de nombreux dirigeants européens (Ursula von der Leyen notamment) sont passés par le Forum ou en sont proches.
2. L’écologie et le climat comme levier principal
• Le réchauffement climatique d’origine anthropique est présenté non comme une pure question scientifique, mais comme un outil de conditionnementet d’ingénierie sociale.
• Kerlirzin insiste sur le rôle de la propagande : le public est conditionné dès l’enfance à accepter certaines grilles de lecture (comme d’autres générations acceptaient d’autres mythes fondateurs).
• Le but ultime de l’écologie politique, selon lui, n’est pas la protection de la nature mais :
• une réduction globale de la population mondiale ;
• un contrôle strict des ressources ;
• un contrôle social renforcé (pass carbone, quotas individuels, digitalisation totale).
3. Concepts-clés mobilisés
• Great Reset (Klaus Schwab) : opportunité saisie après le Covid pour accélérer la transition écologique, numérique et sociale.
• Agenda 2030 de l’ONU et Objectifs de Développement Durable : matrice commune avec le Green Deal européen.
• Charte de la Terre et notion d’écocide : instruments juridiques potentiels pour créer une juridiction mondiale au-dessus des États.
• Club de Rome, Maurice Strong, limites planétaires : racines idéologiques plus anciennes du projet (néomalthusianisme).
4. Mécanismes de contrôle
• Digitalisation complète de la vie (argent, mobilité, consommation) pour «réduire la marge d’incertitude» dans les comportements humains (logique cybernétique).
• Possibilité technique de «désactiver» un individu à distance (accès à l’alimentation, aux services, etc.) une fois tout numérisé et conditionné à des quotas carbone ou à un score de citoyenneté.
• Les crises (sanitaire, climatique, énergétique) sont utilisées comme accélérateurs pour faire accepter des mesures qui seraient rejetées en temps normal.
5. Dimension ésotérique / New Age
• Kerlirzin souligne une branche souvent occultée de l’écologie politique : un millénarisme et un ésotérisme (New Age) qui donnent une dimension quasi religieuse au projet «sauver la planète».
Un cinquante-et-unième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Honoré de Balzac tiré de son texte, Le gouvernement moderne et des notes parues dans la Grande revue de décembre 1900.
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À quel fatal instinct les peuples obéissent-ils donc en voulant se gouverner par eux-mêmes ?… Est-ce possible ? Qu’au Moyen Âge une commune esclave s’assemblât pour conquérir la liberté des personnes et des biens, administrât elle-même, par l’élection de quelques magistrats, une étendue de quelques lieues carrées, ce phénomène d’action se conçoit. Alors, l’intérêt général est comme un intérêt de famille. Chaque citoyen en possède une intuition parfaitement lucide. Que Marseille, que la Normandie, que le Forez, le Lyonnais et le Dauphiné se déclarent républiques et gèrent leurs affaires par un Conseil électif, nous comprendrons… Mais qu’une grande contrée de deux cents lieues carrées, où il y a quatre ou cinq capitales, et autant d’opinion que de départements, veuille marcher dans une voie de grandeur, veuille prospérer et conquérir ses limites naturelles par l’action mobile et paresseuse de la discussion parlementaire, par l’élection d’hommes purement locaux, par un système essentiellement changeant de délégations, avec une intelligence à bail de trois, six ou neuf années, par une action presque consulaire, dont les actes sont examinés par une foule avant tout résultat.
Voici [des années] d’essais constitutionnels, et nul ministre, soit venu de l’opposition, soit créé par le principe électif, n’a su régénérer l’administration. Ils ont tous eu le génie de recourir à l’emprunt : pas une voix n’a tonné, dans les Chambres molles, contre ce suicide national, si niaisement continué par une série de vieillards successivement portés au ministère. Aucun homme n’est venu trancher hardiment dans la machine, et jeter les pièces inutiles. Ils ont sacrifié aux idées, quand il fallait penser aux intérêts ; ils se sont occupés des intérêts, quand ils devaient essayer de neutraliser les idées !
L’impôt en hommes et en argent, dont les citoyens s’inquiètent tant, est un moyen qui a son terme, et qu’aucune espèce de gouvernement ne saurait dépasser. Il est impossible de demander au peuple plus qu’il ne peut donner ; ce serait vouloir le sang d’un squelette que d’ajouter un liard de taxe au-delà de ce que l’État doit raisonnablement prélever.
[Depuis la Révolution], trois classes distinctes se sont dessinées franchement, et ces trois zones se retrouveront infailliblement parmi toutes les sociétés humaines, en allant du bourg à la ville, de la ville à la contrée, de la contrée à la capitale et de la capitale au pays. Elles sont inévitables, et il n’y a pas de constitution sociale, même en faisant table rase, qui puisse les briser, les concasser perpétuellement pour obtenir des unités égales.
Ces 3 natures sont :
la masse pauvre et ignorante.
la masse moyenne.
et la masse aristocratique dans laquelle il faut comprendre toutes les supériorités créées par l’argent, le pouvoir et l’intelligence.
Ces trois classes sont la base éternelle d’une nation et, aujourd’hui, pour établir un gouvernement parfait, durable, il faut en satisfaire les intérêts et les idées, car les masses n’ont que ces deux expressions.
À travers les âges, aucune population féminine n’a été comparable à celle qui a suivi la Grande Armée dans des milliers de voitures cahotantes, sillonnant toute l’Europe, dans la poussière, la boue et la neige.
De tout temps, des femmes ont suivi les armées à la guerre. Épouses de soldats, officiellement blanchisseuses ou cantinières, mais le plus souvent prostituées régulières ou occasionnelles.
Et si les valeureux grognards de Napoléon ont écrit les plus belles pages de gloire de notre histoire, ce fut aussi grâce au soutien indéfectible de nos filles à soldats.
Quand à chaque instant le soldat risque d’être emporté par un boulet ou éventré d’un coup de baïonnette, le repos du guerrier prend toute sa signification.
Mais c’est au cours des guerres de la Révolution que le phénomène prit de l’ampleur, au point que Carnot écrivit au Conseil exécutif de la Convention :
« Un fléau terrible détruit nos armées. C’est le troupeau de filles qui sont à leur suite. Il faut compter qu’il y en a autant que de soldats. Les casernes et les cantonnements en sont engorgés. La dissolution des mœurs y est à son comble. Ces femmes énervent les troupes et détruisent par la maladie qu’elles y apportent dix fois plus de monde que le feu de l’ennemi ».
Bonaparte, alors chef de l’armée d’Italie, s’irrite de ce bordel officialisé par un décret de la Convention du 8 mars 1793. Un ordre ne tarde pas :
« Les femmes surprises à la tête de l’armée, dans les quartiers généraux ou dans les cantonnements, seront barbouillées de noir, promenées dans les camps et chassées hors des portes ».
Mais l’effet produit ne dura guère plus de deux semaines. Et les plus délurées ou les plus appréciées pour leurs services s’embarquèrent pour la campagne d’Égypte.
Et l’une d’elle, Pauline Fourès, fraîchement mariée à un lieutenant de chasseurs à cheval, devint la maîtresse du général en chef ! Celui-ci faillit même l’épouser le jour où il apprit l’infidélité de Joséphine. On le voit, nos lavandières et cantinières savaient se faire apprécier à tous les niveaux de la hiérarchie militaire, du simple grognard aux généraux et maréchaux.
Quoi de plus réconfortant qu’une femme dans son lit au soir de la bataille ? D’autant plus que cette partie de plaisir fut souvent la dernière pour les malheureux qui succombèrent au combat quelques jours plus tard.
Le haut commandement a toujours eu beaucoup de mal à limiter le nombre de filles à soldats autorisées à suivre les campagnes, afin de limiter les dégâts.
Raoul Brice écrira : « Pour nos ardents soldats, la femme est le pôle unique vers qui vont leurs convoitises. Ils se battent pour la séduire, c’est pour lui plaire qu’ils souhaitent l’héroïsme, la gloire et la richesse. Que les officiers montrent en amour des goûts raffinés, et s’attardent à écouter leur cœur, voilà une délicatesse superflue pour les simples soldats. Ceux-ci s’adressent aux ribaudes, aux filles dont le métier est d’être fiancées à la foule. Elles figurent, après le vin, aux débauches du soldat. »
Quant à la délicatesse des officiers, c’est à voir… La Grande Armée a rencontré et véhiculé les maladies vénériennes dans l’Europe entière.
Cela dit, même si l’atmosphère militaire en temps de guerre n’est pas celle d’un couvent, toutes les femmes n’étaient pas des prostituées, mais parmi les femmes mariées, les coups de canif au contrat de mariage n’étaient pas rares.
Il y a eu autant de vivandières à la nature très généreuse que de soldats cocus.
Dans leur carriole, les cantinières trimballaient tout un magasin ambulant. Victuailles de toutes sortes et fruits des rapines rapportés par les soldats. Un petit commerce bien apprécié. Elles s’improvisaient banquières, prêtant de l’argent aux soldats dans le besoin.
À la fois femmes de réconfort et dépanneuses en tous genres, les lavandières ont été le nerf de la guerre durant l’épopée napoléonienne. Sans elles, on se demande si Napoléon aurait été le Dieu de la guerre aux 70 victoires. !!
De nombreuses destinées se sont écrites au cours de l’épopée de la Grande Armée. Aventurières dans tous les sens du terme, nos lavandières ont eu des destins parfois tragiques ou étranges.
« La mère Fromageot », séduite à 15 ans par un jeune tambour, se hissa jusqu’à devenir la maîtresse d’un capitaine. Puis elle suivit un simple canonnier, qui, contre une bouteille d’eau-de-vie, la céda à un maître d’armes, qui la repassa à un brigadier, une brute qui la battait. » Triste destin d’une femme objet.
Au soir de la bataille, où des milliers de soldats gisaient sur le sol, on a vu des lavandières se mêler aux troupiers pour dépouiller les morts et les blessés. Butin convoité : les bottes, équipement des plus utiles pour affronter la boue, la neige et la pluie.
Mais on a vu aussi, les jours de combat, des lavandières transformer leur charrette en ambulance, les chaudes prostituées se métamorphosant en infirmières au dévouement exemplaire. La nature humaine est ainsi faite, chacun pouvant se surpasser dans les situations extrêmes.
L’une de ces héroïnes porta un blessé sur son dos pendant huit kilomètres pour le conduire à une ambulance.
Une autre fut citée à l’ordre du jour pour avoir, « malgré une pluie de balles, pénétré par deux fois dans un ravin où nos troupes se battaient, afin de leur distribuer gratis deux barils d’eau-de-vie ».
Des femmes courageuses au grand cœur, il y en eut beaucoup. Cantinières obscures restées dans l’anonymat, ou bien devenues les maîtresses de hauts gradés, y compris des maréchaux, les femmes de la Grande Armée font partie intégrante de l’épopée napoléonienne.
Elles furent souvent admirables et courageuses, parfois insupportables et odieuses, mais toutes ont également écrit à leur façon les plus belles pages de notre histoire.
Beaucoup y laissèrent la vie, notamment au cours de la tragique retraite de Russie. Aucune autre population féminine n’a autant mêlé l’amour et la guerre que les filles de la Grande Armée.
Réconfort permanent de nos soldats, pour le meilleur et pour le pire, elles méritent tout notre respect. Sans elles, le taux de désertion aurait fait des ravages dans les régiments.
Il existe une maladie singulière dans certains milieux souverainistes : la réalité n’y paraît jamais suffisamment éloquente. Lorsqu’un fait est grave, il faut encore l’orner ; lorsqu’une influence est attestée, il faut lui découvrir un dessein secret ; lorsqu’une politique se poursuit pendant plusieurs décennies, il faut qu’un cénacle l’ait conçue dès l’origine jusque dans ses moindres conséquences. La vérité, décidément, n’est jamais assez belle. On lui plante un décor derrière, on ajoute quelques personnages dans la pénombre et, bientôt, l’Histoire ressemble à une mauvaise pièce où Bilderberg tient lieu de Deus ex machina.
C’est le sentiment que m’a laissé la récente tribune publiée dans Breizh-info sur les origines de la construction européenne et le supposé projet mondialiste dont elle serait l’instrument. Le plus irritant est que ce texte repose, pour partie, sur des faits parfaitement réels. L’influence américaine dans l’Europe d’après-guerre est une évidence historique ; le soutien de Washington à l’unification européenne également ; Jean Monnet était bien partisan d’un dépassement progressif des souverainetés ; le référendum de Maastricht fut remporté en France d’extrême justesse ; celui de 2005 fut perdu par les partisans de la Constitution européenne avant qu’une bonne partie du dispositif institutionnel ne reparaisse dans le traité de Lisbonne. Autrement dit, le dossier est déjà copieux. Pourquoi diable éprouver le besoin de le gâter ?
Prenons Jean Monnet. Il n’est nul besoin de lui prêter le projet clandestin d’abolir les peuples européens, de mélanger leurs populations et d’instaurer à terme un gouvernement mondial. Son fédéralisme européen est suffisamment explicite. Monnet voulait créer graduellement des intérêts communs administrés par des institutions communes auxquelles seraient déléguées des parts de souveraineté. L’institut qui porte aujourd’hui son nom le présente lui-même sans ambages. On peut juger cette conception funeste, technocratique, antidémocratique ou au contraire providentielle ; encore faut-il la juger pour ce qu’elle fut.
Sa fameuse méthode n’était d’ailleurs pas véritablement secrète. Elle consistait à rendre l’intégration politique possible par l’intégration fonctionnelle : le charbon et l’acier d’abord, puis le marché, les normes, la monnaie, avec chaque fois des institutions communes créant à leur tour la nécessité de nouvelles institutions. C’est précisément ce mécanisme que peuvent critiquer les souverainistes. Nul besoin de faire de Monnet un Fantômas de la géopolitique. Il suffit de lire ses textes.
L’influence américaine mérite, elle aussi, mieux que le roman. L’American Committee on United Europe a bel et bien existé. Son président fut William Donovan, ancien patron de l’OSS et figure majeure de la naissance du renseignement américain ; les archives de la CIA elles-mêmes rappellent son rôle à la tête de cette organisation destinée à favoriser l’unité de l’Europe occidentale face à la menace communiste. (CIA) Voilà un fait considérable. Il nous renseigne sur la stratégie américaine de l’après-guerre, sur la volonté de structurer l’Europe occidentale, sur l’anticommunisme et sur les réseaux transatlantiques qui accompagnèrent la construction européenne.
Pourquoi transformer cette politique d’influence, bien réelle, en preuve d’un dessein mondial ourdi pendant quatre-vingts ans ? Les États-Unis avaient des intérêts. La France avait les siens. L’Allemagne en avait d’autres. Les fédéralistes européens poursuivaient leurs propres rêves, les gaullistes la combattaient, les Britanniques tergiversaient, les gouvernements changeaient, les crises bouleversaient les plans. L’Histoire est pleine de coalitions provisoires, d’arrière-pensées, de financements occultes, de services secrets et de diplomates retors. Elle est aussi pleine d’échecs, d’accidents, de rivalités et d’imbécillités. Le complotisme commence précisément lorsque cette mêlée confuse devient rétrospectivement un plan.
L’affaire du projet Manhattan est, à cet égard, assez extraordinaire. La tribune affirme que Roosevelt ne pouvait constitutionnellement financer secrètement la bombe atomique et que des sociétés privées auraient donc « entièrement pris en charge » le projet, donnant ainsi naissance au complexe militaro-industriel. C’est faux. Le projet Manhattan fut un programme fédéral américain placé sous l’autorité de l’armée et financé par des crédits publics dont la destination était dissimulée dans différentes lignes budgétaires. Le secret fut effectivement gardé à l’égard de l’immense majorité du Congrès, tandis qu’un petit nombre de parlementaires de haut rang furent finalement informés. Des entreprises privées comme DuPont furent des contractants cruciaux ; elles ne furent nullement les banquiers clandestins de la bombe. Les documents historiques américains décrivent précisément cette combinaison de crédits publics secrets, d’administration militaire, de laboratoires universitaires et d’industrie privée.
La différence n’est pas vétilleuse. Elle détruit tout simplement le chaînon censé relier Manhattan à la naissance d’un pouvoir financiaro-militaro-industriel autonome qui aurait ensuite entrepris de gouverner la planète. Eisenhower mettra effectivement en garde, en 1961, contre l’influence croissante du complexe militaro-industriel. Cette puissance était assez considérable pour qu’on l’étudie sans lui inventer un péché originel imaginaire.
Même confusion avec l’AMGOT. Les Alliés avaient bien préparé des dispositifs d’administration militaire pour les territoires libérés ou occupés. Il exista également des projets concernant la France, auxquels de Gaulle s’opposa avec la dernière vigueur. De là à faire de l’AMGOT la matrice d’une occupation américaine permanente de l’Europe occidentale, puis le prélude de l’OTAN et enfin celui de l’Union européenne, il y a un fossé que les archives ne permettent pas de franchir. Les fonds des National Archives que je connais bien témoignent d’une administration militaire alliée réelle et de travaux relatifs à la France ; ils ne démontrent nullement l’existence de cette magnifique autoroute historique conduisant tout droit de 1944 à Bruxelles.
Arrive enfin David Rockefeller, et avec lui le morceau de bravoure. La tribune reproduit cette fameuse déclaration attribuée à une réunion de Bilderberg en 1991 : remerciements à la grande presse pour quarante années de discrétion, « plan pour le monde », gouvernement mondial, souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers internationaux. Voilà qui tombe à pic. Trop à pic, justement.
On sait que Rockefeller participait à la réunion de Bilderberg de Baden-Baden en 1991. Ce que l’on ne trouve pas, c’est une source primaire solide établissant qu’il y aurait prononcé ce texte. La citation circule depuis des décennies de site en site, jusque sur Goodreads, auquel renvoie d’ailleurs la tribune. On trouve quantité de reproductions, d’affirmations et de transcriptions tardives ; on cherche vainement l’enregistrement, le procès-verbal authentifié ou le document contemporain permettant d’en établir la provenance. Un historien peut travailler sur une archive secrète devenue publique. Il ne peut faire d’une citation sans pedigree la clef de voûte d’une démonstration.
Le plus cocasse est que le texte comporte ailleurs des erreurs beaucoup plus triviales. Il transforme ainsi le « serpent monétaire européen » apparu en 1972 en SME, avant d’affirmer que celui-ci se serait transformé en Système monétaire européen en 1977. Le serpent date bien de 1972 ; le Système monétaire européen entre en vigueur en 1979. La bévue n’est pas pendable. Elle devient cependant fâcheuse lorsqu’on prétend reconstituer, année après année, les rouages secrets d’une mécanique historique.
Tout cela est d’autant plus dommage que la critique de la construction européenne peut parfaitement se passer de ces colifichets. Maastricht fut approuvé en France par 51,04 % des suffrages exprimés. Une moitié du pays engagea donc l’autre, presque exactement, dans une transformation monétaire et politique dont le caractère difficilement réversible apparaissait déjà. En 2005, le peuple français refusa le projet de Constitution européenne. Deux ans plus tard, le traité de Lisbonne reprit une large part de son architecture institutionnelle et fut ratifié par voie parlementaire. Le souverainiste dispose là d’un grief autrement plus sérieux qu’un déjeuner de Rockefeller à Baden-Baden.
La construction européenne peut être critiquée pour ce qu’elle est : une architecture juridique et institutionnelle qui organise des transferts successifs de souveraineté ; une mécanique dont chaque étape tend à rendre la précédente irréversible ; un système où la compétence appelle la compétence, où l’intégration économique nourrit l’intégration politique et où l’éloignement du centre de décision rend progressivement plus difficile la sanction populaire. Il est également parfaitement légitime de rappeler que les États-Unis ont encouragé cette construction lorsqu’elle servait leurs intérêts stratégiques. Tout cela appartient à l’histoire politique ordinaire, laquelle est déjà suffisamment rude.
Ce que je récuse, c’est le passage subreptice de l’influence au commandement, du réseau au complot, du projet politique au plan occulte universel. Qu’un banquier parle avec un ministre ne signifie pas qu’il le dirige. Qu’un service secret finance une organisation ne signifie pas qu’il contrôle cinquante ans d’histoire. Que plusieurs hommes partagent un objectif à un instant donné ne signifie pas que leurs successeurs exécuteront jusqu’au bout un programme écrit dans quelque arrière-salle. Prendre ces raccourcis, c’est prendre des vessies pour des lanternes et offrir de surcroît à l’adversaire le meilleur moyen de ne jamais répondre aux vraies questions.
Le complotisme possède en effet un avantage délicieux pour ceux qu’il prétend combattre : il transforme une critique sérieuse en caricature. Montrez le contournement du référendum de 2005, et l’on devra vous répondre. Parlez de transferts de souveraineté, il faudra discuter des traités. Étudiez les financements américains du fédéralisme européen, vous ouvrirez un véritable dossier historique. Ajoutez Rockefeller, le gouvernement mondial, Manhattan financé par des industriels conspirateurs et quatre-vingts années d’un plan sans accroc : votre contradicteur n’a plus qu’à sourire, relever trois erreurs et jeter le reste avec.
C’est se tirer soi-même une balle dans le pied.
Je ne crois pas davantage à l’innocence perpétuelle des puissants qu’à leur omnipotence. Les gouvernements mentent, les services secrets conspirent, les industriels font pression, les banques défendent leurs intérêts, les organisations internationales produisent leurs propres oligarchies et les hommes d’influence aiment infiniment mieux travailler loin du regard populaire. Refuser le complotisme ne consiste aucunement à croire au monde des Bisounours. Cela consiste seulement à ne pas attribuer à quelques hommes une prescience et une maîtrise de l’Histoire dont ils sont, heureusement, dépourvus.
Les souverainistes devraient être les premiers à s’en souvenir. Leur critique porte sur une question immense : qui décide ? À quel peuple appartient le pouvoir politique ? Jusqu’où peut-on transférer la souveraineté sans vider la démocratie de sa substance ? Ces questions sont assez graves pour ne pas être ensevelies sous le fatras des citations apocryphes et des généalogies imaginaires.
La vérité est souvent moins romanesque que le complot. Elle possède une qualité autrement précieuse : elle résiste à l’examen. Et lorsque la vérité suffit à accuser, celui qui l’enjolive ne la fortifie pas. Il lui fait tort.
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