mardi 11 septembre 2007

Enquête sur la chevalerie

La chevalerie. Un mot qui attise l'imaginaire collectif. Comme l'a fait remarquer Jacques Heers, le Moyen-Âge est encore présent à bien des égards dans notre façon de penser et d'agir, même si nous n'en avons pas toujours conscience. Quel spectateur du film Excalibur n'a pas été profondément ému par les premières images du chef-d'oeuvre de John Boorman, où des hommes couverts d'une carapace d'acier s'entretuent, dans un tourbillon de lueurs sanglantes et de cliquetis de lames entrechoquées ?

« Modèle de perfection virile » (Georges Duby), porteuse de «l'idéologie du glaive» (Jean Flori), la chevalerie a constitué l'encadrement d'une société, celle de l'Europe des IX'-XVI' siècles, qu'on peut qualifier de féodoseigneuriale. Le chevalier est, dans une vision trifonctionnelle, le guerrier par excellence, ce qui lui confere droits et devoirs: «Les chevaliers furent d'abord des guerriers. À eux s'imposait en premier lieu la vertu militaire. Tel était le fondement de leur légitimité [ ... ] Les milites, les chevaliers, les knights, les Ritter constituaient en gros une élite, majoritairement héréditaire, dotée d'un statut et de revenus leur permettant de se préparer assidûment à la guerre (l' escrime cavalière, les tournois) et de s'offrir sans trop de mal le coûteux et fragile équipement nécessaire» (Philippe Contamine). Étant bien entendu que, quelle que soit la naissance de l'intéressé, la qualité de chevalier ne pouvait s'acquérir qu'en fonction des mérites, reconnus et sanctionnés par le rite de l'adoubement.

Décrite généreusement dans la littérature du temps (chansons de geste, romans à la manière de Bretagne, poésies des trouvères et des troubadours), la chevalerie est un champ de travail auquel se sont consacrés nombre d'historiens médiévistes, et parmi les plus grands. Dominique Barthélemy apporte aujourd'hui sa pierre à cet édifice qui, certes, est loin d'être achevé.

Le sujet a nourri, directement ou indirectement, ses travaux depuis plus de vingt ans (voir, entre autres, Chevaliers et miracles. La violence et le sacré dans la société féodale, Armand Colin, 2004). Mais avec La Chevalerie, qu'il vient de publier chez Fayard, Barthélemy a concentré ses recherches sur cette institution, apparemment fort simple (si l'on en croit de vieux schémas hérités du XIX' siècle) mais en fait très complexe. L'apport le plus significatif de son étude est fort bien résumé dans le sous-titre qu'il a donné à son livre: « De la Germanie antique à la France du XII siècle ». C'est en effet en allant aux sources germaniques de la chevalerie que Barthélemy met en évidence les caractères les plus spécifiques de l'institution chevaleresque. Laquelle n'est pas, contrairement à la thèse d'un Karl-Ferdinand Werner, l'héritière d'un « ordre équestre» qui, dans l'Empire romain, avait une vocation essentiellement administrative et nulle envie de s'illustrer sur les champs de bataille. Laissant cela à ces auxiliaires de l'armée romaine recrutés chez les Germains qui ont fini, dans l'Empire agonisant, par être les seuls à même de constituer une force armée inspirant le respect. Et qui apportent avec eux une conception du monde, de l'homme et de la vie dont la chevalerie du XIIe siècle sera l'héritière directe.

Pour reconstituer la généalogie de ce qu'il faut bien appeler un modèle idéologique, Dominique Barthélemy a choisi, avec raison, de remonter le temps car ce modèle « commence en Germanie, c'est-à-dire très haut ». Il s'agit en effet d'identifier les fondements d'un mode de vie et de l'éthique qui lui donne son sens. Ce qui amène l'historien à tordre le cou, au passage, à des clichés qui ont traîné, pendant trop longtemps, dans tant de manuels français, comme « nos préjugés modernes sur la barbarie des Barbares ». Il est vrai que « Barbare » étant synonyme de Germain, la germanophobie tricolore héritée de 1870 y trouvait son compte...

Dominique Barthélemy a secoué d'un revers de main ces vieilles lunes et il a entrepris de faire son métier d'historien, c'est-à-dire d'aller aux sources. Ce qui l'amène, en premier lieu, à revisiter très attentivement Tacite, souvent cité mais trop souvent distraitement survolé. Et qualifié par Barthélemy d'« incontournable ». Tacite, ce Romain qui écrit vers l'an 100 de notre ère pour faire comprendre à ses compatriotes qui sont ces Germains si préoccupants pour l'Empire, fait donc, dans sa Germanie, le portrait des peuples installés à l'est du Rhin. Ils pratiquent, explique-t-il, un compagnonnage guerrier, qui soude entre eux, à la vie à la mort, ceux qui en font partie. Ces hommes, guidés par un chef en qui ils ont toute confiance, manifestent envers lui un dévouement et une solidarité qui les amène à partager avec lui succès et revers, y compris jusqu'à l'accompagner dans un trépas jugé plus honorable qu'une survie dans la défaite. Strabon, qui écrivait en 18 de l'ère chrétienne et s'intéressait aux Gaulois, trouve chez eux une grande parenté avec les Germains car ils avaient « aux temps anciens » (sans doute avant la conquête réalisée par Jules César) « des usages qui se sont maintenus jusqu'à nous chez les Germains ». Ces « usages » sont l'exaltation des valeurs de courage, de largesse, de fraternité guerrière, de dévouement au chef. On comprend que la fusion entre aristocratie gallo-romaine et aristocratie germanique ait pu se faire sans difficulté, au haut Moyen Âge, pour déboucher sur la chevalerie des Xe-XIIIe siècles. Cette genèse, englobant les divers peuples germaniques installés sur les ruines de l'Empire romain d'Occident, est clairement décrite par Barthélemy: "l'origine germanique du Moyen Age, à travers les Francs ou d'autres peuples comme les Goths, les Burgondes, les Lombards, les Anglo-Saxons, est bien réelle [...] Les Francs se sont formés au IIIe siècle, en regroupant plusieurs peuples germaniques décrits par Tacite. En se rendant maîtres de la Gaule, ils y introduisent ou réintroduisent des allures et des pratiques guerrières que l'Empire romain n'y mettait ou n'y conservait pas, et dont plus tard en effet la chevalerie sortira. L'affinité germanique de la société féodale est indéniable".

Au passage, mais en s'attardant trop peu sur la profondeur de ces racines, Barthélemy note qu'en Gaule comme en Germanie, depuis le VIIIe siècle (l'archéologie l'atteste), la possession d'un cheval et d'une longue épée en fer distingue « une élite ». Il faudrait remonter plus haut, jusqu'à l'âge du bronze, où l'on pourrait identifier une aristocratie guerrière, attestée par Homère, qui a été l'agent des grandes conquêtes indo-européennes. Georges Duby, quant à lui, avait su jeter un pont, nécessaire, entre les travaux d'un Georges Dumézil et les études de médiévistes qui ne savent pas toujours s'affranchir des frontières d'une spécialisation qui enferme les chercheurs dans leur période.

Barthélemy a le grand mérite de disséquer très précisément les éléments fondateurs transmis par le monde germanique à la chevalerie du Moyen Âge dit « classique ». Par exemple, un sens aigu de la justice, qui amène à prendre parti pour les victimes d'injustice (on dira, plus tard, la veuve et l'orphelin). La largesse, aussi (traduisons la générosité), avec une attention spéciale portée au devoir d'hospitalité. L'honneur, qui pousse le guerrier à s'engager librement et totalement derrière le chef choisi. Celui-ci ne peut compter que sur le volontariat pour recruter une troupe au sein de laquelle règne une émulation de bravoure qui fait considérer comme le bien le plus précieux une belle réputation due à de hauts faits d'armes. Et puis le respect du sacré : « Ils portent à la bataille, écrit Tacite, des images et des emblèmes qu'ils tirent des bois sacrés ». Quand sera venue la christianisation, l'Église aura comme grand souci de canaliser - au prix de maintes concessions - un milieu chevaleresque resté si marqué par l'empreinte guerrière des origines.

Quant à l'importance de la lignée, le prestige des ancêtres, les mérites d'un père facilitent l'intégration du jeune guerrier au sein de la troupe d'élite à laquelle il brûle d'appartenir : à l'époque féodale, le jeune homme va faire son apprentissage de futur chevalier au château d'un proche parent ou d'un ami de la famille. Où il ne lui sera d'ailleurs fait aucune faveur...

À partir des racines germaniques, Barthélemy suit à la trace la gestation de la chevalerie : l'« élitisme carolingien » prépare le système féodal, au sein duquel un garçon de qualité, qui a du sang, peut faire belle carrière, d'autant que les princes, comme les ducs de Normandie des XIe et XIIe siècles, veillent à recruter les meilleurs combattants. Quand survient l'épopée des Croisades, la chevalerie est évidemment au cœur de l'extraordinaire aventure, où s'illustrent ces chevaliers d'un genre nouveau, qui se disent moines et guerriers et qu'on appelle les Templiers. Que vienne alors le beau XIIe siècle : à l'horizon, pour les meilleurs, se dessine la silhouette du Graal...

Dominique Barthélemy, La Chevalerie. De la Germanie antique à la France du XIIe siècle.

Bernard Fontaine, La Nouvelle Revue d'Histoire

vendredi 7 septembre 2007

MAZARIN

Simone Bertière a établi sa réputation de biographe par une fresque en six volumes sur les reines de France au temps des Valois et des Bourbons. Le dernier volume, Marie-Antoinette l'insoumise a reçu plusieurs prix, notamment le Grand prix de la biographie de l'Académie française. Simone Bertière avait préalablement publié une Vie du cardinal de Retz. Ce travail qu'elle évoque, entre autres, pour nous a préparé dans une certaine mesure sa récente biographie de Mazarin. Fondée sur des sources souvent inédites, celle-ci modifie complètement l'opinion que l'on se faisait d'un personnage malmené par la postérité. Simone Bertière montre qu'il fut en toute chose, plus encore que Richelieu, l'artisan du règne de Louis XIV. Après beaucoup d'autres grands historiens, nous avons tenu à la rencontrer.

La Nouvelle Revue d'Histoire : Quelles sont les origines de votre vocation ?

Simone Bertière : Il est difficile de parler de vocation, car j'ai eu deux vies successives. Dans la première partie de ma vie, j'ai passé l'agrégation de lettres classiques. Je me suis mariée jeune, j'ai eu trois enfants et un métier d'enseignante. Tout cela me comblait. J'ai été successivement, professeur de classes préparatoires puis maître-assistant de littérature comparée à l'université de Bordeaux. Pendant de nombreuses années, j'ai collaboré avec mon mari, lui-même enseignant, à la préparation de sa thèse de doctorat. Il était entendu que nous nous attaquerions à la mienne ensuite. Tous deux littéraires, nous travaillions toujours en accord parfait. Je l'ai donc aidé dans ses recherches sur Le Cardinal de Retz mémorialiste. C'était une thèse d'État ancienne formule, qui demandait parfois plus de vingt ans de travail. Ce fut le grand oeuvre de sa vie. Mais le drame est que mon époux est mort au moment où nous mettions le point final à sa thèse. Il avait cinquante-trois ans, et moi, quarante-neuf. Grâce au soutien de son directeur de recherche, j'eus la chance de pouvoir soutenir sa thèse à titre posthume et de la faire publier par la suite aux éditions Klincksieck.

NRH : Est-ce cette situation nouvelle qui a décidé de votre orientation vers le travail historique ?

SB : Pas encore. Nous avions prévu de nous installer à Paris et j'y cherchais un poste. J'ai été chargée de cours d'agrégation à l'École normale supérieure de jeunes filles, tout en assurant mon service à Bordeaux. Pendant près de neuf ans, je fus donc «turbo-prof» comme nous disons dans notre jargon, faisant la navette hebdomadaire entre les deux villes. Une existence fatigante ! J'ai renoncé à poursuivre ma thèse : celle de mon mari nous avait bien assez coûté !

NRH : Que s'est-il donc passé pour que vous deveniez la grande biographe que vous êtes aujourd'hui ?

SB : « Grande », c'est beaucoup dire. On m'avait chargée de préparer une édition critique des Mémoires du cardinal de Retz pour les Classiques Garnier-Flammarion, j'ai demandé ma retraite avec l'intention de me consacrer à d'autres éditions. Mais, après celle de Retz, je me suis rendu compte qu'aucune des biographies consacrées à lui n'étaient à jour. J'ai donc proposé à l'éditeur Bernard de Fallois de réaliser ce travail. Ma carrière de biographe a donc débuté à ce moment. Et depuis, je n'ai plus cessé.

NRH : Comment les historiens de profession vous ont-ils accueillie ?

SB : Je n'étais pas historienne de formation, on a donc mis quelque temps à m'adopter. Ma biographie du cardinal de Retz ayant reçu un bon accueil de la critique et du public, j'eus l'idée d'entreprendre une série sur les reines de France aux Temps modernes (XVIe - XVIIIe siècles). C'était une réflexion sur la condition de reine.

NRH : Après tous ces destins de femmes, pourquoi vous êtes-vous orientée vers une biographie de Mazarin ?

SB : Peut-être étais-je un petit peu lasse des femmes en général et des reines en particulier ! Mais pourquoi Mazarin ? J'éprouvais une sorte de remords à l'égard de ce personnage. Dans ma préface aux Mémoires du cardinal de Retz, j'avais évoqué sa figure dans l'histoire, en soulignant le fait qu'il était injustement décrié. Ce qui me valut à ce sujet une mésaventure tout à fait amusante avec Madeleine Laurain-Portemer, une chartiste qui avait consacré des années de recherche à Mazarin, notamment dans les archives italiennes. Je lui dois beaucoup et je lui ai rendu justice. Dans les réunions de dix-septièmistes, elle me regardait toujours d'un œil noir Sans m'adresser la parole. Puis, un beau jour, elle m'ouvre les bras avec un sourire en s' écriant : « Je découvre que vous êtes une spécialiste de Retz et que vous ne dites pas de mal de Mazarin ! » J'ai éclaté de rire et je lui ai répondu : " Que voulez-vous ! Retz était un bien meilleur écrivain, mais comme homme politique, il n' arrivait pas à la cheville de Mazarin. »

Après son décès, son mari me chargea, pour la revue XVIIe siècle, de la recension du recueil posthume de ses articles qu'il avait publiés. Je me suis plongée, grâce à elle, dans la période italienne de la vie de Mazarin fort méconnue en France, et plus je le découvrais, plus je le trouvais sympathique.

NRH : Parmi les ministres qui ont gouverné la France, Mazarin n'est pas choyé. Entre Richelieu et Louis XIV, on ne lui accorde tout au plus qu'un rôle de transition, plutôt mineur. Pourquoi cette piètre réputation ?
SB : Au cœur du malentendu, on trouve sa personne plus encore que son action. Sans doute concède-t-on que le bilan de celle-ci est positive. Mais il aurait usé pour y parvenir : de moyens suspects, notamment son emprise sur la régente, et il n'aurait jamais songé, affirme-t-on, qu'à satisfaire ses ambitions. Les mémorialistes du temps, des vaincus de la Fronde pour la plupart, ont tracé de lui un portrait au vitriol, d'autant plus efficace qu'il y avait parmi eux d'excellentes plumes. Ils ont dénoncé le « gredin de Sicile », fourbe et voleur, venu chez nous s'engraisser sans vergogne en ruinant le pays. Comme beaucoup d'historiens du XIXe siècle ont fait chorus, notamment Lavisse et ses collaborateurs, ce point de vue a été répercuté par tous les manuels scolaires. C'est cette image qui a donc prévalu dans notre mémoire collective. La seule évocation de son nom soulève encore aujourd'hui des allusions goguenardes sur ses mœurs ou des remarques indignées sur son enrichissement. Le rejet dont il fait l'objet excède le cadre de ses choix politiques. Les Français n'aimaient pas Richelieu, mais ils le percevaient comme l'un des leurs. Mazarin, lui, est italien et de naissance obscure. Le mépris de classe et la xénophobie pèsent sur lui dès qu'il accède au ministère.

NRH : Mazarin, comme vous le soulignez dans votre biographie, vient d'un milieu modeste. Son père était au service de la puissante et illustre famille des Colonna. Mais dès sa prime jeunesse, le jeune Giulio montre une intelligence et des dons exceptionnels. Sa famille le fera entrer dans l'administration pontificale où, très rapidement, il saura se faire apprécier. Ses rapports pleins d'intelligence et de verve le feront remarquer du pape Urbain VIII. Celui-ci l'utilisera pour des missions diplomatiques délicates. C'est au cours de l'une d'elles, durant l'année 1630, qu'il rencontrera Richelieu. Dès ce moment, à l'encontre de la mission confiée par le pape, Mazarin prend le parti de la France contre l'Espagne, alliée du Saint-Siège. Pourquoi un tel choix ?

SB : Il s'agit de l'affaire de Pignerol, forteresse du Piémont que convoitait la France. Pour comprendre pourquoi Mazarin prend alors ce parti et sert la politique de Richelieu, il faut prendre en compte le fait qu'il est italien. Il souffre de voir l'Italie prise comme champ de bataille par les grandes puissances extérieures. La France et les Habsbourg s'y sont abondamment battus pendant tout le XVIe siècle. Cela menace de recommencer. Mazarin n'a qu'un souhait, la paix. Il estime que Richelieu est seul capable de mettre un frein à l'expansion des Habsbourg d'Espagne dans l'Italie du Nord. Il pense que la paix ne sera possible que s'il y a des puissances suffisamment fortes pour se neutraliser et s'équilibrer.

NRH : Vous notez qu'une fois rentré en Italie, Mazarin est une sorte « d'agent brimé ». Son choix : en faveur de la France le fait détester de la faction espagnole de la Curie romaine qui met tout en œuvre pour qu'il perde son crédit.

SB : En effet, dans l'intention de le discréditer, Mazarin est renvoyé en France par la Curie pour porter à Richelieu un ultimatum extrêmement désagréable. Rome exige que la Lorraine soit restituée à son duc, ce dont Richelieu ne veut à aucun prix. Mazarin comprend la manœuvre et n'insiste nullement auprès du Cardinal. Cette nonciature aurait dû durer huit jours. Elle se prolongea seize mois. Les observateurs furent surpris par l'accueil particulièrement chaleureux que réserva Richelieu à un messager porteur d'une si déplaisante mission. Mazarin est traité en hôte privilégié. Il ne se fait pas de fête dans la maison de Richelieu où il ne soit invité. L'une des raisons de son succès, c'est qu'on ne s'ennuie jamais avec lui, tant sa conversation est brillante, fourmillante d'anecdotes contées avec esprit, et tant il a de compétence et de goût pour les arts. Il fait autorité en matière de musique et surtout de spectacles, la grande passion de Richelieu, fasciné à cet égard par l'Italie. Il parvient à l'arracher à ses accès d'hypocondrie, par sa vivacité et sa gaieté. Richelieu comprend aussi qu'il peut en faire son homme de confiance. Il souhaite qu'il devienne le porte-parole des intérêts français au Sacré Collège.

NRH : Vous soulignez dans votre livre que le second tournant dans la carrière de Mazarin se situe en 1642-1643, après la mort de Richelieu, alors que Louis XIII lui-même, se sachant condamné, le choisit comme parrain du jeune dauphin, le futur Louis XIV.

SB : Effectivement, plus Louis XIII sentait approcher l'échéance fatale, plus il s'accrochait à Mazarin comme son seul recours pour préserver l'œuvre de Richelieu et pour protéger l'enfance de son fils contre les appétits qu'il voyait se déchaîner. Finalement, Louis XIII décide de lier Mazarin au dauphin par le lien le plus fort qui se puisse trouver, le parrainage. Compte tenu des circonstances, il ne s'agit pas d'un honneur fortuit, mais d'un engagement sacré à long terme, d'une paternité spirituelle qui impliquera une authentique paternité après la disparition du père naturel.

NRH : Vous soulignez avec beaucoup de finesse que le lien exceptionnel d'Anne d'Autriche et de Mazarin est leur engagement mutuel autour du petit Louis XIV.
SB : En effet. Anne d'Autriche se sait incapable de gouverner par elle-même. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, elle est conduite à se tourner, comme Louis XIII quelques mois plus tôt, vers Mazarin. Il est frappant de voir que les raisons qu'elle s'apprête à donner pour motiver son choix sont analogues. Lui seul maîtrise les arcanes de la politique internationale, lui seul est capable d'assurer la transition. Étranger, sans famille, il n'est lié à aucun clan, il ne dépendra que d'elle. Leur amitié emprunte une route que Mademoiselle de Scudéry ne songera pas à tracer sur la Carte du pays. de Tendre, celle de la complicité intellectuelle et de la solidarité dans l'action. Il ne faut pas oublier que la reine a quarante ans, un âge où les femmes renoncent alors à l'amour pour la dévotion, et que sa célèbre beauté n'est plus, sinon un souvenir. Cette réalité triviale écarte tout soupçon d'intimité autre qu'amicale. La vérité est que, pour la première fois, Anne d'Autriche a affaire à quelqu'un qui la comprend, qui ne lui reproche pas ses ignorances ou ses erreurs. Elle ne sait pas gouverner. En l'éduquant, Mazarin la rassure. Il lui mâche la besogne, débrouille pour elle la complexité des affaires, lui propose une ligne de conduite, lui prépare ses discours. Sa sagacité prévoit les arguments qu'on lui opposera, les pressions qu'on exercera et, d'avance, il organise la parade. Mais il reste dans l'ombre sans empiéter sur ses prérogatives, il lui laisse l'apparence de la décision, et même plus que l'apparence puisque, une fois qu'il l'a convaincue, la décision est sienne. Auprès de ce remarquable pédagogue, les choses les plus compliquées se font simples. La reine se découvre grâce à lui, des aptitudes nouvelles, elle se sent devenir intelligente et le devient. La confiance est bientôt au rendez-vous, une confiance totale.

NRH : Pourquoi Mazarin a-t-il refusé jusqu'à l'extrême fin de sa vie de devenir prêtre ?
SB : Sans aucun doute, Mazarin a une foi vive et sincère, mais il ne veut pas de la prêtrise. Comme son adversaire le cardinal de Retz, il est une des âmes les moins ecclésiastiques qui soient au monde. Il semble y avoir chez lui une réaction instinctive quasi viscérale. Il ne parvient pas à s'imaginer sous les traits d'un prêtre. Comment voyager avec un vêtement aussi incommode qu'une soutane ? Assurer le service du culte, dire la messe chaque jour, écouter des confessions, prêcher en chaire la bonne parole, non, il ne s'y voit pas. Il n'a rien d'un prédicateur, il préfère les négociations feutrées aux envolées oratoires. Et il est passionné par l'action.

NRH : À partir de quand Mazarin a-t-il pris en charge l'éducation du jeune Louis XIV ?
SB : Avant la Fronde, Mazarin s'était contenté de superviser l'éducation de son filleul à travers les consignes données à son gouverneur et à son précepteur. Il veillait simplement à écarter de lui les influences jugées pernicieuses, entendez celles de ses adversaires politiques. Le petit Louis XIV, quoi qu'on en ait dit plus tard, ingurgita assez de latin pour s'attaquer aux Commentaires de César. Il apprit un peu d'italien et d'espagnol, et s'imprégna de l'histoire telle qu'on l'entendait alors, comme réservoir d'exemples moraux. Quatre ans de troubles étaient passés là-dessus, espaçant les leçons et plongeant l'écolier dans l'histoire en train de se faire, la vraie, pleine de bruit et de fureur. Il y avait gagné, en même temps que la vive conscience des dangers qu'elle comportait, une maturité précoce. Mazarin avait compris que l'enfant, en plus de l'amour maternel, avait besoin d'une ferme affection paternelle. il s'intéressa à lui au début de la Fronde, quand l'enfant commença de réagir aux événements. Et, peu à peu, naquirent entre eux confiance et affection. Le lien spirituel de filleul à parrain se mua en un attachement quasi filial. « Un ministre qui m'aimait et que j'aimais... » dira plus tard Louis XIV.

NRH : Quelles furent les méthodes employées par Mazarin pour éduquer le jeune roi ?
SB : Très loin des programmes livresques proposés par les traités sur l'éducation d'un prince. Il procéda à petits pas, à coup de leçons de choses appuyées sur du concret, des situations vécues. Il le faisait parler sans le heurter, il partait de son point de vue, avant d'en venir aux explications. il pratiqua, au rebours des maussades pédants de collège, une pédagogie de luxe, élitiste vouée aux leçons particulières, qui visait à édifier la personnalité. Aux professionnels de l'éducation, des clercs qui lui reprochaient de mépriser leurs méthodes, Mazarin démontra sur pièces comment l'on devait former un roi. Triomphe du pragmatisme sur les modèles théoriques. Et il immunisera durablement son disciple contre les vertiges de l'abstraction. À partir de 1653, Louis XIV accompagnera régulièrement Mazarin lors des opérations militaires. Il va de soi que le cardinal veillait à ne pas l'exposer aux combats. Mais on le verra, par exemple, au camp de Ribemont en juillet de cette année-là, assister aux conseils où l'on débattait du plan de campagne. Un peu plus tard, au mois de novembre, on lui épargnera les fatigues du siège de Sainte-Menehould, dans la pluie, la neige et le gel, mais on l'appellera au dernier moment, pour prendre possession de la place. Quoi de plus exaltant pour un garçon de 15 ans ?

NRH : Vous montrez que Mazarin fut victime à titre posthume des vaincus de la Fronde, dont certains furent parmi les plus grandes plumes de leur temps. On songe à La Rochefoucauld ou au cardinal de Retz.
SB : Il est vrai que Mazarin avait réussi sa vie au de-là de toute espérance mais qu'il rata complètement sa survie. Lui qui montra un sens si aigu de la « communication », qui sut si bien façonner l'image du jeune roi, n'a jamais réussi à se concilier les Français. La calomnie a la vie dure. Orchestrée à grand renfort de pamphlets, elle a marqué l'imaginaire collectif.

NRH : L'un des reproches les plus fréquents adressés à Mazarin est celui de son enrichissement personnel. Qu'en est-il vraiment ?
SB : Mazarin exploite les failles d'un désordre installé de longue date. Certains comportements comme les prêts usuraires à l'État sont passés dans les moeurs, parce qu'ils répondent à un besoin. Ils ne paraissent pas plus coupables que ne l'est de nos jours la spéculation boursière par exemple. Inutile donc, pour atténuer la responsabilité de Mazarin, d'accabler Colbert ou Fouquet. ils sont, comme lui, partie prenante d'un même système. Les financiers professionnels eux-mêmes, qui procuraient au roi un crédit au coût exorbitant, n'étaient pas tous des canailles. L'argent étant rare et forcément cher, ils jugeaient impossible de baisser leurs taux. En revanche, ils préconisaient de vastes réformes. Pour éradiquer le mal, c'est-à-dire donner à l'État son autonomie financière, il fallait refondre entièrement la fiscalité. Mais, politiquement, la saison ne s'y prêtait pas. Ce n'est pas par avarice mais pour s'assurer des moyens d'action, que Mazarin se constitua un trésor personnel qui, grâce à Colbert, atteignit un niveau fabuleux. S'il n'avait disposé que des ressources officielles du Trésor, il n'aurait rigoureusement rien pu faire.

NRH : Sur son lit de mort, Mazarin fit un testament où il léguait tous ses biens au roi, puisque tout ce qu'il possédait venait de lui. Est-ce le signe qu'il avait mauvaise conscience ?
SB : Non, pas du tout. Le 3 mars 1661, Mazarin décide effectivement de faire de Louis XIV son légataire universel. Celui-ci refuse et le laisse disposer de sa fortune. Le message est clair. Louis XIV proclame solennellement qu'il juge cette fortune méritée. Mazarin, qui s'est littéralement tué à son service, lui lègue un royaume en état de marche dans une Europe pacifiée. Cela n'a pas de prix. Il accepte, en revanche, pour lui et pour l'État, des legs considérables (bijoux, livres, tableaux) dont beaucoup font aujourd'hui partie de notre patrimoine national.
Propos recueillis par Pauline Lecomte : N R H

lundi 3 septembre 2007

Apparition des Celtes

Un petit rappel :
Âge de pierre récent :
4000 à 2000 avant J.C (Néolithique)
Âge du bronze ancien :
2000 à 1200 avant J.C
Âge du bronze récent :
1200 à 700 avant J.C (final)
Âge du fer :
700 à 500 avant J.C (ère celtique)Période d'Hallstatt (du nom d'un village d'Autriche, premier âge du fer) : vers -800
Période de la Tène (du nom d'un village de Suisse au bord du lac de Neuchâtel) : 500 à 400 avant J.C.
Vers 3000 avant J.C, les agriculteurs et chasseurs de l'Âge de pierre furent menacés par une série de tribus de guerriers. Connus sous le nom de proto-celtes, ces guerriers indo-européens les dominèrent puis s'assimilèrent aux indigènes les moins agressifs qu'ils rencontrèrent. Durant le millénaire qui suivit vers 1800 avant J.C, les proto-celtes migrèrent vers l'ouest de l'Europe où ils se fondirent dans la population locale.

Angus Konstam : Atlas historique du monde celte
On peut admettre que dès le cinquième millénaire avant notre ère, une importante partie de l'Europe tempérée du sud de l'Allemagne à l'ouest de la France, ait été peuplée de communautés d'agriculteurs parlant une langue qui à la suite de processus historiques, donna naissance aux différents idiomes celtiques attestés au premier millénaire.

Patrick Galliou : Le monde celtique
Selon un point de vue extrême, les principaux groupes parlant des langues celtiques auraient occupé, dès 3000 ans avant J.C, les territoires où les placent les sources les plus tardives, alors que l'hypothèse la plus répandue veut que le celtique et l'italique se soient séparés puis développés entre 1300 et 800 avant J.C.

Barry Cunliffe : Les Celtes, traduit de l'anglais par Patrick Galliou
Contrairement à ce que beaucoup écrivent par ignorance ou facilité, les Celtes ne sont pas arrivés en Gaule aux alentours de 800 à 500 avant J.C ce qui leur laisse à peine le temps d'atteindre les Pyrénées et la Méditerranée, voire la Bretagne ou l'Irlande avant le IIIe siècle. Par contre les datations linguistiques laisseraient à penser que les Celtes étaient déjà présents en Europe à la fin du troisième millénaire avant notre ère.
Christian-J Guyovarch et Françoise Le Roux : La civilisation celtique

dimanche 2 septembre 2007

Villes et villages au Moyen-Âge

La vie urbaine


Dès que cessent les invasions, la vie déborde les limites du domaine seigneurial. Le manoir commence à ne plus se suffire à lui-même. On reprend le chemin de la cité, le trafic s'organise, et bientôt, escaladant les remparts, surgissent des faubourgs. C'est alors, dès le XIe siècle, la période de grande activité urbaine. Deux facteurs de la vie économique, demeurés jusque-là un peu secondaires, vont prendre une importance de premier plan : le métier et le commerce. Avec eux grandira une classe dont l'influence sera capitale sur les destinées de la France - bien que son accession au pouvoir effectif ne date que de la Révolution française, dont elle sera seule à tirer des bénéfices réels : la bourgeoisie.

Du moins sa puissance date-t-elle de beaucoup plus loin, car, dès l'origine, elle a tenu une place prépondérante dans le gouvernement des cités, tandis que les rois, depuis Philippe le Bel notamment, faisaient volontiers appel aux bourgeois comme conseillers, administrateurs et agents du pouvoir central. Elle doit sa grandeur à l'expansion du mouvement communal, dont elle est d'ailleurs le principal moteur. Rien de plus vivant, de plus dynamique que cette impulsion irrésistible qui, du XIe au début du XIIIe siècle, pousse les villes à se libérer de l'autorité des seigneurs, et rien de plus jalousement gardé que les libertés communales, une fois acquises. C'est qu'en effet les droits perçus par les barons devenaient insupportables dès l'instant où l'on n'avait plus besoin de leur protection : dans les temps de troubles, octrois et péages étaient justifiés, car ils représentaient les frais de police de la route : un marchand dévalisé sur les terres d'un seigneur pouvait se faire indemniser par lui ; mais à des temps nouveaux et meilleurs devait correspondre un rajustement qui fut l'œuvre du mouvement communal. Le Moyen Âge réussit de la sorte ce nécessaire rejet du passé, si difficile à réaliser dans l'évolution de la société en général ; il est fort probable que si le même rajustement s'était produit en temps opportun pour les droits et privilèges de la noblesse, bien des désordres eussent été évités.

La royauté donne l'exemple du mouvement par l'octroi de libertés aux communes rurales : la « charte Lorris » concédée par Louis VI supprime les corvées et le servage, réduit les contributions, simplifie la procédure en justice et stipule en outre la protection des marchés et des foires :
« Aucun homme de la paroisse de Lorris ne paiera de tonlieu [douane] ou de droit quelconque pour ce qui est nécessaire à sa subsistance, ni de droit sur les récoltes faites par son travail ou celui de ses animaux, ni de droit sur le vin qu'il aura eu de ses vignes.
A aucun moment il ne sera requis chevauchée ou expédition, qu'il ne puisse revenir le jour même en sa demeure, s'il le veut.
Aucun ne paiera de péage jusqu'à Étampes, ni jusqu'à Orléans, ni jusqu'à Milly en Gâtinais, ni jusqu'à Melun.
Et celui qui aura sa propriété en la paroisse de Lorris, on ne pourra pas la lui confisquer s'il a commis quelque forfait, à moins que ce ne soit un forfait contre Nous ou nos gens.
Personne venant aux foires ou au marché de Lorris, ou en revenant, ne pourra être pris ou troublé, à moins qu'il n'ait commis quelque forfait ce jour-là.
Personne, ni Nous ni d'autres, ne pourra lever de taille sur les hommes de Lorris.
Aucun d'entre eux ne fera de corvée pour Nous, si ce n'est une fois l'an, pour apporter notre vin à Orléans, et pas ailleurs.
Et quiconque aura demeuré un an et un jour en la paroisse de Lorris, sans que personne ne l'y réclame, et que cela ne le lui ait été défendu ni par Nous ni par notre prévôt, désormais y sera libre et franc. »


La petite ville de Beaumont reçoit peu après les mêmes privilèges, et bientôt le mouvement se dessine dans tout le royaume.

C'est l'un des spectacles les plus captivants de l'histoire que l'évolution d'une cité au Moyen Age : villes méditerranéennes, Marseille, Arles, Avignon ou Montpellier, rivalisant d'audace avec les grandes cités italiennes pour le commerce "deçà mer", - centres de trafic comme Laon, Provins, Troyes ou Le Mans, - foyers d'industrie textile, : comme Cambrai, Noyon ou Valenciennes; toutes font preuve d'une ardeur, d'une vitalité sans égales. Elles eurent d'ailleurs les sympathies de la royauté : ne procuraient-elles pas, dans leur volonté d'émancipation, le double avantage d'affaiblir la puissance des grands féodaux et d'apporter au domaine royal un accroissement inespéré, puisque les villes affranchies entraient de ce fait dans la mouvance de la couronne ?
Parfois la violence est nécessaire, et l'on assiste à des mouvements populaires, comme a Laon, ou au Mans ; mais le plus souvent les villes se libèrent par voie d'échanges, par tractations successives, ou tout simplement à prix d'argent. Là encore, comme dans tous les détails de la société médiévale, la diversité triomphe, car l'indépendance peut n'être pas entière : telle partie de la ville, ou tel droit particulier, demeurent, sous l'autorité du seigneur féodal, tandis que le reste revient à la commune. Un exemple typique est fourni par Marseille : le port et la ville basse, que les vicomtes se partageaient, furent acquis par les bourgeois, quartier par quartier, et devinrent indépendants, tandis que la ville haute restait sous la domination de l'évêque et du chapitre, et qu'une partie de la rade, face au port, demeurait la propriété de l'abbaye de Saint-Victor.

En tout cas, ce qui est commun à toutes les villes, c'est l'empressement qu'elles mirent à faire confirmer ces précieuses libertés qu'elles venaient d'acquérir, et leur hâte à s'organiser, à mettre par écrit leurs coutumes, à régler leurs institutions sur les besoins qui leur étaient propres. Leurs usages diffèrent suivant ce qui fait la spécialité de chacune d'elles : tissage, commerce, ferronnerie, tanneries, industries maritimes ou autres. La France devait pendant tout l'Ancien Régime conserver un caractère très spécial du fait de ces coutumes particulières à chaque ville, fruit tout empirique des leçons du passé, et, qui plus est, fixées en toute indépendance par le pouvoir local, donc au mieux des besoins de chacune. Cette variété, d'une ville à l'autre, donnait à notre pays une physionomie très séduisante et des plus sympathiques ; la monarchie absolue eut la sagesse de ne pas toucher aux usages locaux, de ne pas imposer un type d'administration uniforme ; ce fut l'une des forces - et l'un des charmes - de l'ancienne France. Chaque ville possédait, à un degré difficile à imaginer de nos jours, sa personnalité propre, pas seulement extérieure, mais intérieure, dans tous les détails de son administration, dans toutes les modalités de son existence. Elles sont, en général, tout au moins dans le Midi - dirigées par des consuls dont le nombre varie : deux, six, quelquefois douze ; ou encore un seul recteur réunit l'ensemble des charges, assisté d'un viguier représentant le seigneur, lorsque la cité n'a pas la plénitude des libertés politiques. Souvent encore, dans les cités méditerranéennes, on fait appel à un podestat, institution assez curieuse ; le podestat est toujours un étranger (ceux de Marseille sont tous italiens) auquel on confie le gouvernement de la cité pour une période d'un an ou deux ; partout où il a été employé, ce régime a donné entière satisfaction.

En tout cas, l'administration de la cité comprend un conseil élu par les habitants, généralement au suffrage restreint ou à plusieurs degrés, - et des assemblées plénières réunissant l'ensemble de la population, mais dont le rôle est plutôt consultatif. Les représentants des métiers tiennent toujours une place importante, et l'on sait quelle fut la part prise par le prévôt des marchands à Paris dans les mouvements populaires du XIVe siècle. La grande difficulté à laquelle se heurtent les communes, ce sont les embarras financiers ; presque toutes se montrent incapables d'assurer une bonne gestion des ressources ; le pouvoir est d'ailleurs vite accaparé par une oligarchie bourgeoise qui se montre plus dure envers le petit peuple que ne l'avaient été les seigneurs - d'où la rapide décadence des communes ; elles sont souvent agitées de troubles populaires, et périclitent dès le XIVe siècle, aidées en cela, il faut bien le dire, par les guerres de l'époque et le malaise général du royaume.

Régine Pernoud, Lumière du Moyen-Âge

Le regroupement des hommes en villages et en villes n'est pas un phénomène nouveau : il existait en Gaule dès l'Antiquité et les XIè et XIIIè siècles héritent de ce passé. Mais il n'y a pas de parfaite continuité entre les habitats antiques et ceux du Moyen Age classique. La villa gallo-romaine ne donne pas nécessairement naissance au village. En Languedoc, un tiers des villae antiques seulement font encore preuve de vitalité au XIe siècle (M. Bourin-Derruau). Comme en témoignent les vestiges archéologiques, les hommes du Haut Moyen Age sont dans l'ensemble mal sédentarisés. Il semble bien que la situation change au cours des VIe-XIe siècles, mais nous avons vu que ce problème donne lieu à un débat historiographique (chap. 1). L'originalité des XIe-XIIIe siècles consiste en la création de villages neufs à la suite des défrichements, et surtout en la restructuration générale de l'habitat. C'est alors que naît le village au sens que nous donnons de nos jours à ce terme : un rassemblement d'individus ayant conscience de former une communauté. Quels sont les éléments qui ont permis ces regroupements ?

Les seigneurs, qu'ils soient laïcs ou clercs, prennent le plus souvent l'initiative de ces regroupements. Ils rassemblent les hommes sur lesquels ils exercent leur droit de ban, soit en rendant le lieu attractif pour les paysans, comme c'est le cas en Mâconnais ou en Charente, soit en exerçant une contrainte violente, comme c'est le cas en Catalogne. Ainsi se multiplient les bourgs de la France de l'Ouest, qui peuvent être des villages neufs de défrichement ou des villages construits à proximité du château seigneurial, ce que les historiens appellent des « bourgs castraux » (A. Debord). Dans le Sud-Ouest, ce type d'habitat prend le nom de « castelnaux », et il se développe surtout au XIIIe siècle (B. Cursente). La cohésion villageoise qui accompagne le regroupement ne se limite pas à ces initiatives seigneuriales qui utilisent à plein la croissance économique. D'autres éléments entrent en jeu. La paroisse sert aussi de point de cristallisation de l'habitat, laissant au clergé, mais aussi aux paysans eux-mêmes, une large part d'initiative. Vers 1030, le moine Raoul Glaber parle du « blanc manteau d'églises » qui couvre la chrétienté : sa vision correspond bien à la réalité, et l'église sert de lien entre les habitants. Le village se définit aussi par rapport à l'extérieur. La construction de remparts, plus ou moins fortifiés, crée une ligne de démarcation et un lieu qu'il convient de défendre. Ainsi s'affirme la cohésion de la communauté face aux gens du dehors. En Provence et en Languedoc, l'habitat se regroupe, se fortifie et devient le plus souvent perché au cours des XIe-XIIe siècles. Au-dedans, le cimetière inscrit le village dans le temps. Il se fixe au pied de l'église paroissiale, et sa présence assure la parfaite continuité d'une mémoire qui unit les morts aux vivants. Les habitants s'approprient l'espace villageois en l'apprivoisant du dedans par des rituels. Les processions en l'honneur du saint local, les Rogations, l'ensemble des fêtes qui associent le profane au sacré et dont les jeunes sont souvent les fers de lance, définissent ce que ces hommes conçoivent comme les marques de leur civilisation ; ils se rassemblent pour gérer leur terroir ; ils créent des lieux de sociabilité comme les places mais aussi les tavernes. C'est ainsi que s'ébauche un lien étroit entre l'individu et la communauté villageoise dont il se sent membre. Enfin, ces villages peuvent s'affirmer face au reste du royaume en acquérant un statut juridique qui confère à ses membres un certain nombre de privilèges. La charte de Lorris-en-Gâtinais concédée par le roi Louis VII en 1155, et celle de Beaumont-en-Argonne concédée par l'archevêque de Reims, Guillaume Blanches Mains, sont les plus célèbres parce qu'elles ont servi de modèles à plusieurs centaines de bourgades du royaume.

Si le village devient l'élément essentiel du regroupement des hommes, il est cependant loin d'être exclusif. Presque partout, à côté de ces habitats groupés, coexistent des habitats intermédiaires ou dispersés, et nous avons vu que les défrichements intercalaires peuvent encore les favoriser. Il ne faut pas non plus garder l'impression de points d'ancrage devenus immuables. La population du royaume bouge : elle est affectée, comme le dit Robert Fossier, d'un « mouvement brownien ». Cette mobilité n'explique pas seulement les défrichements. Elle permet les regroupements villageois, et surtout la croissance des villes. Le phénomène de l'essor urbain si important à partir du XlIè siècle est inséparable de l'essor des techniques et d'une division du travail. Contentons-nous de remarquer qu'il s'inscrit dans la dynamique démographique du royaume, et que son démarrage est légèrement décalé - d'un siècle environ - par rapport à celui des campagnes. Au total, le nombre des villes s'accroît : un maillage de petites villes caractérise donc le royaume de France à la fin du XIIIe siècle. Il nous faudra en déceler l'originalité.

Claude Gauvard, La France au Moyen-Âge du Vième au XVième siècle

La position du roi vis-à-vis des communes

L'idée qu'on en a eue a été faussée, au XIXe siècle, par le romantisme historique lié à des préoccupations politiques. Le préambule de la Charte de 1814 disait : « Les communes ont dû leur affranchissement à Louis le Gros », Louis VI et Louis XVIII, en octroyant la Charte, renouait ainsi avec l'attitude de son lointain ancêtre favorable aux libertés : d'où le nom de charte donné à l'acte constitutionnel de 1814. Sous la monarchie de Juillet, Augustin Thierry est tombé dans l'erreur opposée ; il nie toute faveur royale à l'origine des communes: « L'état de commune, dit-il, ne s'obtint qu'à lutte ouverte » - une lutte de bourgeois qui annonçait celle des barricades de 1830. La réalité est différente. Et si l'on voit les choses du point de vue strictement scientifique, il faut, avec Petit-Dutaillis, distinguer trois périodes. De 1108 à 1180, Louis VI et Louis VII ont une politique oscillante ; ils favorisent les communes dans les principautés ou dans les seigneuries dont ils ne sont pas les maîtres ; mais ils sont plus réservés dans le domaine royal. Au demi-siècle suivant, Philippe Auguste et Louis VIII (1180-1226) sont très favorables aux communes ; Philippe Auguste a notamment compris qu'il avait le plus grand intérêt à développer le mouvement communal, à s'appuyer, contre la féodalité, sur la bourgeoisie des villes ; et, à Bouvines, les milices communales l'ont beaucoup aidé à remporter la victoire. Avec saint Louis, aux dernières années de son règne tout au moins, et surtout avec ses successeurs et notamment Philippe le Bel, les communes, pour des raisons tenant au début de la dépression économique, s'endettent, d'où le menu peuple des villes accuse la haute bourgeoisie de mal gérer les affaires communales ; il se soulève ; il y a des heurts ; les commissaires royaux interviennent, exercent une tutelle financière, ce qui restreint les libertés communales.

Jean-François Lemarignier, La France médiévale Institution et société

mardi 28 août 2007

La légende noire du Moyen-Âge

UNE ÉPOQUE DIABOLISÉE
Avec le poids que lui donne une indiscutable autorité scientifique, Jacques Heers, l'un des plus éminents médiévistes français, entreprend de tordre le cou à quelques clichés qui constituent, sur l'époque dont il est spécialiste, une véritable désinformation historique.
Pour avoir été directeur du département d'études médiévales de la Sorbonne, Jacques Heers est bien placé pour le savoir : un tissu d'erreurs, et plus encore de malhonnêtetés, est trop souvent véhiculé sur cette période clef, fondatrice de notre histoire, qu'est le Moyen Age. S'étendant sur un millénaire, il constitue le terreau sur lequel s'est développée, au fil des siècles, l'identité française. C'est une bonne raison pour s'intéresser à lui d'un peu près. Or ce Moyen Age est, depuis longtemps, vilipendé, mis en accusation : époque d'obscurantisme et de ténèbres - qu'aurait heureusement dissipés la glorieuse ère des Lumières, génitrice de la Révolution -, le Moyen Âge aurait été par excellence le temps d'infâmes abus ou, au minimum, d'un archaïsme barbare. Bref, l'antithèse du progrès, tant sur le plan social que politique, économique ou culturel.

RÉTABLIR LA VÉRITÉ

Illustre cette vision manichéenne, diabolisante, le vocabulaire lui-même : le mot « médiéval » (ou « moyen-Âgeux », comme disent les présentateurs de télévision) est utilisé couramment comme synonyme de retardataire, de grossier, de peu évolué; les mots "féodal" et "seigneurial ", eux, ont vocation, surtout lorsqu'ils sont utilisés avec l'accent de Georges Marchais, à qualifier des prétentions outrecuidantes, des abus de pouvoir et, plus généralement, une vision réactionnaire (voire fasciste) des choses. On comprend, du coup, que pour dénoncer une situation intolérablement rétrograde fleurisse l'expression: « On se croirait au Moyen Age. »
Scandalisé par le caractère vicié et vicieux d'un tel vocabulaire, qui traduit une petitesse d' esprit, Jacques Heers entreprend donc de rétablir la vérité. Celle qu'apporte une science historique dénuée de parti pris (mais si, mais si, cela peut encore se trouver. .. ). En précisant qu'il ne s'agit pas pour lui de parer le Moyen Age de toutes les vertus, mais tout simplement de remettre les pendules à l'heure. Non sans souligner malicieusement, au passage, le relativisme de certaines notions. Ainsi, « affirmer, par exemple, que la maison médiévale manquait de confort laisse rêveur Tout est d'appréciation et d' habitude. Faut-il, à l'absence d'eau courante, aux odeurs de fumier, aux salles mal chauffées et mal éclairées, préférer l'air des villes chargé des gaz des voitures, le bruit incessant des moteurs, les viandes aux hormones et les fruits de mer pollués ? » On peut effectivement se poser la question en croisant, dans un couloir de métro, les zombies qui hantent les mégalopoles ...
Pour commencer son travail de remise en ordre, Jacques Heers s'interroge de façon très roborative, sur la notion même de Moyen Age. En faisant justice, au passage, avec une ironie féroce. de ces faiseurs de systèmes qui ont fleuri dans les années soixante, « temps de grandes et mirifiques fermentations intellectuelles » où il était de bon ton de balancer par-dessus bord, en histoire. l'« événementiel» - c'est -à-dire le balisage du cours de l'histoire par des événements, et donc des dates, pris comme points de repère, jalons et témoins.
Ceci dit, et alors même qu'il montre la nécessité d'une réhabilitation intelligente de l'événementiel, Heers insiste sur le caractère arbitraire de la notion même de Moyen Age: le découpage de l 'histoire en grandes tranches chronologiques -la périodisation, pour utiliser un vocabulaire plus académique - correspond, depuis longtemps, à des nécessités pédagogiques. Inséré entre l'Antiquité et des temps modernes (XVI' à XVIII' siècles), le mot Moyen Age recouvre des réalités très diverses, dans l'espace et dans le temps. C'est ce qui fait dire à Heers, avec un rien de provocation, que , "l' homme médiéval" est une utopie. Ce qui signifie que la généralisation systématique est, en histoire, péché mortel. De qui et de quoi parle-t-on lorsqu'il est question de Moyen Age? La rigueur est nécessaire, la précision indispensable si l'on veut éviter le piège des grandes généralités - c'est-à-dire le règne de l ' à peu-près ou, pire, de l'a priori.
Mais il y a plus grave. En effet, un véritable travail de désinformation a été accompli, et depuis longtemps, afin de parer, si l'on peut dire, le Moyen Age de traits totalement négatifs forgés, en fait, de toutes pièces pour les besoins de la cause. Une cause idéologiquement bien précise : exalter les vertus de la modernité, en tant que phase éminemment progressiste dans le déroulement de l'histoire des sociétés européennes.

LE DROIT DE CUISSAGE FAIT FANTASMER LES INSTITUTEURS

Tout d'abord, pour mieux noircir le Moyen Age il a fallu installer le mythe de la Renaissance. Avec deux thèmes privilégiés : la Renaissance, c'est l'habileté à reproduire la nature et le retour aux formes et aux inspirations antiques. Heers montre clairement qu'il s'agit là d'un combat culturel, à l'origine: nombre d'Italiens, du XIV' au XVI' siècle, veulent voir de la « barbarie » et de la décadence dans tout ce qui, depuis la fin de l'Empire romain, a été influences venues du Nord. Les « Tudesques » - c'est-à-dire les Allemands - étant spécialement visés, mais les Français n'échappant pas à l'accusation d'inculture. Sans oublier les Byzantins, car l'antagonisme entre Rome et Constantinople est une constante des siècles médiévaux. La Renaissance se veut exaltation d'une rupture avec un passé honteux, car marqué par l'abaissement, l'humiliation de l'Italie. Nous vivons encore aujourd'hui sur « des jugements de valeur entachés de parti pris ». La Renaissance est un mythe forgé par des cénacles d'intellectuels autoproclamés - « un groupe restreint, au demeurant sans mandat ni compétences particulières, qui, dans quelques milieux élitistes, s'auto-attribuaient la qualité de juger mieux que le commun des hommes du temps ». On est évidemment tenté de faire quelque rapprochement avec ce que nous vivons aujourd'hui ...
Le concept de Renaissance étant destiné à dévaloriser systématiquement le Moyen Age, on comprend qu'il ait fait florès jusqu'à nos jours chez tous ceux qui exaltent la modernité pour des raisons idéologiques. Significativement, le mot « gothique » est, chez un Montesquieu, synonyme de barbare.
Avec maestria, Heers démontre l'inanité d'une telle vision: le Moyen Age ne fut pas un temps de maladresses, voire d'ignorance en matière de méthodes et de techniques artistiques; et, loin d'oublier l'Antiquité, la culture médiévale s'est nourrie de références aux Grecs et aux Romains.
Autres idées reçues et partis pris contre lesquels Heers mène croisade : la féodalité aurait été faite " de pratiques scandaleuses, d'abus, de cruautés et d'arbitraires ". Une caricature dont avaient besoin et les agités de 1789 et les futurs profiteurs de la Révolution, acheteurs de biens nationaux et trafiquants en tout genre, pour couvrir leurs exactions d'un voile prétendument doctrinal. Avec des aspects tragi-comiques: en une page d'une cruelle drôlerie, Heers montre comment la célèbre nuit du 4 août, où fut proclamée la suppression des privilèges, fut en fait une nuit de beuveries et de discours incohérents, où fleurirent à satiété les contrevérités forgées par des opuscules de propagande. Propagande inlassablement reprise, au long des XIX' et XX, siècles, pour justifier les « acquis » des Grands Ancêtres. Heers fait, avec une certaine jubilation, la présentation du sottisier qui, aujourd'hui encore, a trop souvent droit de cité dès qu'il est question de féodalité et de droits seigneuriaux - par exemple, le fameux droit de cuissage qui a fait fantasmer des générations d'instituteurs ...

LA LUTTE DES CLASSES APPLIQUÉE AU MOYEN AGE

En passant au statut des paysans au Moyen Age, Heers constate qu'on atteint des sommets dans l'ignorance ou la malhonnêteté intellectuelle. Résumons l'imagerie d'Épinal: le seigneur oisif et exploiteur tenait sous sa coupe de malheureux paysans condamnés à suer sang et eau pour la satisfaction de ses caprices. Autrement dit c' était le triomphe, insolent, de l'exploitation de l'homme par l'homme ... Pour avoir beaucoup travaillé et beaucoup publié sur les aspects économiques et sociaux, tant urbains que ruraux, des sociétés médiévales, Heers a toute facilité pour démontrer, en soixante-dix pages d'une argumentation serrée, le caractère aberrant d'une telle présentation. Aberrant au plan scientifique, mais parfaitement explicable au plan idéologique puisqu'il s'agit d'affirmer, en ce domaine plus encore qu'en tout autre, que la modernité et son épiphanie de 1789 ont apporté les Lumières et la libération à une humanité asservie.
On comprendra, par cette trop brève présentation, que le livre de Jacques Heers fait œuvre de salubrité publique, son auteur ne craignant pas de se mettre à dos - et il y a quelque mérite, par les temps qui courent -les idéologues encore régnant dans le monde universitaire, éditorial et médiatique. Il démontre en effet que l'histoire, et plus spécialement celle du Moyen Age, a été depuis longtemps manipulée, trafiquée à des fins partisanes, pour justifier des utopies qui ont fait preuve. depuis deux siècles, de leur nocivité. La parade, le contrepoison qu'il propose in fine. devrait être la règle d'or de tout historien digne de ce nom : "Opposer le concert aux abstractions ".
• Pierre Vial Le Choc du Mois • Février 1993 • N°61
Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 282 p., 140 F.

dimanche 26 août 2007

DE LA RELATIVITÉ DES RÉPUTATIONS: EINSTEIN OU POINCARÉ

Les libraires des sous-préfectures ont de la chance : les œuvres complètes d'Albert Einstein seront bientôt disponibles en langue française, grâce au CNRS et aux éditions du Seuil. Quant à ceux, parmi leurs clients, qui souhaiteraient aussi acquérir les ouvrages de Louis de Broglie ou de Henri Poincaré, ils devront attendre que le Centre national de la recherche s'y intéresse, c'est·à-dire patienter jusqu'à une date indéterminée, au XXle ou au XXlle siècle.

Pourquoi Einstein sur fonds publics français ? Et pourquoi maintenant ? A la vérité, il en va pour lui comme pour certaines boules de billard: quand on les voit passer, il faut chercher celle qui a transmis le mouvement. Dans le cas d'Einstein, le moteur s'appelle Henri Poincaré, un génie français méconnu, resté dans les cartons poussiéreux de la mémoire scientifique jusqu'à ce qu'on l'exhume récemment pour cause de perspicacité incontournable. Depuis une dizaine d'année, en effet, les physiciens et les biologistes intéressés par la mathématique des évènements aléatoires se rendent compte qu'ils lui doivent tout. Voilà près d'un siècle (Théorie du tourbillon, 1893) qu'il a mis au point les outils dont ils se servent. Et personne n'a songé à lui rendre un hommage posthume.
Du côté des einsteiniens pur beurre, le retour à Poincaré inquiète : on risque en effet de découvrir que l'invention de la relativité n'est pas attribuable à leur idole, mais à Poincaré qui l'a précédé de quelques années. Pourquoi, dira-t-on, l'auteur lui-même n'a-t-il pas insisté de son vivant pour le faire savoir ? C'est que Poincaré, comme beaucoup de génies authentiques, avait l'intelligence généreuse, et ne cessait de pondre du nouveau sans se soucier outre mesure du sort médiatique de ses œuvres. En outre, la mécanique relativiste n'est devenue à la mode qu'après sa mort intervenue en 1912. Poincaré a eu le savoir-faire, mais pas le faire-savoir.

L' ANTÉRIORITÉ DE POINCARÉ

Pour autant, si l'on reprend la chronologie des évènements intellectuels de la fin du XIX' siècle, les choses sont claires. Remontons à 1885. Le roi Oscar II de Suède organise un concours. Non une eurovision de la chanson, mais un défi sur le thème du problème des n-Corps. Un siècle avant les Grimaldi de Monaco, les têtes princières s'intéressaient plus à la physique qu'au showbiz. De quoi s'agissait-il? Soient le Soleil et la Terre. Peut -on calculer raisonnablement l'influence de l'un sur le mouvement de l'autre ? Question simple pour les spécialistes : la loi de gravitation de Newton un peu améliorée donne la solution: Mais si l'on repose la même question avec trois corps : la Soleil, la Terre et la Lune, par exemple, la réponse devient beaucoup plus compliquée. Et le problème est considéré comme insoluble si l'on veut tenir compte en même temps des dix planètes du système solaire ou, plus généralement, de 17 corps en nombre indéterminé.
Poincaré, le premier, explique pourquoi il n'existe pas de solution finie au problème des n-corps, et propose une approximation restée sous le nom de «conjecture de Poincaré ». Les membres du jury sont émerveillés de la puissance d'esprit de ce mathématicien trentenaire. Et le grand Karl Weierstrass, auteur d'une célèbre théorie des fonctions et membre du jury, prédit « une ère nouvelle dans la mécanique céleste ».
Les premiers bouleversements sont confirmés en 1896 par Poincaré lui-même. Dans une conférence adressée au premier Congrès international de mathématiques réuni à Zurich, il note : « L'espace absolu, le temps absolu, la géométrie euclidienne même, ne sont pas des conditions qui s'imposent à la mécanique; on pourrait énoncer les faits en les rapportant à un espace non euclidien... » Voilà déjà en germe l'espace à quatre dimensions. Or. remarquera utilement qu'un jeune étudiant entrait à l'époque en première année au Polytechnicum de Zurich : un certain Albert Einstein. A-t-il assisté au Congrès? Silence prudent des biographes officiels.
Deuxième temps : la publication par Poincaré de La science et l' hypothèse en 1902. Dans ce livre, il avance des notions nouvelles en mécanique céleste, et principalement ceci: « L'état de corps et leurs distances mutuelles à un instant quelconque dépendront seulement de l'état de ces mêmes corps et de leurs distances à l'instant initial, mais ne dépendront nullement de la position absolue initiale du système et de son orientation initiale. C'est ce que je pourrai appeler la loi de relativité. » A quoi il ajoute: « Un pareil énoncé est indépendant de toute interprétation des expériences. Si la loi est vraie dans l'interprétation euclidienne, elle sera vraie aussi dans l' interprétation non euclidienne. »
Dans son article des Annalen der Physik, rédigé en juin 1905 et considéré comme fondateur de la mécanique relativiste, Einstein écrira : « Les lois de l'électrodynamique et de l'optique seront également valables pour tous les systèmes de référence dans lesquels les équations de la mécanique sont valables. Nous érigerons cette conjoncture (dont nous appellerons, dans ce qui suit, l'énoncé: Principe de relativité) en postulat ... » A trois ans de distance, on constate une évidente priorité pour Poincaré dans des énoncés extrêmement proches, priorité qui n'est toujours pas reconnue au mathématicien français.
On peut se demander, à ce propos, si Einstein avait lu l'ouvrage de Poincaré, et si, par exemple, il avait pu s'en « inspirer ». Son biographe et condisciple Maurice Solovine, qui rédigera plus tard une bonne partie de l'hagiographie einsteinienne, est formel sur ce sujet : Einstein et quelques amis avaient lu La science et l' hypothèse à Berne avant 1905; et Solovine d'avouer que c'était« un livre qui nous avait profondément impressionnés et retenus en haleine pendant de longues semaines ». Il devient, dans ces conditions, difficile d'affirmer que l'article d'Einstein de 1905 relève d'un cas de génération spontanée des idées, unique dans les annales de l'histoire des sciences ...

PAS DE GÉNÉRATION SPONTANÉE DES IDÉES

Pour fonder la priorité de Poincaré, on peut encore citer deux textes importants. Tout d'abord une conférence de 1904 au Congrès des Arts et Sciences de Saint-Louis, dans laquelle il indique que dans une mécanique nouvelle les surfaces d'onde pourraient ne plus être des sphères mais des ellipsoïdes ; c'est la première intuition de la courbure de l'espace. Puis un mémoire sur la dynamique de l'électron, adressé en juillet 1905 aux Comptes-rendus du cercle mathématique de Palerme, publié en 1906 seulement. Poincaré y indique à propos des célèbres expériences de Michelson sur le mouvement de la Terre dans l'espace, et à propos des commentaires qu'en fit le physicien hollandais Hendrik Lorentz : « Il semble que cette impossibilité de mettre en évidence expérimentalement le mouvement absolu de la Terre soit une loi générale de la nature ; nous sommes naturellement porté à admettre cette loi, que nous appellerons le Postulat de Relativité et à l'admettre sans restrictions. » Sur cette base, Poincaré introduit dans la théorie une quatrième dimension de l'espace, fondement de la relativité générale que Minkowski ne développera qu'en 1907-1909 pour donner un cadre mathématique cohérent aux travaux de son élève Einstein.
Une note résumant cet article, adressée à l'Académie des Sciences de Paris, fut débattue le 5 juin 1905, soit vingt cinq jours avant l'expédition par Einstein de son mémoire « fondateur» aux Annalen der Physik. Poincaré y expliquait déjà qu'il fallait considérer que la propagation de la gravitation n'est pas instantanée mais « se fait avec la vitesse de la lumière ». Il prenait en outre parti pour la vitesse de la lumière comme référent dans tous les calculs de mécanique céleste, et donnait une solution mathématique au problème du mouvement relatif : la structuration en groupe abélien des équations de Lorentz. Dès lors, tout était en place.
En 1924, douze ans après la mort de Poincaré, le physicien Edouard Guillaume faisait republier les textes importants de son maître sur la mécanique nouvelle et considérait comme « incroyable » que son travail « génial» soit « à peu près inconnu et presque jamais cité ». A la fin d'un siècle qui aura été marqué presque entièrement par un Poincaré enfin redécouvert, il est temps de faire justice de quelques mythes de l'histoire de la relativité. Certes, il n'est pas étonnant que certains lobbies publicitaires, ceux-là même qui avaient poussé sa candidature à la présidence de l'Etat d'Israël en 1952, à la mort de Chaim Weizmann, militent en faveur d'Einstein et poussent à la publication des Œuvres complètes. Mais la chronologie exacte de l'invention de la théorie montre une belle supercherie.

Henri Poincaré, La mécanique nouvelle, Conférence, Mémoire et Note sur la Théorie de la relativité ; réimpression par la librairie Jacques Gabay, 151 bis, rue Saint-Jacques, 75005 Paris.
Albert Einstein, Œuvres complètes, CNRS-Le Seuil.
Jean-François Gauthier. Le Choc du Mois. Juillet-août 1991 • N° 42-43

jeudi 23 août 2007

Une autre vision du servage au Moyen-Âge

Le servage remonte à l'antiquité, les serfs sont les descendants des esclaves des romains et des gallo-romains.
Voici ce qu'en disait le juriste Beaumanoir: « Parmi les serfs, il en est qui sont sujets à leur seigneur que celui-ci peut prendre tout ce qu'ils ont, à mort et à vie, et leur corps tenir en prison toutes les fois qu'il lui plait, soit à tort soit à droit, n'en était tenu à répondre fors à Dieu. »

Pour surprenant qu'il puisse paraître, la condition de l'esclave s'améliora du jour où les barbares, Goths, Wisigoths, Francs et Vandales eurent envahi l'empire romain. Ajoutez l'influence toute d'amour et de bonté du christianisme sous le gouvernement des descendants de Charlemagne (IXième siècle) l'esclavage est devenu la servitude,
l'esclave est devenu un serf. La condition et la dignité de l'homme sont reconnus, respectées, sinon par la loi écrite, la loi civile, du moins par les prescriptions de la religion et les moeurs qui se sont formées. Les serfs ont affranchi leur corps, leur famille et leurs biens; ils les ont rendu indépendants de leur seigneur auquel ils ne doivent plus qu'une partie de leur travail et de leurs revenus.
Un historien, Benjamen Guérard a fait observer que lorsqu'un maître antique vendait son esclave, c'était l'esclave lui-même qui devenait en sa personne la propriété de l'acquéreur; mais quand un seigneur féodal vendra vendra un serf, ce ne sera pas la personne de ce dernier, ni même les biens qui seront cédés, l'acquéreur n'obtiendra de droits que sur les les seuls redevances et les travaux manuels (corvées) auquel le serf vendu était assujetti. La différence est considérable et comme les serfs à dater du IXième siècle, iront élargissant de génération en génération la portion de liberté, le prix d'un serf mis en vente ira sans cesse se réduisant.

Face à la violence des hommes et des éléments, le servage offrait à l'humble travailleur des champs un double abri, également précieux : l'abri du donjon crénelé sous la puissante protection de l'épée seigneuriale, l'abri de la terre cultivée dans la certitude d'y être attaché pour toujours. Car s'il est vrai que la glèbe tenait l'homme, l'homme tenait la glèbe et, en ce temps, où la pensée ne s'attachait qu'à des horizons immuables, où l'on n'imaginait généralement pas qu'il fût possible de vivre ailleurs que là où l'on était né, cette attache à la glèbe ne semblait pas un mal, aux yeux des intéressés elle représentait un bienfait.

Le comte de Ségur dira à propos du servage en Russie qu'il y pourra contempler encore au XVIIIe siècle: « Le peuple russe jouit d'une sorte de bonheur matériel: car ces pauvres serfs, certains d'être toujours nourris, logés, chauffés par le produit de leur travail ou par leurs seigneurs, et étant à l'abri de tous besoins, n'éprouvent jamais le tourment de la misère ni l'effroi d'y tomber. »

Ainsi, comme le fait observer Henri Donial, le servage ne fut pas violemment imposé par le fort au faible: il fut d'une part une heureuse transformation de l'esclavage antique, pro~ grès de la liberté et de la dignité humaines, et d'autre part un refuge que vinrent délibérément chercher contre la tempête les malheureux auxquels il offrait sécurité et abri. " Le contrat qui lie l'homme au seigneur, écrit de son côté Bmile Gebhrart, repose sur un intérêt permanent et réciproque." Celui qui ne pouvait ou ne voulait plus vivre libre, soit qu'il fût dominé par la misère, soit qu'il trouvât sécurité et tranquillité dans la servitude, « vendait » sa liberté à un homme puissant, en un marché dont les conditions étaient débattues et fixées entre eux. En entrant en servitude l'homme qui aliénait ainsi partie de son indépendance, recevait de son futur maître une somme d'argent qui demeurait sa propriété et dont il usait à son plaisir. Et l'on se trouverait autorisé à dire que, dans la suite, le travail et les redevances en argent ou en nature du serf à son seigneur représenteront les intérêts de la somme perçue à l'origine, ainsi qu'une redevance rémunératrice de la protection et de la sécurité qui lui sont assurées.
Les cens et redevances imposés aux serfs variaient beaucoup : c'est de l'argent ou des contributions en bétail, en volaille, en fruits, en produits divers; puis du travail manuel, les corvées: le tout fixé précisément, régulièrement, à l'exception des travaux rustiques, des corvées; labour, charroi, élagage et coupe des arbres, voire service du guet, courses et commissions; corvées qui à leur tour tendirent à se fixer, se précisant en un nombre de journées de travail déterminé ou dans la culture d'une portion délimitée du domaine seigneurial.

Si l'on veut bien à présent reconstituer par la pensée l'état social que nous venons de décrire, les violences et les désordres de l'époque où il se constitua, le manque de sécurité et de stabilité ; si l'on réfléchit d'autre part aux conditions nécessaires du travail agricole, stabilité, sécurité, fixité, on reconnaîtra que le servage, tel que le Moyen-Âge l'a connu et pratiqué, n'a pas été le régime d'oppression et d'exploitation sans merci que des théoriciens abstraits se plaisent à nous dépeindre, mais a constitué un groupement social adapté aux exigences du temps qui l' a connu, offrant aux faibles et aux nécessiteux un ensemble de garanties d'existence, de sécurité et de bonheur dont aujourd'hui encore les déshérités du sort ne jouissent pas toujours.
A l'abri des grands murs couronnés de mâchicoulis le seigneur, ses vassaux et ses serfs, forment, avons-nous dit, une grande famille, unie par une communauté de devoirs, où chacun a sa place assignée,· sa place obligée, fixée et caractérisée par la condition même des temps. « Les nobles et tous chevaliers, lisons-nous dans la Chronique générale d'Espagne, afin d'être prêts à toute heure, tenaient leurs chevaux harnachés dans la salle où ils couchaient avec leur femme. » Le guetteur de nuit a donné l'alarme; aussitôt femmes et enfants, les bestiaux, les instruments de labour, sont ramenés entre les hautes murailles du donjon massif, dont la cour d'abri est si vaste que souvent la population réfugiée, en y demeurant ensuite à demeure, formera des agglomérations qui, en se développant, deviendront des villes aux industries florissantes.

Les sentiments qui règnent entre seigneur et sujets, ne sont pas faits de haine et d'oppression, mais d'amour, de dévouement, de confiance réciproques. Base fondamentale de l'organisation féodale dont le monde moderne est issu :

Pour son seigneur doit-on souffrir grand'peine
Et endurer et grand chaud et grand froid,
Dût-on en perdre et du cuir et du poil.

Les contemporains content l'histoire de deux serfs qui soignent avec un dévouement filial leur maître malade de la peste. La crainte de la contagion que répand le terrible mal ne les écarte pas du lit où gît leur seigneur. Finalement la châtelaine chasse son mari lépreux du château féodal. Et le seigneur, accompagné de ses deux serfs, s'en va par les routes de France au "grand pèlerinage" de Saint-Gilles, et de là à Rome; les serfs mendient pour leur maître. Ces liens en arrivaient à sembler plus forts que ceux de la famille .

Le droit de propriété des serfs a varié suivant les époques et les provinces. En tous temps cependant, et en tous pays, le serf semble avoir possédé en propre, tout au moins de l'argent monnayé, des animaux de basse-cour, du bétail. Dans les pays où son bien faisait retour à son seigneur après sa mort, la loi spoliatrice était corrigée par l'admirable organisation des "maisons de village", véritables familles qui possédaient, sinon en principe, du moins en fait, les caractères d'une personnalité civile. Les biens y étaient transmis et accrus de génération en génération, intéressant tous les travailleurs à la prospérité commune. « Le Moyen Age, observe Henri Doniol, n'aurait pas eu l'énergie sociale qui s'y manifeste et dans la France d'alors la vivante population que montre l'histoire ne se serait pas enfantée, si la source mère de la production, l 'œuvre rurale, avait été laissée à des mains aussi faibles et aussi peu intéressées que celles de serfs sans personnalité et sans ambition pour eux-mêmes. » Cette communauté fit aux serfs une famille susceptible de tous les progrès matériels et moraux. L'avenir l'a montré. « En cet individu-famille, toute vie, toute action, tout progrès résidèrent. Le serf acheta, vendit, bénéficia; il eut les stimulants de l'ambition, les satisfactions résultant de l'épargne; il put modifier à son gré ses tenures, ses biens-fonds, sous l'unique réserve des redevances précisées et des coutumes dues. Chaque membre, chaque parsonnier eut ainsi son intérêt et sa part dans l'intérêt commun. »
De ces « maisons de village » sortirent les fameuses communautés taisibles, autrement dit « communautés tacites » existant dans la réalité des faits sinon dans l'écriture des paperasses. Familles étendues, en comprenant jusqu'aux rejetons les plus éloignés, vivant, œuvrant sous la direction d'un chef élu nommé Maître, véritable chef de famille à son tour.
Dans les régions où le serf pouvait personnellement posséder la terre, il lui était loisible de l'étendre en trafiquant avec d'autres serfs et de la même seigneurie.
On vit ainsi des serfs opulents, on en vit d'influents et de puissants, maires de leur village, juges seigneuriaux et transmettant leurs charges à leurs héritiers. Des serfs eurent d'autres serfs à leur service et qui leur étaient attachés par les mêmes liens qui les retenaient eux-mêmes sous l'autorité de leur seigneur.

Cependant il serait faux de dire que le servage réalisait sur terre le paradis terrestre. S'il ne fut pas violemment imposé par le puissant au faible, du moins mettait-il le faible sous l'autorité du plus fort; et nous devons compter avec la brutalité, la dureté, la méchanceté, les vices qui ne sont répandus que trop abondamment en notre pauvre humanité. Sous les deux premières races principalement, les serfs ont eu plus d'une fois à souffrir de cruautés révoltantes.
F. Funck-Brentano: La société au Moyen-Âge

La différence entre le servage et l'esclavage permet de saisir sur le vif l'opposition entre la société antique et la société médiévale, puisque au contraire de l'esclave, traité comme une chose, le serf est un homme, possédant famille, foyer, propriété, et se trouve libre avec son seigneur quand il a payé sa redevance, en échange de laquelle il est protégé contre le chômage, le service militaire et les agents du fisc.
Régine Pernoud: Lumières du Moyen-Âge

mardi 21 août 2007

Les origines de l'espèce humaine...plus anciennes que prévues!

Si vous avez des doutes sur les origines de l'humanité, il est temps de se documenter...

Connaissez vous ce livre?
L'histoire secrète de l'espèce humaine.de Michael Crémo et Richard Thomson.
La thèse centrale de ces deux chercheurs, est que l'histoire de l'humanité, le modèle préhistorique, élaboré par les chercheurs , est désespérément faux...Il résume bien ce dont plusieurs autres écrits parlent plus discrêtement, pour rester dans le sérieux de rigueur.

Tous les paléontologues ou presque ont été confrontés à trouver des objets, des artéfacts, de ossements qui contredisent l'histoire officielle de l'humanité"...certains ont osés en parler, ils ont été virés, leurs carrières anéanties, certains ont même dû partir de chez eux, ou ont été traités de satanistes...Pourtant, certaines existent encore, malgrès l'acharnement à les détruire presque de façon systématique...
Ce livre met de l'eau au moulin des créationistes par un certain coté, car il fait preuve que l'homme ne descend pas du singe, cependant il est bien plus vieux que ce que dit la Bible...
La vie n'est pas apparue à un seul endroit de la Terre, non, pourquoi l'aurait-elle fait?afin d'acréditer l'hypothèse que tous les peuples de la terre viennent d'une seule espèce de base?
Ce bouquin hache menu cette hypothèse, avec des preuves concrêtes.
Quelques exemples?

Précambrien
2800.........à Ottosdal, Afrique du Sud, est trouvé des centaines de sphères métaliques cannelées de deux types:
l'un de métal bleuté, avec de petites taches blanches,
les autres creuses, avec une matière banche spongieuse à l'intérieur.Elles sont concervées au muséum de Klerksdorps.
Aucune explication, elle n'ont jamais été analysées car elles ont été découvertes dans un gisement de pyrophyllite, qui est un minéral secondaire très tendre,qui c'est formé par sédimentation il y a environs 2,8 milliards d'années...Il est a remarqué que le métal dont sont composés les sphères n'est pas analysé non plus, on ne sait pas ce que c'est, la seule chose qui a été remarquée , c'est que ce métal est très dur et ne peut être rayé, même pas par contact avec de l'acier...
A cette époque , l'histoire officielle nous apprend que l'humain n'existait pas sur terre.

Humain moderne bien plus vieux qu'on ne pense...
Mise à jour près de Londres en 1888, d'uns squelette en tout point identique à une être humain moderne, dans le site de GALLEY HILL, qui date de 333000 ans...date de l'interglacière Holstein...
ce qui dément l'hypothèse de l'apparition de l'humain en Afrique il y a 100 000ans...
Evidement..une falsification grossière vient pour expliquer tout celà...ce n'est pas admissible..
Autre humain trouvé ...lors de fouilles en 1868...dans une strate vieille de 330000 ans..avenue de Clichy à Paris par Eugène Bertrand, découverte confirmée suite à l'analyse de la couche géologique par Sir Arthur Keith...
Ossements d'humains modernes découverts dans des strates volcaniques de La Denise, en France.ossements mis à jour dans des sédiemnts entre deux states de lave.la première couche remontant au Miocène et la deuxième au Pléistocène supérieur...plusieurs autres sites en France avec le même genre de découverte...
Ossement humains modernes découverts dans la zone East Anglia, près de la ville Ipswich, en 1911 par J.Reid Moir.squelette découvert dans des couches d'argile à blocaux et sables glacières vieux de 400000ans...après vérification, les states n'avaient pas étés touchées, et étaient intactes et ininterrompues...

Des exemples comme celà, il y en a des tonnes! NON, les Européens ne viennent pas d'Afrique, mais bien d'Europe, et sont bien plus anciens que les africains, ce qui indique clairement des espèces différentes!
Pourquoi cacher la vérité?

Autres trouvailles cachées , ou en attente d'explication des les muséums, mais dont l'age ne fait pas de doute à cause des strates dans lesquels ils ont été trouvés:

on parle en millions d'années:

>600 Dorchester...vase métallique

cambrien:

505-590 ANtelope Spring UTAH...empreinte de chaussure!

Dévonien:
360-408 Ecosse, carrière de Kingoodie...clou de fer dans la pierre

Carbonifère:

320-360 Tweed Angleterre...fil d'or dans de la pierre

312 Wilburton, Oklahoma...pot de fer
286-360 Webster, Iowa....pierre gravée
Comté de Rockcastle et autre sites...squelettes humains modernes.
280-320 Morisson-ville Illinois....chaine d'or
260-320 Heavever, Oklahoma...mur de parpaing dans le charbon

Trias:
213-248 Névada...empreinte de chaussure

Jurassique:
150 république du Turkménistan...empreinte de pied humain moderne

Crétacé:
65-144 Saint Jean de Livet -France...Tubes de métal dans de la craie


ETc...il y a des tas de preuves...je ne vais pas toutes les citer...

Il en retourne que les humains modernes sont bien plus vieux que ce que l'on veut nous dire, que Darwin peut aller se coucher définitement...
Maintenant Pourquoi cet archarnement à falsifier depuis si longtemps? quel but?
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dimanche 19 août 2007

La grippe espagnole

La grippe espagnole était-elle bien une grippe ?

La Grippe espagnole, de sinistre mémoire, anéantit en deux ans cinq fois plus de vies humaines que la Grande Guerre mondiale.

On a dit : c’était la peste, le choléra.

Eh bien, voici la vérité jusque-là tenue secrète, sur cette mystérieuse épidémie.

En 1917, un Espagnol, le docteur L., découvre au Pérou la formule El Sapo (le crapaud) appartenant à la célèbre pharmacopée inca – encore inconnue – dont les six médicaments de base composent la « Formule Cascarilla » qui passait pour guérir toutes les maladies (1).

La formule El Sapo est extrêmement dangereuse, car elle provoque des mutations par l’effet d’un agent catalyseur, les diastases du sang de crapaud.

Bien que prévenu de ce danger, le docteur L., sitôt rentré en Espagne, se retire dans le laboratoire de son hacienda andalouse, dans la province de Malaga, et commence à entretenir des bouillons de culture qu’il inocule à un cochon.

Au cours des expériences, une culture se mute en donnant une souche virulente qui tue l'animal.

Si le Dr L. avait incinéré le cadavre, il est probable que des millions de vies humaines auraient été épargnées. Criminellement, le biologiste voulut en savoir davantage ; il autopsia le cochon et continua ses études, sans s’apercevoir que sa femme et son fils étaient tombés malades et présentaient les symptômes du mal qu’il analysait.

Mme L. et son fils moururent, premières victimes du fléau que l’on devait baptiser grippe espagnole. Bientôt la souche virulente contamina tout le village, puis la province de Malaga, puis l’Andalousie, puis l’Espagne entière.

En 1918, la maladie microbienne, qui présentait certaines analogies avec le choléra et la peste, étendait ses ravages sur l’Europe et sur toute la Terre. Il y eut 3 millions de morts en Europe occidentale, 15 millions en Extrême-Orient, 25 millions en tout.

Voilà comment naquit le terrible fléau qui ramena en plein XXe siècle les obscures terreurs de nos ancêtres, quand sévissait la peste.

Le Dr L. ne fut pas atteint dans sa chair ; il ne fut puni que dans son cœur, dans sa descendance et ne fut même pas inculpé.

Pour ceux qui préparent le programme de la nouvelle ère, ère du Verseau, disent les occultistes, ère du Condor, assurent les américanistes, nos temps sont ceux des apprentis sorciers.

Extrait de « Histoire inconnue des Hommes depuis cent mille ans » de Robert Charroux, p. 272-273 (Editions Robert Laffont)

vendredi 3 août 2007

Réchauffement de la planète

Quelles sont les causes réelles du changement climatique ?

Il suffit de constater que la température s'élève. de quelques degrés en moyenne sur la Terre. pour qu'aussitôt certains l'attribuent à la pollution consécutive aux activités humaines et prévoient le pire pour les générations futures. C'est le cri d'alarme d'Al Gore (voir NH n° 1163).
S'il est un fait que nous sommes dans une période de réchauffement climatique, nous ignorons ce que nous réserve l'avenir, et ceux qui font des "modélisations" climatiques sur ordinateur ont toutes les chances de se tromper.
Dans cet article, Philippe Riey, conseiller régional FN en Midi-Pyrénées et ingénieur ENSIA, se fondant sur l'aspect purement scientifique d'un éventuel changement climatique, examine les variations du climat dans le passé, les changements climatiques récents observés et nous rappelle les principales théories explicatives.

Les variations du climat dans le passé
Le climat des époques antérieures est enregistré .. en différents lieux : glaces du Groenland ou de l'Antarctique, sédiments marins, lacustres (par exemple lac Gerzensee, Suisse), et tourbières (Grande. Pile en France). Sont accessibles : composition de l'air de l'époque, température, poussières etc. Nous vous ferons grâce des détails techniques.
Le résultat met en évidence des variations cycliques sur de longues périodes que l'on relie à des phénomènes astronomiques bien identifiés et des variations rapides et brutales totalement inexpliquées.

Variations cycliques
Six grandes glaciations sont identifiables d'une période de cent mille ans chacune, d'une amplitude thermique de huit degrés centigrades accompagnées de montée et descente du niveau des océans.
Ces glaciations sont reliées à des événements astronomiques cycliques très bien connus à savoir:
- Excentricité de l'ellipse parcourue par la Terre autour du Soleil. Le diamètre de cette ellipse augmente et diminue en cent mille ans de façon cyclique.
- Changement de l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre par rapport au plan de l'ellipse. Période 40 000 ans. Variation 21,5 à 24,5 degrés ..
- Orientation ou "précession" de l'axe de rotation. Période 20 000 ans.

Naissance de la théorie de l'effet de serre
Au cours de chaque glaciation la température descend de huit degrés puis remonte d'autant (tous les cent mille ans).
Simultanément l'air emprisonné à l'époque (par des bulles dans la glace) voit sa composition changer.
Le C02 est présent à hauteur de 200 parties par million (ppm) quand il fait froid. Température "t" degrés.
Il passe à 280 ppm quand il fait chaud. Température· "t + 8" degrés.
On se trouve devant la poule et l'œuf. Les mouvements astronomiques ne fabriquent pas de C02.
L'augmentation de température entraîne l'augmentation de C02 et non le contraire. Les partisans de la théorie de l'effet de serre nous expliquent que les-événements astronomiques ne font que démarrer le réchauffement observé lequel produit du C02 qui fera l'essentiel du travail de réchauffement...
Même chose lors du refroidissement, à ceci près que personne ne nous indique pourquoi le C02 disparaît et où il passe.
La théorie de l'effet de serre est née. Bien des ombres accompagnent sa naissance.

Les variations climatiques récentes
Un certain nombre de variations climatiques récentes de courtes durées ont superbement ignoré la théorie de l'effet de serre.

Younger dryas
Des Danois travaillant sur les glaces du Groenland ont découvert qu'il y a environ dix mille ans des variations de températures de 5° en cinquante ans sont apparues. La période a été baptisée Younger Dryas. Des universitaires bordelais travaillant sur des sédiments marins au large du Portugal notent des variations de température de plusieurs degrés par siècle à la même période. Un Américain travaillant sur le niveau des mers en étudiant les coraux met en évidence une montée des mers de plus de trois mètres par siècle pendant cette même période. Coté effet de serre et teneur en C02 de l'atmosphère, pas de variation notable.
Ce n'est pas bien vieux, on est vers la fin du paléolithique. Certains hommes décorent Altamira, d'autres courent vite car la mer monte !!

Les mammouths congelés
On continue de trouver en Sibérie des mammouths surgelés (C'est-à dire : congelés rapidement). Certains avec du foin dans les dents ! Des refroidissements brutaux ont eu lieu sans laisser de trace coté effets de serre.

optimum climatique médiéval
Entre 950 et 1250 après JC, il a fait beau. Environ 1,5 degré de plus que de nos jours. Les Vikings se promenaient autour du Groenland qu'ils ont baptisé la « terre verte » et où ils ont trouvé de la vigne !! Les Francs qui devaient être frileux se promenaient du côté de Jérusalem. Aucune trace de variation de gaz à effet de serre !

Petit âge glaciaire
Nous voilà de 1430 à 1850. Au plus froid de cette période, on est entre trois et quatre degrés en dessous de la température régnant au plus chaud des Croisades. C'est le temps des famines et de l'immigration des Européens vers les Amériques. Effet de serre toujours absent.

De nos jours
De 1850 à nos jours la teneur en C02 monte de façon très régulière du fait des activités humaines. La température de la Terre monte ou non de façon indépendante des variations du C02.
De 1850 à 1910 la température reste stable.
De 1910 à 1940 augmentation de 0,4° C en trente ans alors que le C02 dans l'atmosphère n'a pas encore beaucoup augmenté.
De 1940 à 1980 stabilité de nouveau pendant quarante ans.
Et de 1980 à nos jours, augmentation de 0,2°C de la température. La température moyenne sur terre a augmenté au total de 0,6°C en cent cinquante ans en deux courtes périodes l'une de trente ans l'autre de vingt ans. Les glaciers des îles Kerguelen ont reculé de 4 kilomètres, un refuge qui était au niveau de la Mer de glace du temps de Monsieur Pérrichon surplombe maintenant de 100 mètres le glacier. Nous sommes incontestablement dans une période de réchauffement climatique. C'est un fait.
Mais la corrélation entre, température et C02 n'a rien d'évident !

Les théories explicatives

Les Chinois et les taches solaires
Les taches solaires ont été notées par les Chinois depuis quinze siècles et par les Européens depuis la Renaissance. Les variations de l'activité solaire sont corrélées avec les variations climatiques courtes et récentes : optimum médiéval, petit âge glaciaire et période 1910-1940.
Le mécanisme en cause est mal élucidé mais les corrélations sont là.

La théorie de l'effet de serre
Dans le passé lointain et sur de longues périodes une corrélation existe entre teneur en C02 et température sans qu'on puisse dire lequel des deux phénomènes est responsable de l'autre. La plus nette et plus compréhensible corrélation existe entre les mouvements astronomiques et la température.
L'effet de serre n'explique absolument pas les événements climatiques courts et récents : Younger dryas, optimum médiéval, petit âge glaciaire, réchauffement 1910 1940.
D'après cette théorie, l'énergie venant du Soleil (rayonnement visible et ultraviolet) ne serait pas arrêtée par le C02 produit par l'activité humaine. Le rayonnement émis par la Terre ,(rayonnement infrarouge) serait lui partiellement arrêté par le C02 produit par l'homme. Ce1a parait tout simple... La réalité est un peu plus compliquée.
Le plus important gaz à effet de serre est l'eau sous forme gazeuse. (Absorbe 90 watts/m2 dans l'infrarouge) soit trois fois plus que le C02 (32 watts/m2). L'eau sous forme de gaz à basse altitude contribue au réchauffement climatique.
Mais l'eau peut en altitude devenir gouttelettes ou même cristaux de glace (dans les nuages). Sous ces formes elle retient moins d'infrarouges mais en revanche retourne la lumière solaire et les UV à l'envoyeur. Tout cela devient très compliqué et ceux qui font des "modélisations" climatiques sur ordinateur ont neuf chances sur dix de modéliser à coté de la plaque...
En 1998 une pétition dénonçant la rhétorique de l'effet de serre avait réuni plus de 15.000 signatures de scientifiques dont nombre de prix Nobel. Ces gens mettaient en doute la véracité d'une théorie non vérifiée sur autant de points précis. Depuis, à part des attaques personnelles contre les signataires, peu d'éléments nouveaux ont été versés au dossier pour la défense de cette théorie.
Laquelle est la bonne ? A vous de juger...

National Hebdo
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