mardi 23 septembre 2014

6 septembre 1955 : pogrom anti-grec et anti-chrétien à Istanbul


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C’est un 6 septembre, il y a 59 ans, que le pogrom d’Istanbul, qu’on appelle aussi pogrom de Constantinople visait la minorité chrétienne grecque d’Istanbul.
Les 6 et 7 septembre 1955, ces violentes émeutes suivies d’une véritable traque des chrétiens grecs surviennent après qu‘une bombe ait explosé le jour précédent dans le consulat turc de Thessalonique, lieu de naissance de Mustafa Kemal Atatürk.
Durant de longues heures une foule turque haineuse va déferler dans le quartier grec d’Istanbul et le dévaster. Pillages, incendies, églises saccagées, tabassages,… On comptera douze morts à l’issue de ces deux jours de furie collective. L’enquête révèlera pourtant très vite que cet attentat a été commis par un Turc dans le cadre d’une opération montée de toutes pièces sous fausse bannière : deux attachés du consulat turc seront arrêtés en flagrant délit par la police grecque.
ISTANBUL_POGROM_church1955
Les Arméniens seront eux-aussi une nouvelle fois victimes d’exactions ces 6 et 7 septembre 1955.
Ce pogrom provoquera la fuite des Grecs d’Istanbul : la communauté passe de 135 000 membres avant l’attaque à 7 000 en 1978.

lundi 22 septembre 2014

Cristeros : Organiser des séances spéciales

"Nous avons la joie de vous annoncer que plus de 78 000 personnes ont déjà vu le film Cristeros dans les salles Françaises! Et ce n’est pas fini, car Cristeros continue d’être programmé.

Mais surtout, nous comptons sur vous maintenant pour organiserdes séances spéciales collégiens, lycéens et universitaires : les cinémas sont tout à fait ouverts à ce genre de projet qui permettent de remplir les salles dans la journée, et en profitent parfois pour reprogrammer le film pour les adultes le week-end suivant. Ces séances peuvent être éventuellement suivies d’un débat soit dans la salle, soit de retour au lycée.

A Compiègne, 500 élèves de l’institution Sévigné ont ainsi pu aller voir le film début septembre, et à Saint Nazaire, un cinéma fait une séance pour 400 lycéens en octobre et programme le film pendant les vacances de la Toussaint à la suite de cette séance spéciale.

Alors, si vous êtes professeur ou intervenant dans un établissement scolaire, ou même simple parent d’élève, n’hésitez pas à organiser ou faire organiser de telles séances."
Pour contacter l'équipe, c'est par ici.

C’était un 20 septembre : la bataille des champs catalauniques

En l’an 451, les Huns connurent une défaite lourde de conséquences.
Cette confédération de barbares européens et asiatiques menée par Attila, dont le gigantesque empire était basé en Pannonie (Hongrie), entendait conquérir la Gaule.
Après avoir franchi le Rhin, les Huns détruisirent Metz. Mais ils se détournèrent de Paris suite à l’opposition menée par Sainte Geneviève, avant de se casser le nez sur la résistance d’Orléans. Quinze jours après, près de Chalons-en-Champagne se déroulala bataille des Champs catalauniques où les Huns furent battus par une coalition.
Celle-ci, dirigée par le général romain Aetius, regroupait – outre les troupes romaines – des Francs (menés par Mérovée), des Gaulois, des Alains, des Burgondes, des Sarmates, des Wisigoths et d’autres peuples.
Attila et ses troupes pouvaient de leur côté compter notamment sur l’appui des Ostrogoths et des Alamans.
Après cette défaite les Huns ne revinrent jamais plus vers la Gaule.
Ils s’en prirent à l’Italie.
La bataille des champs Catalauniques fut importante car elle amena un changement fondamental dans les rapports des peuples soumis vis-à-vis de Rome. En paiement de ses loyaux services, Mérovée, roitelet des Francs saliens, fut reconnu par Rome comme roi de la Gaule belgique. A partir de cet instant, les Francs imposèrent graduellement leur domination sur toute la Gaule gallo-romaine pour les trois siècles à venir. Gondioc, chef des Burgondes dont le royaume outre-Rhin avait été ruiné 20 ans plus tôt par les Romains avec l’aide des Huns, se tailla le royaume de Bourgogne. Il ne resta bientôt plus qu’un seul patrice romain en Gaule, Syagrius, îlot dans un océan de rois « barbares ».

La quête du roi fait apparaître dans toute sa réalité le pouvoir des mythes anciens

Il y a aussi une tout autre histoire, une authentique quête – véritable pendant celle de l’Anneau – qui sillonne le livre. Elle donne à la faërie une autre dimension, une dimension proprement humaine. Conduite exclusivement par les hommes et pour les hommes, sous l’œil bienveillant de Gandalf et des Elfes, c’est la quête d’Aragorn pour devenir ce qu’il est ! Cet engagement elfique pour que les hommes puissent avoir un destin en Terre du Milieu est tout aussi essentiel que la destruction de l’Anneau de Sauron. Mais cette quête-là est bien plus « calculée » : elle fait apparaître dans toute sa réalité le pouvoir des mythes anciens. 
     Quel sens peut bien avoir ce Retour du Roi, d’un Roi imaginaire, comme dit du Seigneur des Anneaux ? Les temps présents ignorent très largement ce que peut être un roi, et même ce que les rois, au cours de l’histoire humaine, ont pu représenter. On peut même voir une contradiction dans la manière dont Tolkien exploite ce thème. 
     Dans une faërie, un tel retour du Roi est tout à fait compréhensible : on peut parfaitement le concevoir comme faisant partie des thèmes incontournables de ce type de récit. Nombreux sont les textes médiévaux, en effet, qui se concluent sur cette eucatastrophe (néologisme tolkenien pour signifier la fin heureuse des faëries). 
     Mais son importance dans les livres du Seigneur des Anneaux est singulière. Ce n’est pas simplement un roi qui revient en puissance, mais une véritable quête qui parcourt le livre. Les livres I, II et IV sont entièrement consacrés à la quête de l’Anneau – mais les livres III, V et la moitié du livre VI sont, eux, consacrés à la guerre du Roi, au Roi, au retour du Roi et à la libération du Comté, terme de l’histoire. Si la vaste entreprise du professeur Tolkien a un sens – et, pour cela, on peut lui faire confiance : dans tous ses écrits, il a rigoureusement respecté la logique – ce sens, sans nul doute, il faut aussi le chercher là. 
     Tolkien a beaucoup écrit. Surtout pour répondre aux interrogations de ses lecteurs et critiques. Dans l’une de ses nombreuses lettres, à propos du pouvoir de l’Anneau, il dit ceci, qui peut sans difficulté s’appliquer à toutes les formes de pouvoir : « Si je devais philosopher à propos de ce mythe, je dirais qu’il s’agissait de représenter d’une façon mythique une vérité qui consiste à dire que la puissance (ou plutôt la potentialité), si elle doit être exercée et produire des résultats, doit être externalisée. A un degré plus ou moins important, elle doit, en quelque sorte, passer hors du contrôle direct de son propriétaire. Un homme qui veut exercer un pouvoir doit avoir des sujets extérieurs à lui-même et dont il dépend » (Lettre 211). Phrase éclairante : on y voit ce qui précisément différencie un pouvoir ayant comme « externalité » l’élection – dont la légitimité ne dépend alors que de l’efficacité de sa propagande, de sa « communication » – et un pouvoir dont « l’externalité » s’établit sur une tradition dans le respect des lois écrites et non écrites... Un pouvoir royal est contraint parce qu’il représente, parce qu’il est : c’est ainsi qu’il est tenu en laisse par son « externalité ». 
     Tolkien affirme à plusieurs reprises qu’il n’aime pas beaucoup ce que nous appelons démocratie. Mais on ne trouve sous sa plume aucun discours qui tenterait de théoriser un anti-démocratisme politique. Son livre n’a rien d’un livre politique. Ce n’est pas du tout de ce côté-là qu’il faut chercher. 
     Pour Tolkien, chrétien, catholique, la seule égalité qui vaille est devant Dieu : « Non pas que je sois un démocrate dans ses aspects habituels, sauf que je pense, pour parler littérairement, que nous sommes tous égaux devant le Grand Auteur » (Lettre 163). Cette pensée a conduit à certains esprits un peu limités à imaginer qu’il pourrait avoir quelque accointance avec des pensées et des penseurs hostiles à la démocratie. Il n’en est absolument rien ! Ce n’est vraiment pas son sujet. Son biographe Humphrey Carpenter précise : « Tolkien, en jargon moderne, était ‘de droite’ en ce qu’il honorait le roi et sa patrie et qu’il ne croyait pas au gouvernement du pays par le peuple ; mais il ne s’opposait à la démocratie que parce qu’il ne pensait pas qu’en fin de compte les hommes en tireraient profit » (Une biographie). 
François-Marin Fleutot, Les mythes du Seigneur des Anneaux

Bismarck : le mythe du peuple

N'en déplaise à Michelet, il n'existe pas de peuple conscient de lui-même en tant qu'entité politique. La démocratie est une escroquerie !
Dans le cinquième tome de ses Mémoires, un des plus riches, Maurice Barrès cite le chancelier Bismarck, manipulateur lucide et froid des assemblées germaniques parce qu'il savait que les élus du suffrage universel ne représentent qu'eux-mêmes. Dès 1847, dans ses discours au premier parlement prussien, Bismarck raillait les premiers théoriciens du Contrat social, des Droits de l'Homme ; il définissait ainsi le peuple, après une vive critique du suffrage universel :
« Le peuple vrai est une multitude invisible d'âmes. Il est la nation vivante et organisée pour sa mission historique. Il est la nation d'hier et de demain. Il n'a point de voix matérielle qui le dénonce : dans la conscience de sa tradition il puise la force qui le mène aux fins prédestinées : c'est le souverain seul qui sait écouter en lui les voix silencieuses de son vouloir providentiel. » (1)
L'histoire racontée par Michelet ressemble à la tragédie grecque : comme le choeur des Danaïdes dans les Suppliantes ; le choeur des vieillards d'Argos dans Agamemnon, de Thèbes dans OEdipe Roi, comme le choeur des esclaves troyennes dans les Choéphores, des matelots dans Philoctète, le peuple français représenté par ses paysans, ses bourgeois, ses femmes et ses enfants, pleure ses larmes, verse son sang, exprime sa joie, sa colère, son enthousiasme, son indignation, participe activement aux événements, ou au moins les juge, comme une personne consciente, comme un acteur du drame national. C'est de la belle littérature, souvent réussie malgré l'emphase romantique, mais il ne convient de s'instruire dans ce livre, d'y puiser les leçons du passé qui doivent éclairer l'action des hommes dans la cité (2). Le Théâtre, le Roman, ne disent pas l'Histoire, et Michelet « fit de la pensée avec son coeur ».
S'il existe une population, des masses populaires, un peuple, le peuple au sens politique, lui, n'est qu'une nuée sortie d'imaginations enfiévrées par le mythe démocratique. Il n'existe pas, dans la réalité, de peuple visible, conscient de lui-même en tant qu'entité politique. Parler au nom du peuple, déclarer "le peuple a dit", "le peuple a voulu" représente un abus de confiance. La république romaine était dirigée par le Sénat, formé d'anciens magistrats, et le Peuple romain réuni en Comices et votant d'après un processus complexe, d'une structure fort inégalitaire. Le mot république ne doit pas faire illusion : "Le Sénat et le Peuple romain" étaient plus proches de la formule "Le roi en ses Conseils, le peuple en ses États" que du mensonge démocratique qui fait parler "au nom du peuple français". Les représentants des partis qui ont été élus grâce aux machinations de leurs comités ne représentent pas plus la masse des Français que ne le feraient des députés tirés au sort ! Présidentielle, représentative, participative, la démocratie n'a été, n'est et ne sera jamais qu'une escroquerie.
Seul un souverain qui n'a pas besoin de flatter les masses, un monarque absolu, ce qui signifie indépendant, peut non seulement considérer le salut de ses peuples, mais aussi se mettre objectivement à l'écoute de leurs aspirations "silencieuses", "providentielles", et en tenir compte dans la mesure où leur application ne met pas en danger l'intérêt général que lui seul peut discerner.
Gérard Baudin L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 4 au 17 décembre 2008
1 - Maurice Barrès, Mes Cahiers, tome V (1906-1907), Plon, Paris, 1932.
2 - Charles Maurras, Trois Idées politiques, Champion, Paris, 1898. Il est indispensable, pour connaître Jules Michelet, de lire, dans cet ouvrage le chapitre Michelet ou la Démocratie. L'ouvrage a été repris dans les OEuvres capitales, tome II, Essais politiques, Flammarion, Paris, 1954.

Action Française - Historique et penseurs du libéralisme

dimanche 21 septembre 2014

Robert Steuckers : "La figure du Katechon chez Carl Schmitt"

Dans sa Théologie politique (1922), la figure du katechon est celle qui, par son action politique ou par son exemple moral, arrête le flot du déclin, la satanisation totale de ce monde de l’en-deçà. Catholique intransigeant, lecteur attentif du “Nouveau Testament”, Schmitt construit sa propre notion du katechon au départ de la Deuxième Lettre aux Thessaloniciens de Paul de Tarse. Le Katechon est la force (un homme, un Etat, un peuple-hegemon) qui arrêtera la progression de l’Antéchrist. Schmitt valorise cette figure, au contraire de certains théologiens de la haute antiquité qui jugeaient que la figure du katechon était une figure négative parce qu’elle retardait l’avènement du Christ, qui devait survenir immédiatement après la victoire complète de l’Antéchrist. Schmitt fonde justement sa propre théologie civile, après avoir constaté cette différence entre les théologiens qui attendent, impatients, la catastrophe finale comme horizon de l’advenance de la parousie, d’une part, et, ceux qui, par le truchement d’une Theologia Civilis tirée en droite ligne de la pratique impériale romaine, veulent pérenniser le combat contre les forces du déclin à l’œuvre sur la Terre, sans trop se soucier de l’avènement de la parousie. Les sociétés humaines, politiques, perdent progressivement leurs valeurs sous l’effet d’une érosion constante. Le katechon travaille à gommer les effets de cette érosion. Il lutte contre le mal absolu, qui, aux yeux de Schmitt et des schmittiens, est l’anomie. Il restaure les valeurs, les maintient à bout de bras. Le Prof. Fabio Martelli a montré comment la notion de Katachon a varié au fil des réflexions schmittiennnes: il rappelle notamment qu’à l’époque de la “théologie de la libération”, si chère à certaines gauches, où un Dieu libérateur se substituait, ou tentait de se substituer, au Dieu protecteur du statu quo qu’il avait créé, Schmitt sautait au-dessus de ce clivage gauche/droite des années 60-70, et aussi au-dessus des langages à la mode, pour affirmer que les pays non-industrialisés (du tiers-monde) étaient en quelque sorte le katechon qui retenait l’anomie du monde industriel et du duopole USA/URSS. Finalement, Schmitt a été tenté de penser que le katechon n’existait pas encore, alors que l’anomie est bel et bien à l’œuvre dans le monde, mais que des “initiés” sont en train de forger une nouvelle Theologia Civilis, à l’écart des gesticulations des vecteurs du déclin. C’est de ces ateliers que surgira, un jour, le nouveau katechon historique, qui mènera une révolution anti-universaliste, contre ceux qui veulent à tout prix construire l’universalisme, arrêter le temps historique, biffer les valeurs, et sont, en ce sens, les serviteurs démoniaques et pervers de l’Antéchrist.
(résumé de Robert Steuckers de l’intervention du Prof. Dr. Fabio Martelli – Université d’été de la FACE, 1995 ; ce résumé ne donne qu’un reflet très incomplet de la densité remarquable de la conférence du Prof. Fabio Martelli, désormais Président de Synergies Européennes-Italie; le texte paraîtra in extenso dans Vouloir).

Maurras, l’inégalité et le racisme

Bainville reconnaîtra un jour que c’est Maurras qui, en 1900, l’avait éloigné de toute tentation raciste, lors de la parution du livre de Vacher de Lapouge, L’Aryen, son rôle social : « Charles Maurras avait mis le très jeune lecteur que j’étais en garde contre les rêveries de la race pure. » (Lectures, p. 220).
Dès que le jeune Maurras prit la plume, ce fut en effet pour dénoncer le racisme, qui représentait la négation même de toute civilisation — « folie pure et sans issue » dira-t-il dans L’AF du 15 juillet 1936. « Il n’y a sans doute pas de race latine [...] . L’essentiel est qu’il existe une civilisation latine, un esprit latin, véhicule et complément de l’hellénisme, interprète de la raison et de la beauté athénienne, durable monument de la force romaine » écrit-il dans L’Étang de Berre (1915). Il y reviendra dans Les Vergers sur la Mer, (1937) dans un chapitre intitulé « Que nous reste-t-il de la Grèce ? » : « Les répercussions, les ricochets et les cascades d’influences sont infinies, et leur histoire bien conduite résumerait l’office des traditions et des progrès de la Raison partout vivace, à travers les hautes sciences, les lettres humaines, les beaux-arts universels : sans préjudice de développements ultérieurs possibles dans le monde jaune et le monde noir. Les négrillons hellénisés n’y gagneront pas un nez grec, mais Socrate était bien camus ! ” N’est-ce pas, à l’époque, la meilleure réponse à tout un gobineau-nietzschéisme de mauvais aloi aux sirènes duquel Maurras ne fut jamais sensible ? En 1937, il rapporte un souvenir de 1903 : « Analysant un livre ingénieux et pénétrant que M. Seillière a consacré au comte de Gobineau, M. Paul-Boncour a remarqué à différentes reprises que je ne me référais point à la doctrine de l’Essai sur l’inégalité des races humaines. M. Paul-Boncour m’en a demandé la raison. Elle est très simple. Je n’admets pas cette doctrine. » (Devant l’Allemagne éternelle)
Ces prises de position ne feront que s’accentuer avec la précision des menaces. Le 30 mars 1933,L’Action Française écrit : « Le racisme et l’étatisme », c’est-à-dire, le national-socialisme et le fascisme, « ne peuvent correspondre qu’à des sociétés imparfaites. Une société dans laquelle la civilisation a atteint ses sommets les plus rares ne peut se contenter de telles significations ; l’édifice des valeurs les plus aristocratiques et les plus rares ne saurait abriter ces religions grossières, dont la pauvreté spirituelle n’a d’égale que la malfaisance et la stérilité. »
Dans un texte tardif, et d’une émouvante beauté parce qu’il résume une vie d’engagement au service de la civilisation, Soliloque du prisonnier(1950), il insiste sur l’universalité de « [s]a » Méditerranée qui « ne demande pas mieux que de devenir nordique ou baltique pourvu qu’elle rencontre ici ou là, les deux lucides flammes d’une civilisation catholique et d’un esprit latin. » Dès Anthinéa (1901), n’avait-il pas précisé : « Ce que je loue n’est point les Grecs mais l’ouvrage des Grecs et je le loue non d’être grec mais d’être beau. Ce n’est pas parce qu’elle est grecque que nous allons à la beauté, mais parce qu’elle est belle que nous allons à la Grèce » ?
Il y a du reste pour Maurras une véritable opposition de civilisation entre l’Amérique puritaine et protestante, et les peuples latins et catholiques, et le refus du racisme en est la pierre de touche. En 1928 (L’AF du 25 juillet) il note : « Le Dr R. Greenfield écrit dans l’International civil organisation : “il est un reproche premier que nous faisons nous, les Anglo-saxons, au catholicisme espagnol. Il a produit une race hybride, qui nous a empêchés d’accepter l’union avec des pays, riches il est vrai, mais habités par un peuple que nous estimons de culture inférieure. Le protestantisme, au contraire plus pratique et plus conscient de la liberté a admis comme une nécessité, ou d’exterminer les Indiens, ou de les parquer dans des réserves, afin d’empêcher tout métissage.” Une note appendice à mon vieux livre, Quand les Français ne s’aimaient pas, a jadis rappelé [...] cette politique d’ “extermination” ou de “parquage” infligée aux Indiens du Nord. Ma note réprouvait vivement ce que le docteur Robert Greenfield approuve et recommande. Cette note louait les Latins d’Amérique de ce que leur reproche le protestant anglo-saxon. »
Aussi, on ne saurait prendre prétexte de la dénonciation par Maurras de l’égalité comme mythe révolutionnaire pour faire de lui le propagandiste d’une quelconque inégalité substantielle entre les hommes. Pour Maurras, que ce soit sur les plans social ou ethnique, il n’y a ni sous-hommes ni sur-hommes : « Tout homme, écrit-il dans sa Politique Naturelle (1937), a « le dépôt des biens spirituels et moraux dont la Raison et la Religion s’accordent à faire l’attribut de l’humanité. Tout homme, ayant cela, vaut tout autre homme, pour cela. »
Ou comme le conclut encore Pierre Boutang (La Fontaine politique) : « Rien [...] dans l’enseignement contre-révolutionnaire [...] ne suggère que l’accroissement de l’inégalité, ni sa conservation religieuse et sacrée soient des biens. Il y a des inégalités, parce qu’il y a des fonctions et des différences ».
François Marcilhac - L’AF 2893
- [1] Il s’agit de Le comte de Gobineau et l’aryanisme historique, Plon, Paris, 1903, 
- [2] Quand les Français ne s’aimaient pas, Chronique d’une renaissance, 1895-1905, Nouvelle Librairie Nationale, Paris, 1915

samedi 20 septembre 2014

Pour mieux comprendre la Révolution Conservatrice allemande par Georges FELTIN-TRACOL

En dépit de la parution en 1993 chez Pardès de l’ouvrage majeur d’Armin Mohler, La Révolution Conservatrice allemande 1918 – 1932, le public français persiste à méconnaître cet immense ensemble intellectuel qui ne se confine pas aux seules limites temporelles dressées par l’auteur. Conséquence immédiate de la Première Guerre mondiale et de la défaite allemande, cette mouvance complexe d’idées plonge ses racines dans l’avant-guerre, se retrouve sous des formes plus ou moins proches ailleurs dans l’espace germanophone et présente de nombreuses affinités avec le « non-conformisme français des années 30 ».
Dans son étude remarquable, Armin Mohler dresse une typologie pertinente. À côté d’auteurs inclassables tels Oswald Spengler, Thomas Mann, Carl Schmitt, Hans Blüher, les frères Ernst et Friedrich Georg Jünger, il distingue six principales tendances :
— le mouvement Völkisch (ou folciste) qui verse parfois dans le nordicisme et le paganisme,
— le mouvement Bündisch avec des ligues de jeunesse favorables à la nature, aux randonnées et à la vie rurale,
— le très attachant Mouvement paysan de Claus Heim qui souleva le Schleswig-Holstein de novembre 1928 à septembre 1929,
— le mouvement national-révolutionnaire qui célébra le « soldat politique »,
— il s’en dégage rapidement un fort courant national-bolchévik avec la figure exemplaire d’Ernst Niekisch,
— le mouvement jeune-conservateur qui réactive, par-delà le catholicisme, le protestantisme ou l’agnosticisme de ses membres, les idées de Reich, d’État corporatif (Ständestaat) et de fédéralisme concret.
Le riche ouvrage d’Armin Mohler étant épuisé, difficile à dénicher chez les bouquinistes et dans l’attente d’une éventuelle réédition, le lecteur français peut épancher sa soif avec La Révolution Conservatrice allemande, l’ouvrage de Robert Steuckers. Ancien responsable des revues Orientations, Vouloir et Synergies européennes, animateur aujourd’hui de l’excellent site métapolitique Euro-Synergies, Robert Steuckers parle le néerlandais, le français, l’allemand et l’anglais. À la fin des années 1970 et à l’orée des années 1980, il fit découvrir aux  « Nouvelles Droites » francophones des penseurs germaniques méconnus dont Ernst Niekisch. Il faut par conséquent comprendre ce livre dense et riche comme une introduction aux origines de cette galaxie intellectuelle, complémentaire au maître-ouvrage de Mohler.
Vingt-cinq articles constituent ce recueil qui éclaire ainsi de larges pans de la Révolution Conservatrice. Outre des études biographiques autour de Jakob Wilhelm Hauer, d’Arthur Mœller van den Bruck, d’Alfred Schuler, d’Edgar Julius Jung, d’Herman Wirth ou de Christoph Steding, le lecteur trouve aussi des monographies concernant un aspect, politologique ou historique, de cette constellation. Il examine par exemple l’œuvre posthume de Spengler à travers les matrices préhistoriques des civilisations antiques, le mouvement métapolitique viennois d’Engelbert Pernerstorfer, précurseur de la Révolution Conservatrice, ou bien « L’impact de Nietzsche dans les milieux politiques de gauche et de droite ».
De tout cet intense bouillonnement, seuls les thèmes abordés par les auteurs révolutionnaires-conservateurs demeurent actuels. Les « jeunes-conservateurs » développent une « “ troisième voie ” (Dritte Weg) [qui] rejette le libéralisme en tant que réduction des activités politiques à la seule économie et en tant que force généralisant l’abstraction dans la société (en multipliant des facteurs nouveaux et inutiles, dissolvants et rigidifiants, comme les banques, les compagnies d’assurance, la bureaucratie, les artifices soi-disant “ rationnels ”, etc., dénoncés par la sociologie de Georges Simmel) (p. 223) ».
La Révolution Conservatrice couvre tous les champs de la connaissance, y compris la géopolitique. « Dans les normes internationales, imposées depuis Wilson et la S.D.N., Schmitt voit un “ instrumentarium ” mis au point par les juristes américains pour maintenir les puissances européennes et asiatiques dans un état de faiblesse permanent. Pour surmonter cet handicap imposé, l’Europe doit se constituer en un “ Grand Espace ” (Grossraum), en une “ Terre ” organisée autour de deux ou trois “hegemons ” européens ou asiatiques (Allemagne, Russie, Japon) qui s’opposera à la domination des puissances de la “ Mer ” soit les thalassocraties anglo-saxonnes. C’est l’opposition, également évoquée par Spengler et Sombart, entre les paysans (les géomètres romains) et les “ pirates ”. Plus tard, après 1945, Schmitt, devenu effroyablement pessimiste, dira que nous ne pourrons plus être des géomètres romains, vu la défaite de l’Allemagne et, partant, de toute l’Europe en tant que “ grand espace ” unifié autour de l’hegemon germanique. Nous ne pouvons plus faire qu’une chose : écrire le “ logbook ” d’un navire à la dérive sur un monde entièrement “ fluidifié ” par l’hégémonisme de la grande thalassocratie d’Outre-Atlantique (p. 35). »
Robert Steuckers mentionne que la Révolution Conservatrice a été en partie influencée par la riche et éclectique pensée contre-révolutionnaire d’origine française. « Dans le kaléidoscope de la contre-révolution, note-t-il, il y a […] l’organicisme, propre du romantisme post-révolutionnaire, incarné notamment par Madame de Staël, et étudié à fond par le philosophe strasbourgeois Georges Gusdorf. Cet organicisme génère parfois un néo-médiévisme, comme celui chanté par le poète Novalis. Qui dit médiévisme, dit retour du religieux et de l’irrationnel de la foi, force liante, au contraire du “ laïcisme ”, vociféré par le “ révolutionnarisme institutionnalisé ”. Cette revalorisation de l’irrationnel n’est pas nécessairement absolue ou hystérique : cela veut parfois tout simplement dire qu’on ne considère pas le rationalisme comme une panacée capable de résoudre tous les problèmes. Ensuite, le vieux-conservatisme rejette l’idée d’un droit naturel mais non pas celle d’un ordre naturel, dit “ chrétien ” mais qui dérive en fait de l’aristotélisme antique, via l’interprétation médiévale de Thomas d’Aquin. Ce mélange de thomisme, de médiévisme et de romantisme connaîtra un certain succès dans les provinces catholiques d’Allemagne et dans la zone dite “ baroque ” de la Flandre à l’Italie du Nord et à la Croatie (p. 221). » Mais « la Révolution Conservatrice n’est pas seulement une continuation de la Deutsche Ideologie de romantique mémoire ou une réactualisation des prises de positions anti-chrétiennes et hellénisantes de Hegel (années 1790 – 99) ou une extension du prussianisme laïc et militaire, mais a également son volet catholique romain (p. 177) ». Elle présente plus de variétés axiologiques. De là la difficulté de la cerner réellement.
La postérité révolutionnaire-conservatrice catholique prend ensuite une voie originale. « En effet, après 1945, l’Occident, vaste réceptacle territorial océano-centré où est sensé se recomposer l’Ordo romanus pour ces penseurs conservateurs et catholiques, devient l’Euramérique, l’Atlantis : paradoxe difficile à résoudre car comment fusionner les principes du “ terrisme ” (Schmitt) et ceux de la fluidité libérale, hyper-moderne et économiciste de la civilisation “ états-unienne ” ? Pour d’autres, entre l’Orient bolchevisé et post-orthodoxe, et l’Hyper-Occident fluide et ultra-matérialiste, doit s’ériger une puissance “ terriste ”, justement installée sur le territoire matriciel de l’impérialité virgilienne et carolingienne, et cette puissance est l’Europe en gestation. Mais avec l’Allemagne vaincue, empêchée d’exercer ses fonctions impériales post-romaines, une translatio imperii (une translation de l’empire) doit s’opérer au bénéficie de la France de De Gaulle, soit une translatio imperii ad Gallos, thématique en vogue au moment du rapprochement entre De Gaulle et Adenauer et plus pertinente encore au moment où Charles De Gaulle tente, au cours des années 60, de positionner la France “ contre les empires ”, c’est-à-dire contre les “ impérialismes ”, véhicules des fluidités morbides de la modernité anti-politique et antidotes à toute forme d’ancrage stabilisant (p. 181) ». Le gaullisme, agent inattendu de la Révolution Conservatrice ? Dominique de Roux le pressentait avec son essai, L’Écriture de Charles de Gaulle en 1967.
Ainsi le philosophe et poète allemand Rudolf Pannwitz soutient-il l’Imperium Europæum qui « ne pourra pas être un empire monolithique où habiterait l’union monstrueuse du vagabondage de l’argent (héritage anglais) et de la rigidité conceptuelle (héritage prussien). Cet Imperium Europæum sera pluri-perspectiviste : c’est là une voie que Pannwitz sait difficile, mais que l’Europe pourra suivre parce qu’elle est chargée d’histoire, parce qu’elle a accumulé un patrimoine culturel inégalé et incomparable. Cet Imperium Europæum sera écologique car il sera “ le lieu d’accomplissement parfait du culte de la Terre, le champ où s’épanouit le pouvoir créateur de l’Homme et où se totalisent les plus hautes réalisations, dans la mesure et l’équilibre, au service de l’Homme. Cette Europe-là n’est pas essentiellement une puissance temporelle; elle est la “ balance de l’Olympe ” (p. 184) ». On comprend dès lors que « chez Pannwitz, comme chez le Schmitt d’après-guerre, la Terre est substance, gravité, intensité et cristallisation. L’Eau (et la mer) sont mobilités dissolvantes. Continent, dans cette géopolitique substantielle, signifie substance et l’Europe espérée par Pannwitz est la forme politique du culte de la Terre, elles est dépositaire des cultures, issues de la glèbe, comme par définition et par force des choses toute culture est issue d’une glèbe (p. 185) ».
On le voit, cette belle somme de Robert Steuckers ne se réduit pas à une simple histoire des idées politiques. Elle instruit utilement le jeune lecteur avide d’actions politiques. « La politique est un espace de perpétuelles transitions, prévient-il : les vrais hommes politiques sont donc ceux qui parviennent à demeurer eux-mêmes, fidèles à des traditions – à une Leitkultur dirait-on aujourd’hui -, mais sans figer ces traditions, en les maintenant en état de dynamisme constant, bref, répétons-le une fois de plus, l’état de dynamisme d’une anti-modernité moderniste (p. 222). » Une lecture indispensable !
Georges Feltin-Tracol
• Robert Steuckers, La Révolution Conservatrice allemande. Biographies de ses principaux acteurs et textes choisis, Les Éditions du Lore (La Fosse, F – 35 250 Chevaigné), 2014, 347 p., 28 € + 6 € de port.

vendredi 19 septembre 2014

Les Hussards, une école littéraire ?

Sûrement pas. Ils disent tous en tout cas leur hantise d’être rangés sous la même bannière. Par souci de singularité, sans doute : les « Hussards » cherchent à réhabiliter le moi, à rappeler son irréductibilité à de simples catégories politiques dans une époque où le collectif est censé compter plus que tout. Face au « nous » de la gauche intellectuelle, les « Hussards » posent leur « je » - et leur « jeu » contre l’esprit de sérieux des professeurs de moralité littéraire. 
Alors « Hussard », également, Michel Déon, collaborateur à La Table Ronde et La Parisienne, auteur du mémorable Je ne veux jamais l’oublier en 1950. « Hussard », enfin, et non des moindres. Antoine Blondin, le noble vagabond de bistrot dont l’esprit de dérision et le goût du jeu de mots subtil viennent colorer d’une ivresse joyeuse et désespérée les lettres françaises. Un remède à la dépression : Un singe en hiver. Ça campe assez bien le personnage : Blondin, c’est l’éloge de la liberté chanté dans les vapeurs de l’éthanol. 
Qu’est-ce qui rassemble les « Hussards », finalement ? Vus de loin, ils collaborent aux mêmes revues, un peu antirépublicaines, il est vrai, parfois... De là à dire qu’elles sont tendancieuses... question de point de vue. Pas le mien. Mais la nouvelle République proclamée en 1946 ne les enchante pas vraiment. Il faut lire le Grand d’Espagne de Nimier pour se faire une petite idée : « Telle était notre République. Elle était dure, oui, comme le plâtre et les fards séchés sur le visage d’une vieille maquerelle. Et pure, parce que personne, depuis longtemps, ne voulait y toucher ». Faut dire que, formés à l’Action Française dans leur jeunesse, ils ne pouvaient pas vraiment passer à côté des thématiques de la droite littéraire antiparlementaire. Démocrates les « Hussards » ? Je ne dirai pas que c’est le meilleur adjectif qui les définisse. La démocratie, pour eux, c’est la loi du nombre, donc la loi des cons. « Ô race criarde, acharnée à se prouver qu’elle est terrible quand elle est juste ennuyeuse (...). Cette agitation sans suite, ces émotions, ces hurlements dans le vide me les dépeignent parfaitement. Je sais comment ils sont et je sais comment je suis. Ce mépris qui vous racle la gorge et cette terreur soudaine d’être confondu parmi eux ». 
Non, les « Hussards » n’ont pas pour modèle la Révolution et les grands idéaux abstraits des Lumières. Sauf pour en faire des confettis : « la révolution de 89 a des causes frivoles, comme la mauvaise rentrée des impôts, la faiblesse du roi, l’argent anglais. Je voudrais maintenant parler ici des motifs sérieux. On peut dire, par exemple, que les français étaient amoureux de la reine et ne lui pardonnaient pas de la voir flirter avec des étrangers ». Leur truc, c’est pas vraiment le moderne, auquel ils reprochent son inconstance – son imposture, pour reprendre une idée de Bernanos, père spirituel de Nimier. C’est plutôt avec le passé qu’ils entretiennent un rapport privilégié, en nourrissant une forme de nostalgie. Ils sont, à l’instar du héros éponyme d’Antoine Blondin, des Monsieur Jadis, et recherchent dans un héritage moins politique que moral, religieux et littéraire de quoi tromper leur ennui et leur écœurement : « Nous sommes jeunes, il est vrai, et je me demande comment nous, qui avons eu vingt ans à l’époque de la déroute, du marché noir et de la dissidence, saurions qu’il existe du courage si nous ne l’avions lu dans les livres. C’est donc à leur témoignage qu’il nous faut nous référer, sinon pour entreprendre la révolution, du moins pour y croire ». 
Pierre Poucet, Les Hussards, cavaliers des Arts et Lettres

L’époque d’AFU (1965-1971)

Après la deuxième guerre mondiale, le journal "AF Université" a joué un rôle important de 1965 à 1971. Il a contribué à la formation intellectuelle et politique de nombreux lycéens et étudiants de l’époque. Il a été un instrument de militantisme et de présence royaliste dans les facultés et lycées. Le diaporama "L’époque d’AFU" qui vient d’être publié sur Dailymotion reprend les principales étapes de l’existence de ce mensuel avec la reproduction de ses "unes" et les noms de ses principaux rédacteurs. Il dure 6 minutes. Pour mieux connaître ce moment de l’histoire de l’Action Française,

jeudi 18 septembre 2014

« Le protestantisme et les États-Unis dans les plans de la « synagogue de Satan » » – Par Laurent Glauzy

Le huitième livre du mathématicien russe Igor Safarevic, The Socialist Phenomenon (Le socialisme mondial), publié en 1980, est un excellent support pour comprendre les rapprochements des origines hérétiques de la « Synagogue de Satan » des mouvements socialistes, communistes et libertaires.
L’anarchisme, le libéralisme et le social-communisme sont substantiellement similaires (autonomie de l’homme) et accidentellement différents (dictature de la ploutocratie pour le libéralisme et dictature du prolétariat pour le communisme). L’anarchisme est, quant à lui, un mélange de libéralisme libertaire et de communisme, dont l’objectif est de parvenir à une société sans classe comme le communisme, immédiatement et individuellement, sans passer par la révolution scientifiquement et collectivement organisée par les dirigeants marxistes.
Origines religieuses et hérétiques du socialisme
Safarevic montre avec pertinence les origines religieuses et hérétiques du socialisme dès l’antiquité païenne, au Moyen-âge, avec la réforme protestante et lors de la révolution anglaise. Pour ce faire, il remonte au gnosticisme et au manichéisme du IVe siècle av. J.-C. jusqu’au IIe siècle ap. J.-C. ; aux périodes médiévales avec le catharisme ; et postmédiévales avec le paupérisme, le millénarisme, l’anabaptisme et le puritanisme britannique de la Première révolution anglaise de 1648.
La nature communautaire des sectes chrétiennes et de l’idéologie socialiste, du manichéisme à la révolution anglaise, est le caractère commun de ces mouvements hérétiques qui prennent leur source déjà dans le manichéisme, la Kabbale et le gnosticisme « chrétien », du IIe siècle ap. J. -C. jusqu’à la révolution anglaise des XVIIe et XVIIIe siècles, où naissent les néo-conservatismes britannique et américain. Les hérétiques prétendent que l’homme a une dignité infinie et le monde une perfection absolue, glissant ainsi dans le panthéisme. Le gnosticisme ancien est la matrice de toutes les hérésies socialistes et le paganisme en est leur dénominateur commun. En outre, ils font semblant de prôner le renversement violent de la société par la masse (marxisme) ou par un changement utopique de l’individu (anarchisme). En fait, ils voudraient construire déjà dans ce bas-monde un « nouveau paradis terrestre » dans lequel règneraient le bonheur et la justice absolue, niant ainsi l’au-delà.
L’abolition de la famille, avec la communauté des épouses et la rupture du lien parents ou géniteurs/enfants (société du libre esprit et du libre amour), l’abolition de la propriété privée (le marxisme) et le bien-être matériel au plus haut point (le libéralisme), sont les objectifs de ces mouvements.
Dans l’Antiquité classique grecque, Aristophane (†385 av. J.-C.) et Platon (†347 av. J.-C.) et, les hérésies chrétiennes comme les Nicolaïtes, au Ier siècle ap. J.-C., prêchaient la communauté des biens et des épouses. De manière semblable, au IIe siècle, les Carpocratiens, se considérant au-delà du bien et mal, défendaient le libre amour et le salut par le péché.
Les hérésies médiévales
Au Moyen-âge, explique Igor Safarevic, les pères du social/communisme moderne, furent les Cathares et les Albigeois, qui apparurent au XIe siècle, en Europe occidentale (France, Espagne et Italie), remplis de haine à l’égard de l’Église et du pape. Ils enseignaient l’incompatibilité entre la matière (intrinsèquement mauvaise) et l’esprit (totalement bon), parce que la première était la créature du Dieu méchant (le mal absolu, c’est-à-dire le Dieu personnel et transcendant de la révélation mosaïque et chrétienne), tandis que le second était la créature du Dieu bon de la kabbale (le pneuma, l’En-sof le plérôme, qui est indéterminé et infini).

mercredi 17 septembre 2014

Passé Présent N°23

Lecture : la méthode syllabique écrase la méthode globale

Auld Alliance

Le terme de « Vieille Alliance », Auld Alliance en scots, désigne une alliance entre les royaumes de France, d’Écosse et de Norvège contre l’Angleterre. La Norvège n’y fit jamais référence, mais si cette alliance prit fin officiellement en 1560 avec le traité d'Édimbourg, elle constitue la base des relations franco-écossaises de 1295 à1903.
L'historien écossais du XIVe siècle Jean de Fordun considère que le mythique roi « Achaius » qui commence selon lui à régner en 787 est le premier à faire alliance avec les Francs et qu'il échange une ambassade avec Charlemagne pour confirmer cette alliance.
Histoire de l’alliance
L’Auld Alliance est une alliance entre le royaume de France, le royaume de Norvège et le royaume d’Écosse, aux dépens du royaume d’Angleterre. Elle remonte à 1165 lorsque Guillaume le Lion adressa une ambassade à Louis VII de France bien que la première trace écrite de cette alliance soit le traité signé à Paris le 23 octobre 1295 entre les représentants de Jean Baliol et Philippe le Bel. L'accord fait suite à l'alliance que Philippe Auguste avait passée en 1213 avec Llywelyn ap Iorwerth, souverain en guerre contre l'Angleterre, et qui est devenue caduque depuis l'annexion du Pays de Galles par celle-ci en 1277. Le 23 février 1296, le parlement écossais ratifie le traité d’alliance signé avec la France. Ce traité prévoyait que si l’un des États subissait une attaque de l’Angleterre, l’autre État envahirait l’Angleterre, comme le montre l’exemple de la bataille de Flodden Field en 1513.
En 1326, Robert Bruce renouvela l’Alliance par le traité de Corbeil. Aux XIVe et XVe siècles, le traité fut invoqué à six reprises.
Le 6 juillet 1560, le traité d'Édimbourg révoqua officiellement l’alliance, après 250 ans. L’Écosse devenue protestante s’alliait désormais avec l’Angleterre, protestante également. Cependant, certains points du traité restaient en application. Entre autres, les Écossais résidant en France et les Français résidant en Écosse disposaient sans recours de la double nationalité jusqu’à la révocation de ce point en 1903 par le gouvernement français.
Autres conséquences de l’alliance
Bien qu’elle fut avant tout militaire et diplomatique, l’alliance garantissait la double citoyenneté entre les deux États. Le traité affecta la vie des Écossais dans différents domaines, l’architecture, la loi, la langue et la cuisine du fait des nombreux mercenaires écossais qui purent entrer au service de la France. Ainsi la garde personnelle du roi de France fut longtemps et uniquement une garde écossaise. Les Écossais prirent goût aux meilleurs vins français. À cette époque, le bordeaux était, devant le whisky, la « boisson nationale » de l’Écosse. En 1620, le port écossais de Leith importait ainsi un million de litres de clairet, soit un litre par habitant.
Mise en application du traité
En 1336, au début de la guerre de Cent Ans, le roi de France Philippe de Valois fournit une aide militaire au roi d’Écosse David II en exil en France après avoir été déposé par Édouard III d’Angleterre.
En 1346, l’Écosse envahit l’Angleterre pour défendre les intérêts de la France. L’armée écossaise fut cependant vaincue et David II fait prisonnier à la bataille de Neville’s Cross.
En 1385, une flotte française de 180 navires arrive en Écosse sous les ordres de Jean de Vienne. Elle débarque des troupes près d'Édimbourg pour attaquer l'Angleterre. Mais la coordination avec les Écossais n'est pas facile, troupes et navires végètent. L'expédition est finalement un échec et les Français doivent rentrer sans avoir rien pu faire d'important.
En 1421, lors de la bataille de Baugé, les forces franco-écossaises causèrent une sévère défaite aux Anglais et les Français récompensèrent gracieusement les Écossais. Cette victoire fut de courte durée car à la bataille de Verneuil (1424) les troupes écossaises furent anéanties. Malgré cette défaite, l’action des Écossais fut un soutien suffisamment efficace qui donna un répit à la France, la préservant ainsi d’une occupation complète par l’Angleterre.
En 1429, des Écossais assistèrent Jeanne d’Arc pour lever le siège d’Orléans. Un corps d’Écossais fut établi pour défendre la personne du roi de France. De nombreux seigneurs Écossais s'installèrent en France, certains continuèrent de se considérer comme Écossais et d'autres s'intégrèrent comme les Stuart de Darnley, devenus seigneurs d'Aubigny (petite ville du Nord du Berry) qui restera « écossaise » jusqu'au XVIIIe siècle.
Encore au cours de la guerre de Cent Ans, Thomas de Huston, un chevalier écossais originaire de la région de Girvan, vint combattre les Anglais en France dans le cadre de l’Auld Alliance. Pour avoir été le premier avec Arthur de Richemont à entrer dans la ville de Meaux lors du siège contre les Anglais du 20 juillet au 10 août 1439, il reçut en récompense par don du roi Charles VII la châtellenie de Gournay (Louis XI la lui échangea le 12 ou 13 juin 1466 contre le domaine de Torcy, afin de donner Gourmay au comte de Dammartin). Il y demeura jusqu'à sa mort en 1472.
Au xve siècle, le poète Alain Chartier écrivit que « l'Auld Alliance n'a pas été écrite sur un parchemin de peau de brebis mais gravée sur la peau d'homme, tracée non par l'encre mais par le sang ».
En 1513, la bataille de Flodden Field oppose l'Écosse à l'Angleterre.
En 1558, cette alliance historique fut encore renforcée par le mariage du Dauphin François (futur François II) avec Marie Stuart. À cette occasion, le roi de France Henri II établit une lettre de grande naturalisation automatique entre Français et Écossais.
Concrètement, l'alliance a pris fin en 1560, année de la mort de la régente Marie de Lorraine, membre de la famille des Guise, et de la défaite militaire et politique de la France, chassée par des Grands d'Écosse passés à la Réforme, les Lords of the Congregation, eux-mêmes soutenus par l'Angleterre. En 1562, l'Écosse envoie 200 soldats en Normandie pour aider les Huguenots dans leur lutte face au pouvoir royal catholique.
Au xvIIIe siècle, après l'Acte d'union (1707) des royaumes d'Angleterre et d'Écosse, certains Jacobites, partisans des Stuarts défaits à la bataille de Culloden (1746), trouvent refuge en France au nom de l'Auld Alliance, en particulier à Saint-Germain-en-Laye et à Sancerre.
En 1942, le général de Gaulle qualifie l’alliance franco-écossaise de « plus vieille alliance au monde ». Il l'a d'ailleurs appliquée en autorisant des parachutistes français à être réunis à une unité britannique (les SAS), car elle était dirigée par un Écossais (David Stirling).
En 1995, des célébrations eurent lieu dans les deux pays pour le 700e anniversaire de l'alliance.
En 2011, l'historienne britannique Dr Siobhan Talbott a publié le résultat de ses recherches minutieuses sur l'Auld Alliance et en a conclu que l'alliance n'avait jamais été révoquée.
De nos jours, l'Auld Alliance est surtout évoquée lors d’événements folkloriques ou sportifs (Tournoi des Six Nations en particulier). Aujourd'hui plus connue des Écossais que des Français, elle demeure pour les premiers l'une des marques de leur identité nationale les différenciant profondément des Anglais. En France, elle est particulièrement commémorée à Saint-Germain-en-Laye et à Aubigny-sur-Nère où se situe un musée consacré à l'Alliance et se déroulent chaque année des Fêtes franco-écossaises.