Mythes et antimythes
Culture et histoire
jeudi 9 avril 2026
mercredi 8 avril 2026
La République est une utopie mortifère

« Une communauté subsiste tant que parmi ses membres les causes d’amitié et d’union restent supérieures aux causes d’inimitié et de division. Les tribunaux sont établis pour châtier, réprimer et, s’il le faut, exclure ceux de chaque communauté qui montrent envers leurs confrères ce visage de loup qu’ils doivent réserver à l’ennemi commun. De même les honneurs anthumes ou posthumes ont servi de tout temps à récompenser ceux des membres de la communauté qui se sont montrés les plus “loups” envers l’ennemi ou, s’il est permis d’ainsi dire, les plus “dieux” envers leurs amis et compatriotes. Beaucoup de héros ont été déifiés ainsi, à titre militaire ou civil. » (Charles Maurras, Mes idées politiques).
Tous nos compatriotes se lamentent sur la déliquescence de notre nation, sur son archipélisation pour reprendre les mots de Jérôme Fourquet. Il n’y a plus de socle civilisationnel commun, les religions sont nombreuses, les opinions politiques diverses, chaque petit détail de la vie quotidienne renvoyant au gouffre qui ne cesse de se creuser entre les citoyens ; essayez seulement d’organiser des repas dans une cantine scolaire – végétariens, halal, et j’en passe ! A contrario, encore trop peu de Français s’aperçoivent que cette atomisation n’est pas due à un concours de circonstances, ni à de simples mauvaises politiques, mais bien à une matrice politique initiale excessivement délétère qui se nomme République française.
A ce propos, un petit livret vient d’être réédité par les éditions d’Action française : Les idées royalistes (https://www.livresenfamille.fr/actualite-etudes-essais/30330-les-idees-royalistes.html) de Charles Maurras.
« D’abord écartons l’utopie » (Charles Maurras). Toute la sève de ce livret est contenue dans cette formule si simple ! L’utopie, emprunté du latin Utopia, qui signifie proprement « Lieu qui n’existe pas » et qui fut créé par Thomas More à l’aide du grec ou « non, ne pas » et topos « Lieu, endroit » avait pour but de désigner une île imaginaire dotée d’une organisation parfaite. Et quelle île imaginaire gangrène notre pays depuis plus de deux siècles ! Aucune autre que cette nation-contrat des jacobins qui identifie société et Etat en les fondant sur le principe de la volonté générale ! Cette République une et indivisible, c’est-à-dire totale pour ne pas dire totalitaire, qui ne reconnaît aucun intermédiaire entre la nation et les individus isolés les uns des autres. Cette nation qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais, mais qui entretiendra l’utopie jusqu’à l’abîme.
A contrario, la conception de la nation chez Charles Maurras est une reconnaissance d’un topos, c’est-à-dire d’une réalité concrète, d’une construction historique donnée et unique. Chez le maître de Martigues la nation ne peut exister sans les corps qui la composent, sans les familles, sans les provinces ou sans les villes ; les hommes y sont liés par des corps intermédiaires, des cercles concentriques nécessaires. Que d’aucuns voient encore en Charles Maurras un nationaliste jacobin est proprement risible ! Précisément, celui-ci revient dans ce texte sur la nécessité d’une conception fédéraliste et décentralisatrice de la nation : « Qui voudra réorganiser notre nation en devra recréer les premiers éléments communaux et provinciaux. Qui veut réaliser le programme nationaliste doit commencer par une ébauche de fédération » (Charles Maurras, L’idée de la décentralisation). Car la nature ayant horreur du vide, si vous supprimez les corps intermédiaires naturels d’autres viendront prendre leur place : partis politiques, coteries, et autres, rarement au service de la nation.
Parce que les corps intermédiaires de solidarités furent détruits et que l’individu isolé a émergé, le terrain fut préparé pour que chaque nouvel élément de division puisse s’affirmer. Religions, idéologies, folies wokistes, etc ; chaque individu se sépare de ses semblables au nom d’un principe et reconstruit un cercle de solidarité au nom de ce même principe parce qu’il ne peut en être autrement – l’homme étant un animal social. Aucune solution viable ne pourra être trouvée à l’archipélisation de notre nation tant que son principe politique pervers demeure. “Ces institutions « meurtrières », comme les a précisément nommées M. Paul Bourget, travaillent depuis cent ans à affaiblir, faute de pouvoir les détruire complètement, la famille, l’association, la commune, la province et, en bref, tout ce qui seconde et fortifie l’individu, tout ce qui n’enferme pas le citoyen dans son maigre statut personnel. Chacune des faiblesses de la France moderne coule de ces institutions comme de sa source première.” (Charles Maurras, Enquête sur la monarchie).
Ce sera la mort de l’utopie ou la nôtre.
Disponible chez Livres en famille : https://www.livresenfamille.fr/ au prix de 5 euros.
Pour d’autres ouvrages du maître de Martigues : https://www.livresenfamille.fr/3861_charles-maurras
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Géopolitique de la troisième guerre mondiale

Alexandre Douguine
De nombreux analystes avancent actuellement l’hypothèse que la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que nous en sommes à sa première phase. Que ce soit vrai ou non, nous le saurons dans un avenir proche, mais supposons pour l’instant que cette hypothèse est fondée et tentons d’en examiner les contours géopolitiques.
La signification de la troisième guerre mondiale réside dans un changement radical de toute l’architecture de la politique mondiale. Les institutions internationales existantes depuis longtemps ne correspondent plus à la réalité. Elles sont toujours structurées selon la logique du système de Westphalie et du monde bipolaire. Le modèle de Westphalie repose sur la reconnaissance de la souveraineté de tous les États reconnus au niveau international. L’ONU est bâtie sur le même principe.
Cependant, dans la pratique, au cours des cent dernières années, le principe de souveraineté est devenu une pure hypocrisie. Dans les années 1930, en Europe, un système s’était formé où seuls trois forces étaient souveraines, et de manière strictement idéologique : 1) l’Occident bourgeois-capitaliste (Grande-Bretagne, États-Unis, France, etc.) ; 2) l’URSS communiste ; 3) les pays de l’Axe, avec une idéologie fasciste.
Une telle situation a perduré après la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais un seul de ces pôles idéologiques — le fasciste — a disparu. Cependant, les deux autres — capitaliste et socialiste — se sont renforcés et étendus. Mais là encore, aucun État-nation en soi n’était souverain. Certains étaient dirigés depuis Moscou, d’autres depuis Washington. Le mouvement de non-alignement oscillait entre ces deux pôles.
L’auto-dissolution du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’URSS ont éliminé le bipolarisme, et à partir de ce moment, seul les États-Unis ont été porteurs de la souveraineté. L’ONU et le modèle de Westphalie sont devenus de simples paravents de l’hégémonie mondiale. Ainsi est apparu un monde unipolaire.
Dès les années 1990, il est devenu évident qu’il fallait revoir le droit international au profit soit d’un gouvernement mondial (version libérale de la fin de l’histoire selon Francis Fukuyama), soit d’une hégémonie occidentale directe (les néoconservateurs américains). Les pays européens ont suivi le scénario du gouvernement mondial, en cédant leur souveraineté en faveur de l’UE, en tant qu’étape préparatoire à celui-ci. À leur tour, il a été suggéré discrètement à tous les autres de se préparer à la même chose.
Cependant, au début des années 2000, une nouvelle tendance a émergé: la volonté de restaurer la souveraineté en Russie et en Chine. Moscou et Pékin ont tendu vers la réalisation de la souveraineté non plus comme une fiction, mais comme une réalité. C’est ainsi que la multipolarité s’est manifestée. Désormais, il était proposé que les porteurs de la souveraineté deviennent des États-civilisations — aussi bien déjà constitués (Russie, Chine, Inde) que potentiels (monde islamique, Afrique, Amérique latine). Et c’est ainsi qu’ils se sont constitués en BRICS.
En conséquence — le projet unipolaire est entré en collision avec le multipolaire. Tant les globalistes que les néoconservateurs s’opposaient au multipolarisme. Le potentiel de conflit était évident, et les anciennes normes et règles, encore issues des périodes géopolitiques précédentes, n’étaient plus applicables.
Il n’importe pas de savoir si la troisième guerre mondiale a déjà commencé ou non, mais sa teneur géopolitique est claire : c’est une guerre entre l’unipolarité et le multipolarisme pour une nouvelle architecture mondiale, pour la répartition des centres de décision souverains — soit uniquement à l’Ouest, soit parmi les États-civilisations en pleine montée en puissance.
Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche pour un second mandat en 2024 avec un programme qui laissait penser qu’il adopterait le multipolarisme : refus des interventions, critique des globalistes, conflit direct avec les libéraux, attaques virulentes contre les néoconservateurs, concentration sur les problèmes intérieurs des États-Unis, appel à revenir aux valeurs traditionnelles — tout cela laissait penser que Trump et son administration prendraient partie pour le multipolarisme, tout en cherchant à assurer aux États-Unis des positions aussi avantageuses que possible dans cette nouvelle configuration.
Cependant, très vite, l’administration américaine a commencé à se rapprocher des néoconservateurs et à s’éloigner de sa position initiale. Par la suite, elle a soutenu le génocide à Gaza, poursuivi l’approvisionnement de Kiev en renseignements, capturé Maduro, préparé une invasion de Cuba, et enfin déclaré la guerre à l’Iran avec l’assassinat des dirigeants politiques de la République islamique d’Iran.
La troisième guerre mondiale a été déclenchée par les États-Unis dans le contexte de la préservation, du renforcement et même de l’affirmation définitive du modèle unipolaire de l’ordre mondial. On propose à tous les autres d’être soit des vassaux obéissants, soit des ennemis. C’est avec ces adversaires du monde unipolaire que Washington mène cette troisième guerre mondiale. En jeu, il y a la souveraineté. Il n’existe pas encore une seule puissance capable de faire face de manière symétrique aux États-Unis, c’est pourquoi ceux-ci déploient des actions militaires sur plusieurs fronts simultanément.
Le premier front de cette guerre du monde unipolaire contre un monde multipolaire est l’Ukraine. Cette guerre a été provoquée par les néocons dès l’époque d’Obama, et ce sont surtout les globalistes qui y ont pris part, voyant en la Russie non seulement un obstacle géopolitique à l’établissement d’un gouvernement mondial, mais aussi une menace idéologique. Trump a hérité cette guerre, et il ne s’en réjouit pas vraiment (la Russie étant une puissance nucléaire avec une idéologie conservatrice, contre laquelle le président américain n’a rien à redire). Mais Moscou n’est manifestement pas prête à reconnaître sa vassalité envers Washington, insistant sur la souveraineté et la multipolarité, ce qui est incompatible avec l’hégémonie unipolaire. Quoi qu’il en soit, Washington continue de soutenir le régime de Kiev, tout en transférant l’initiative aux pays européens de l’OTAN, pour lesquels ce conflit revêt un caractère à la fois essentiel et idéologique. Ce front demeure important, et plus Moscou défend sa souveraineté, plus Washington sera dur avec la Russie.
Le deuxième front des États-Unis concerne l’hémisphère occidental: l’enlèvement de Maduro et la prise de contrôle du Venezuela, la préparation d’une invasion de Cuba, des actions contre les cartels au Mexique, en Colombie, en Équateur, etc. En substance, c’est une guerre contre toute l’Amérique latine dès lors qu’un pays tente de résister au diktat direct des États-Unis.
Le troisième front, actuellement à la phase la plus intense, est l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, qui a enflamé tout le Moyen-Orient. Cela inclut également la poursuite des opérations militaires de Tel-Aviv à Gaza, au Liban, au Yémen, ainsi que la refonte de toute la carte du Moyen-Orient.
En substance, l’Occident mène actuellement une guerre simultanée contre trois pôles du monde multipolaire (Russie, monde islamique, Amérique latine). À l’ordre du jour, l’ouverture d’un quatrième front — dans le Pacifique. Le conflit avec la Chine est inévitable selon la logique globale des changements en cours dans la politique mondiale.
L’Inde — un autre État-civilisation — adopte encore une position fluctuante et, en raison des contradictions avec la Chine et le Pakistan, penche vers les États-Unis et Israël. Mais pour jouer le rôle de vassal docile, l’Inde, avec son potentiel, ne semble guère adaptée, d’autant plus que la multipolarité constitue la ligne officielle de son gouvernement.
Ainsi, la carte de la géopolitique de la troisième guerre mondiale est esquissée dans ses grandes lignes. La faction du monde unipolaire y est représentée par les États-Unis, l’Occident dans son ensemble et leurs vassaux, y compris le Japon et la Corée du Sud en Extrême-Orient. Ils se battent selon deux scénarios qui ne sont pas totalement identiques: le mondialisme (l’UE et le Parti démocrate des États-Unis) et l’hégémonie américaine directe (les néocons).
Par ailleurs, Netanyahu a dans cette configuration ses propres plans autonomes pour la construction d’un grand Israël, ce qui est difficilement conciliable avec le mondialisme libéral, mais tout à fait soutenu par la Maison-Blanche, les néocons et les chrétiens sionistes. Cependant, dans l’ensemble, cette coalition reste relativement solidaire face au monde multipolaire et, à mesure que l’escalade augmente, elle sera contrainte d’agir de plus en plus de manière unie, en laissant les contradictions internes pour plus tard.
Le camp du monde multipolaire est beaucoup plus dispersé. Ses principaux centres sont la Russie et la Chine. La Russie mène déjà sa guerre en Ukraine, tandis que la Chine évite pour l’instant une confrontation directe. Le monde islamique est divisé, une partie des pays musulmans étant sous contrôle total des États-Unis. L’Iran et le monde chiite en général sont les plus radicaux, ils sont en première ligne de la confrontation contre l’Occident, mais les Iraniens ne comprennent pas encore totalement que d’autres fronts de cette guerre, notamment l’Ukraine, les touchent directement.
La direction de la RPDC comprend parfaitement la situation géopolitique globale, étant la plus ouverte à soutenir la Russie dans la confrontation contre l’Occident sur le front ukrainien.
L’Amérique latine est également fragmentée. Le gouvernement de Lula au Brésil penche vers la multipolarité, tandis que le régime de Milei en Argentine soutient, au contraire, l’axe américano-israélien.
En Afrique, la multipolarité est la plus fortement ressentie par les pays de l’Association du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger). La position leur est proche, tout comme celle de l’Afrique du Sud, de la Centrafrique, de l’Éthiopie et de certains autres pays. Mais aucun d’eux ne possède une position consolidée.
L’Inde adopte une position neutre — d’un côté, en tant que membre du bloc multipolaire, et de l’autre, en raison de ses relations étroites avec les États-Unis et Israël.
Globalement, les forces unipolaires, malgré toutes leurs contradictions internes, sont plus consolidées et ont une vision plus claire de contre qui, pour quels intérêts et quelles valeurs elles combattent. La divergence de priorités et même de visions sur le modèle final de l’ordre mondial souhaité par l’Occident — les États-Unis — ne constitue pas un obstacle à leur stratégie commune, à leur coopération étroite dans le domaine du renseignement, à l’échange de technologies militaires, etc.
De leur côté, le camp multipolaire est beaucoup plus dispersé. Même les pays directement attaqués par l’Occident unipolaire ne se précipitent pas pour intégrer leur potentiel ni pour soutenir directement les autres.
lundi 6 avril 2026
« La résolution de l’ONU omet la traite arabo-musulmane et, plus encore, celle intra-africaine. Bien avant l’arrivée des Européens, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines (…) »

TRIBUNE – La résolution votée le 25 mars dernier par l’assemblée générale de l’ONU pour qualifier la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité » omet curieusement la traite arabo-musulmane et, plus encore, la traite intra-africaine.
Marie-Claude Mosimann-Barbier est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.
Le 25 mars, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité ». L’objectif est clair : cette condamnation doit ouvrir la voie à des réparations financières. Les réactions dans la presse ont été nombreuses : une majorité, faisant fi de l’histoire, s’en félicitait, et quelques-uns soulignaient la coutumière invisibilisation de la traite arabo-musulmane, ce « tabou bien gardé » comme la qualifie l’anthropologue algérien et spécialiste de l’Islam Malek Chebel.
Toutefois, le rôle du Ghana comme initiateur de la résolution n’a fait réagir personne alors qu’il existe un deuxième tabou encore mieux gardé : le rôle actif dans la traite de plusieurs ethnies africaines, dont les Ashantis, dans l’actuel Ghana. En effet, si les acheteurs étaient européens, les vendeurs étaient africains. Les Européens ne s’aventuraient pas à l’intérieur des terres mais achetaient les esclaves à des partenaires africains. D’une part, l’insalubrité des zones intérieures avait découragé les quelques Portugais qui s’y étaient aventurés et, d’autre part, depuis les débuts, au VIIe siècle, de la traite transsaharienne, des Africains vendaient des esclaves aux Arabo-musulmans. Lorsque le commerce triangulaire se mit en place, des vendeurs existaient déjà mais, avec une demande européenne croissante, de nombreuses ethnies africaines s’impliquèrent activement dans la traite atlantique.
Ceci s’inscrit dans une dimension historique peu connue qui est la longue existence de l’esclavage en Afrique. C’est Olivier Pétré-Grenouilleau qui, le premier, le porta à la connaissance du grand public, dans son remarquable livre Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, lequel suscita un torrent d’indignations et d’attaques à sa sortie en 2004. Il expliquait que, bien avant l’arrivée des Européens et le développement de la traite atlantique, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines ; c’était une institution intégrée aux structures économiques, sociales et politiques locales.
(…)
31 mars dernier :
samedi 4 avril 2026
Des gouvernants et des gouvernés

Un trentième–cinquième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Pierre Boutang tiré de Reprendre le pouvoir, paru en 1978.
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Il est de sens commun que n’importe quelle société implique l’existence de « gouvernants » et de « gouvernés » ; mais ce sens commun n’est, le plus souvent, que résignation à l’exercice du pouvoir illégitime et ignorance du phénomène de la souveraineté : ignorance des éléments du pouvoir, ignorance de la dialectique qui les meut. Dénombrer seulement les deux classes – l’une qui participe du gouvernement, l’autre qui en subit les opérations –, c’est assimiler le pouvoir à n’importe quelle contrainte, de violence pure ou de ruse ; c’est supposer le problème résolu de la conscience que les peuples et les Princes prennent de leur relation et de leur histoire.
Il y a pire toutefois dans cette vue humiliante et rudimentaire : si le pouvoir et son exercice y apparaissent avec la gratuité douloureuse d’une névrose, s’ils se réduisent finalement à l’exclamation imbécile de Charles Bovary « c’est la fatalité », cette fatalité est massivement intemporellement décrite, monstrueuse image sur le mur immobile.
Or, nous savons bien, par expérience enfantine, ou conjugale, ou même de l’enseignement si « magistral », caricaturalement, qu’il se veuille, que cela n’est pas vrai, qu’il n’en est pas ainsi des pouvoirs analogues au pouvoir souverain.
L’obéissance du fils au père, [d’un individu à un autre] ne sont pas si grossières ; elles ne se fondent pas sur l’axiome qu’il « faudrait bien » des fils et des pères, [etc.] ! Si le latin spécifie une « obedientia ad verba », une obéissance à la lettre, à ce qui se veut le dernier mot, nous éprouvons sans cesse par la condition du langage (où l’autorité n’est justement qu’un élément) des reprises en interrogation nouvelle, en exclamation, des variantes secrètement fondées sur la certitude que nul ne dit exactement ce qu’il croit ; l’enfant a beaucoup de cordes à l’arc de son obéissance, et jusqu’à l’ironie et au soupçon indispensables. Comment serait-il autrement du sujet ?
Le pouvoir n’est pas dans l’instant, plutôt dans la durée du dialogue, et la politique est une conversation en actes réels, avec des silences qui ne sont pas étrangers à son sens. Ce qu’il importe d’entendre pleinement tient à la nature mixte (du résultat d’un dialogue intérieur sur lequel d’autre se fonde) pour l’État et pour le peuple : actes d’autorité pour le premier, signes de consentement à tous es degrés pour le peuple. Quoi ! Le peuple ne pourrait vouloir au sens plein ? Mirabeau n’a-t-ilrien dit sur cette volonté et sur les baïonnettes ?
D’abord, si l’on ne sait ce qu’a exactement dit Mirabeau, on a son propre témoignage, le récit de l’événement fameux, la Treizième lettre du comte de Mirabeau à ses « commettants », écrit aussitôt après la séance du 23 juin où l’apostrophe est modestement attribuée à un « député des communes », et édulcorée d’une manière peu probante de sa conviction intime : « Pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baïonnette ». C’est moins beau que ce que l’on apprend à l’école primaire, mais plus intéressant par l’absence de cette volonté. Rousseau lui-même la déclarait non représentable ; et si le consentement s’accommode de diversité, et même d’ambiguïté, la volonté du peuple ne pourrait être que la prétention d’une partie du peuple à être l’Etat, qu’elle n’est point. J’ai noté, de surcroît, que la volonté n’est pas non plus intacte ni sans règle dans l’Etat ; le mode de l’autorité, du résultat de son action, trouve deux fois sa limite, dans la détermination par le bien commun, hors de laquelle l’autorité est introuvable ; puis dans la matière du consentement populaire, en ses signes antérieurs et dans le calcul que l’on peut faire de sa probabilité et de son degré. Vouloir se perd, s’oublie quand un pouvoir invente ses voies, et le mythe de la volonté une du peuple apparaît et s’exploite dès que le consentement foncier, l’habitus normal du sujet ou du citoyen manque, et que le vide, n’importe comment, exige une matière.
Un regard sur le modèle proposé permet d’ailleurs de comprendre comment naît le lâche préjugé commun, qu’il faut toujours des gouvernants et des gouvernés, et qu’à la limite il n’y a qu’une espèce de régime du pouvoir, l’oligarchie ; pour l’Etat, la production terminale, le mixte, où la composition, au moins dialectique, s’abolit, est l’autorité : un sic jubeo.
Il n’y a rien à répondre, sinon les armes à la main et dans la guerre civile manifestée, à la constatation de Joseph de Maistre : « La souveraineté a des formes différentes. Elle ne parle pas à Constantinople comme à Londres ; mais quand elle a parlé de part et d’autre à sa manière, le bill est sans appel comme le fetfa » (tiré de Du pape, paru en 1819). D’autre part, le mixte dans la participation du sujet à la dialectique du pouvoir est le consentement ; l’idée de légitimité qui y a introduit le soupçon, la mise en cause qui distingue les modes d’obéissance des peuples, sont, dès l’abord, parce qu’il faut vivre et que l’histoire laisse peu le temps de respirer, oubliés au fond du consentement.
https://www.actionfrancaise.net/2026/04/04/des-gouvernants-et-des-gouvernes/
vendredi 3 avril 2026
jeudi 2 avril 2026
L’énergie solaire était bien responsable du black-out électrique mortel en Espagne
La preuve du scandale
Or, comme l’a révélé la presse hispanique, ces derniers jours, le Sénat espagnol, s’appuyant notamment sur des échanges entre opérateurs du réseau Red Eléctrica, a pu prouver, depuis, que le solaire était bien à l’origine de la panne, mais aussi que cette origine était connue et a été dissimulée.
En effet, l'ENTSO-E (Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d'électricité) est venu à la rescousse de REE, après un premier rapport sur les faits, paru le 3 octobre 2025, et s’est ensuite fendu d’un rapport final de près de 500 pages, paru le 20 mars 2026. « Un modèle d’enfumage, dont l’objectif était de noyer le poisson sous des tonnes d’informations, en se gardant de pointer l'essentiel », a réagi l’expert en énergie Fabien Bouglé, dont la revue Transitions & Énergies évoque l’affaire dans un article, ce 1er avril.
La chaîne du mensonge
Et c’est une véritable chaîne solidaire du mensonge par dissimulation qui s’est en effet mise en place afin de sauver le « soldat énergies renouvelables ». En France, le 25 mars 2026, RTE reprenait complaisamment, sur son site, via des questions-réponses, les éléments de langage du rapport du ENTSO-E paru 5 jours plus tôt. Le quotidien Le Monde avait fait de même dès le 20 mars.
Très vite après la grande panne, pourtant, de nombreux experts avaient indiqué que sa cause principale était la perturbation due au solaire.
En juin 2025, Quota Climat, association spécialisée dans la délation auprès de l’Arcom de toute personnalité ou média remettant en cause le dogme écologiste (et notamment sur les énergies renouvelables), passait à l’attaque sur LinkedIn. Sa cible : André Merlin, ancien président fondateur de RTE. Son crime ? Sa « prise de position attribuant la panne électrique espagnole aux énergies renouvelables tourne dans les médias, publics et privés ». Et Quota Climat de faire jusqu’au bout sa besogne de délateur en citant les médias ayant repris les propos de l’ancien patron de RTE qui contredisaient le discours de son successeur.
« J’avais à l’époque relayé les interventions d’André Merlin, que j’estimais être le bon sens même », se rappelle Fabien Bouglé.
« Quand j’avais appris par les infos le déclenchement de ce black-out en Espagne et au Portugal, explique-t-il, j’avais immédiatement fait une capture d’écran des relevés de production électrique avant et au moment de la panne. On voyait bien que cela coïncidait avec une forte augmentation de production d’origine solaire. »
On voit ici nettement les oscillations de la production solaire (en jaune) qui ont provoqué la panne du 25 avril 2025 (document fourni par Fabien Bouglé).
Une intermittence génératrice d’oscillations
Ce sont ces données qui ont alerté les professionnels dont les échanges figurent au rapport du Sénat espagnol. Elles sont, ajoute Fabien Bouglé, l’exemple type du « danger que constituent les énergies renouvelables pour un réseau d’électricité ». En effet, pour que le réseau fonctionne correctement, « il faut que les niveaux de production et de consommation de l’électricité soient identiques ou approchants ». Or, tributaire de l’ensoleillement, « la production solaire crée des oscillations ». Et le 25 avril 2025, « une très forte oscillation de la production solaire a subitement fait osciller la production totale », bien loin du niveau de consommation du moment. « C’est cela qui a provoqué la panne générale, et les spécialistes sérieux ont vite compris ce qui s’est passé ce jour-là », conclut Fabien Bouglé, qui ajoute que « l’Espagne, ayant fait une croix sur le développement de son nucléaire, était d’autant plus fragile face à ce phénomène d’oscillation. L'inertie des réacteurs nucléaires permet en effet de contrer une hausse de fréquence, donc de limiter le risque de black-out. »
La PPE3, facteur potentiel d’un black-out
Il aura donc fallu la découverte de ces échanges entre opérateurs pour que se dissipe l’écran de fumée mis en place, pour des raisons idéologiques, par les politiques et les opérateurs, sous la pression des idéologues écologistes. Ce qui s’est passé depuis près d’un an en Espagne est évidemment grave pour l’Espagne, mais pas seulement.
Comme l’a fait remarquer François-Xavier Bellamy, sur son compte X, « malgré les tentatives de censure du gouvernement socialiste espagnol, l'évidence s'impose enfin. Avec ses conséquences pour la France, qui avec la PPE3 s'enfonce dans la même impasse... » En déséquilibrant notre « mix énergétique » au profit des énergies intermittentes, la PPE3 augmente de facto le risque d’un black-out français. Et pour l’eurodéputé LR, « Les milliards d'euros imposés chaque année aux Français pour raccorder des énergies intermittentes à notre réseau, pourtant le plus décarboné d'Europe, conduiront demain au même effondrement. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas ! »
Ses collègues députés LR en France sont-ils sur la même ligne que François-Xavier Bellamy ? Leur attitude face au passage en force de Sébastien Lecornu et de ses alliés socialistes et écologistes sur la PPE3 permet d’en douter.
mercredi 1 avril 2026
Les communes et le roi

par François Marcilhac
Dans Ouest France du 24 février 2026, en vue du premier tour des élections municipales, le comte de Paris rendait hommage aux élus municipaux en rappelant que « ces artisans du bien commun incarnent à la fois l’âme de notre pacte social et l’expression de notre diversité ». Et d’appeler à élargir leurs compétences. Malheureusement, le pays légal républicain est indifférent à cette dimension essentielle de cette « démocratie de proximité », la seule qui pourrait véritablement refléter le souci politique en dehors de toute autre considération. Parce que le régime des partis politise tout, au mauvais sens du terme, parce qu’il fait de chaque enjeu électoral un enjeu de pouvoir oligarchique, parce qu’il est incapable de s’affranchir de ses propres démons politiciens, il abîme ces élections et le rapport entre le maire et ses « administrés » en y insufflant des préoccupations étrangères aux affaires municipales. C’est ainsi que la seule question que se sont posés politistes, journalistes et politiciens était de savoir si les municipales de 2026 préfigureraient les luttes à venir pour la présidentielle de 2027, alors que, comme le comte de Paris l’écrivait également, « si les Français plébiscitent les communes, c’est parce qu’elles sont naturellement l’espace des avancées concrètes et de la solidarité réelle ».
La République contre les communes
Ce n’est pas la première fois que le comte de Paris alertait ainsi sur la spécificité des communes dont les libertés, anciennes et bien plus étendues avant 1789, ont été voulues et élaborées par nos rois au Moyen Âge. Durant la covid-19, en juillet 2020, il avait déjà publié une tribune sur « nos communes, expression de la France vivante » où il militait pour un renforcement de ces libertés : « Défendre nos communes, c’est d’abord veiller à leur libre administration. […] Défendre nos communes, c’est respecter leur autonomie financière et veiller à ce qu’elles disposent des justes moyens pour agir. Défendre nos communes, c’est veiller à ce qu’elles conservent une place centrale dans notre organisation territoriale ». Or, qu’a fait le pays légal depuis plusieurs décennies, sinon le contraire, en noyant les compétences des communes au sein de machins intercommunaux inefficaces et, le plus souvent, au seul profit de la commune la plus puissante, tout en les étouffant financièrement, sans oublier une métropolisation qui coupe la France en deux. Chacun a observé la hausse de l’abstention aux dernières municipales, et nos politistes d’en conclure que le désintérêt des Français pour les élections affectait désormais jusqu’à leurs élus préférés. C’est ne pas voir que cette hausse est trompeuse et qu’elle a été largement provoquée, s’agissant surtout des petites communes. Ainsi, au nom d’une conception rigide de la parité, le pays légal, totalement déconnecté du pays réel, a-t-ilsupprimé le panachage dans les communes de moins de 1 000 habitants : jusqu’en 2013, ce droit concernait celles de moins de 3 500 habitants et il a été totalement supprimé en 2025. Or — double conséquence délétère —, le fait que la parité soit devenue obligatoire pour ces communes limite déjà la constitution de listes : souvent une seule peut être constituée. Dans ces conditions, pourquoi aller voter ?
Une administration étouffante des Français
La République ne cesse ainsi de s’attaquer aux libertés fondamentales des Français. En supprimant leur droit de pouvoir choisir réellement ceux qui administreront leur cité, elle montre avec, de plus, une arrogance idéologique qui frôlerait le ridicule si elle ne traduisait surtout une volonté totalitaire de rationalisation politicienne, que son seul objectif est de vider de son sens le premier échelon, l’échelon communal, là où devrait s’exercer cette « démocratie » réelle permettant aux citoyens de s’organiser comme ils l’entendent. Nous en arrivons au stade ultime de cette dépossession au profit d’une administration toujours plus étouffante. La limitation du nombre des communes, qui s’est accélérée depuis vingt ans, participe de la même démarche de déracinement et privation de nos libertés fondamentales. S’appuyant bien souvent sur des exemples étrangers (Allemagne, Royaume-Uni), faisant fi de notre histoire à la fois locale et nationale parfois bimillénaire, avec une vision strictement quantitative de la politique locale, qui vaut aussi pour la politique de la santé — ainsi de la fermeture des maternités dans les « territoires », mot affreux de hauts fonctionnaires hors sol visant à neutraliser le rapport du citoyen à sa petite patrie —, la République des administrateurs et des oligarques espèrent mettre définitivement la main sur des citoyens dont il faut brider toute initiative et toute velléité d’autonomie. La République, au fond, reste toujours la même : les prétendues lois de décentralisation n’ont fait, depuis 1982, que rendre les Français toujours plus dépendants de l’État et des structures qu’il a inventées — jusqu’à des régions totalement artificielles sous Hollande — pour leur donner l’illusion qu’ils vivaient dans un pays décentralisé (article 1er de la Constitution) tout en les privant de toute initiative, le carcan européen venant renforcer le carcan jacobin. Oui, le Français n’est plus qu’un matricule, ce que Maurras dénonçait déjà avant la Première Guerre mondiale : aucune initiative ne lui est plus laissée dans aucun cadre et les communes ne font pas exception. Elles n’ont quasiment plus aucune marge de manœuvre, non seulement financière mais également juridique. Alors, il est vrai, pourquoi aller voter ?
Un tableau toutefois contrasté
Toutefois, il serait faux d’en conclure que le Français ne se sent plus concerné par ce que l’on pourrait appeler sa citoyenneté de proximité, celle précisément dont dépend sa vie quotidienne. Si, dans les métropoles à la sociologie mondialisée, l’enjeu est surtout idéologique — on le voit aux résultats de Paris, Marseille, Lyon ou Nantes, qui ne sont décevants que pour ceux qui ont cru à une véritable possibilité d’alternance, quand la différence des listes reposait surtout sur des enjeux de pouvoirs oligarchiques ou d’ambition personnelle —, en revanche, s’agissant de villes petites ou moyennes, on vote encore beaucoup. La participation augmente même lorsque les citoyens veulent confirmer des personnalités qui ont déjà fait leurs preuves ou espèrent un véritable changement. Assurément, cela peut donner le pire comme le meilleur. Là encore, la sociologie a son importance, même s’il ne faut à aucun prix tomber dans un déterminisme paresseux. Mais il n’est pas étonnant que LFI ait, à la fois, perdu en raison de sa gestion calamiteuse, au profit de la droite, les deux seules mairies de plus de 5 000 habitants (une dans le Nord, l’autre dans l’Hérault) qu’elle avait remportées en 2020, et, en revanche, gagné aujourd’hui, en raison de l’évolution de son discours, des villes gangrénées par l’islamo-gauchisme et le narcotrafic. Inversement, le pays réel plébiscite des maires, souvent jeunes, qui refusent le politiquement correct et dont l’action et le discours se répondent : ainsi le maire de Salbris (Loir-et-Cher), Alexandre Avril, vice-président de l’UDR, qui avait pourtant fait l’objet dans les médias de grand chemin de tentatives de déstabilisation, a été reconduit haut la main dès le premier tour. Quant à une volonté de changement, un jeune candidat de vingt-cinq ans, passé des LR aux RN, Romain Lemoigne, a réussi à faire sortir de sa torpeur centriste, plus ou moins teintée de rose selon les saisons, la ville de La Flèche, dans le sud de la Sarthe.
Qu’est-ce à dire, sinon que les Français espèrent encore dans leur petite patrie et souhaiteraient pouvoir renouer avec une véritable vie communale, la municipalité étant le lieu d’une citoyenneté directe et efficace. Seul, là encore, un régime indépendant de partis et des oligarchies pourrait la leur rendre.
Le comte de Paris ne cesse de les y inviter.
https://www.actionfrancaise.net/2026/04/01/les-communes-et-le-roi/
mardi 31 mars 2026
lundi 30 mars 2026
Colonisations oubliées : les génocides par les empires musulmans
Alors que l’Occident est soumis à une entreprise systématique de repentance et d’auto-flagellation concernant son passé colonial, un silence assourdissant entoure d’autres entreprises impériales, tout aussi vastes et autrement plus durables. Les conquêtes arabes, ottomanes et mogholes ont modelé le visage de trois continents pendant plus d’un millénaire, laissant derrière elles des traces de violence, de destruction culturelle et d’oppression dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Cette histoire méconnue mérite d’être racontée pour restituer à la colonisation européenne sa juste place : celle d’un épisode parmi d’autres dans la longue et tragique histoire des dominations humaines.
L’empire arabe (VIIe-XVe siècles) – La conquête au nom d’Allah
Une machine de guerre implacable
L’expansion arabe débuta au milieu des années 630 et frappa avec une violence foudroyante deux empires alors affaiblis. En quelques années, les armées arabes s’emparèrent de la Palestine, de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Égypte. L’Empire perse sassanide, l’une des plus brillantes civilisations de l’Antiquité tardive, s’effondra complètement en 651. Ces conquêtes furent menées avec une brutalité extrême.
La guerre de conquête était constitutive du message islamique. Comme le rappellent les historiens, l’exhortation coranique « Combattez dans le chemin d’Allah ! » justifiait l’entreprise guerrière : le succès assurait aux combattants « la richesse en ce monde, le paradis dans l’autre ». Une motivation double – matérielle et spirituelle – qui explique la détermination des conquérants.
Le système de la dhimmitude : une ségrégation institutionnalisée
Sur les territoires conquis, les populations non musulmanes (chrétiens, juifs, zoroastriens) obtenaient le statut de « dhimmis » (protégés). En apparence tolérant, ce système imposait en réalité des restrictions humiliantes et une discrimination légale. Les dhimmis devaient s’acquitter d’un impôt spécifique, la jizya, en échange d’une « protection » qui les plaçait dans une position d’infériorité.
Sous le calife abbasside Al-Mutawakkil, au IXe siècle, de nombreuses restrictions renforcèrent le statut de citoyens de seconde zone des dhimmis : obligation de se distinguer par leur costume, interdiction de construire de nouveaux lieux de culte ou d’en réparer sans autorisation musulmane. C’était une forme de ségrégation institutionnalisée pendant des siècles.
L’arabisation forcée : un génocide
Sous les Omeyyades puis les Abbassides, l’unification des territoires conquis passa par une politique délibérée d’arabisation et d’islamisation. Des écoles furent instituées pour répandre le Coran, les juges formés au droit musulman. Des cultures millénaires furent progressivement laminées, leur langue reléguée, leur héritage historique effacé.
La traite arabe
La traite des Noirs d’Afrique et des Slaves de la mer Noire par le monde arabo-musulman a duré plus de onze siècles et aurait fait environ 17 millions de victimes, selon l’historien Tidiane N’Diaye, et la mortalité y était effroyable, impossible à chiffrer. Il reste des descendants d’esclaves noirs aux Amériques, pas dans le monde arabo-musulman. Cette traite, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique, a été largement minimisée. La seule façon d’échapper à l’esclavage était souvent la conversion à l’islam. À ces chiffres il faut ajouter les environ un million de victimes des Barbaresques en Méditerranée occidentale.
L’empire ottoman (XIVe-XXe siècles) – Domination et violences
La conquête des Balkans
À partir de 1362 et la prise d’Andrinople, les Ottomans entamèrent la conquête méthodique des Balkans. Les Serbes tombèrent après la bataille de Kosovo en 1389, les Bulgares en 1396, Constantinople en 1453, la Bosnie en 1463.
Le devchirmé : l’enlèvement des enfants chrétiens
Parmi les pratiques les plus odieuses de l’Empire ottoman figure le « devchirmé » (ou « devşirme »), littéralement « le ramassage » ou « la récolte ». Établi dans la deuxième moitié du XIVe siècle, ce système consistait à réquisitionner des garçons âgés de 8 à 18 ans parmi les populations chrétiennes des Balkans et d’Anatolie.
Ces enfants étaient envoyés à Constantinople, convertis de force à l’islam, éduqués et formés à exercer des fonctions civiles ou militaires, en particulier au sein du corps des janissaires. Entre les XIVe et XVIIe siècles, on estime que 300 000 à 500 000 enfants chrétiens (serbes, grecs, bulgares, albanais) furent pris dans ce système.
Ce système était surnommé « impôt sur le sang » ou « tribut du sang » par les populations concernées.
Les grandes vagues de massacres
Pour l’époque récente, on répertorie quelques-unes des vagues suivantes de massacres :
1. Massacres hamidiens (1894-1897) : Sous Abdülhamid II, entre 80 000 et 300 000 Arméniens sont massacrés et 25 000 Assyriens tués. Ces violences, planifiées par l’État, constituent un « prélude expérimental » au génocide.
2. Massacre d’Adana (1909) : 20 000 à 30 000 Arméniens supplémentaires périssent en Cilicie.
3. Génocides ottomans tardifs (1913-1924) : Sous les Jeunes-Turcs, l’extermination devient systématique :
- Génocide arménien (1915-1917) : 600 000 à 1,5 million de morts (les deux tiers de la population arménienne), par déportations, marches de la mort, massacres et conversions forcées.
- Génocide grec pontique (1913-1922) : 300 000 à 900 000 Grecs orthodoxes exterminés.
- Génocide assyrien (1914-1924) : 250 000 à 300 000 Assyro-Chaldéens tués.
Total pour les seules populations chrétiennes (1894-1924) : entre 1,25 million et 3,03 millions de victimes, selon les estimations.
La négation persistante
Aujourd’hui encore, la Turquie refuse de reconnaître les génocides qu’elle a orchestrés. Cette négation d’État perpétue une violence symbolique contre les peuples victimes.
L’empire moghol (XVIe-XIXe siècles) Massacres dans l’Inde
L’Empire moghol fut fondé en 1526 par Babur, descendant de Tamerlan et de Gengis Khan. Les Moghols furent avant tout des conquérants, imposant par les armes leur domination sur le sous-continent indien.
L’intolérance religieuse sous Aurangzeb
Si les premiers Moghols, notamment Akbar (1556-1605), pratiquèrent une politique de relative tolérance, ce fut surtout sous le règne d’Aurangzeb (1658-1707) que l’intolérance atteignit son paroxysme. Aurangzeb réimposa la jizya (impôt sur les non-musulmans), détruisit de nombreux temples hindous (notamment le célèbre temple de Vishwanath à Bénarès), persécuta les sikhs et fit exécuter leur neuvième gourou, Tegh Bahadur, en 1675.
Ces politiques créèrent un ressentiment généralisé et des rébellions qui fragmentèrent l’empire.
Les massacres
Les sikhs subirent des persécutions particulièrement sévères. Le cinquième gourou, Arjan Dev, fut torturé à mort en 1606 sur ordre de l’empereur Jahangir. Le neuvième gourou, Tegh Bahadur, fut décapité publiquement à Delhi en 1675 par Aurangzeb pour avoir refusé de se convertir à l’islam.
L‘estimation du nombre des victimes des Moghol est l’objet de polémiques entre les historiens.
L’historien Will Durant écrivait en 1935 que « la conquête mahométane de l’Inde est probablement l’histoire la plus sanglante de l’histoire ». Des auteurs comme Koenraad Elst et François Gautier ont avancé, sur cette base, des estimations de plusieurs dizaines de millions de morts sur les huit siècles de présence musulmane en Inde.
Les historiens nationalistes hindous avancent aussi des chiffres considérables : K.S. Lal estime à 80 millions la diminution de la population hindoue entre 1000 et 1525, tandis que Koenraad Elst affirme que le bilan dépasse celui de la Shoah.
Éléments communs et comparaisons
Une violence systémique
Ce qui frappe dans l’étude des empires arabes, ottomans et moghols, c’est la récurrence de certaines pratiques violentes :
- La conquête militaire comme fondement de l’État
- La discrimination légale des populations non musulmanes, institutionnalisée sur des siècles
- La pression fiscale confiscatoire
- Le travail forcé et l’esclavage à grande échelle
- La destruction délibérée des lieux de culte
- Les déplacements forcés de populations
L’absence de repentance
Contrairement à l’Europe, qui a entrepris un examen critique de son passé colonial, les héritiers des empires arabes et ottomans n’ont jamais véritablement fait face à leur histoire. La Turquie continue de nier le génocide arménien. Le monde arabe n’a jamais entrepris d’examen critique de l’expansion islamique et de ses conséquences sur les populations non musulmanes.
La durée de la domination arabo-musulmane (plus d’un millénaire), son étendue (de l’Espagne à l’Indonésie), et l’ampleur des transformations culturelles imposées (arabisation, islamisation) sont sans commune mesure avec la brève parenthèse coloniale européenne (à peine deux siècles dans la plupart des cas).
Conclusion
Les classes dirigeantes d’Occident traverse une crise de la mémoire. Pris dans une spirale de repentance, elles semblent avoir perdu la capacité de regarder l’histoire de leurs pays avec sérénité. Pourtant, les faits sont têtus. Les empires arabes, ottomans et moghols ont exercé une domination autrement plus longue, autrement plus étendue, et autrement plus brutale que la colonisation européenne.
La colonisation européenne a apporté des bienfaits et a respecté les cultures locales qui existent toujours. Les conquêtes musulmanes procèdent d’un véritable génocide : ces empires ont éradiqué les langues, les religions et les cultures des pays conquis. Et ils continent en persécutant les Kurdes, les chrétiens, les juifs et les autres cultures minoritaires. En Occident seuls deux génocides ressemblent aux crimes commis en Orient : celui des Amérindiens par les Anglo-Saxons et la Shoah.
Jean Lamolie
https://ripostelaique.com/colonisations-oubliees-les-genocides-par-les-empires-musulmans/
La guerre du FLN contre la France s’est transformée en guerre de religion
Depuis des années j’affirme que la guerre d’Algérie qui, avant 1954, fut effectivement une révolte contre la France colonisatrice, est devenue progressivement une guerre de religion : il ne fallait qu’aucun « non musulman » ne reste en Algérie après l’indépendance.
Il faut que ce soit un communiste, Jean-Pierre Lledo, partisan du FLN, qui a pris la nationalité algérienne et qui est resté en Algérie indépendante jusqu’en 1993 qui le confirme dans une déclaration faite plus d’un demi-siècle après la déclaration de l’indépendance.
Et je me vois contraint de le remercier, non seulement pour cette déclaration mais également pour la réponse, en trois volets, apportée au « minable » rapport mémoriel remis par Benjamin Stora au président Macron.
Voici un extrait de cette confirmation :
« La déclaration d’indépendance du 1er Novembre 1954 a pour but un Etat souverain, mais « dans le cadre des principes islamiques ».
On se jure fidélité sur le Coran. On coupe le nez des déviants pris en flagrant délit. L’homosexuel est puni de la peine de mort, quel que soit son grade (le chef militaire Bachir Chihani en fera l’expérience). L’égorgement n’est pas un acte sauvage pour le combattant, puisque sanctifié par l’islam.
L’ennemi est « l’infidèle », la guerre est un « djihad ». On la mène au cri d’ « Allahou akbar » (Allah est le plus grand). Et ceux qui la font sont des « frères » («khawa», c’est-à-dire des frères… musulmans). Dans les zones qu’il contrôle, le FLN remplace la juridiction française laïque par la charia.
Un des grands dirigeants de la lutte armée, et particulièrement du massacre du 20 août 1955 dans l’est-algérien, Lakhdar Ben Tobbal, avoue dans ses mémoires avoir fait la guerre aux non-musulmans : « Bons ou mauvais, je ne faisais pas de différence ».
Un autre dirigeant, Si Abdallah, témoigne : « Nous n’arrivions pas dans une mechta en soldats révolutionnaires mais en combattants de la foi et il est certain que l’islam a été le ciment qui nous permit de sceller notre union…»
Même un des dirigeants, souvent présenté comme le Saint Just laïque de la révolution et qui sera assassiné par les siens, le Kabyle Abane Ramdane, ne dérogera jamais à l’idéologie dominante qui se veut « arabo-musulmane », et à ce titre signera un texte contre « les berbéristes », destiné à la Fédération de France du FLN.
Quant à l’autre chef kabyle, le Colonel Amirouche, très peu savent qu’il adhéra à l’Association des Oulémas (d’où sortiront plus tard les cadres de l’islamisme), qu’il défendit la langue arabe contre le berbère, qu’il s’opposa radicalement aux « berbéristes » (nationalistes qui ne voulaient pas d’une Algérie fondée sur des critères ethniques ou religieux) et qu’il imposa les prières quotidiennes à ses subordonnés dans les maquis.
Aussi, le résultat d’une telle orientation pouvait-il être autre que celui qui s’imposa au moment de l’indépendance et que révéla clairement le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Ben Khedda, trente ans plus tard dans ses mémoires : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale »?
Les accords d’Evian du 18 mars 1962 (qui ne furent jamais ratifiés par l’organe suprême du congrès de Tripoli) se refusaient à considérer les non-musulmans comme des Algériens. Diktat imposé par le FLN à la France, en échange de l’autorisation à exploiter le pétrole durant 10 ans. Les non-musulmans ne pouvaient devenir Algériens qu’en en faisant la demande, souvent refusée à des militants de la cause indépendantiste.
Dans le très officiel Mémorial des Martyrs d’Alger, aucun nom de combattants non-musulmans ne figure. Bien plus, à Ténès on débaptisera la rue Ghenassia en rue de Palestine : cet infirmier juif avait pourtant préféré mourir que fuir l’encerclement de l’armée française, afin de rester près de ses blessés.
En 1962, le million de chrétiens et de juifs n’eut d’autre choix que de quitter précipitamment ce qu’ils considéraient comme leur pays. Et pour ceux qui, malgré tout, continuaient à espérer pouvoir rester, on commandita l’assassinat du musicien juif Raymond Leyris, le 22 Juin 1961, puis une année plus tard le massacre de centaines de non-musulmans à Oran, le 5 Juillet 1962, méfait à ce jour non-revendiqué par ses auteurs, et à propos duquel aucun historien algérien n’a encore osé entreprendre une recherche, comme on peut s’en douter.
Des preuves de « la dimension religieuse de la guerre d’Algérie », on pourrait encore en trouver de très nombreuses. Ce qui ne manque pas d’étonner, c’est plutôt le refus des élites algériennes comme européennes d’admettre l’évidence. Et si cela pouvait se comprendre durant la guerre d’indépendance, de leur point de vue (ne pas affaiblir « la révolution »), que dire aujourd’hui, 56 ans plus tard ? Ne serait-ce pas parce que cette stratégie de l’aveuglement rend encore quelques services aux élites dhimmisées en cette époque où les violences de l’islamisme, confinées jusque-là aux pays musulmans, sont en train, depuis plus de deux décennies, de s’exporter, notamment en Europe ? »
Jean-Pierre LLEDO (2018).
Si je peux parler de la guerre d’Algérie, et même de l’Algérie, mieux que Lledo jusqu’en 1962, il est bien évident qu’il peut, lui, parler de l’Algérie indépendante, de 1962 à 1993, bien mieux que moi
Manuel Gomez
https://ripostelaique.com/la-guerre-du-fln-contre-la-france-sest-transformee-en-guerre-de-religion/
Pourquoi l’empirisme organisateur ?

Parce que la politique est la science de la cité. Parce que saint Thomas d’Aquin ajoute que la science politique appartient à la philosophie pratique et qu’elle est l’achèvement de la philosophie des choses humaines puisqu’elle traite de l’objet le plus noble et le plus parfait. Parce que Charles Maurras, influencé par la pensée d’Auguste Comte et formé par la philosophie thomiste, considère lui aussi la politique comme une science…
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Politique et morale sont deux domaines distincts : « La politique n’est pas la morale. La science et l’art de la conduite de l’État ne sont pas la science et l’art de la conduite de l’homme. Où l’homme général peut être satisfait, l’État particulier peut être déconfit », selon Charles Maurras dans Romantisme et Révolution, qui précise dans La démocratie religieuse que « la morale se superpose aux volontés ; or, la société ne sort pas d’un contrat de volontés mais d’un fait de nature ».
Ainsi, « l’inégalité des hommes » est un fait, qui n’est ni moral ni immoral, mais qui est, tout simplement, et dont la science politique doit tenir compte. Il faut donc distinguer deux phases :
-
une phase spéculative, qui observe les faits, où la morale n’a pas à intervenir ;
-
une phase pratique, qui concerne l’action politique, où la morale a son mot à dire.
La méthode expérimentale
S’il existe une vérité politique, c’est-à-dire une politique ayant des fondements objectifs et scientifiques, comment la découvrir ? C’est par l’expérience que le charpentier a connu la pesanteur ; c’est par l’expérience que le cultivateur a adapté ses travaux au rythme des saisons ; c’est par l’expérience que le physicien détermine les lois de la matière. De même, « notre maîtresse en politique, c’est l’expérience », indique Maurras, ajoutant « si l’on veut, ‘j’eus des théories’ et, si l’on veut ‘j’en ai encore’. Mais de tout temps, ces théories ont mérité leur nom, qui en montre la prudence et l’humilité, elles s’appellent l’empirisme organisateur, c’est-à-dire la mise à profit des bonheurs du passé, en vue de l’avenir que tout bien né souhaite à sa nation ». Par l’expérience et par l’observation, il apparaît que les sociétés, comme le monde physique, obéissent à des lois fixes qui ne s’inventent pas mais se découvrent.
L’induction
L’empirisme organisateur est une méthode d’abord inductive, qui part des faits pour parvenir aux principes. Il procède du particulier au général, du singulier au complexe, des constatations de fait aux vérités universelles. Le premier travail est donc l’observation des faits. Il commande le refus de tout a priori, de tout absolu lié aux goûts, aux préférences personnelles, aux opinions subjectives et de toute idéologie.
Le deuxième mouvement est l’analyse des faits : savoir distinguer pour unir. « L’analyse décompose pour découvrir l’ordre de la composition et fournit les éléments de la recomposition », mentionne Charles Maurras dans ses écrits, ajoutant encore que « la science politique est une science dont l’objet est la poursuite de constantes régulières et des lois statiques de la société (…) il s’agit des lois suivant lesquelles se présentent certains faits, qui ont coutume de ne point surgir séparément. Lois comparables à celle dont la nature et le laboratoire suivent l’action chaque jour. Elles consistent en liaisons constantes, et telles que l’antécédent donné, on peut être sûr de voir apparaître le conséquent. Par exemple, l’élévation de l’eau à 100° et le phénomène de l’ébullition. Par exemple, l’avènement de l’élection démocratique et le phénomène de la centralisation. On peut empêcher l’eau de bouillir. On peut empêcher la démocratie élective de se produire : si elle se produit, on ne peut l’empêcher de centraliser ». Et, par ailleurs, Maurras indique que « la tradition elle-même n’est autre que le souvenir des expériences ; elle doit donc être critique. Et l’esprit critique voit clair : l’esprit révolutionnaire ne sait ni ne veut regarder, ‘du passé faisons table rase’, dit la chanson. Je hais ce programme de l’amnésie : non, point de table rase. Cependant, libre voie ».
La déduction
L’empirisme ne se contente pas de rapporter des faits. Il doit être organisateur. La raison est indispensable pour établir une ligne politique. Rousseau s’est trompé. Non, parce qu’il raisonnait, mais parce qu’il raisonnait mal, se fondant sur des principes erronés de liberté-égalité.
Au dernier stade de la méthode, la déduction intervient une fois les lois induites du passé par l’observation et l’analyse. Charles Maurras disait ainsi dans La démocratie religieuse que « moyennant quelque attention et quelque sérieux, il ne faut pas un art très délié pour faire une application correcte de ces idées ainsi tirées de l’expérience postérieure. La déduction est, en ce cas, la suite naturelle des inductions faites » ; Auguste Comte précisant qu’il convient d’« induire pour déduire afin de construire ».
Encore faut-il ajouter que l’empirisme organisateur ne prétend pas formuler toutes les lois naturelles nécessaires au gouvernement des hommes et encore moins les lois surnaturelles. Il s’agit de déterminisme conditionnel : il ne faut pas ériger en absolu les constatations dégagées par l’empirisme organisateur, ni leur donner une valeur universelle et éternelle. Les faits se jugent non dans l’absolu, mais dans leur contexte historique. « Nous ne sommes pas des métaphysiciens. Nous savons que les besoins peuvent changer », dit Charles Maurras.
L’empirisme organisateur est le contraire d’un fatalisme : les lois historiques sont relatives et la multiplicité des lois assure à l’homme sa liberté, puisqu’il peut jouer sur leur nombre et leurs contradictions éventuelles. « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant », indiquait Francis Bacon, il y a déjà plusieurs siècles de cela.
https://www.actionfrancaise.net/2026/03/30/pourquoi-lempirisme-organisateur/

