jeudi 3 avril 2025
mercredi 2 avril 2025
Souverainisme russe
Par Philippe Germain
En France comme en Europe, l’idéologie dominante est la démocratie libérale du « Camp du Bien ». Pourtant, le retour accéléré DU politique dévoile l’existence de modèles alternatifs islamiste et national-conservateur américain, mais existe-il une idéologie russe ?
Sa domination et son influence dans le monde n’ont jamais été aussi importantes que dans la décennie 1975-1985. Jusqu’au retrait soviétique d’Afghanistan en 1988, le modèle idéologique russe était celui du communisme basé sur la propriété collective des moyens de production, opposé à celui du capitalisme de la propriété privée. Ce paysage idéologique symétrique s’est effondré entre 1991 et 1998 quand Boris Eltsine déploya sans limite l’idéologie démocratico-libérale en privatisant les entreprises au profit d’oligarques immédiatement enrichis. La Russie connut alors l’endettement et donc la dépendance vis-à-vis de pays étrangers. Du moins jusqu’au redressement d’un État national mené par Vladimir Poutine. Cet ancien officier du KGB d’abord nommé Premier ministre, ensuite devenu dauphin d’Elsine puis élu président à 53% des voix profita de l’image mythique de l’« homme providentiel ».
Celui qu’on qualifia de « Vladimir Bonaparte Poutine » divisa la Russie en sept districts fédéraux dirigés par des superpréfets choisis par lui après une décentralisation anarchique. En restaurant la « verticalité du pouvoir », il revint à un État fort, centralisé et gouverné par un chef autoritaire pratiquant une gestion étatisée de l’économie pour défendre des classes populaires. Poutine se montra alors pragmatique et s’opposa à la mise en place de toute idéologie d’État officielle.
Dans un premier temps, il rejeta le modèle du libéralisme économique mais tout en proposant à l’Union européenne une extension « de Lisbonne à Vladivostok ». Dans un second temps, le refus de ladite UE l’amena à se tourner vers un modèle de développement d’autosuffisance tout en cherchant à développer des relations stratégiques avec la Chine et l’Inde. Le « monde russe » devait agir sans se soumettre aux organisations internationales et devait défendre ses intérêts politiques et, si nécessaire, par la force militaire.
Ambitieux, Poutine chercha à redonner au « monde russe » englobant la Russie, mais aussi les populations russes ou russophones, son statut de grande puissance mondiale. Pour cela, il s’appuya sur l’héritage patriotique de l’Union soviétique face au nazisme et en même temps sur celui de l’Empire des tsars. Poutine obtint ainsi la réconciliation nationale par la synthèse historique bricolée par une certaine réécriture officielle. L’élément permanent de la pensée de Poutine est de réconcilier la Russie avec toute son histoire.
Le discours de 2013 devant la Douma marque le véritable tournant idéologique de celui qui utilisait les valeurs conservatrices de l’Église orthodoxe de « la sainte Russie » pour se positionner comme un défenseur de la famille traditionnelle et de la morale chrétienne. Il s’y réclame de Nicolas Berdiaev, monument de l’existentialisme chrétien, mais aussi du théoricien monarchiste Ivan Iline, auxquels il ajouta bientôt le théoricien panslaviste Nicolas Danilevski. Tournant chrétien, monarchiste et panslaviste à 180° de l’idéologie démocratico-libérale dominante.
Pour la nouvelle idéologie souverainiste du « monde russe », modèle alternatif à celle démocratico-libérale dont la greffe a lamentablement échoué entre 1991 et 1998, il faut faire retour à un passé magnifié et restaurer dans sa grandeur une tradition perdue ou dénaturée. Peut-on faire plus réactionnaire ?
https://www.actionfrancaise.net/2025/04/01/combat-royaliste-67/
29 mars 1796 : ainsi disparut Charette, le roi de la Vendée

La traque
Depuis l’échec sanglant de l’expédition de Quiberon en 1795 et la capture de Stofflet, un autre grand chef vendéen, Charette est devenu l’homme à abattre pour la république. Replié dans les bocages, les marais et les forêts impénétrables de Vendée, ce « roi des brigands » mène une guérilla acharnée contre les Bleus, harcelant ainsi sans relâche les troupes républicaines. Cependant, au fil des mois, l’armée des « rebelles de Vendée » s’affaiblit : les défections se multiplient et les paysans, épuisés par une guerre interminable, commencent à lâcher prise.
C'est ainsi qu'en mars 1796, l’Armée catholique et royale n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le 23 mars, Charette est finalement encerclé dans le bois du domaine de la Chabotterie. Avec une poignée d’hommes fidèles, il livre un ultime combat, mais la supériorité numérique des républicains est écrasante. Blessé à plusieurs reprises, il tente une ultime fuite. Pour le protéger et attirer l’ennemi ailleurs, l’un de ses compagnons d’armes, le courageux Pfeiffer, échange son chapeau avec lui, ce panache blanc si distinctif de Charrette qui, comme celui d'Henri IV, pouvait se retrouver « au chemin de l’honneur et de la victoire ». Malheureusement la ruse échoue et les Bleus finissent par prendre Charette. Ils n’arrivent pas à y croire : après des années de luttes acharnées, ils ont enfin capturé « le roi de la Vendée ».
La dignité d’un chef vaincu
Emmené à Nantes sous haute escorte, Charette sait désormais que son destin est scellé. Le 29 mars 1796, il est jugé par un tribunal militaire qui, sans surprise, le condamne à mort. Lucide et résigné, Charette demande néanmoins à se confesser auprès d’un prêtre réfractaire mais on lui refuse ce dernier réconfort et on lui envoie plutôt un prêtre jureur.
En milieu d’après-midi, il est enchaîné et conduit place Viarme, où l’attend un peloton d’exécution. Malgré ses blessures qui le font souffrir, Charette avance d’un pas ferme et digne. Sa fierté demeure également intacte : il refuse qu’on lui bande les yeux, voulant regarder la mort en face, comme il l’avait déjà fait lors de maintes batailles. Selon la légende, Charette aurait demandé à commander lui-même le peloton, lui enjoignant de viser droit au cœur, ce creuset de vie où résidait sa force indomptable.
L’héritage de Charette
Le corps de Charette est jeté sans ménagement dans une fosse commune à Nantes, où reposaient déjà tant d’autres victimes de la Révolution. Avec sa mort, la république proclame la fin des guerres de Vendée. Pourtant, Charette n’a pas vraiment disparu, son souvenir perdure dans les cœurs et les mémoires. Pour certains, il reste une bête noire de la Révolution et un suppôt des tyrans monarchistes ; pour d’autres, il est devenu le symbole de l’héroïsme, de l’honneur et de l’audace. Selon l'auteur du Mémorial de Sainte-Hélène, Emmanuel de Las Cases, Napoléon lui-même, bien qu’héritier de la Révolution, aurait rendu hommage à sa bravoure : « J'ai lu une histoire de la Vendée. Si les détails, les portraits sont exacts, Charette est le seul grand caractère, le véritable héros de cet épisode marquant de notre Révolution […]. Oui, Charette me laisse l'impression d'un grand caractère. Je lui vois faire des choses d'une énergie, d’une audace peu communes, il laisse percer du génie. »
Philippe de Villiers a rendu hommage au personnage dans un livre, Le Roman de Charette paru aux éditions Albin Michel.
mardi 1 avril 2025
La Russie s’est opposée à l’Occident et l’a vaincu

par Andrei Martyanov
Eh bien, tant pis.
Je peux comprendre la frustration, mais Trump doit comprendre le jeu : la guerre, la vraie, pas les conneries d’Afghanistan et d’Irak.
«Le président Donald Trump a déclaré qu’il était «très en colère» et «énervé» lorsque le président russe Vladimir Poutine a critiqué la crédibilité du leadership du président ukrainien Volodymyr Zelensky, ajoutant que les commentaires «n’allaient pas dans le bon sens». L’Agence France-Presse a rapporté que Poutine avait appelé vendredi à la mise en place d’un gouvernement de transition en Ukraine, ce qui pourrait effectivement pousser Zelensky à la porte. «Si la Russie et moi-même ne parvenons pas à trouver un accord pour mettre fin à l’effusion de sang en Ukraine, et si je pense que c’était la faute de la Russie – ce qui n’est peut-être pas le cas – mais si je pense que c’était la faute de la Russie, j’imposerai des droits de douane secondaires sur le pétrole, sur tout le pétrole provenant de Russie», a déclaré Trump lors d’un appel téléphonique tôt le matin avec NBC News dimanche».
Eh bien, je comprends sa frustration, mais il semble ne pas encore comprendre la réalité, malgré les informations (plus ou moins) de meilleure qualité qu’il commence manifestement à obtenir. En Russie, personne ne se soucie de savoir à qui Trump attribue la responsabilité. Les Russes ont une très bonne compréhension du fonctionnement de la politique et de l’armée américaines. C’est pourquoi la plupart des commentaires sur les réseaux sociaux russes en réaction à l’article du New York Times sur l’implication des États-Unis dans le pays 404 ont été accueillis par des rires et même des moqueries. Le temps de Trump sur les réseaux sociaux s’épuise : lui, c’est-à-dire les États-Unis, n’est pas en position de dicter des conditions, contrairement aux Russes.
Trump commence maintenant à apparaître comme ce «dur à cuire» qui n’a jamais combattu dans une vraie guerre contre de vrais ennemis.
Il rage intérieurement, car la Russie s’est opposée à l’Occident et l’a vaincu. Il ne comprend pas non plus la guerre réelle, car ses «expériences» ne correspondent tout simplement pas à la guerre du XXIe siècle, mais il ne peut pas accepter la réalité – c’est précisément la raison pour laquelle les États-Unis perdent leurs guerres et défendent ensuite des «excuses» pseudo-militaires justifiant leur échec. Trump a encore des moments de lucidité, mais il semble que sa nature prenne le dessus, malgré le fait qu’à titre personnel, j’applaudis certaines de ses actions sur le plan intérieur.
À propos d’histoire. Il y a 211 ans, l’armée russe entrait dans Paris :
Napoléon abdiquait.
https://smoothiex12.blogspot.com/2025/03/well-too-bad
*
Pourquoi ils ne sont pas brillants
Les États-Unis sont un pays fracturé (ou, pour utiliser le jargon de Huntington, déchiré) et, dans le contexte d’un déclin précipité (jamais de très haut) des capacités cognitives des meilleurs des meilleurs produits par la «machine à élites» américaine, qu’il s’agisse de politiciens ou de militaires, il faut s’interroger sur les motivations de ces soi-disant «élites». Pour en revenir à cet article (de merde) du New York Times, Larry a fait un bon compte rendu hier :
«Je peux résumer cette histoire en une phrase : l’Ukraine aurait détruit les Russes faibles et incompétents si seulement les généraux ukrainiens avaient suivi les conseils de l’armée américaine. Si vous cherchez un signe que la guerre en Ukraine touche à sa fin, cet article est fait pour vous. Il s’agit d’une tentative ridicule de redorer l’image du Pentagone et du Commandement des États-Unis en Europe en tant que génies stratégiques et tactiques qui auraient pu battre les Russes si seulement ces maudits Ukrainiens avaient suivi leurs conseils».
Mais voici le point critique qui est très intéressant pour l’état-major russe et les académies militaires où, maintenant confirmé par le NYT, l’impuissance intellectuelle du Pentagone sera étudiée avec étonnement pendant des années. Voici cette phrase :
«Un chef des renseignements européens s’est souvenu avoir été surpris d’apprendre à quel point ses homologues de l’OTAN étaient profondément impliqués dans les opérations ukrainiennes. «Ils font maintenant partie de la chaîne de destruction», a-t-il déclaré».
Permettez-moi de vous traduire : en utilisant l’une des nombreuses définitions (toutes très similaires), nous définissons la chaîne de destruction comme étant la capacité d’une organisation à exécuter rapidement et avec précision toutes les étapes, de la localisation à l’élimination d’une cible ennemie. Elle représente l’enjeu essentiel de la guerre moderne. En d’autres termes, les crétins du NYT ont confirmé ce que les Russes savaient depuis le début : les États-Unis contrôlaient entièrement les forces armées ukrainiennes de haut en bas. Eh bien, mis à part l’aspect moral de l’histoire selon lequel l’armée américaine a excellé principalement dans l’attaque des civils et des infrastructures civiles, la conclusion est non seulement justifiée mais inéluctable : l’armée américaine en sait très peu sur la guerre moderne, en particulier dans le domaine du C2 (Commandement et Contrôle) où même les communications, les ordinateurs et les ISR modernes ne font pas le poids face à un adversaire beaucoup plus expérimenté et technologiquement avancé avec un immense avantage en moyens cinétiques.
Pour ceux qui ne comprennent toujours pas l’ampleur de cette perte pour – maintenant nous pouvons l’affirmer ouvertement – les forces armées américaines en pays 404, je tiens à vous rappeler une chose qui a été répétée sans cesse par l’armée russe – l’armée russe n’a jamais perdu l’initiative opérationnelle. Les généraux américains, cependant, ont cherché, comme c’est maintenant une habitude, au mauvais endroit pour la planification et, comme c’est toujours le cas, se sont perdus dans les détails tactiques et l’évaluation du champ de bataille basée sur les relations publiques. Le fait qu’ils aient également cru à la propagande du pays 404 sur les pertes en dit long sur le Pentagone. Quand ils ont commencé à se douter de quelque chose, il était trop tard. Et puis il y a eu une «contre-offensive». Elle a été planifiée par les généraux américains et, naturellement, elle s’est soldée par une catastrophe pour eux et pour ces plus de 160 000 malheureux soldats des FAU qui n’ont même jamais atteint la première ligne de défense russe et ont été massacrés dans le champ de bataille (zone de sécurité). Voici ce que j’ai écrit à propos de ce désastre pour l’OTAN et, naturellement, de la victoire stratégique pour la Russie.
«Le facteur le plus étonnant dans toute cette situation a été le fait de ne pas avoir classifié la soi-disant «contre-offensive» des FAU, tout en classifiant l’évaluation qui, à juste titre, prévoyait de sérieux problèmes pour les FAU. Cette évaluation était clairement guidée par un sens militaire commun et une compréhension de base de ce qu’on appelle la Corrélation des Forces et des Moyens (CFM). Bien sûr, le problème pour l’Occident était que la partie russe se préparait à transformer ces «lacunes» en une catastrophe militaire sans précédent pour l’Ukraine et l’administration Biden, qui avait poussé à cette aventure planifiée de manière amateur. Mais même cette évaluation «classifiée» – qui s’écartait nettement des déclarations publiques de l’administration Biden sur la vitalité de l’armée ukrainienne – aurait dû donner matière à réflexion aux planificateurs de la Maison-Blanche, du département d’État et du Pentagone. Mais ce n’a pas été le cas. La raison en est à la fois le manque d’expertise de l’armée américaine en matière de guerre moderne du XXIe siècle et le déclin intellectuel précipité de l’élite de Washington, totalement enfermée dans sa «chambre d’écho», dont l’isolement de la réalité et le manque de compétences sérieuses en matière de stratégies militaires et de gouvernance nationale ont atteint des proportions grotesques et mortelles tant pour les restes de l’Ukraine que pour les États-Unis eux-mêmes».
Je peux (encore) m’éloigner du sujet en décrivant une différence culturelle et institutionnelle dramatique entre la «manière» américaine de faire la guerre et la manière russe, mais ce n’est qu’une partie du problème. Le problème réside dans l’incompétence des élites américaines, qui sont le produit d’une histoire complètement confuse et d’une vision fragile et peu sûre d’elles-mêmes. Les États-Unis ne sont pas la «meilleure force de combat» et ne l’ont jamais été. C’est pourquoi, comme Michael Brenner l’a astucieusement noté :
«L’américanisme fournit une théorie du champ unifié de l’identité personnelle, de l’entreprise collective et de la signification durable de la République. Lorsqu’un élément est perçu comme étant en danger, l’intégrité de l’ensemble de l’édifice devient vulnérable. Dans le passé, la mythologie américaine a dynamisé le pays de manière à l’aider à prospérer. Aujourd’hui, c’est un hallucinogène dangereux qui piège les Américains dans une distorsion temporelle de plus en plus éloignée de la réalité. Cette situation tendue se reflète de manière atténuée dans le fait évident que les Américains sont devenus un peuple peu sûr de lui. Ils sont de plus en plus anxieux quant à leur identité, à leur valeur et à ce que leur réserve l’avenir».
En s’impliquant dans la guerre en Irak et en essayant de détruire la Russie, les États-Unis et leurs alliés européens de l’OTAN ont fait s’effondrer cet édifice et révélé une structure plutôt peu impressionnante qui s’est convaincue qu’elle pouvait mener et gagner une guerre conventionnelle contre la superpuissance militaire russe, qui est une superpuissance depuis plus longtemps que les États-Unis n’existent en tant que pays. Quelques hommes bons (et compétents) ne peuvent pas réparer le mécanisme qui a été brisé pendant des décennies et le SMO l’a pleinement confirmé. Le NYT, cependant, nous a amplement confirmé que les États-Unis ont dirigé toute cette fichue affaire d’un point de vue militaire, et c’est un aveu critique. Ou comme on dit dans la rue : FAFO (Fuck around and find out). Je vous remercie, NYT, de ne pas avoir été brillant et d’avoir révélé, accidentellement, la vérité.
source : Reminiscence of the Future
https://reseauinternational.net/la-russie-sest-opposee-a-loccident-et-la-vaincu/