Mythes et antimythes
Culture et histoire
mardi 10 mars 2026
lundi 9 mars 2026
dimanche 8 mars 2026
[HISTOIRE] 5 mars 1886 : l’anarchisme frappe au cœur de la Bourse de Paris
Un sacrilège anarchiste dans le temple du capitalisme
Ce 5 mars, vers 14 h 30, Charles Gallo, âgé de 27 ans, franchit les portes du palais Brongniart, un bâtiment dont la construction avait été ordonnée par Napoléon en 1806 et achevée sous Charles X en 1826. Siège de la Bourse de Paris, le palais est alors un lieu d’effervescence permanente où se croisent agents de change, courtiers et investisseurs dans un ballet incessant de transactions en tout genre. Pour Gallo, ce décor résume tout ce qu’il abhorre : la domination de l’argent et une société fondée sur la propriété.
Fraîchement arrivé de Nancy, où il avait fondé un petit cercle anarchiste après avoir purgé cinq années de prison pour fabrication de fausse monnaie, il avait d’abord envisagé d’autres cibles symboliques, notamment l’Assemblée nationale. Finalement, il choisit la Bourse, symbole direct du capitalisme qu’il entend frapper. À l’intérieur du bâtiment, armé d’un revolver et porteur d’un petit flacon rempli d’acide prussique, qu’il imagine pouvoir provoquer un effet meurtrier, il gravit les galeries dominant la corbeille et observe la foule des agents et des courtiers affairés.
Soudainement, il jette son flacon en direction de la foule. La bouteille se brise alors au sol mais, curieusement et heureusement, aucune explosion ne se déclenche : seule une forte odeur d’amande amère se répand dans la salle. Cette émanation suffit néanmoins à susciter la panique. Profitant de la confusion, Gallo sort son revolver et tire en direction de la foule située en contrebas. Deux coups de feu partent d’abord, sans atteindre leur cible, puis trois autres dans diverses directions. Un homme est néanmoins touché à la jambe après qu’une balle a ricoché. Rapidement alertée, la police intervient, maîtrise l’assaillant et l’empêche de prendre la fuite. L’attentat a ainsi échoué, mais le symbole est frappant : la Bourse de Paris, le cœur du système économique, vient d’être attaquée.
Le profil déterminé d’un anarchiste
Bien qu’il tente d’induire les enquêteurs en erreur en se présentant sous le nom de Petrovitch, l’auteur de l’attentat est rapidement identifié par la police. Né dans le Morbihan en 1859 et abandonné dès l’enfance, Gallo affronte l’existence avec adversité. Malgré cela, il tente de se lancer dans les études, mais en vain. Ses échecs successifs nourrissent alors en lui un profond ressentiment envers une société qu’il juge responsable de ses malheurs. Ce sentiment d’injustice l’entraîne ainsi progressivement vers les milieux anarchistes.
Lors de son procès, ouvert en juin 1886, Gallo ne manifeste aucun remords. Il transforme l’audience en tribune politique et lance, à plusieurs reprises, des cris de défi : « Vive la révolution sociale ! » « Vive l’anarchie ! » « Mort à la magistrature bourgeoise ! » « Vive la dynamite ! » Les juges se montrent inflexibles et le condamnent à vingt ans de travaux forcés, assortis de la déportation au bagne de Nouvelle-Calédonie. Là-bas, à l’autre bout du monde, son rejet de toute autorité ne faiblit pas. Peu après son arrivée, il agresse un surveillant pénitentiaire en lui plantant une pioche dans le ventre, acte pour lequel il est grièvement blessé à la tête lors de son interpellation. Rejugé, il est condamné, cette fois, à la réclusion à perpétuité. Il meurt en 1923 après avoir passé des décennies à revendiquer inlassablement son engagement anarchiste, idéologie au nom de laquelle il avait sacrifié son existence.
La propagande par le fait
L’attentat de la Bourse s’inscrit alors dans une phase de radicalisation d’une partie du mouvement anarchiste européen, marquée par la stratégie dite de la « propagande par le fait ». Élaborée dans les années 1880, cette doctrine repose sur l’idée que des actions spectaculaires et violentes peuvent, à elles seules, éveiller la conscience des masses et déclencher une nouvelle révolution. En France, cette orientation radicale s’enracine largement dans le traumatisme de la répression de la Commune de Paris en 1871, dont l’écrasement sanglant a laissé une génération de militants avides de se venger et de réussir à changer la société.
Cependant, Charles Gallo ne fut pas l’initiateur de cette mouvance violente dans l’Hexagone, rôle qui revient plutôt à l’attentat de Saint-Germain-en-Laye, en 1881, contre la statue de Thiers, mais il en constitue l’un des premiers relais. Son geste s’inscrit ainsi dans une séquence plus large de radicalisation de l’anarchisme français qui, au cours des années 1880 et 1890, voit apparaître d’autres figures comme Ravachol, auteur de plusieurs attentats à l’explosif en 1892, Auguste Vaillant, qui lance une bombe dans l’enceinte de la Chambre des députés en 1893, ou encore Sante Geronimo Caserio, assassin du président de la République Sadi Carnot en 1894, à Lyon.
À travers l’attentat de la Bourse, la France découvre ainsi l’une des premières expressions modernes d’une violence politique explicitement revendiquée par l’extrême gauche. Les lois dites scélérates de 1893 et 1894, adoptées afin de réprimer la propagande anarchiste et de renforcer les moyens de poursuite et de surveillance, témoignent de l’ampleur de l’inquiétude provoquée par cette vague d’attentats et de la volonté de l’État de vouloir stopper durement, à cette époque, cette menace terroriste.
Libye, Maghreb, mémoire coloniale : l’Afrique réelle décrypte les fractures du continent

Dans son numéro de mars 2026, L’Afrique Réelle, dirigée par Bernard Lugan, propose une série d’analyses consacrées aux grandes lignes de force du continent africain : assassinat de Seif al-Islam Kadhafi et avenir de la Libye, recompositions géopolitiques au Maghreb, dépendance énergétique de l’Algérie ou encore questions historiques liées aux accords d’Évian et à l’ethnogenèse des Berbères. Un numéro qui entend éclairer l’actualité africaine à la lumière des réalités historiques, politiques et géographiques du continent.
Sommaire du n°195 (mars 2026)
Actualité
– Seif al-Islam Kadhafi assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie
Dossier
– Maroc-Algérie-pays du Golfe, la nouvelle géopolitique du Maghreb
– L’Algérie exportera-t-elle encore des hydrocarbures en 2040 ?
– Le blé, une production stratégique pour l’Afrique
Histoire
– Les « Accords d’Evian » ou le début de l’épuration ethnique des Européens d’Algérie et du massacre des Harkis
– L’Empire africain britannique, un « mauvais investissement » ?
– L’ethnogenèse des Berbères
Editorial de Bernard Lugan
Seif al-Islam Kadhafi a été assassiné par ceux qui ne veulent pas voir renaître une Libye unie. Cette vieille terre berbère aujourd’hui arabisée et islamisée après avoir été tour à tour colonisée par les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Turcs, et enfin par les Italiens, se caractérise par la faiblesse du pouvoir central face aux permanences tribales et régionales. Véritables « fendeurs d’horizons », les ensembles tribaux les plus forts ont toujours contrôlé les couloirs de nomadisation reliant la Méditerranée à la région tchadienne. Les trafics d’aujourd’hui (drogue et migrants), se font le long de ces voies tracées par la géographie.
N’ayant pas voulu voir que la réalité politique libyenne repose sur l’équilibre et sur les jeux de pouvoir entre les grandes confédérations tribales et régionales, ceux qui, en 2011, au nom de l’ingérence démocratique, mirent à bas le régime du colonel Kadhafi, ont directement provoqué le chaos. Ceux qui viennent de faire assassiner son fils Seil al-Islam ont décidé de l’entretenir car ils en vivent.
La longue histoire des Berbères précède de 10 000 ans la conquête arabo-musulmane. Une évidence niée par certains historiens « officiels » algériens, dont Mohamed El Amine Belghit, pour qui « l’amazighité est un projet idéologique sioniste-français par excellence » car, selon lui, les Berbères n’existent pas. En 1962, Abderrahmane Ben Hamida, ministre algérien de l’Education nationale, avait quant à lui déclaré que « Les Berbères sont une invention des Pères Blancs »… L’ethnogenèse des Berbères permet de réfuter un tel mensonge ethnique et historique.
L’Algérie se trouve dans une situation de grande vulnérabilité avec à la fois une baisse de la production des hydrocarbures, et une hausse de la demande interne. Or, comme les hydrocarbures représentent près de 95% des exportations et plus de 60% du budget algérien, la situation économique rentière du pays va inéluctablement devenir intenable.
En France, nous disposons des travaux pionniers de Jacques Marseille qui montrent que son empire colonial fut une ruine pour la France. Aujourd’hui, grâce aux publications universitaires récentes, il est possible d’affirmer que l’empire africain ne fut pas un élément de la puissance économique britannique car il n’en constituait qu’un élément secondaire, pour ne pas dire marginal. En revanche, il fut un espace stratégique, politique et symbolique.
Les 18 et 19 mars, la France officielle et masochiste va « célébrer » l’anniversaire des « accords d’Evian » et du « cessez-le-feu » en Algérie. La « célébration » d’un abandon doublé d’une tragédie. Les accords d’Évian ont en effet été violés sur plusieurs points essentiels par les nouvelles autorités algériennes, notamment en ce qui concerne la sécurité des personnes (Harkis, Européens), les biens, et certaines clauses de coopération.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine
Pour connaître le néo-royalisme

Parce qu’il n’est pas forcément clair pour tout le monde que le royalisme est parfaitement d’actualité, parce qu’il est évident pour tous que le régime politique qui nous dirige est incapable de le faire, parce qu’il est impensable d’oublier d’où l’on vient…
*****
À la fin du XIXe siècle, Charles Maurras et quelques jeunes intellectuels patriotes avaient pris l’habitude de se retrouver « Boulevard Saint-Germain ». C’est là – un demi-siècle avant que « le Flore », envahi par Sartre et les existentialistes, ne devienne le quartier général de la gauche bien-pensante –, que Maurras et ses amis vont élaborer les premiers éléments d’une réflexion nationale et royaliste que François Huguenin a nommé l’école d’Action française. C’est dans l’héritage de cette tradition qu’en 2018 François Bel-Ker a fondé les Éditions de Flore qui se proposent de rééditer les textes classiques de la doctrine « néo-royaliste » et d’en montrer la fécondité en poursuivant la réflexion à travers la publication d’essais, d’études savantes, mais aussi de pamphlets, de nouvelles, de romans.
Nous suggérons aux jeunes qui rejoignent les sections du mouvement d’Action française, la lecture de Dictateur et Roi – suivi de De l’autorité légitime et Comment je suis devenu royaliste.
L’ouvrage, de 182 pages, est préfacé par Stéphane Blanchonnet et introduit par Frédéric Rouvillois. Dictateur et roi est au néo-royalisme ce que le Manifeste du parti communiste de Karl Marx est au marxisme. C’est donc son meilleur point d’entrée. Il a été écrit en 1899, pour être publiéla première fois en août 1903 dans la Revue d’Action française– suivi là des textes de deux autres auteurs remarquables : « La réponse d’un protestant » de Léon de Montesquiou et « Histoire d’un gentilhomme de province » de Guy de Pasillé. Il a été remis à la mode au début des années 1990 par la « Génération Maurras » lorsque l’Action française lycéenne, dirigée par Sylvain Roussillon, alors confrontée à une problématique de formation des jeunes recrutés, l’avait fait publier en brochure dans les Documents d’Action française.Aujourd’hui, Dictateur et roi fait partie des incontournables de la littérature nationaliste.
Le but de Maurras, observait son plus récent biographe, l’historien Olivier Dard, était, par ce bref ouvrage, de « convaincre par la raison » : de sortir d’une approche exclusivement sentimentale, esthétique ou romantique de la monarchie, pour en démontrer de façon irréfutable la nécessité rationnelle. C’est ce qu’il énonce dans la phrase qui conclut Dictateur et roi : « Ce que nos ancêtres ont fait par coutume et par sentiment, le poursuivre nous-mêmes avec l’assurance et la netteté scientifique, par raison et par volonté ». Et c’est ce que saluait le philosophe Pierre Boutang, estimant ce livre « propre à séduire (…) en profondeur, à convaincre (…) au-delà de l’opinion et pour toujours »…
C’est pourquoi nous conseillons même aux groupes de jeunes de nos sections militantes de faire de ce texte l’objet d’un cercle d’étude à reprendre à chaque rentrée.
Voici comment vous le procurer pour seulement 10 euros : Dictateur et roi
https://www.actionfrancaise.net/2026/03/08/pour-connaitre-le-neo-royalisme/
samedi 7 mars 2026
L’inhumanité

La une de l’Huma le 6 mars 1953, il y a 73 ans.
Avant d’avoir idolâtré le dictateur communiste (responsable de la mort de 10 à 20 millions de personnes selon les historiens), on doit au journal l’Humanité le talent d’avoir été interdit à la diffusion en France après la signature du pacte germano-soviétique de 1939.
Dès le 17 juin 1940 (soit le jour même où Pétain appelle à l’armistice) les dirigeants du PCF se précipitent dans les bureaux parisiens des Nazis pour demander l’autorisation de faire republier L’Humanité.
Pour donner des gages aux Nazis, la Une de l’Huma du 17 juin 1940 est titrée : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Proletarier aller länder, vereinigt euch ! » En français et en allemand, la langue du nouveau maître.
La requête de publication légale de l’Huma sera néanmoins rejetée par Otto Abetz, l’ambassadeur d’Adolf Hitler à Paris depuis le 14 juin.
Le journal sera malgré tout imprimé clandestinement, tout en adoptant (avant le retournement de juin 1941) une attitude de servilité vis-à-vis des Nazis.
Les barbares de la démocratie

Un trentième-et-unième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait De la réforme et de l’organisation normale du suffrage universel d’Henri Lasserre.
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Qu’est-ce qui pourrait les arrêter ? Rien.
Seraient-ce les considérations intellectuelles du passé, les leçons de l’histoire ? – Nequaquam, comme disaient les Latins. Pas le moins du monde. Ces gouvernants seraient ou des ignorants ou des dévoyés des classes supérieures tombés assez bas pour accepter le mandat impératif des incapables et pour se faire les flatteurs de la populace et les laquais de la plèbe.
Serait-ce de la conscience ? – Nous admettons volontiers et sans hésiter, nous admettons qu’il y aura là très évidemment des hommes sincères, des gens de bien, parfaitement intentionnés ; mais sur toutes les questions politiques et sociales, la conscience populaire n’a-t-elle pas été faussée par les sophismes que les publicistes colportent dans toutes les intelligences, voilà déjà plus d’un siècle ?
On a dit : « La loi n’est autre chose que l’expression de la volonté du plus grand nombre » ; et il y a là quelque chose de vrai, mêlé à quelque chose de faux. On a dit : « La loi doit être faite dans l’intérêt du plus grand nombre » ; et il y a là encore quelque chose de vrai mêlé à quelque chose de faux.
Mais le vulgaire, devenu tout puissant, ne distinguera pas les nuances. Il dira : « Je suis le Grand Nombre. Donc, ma volonté, c’est la Loi. Tout ce que je veux est légitime, par cela seul que je le veux et que je suis le Grand Nombre. Je fais la loi dans mon intérêt, et j’ai raison de la faire ainsi, puisque je suis le Grand Nombre. Je réalise par là l’idéal des plus purs philosophes. Mon égoïsme, qui serait un crime si j’étais le petit nombre, devient la suprême sagesse puisque je suis le Grand Nombre. Sacrifier le Grand Nombre au plus petit, ce fut le forfait de mes prédécesseurs au gouvernement ; mais sacrifier le plus petit au plus grand, c’est la justice parfaite. Ils étaient la majorité factice : je suis la majorité réelle, incontestable comme l’Océan ; je suis l’innumérable multitude ».
À ces ondes humaines, qui résistera ?
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L’ignorance et la déraison, excitée par la fièvre révolutionnaire – et aussi par la misère, toujours croissante en pareil temps – auront en main l’autorité régulière. Ce qui est légitime sera légal. Ce qui est antisocial sera à la tête de la société. Les ennemis de l’ordre public commanderont la force publique. Les brigands occuperont le ministère de la Justice et nommeront la Magistrature. Les voleurs auront à leurs ordres la Gendarmerie. Hier, une poignée d’hommes, agissant en petit et illégalement, s’appelait « la Commune », et donnait un échantillon de ce que l’on fera, en grand et légalement, en s’appelant « la Nation ».
Qu’ils forment une Convention ou qu’ils s’incarnent dans quelque dictateur, ainsi raisonneront, ainsi agiront les barbares qui sont maintenant à nos portes, et qui occuperont demain, si l’on n’avise aujourd’hui, tous les postes de la cité.
https://www.actionfrancaise.net/2026/03/07/les-barbares-de-la-democratie/
vendredi 6 mars 2026
jeudi 5 mars 2026
Tribune : La gauche n’a pas le monopole de la Résistance !

par Bernard Bonnaves, Olivier Dejouy, François Bel-Ker
Nous sommes des enfants et des petits-enfants de personnes qui ont résisté à l’occupation allemande et combattu le nazisme. La gauche n’a pas le monopole du patriotisme. Nous sommes des militants et des cadres royalistes dont les familles ont payé le tribut du sang. La gauche n’a pas le monopole de la Résistance. Nous commémorons chaque année la Résistance française, notamment le 11 novembre 1940. La gauche n’a pas le monopole de la mémoire.
Si l’histoire de l’Action française a connu des vicissitudes, nous pourrions également rappeler les propos publiés dans L’Humanité le 4 juillet 1940 : « Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistrot du coin. Bravo camarades, continuez même si cela ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants ! La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante ».L’Action française, elle, ne fraternisa jamais avec l’Allemand. Notre définition de l’amitié des peuples — de France — s’arrêtait à la frontière du Rhin.
Oui, une partie de l’Action française a été antisémite, notamment Charles Maurras. Comme Voltaire, Marx, Proudhon, Blanqui, Clemenceau. Oui, d’anciens militants de l’AF ont déshonoré le patriotisme. Comme Déat, Marquet, Belin ou Doriot. Mais l’Action française, à la suite de Pierre Boutang, a engagé son examen de conscience et a définitivement condamné toute forme d’antisémitisme. Jamais nous n’accepterons de réduire un de nos compatriotes à ses origines ou à sa religion. Jacques Bainville écrivait : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation ».
Nous sommes la France des terroirs, des provinces et du monde paysan.
Nous sommes la France d’Henri IV et de Richelieu.
Nous sommes la France des cathédrales et des bâtisseurs.
Nous sommes aussi la France des Vendéens et des Chouans qui se battirent — déjà —- contre l’extermination d’un peuple. Nous sommes la France de Verdun et la France de la Résistance. La Résistance, c’est aussi ce « paradoxe français » évoqué par l’historien Simon Epstein, montrant la diversité politique de ceux qui s’engagèrent contre l’occupant et le nombre très important de royalistes dans la résistance.
Notre panthéon c’est Henri d’Astier de la Vigerie, résistant et journaliste ayant appartenu à l’Action française, fondateur du réseau de résistance Orion, créateur des Commandos de France ; Jean-Baptiste Biaggi, militant à l’Action française, avocat, arrêté par la Gestapo, torturé qui s’évade en mars 1944 pour participer à la libération de Paris et à la campagne d’Allemagne ; Michel de Camaret, camelot du roi, diplomate, résistant dès 1940, intègre un commando parachutiste SAS des Forces françaises libres (FFL) ; Daniel Cordier, responsable du Cercle Charles Maurras de Bordeaux, un des premiers à rejoindre Londres, devient le secrétaire de Jean Moulin, se présente à lui en témoignant de son admiration pour Charles Maurras ; Jacques Debû-Bridel, écrivain, proche de Charles Maurras, militant antinazi dès 1935, il entre en résistance dès octobre 1940 à l’Organisation civile et militaire et au Super Nap (noyautage de l’administration publique) ; Paul Dungler, industriel du textile, responsable de l’Action française en Alsace, héros de la résistance, co-fondateur de la Septième Colonne d’Alsace alias Réseau Martial, initiateur de l’Organisation de la Résistance armée et à l’origine des Groupes mobiles d’Alsace ; Jean Ebstein-Langevin, militant de l’Alliance royaliste d’Alsace, vice-président de la Corpo de droit qui a appelé à manifester le 11 novembre 1940. Il passe en zone libre en 1941, officier de renseignement, incorporé dans la 1re armée ; Honoré d’Estiennes d’Orves, royaliste, martyr de la Résistance, exécuté le 29 août 1941 au MontValérien ; Raoul Girardet, camelot du roi, résistant, arrêté par la Gestapo ; Général Pierre Guillain de Bénouville, camelot du roi (17e équipe), résistant, fondateur de Radio-Patrie, membre du Comité Directeur du Mouvements unis de la Résistance (MUR) ; Yves de Kermoal, auteur du chant des Commandos de France ; Hubert de Lagarde, écrivain, journaliste, très proche de l’Action française, fondateur du réseau de résistance Éleuthère, membre du Comité d’action militaire, prend la tête du service de renseignement de Libération Nord, puis de l’étatmajor FFI, arrêté par la Gestapo, torturé, déporté à Buchenwald puis à Dora, meurt en déportation ; Général Philippe Leclerc de Hautecloque, maréchal de France, adhérent et abonné à l’Action française, royaliste de conviction, qui a redoré le drapeau français du Sahara aux flèches de la cathédrale de Strasbourg, et a libéré Paris à la tête de la 2e DB ; Maréchal Jean de Lattre de Tassigny, monarchiste, sympathisant de l’Action française ; Pierre Messmer, camelot du roi, il rejoint les FFL dès 1940 ; Edmond Michelet, militant de l’Action française, chef du mouvement de Résistance Combat en Limousin, arrêté, mis au secret et déporté à Dachau ; Jacques Perret, écrivain, prisonnier dès 1940 : il s’évade rapidement et rejoint les maquis de la Résistance ; André Pertuzio, ancien président de la Corpo de droit et co-organisateur de la manifestation du 11 novembre : il fut parmi les étudiants royalistes qui défièrent les autorités allemandes ; le Colonel Rémy, abonné à L’Actionfrançaise, résistant, compagnon de la libération ; Jacques Renouvin, étudiant en droit, avocat, ancien camelot du Roi, résistant, arrêté en 1943, torturé pendant des mois, mort d’épuisement à Mauthausen en janvier 1944, il avait inscrit dès 1940 sous la statue de Louis XIV à Montpellier : « Lui, n’aurait pas collaboré ! » ; Colonel Henri Romans-Petit, chef du maquis de l’Ain dont les troupes défilent dans Oyonnax, le 11 novembre 1943, pour déposer devant le monument aux morts une gerbe sur laquelle on peut lire : « Les vainqueurs de demain à ceux de 1914-1918 » ; Edwige de Saint-Wexel, lycéenne d’Action française : le 11 novembre 1940, elle se trouve place de l’Étoile, où elle est arrêtée avant d’être torturée et incarcérée ; et tant d’autres.
La gauche n’a pas le monopole du Bien. La gauche n’a pas le monopole du Beau.
Aujourd’hui, ne pas être capable de dénoncer clairement le pacte germano-soviétique, c’est faire injure à la Résistance. Aujourd’hui, ne pas dire qu’entre 2022 et 2024, l’agence Europol dénombre 7 attentats liés à l’extrême droite et 71 liés à l’extrême gauche c’est se laisser guider par ses œillères. Aujourd’hui, à l’heure ou l’antisémitisme s’exprime librement à gauche, prendre en otages les résistants, les déportés, les victimes de la Shoah à des fins partisanes, c’est trahir l’esprit même de la Résistance.
« Nous ne pouvons plus nous taire.
Ce serait insulter nos ancêtres et leurs sacrifices. »
Bernard Bonnaves, président de La Restauration nationale.
Fils d’un déporté de camp de concentration, détenteur de la médaille des évadés, combattant dans la Première Armée française dirigée par le général de Lattre de Tassigny, fils d’une « Malgré-nous », résistante dans les Postes et Téléphone à Colmar.
Olivier Dejouy, Secrétaire général de l’AF, de 2009 à 2013 et de 2022 à 2024.
Fils et petit-fils de maquisard, fils d’un ancien de la 2e DB qui a participé à la libération de Paris, grièvement blessé devant Strasbourg, chevalier de la légion d’honneur, décoré de la Médaille militaire, de la Croix de guerre 39-45 et de la Croix du combattant volontaire.
François Bel-Ker, Secrétaire général de l’AF, de 2013 à 2022.
Petit-fils d’un pupille de la nation, instructeur au sein del’École militaire FFI et officier des palmes académiques, commandant de la base militaire d’Aulnat, petit-fils d’une volontaire féminine FFI, et petit-neveu d’un combattant volontaire de la résistance, FFI.
https://www.actionfrancaise.net/2026/03/05/tribune-la-gauche-na-pas-le-monopole-de-la-resistance/
lundi 2 mars 2026
Quand des Africains colonisaient d’autres Africains

Bernard Lugan dirige la revue numérique L’Afrique réelle et est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages de référence consacrés à l’histoire et aux réalités africaines. Son dernier livre, Quand les Africains colonisaient l’Afrique (Éditions du Rocher, 236 pages, 19,90 euros), traite de façon magistrale un fait historique trop souvent méconnu qu’il convient de rappeler à tous ceux qui alimentent la culpabilisation de « l’homme blanc ».
Johan Hardoy
Une colonisation européenne récente
« À l’exception du comptoir du Cap (XVIIe siècle), et de l’Algérie (à partir de 1830), la colonisation du continent africain par sept nations européennes (France, Grande-Bretagne, Portugal, Belgique, Espagne, Italie et Allemagne), ne se fit qu’à partir de la dernière décennie du XIXe siècle. » Les divers établissements danois, hollandais, hanséatiques et autres du siècle précédent n’étaient que des comptoirs commerciaux.
« Au sud du Sahara, la réalité — totalement occultée aujourd’hui par la chape de plomb de “l’historiquement correct” — est que la colonisation européenne libéra les populations africaines alors colonisées par d’autres Africains. Pour les peuples dominés, l’arrivée des Européens ne fut donc pas ressentie comme une conquête, mais tout au contraire comme une libération. Une libération des raids esclavagistes, de la mise en servitude, des diverses formes d’oppression et de massacres. »
Le mouvement de décolonisation débuta quant à lui dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale avant de s’achever dans les années 1960.
Des colonisations interafricaines depuis le fond des âges
Les colonisations internes à l’Afrique eurent deux grandes caractéristiques fondamentalement différentes de la parenthèse coloniale européenne :
1/ Elles furent anciennes car elles débutèrent avec le Néolithique ;
2/ Elles aboutirent à de multiples « grands remplacements », les primo-occupants africains étant soit éliminés, assujettis, réduits en esclavage ou chassés par ceux des Africains qui s’emparaient de leurs terres.
« Partout, les peuples les plus forts colonisaient, soumettaient ou détruisaient les plus faibles. »
« De l’actuel État du Sénégal jusqu’au sud du golfe de Guinée, tout l’ouest africain a, et cela depuis plus d’un millénaire, connu de multiples épisodes de colonisation suivis de grands remplacements de populations. »
Le grand remplacement des Sahariens noirs
Pendant une période qui s’étend d’environ 5 000/4 500 av. J.-C. à environ 2 500 av. J.-C., les protos-Berbères colonisèrent progressivement le Sahara central qui était peuplé par les ancêtres des Peul [l’auteur n’ajoute pas de « s » au pluriel].
Cette confrontation tourna à l’avantage des premiers durant les cinq siècles suivants. En se repliant, les seconds entamèrent à leur tour « leur essaimage colonial vers le Sahel ».
La colonisation du Sahel par les Peul
« Siècle après siècle, les pasteurs peul, dont les ancêtres avaient vécu dans le Sahara, suivaient le recul des pâturages provoqué par les changements climatiques. »
Après avoir commencé par se soumettre pour se faire accepter par les sédentaires, ils finirent par s’imposer en maîtres à des populations qui les avaient initialement méprisés.
De nos jours, les Dogon considèrent les Peul comme les descendants de ceux qui leur ont pris leurs terres et qui ont vendu leurs ancêtres sur les marchés aux esclaves, tout en les accusant de soutenir les jihadistes.
Au Nigéria, l’expansion coloniale des Peul, interrompue par la colonisation européenne, a repris : « Nous sommes clairement en présence de la résurgence d’un phénomène colonial africain séculaire mis entre parenthèses par la brève colonisation britannique. La question religieuse est, quant à elle, une donnée récente et aggravante, mais en aucun cas le déclencheur de ce phénomène de longue durée. »
La colonisation des Berbères par les Arabes
« Les Berbères ou Imazighen (Amazigh au pluriel) constituent le fonds ancien de la population d’une vaste partie de l’Afrique, depuis le delta du Nil jusqu’à l’Atlantique — îles Canaries comprises —, et de la Méditerranée jusqu’au Sahel. »
Les héritiers doctrinaux des conquérants arabes du VIIe siècle considèrent que l’islamisation aurait marqué la fin de l’histoire des Berbères en les inscrivant dans l’aire culturelle de l’arabité.
Les bantuphones à la conquête de l’Afrique
En Afrique sud-saharienne, durant le premier millénaire avant notre ère, un vaste mouvement de colonisation est parti de la région des hauts plateaux des actuels Nigeria-Cameroun pour se répandre vers toute l’Afrique à l’ouest et à l’est de la cuvette du Congo, dans des régions qui n’étaient pas vides d’habitants.
« Le mode de colonisation ne prit pas la forme d’une déferlante car il fut lent, progressif, par vagues majeures ou mineures successives et probablement par petits groupes, à partir du foyer d’origine et à partir des divers centres d’expansion secondaires. »
Aujourd’hui, la quasi-totalité des populations de l’Afrique centrale parlent des langues bantoues.
En Afrique australe, les vastes espaces occupés par les KhoïSan (Khoï et San) ont été colonisés par les Nguni et les Sotho, avant l’arrivée des colons hollandais au cap de Bonne-Espérance. « Les Khoï ont disparu en tant que peuple. Quant aux San, en voie de disparition, ils ne vivent plus que dans quelques régions reculées de Namibie, du Botswana et d’Angola. »
D’anciens esclaves devenus colonisateurs
Des esclaves noirs américains affranchis colonisèrent également le Libéria et la Sierra Leone : « Jusque dans les années 1980, le Libéria fut une véritable société d’apartheid profondément inégalitaire dans laquelle une minorité composée de 2,5 % de la population, les descendants d’esclaves affranchis, les Américano-Libériens, détenaient tous les pouvoirs et pratiquaient le travail forcé sur les plantations de caoutchouc. »
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La colonisation européenne a mis fin aux multiples colonisations interafricaines, en favorisant les « vaincus de la longue durée continentale » dont certains se sont engagés dans les armées des colonisateurs pour se venger de leurs anciens oppresseurs.
De fait, les équilibres séculaires africains s’en sont trouvés bouleversés, d’autant que les frontières tracées par les Européens ont perturbé l’équilibre interne des grandes zones d’élevage tout en séparant artificiellement des peuples.
Après les indépendances, l’Afrique a renoué avec sa « longue histoire » mise entre parenthèses durant la période coloniale européenne.
À l’intérieur de frontières qui interdisent toute expansion territoriale, les différents peuples réactualisent les vieux contentieux entre « prédateurs » et « victimes », ce qui devrait les amener tôt ou tard, selon Bernard Lugan, à remettre en question ces lignes de partage artificielles.
Johan Hardoy 27/02/2026
https://www.polemia.com/quand-des-africains-colonisaient-dautres-africains/
Égalité et inégalité

Un trentième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Frédéric Le Play.
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Il est de l’égalité d’une part et de l’inégalité ou de la hiérarchie de l’autre, comme de la liberté ou de la contrainte, comme du progrès et de la décadence. Ce ne sont point des principes absolus : ce sont des faits essentiels à toute société.
Dans l’ordre naturel, l’inégalité se montre partout. Elle caractérise en quelque sorte les principaux éléments de la vie physique. Elle apparaît avec évidence dans les trois termes de l’union sociale, le père, la mère et l’enfant. Elle se révèle, en outre, dans les familles fécondes par l’extrême diversité d’aptitudes qui règne entre les enfants issus des mêmes parents. Les régions habitables, avec leurs variétés infinies, modifient d’ailleurs profondément la constitution physique de l’homme, et créent à la longue entre tous des inégalités considérables.
On se met en contradiction avec l’expérience et la pratique quand on présente aux peuples l’égalité et la liberté comme des principes absolus, dont il faudrait poursuivre à tout prix la réalisation pratique. L’égalité et la liberté ne sauraient prétendre à être élevées, comme la religion, la propriété et la famille au rang des principes primordiaux. Ce sont des préceptes d’ordre secondaire, dont l’application, variant partout avec la nature des hommes et des choses, doit être tempérée et souvent interdite par les préceptes d’ordre supérieur qui recommandent au respect des peuples l’autorité et la hiérarchie.
L’inégalité est un trait nécessaire du corps social.
Les inégalités sociales dérivent de la nature humaine, de même que les météores proviennent de la constitution de l’atmosphère. Comme la pluie qui ravage ou féconde nos champs, comme le vent qui détruit ou anime nos vaisseaux, l’inégalité, considérée en elle-même, ne doit point être signalée comme un mal absolu. Loin de là, elle est une force précieuse pour les nations qui savent en conjurer les inconvénients et en conquérir les bienfaits.
L’égalité est journellement vantée par nos écrivains et nos créateurs comme le plus sacré des principes sociaux, mais tous nos parvenus la repoussent même dans ce qui est légitime, avec un entraînement qui ne se manifeste chez aucune autre nation européenne. De cette contradiction entre la doctrine et la pratique naît un état de malaise qui affecte la société entière et qui pèse principalement sur les classes inférieures. Celles-ci, voulant atteindre le but chimérique qu’on leur montre, et se sentant incapables d’égaler les supériorités créées par l’intelligence et le travail, s’irritent contre l’ordre établi. Elles sont peu portées à demander à leurs chefs la direction sans laquelle elles ne sauraient s’élever ; tandis que ces derniers s’épargnent volontiers les soucis qu’elle impose. Lorsque la hiérarchie sociale est régulièrement fondée sur la vertu, le talent et la richesse, ou sur le souvenir des services rendus, les classes dirigeantes ont intérêt à la fortifier par l’affection et les succès de leurs subordonnés. Lorsque, au contraire, elle est sans cesse contestée par la haine et l’esprit de nivellement, les chefs de la société sont disposés à étouffer tous les mérites naissants qui pourraient dans l’avenir leur faire concurrence. C’est ainsi que les sociétés s’élèvent et prospèrent à la faveur d’une hiérarchie légitime ; tandis qu’elles s’abaissent et souffrent par l’exagération du principe d’égalité.
https://www.actionfrancaise.net/2026/02/28/egalite-et-inegalite/
6 février 1934 : une pensée pour le colonel François de la Rocque

Une occasion manquée.
« La France était à deux doigts de l’émeute : j’ai refusé de lancer mes amis dans des mouvements de rues, ils auraient déterminé la guerre civile… »
(Édito du colonel de La Rocque dans « Le Petit Journal » le 14 juillet 1937).
Le 6 février est un anniversaire : celui d’une occasion manquée, le 6 février 1934.
Cette manifestation, dans son organisation, puis dans son échec, fut l’œuvre des « Croix de feu » du colonel de La Rocque. L’échec volontaire d’un homme hissé en politique par le poids de ses deux millions d’adhérents, le parti le plus nombreux qu’ait jamais compté notre pays !
Aujourd’hui, pourtant, j’ai envie de rendre hommage à cet officier supérieur trop méconnu et injustement critiqué ; un patriote courageux et intransigeant comme il en existait encore à l’époque.
Je viens de terminer le livre de Michel Vial consacré au colonel Pierre Château-Jobert (1), que j’ai eu le privilège de connaître. Et, quand je vois la servilité reptilienne de la majorité des présidents d’associations patriotiques et/ou militaires devant le pouvoir (le « Rapport Stora » en étant l’une des illustrations récentes), je me dis que cette race d’hommes est moribonde, voire carrément morte.
Ces messieurs sont (presque) tous officiers généraux (2). On a vraiment l’impression que l’armée française se prend pour l’hôtellerie de luxe : elle se persuade qu’elle monte en gamme en multipliant le nombre d’étoiles, ce en quoi elle se trompe. Mais venons-en au colonel de La Rocque.
François est le troisième fils du général Raymond de La Rocque (1841-1926), polytechnicien, artilleur de marine (3). Le frère aîné de François, Raymond (1875-1915), chef de bataillon, a été tué pendant la Grande Guerre. François de La Rocque, saint-cyrien, se marie en 1912 avec Édith Allotte de La Fuÿe, fille de général, avec laquelle il a quatre fils et deux filles. Deux de ses fils, Jean-François et Jacques, aviateurs, sont morts pour la France, le troisième, Gilles, chasseur alpin, a été blessé au combat en juin 1940. L’aîné, Hugues, est décédé à l’âge de 14 ans des suites d’une maladie, en 1927 : une épreuve qui pèsera dans la décision de François de la Rocque de démissionner de l’armée. Il perd également sa fille Nadine à l’âge de 20 ans en 1934. Édith, la dernière, était religieuse.
Sorti de Saint-Cyr en 1905, il sert sous Lyautey dans les confins algéro-marocains (1910-1911) et dans l’Atlas marocain avant d’aller combattre en France durant la Grande Guerre. Capitaine, grièvement blessé au combat, il est déclaré « inapte à faire campagne ». À sa demande, il est cependant affecté au 135e régiment d’infanterie et participe à la bataille de la Somme. En 1918, à 33 ans, il est le plus jeune chef de bataillon de l’armée française.
Il est décoré de la Croix de Guerre avec neuf citations et officier de la Légion d’honneur.
De 1919 à 1925, il sert à l’état-major du maréchal Foch. Cette période le verra à Varsovie, en Pologne, où il occupera divers postes. En 1925, à sa demande, il est envoyé au Maroc durant la dernière phase de la guerre du Rif. Il contribue à la reddition d’Abdelkrim.
Il quitte l’armée en 1928 avec neuf citations (dont six à l’ordre de l’armée) et le grade de lieutenant-colonel. Puis il prend la tête de l’association des « Croix de Feu » qui regroupe les seuls anciens combattants décorés au combat. C’est alors le temps des ligues d’extrême-droite dont certaines regardent d’un bon œil le fascisme italien. Mais La Rocque ne saurait être fasciste puisqu’il est catholique convaincu. L’antisémitisme ne le gêne pas mais il n’est en rien virulent sur le sujet. Il est, en revanche, totalement antiparlementaire et anticommuniste.
La crise économique de 1929, puis les scandales financiers du début des années 30, gonflent les effectifs des « Croix de Feu », qui s’adjoignent les « Fils de Croix de Feu », puis les « Volontaires Nationaux », trop jeunes pour avoir combattu (et dont le plus célèbre sera l’aviateur Jean Mermoz).
Le 6 février 1934, dans l’émeute provoquée par le pseudo-suicide de l’escroc Stavisky, les colonnes du colonel de La Rocque, disciplinées, prennent à revers la Chambre des députés que la grosse masse des manifestants attaque par la Concorde.
Elles bousculent les barrages et ont le Palais Bourbon à portée de la main quand un ordre de La Rocque, en personne, les détourne et les envoie déambuler, inoffensives, du côté des Invalides ; tandis que les salves des gardes mobiles continuent de coucher sur le pavé parisien des centaines de manifestants. Le colonel de La Rocque pensait, et il avait raison, que la prise d’un édifice public ne signifiait pas la prise du pouvoir. Mais il réussit, ce jour-là, à s’attirer la haine de l’extrême-droite, pour n’en avoir pas fait assez, ainsi que celle de l’extrême-gauche pour cette tentative avortée de coup d’État. Cette conjonction apaisante, qui plaît tant aux bourgeois et aux partisans de l’ordre, lui vaut 10 000 adhésions par jour.
Les « Croix de Feu » dissoutes, il crée aussitôt le « Parti Social Français » et adopte une devise qui fera son chemin: « Travail, Famille, Patrie » appuyée sur un programme simple, voire simpliste et quelques formules qui font mouche : « Ni blanc, ni rouge mais bleu-blanc-rouge. ».
Le mouvement a un épouvantail : le Bolchevique, le « Moscoutaire », le Rouge.
Le brave colonel est à son affaire dans les grands rassemblements : défilés martiaux, grands meetings, immenses « grand-messes » ; il faut, avant tout, intimider les Rouges.
Le chef-d’œuvre de ce Kriegspiel eut lieu au printemps 1935 : les adhérents, convoqués aux portes de Paris, y trouvent des centaines de cars et de voitures dont chaque conducteur ouvre au dernier moment une enveloppe contenant des instructions précises et un itinéraire.
« Par des chemins différents, sans embouteillage, guidées par des agents de liaison aux carrefours, les colonnes s’égrènent vers l’ouest. Peu avant la nuit apparaît la flèche de Chartres. C’est presque la route de Peguy … » dira un témoin. Belle démonstration de force, totalement inutile !
Il n’empêche que 25 000 hommes ont été transportés sans heurt à 100 kilomètres de Paris.
Le colonel va les haranguer, dans une prairie, perché sur une charrette. Une fois de plus, ses militants les plus virulents se retireront avec le sentiment d’avoir été menés au bord du Rubicon pour… y pêcher à la ligne. C’est l’époque où un chansonnier ironisait en disant : « l’immobilisme est en marche et, désormais, rien ne l’arrêtera ». La droite nationale, qui n’a pas oublié le demi-tour gauche des « Croix de Feu » le 6 février 1934, ne les appelle plus que les « froides queues ». Dans la presse d’Action Française, le colonel de La Rocque devient « Ronronnel de La Coque ».
La Rocque était en fait un Boulanger mâtiné de Pierre Poujade : il drainait les déçus, les râleurs et les mécontents. Il ne savait pas ce qu’il voulait, mais il l’a dit avec sonorité. Il n’est pas sans rappeler certains présidents d’associations actuels qui prétendent fédérer les patriotes et défendre la civilisation française tout en restant… apolitiques : comme si une telle équation était possible !
Mais, qui se souvient encore, dans ce pays sans mémoire, que le colonel de La Rocque fut aussi un authentique résistant et qu’il est mort des suites de sa longue captivité ?
Pourtant, dès le 16 juin 1940, donc avant le discours du maréchal Pétain du 17 juin, François de La Rocque signait un éditorial intitulé « Résistance », dans le quotidien du PSF :
« Après avoir adressé aux Parisiens nos exhortations de courage et de fermeté, nous voulons maintenant crier à tous les Français le mot d’ordre de résistance. Le gouvernement au pouvoir a été désigné, soutenu à cause de son programme essentiel : tenir, ne jamais faiblir. Ce gouvernement ne saurait capituler sans se renier lui-même. Il ne saurait mettre bas les armes par une simple décision. Sa décision ne saurait sortir de la ligne choisie, convenue, adoptée, sans que le pays soit d’abord, consulté, prévenu. Ou bien ce serait une escroquerie morale dont aucun Français n’a le droit d’accuser un autre Français, ce dernier fût-il son pire adversaire politique. Tous les citoyens doivent donc être prêts à la résistance totale, et jusqu’au bout. La famille PSF au seul service de la nation entière doit donner l’exemple… Une seule consigne, quoi qu’il arrive : résistance ! ».
Le colonel de La Rocque est arrêté par Hugo Geissler, chef de la Gestapo de l’Auvergne, le 9 mars 1943, ainsi que 152 dirigeants du PSF. Il est interné successivement, durant les six premiers mois, dans les cellules de la prison de Moulins, de Fresnes puis du Cherche-Midi.
Il est transféré le 31 août 1943 et déporté en Tchécoslovaquie au camp de concentration de Flossenbürg ; puis, en raison de son état de santé, en Autriche au château d’Itter, où il a la surprise de retrouver Édouard Daladier, Paul Reynaud, Jean Borotra, Léon Jouhaux.
« La Rocque est en piètre état. La détention fut pour lui particulièrement rude, d’autant qu’il souffrait des suites d’une blessure reçue lors de la Grande Guerre. C’est dans un état de cachexie, avec un œdème des deux jambes, qu’il arrive le 10 janvier 1944 à Itter, où il est examiné et soigné par un médecin de Dachau » dira Paul Reynaud. Après une opération chirurgicale, La Rocque entre en contact avec des parachutistes américains. C’est la 103e Division américaine qui le libère, ainsi que les personnalités détenues à Itter, le 7 mai 1945.
La Rocque revient en France le 9 mai 1945 et se voit immédiatement placé… en internement administratif jusqu’au 31 décembre 1945 afin de l’éloigner des affaires politiques, notamment des négociations du Conseil national de la Résistance. La commission de vérification des internements administratifs réclame sa libération, mais le gouvernement ne tient pas compte de cet avis.
À sa sortie d’internement, il est assigné à résidence et décède quelques mois plus tard, le 28 avril 1946, des suites de ses longs mois de détention.
Le colonel François de La Rocque, héros de la Grande Guerre, du Rif et de la Résistance, sera décoré à titre posthume, en… 1961, de la « Médaille de la Déportation et de l’Internement pour faits de Résistance » ; et se voit attribuer la carte de déporté-résistant, qui lui avait été refusée de son vivant. Et de Gaulle rend enfin hommage, en tant que chef de l’État, « à la mémoire du colonel de La Rocque, à qui l’ennemi fit subir une cruelle déportation pour faits de Résistance et dont, je le sais, les épreuves et le sacrifice furent offerts au service de la France ». Puis le gouvernement de Michel Debré présenta « les excuses du gouvernement pour une injustice dont il mesure la profondeur.»
C’est son fils Gilles, chasseur alpin blessé au combat en juin 1940, qui a effectué la demande de reconnaissance du titre de déporté-résistant, refusé à son père de son vivant.
Le colonel de La Rocque est enterré à Saint-Clément (Cantal) avec trois de ses fils : Jean-François et Jacques, les deux aviateurs morts pour la France, et, à leurs côtés depuis novembre 2001, Gilles, chasseur alpin, blessé de guerre.
Pourquoi l’histoire officielle ne raconte-t-elle pas aux enfants, qu’il y eut, dans notre pays, des familles capables de donner plusieurs de leurs fils à la mère-patrie ? Pourquoi leur faire croire que le patriotisme est dépassé, que le nationalisme est une tare ? Pourquoi leur apprendre la honte de notre histoire et la repentance ?
Le colonel de La Rocque était sans doute un idéaliste et un naïf, mais c’était d’abord, c’était surtout, un grand Français. L’un des rares hommages qui lui a été rendu l’a été, tardivement, par François Mitterrand qui déclarait à Pierre Péan (4) :
« J’ai trouvé que ce personnage était injustement traité. Ses propos tranchaient avec la réputation qui lui était faite. Il n’était ni fasciste, ni antisémite… Il m’avait séduit… »
Il me paraît un peu ridicule de commémorer le 6 février 1934, qui fut un putsch avorté, une belle occasion manquée. En revanche, ce jour-là, on peut avoir une pensée, mieux une prière, pour le colonel François de La Rocque, un héros maltraité par l’histoire d’un pays qui n’aime plus les héros.
Éric de Verdelhan
1)- « Conan. Pierre Château-Jobert (1912-2005) » de Michel Vial ; Indo-éditions ; 2020.
2)- Nous avons 450 généraux en activité et… 5000 en « 2e section ». C’est l’armée mexicaine avec les effectifs de généraux de l’ex-Armée Rouge.
3)- Directeur de l’artillerie au ministère de la Marine, démissionnaire en 1899, puis président du Comité Justice-Égalité (groupement catholique et nationaliste).
4)- « Une jeunesse française » de Pierre Péan ; Fayard ; 1994.
https://ripostelaique.com/6-fevrier-1934-une-pensee-pour-le-colonel-francois-de-la-rocque/