L’industrie automobile est contrainte de ralentir l’électrification de ses modèles.
C’est la tendance qui prédomine aux États-Unis, et dans le monde entier, les responsables des firmes se montrent de plus en plus inquiets devant le rejet des clients et par les prix exorbitants des pièces de rechanges comme les batteries.
Mary Barra, PDG de General Motors, avoue abandonner ses objectifs initiaux de production de véhicules électrique. “Au fur et à mesure que nous avançons dans la transformation vers les véhicules électriques, les choses se compliquent un peu plus“.
Elon Musk, leader de la voiture électrique aux Etats Unis, signalait que la crise économique entraînerait une baisse de la demande. Le PDG de Mercedes Benz qualifiait le marché de la voiture électrique de « brutal » avec des voitures qui coutaient des milliers de dollars en plus par rapport aux modèles thermiques. L’inflation aura été le pivot de la chute du véhicule électrique, l’offre et la demande dominent toujours le marché automobile, et quand le consommateur n’a plus les moyens de s’acheter un véhicule, c’est le constructeur qui trinque.
De plus l’électrification du réseau des bornes de recharge est en retard et continue d’être soutenu par des générateurs diésel qui sont faciles à installer sur le réseau autoroutier. Le Parlement européen a adopté une loi pour mettre en place une borne de recharge tous les 60 kilomètres d’ici 2026. Mais trois ans c’est une éternité, et les conducteurs ne peuvent pas attendre aussi longtemps. Un trajet en voiture électrique est une expérience délicate où le plaisir de conduire s’efface au bout d’un quart d’heure pour trouver les emplacements des bornes de recharge. Un trajet en voiture électrique s’allonge aussi par le temps de recharge qui est long comparé au temps de remplissage d’un réservoir d’essence. La voiture électrique n’avait qu’un avenir urbain composé de courts trajets et d’une nécessité de recharge moins importante.
Au 31 octobre 2023, les tarifs d’assurance auto vont flamber. L’exonération de taxe sur les cotisations d’assurance (TSCA) pour les véhicules électriques va prendre fin au 31 décembre 2023. Une économie subventionnée ne donne rien de bon, au contraire elle fausse le marché créant une illusion pour les acheteurs. N’oublions pas aussi l’augmentation du prix de l’électricité qui rendra plus couteux un plein électrique qu’un plein d’essence. Le gouvernement de Macron a demandé aux assureurs de modérer leurs tarifs devant la hausse importante de l’inflation.
Planche à billets et terminus pour les voitures électriques.
Philippe Saby, directeur général du courtier Sally Azar nous donne un exemple de hausse : « Cela peut représenter 27 % de hausse de la prime d’assurance tous risques ». Le problème de l’assureur est aussi de prévenir les incendies causés par les feux de batteries électriques quand la voiture est dans le garage de la maison. Ce cas précis entraine de facto une hausse de l’assurance habitation de l’ordre de plus de 5%.
L’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035 sonnera le glas des constructeurs qui ont eu la faiblesse de laisser les fonctionnaires de Bruxelles de décider de ce que le marché automobile devait être dans le futur.
Macron et consort ne sont que des idiots qui ont mis les deux pieds et la tête dans cette bulle économique pour châtier les pays producteurs de pétrole qui s’éloignaient des stratégies de Washington. Mélanger politique et économie ne fait pas bon ménage, surtout quand cette bureaucratie est composée de personnes qui n’ont jamais crée d’entreprise ni risqué leur fortune pour monter un projet économique.
Au final le conducteur électrique va l’avoir dans le « baba » uniquement pour avoir eu la sensation d’être de son temps et d’avoir eu une petite pensée pour préserver la planète.
Toyota se félicite d’avoir eu raison de rester à l’écart de l’engouement pour les VE, alors que Honda met fin à son projet de voiture électrique bon marché avec GM
les gens voient enfin la réalité de la demande de véhicules électriques, selon le PDG de Toyota, dont l’entreprise est restée à l’écart des investissements frénétiques de ses concurrents dans ce domaine au cours des dernières années. Honda a également annoncé la fin de son partenariat avec GM pour les VE de moins de 25 000 dollars.
Alors que les efforts d’Elon Musk pour expliquer la chute drastique de la demande de VE ont été plutôt désordonnés lors de la conférence de presse du troisième trimestre de Tesla, le PDG de Toyota s’est lancé dans un moment de jubilation « nous vous l’avions bien dit » lors de l’inauguration du Japan Mobility Show. Toyota et Lexus y ont présenté un certain nombre de nouveaux modèles qui n’arriveront qu’après 2025, lorsque Toyota sera prêt à les produire en masse sur une nouvelle plateforme dédiée aux VE, avec un système d’alimentation en énergie de type « gigacasting » gigacasting qui surpasse Tesla en termes de vitesse de production et de coûts.
Alors que GM, Ford et de nombreux autres constructeurs automobiles traditionnels ont investi des milliards dans le développement de véhicules électriques et dans des coentreprises d’usines de batteries au cours des dernières années pour tenter de rattraper Tesla, Toyota a pris son temps. Ses PDG ont fait valoir que non seulement le public et les infrastructures ne sont pas encore prêts pour une transition rapide vers une mobilité entièrement électrique, mais aussi que les constructeurs automobiles auront du mal à rentabiliser la fabrication de voitures électriques une fois que les premiers utilisateurs dans les pays développés auront fini d’acheter.
Selon Akio Toyoda, président de Toyota, les gens « voient enfin la réalité », car « il y a de nombreuses façons de gravir la montagne qui mène à la neutralité carbone ». Au lieu de se lancer tête baissée dans les investissements dans les véhicules électriques, Toyota a misé sur ses véhicules hybrides de secours. La nouvelle Prius Primepar exemple, peut couvrir les trajets quotidiens typiques en utilisant uniquement l’énergie électrique, mais elle est beaucoup moins chère à fabriquer qu’un véhicule électrique, car sa batterie est beaucoup plus petite et elle est soutenue par un moteur à essence efficace.
En conséquence, Toyota a été quelque peu justifié par l’explosion des ventes d’hybrides, tandis que GM, confronté à une chute de la demande de VE, a modifié ses plans de production de 400 000 unités d’ici à la mi-2024. GM a également mis fin à un partenariat de 5 milliards de dollars avec Honda pour le développement d’une voiture bon marché de moins de 25 000 euros moins de 25 000 construite sur sa plateforme Ultium.
Le PDG de Honda, Toshihiro Mibe, a précisé qu’« après avoir étudié la question pendant un an, nous avons décidé qu’il s’agirait d’une entreprise difficile, c’est pourquoi nous mettons actuellement fin au développement d’un véhicule électrique abordable », et que « GM et Honda chercheront une solution séparément », a-t-il ajouté. Au Japan Mobility Show, Honda a ressuscité sa célèbre Prelude sous forme de VE, comme pour montrer qu’il fera cavalier seul dans sa stratégie de transition vers les VE, peut-être en reproduisant l’approche plus prudente de Toyota.
Il existe à propos de la Lorraine, ainsi que de l’Alsace, une vision simpliste communément admise, qui réduirait leurs existences historiques à de simples jouets ballottés entre les mains des deux puissances allemande et française. Pourtant s’il fut nécessaire à la Lorraine de toujours composer avec les ambitions de ces deux encombrants voisins, sa position géographique et historique lui permit de jouer un rôle souvent déterminant dans l’histoire de l’Europe et donc du monde. Située (avec d’autres) à la jonction des mondes thiois et romans, entités charnelles dépassant largement le cadre des États allemands et français, la Lorraine par l’oubli de sa propre Histoire et par l’idée de son impuissance face à son destin, se condamne à rester confinée dans le rôle stérile et annihilant de frontière éternelle alors qu’elle est un centre. Si avec l’Alsace, on la prétend l’enjeu d’une réconciliation entre Allemagne et France, ce n’est en réalité qu’avec sa propre réconciliation entre ce qu’elle a d’allemand et ce qu’elle a de français, ou plutôt ce qu’elle a de Teutsch et de Frank, la traduction de ces deux mots franciques mis ensembles signifiant “peuple libre”, que la Lorraine peut renouer avec son destin de moteur d’une coopération thioise et romane sans l’intermédiaire d’une tutelle protectrice.
De la Lotharingie au Duché de Lorraine
La naissance de la Lorraine se confond avec la création du Saint Empire Romain et Germanique, puisqu’elle en fut un des duchés constitutifs. Pourtant, le mythe fondateur de son indépendance remonte incontestablement à la création, en 843 lors du traité de Verdun, du Lotharii regnum, domaine de Lothaire, l’aîné des trois petits-fils de Charlemagne. La Lotharingie que beaucoup ont considéré par intérêt comme une aberration géographique tirait pourtant sa légitimité de la réunion des anciens royaumes Burgonde incorporé aux conquêtes franques en 534 et d’Austrasie séparé en 511 de la Neustrie. Mais la mort sans descendance de Lothaire II, fils du précédent, allait rapidement sonner le glas du royaume et entre 870 et 879, aux traités de Meersen et de Ribemont la Lotharingie du Nord, menacée d’annexion simple par Charles le Chauve, amputée de la Bourgogne et de la Provence érigées temporairement en un royaume indépendant, allait être entièrement cédée aux héritiers de Louis le Germanique et transformée en duché. Rattachée au royaume de Germanie, la noblesse lotharingienne, déjà soucieuse du maintien de son autonomie fait appel à l’arbitrage du roi de France Charles le Simple qui annexe tout simplement le duché en 911. Après le revirement des nobles, elle sera réintégrée en 925 à la Germanie par Henri Ier l’Oiseleur qui fait nommer duc en 928, son gendre Gilbert, fils de l’un des plus puissants hommes de Lotharingie, Rainier de Hainaut. En 959, le duché est séparé en deux : la Basse et la Haute-Lorraine qui deviendra la Lorraine proprement dite. En 1048, Gérard d’Alsace, devenu premier duc héréditaire de Lorraine allait permettre au pays de connaître une relative stabilité puisque sa dynastie allait se maintenir en ligne directe pratiquement sans interruption pendant plus de 700 ans.
Des liens indéfectibles avec le Saint-Empire
Bâtie sur le même modèle que les autres duchés impériaux, la puissance lorraine est modérée par des terres épiscopales : Metz, Toul et Verdun dont les évêques nommés par l’Empereur lui sont dévoués, et par des puissants comtés : Bar, Vaudémont, Salm, échouant d’une manière générale aux branches cadettes. Les liens des ducs de Lorraine avec l’Empire semblent indéfectibles au cours des 300 premières années ; soutien de Thierry Ier de Lorraine à l’empereur Henri IV, liens matrimoniaux entre Mathieu Ier et la sœur de Frédéric Barberousse, alliance militaire avec Othon IV à Bouvines, soutien de Ferry II et Mathieu II à Frédéric II lors de sa déposition papale, soutien de Ferry III à Albert d’Autriche.
Mais avec le début de la colonisation allemande à l’Est et la reprise du commerce maritime, la Lorraine cesse d’être un important lieu d’échange, de plus la montée en puissance et le rayonnement de la France allait influencer profondément les populations romanophones de l’Empire (Ferry IV périt pour la France devant Cassel et Raoul le Vaillant s’en alla mourir avec la Chevalerie française à la bataille de Crécy) et bientôt Philippe le Bel put prendre Toul sous sa protection et imposer sa suzeraineté sur les territoires barrois de la rive ouest de la Meuse (NDLR : Dont le fief de Domrémy, qui en 1412 dépendait de la châtellenie de Vaucouleurs, propriété de la couronne de France depuis 1365 et faisait de ses habitants des sujets du roi, sans aucun rapport avec la Lorraine !!!). Cette terre dite “Barrois mouvant” allait être le levier du Drang nach Osten des ambitions françaises (NDLR : stratégie qui sera reprise par Richelieu qui avec l’Alsace put intervenir dans les affaires impériales et par le Komintern dont les soviets d’ouvriers placés dans les pays voisins purent appeler l’URSS à l’invasion ; faut-il aussi rappeler les mafias albanaises qui ont permis aux mafias social-démocrates d’occident d’envahir une partie de la Yougoslavie : Droit d’ingérence, quand tu nous tiens !!!) et dès lors les appétits des rois de France n’auront plus aucune satiété jusqu’à l’éradication totale de l’indépendance lorraine.
La politique française en Lorraine a permis à l’aîné d’une dynastie cadette de la Maison royale, René d’Anjou, duc de Bar par sa mère Yolande d’Aragon héritière du comté de Bar, d’épouser la fille de Charles Ier, mort sans héritier mâle, et de devenir duc de Lorraine. La France saura immédiatement tirer profit de cette alliance car René Ier est hostile aux Bourguignons autant par adhésion aux nécessités lorraines que par atavisme français : Autre Maison cadette des Valois, remontant à Philippe le Hardi, les ducs de Bourgogne s’éloignent de la France et nient leur vassalité d’autant plus que le duché devient une puissance de renommée internationale et acquière des terres dans le Saint Empire. La Bourgogne est une menace pour l’existence même de la France. Battu à Bulgueville en 1431, le duc de Lorraine et de Bar est fait prisonnier. Prétendant venir à son aide, le roi de France intervient mais est bloqué en 1468 devant Metz par les troupes lorraines refusant plus que jamais de tomber sous le joug français.
Le “Grand Duc d’Occident”
Le règne des Anjou en Lorraine ne sera qu’un intermède de trois générations et de la même façon qu’ils avaient acquis la Lorraine par alliance, la dignité ducale échoit au fils de Ferry II de Vaudémont, d’une branche cadette de la Maison de Lorraine, qui épouse Yolande d’Anjou. Mais la Lorraine est menacée par la politique anarchique du nouveau duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui après avoir visé la couronne impériale, veut réunir ses terres éparpillées en annexant la Lorraine. Cette politique du grand duc d’Occident visait à terme le rétablissement d’une nouvelle Lotharingie érigée en royaume indépendant. Mais le duc, mauvais diplomate et exécrable tacticien profite de l’inexpérience du jeune duc René II pour parader à Nancy et entre en Alsace en conquérant, bafouant les droits des Suisses dans le Sundgau. Rapidement une coalition armée réunit ces trois nations humiliées et en 1477 le Téméraire est battu et tué devant Nancy par les troupes du comte de Sohn, maréchal de Lorraine. Ainsi ce sont paradoxalement les principales nations concernées qui anéantissent la réalisation d’une ouvre lotharingienne qui aurait totalement changé la face du monde. Et ceci pour le plus grand bénéfice des Capétiens qui annexent les territoires de Bourgogne et tentent de faire subir le même sort mais sans y parvenir pour l’instant à ceux qui se trouvent en territoire impérial. La France vient d’augmenter son territoire à moindre frais et surtout, une fois La Bourgogne disparue les Français voient se prolonger devant eux un pont d’or qui les mènera jusqu’aux portes de Lorraine, le prochain objectif du nord-est.
Un duché “libre et non incorporable”
En revendiquant la couronne impériale, François Ier, qui s’alliera à la Turquie pour attaquer l’Empire sur deux fronts, ne fit qu’annoncer la couleur de ses ambitions à l’Est alors que les ducs de Lorraine avaient eu soin d’annoncer leur neutralité. Les événements leur permettront même d’obtenir leur indépendance totale vis-à-vis de l’Empire en déclarant à Nuremberg en 1542 le duché “libre et non incorporable”, seul un devoir de fidélité le lie encore à l’Empire, à l’instar de la ville de Metz qui avait accueilli en ses murs Charles-Quint en 1541. Pourtant l’indépendance du duché lorrain n’empêchera pas les troupes d’Henri II de s’emparer des évêchés lorrains par surprise, profitant de la brouille survenue entre l’Empereur et l’électeur Maurice de Saxe. Elles bénéficieront même de la trahison d’un Lorrain, puisque ces troupes seront commandées par le duc François Ier de Guise, duc d’une branche cadette des Lorraine et dont les ambitions françaises ne seront pourtant pas à la hauteur du destin impérial des aînés lorrains (voir notre petite note ci-après).
Pendant la guerre de Trente ans, le duc Charles IV refuse de s’allier à la France contre l’Empire. Richelieu ne lui pardonnera pas. L’occasion prétexte en sera les combats menés par le duc contre les Suédois, alliés protestants des Français catholiques et ennemis de l’Empereur, venus ravager la région. Ce sera le prétexte à l’invasion notamment par le sinistre Henri de Turenne qui aura lieu en 1633. Réfugié de l’autre côté du Rhin, Charles IV devient maréchal d’Empire et tente en vain de libérer son duché occupé par les armées de Louis XIII. La Lorraine est saccagée et perd 50 % de sa population. Le désastre est tel qu’un chroniqueur de cette l’époque déclare : « La Lorraine était le seul pays du monde qui eut donné à l’univers un spectacle plus horrible que celui du dernier siège de Jérusalem ». Si le traité de Saint-Germain-en-Laye lui restitue en partie ses possessions en 1641, Charles IV doit encore mener une guerre larvée. Seuls quelques îlots de résistance persistent (Cf. article de V. Lalevée). En 1647, tout est fini. Si le traité de Westphalie reconnaît l’indépendance de la Lorraine — mais l’occupation française durera treize ans encore —, en accordant à la France la possession de l’Alsace, de la Sarre et des places fortes de Longwy et de Sierck ainsi que des trois évêchés, il enfermait la Lorraine dans un étau. Le répit ne durerait que le temps mis pour annexer la Franche-Comté entre autres. C’est ensuite le traité de Vincennes en 1661 qui rend au duc ses États mais le répit sera de courte durée. Charles IV refuse le protectorat que Louis XIV avait cru pouvoir lui imposer et les guerres et l’occupation du duché reprennent. Charles IV avait dû abdiquer en faveur de son frère Nicolas François et à la mort de celui-ci, Charles V, également maréchal du Saint Empire devient le nouveau duc titulaire mais ne mettra jamais les pieds dans son duché. Mort en 1675, Charles IV aura toutefois la satisfaction de battre à Konzerbrücken le maréchal de France Turenne venu ravager le Palatinat et l’Alsace révoltée et ralliée à l’Empire après l’annexion par la France de la ville libre de Strasbourg. De son côté, Charles V en tant que maréchal des armées impériales ira également défendre les frontières orientales. Les Turcs, encore une fois alliés objectifs du royaume de France, assiègent Vienne et menacent toute la Chrétienté. À la tête d’une coalition d’armées germano-slave et en compagnie du prince Eugène de Savoie, autre fidèle de l’Empire originaire d’une région romanophone également issue de la mythique Lotharingie, il délivre Vienne en 1683 puis Bude en 1686 amorçant un recul des bandes musulmanes qui ne prendra fin qu’en 1922 (NDLR : mais il existe un mouvement inverse depuis les années cinquante avec pour point culminant la triste date de 1999 où la valetaille social-démocrate encourage une invasion américano-turque de l’Europe).
La fin de l’indépendance lorraine
Enfin en 1697, le traité de Ryswick rend le duché de Lorraine au fils de Charles, Léopold après vingt-sept ans d’occupation française. Le duc est accueilli dans la liesse générale, incontestable témoignage de l’attachement des Lorrains à leur indépendance et leurs ducs. Mais la guerre de succession d’Espagne, de 1701 à 1714 fournira le prétexte à la France pour encore une fois pénétrer sur le territoire ducal afin d’apporter des troupes dans la place forte de Sierck et combattre Les armées coalisées anglaises et impériales commandées par le duc de Marlborough et Eugène de Savoie. En 1728, la neutralité perpétuelle du duché est reconnue par la France, le Saint Empire et l’Angleterre. Mais la guerre de succession de Pologne fournira un nouveau prétexte à Louis XV pour fouler la neutralité lorraine qu’il avait lui-même reconnue — comme l’avait été avant la neutralité perpétuelle de la Franche-Comté. Pour se venger des Autrichiens et des Russes qui avaient préféré installer Auguste III de Saxe sur le trône polonais plutôt que son beau- père, Stanislas Leszcsynski, Louis XV occupe la Lorraine à titre de terre d’Empire alors que son indépendance avait été assurée en 1542. Obligé de fuir, le jeune duc François III se réfugie en Autriche puis épouse en 1736 Marie-Thérèse d’Autriche future héritière de la couronne impériale. Sur intervention de la France, le prochain empereur sous le nom de François Ier de Habsbourg-Lorraine doit abandonner en 1735 son duché au profit du roi sans royaume Stanislas devenu le nouveau duc de Bar et de Lorraine. Simple pantin entre les mains françaises, la baudruche polonaise transmettrait en viager “son” domaine à la France à l’heure de sa mort qui surviendra en 1766. En réalité le pays était commandé par un Français, Chaumont de la Galaizière, Stanislas se contentant d’être le paravent pour préparer calmement la domination française. Certains Lorrains refusent d’être “vendus comme porcelets” aux Français. À leur tête, Charles Alexandre frère du dernier véritable duc lorrain. En 1744, il épouse Marie-Anne, sœur de Marie-Thérèse et gouvernante des Pays-Bas mais auparavant et pendant deux ans, il va profiter de l’attaque coalisée des Français et des Prussiens contre l’Autriche pour tenter de récupérer son bien. D’autres résistants Lorrains l’accompagneront dans sa tentative désespérée comme le colonel Jean-Daniel de Menzel, qui rêvait de lancer ses hussards. sur Paris mais mourra d’une blessure reçue sur les bords du Rhin en 1744. Le roi de Pologne fuit rapidement vers Paris et le sort des armes semble d’abord favorable au prince Charles Alexandre. Mais, malgré la défection des Prussiens, Charles qui s’apprêtait à déferler sur la Lorraine est rappelé en Bohème et doit abandonner définitivement sa terre natale.
Ainsi se termine l’histoire de la Lorraine indépendante. Une nouvelle phase, celle de l’assimilation à la France tant combattue va s’enclencher et le résultat sera finalement assez probant, vu le nombre de Lorrains érigés en défenseurs sincères de la République française. La Maison de Lorraine, elle, est retournée à sa source, puisque le fondateur Gérard d’Alsace était issu d’une branche cadette de la Maison de Habsbourg, faisant d’eux La plus ancienne famille régnante en ligne directe. Mais, comme le rappelle Jean-Marie Cuny dans l’entretien qu’il nous a accordé, jamais les descendants des ducs de Lorraine n’ont oublié leur ancienne patrie.
Il y a bien sûr une Bretagne, grande, plus vaste en superficie que la Belgique, diverse dans ses paysages – dès que l’on traverse la Loire, les toits sont couverts de tuiles majoritairement et plus en ardoises. Il n’y a pas bien sûr un seul Breton, mais des Bretons et des Bretonnes. Pour ceux qui voulaient, veulent, voudraient un homo britonnicus, comme certains ont voulu un homo anglicanus, un homo sovieticus, un homo americanus, etc, ils en seront pour leurs frais. Les Bretons et les Bretonnes sont multiples et en mouvement comme le révèlent, à mon humble avis, quelques éléments historiques. Regardons dans les trois mondes, pas assez liés entre parenthèses à mon goût, de la politique, de l’économie et de la culture.
Mais d’abord la Politique. Si les frontières est de la Bretagne sont immuables ou presque (voir les marches séparantes au Sud du pays de Retz), à l’intérieur de la Bretagne, cela a bougé, ce qui n’a pas été sans conséquences pour ses habitants. Sans que l’on sache exactement leurs limites (sans doute matérialisées par des rivières), les grandes circonscriptions politiques bretonnes ont connu des transformations. Avant les invasions vikings du IXe et Xe siècles, le royaume de Bretagne comprenait les comtés de Poher, de Cornouaille, de Vannes, de Léon, de Nantes et de Rennes ; les comtes du Poher (grande région autour de Carhaix) possédaient le trône royal.
Je pense de plus en plus que les comtés de Cornouaille et de Vannes ne comprenaient que la frange littorale de la Cornouaille et du Vannetais actuels. Les Vikings changèrent la donne. Les princes royaux de la maison de Poher s’enfuirent en Angleterre puis revinrent pour devenir simplement ducs de Bretagne (Alain Barbetorte), sans parvenir vraiment à restaurer le pouvoir de leurs ancêtres, les rois Nominoë, Erispoë, Salomon. Après la disparition d’Alain Barbetorte et ses descendants directs, les comtes de Rennes et de Nantes, apparentés aux rois bretons, se disputèrent le pouvoir sur la Bretagne, pouvoir qui glissa donc de l’Ouest vers l’Est. Les comtes de Rennes disposant d’un immense territoire, allant à l’Ouest jusqu’à Callac et Lannion, comprenant tout le Centre de la Bretagne, et allant au Sud jusqu’aux landes de Lanvaux, semblèrent l’emporter. Les comtes de Nantes répliquèrent en s’alliant avec les comtes de Cornouaille de plus en plus puissants, d’autant qu’ils étaient de père en fils évêques de Cornouaille, mais aussi par mariage comtes-évêques de Vannes. Au XIIe siècle, on tenta un mariage et donc une réconciliation : Hoël de Cornouaille, comte de Vannes, Nantes et Cornouaille, épousa Havoise de Rennes, duchesse de Bretagne en 1066, comtesse de Rennes.
L’unification n’eut pas lieu car l’oncle paternel d’Havoise, Eudes, fils du duc Geoffroy Ier (mort en 1008), prétendit, car il était le seul descendant male de la maison de Rennes, au trône breton et s’installa à l’Ouest du comté de Rennes, dans les évêchés de Tréguier et de Saint-Brieuc. Ses descendants furent à l’origine des comtés de Tréguier et de Penthièvre. De ce conflit familial découla une série de crises majeures qui dura plus de 400 ans et qui ensanglanta la Bretagne (le plus grave épisode étant la guerre de Succession de Bretagne de 1341 à 1364, en fait jusqu’en 1420), opposant en gros le Nord (Eudes) et le Sud (Havoise) du duché, opposant les descendants d’Eudes plus enclin au fédéralisme s’appuyant sur la féodalité, aux descendants d’Havoise, ducs de Bretagne en titre, représentants le centralisme ducal breton. Cette querelle permit au roi de France de contraindre en 1491 Anne de Bretagne à se marier avec lui. Charles VIII de France disposait en effet des droits des descendants d’Eudes (mais aussi ceux de la maison de Dreux-Bretagne qui avaient régné sur le duché de 1213 à 1341). Ce conflit dynastique et politique ne se termina pas avec Anne. Il revint en force lors de la Ligue, à la fin du XVIe siècle, lorsque la femme du gouverneur de Bretagne, le duc de Mercœur, descendante directe d’Eudes, réclama le duché pour elle. Mercœur fut vaincu et se soumit au roi Henri IV. Son épouse fut humiliée par le mariage forcé de sa fille et héritière au bâtard d’Henri IV, le célèbre duc de Vendôme.
Le roi de France contrôlait alors toute la Bretagne, du moins on pourrait le croire. On sait peu que Louis XIV laissa à sa mort en 1715 des dettes effroyables que ne purent, malgré quelques manipulations financières, jamais éponger ses successeurs. On sait encore moins que le duc de Penthièvre, cousin des rois Louis XV et Louis XVI, richissime, amiral de France… et de Bretagne, racheta au roi la gestion de tous les Domaines royaux en Bretagne. Son pouvoir en Bretagne avoisinait ou même était supérieur à celui de son royal cousin. On ne sait guère que la Bretagne était administrée par ses propres institutions, que le roi n’avait pas que des amis au Parlement, dans la Chambre des Comptes et dans les Etats de Bretagne, c’est le moins que l’on puisse dire (voir sous Louis XV, l’affaire La Chalotais). On sait trop peu que dans ces instances, on se disputait beaucoup : l’ancienne noblesse féodale, très présente à la cour royale, était très critiquée par la nouvelle et riche noblesse parlementaire qui fut elle-même contestée par les représentants des villes.
On sait par contre que la Bretagne implosa en 1791 en 5 départements, Loire-Inférieure, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Finistère, dont les limites avaient été fixées grosso-modo… sous Louis XV alors en guerre avec le Parlement et les Etats de Bretagne. Même si ces départements avaient le même fonctionnement que les autres départements français, ils conservaient entre eux des liens historiques, culturels, militaires, économiques, sociaux, dont les ciments étaient bien sûr la langue, la religion, mais surtout les Bretons et les Bretonnes eux-mêmes. Et le gouvernement de Paris sut en tenir compte. Par exemple, il constitua une armée de Bretagne pour défendre la France envahie par les Prussiens en 1870. Au début de la Grande guerre, les Bretons étaient dans des régiments bretons. On pensait qu’ils combattraient mieux ensemble. Ces liens entre les Bretons et les Bretonnes étaient très visibles surtout lorsqu’ils émigrèrent vers Paris Le Havre, Boulogne, etc. Ils surent se regrouper. A Paris, des dizaines de milliers d’entre eux vivaient en Seine-Saint-Denis. Et tout le monde sait que le quartier Montparnasse est le quartier des Bretons.
Cependant, à partir de la départementalisation, les choses changèrent… On étaient plus simplement des Bretons, sujets du roi, Cornouaillais, Nantais, Léonards, Vannetais, mais on étaient Français, Bretons, Finistériens, Cornouaillais ou Léonards, ou Morbihannais de Vannes ou de Lorient, etc. Et l’on est encore ! Les Bretons s’éloignèrent les uns des autres. Et les résultats sont visibles aujourd’hui. De plus, les Bretons ne votaient pas, lorsqu’ils en avaient le droit (le suffrage censitaire excluait les plus pauvres dans la première moitié du XIXe siècle et surtout l’absence d’isoloir obligea pendant longtemps de montrer son vote à tous… surtout aux propriétaires terriens qui souvent se présentaient aux élections), tous de manière identique. De l’extérieur, on voit les Bretons comme des conservateurs, légitimistes, n’aimant donc guère le changement : par exemple, ils ont eu bien du mal à accepter la République, mais lorsqu’ils l’ont assimilée, c’est pour la vie. De l’extérieur, on vit et voit encore les Bretons d’un seul tenant, peuple agricole, terrien, attaché à son terroir, à la Bretagne.
Et c’est vrai et c’est faux. C’est vrai et Pétain comme d’autres l’ont cru surtout lorsqu’il redonna son unité à la Bretagne… du moins sans la Loire-inférieure car pour lui comme pour d’autres Nantes et son département, aujourd’hui la Loire-Atlantique, appartenaient au Val de Loire. Il a cru comme d’autres que la Bretagne et les Bretons étaient entre les mains fermes d’une noblesse et d’un Eglise catholique traditionnelles, terriennes, plongeant ses valeurs dans l’Ancien Régime, dans la féodalité et dans le régime seigneurial. C’était et c’est encore oublié que Nantes et sa région (en gros la Loire-Atlantique) appartenaient et appartiennent de manière inaliénable à la Bretagne. Et en son temps, le grand roi Henri II Plantagenêt (mort en 1189), régent du duché, finit par le comprendre. S’il donna le comté de Nantes à son frère cadet, Geoffroy et le récupéra pour lui seul après la mort de ce dernier, il dut le restituer en 1181 à son fils cadet, Geoffroy II, duc de Bretagne par son mariage avec la duchesse Constance, lorsque Geoffroy devint majeur et souverain du duché. Il est étrange que les éléments extérieurs à la Bretagne voient Nantes et sa région comme des territoires détachables de la Bretagne. Ainsi, si je ne me trompe pas, dans les actes de la succession d’Anne de Bretagne (mort en 1514), l’administration royale parlait du duché de Bretagne et du comté de Nantes. Néanmoins, cette administration savait qu’il fallait les citer ensemble.
Et Pétain se trompait encore comme d’autres : la Bretagne et les Bretons n’étaient pas figés dans leurs opinions politiques. Et tout le monde n’y votait pas (et n’y vote pas) de la même manière, heureusement. On remarque que souvent les paroisses ou les communes qui ont connu la Révolte des bonnets rouges de 1675 sont plus « révolutionnaires ». Elles ont été proches des Républicains durant la Révolution. Bref, elles sont plus à gauche. En 1881, la République en Bretagne est devenue majoritaire : 22 députés de « gauche » (Républicains) contre 19 conservateurs (souvent royalistes). Les côtes et les villes étaient plus favorables au nouveau régime que le Centre Bretagne, la Haute Bretagne, les marges angevines et vendéenne qui restèrent des fiefs conservateurs. Et encore, car cela dépend des terroirs, des paroisses, des quartiers, des personnages qui se présentaient aux élections.
Pétain voulut se reposer sur les riches et puissants clergé et noblesse bretonnes, sans savoir ou comprendre que l’Encyclique « Au milieu des Sollicitudes » (de Léon XIII, 1892) les avaient mis en difficulté et qu’une nouvelle génération d’hommes politiques, jeunes prêtres (ce que l’on nomme les abbés démocrates, Trochu le fondateur d’Ouest France, Mancel), notables (comme ces nobles qui furent à l’origine de l’office central de Landernau), médecins, avocats, notaires, négociants, en avaient profité pour imposer leurs nouvelles idées, plus humanistes, plus sociales, plus universelles. Mêmes les Juloded, ces notables ruraux du Léon, retirèrent leur soutien au comte de Mun, fondateur de la Démocratie chrétienne, qui perdit sa députation du Finistère. Pétain et d’autres ne comprirent pas que l’énorme émigration bretonne et surtout la Grande Guerre étaient passées par là, que les Bretons et les Bretonnes avaient fait exploser les carcans imposés par les élites bretonnes de la première moitié du XIXe siècle. Ils étaient partout et voulaient tout voir, comme avant la Révolution.
Pendant l’Entre-Deux-Guerres, la Bretagne politique étaient tricolore… blanche, bleue… et rouge. En 1929, un quart des municipalités bretonnes était entre les mains de conservateurs monarchisants. C’est la Bretagne des marquis, Montaigu, Kerouartz, Kernier, Ferronnays. Les Bleus, radicaux et radicaux-socialistes, qui gouvernaient alors la France (avec la nantais Aristide Briand) représentaient alors 10 à 12 % des voix et dominaient surtout les villes et quelques régions rurales (le Trégor, la Haute-Cornouaille, le Finistère Sud). Ils glissèrent progressivement vers le centre politique, avec l’arrivée des Rouges, socialistes et marxistes, ces derniers se réclamant de la pensée de Karl Marx, qui a eu, on ne sait guère, des propos très durs envers les Bretons (ceux bien sûr qui ont étouffé la Commune de Paris – mais aujourd’hui ses seuls descendants… sont Bretons bien sûr). Si à partir de 1920, le communiste ne prit pas en Bretagne, sauf dans les ports de Concarneau et de Douarnenez, il fut très puissant parmi les Bretons de Paris. En Bretagne progressivement les socialistes se retrouvèrent de plus en plus importants dans les villes. Quant à Emsav, le mouvement breton, il tenta de sortir de l’élitisme et de la marginalité, sans grand succès, sauf pour ce qui est du nouveau drapeau breton, le Gwen a Du, adopté par la population bretonne avec une rapidité spectaculaire.
Après la Seconde guerre mondiale, les dirigeants traditionnels comprirent qu’il leur fallait s’effacer, même si certains avaient été des résistants. On voulait des gens neufs, plus jeunes, issus de la Résistance, mais surtout de la JAC (Jeunesse agricole catholique), très active pendant la guerre, organe mobilisateur, donnant espoir dans un autre avenir, vers l’ouverture et la modernité, d’où sortirent de nouvelles personnalités, élus politiques et syndicaux. Ce renouveau ne durera pas. Les grandes tendances politiques de l’Entre-Deux-Guerres revinrent en force sous la IVe République. Avec l’arrivée de la Ve République réapparurent les notables traditionnels. Le CELIB, ce Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons, né en 1950, réunissant des leaders bretons de l’économie et de la politique, réussit à se maintenir jusqu’aux évènements de 1968. S’il est à l’initiative de ce que l’on nomme le modèle économique breton, il n’est pas parvenu à établir un modèle politique breton. Trop de différences politiques. Trop d’intérêts divergents. Des Institutions centrales parisiennes trop attractives. Et puis les Bretons étaient depuis longtemps si divers politiquement.
Conservateurs, légitimistes, pivots de la monarchie française lorsqu’elle fut acceptée et assimilée, pivots de la République française encore aujourd’hui, les Bretons et les Bretonnes ne semblent pas aimer une chose : qu’on les prenne pour de crétins et des crétines. Louis XIV dépassa les bornes et eut droit aux Bonnets rouges. La Révolution, initiée par les nombreux Bretons du Club breton, fit de même et eut droit aux Chouans. Napoléon III vit la noblesse bretonne et la Bretagne lui tourner le dos lorsqu’il crut pouvoir imposer sa volonté à la puissante Association bretonne. La République radicale, celle de Combes, eut un mal de chien à imposer ses lois anticléricales… il est vrai que les prêtres bretons jouaient depuis plus d’un millénaire un rôle social et culturel essentiel en Bretagne. Peut-on dire que l’opposition bretonne à Pétain fut dès le début considérable ? On sait qu’à Londres, les Bretons soutenant le général de Gaulle étaient très nombreux : l’association bretonne des Forces Françaises Libres Sao Breiz réunissait plus de 800 d’adhérents.
Il faut donc se méfier. En politique, les Bretons et les Bretonnes n’ont pas des opinions immuables. Ils sont divers et en mouvement, comme le sont leur société, leur culture et leur économie, comme nous le verrons dans les prochaines chroniques.
La Bataille de Poitiers de 732 ne clôt pas l'époque où des musulmans étaient installés dans le sud de la France. Il faudra attendre 759 pour qu'ils quittent l'actuel Languedoc-Roussillon et 990 pour qu'ils soient chassés du Massif des Maures et des Alpes provençales. La France n'en aura pas fini avec la Guerre sainte que nous faisaient les musulmans : La chasse aux esclaves commise au large des côtes continua de plus belle et fit des millions d'esclaves en France et en Italie. La conquête de l'Algérie de 1830 aura pour seul objectif de détruire les derniers royaumes barbaresques d'Alger et de Tunis et ainsi mettre fin à la traite des esclaves européens par le Monde arabo-musulman. Quant à la traite des africains, elle ne se fera plus par le Maghreb… mais continuera jusqu’en 1973 avec le sultanat de Zanzibar dans l'Océan indien !
Après la conquête du Royaume Wisigothique d'Espagne en 712, le gouverneur de cette nouvelle province musulmane s'attela à la conquête du dernier morceau de l'ancien royaume wisigothique, la Septimanie (L'ancienne Narbonnaise romaine donnée aux goths et qui forme l'actuel Languedoc-Roussillon).
Après plusieurs tentatives, les armées musulmanes finirent par s'emparer d'un point stratégique, à la fois place forte et port maritime, Narbonne qui va être occupée jusqu'en 792. De là, les musulmans vont partir à la conquête de la Septimanie qu'ils finiront par totalement occuper en 725. Ils en profiteront pour lancer des razzias meurtrières le long de la vallée du Rhône et de la Saône en 725.
En 729, ils saccagent les terres du duc d'Aquitaine ce qui conduira à un traité de paix entre les parties qui sera vite dénoncé en 732 : les musulmans voulaient étendre les terres d'Islam à toute la Gaule. En pourchassant le duc d'Aquitaine en déroute au nord de la Dordogne, les armées musulmanes finiront par être face aux armées franques : Ce sera la Bataille de Poitiers en 732.
La bataille de Poitiers ne met pas fin aux exactions des musulmans en France pour autant. En 734, ils opèrent une nouvelle tentative pour s'emparer de l'Aquitaine. En 736, après avoir conclu une alliance avec certains seigneurs locaux hostiles aux Francs, ils pénètrent en Provence et s'emparent d'Arles, d'Avignon et d'Uzès.
En 737, Charles Martel reprend provisoirement Avignon et la Septimanie. Il faudra attendre 739 pour voir les musulmans chassés de Provence et 759 de Septimanie jusqu'aux Pyrénées, permettant ainsi l'annexion du Roussillon au Royaume Franc. En 792, le sultan de Cordoue fera une dernière tentative pour s'emparer de Narbonne.
Alors que la Provence avait vu de nombreux raids musulmans sur son territoire au cours du IXe siècle, une bande de sarrasins va s'installer durablement vers 889 dans une partie du massif des Maures, le Fraxinet. Profitant d'un port (Peut-être Port-Grimaud) et d'une place forte, elle va recevoir de nombreux renfort de Cordoue qui vont essaimer en de nombreuses bandes autonomes. Ce sera pour la Provence et les Alpes provençales une centaines d'années de désolation et de misère dans les campagnes et les villes.
Après l'enlèvement de l'abbé Mayeul, personnalité politique majeure de son temps, une première tentative de réduire cette colonie musulmane eut lieu en 942. Il faudra attendre la bataille de Tourtour (à l'ouest de Draguignan) en 973, puis 983 qui libère le massif des Maures. L'ensemble des bandes sarrasines présentes en Provence et dans les Alpes ne seront éliminées qu'en 990 grâce à Guillaume "Le libérateur".
719 - 792 : La Septimanie sous le joug des musulmans
Conquête de l'Espagne par les musulmans en 712
Le 11 juillet 711, les disciples de Mahomet (Mort le 8 juin 632), au nombre de 6 000, défont les troupes de Rodrigue, le roi wisigothique qui règne sur l'Espagne. Cette modeste bataille de Guadalete va permettre aux musulmans de s'emparer de la plus grande partie de la péninsule ibérique pour près de sept siècles.
En quinze mois s'en fut fini en Espagne du royaume des wisigoths qui fut presque entièrement soumis en 712. De ce défunt royaume ne restait plus que la province de Septimanie (Ou Gaule narbonnaise, notre actuel Languedoc-Roussillon sans la Lozère) que les musulmans ne tardèrent pas à convoiter à la demande du Calife de Damas.
Ce sera le début de 270 ans de présence des musulmans dans le sud de la France qui sera suivie par 840 ans d'attaques venant de la mer de la part des barbaresques jusqu'à l'intervention de la France et de l'Espagne en Algérie.
L'Islam ne renonce jamais à étendre la "Terre des fidèles" comme le demande Mahomet !
Première irruption des musulmans dans les Gaules en 719
Dans ce dessin, le général Zama se mit en campagne vers la fin de 719 (Soit la neuvième année depuis l'entrée des musulmans en Espagne), s'avança vers les Pyrénées et tenta le passage du côté du Roussillon et du diocèse d'Elne.
Il soumit les territoires conquis de l'actuelle région de Perpignan ce qui eut pour conséquence la disparition de l'institution ecclésiastique du diocèse d'Elne qui ne sera rétablie que par Charlemagne.
L'armée musulmane vint ensuite camper sous les murs de Narbonne. La prise de cette importante place située sur l'embouchure de l'Aude devait lui faciliter la conquête de la Septimanie, dernière province du Royaume wisigothique d'Espagne.
Prise de Narbonne par les musulmans en 720
Nous ignorons les détails de ce qui se passa durant le siège de Narbonne. Nous savons seulement que le général Zama se rendit maître de Narbonne vers la fin de 719 ou le début de 720, qu'il fit passer au fil de l'épée tous les habitants qui l'avaient défendu et qu'il emmena captifs en Espagne les femmes et les enfants. Dans le lot des victimes, il faut compter les nombreux réfugiés goths qui avaient fui l'Espagne à cause de la dureté des traitements infligés par les gouverneurs musulmans.
Afin de s'assurer de la possession de Narbonne, le général Zama mis en place une garnison d'élite sous le commandement d'un de ses officiers appelé Ibin-Aumar pendant qu'il partait à la conquête du reste du Languedoc actuel.
Narbonne sera abandonné à la suite de la défaite de Toulouse de 721, puis à nouveau conquise en 725. Elle deviendra pour les quarante années suivantes la base logistique des musulmans et le port vers l'Espagne pour leurs futures razzias et conquêtes de la Gaule.
Tentative de conquête de la Septimanie (720 - début 721)
Le général Zama put partir à la conquête du reste de la Septimanie qu'il ravagea et pilla entre 720 et 721.
Selon un auteur contemporain, Isidore de Beja, les musulmans soumirent presque toute la Gaule gothique : Outre l'ancien diocèse de Narbonne, ceux d'Alet et de Saint-Pons, celui de Saint-Elne, de Carcassonne, de Béziers, d'Agde, de Maguelonne (Montpellier), de Lodève, de Nîmes et d'Alès.
A l'extrême est de l'ancienne province wisigothique de Septimanie, Nîmes fut détruite en 725.
Siège & Bataille de Toulouse en 721
Pendant ce temps, le duc Eudes d'Aquitaine apporta un soutien aux populations de Septimanie sous domination musulmane. Cela lui valut des représailles de la part du général Zama qui fit le siège de Toulouse avec une importante armée et de nombreuses machines de sièges.
La résistance héroïque des habitants dura six mois jusqu'à l'arrivée d'une armée chrétienne composée des troupes du duc Eudes et de renfort envoyé par Charles Martel. Le 9 juin 721, cette coalition mis en déroute l'armée musulmane qui se replia en désordre vers l'Espagne.
Après la Bataille de Toulouse, l'armée musulmane fut incapable d'occasionner de nouveaux méfaits en Gaule. Le général Zama fut remplacé. Dès juillet 721 et jusqu'en 725, son remplaçant ne cessa de tenter de s'emparer sans aucun succès de villes en Septimanie et dans le duché de Toulouse.
Conquête de la Septimanie en 725
Les musulmans doublèrent les impôts payés par les chrétiens d'Espagne afin de constituer une nouvelle armée chargée de reconquérir les places perdues par le général Zama (Notamment Narbonne) et de pousser plus loin les conquêtes.
"Carcassonne fut la première ville que ce général (Ambiza) assiégea ; il l'emporta de force malgré l'avantage de sa situation et la vigoureuse défense des assiégés. Ce général étendit ensuite ses conquêtes jusqu'à Nîmes, moins par force, que par adresse et par la ruse dont il se servit dans cette occasion. Il n'omit rien pour persuader les habitants du pays de se soumettre volontairement, à l'exemple des villes d'Espagne qui s'étaient rendues de même aux Sarrasins à leur entrée dans ce royaume. Il ajouta sans doute que la Gaule Gothique étant une ancienne dépendance de l'Espagne qui appartenait aux Sarrasins par droit de conquête, ils ne pouvaient s'empêcher de reconnaitre leur domination ; qu'il était de leur intérêt d'accepter les offres avantageuses qu'on leur faisait, et qu'il valait mieux se rendre de gré que de force. Les peuples de Septimanie, plus frappés de la crainte d'éprouver la fureur dont ces infidèles usaient à l'égard des villes qu'ils prenaient d'assaut, que de leurs remontrances, se voyaient d'ailleurs hors état de se défendre, prirent le parti de se soumettre à l'obéissance des califes et de remettre leurs places à ce général, qui voulant s'assurer de leur fidélité, se fit donner des otages qu'il envoya à Barcelone. Ambiza soumit ainsi tout le pays jusqu'à Nîmes" (Source : Histoire générale du Languedoc par Dom Claude Devic & Dom Joseph Vaissete - 1730-1745)
Au moyen-âge, on désignait sous le nom de sarrasin les peuples musulmans composés essentiellement d'Arabes et de Berbères habitant les bords de la Méditerranée.
C'est à cette occasion, ou lors de la première prise de la ville de Nîmes que les religieux de l'abbaye de Saint-Bauzille durent fuir en Bourgogne et y fonder une nouvelle abbaye dans le diocèse d'Auxerre. Toutes les églises de Nîmes furent transformées en mosquée et la religion chrétienne interdite. Nîmes resta sous domination musulmane une douzaine d'années (Jusqu'en 737).
Dans les mêmes circonstances, l'important monastère de Psalmodie (Entre Nîmes et Aigues-mortes) fut partiellement détruit par les musulmans... le reste le sera au XVIe siècle par la fureur des calvinistes.
La Septimanie fut rattachée au gouvernement d'Espagne qui reconstitua ainsi dans sa presque totalité le Royaume wisigothique d'Espagne.
Razzias le long de la vallée du Rhône et de la Saône de 725
Les musulmans ne se bornèrent pas à la conquête de la Septimanie. Un détachement de l'armée du général Ambiza remonta la rive droite du Rhône puis la Saône en semant la désolation sur son passage. Elle entra en Bourgogne, pénétra jusqu'à Autun, fit le siège de cette ville et la prit le mercredi 22 août 725. Elle l'abandonna ensuite après l'avoir saccagée et ruinée, et en avoir emporté les richesses.
C'est à cette occasion que toutes les rives droites du Rhône et de la Saône furent ravagées ; l'abbaye de Beze fut attaquée pour la troisième fois dans l'année ; la ville d'Autun fut totalement détruite.
L'expédition de ce détachement musulman conduisit ce dernier vers la ville de Sens qu'il assiégea. Une sortie des assiégés l'obligea à fuir.
Saccage des terres du Duc d'Aquitaine en 729
La succession des généraux musulmans ne permirent pas à ses derniers de continuer la conquête de la Gaule, se contentant d'administrer la province de Septimanie.
Selon un auteur contemporain (Le vénérable Bede), les attaques reprirent en 729 sans toutefois en préciser les détails. Les attaques eurent lieu dans l'Aquitaine ou dans les états du duc Eudes, commettant partout des ravages affreux. Sans doute les pays les plus voisins de la Septimanie furent concernés : Toulousain, Albigois, Gévaudan et Velai. Toulouse ne fut pas touché.
Le duc Eudes finit par les défaire au cours d'une bataille sur ses terres sans doute avant 731. Toujours exposé aux attaques, le duc d'Aquitaine Eudes finit par conclure avec les musulmans un traité de paix et d'alliance, au prix de sa propre fille, Lampagie, qu'il donna en mariage.
Rupture du traité de paix entre Eudes et les musulmans en 732
Soupçonné de vouloir se convertir au Christianisme et de conspiration, le gouverneur Munuza qui avait signé le traité d'alliance avec Eudes fut déposé. Ce fut l'occasion pour les musulmans de reprendre l'offensive en rompant le traité d'alliance.
De son côté, Charles Martel dénonça le traité d'alliance entre Francs et duc d'Aquitaine aux motifs que Eudes était responsable des attaques des musulmans sur les terres des Francs et de ses alliés.
Défaite d'Eudes face aux musulmans
Les musulmans pénétrèrent sur les terres du duc d'Aquitaine par les cols séparant la Navarre à la Gascogne. A leur arrivée, ils portèrent la terreur et la désolation dans tous les pays traversés sans rencontrer de résistance. Oloron, Aire, Bazas furent pillées. En s'approchant de la Garonne, ils mirent le siège devant Bordeaux et l'emportèrent de force. La ville fut ravagée et de nombreux survivants emmenés en captivité.
Ils passèrent ensuite la Dordogne afin d'aller à la rencontre d'Eudes qui l'attendait avec une armée trop rapidement constituée. Le duc d'Aquitaine fut battu et perdit une part importante de ses troupes qui fut massacrée.
En poursuivant leur adversaire dans sa fuite vers le nord, les musulmans ravagèrent les pays traversés, sauf les places fortes.
Eudes demanda alors secours à Charles Martel.
Bataille de Poitiers en 732
Bataille de Poitiers - Charles Martel stoppe les musulmans
"En effet ces infidèles après avoir ravagé le Périgord, la Saintonge, l'Angoumois et le Poitou, massacré un grand nombre de chrétiens, pillé et brûlé l'église de Saint-Hilaire dans les faubourgs de Poitiers, étaient sur le point de pousser leurs ravages jusqu'à Tours, ville du domaine de Charles Martel, dans l'espérance de s'enrichir du pillage de la célèbre église Saint-Martin, lorsque ce prince oubliant les sujets de querelle qu'il avait contre Eudes, résolut de le secourir et de faire tous ces efforts pour traverser les desseins des infidèles. Il forma une puissante armée des troupes qu'il leva à la hâte dans les trois royaumes de Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne; et après avoir passé la Loire, il marche contre Abdemare [Général musulmans connu sous le nom de Abd-er-Rahman], le rencontra aux environs de Poitiers, et l'empêcha de passer outre.
Les deux armées demeurèrent en présence durant sept jours sans faire aucun mouvement, et se préparèrent pendant ce temps au combat qui devait décider de la destinée de toute la France. L'action s'engagea un samedi du mois d'octobre de l'an 732. Le choc fut d'abord très violent des deux côtés ; mais enfin la victoire, après avoir balancé quelque temps, commença à se déclarer en faveur de Charles.
Les soldats du Nord suivant l'expression d'un auteur contemporain, plus forts, plus robustes et mieux disciplinés que ceux du Midi l'emportèrent aisément sur ces derniers ; en sorte qu'on vit les français semblables à ces murs épais dont les pierres sont extrêmement bien liés (C'est la comparaison du même historien) combattre toujours sans pouvoir être jamais ni ébranlés ni séparés et se faire jour à travers les bataillons Arabes dont ils firent un carnage affreux. Abderame général de ces infidèles a été tué sur la place, la victoire acheva de se déclarer entièrement en faveur de Charles. Les Sarrasins continuèrent cependant de se défendre avec beaucoup d'acharnement et disputèrent le terrain pied à pied ; et il n'y eut que la nuit qui put séparer les combattants.
Chacun se retira alors dans son camp, mais avec une contenance bien différente ; les français l'épée à la main, encore fumante du sang de leurs ennemis ; et ceux-ci honteux de leur défaite, et consternés de la perte de leur général.
Les sarrasins se voyant extrêmement affaiblis par le nombre prodigieux de leurs morts qui étaient demeurés étendus sur le champ de bataille, prirent le parti de décamper à la faveur de la nuit. Ils laissèrent en partant leurs tentes toutes dressées pour dérober leur fuite aux français. Charles ne s'aperçut pas en effet de leur retraite, et il se disposait le jour suivant à livrer de grand matin un nouveau combat à ces infidèles, quand il apprit par des espions qu'ils s'étaient retirés. Ce prince parut d'autant plus mortifié de leur retraite, qu'il se flattait de remporter sur eux une nouvelle victoire. Il balança d'abord s'il devait les poursuivre ; mais dans la crainte qu'il eut de quelque feinte ou de quelque embuscade de leur part, il se contenta de piller leur camp, et après en avoir partagé les dépouilles à ses soldats, il décampa et repassa la Loire" (Histoire générale du Languedoc par Dom Claude Devic & Dom Joseph Vaissete - 1730-1745)
Ravages du Limousin, du Quercy et de l'Albigeois en 733 par les musulmans
Après la Bataille de Poitiers, le reste de l'armée des musulmans reprit la route des Pyrénées par le Limousin, le Quercy, l'Albigeois et le Toulousain. Elle laissa dans tous ces provinces de "tristes marques de leur barbarie et portèrent partout la désolation". Le monastère de Guéret en Limousin fut épargné.
Le reste de cette armée défaite lors de la Bataille de Poitiers se retira dans la Septimanie, province soumise à la domination des musulmans et de là en Espagne au cours de l'année 733.
Nouvelle tentative de conquête de l'Aquitaine en 734
Dès 734, une armée constituée à Cordoue, tenta de passer les cols pyrénéens qui séparent la Navarre de la Gascogne. Elle "fut arrêtée au passage par une petite troupe de chrétiens qui la harcelèrent vivement du haut des montagnes et des rochers où ils s'étaient rassemblés, et lui tuèrent beaucoup de monde en différentes escarmouches, ce qui l'obligea d'abandonner son entreprise et de retourner honteusement sur ses pas" (Histoire générale du Languedoc par Dom Claude Devic & Dom Joseph Vaissete - 1730-1745)
Traité d'alliance entre la Provence et les musulmans
Un nouveau gouverneur pour les musulmans de la Gaule gothique (La Septimanie) fut désigné vers l'an 735 : Jusif-Ibin-Abderame. A peine eut-il pris possession de son gouvernement, ce seigneur arabe chercha à rétablir les affaires de sa nation dans les Gaules après la Bataille de Poitiers et son désastre militaire. La situation où se trouvait la Provence allait lui ouvrir les portes de la rive gauche du Rhône.
Mauronte, duc d'une partie de cette province de Provence, cherchant à secouer le joug de l'autorité de Charles Martel, avait fait alliance avec les autres gouverneurs de cette partie de la Bourgogne située entre les Alpes, le Rhône et la Méditerranée, allant de Lyon à Marseille.
Mis au courant de ce complot, Charles Martel entra en Bourgogne en 733 à la tête d'une armée et tâcha de rétablir la paix et la tranquillité dans ces pays. Après avoir mis en place des fidèles aux endroits clés, Charles Martel s'en retourna pensant avoir pacifié cette province. Ce n'était qu'une apparence.
Mauronte et ses confédérés, résolu de se soustraire à quelque prix que ce fut à l'obéissance de Charles, formèrent une ligue secrète avec le gouverneur de la Septimanie pour les musulmans. Ce général leur promit du secours et en retour ils lui promirent de lui livrer certaines places fortes de la rive gauche du Rhône.
Les musulmans acceptèrent d'autant plus volontiers cet offre qu'ils cherchaient depuis longtemps à s'établir depuis la Septimanie au-delà du Rhône, d'en avoir le passage libre pour étendre ensuite leurs courses à leur gré dans tout le royaume.
Charles Martel intervint à nouveau et pacifia l'ensemble de la région de Lyon à Marseille avant de courir lutter contre les saxons
Prise d'Arles, Avignon, Uzès et Viviers par les musulmans en 736
Dès que l'information du passage de Charles Martel du Rhin, Mauronte et les autres rebelles reprirent les hostilités avec le concours des musulmans de Septimanie. En exécution du traité secret, ils leur livrèrent la ville d'Avignon et celle d'Arles, qui malgré la soumission volontaire de cette ville qui se rendit par composition, fut livrée aux pillages.
A peine passé le Rhône, les musulmans portèrent la désolation dans tous les pays situés des deux côtés du Rhône. Les villes d'Uzès, de Viviers, de Valence, de Vienne, de Lyon et bien d'autres subiront les pillages et meurtres. La ville de Rochemaure dans le Vivarais sera occupée jusqu'en 739.
Durant quatre ans que dura leur séjour, les musulmans renouvelèrent tous les ans leurs courses dans la province d'Arles et portèrent partout le fer et le feu sous la conduite du gouverneur de la Septimanie, Jusif-Ibin-Abderame. Selon le récit d'un ancien auteur, ce ne fut que "Eglises détruites, monastères ruinés, villes pillées, maisons saccagées, châteaux démolis, et un nombre infini de personnes massacrées sans que personne osât s'opposer au cours de tant de maux, ni arrêter la fureur des barbares".
C'est sans doute durant ces quatre années que le monastère de Lérins, au large de la ville actuelle de Cannes, fut ruiné et où environ cinq cents religieux furent martyrisés. Ce fut l'oeuvre des pirates venus des côtes du Maghreb qui infestaient depuis plusieurs décennies la Méditerranée et qui s'attaquaient pour la première fois aux terres de Charles Martel.
On peut aussi rapporter à cette époque les ravages que les musulmans commirent dans une partie de la Bourgogne à la gauche du Rhône et de la Saône.
Charles Martel repousse les musulmans et reprend Avignon en 737
"Charles Martel informé des désordres que les Sarazins commettaient au-delà du Rhône à la faveur de son éloignement, et de la guerre qu'il faisait alors aux Saxons, résolut d'en arrêter le cours. Il assembla avec toute la diligence possible une armée composée de français, de bourguignons et d'autres peuples de sa domination, et l'année suivante dès que la saison le permit, il se mit en marche pour aller chasser ces infidèles des villes dont ils s'étaient emparés en Provence.
Il détacha d'abord le duc Childebrand son frère avec quelques autres généraux pour investir Avignon dont ces peuples avaient fait leur principale place d'armes. Il suivit de près de détachement avec le reste de ses troupes, et à son arrivée il assiégea cette ville dans toutes les formes, et l'emporta enfin d'assaut. Tous les sarrasins furent passés au fil de l'épée, et la ville livrée au pillage et ensuite réduite en cendres pour la plus grande partie." (Histoire générale du Languedoc par Dom Claude Devic & Dom Joseph Vaissete - 1730-1745)
Charles Martel entre en Septimanie et assiège Narbonne en 737
Après la prise d'Avignon, Charles Martel passa le Rhône avec toute son armée et entra dans la Gothie ou Septimanie dont les musulmans étaient les maitres. Il traversa toute cette province sans aucune résistance en passant par les diocèses d'Uzès, de Maguelonne, d'Agde et de Béziers avant d'arriver devant Narbonne dont il forma le siège.
Narbonne était la plus forte et la plus importante des places fortes des musulmans au nord des Pyrénées. La prendre était stratégiquement fondamental d'autant plus que le gouverneur musulman Athima s'y était retranché de peur d'affronter les troupes adverses sur un champ de bataille.
Charles Martel pour empêcher les musulmans d'obtenir de l'aide par la mer et le cours de l'Aude fit édifier des fortifications en forme de tête de bélier sur les deux rives de l'Aude.
Bataille de la Berre en 737
Considérant l'importance de Narbonne dans leur dispositif de conquête de la Gaule, le gouverneur d'Espagne Ocba (ou Aucupa) envoya un corps expéditionnaire par la mer sous la conduite du général Amoroz afin d'éviter les passages longs et difficiles des Pyrénées. Il arriva au "port de la Nouvelle" en espérant remonter la rivière Aude.
Empêché par les défenses construites par Charles Martel, il fut contraint de débarquer sur la côte et de conduire ses troupes vers Narbonne par les terres. Charles Martel ne lui donna pas le temps, laissant une partie de son armée assurer le siège de Narbonne et l'autre partie partant à la rencontre du corps expéditionnaire musulmans. Il les trouva campant dans une vallée des Corbières, près d'un ancien palais construit par les rois wisigoths. C'était un dimanche.
Amoroz s'était posté avantageusement auprès de la petite rivière de Berre entre Ville-Salse et Sigean à une demie lieue de la mer et à sept milles au sud de Narbonne. Sitôt en vue, Charles Martel les attaqua et tua de sa main le général Amoroz. Ce fut la débandade dans les rangs musulmans qui cherchèrent à regagner leurs vaisseaux. Poursuivis dans un étang au moyen de barques, bon nombre seront tués, noyés ou faits prisonniers.
Après cette victoire de Berre, Charles Martel revint vers Narbonne pour y exposer les dépouilles des vaincus à la vue des assiégés.
Charles Martel lève le siège de Narbonne
Charles Martel ne profita pas d'une victoire totale sur les musulmans qui aurait pu les rejeter définitivement de l'autre côté des Pyrénées. Trouvant que le siège de Narbonne trainait en longueur et que la saison fût déjà avancée (On était au mois d'octobre), trouvant la résistance des assiégés opiniâtre, il désespéra de pouvoir réduire le siège rapidement. Il prit le parti de décamper et de retourner en France où ses affaires l'appelaient.
La mort du roi Thierry IV qui arriva au mois de septembre 737 fut sans doute un des principaux motifs qui engagèrent Charles Martel à abandonner le siège de Narbonne dont la conquête lui aurait assuré celle de toute la Septimanie.
Il se contenta de laisser en partant quelques troupes et de convertir le siège en blocus afin de réduire Narbonne par la famine.
Charles Martel repris la route du Rhône en s'emparant au passage de la ville de Béziers dont il fit raser les murs et brûler les faubourgs. Il fit de même à Agde et fit détruire Maguelonne de fond en comble. Cette dernière ville était située dans une petite île qui servait de place d'arme aux musulmans pour son port où il était facile d'aborder en provenance d'Espagne. "Ils exerçaient de là impunément la piraterie et infestaient toute la côte, ce qui engagea Charles, pour leur ôter cet asile, à faire raser entièrement cette place. L'évêque et le chapitre se retirèrent alors à Substantion, lieu du diocèse ou ils firent leur résidence jusqu'au rétablissement de la ville de Maguelonne qui se fit trois cents ans après." En 1730, l'ancienne cathédrale existait encore.
Charles Martel traita la ville de Nîmes avec moins de rigueur. Il se contenta d'en faire brûler les portes et de mettre le feu aux arènes qui servaient de forteresse.
Après avoir détruit toutes les places fortes, Charles Martel obligea les habitants de lui donner des otages afin de s'assurer de leur fidélité.
Nouvelles attaques des musulmans en 739
Charles Martel étant occupé dans une nouvelle révolte des saxons qui l'obligea à passer le Rhin en 738, les musulmans profitèrent de son absence pour faire de nouvelles tentatives. Le gouverneur d'Espagne mis en marche une armée importante à partir de Cordoue en direction de la Septimanie. Mais avisé de la révolte des Maures dans toute l'Afrique et que ceux-ci avaient remporté diverses batailles, il rebroussa chemin afin de soumettre les rebelles d'Afrique.
Cela n'empêcha pas diverses action des musulmans en Gaule. Les musulmans qui s'étaient cantonnés dans Arles et dans plusieurs villes situées dans les montagnes de la Provence sous la protection du duc Mauronte, firent de nouvelles courses le long du Rhône et dans toute la province d'Arles. Ils renouvelleront ces courses l'année suivante (739).
Ces exactions décidèrent Charles Martel d'intervenir afin de chasser définitivement les musulmans de Provence. Il concentra ses armées à Avignon en 739.
Charles Martel chasse les musulmans de Provence en 739
Charles Martel "après avoir rassemblé ses troupes aux environ de cette ville [Avignon], marcha contre Mauronte et les sarrasins. Pour réduire plus aisément les rebelles qui occupaient toutes les montagnes jusqu'aux frontières d'Italie où régnait alors Luitprand roi des Lombards, il engagea ce prince à venir lui-même en personne à son secours. En effet tandis que Charles Martel agissait du côté du Rhône et le long de la côte avec l'armée française, Luitprand attaqua le duc Mauronte dans les défilés des montagnes avec toutes ses forces, le mit en fuite et le poursuivit jusque dans les cavernes des rochers voisins où il fut obligé de se cacher. Enfin les sarrasins n'osant se mesurer avec les français et les lombards, prirent le parti de repasser le Rhône. L'heureux succès de cette expédition acquit à Charles toute la Provence jusqu'à Marseille et au pays situé le long de la mer qu'il soumit à son obéissance ; il mit fin par-là aux ravages que les infidèles avaient faits pendant quatre années de suite dans les provinces de delà le Rhône. Il parie qu'ils n'osèrent plus rien entreprendre dans la suite au-delà de ce fleuve, et qu'ils ne passèrent plus les bornes des pays qu'ils conservèrent encore en Septimanie, et d'où Charles ne se mit pas en peine de les chasser. Leur puissance diminua d'ailleurs de jour en jour par les divisions et les guerres intestines qui s'élevèrent parmi eux en Espagne, et qui les mirent hors d'état de tenter de nouvelles entreprises dans les autres provinces de France"
Pépin le bref entreprend de chasser les musulmans de Septimanie en 752
En mars 752, Pépin le bref fut élu puis couronné roi par Saint Boniface au préjudice du dernier roi mérovingien Childéric. Une de ses premières actions en tant que roi fut de chasser tous les musulmans de Septimanie. L'occasion d'exécuter ce dessein lui parut d'autant plus favorable, que les états des califes et surtout l'Espagne étaient alors extrêmement affaiblis par les guerres civiles et les différents troubles depuis quelques années parmi les arabes.
Profitant des troubles du monde musulman, Alphonse le catholique, roi des Espagnols réfugié dans les montagnes des Asturies, avait déclaré la guerre aux infidèles et les avait chassés depuis peu de toute la Galice.
"Nous avons lieu de croire que les goths ou Chrétiens de Septimanie, à l'exemple de ceux des Asturies, firent tous leurs efforts pour s'affranchir de la tyrannie des sarrasins".
Les annales de Moissac et d'Aniane font mention d'un seigneur goth nommé Ansemond était maître des villes de Nîmes, de Maguelonne, d'Agde et de Béziers dont il avait formé un petit état. Ansemond avait pu s'emparer très-aisément de ces places que Charles Martel avait fait démanteler ; mais il y avait à craindre que les musulmans qui étaient toujours maître de Narbonne ville forte et bien armée, ne les reprissent avec la même facilité.
Ansemond traita avec Pépin le bref et lui livra la plupart des villes de Septimanie qui étaient convoitée par le duc d'Aquitaine.
Siège de Narbonne par Pépin le bref en 753
Les musulmans savaient combien il était important pour eux de conserver cette place de Narbonne dont la possession leur assurait l'entrée libre de la Gaule. Pour ce faire, ils n'avaient rien omis afin de pouvoir soutenir un siège long et de faire une vigoureuse défense.
Ainsi rendirent-ils inutiles tous les efforts de Pépin le bref qui était demeuré longtemps et avait utilisé toutes sortes de moyens afin de s'en rendre maître. Pépin prit le parti de décamper en laissant un corps de troupe dans les environs afin de pouvoir harceler la garnison et d'empêcher les musulmans d'entreprendre des actions belliqueuses contre la Septimanie libérée... en espérant par finir par les affamer.
Libération de Narbonne en 759
Pendant que la guerre civile entre musulmans continuait de plus belle en Espagne, les très nombreux goths qui étaient de confession chrétienne continuaient à souffrir à l'intérieur des murs du joug des musulmans. Les goths ayant pris les armes, se rendirent maîtres de Narbonne, après avoir égorgé la garnison et fait main basse sur tous les musulmans qui se trouvaient dedans. Ensuite conformément au traité passé avec Pépin le Bref de pouvoir garder leurs coutumes et leurs lois, ils livrèrent la ville aux troupes françaises en 759.
C'est ainsi que cette ville de Narbonne fut libérée du joug musulman qui avait duré pendant quarante années de suite.
Cette ancienne province romaine de la Narbonnaise dont avait hérité officiellement les goths (Traité passé en 475 entre l'empereur Nepos et le roi des wisigoths Euric) fut transmise solennellement au royaume des Francs.
La France était provisoirement libérée des exactions des sarrasins pour quelques temps... cela ne dura pas !
Dernière tentative de conquête de la Septimanie en 792
Ce ne fut qu'en 792 que le calife de Cordoue se résolu à reprendre la Septimanie et leva une armée qui se mit en route en 793. Elle passa les Pyrénées et, profitant que Charlemagne était occupé à faire la guerre aux Avars, tenta de reprendre Narbonne en vain tout en brulant les faubourgs et en emportant un important butin.
Guillaume, comte de Toulouse, alla à leur rencontre et fut vaincu à la bataille de Villedaigne (Entre Narbonne et Carcassonne) en 793. Selon la chronique de Moissac, les sarrasins victorieux ne continuèrent pas leur route. Ayant recueilli tout le butin qu'ils purent, ils retournèrent en Espagne.
Face à cette nouvelle menace des musulmans sur le sud de la France, Charlemagne se décida à engager son armée. Les armées musulmanes furent refoulées au sud des Pyrénées, permettant à Charlemagne de libérer le Roussillon et de s'en emparer. Le diocèse d'Elne fut enfin restauré après plus de 70 ans d'interdiction de la foi chrétienne. Ce sera la dernière tentative de conquête de la Septimanie par les musulmans.
En 756, L'omeyyade Abd al-Rahman se proclame émir de Cordoue et rompt ainsi avec le califat de Damas. Ses successeurs seront occupés à unifier les territoires musulmans jusqu'en 929 lorsqu'Abd-el-Rahman III fait de l'émirat de Cordoue un califat. Le nouvel émir renoncera à asservir la Septimanie. C'est d'autant plus vrai que la Reconquête de la péninsule ibérique a commencé : Une grande partie de la Galice et du Léon sont déjà reconquise à cette époque....
... l'insécurité se déplacera en Provence et prendra deux nouvelles formes : Les attaques venant de la mer (Attaques barbaresques) et implantation durable d'une colonie dans le Massif des Maures.
... l'insécurité se déplacera en Provence et prendra deux nouvelles formes : Les attaques venant de la mer (Attaques barbaresques) et implantation durable d'une colonie dans le Massif des Maures.
889 à 972 : Colonisation du massif des Maures par les musulmans
Raids musulmans en Provence avant 889
Avant l'installation de bandes de sarrasins dans le massif des Maures puis dans les Alpes provençales, des attaques avaient ravagé les côtes de Provence alors dans le domaine carolingien.
Selon l'historien du début du XVIIe siècle, Vincent Barralis, l'abbaye de Lérins, au large de Cannes aurait été mises à sac par une horde armée en 732 provoquant la dispersion d'une grande partie de la communauté monastique. L'historiographie traditionnelle associe cet évènement au martyre de l'abbé Porcaire et des cinq cents moines de l'abbaye. L'abbaye se remettra lentement de ce premier sac avant de disparaitre complètement au cours du IXe siècle face à l'insécurité causée par les sarrasins, comme toutes les communautés monastiques de Provence. En 963, une bulle du pape Léon VIII rattachera l'abbaye de Lérins désormais déserte au nouveau monastère de Montmajour (Près d'Arles). La plus ancienne et plus importante abbaye de Gaule disparaitra temporairement sous les coups meurtriers des musulmans.
Face aux attaques des sarrasins, Charlemagne fit construire des forts aux lieux de débarquement et une flotte pour repousser l'ennemi. Tant qu'il vécut, ces moyens et sa réputation suffirent à préserver les côtes de ses états alors que la Corse, la Sardaigne et les Baléares furent à nouveau dévastées en 806, 808, 809 et 813. Après la mort de Charlemagne le 28 janvier 814, l'Empire carolingien fut divisé en trois et l'instabilité politique qui suivit permis aux musulmans de reprendre la "Guerre sainte" contre l'Europe.
Marseille subit sa première attaque de la part de sarrasins venus de Tarragone en 838 : Une partie de la population est massacrée et le reste conduit en esclavage. La ville est livrée au pillage. L'importance de son port déclinera rapidement au bénéfice de celui d'Arles. L'abbaye de Saint-Victor est détruite et ses clercs et moniales sont emmenés en captivité. L'évêque de Marseille quitte la ville pour se réfugier à Arles.
La ville d'Arles subit les assauts des Musulmans en 734 ou 735. En 842 ou 843, la ville est pillée par une armée venue d'Espagne. Elle ne se retira qu'après versement d'une rançon conséquente par Charles le Chauve. En 850, elle se défend et massacre les barbaresques venus par la mer dans leur fuite. Durant cette période d'insécurité, la ville se contracte : Certains quartiers à l'intérieur des remparts sont abandonnés ; l'Amphithéâtre est aménagé en forteresse. Peu avant 883, profitant de l'instabilité politique en Provence, les musulmans reviendront piller du moins les faubourgs. En 883, avec le retour au calme, les fidèles restaurent la tombe de Saint-Césaire située hors les murs. En cette fin de IXe siècle, Arles est une citadelle dominant un territoire totalement dépeuplé par l'assaut des barbaresques selon plusieurs textes des années 874, 890 et 897. L'installation des sarrasins au Fraxinet va déplacer l'insécurité vers l'est préservant désormais le pays d'Arles.
En 869, lors d'une razzia, les sarrasins capturent l'Archevêque d'Arles Roland (Ou Rotland) en Camargue alors qu'il est en train de superviser la défense de cette région contre les attaques sarrasines commencée vers 812 par l'Archevêque Jean II (On lui doit la construction de l'église-forteresse des Saintes-Maries de la mer). Au cours de l'affrontement, 300 provençaux sont tués et l'archevêque fait prisonnier. Il sera échangé contre des armes, des esclaves au nombre de 150 et autres richesses. Au moment de la remise de rançon, les chrétiens ne récupèreront que le cadavre du prélat habillé et assis sur un siège, probablement sur la plage de Sainte-Marie de la mer à l'embouchure du Rhône de Saint-Ferréol (Bras actif et encore navigable à cette époque). Il périt ainsi le 18 septembre 869 et fut mis en terre le 22 septembre au milieu de la crypte de Notre-Dame des Grâces à Arles selon les Annales de Saint-Bertin qui fournissent des précisions sur cet évènement qui eut un certain retentissement dans l'Empire franc pour y être consigné dans leurs annales.
Installation des musulmans dans le massif des Maures vers 889
De 889 à 972, le massif des Maures abrita, autour du Golfe de Saint-Tropez, une colonie de musulmans venus d'Alicante. Cet établissement est connu dans les textes arabes sous le nom de Dlabal al-Qilâl (La montagne des sommets) ou Farakhsinît, transcription arabe du latin Fraxinetum.
Dans son oeuvre principale l'Antapodosis, l'évêque de Crémone Liutprand, mort en 972 et qui vécut à la cour d'Hugues d'Arles, fait le récit de l'installation des bandes musulmanes dans le Fraxinetum, région qui désignait probablement au Xe siècle l'ensemble de la région des Maures allant de Sainte-Maxime à l'Est à l'Ouest du Lavandou, et du rivage au nord de La Garde-Freinet.
La majorité des historiens fixent le centre principal fortifié des sarrasins au fond du Golfe de Saint-Tropez (Sans doute à Grimaud) sans qu'aucunes traces archéologiques n'aient pu être retrouvées à ce jour. D'autres pensent qu'ils ont pu établir plusieurs points fortifiés le long de la côte afin de protéger leurs liaisons vers les terres musulmanes d'outre-mer. D'autres encore pensent d'après certaines descriptions forts imprécises qu'ils auraient implanté leur forteresse dans la presqu'île de Giens, et à l'Almanarre près d'Hyères.
De cette présence musulmane en Provence, il reste très peu de choses : quelques épaves et quelques toponymes. Ainsi, la ville de la Garde-Freinet conserve dans son nom le souvenir du pays de Fraxinetum qui se transformera en Fraxinet puis Freinet. Le nom de la ville de Ramatuelle viendrait de Rahmatu Allâh, le bienfait de Dieu et la plage d'Almanarre (où est localisé le port antique de la vile grecque l'Olbia) rappellerait la présence d'un phare, en arabe al-manara. Quant au massif des Maures, les provençaux l'ont ainsi définitivement baptisé en raison de la présence durant 83 ans de moresques.
Au cours de l'année 940, le calife omeyyade Abd er-Rahman III signe un traité de paix avec plusieurs princes chrétiens dont Hugues d'Arles, la comtesse Richild de Narbonne et le comte de Barcelone. Ce traité, adressé notamment au caïd de Faraksinît, garantit la sécurité des navires chrétiens à destination d'Al-Andalus (L'Espagne musulmane). Il met donc fin à une partie de l'activité de course de la colonie établie dans le massif des Maures.
Limite du Freinet au Xe siècle
Les razzias en Provence à partir du massif des Maures
Le concile de Valence de 890 chargé de couronner Louis roi de Provence se préoccupe déjà des ravages commis par les sarrasins, responsable de l'abandon des terres et de la fuite des populations.
Avec leur installation durable au Fraxinet, les raids fréquents lancés sur la basse Provence vont finir par ruiner tout le tissu économique et administratif. Les meurtres et la captivité, la fuite des rescapés vers des cieux plus cléments vont finir par transformer cette région si prospère d'un point de vue agricole en un véritable désert humain. Seuls ne subsistent que quelques villages fortifiés qui tentent de se protéger par leurs propres moyens et qui vivent sur un terroir réduit. L'insécurité anéantit l'ensemble du commerce ; les abbayes sont systématiquement pillées et détruites. C'est durant cette période que se termine la succession des évêques et celle des seigneurs... faute d'ouailles et de revenus des terres !
C'est au début du Xe siècle qu'on les signale sur la Riviera Ligure : Albenga et San Remo sont saccagées.
Après avoir ravagé la basse Provence et à la recherche de nouveaux butins, les multiples bandes sarrasines autonomes vont rapidement étendre leurs zones de pillage à la Haute-Provence et enfin aux cols alpins où ils rançonneront les voyageurs et les pèlerins se rendant à Rome. Certaines bandes se fixeront au niveau de ces passages ; le commerce entre la Provence et l'Italie en sera fortement affecté par cette insécurité constante. Elles iront même piller et occuper le Valais à plusieurs reprises.
Vers 895, la ville d'Apt qui s'était munie de fortification fut pillée par les sarrasins.
En 906, venant du Dauphiné par le col du Montgenèvre après avoir pillé le Dauphiné, les bandes de sarrasins pillent et détruisent l'abbaye bénédictine de Borgo san Dalmazzo (Située actuellement dans la région italienne du Piémont près de Cunéo). L'abbaye entamera un siècle de déclin.
C'est au cours des mêmes raides que, d'après la Chronicon Novalicense, que fut abandonnée l'abbaye bénédictine de la Novalaise par son abbé Donnivertus et ses 500 moines devant la menace sarrasines dans les vallées alpines du Piémont. La bibliothèque composée de plus de 6 000 manuscrits de ce centre culturel carolingiens qui compte parmi les tout premiers d'Europe pourra être emporté dans la fuite. L'abbé et ses moines trouveront refuge à Turin auprès du marquis Adalbert Ier d'Ivrée et finiront par s'installer dans un premier temps dans le monastère de Saint-André-hors-les-murs à Turin. Quant à l'abbaye de la Novalaise, elle sera entièrement détruite par les bandes de sarrasins. Les moines finiront par créer une nouvelle abbaye dans la vallée du Pô à une centaine de kilomètre à l'est de Turin, à Breme. Autour de l'An mille, ils seront de retour sur le site de la Novalaise avec la création d'un simple prieuré.
En 908, s'est au tour des environs d'Aigues-Mortes d'être pillés. En 791, Charlemagne avait fait édifier la tour Matafère au milieu des marécages afin de protéger les pêcheurs et les ouvriers des salins. Elle servait également de vigile de la ville de Nîmes en vis à vis de la Tour Magne en cas d'attaque de sarrasins. L'importante abbaye bénédictine de Psalmodie (attestée en 812 par un acte de donation) était implantée au milieu des marais. En 908, les moines durent fuir les lieux à cause des attaques des sarrasins sur leurs possessions ; ils ne pouvaient plus assurer le débouché par voie fluviale de leur production de poisson et de sel. En 1004, une assemblée de clercs, de moines et des chevaliers décide de la reconstruction de l'abbaye... après 100 ans d'abandon. Saint-Louis construira le port, puis la ville d'Aigues-Mortes en 1240.
Le chroniqueur né à Epernay Flodoard (894 - 966) mentionne consciencieusement dans sa Chronique quelques-unes des agressions commises par les bandes installées vers les cols alpins contre les voyageurs. En 921, de nombreux anglo-saxons se rendant à Rome sont lapidés par des sarrasins dans des défilés alpestres. D'autres massacres ont lieu en 936 et 939. Les sarrasins recommencent l'année suivante : Un convoi de pèlerins anglo-saxons et français ne peut traverser les Alpes à son retour à cause des sarrasins qui occupent le village Saint-Maurice en Valais. Il est probable que ces sarrasins surveillaient le col du Grand-Saint-Bernard qui était avec le col du Mont-Cenis le principal passage des pèlerins. Leurs méfaits sont encore signalés en 951 : Pour passer, il faut payer un tribut.
Dans les années 920, tout le pays du Fraxinet fut méthodiquement pillés à tel point qu'il ne restait plus aucuns chrétiens. Marseille, Aix-en-Provence, Gap et Embrun subirent les assauts des bandes musulmanes.
En 923, ils ne peuvent pas s'emparer de Marseille mais pillent à nouveau l'abbaye de Saint-Victor. L'évêque de Marseille est obligé de quitter la ville de Marseille pour aller se réfugier à Arles.
En 940, Toulon et Fréjus furent prises ; tous les habitants des campagnes environnantes subirent l'esclavage dans les bagnes d'Espagne ou d'Afrique du nord. Le siège de l'évêché de Fréjus devient vacant durant tout le Xe siècle. Le pays de Fréjus ne sera repeuplé qu'à partir des années 970 avec l'arrivée d'un comte italien, Ugo Blavia.
En 939 ou 940, les bandes venues du Fraxinet s'emparent du Grand Saint-Bernard et pénètrent en Suisse par le Valais qu'ils pillent jusqu'à Avenches où ils finiront par s'installer. Ils iront même jusqu'à Neufchâtel ! Toujours en 940, ils ravagent et brûlent le monastère hospice de Bourg-saint-Pierre et occupent le bourg de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune. Ils profiteront de leur présence pour piller les pèlerins.
Présence des musulmans dans le diocèse d'Embrun
La présence pendant plus d'une cinquantaine d'années des musulmans dans le diocèse d'Embrun ne fut pas une exception. Ceux de Gap et de Maurienne furent aussi touchés. L'histoire de cette ville pendant les jours sombres de la présence des sarrasins fut relatée dans un essai de l'abbé A. Sauret fait à partir des actes conciliaires du concile de Valence (Essai historique sur la ville d'Embrun - 1860).
" L'heure des grandes douleurs était arrivée pour nos malheureuses contrées. Les arabes, autrefois écrasés dans les plaines de Tours par la bravoure de Charles Martel, reparaissaient encore plus terribles que jamais dans le midi de la Gaule... Le flot montait de la Provence jusqu'aux Alpes."
Plusieurs localités du diocèse actuel de Gap portent des noms qui montrent que cette colonisation fut durable : Montmaur ; Puy-Maure ; Malmor ; Montmaurin.
"L'Italie, envahie à son tour par les hordes sarrasines, était dans la terreur. Neuf cents moines avaient eu la tête tranchée dans le monastère de Fontaine de Vulturne [Saint-Vincent de Volturne vers Naples] ; en une seule nuit. Toutes sortes d'excès avaient été commises dans Turin. Partout les couvents et les villages étaient dévastés et les églises livrées aux flammes."
Suite à l'insécurité dans les vallées des Alpes provençales, Embrun qui était fortifiée voyait arriver tous les jours de l'année 916 des réfugiés venant du Midi et de l'Est. " L'archevêque Saint-Benoit avait accueilli comme un frère, dans son palais, l'évêque fugitif de Maurienne, Saint-Odilard, et une partie de son peuple".
Les sarrasins venus du massif des Maures ne tarderont pas à mettre à sac la ville d'Embrun en 926 (Saint Odilard ou Edolard était présent au concile de Charlieu en 926).
" Bientôt les barbares arrivent devant la place [d'Embrun]. Elle leur oppose une vigoureuse résistance et ils désespèrent de s'en rendre maître. Mais des hommes sans honneur et sans foi trahissent leur pays et y introduisent, à la faveur des ténèbres, l'ennemi. Les deux prélats sont massacrés ; le palais, les maisons, les églises sont livrées au pillage ; les titres et les archives deviennent la proie des flammes ; le sang coule à grands flots car les barbares égorgent sans pitié tout ce qui se rencontre sous leurs coups sans distinction de sexe ou d'âge."
Un nombre considérable de victimes roulent du haut du roc dans la plaine. Les vaincus sont précipités du haut des tours et des rochers comme le fera, six siècles plus tard, le terrible baron Des Adrets durant les Guerres de religion. "La vieille capitale des Alpes-Maritimes déshonorée, ce jour-là, par la trahisons de quelques-uns de ses enfants conquiert le nom de cité des martyrs"
Maître du pays et retranchés dans des repaires de montagne, les sarrasins descendaient périodiquement dans les vallées pour y enlever les troupeaux, couper les récoltes, enlever les jeunes filles et les enfants pour en faire des esclaves. C'est la triste époque durant laquelle ils rançonnaient les voyageurs franchissant les cols entre la France et l'Italie.
A partir de 924, les sarrasins firent peser un joug moins rigoureux sur la population ayant survécu, occupés à défendre leurs positions dans les Alpes face aux incursions hongroises.
Le diocèse d'Embrun commença à se reconstruire en nommant en 927 un nouvel évêque : Saint-Libéral. Arrivé de Brive comme simple clerc, il apporta secours et réconfort à la population après le sac des sarrasins. Il fut élu au siège d'archevêque en 927. En 930, il dut fuir Embrun à l'occasion d'un nouveau pillage de la cité et finit sa vie comme mendiant dans sa ville natale.
Ses deux successeurs, Boson et Pontius subirent le même sort de l'exil, abandonnant leur ministère.
L'occupation des évêchés d'Embrun et de Gap par les musulmans continua encore une cinquantaine d'années. C'est l'enlèvement en 972 d'une des principales personnalités de cette époque qui va sonner la libération de la Provence.
Tentative de prise du Fraxinet par Hugues d'Arles en 942
En 942, Hugues d'Arles, marquis de Provence et roi d'Italie, après avoir imposé son autorité et restauré l'ordre en Italie, décida de s'attaquer aux méfaits des sarrasins qui à partir de leur réduit du Fraxinet pillent les côtes et l'intérieur de la Provence, allant jusque dans les Alpes. En 934, ils lui avaient fait subir une humiliation en prenant la ville de Gênes qui fut totalement détruite et qui sera abandonnée durant quelques années.
Après des tentatives diplomatiques auprès du califat de Cordoue attestées par des annales musulmanes, Hugues d'Arles mis en place une opération combinée terre-mer. Pour cela, il s'assure du concours de l'empereur de Byzance car les francs n'ont pas de flotte et en Méditerranée occidentale, seuls les navires grecs basés en Sardaigne sont capables d'affronter les escadres musulmanes.
En 942, les Byzantins bloquent par la mer le Fraxinet tandis qu'Hugues d'Arles à la tête d'une armée composée de provençaux et de piémontais pousse les sarrasins dans leurs retranchements.
Malheureusement, cette campagne est interrompue par Hugues lui-même. Apprenant que son rival pour le trône d'Italie, Bérenger d'Ivrée, tente de lui ravir son trône, Hugues d'Arles traite avec les sarrasins et les autorise à occuper certains cols des Alpes en vue de l'aider à lutter contre son rival.
A partir de cette date, les bandes de sarrasins semblent avoir commis moins de ravages en Provence rhodanienne... mais ont reporté leurs méfaits plus au nord, en Dauphiné et en Savoie. Retranchés dans leurs repaires alpins, ils rançonnent les voyageurs et lèvent de lourds tributs sur les autochtones.
Hugues d'Arles finira par perdre son autorité face à Bérenger d'Ivrée tout en conservant le titre de roi d'Italie qu'il cède à son fils en 945.
Tentative diplomatique infructueuse en 953
L'Empereur Otton 1er envoya en 953 un ambassadeur à Cordoue auprès du calife Abd al-Rahman III afin d'obtenir le rappel des bandes musulmanes opérant dans les Alpes sans succès. L'ambassadeur revint avec le secrétaire particulier du calife et savant, Recemund (Connu dans le monde arabe sous le nom de Rabi Ibn Zyad al-Usquf), qui fit office d'ambassadeur entre l'Empire d'Occident et le califat de Cordoue. Sept à huit ambassade se succédèrent jusqu'en 976.
En 976, Otton 1er se préoccupa à nouveau de la situation et des actions à entreprendre contre les sarrasins.
Enlèvement de l'abbé Mayeul de Cluny en 972
Enlèvement de l'abbé Mayeul - Fresque de la chapelle Saint-Mayeul à Pavie (Lombardie)
"L'abbé Mayeul de Cluny, après un long séjour à Rome et en Italie, tout entier consacré à la réforme des monastères, revenait en Bourgogne ; pressé de revoir ses moines qui l'attendaient avec impatience, il n'avait pas hésité à suivre la voie la plus courte, malgré le danger qu'elle pouvait présenter, et, suivit d'une foule de voyageurs venus se mettre sous sa protection, il s'était engagé sur la route du Grand Saint-Bernard. Le voyage avait bien commencé et la caravane descendait sur le versant vaudois des Alpes quand, un peu après Orsières, dans un étroit défilé creusé par la Dranse, elle fut assaillie par une bande de sarrasins qui emmenèrent en captivité Mayeul et ses compagnons. Un des moines qui accompagnaient Mayeul fut envoyé à Cluny porteur d'une lettre dans laquelle l'abbé demandait à ses frères de réunir une somme suffisante pour racheter sa liberté et celles de tous les prisonniers. (Tiré des Voyages de Saint-Mayeul en Italie - Itinéraires et chronologie de Léon Bourdon - 1926)
La rançon parvint aux sarrasins le jour de l'Assomption et l'abbé Mayeul put célébrer dignement cette grande fête. Selon Raoul Glaber, moine et historien du XIe siècle, les sarrasins "lui fixèrent un certain poids d'argent comme le montant de la somme. Il s'agissait de mille livres d'argent qu'ils se partagèrent à raison d'une livre chacun". De nombreux objets de culte et d'orfèvrerie du trésor de l'abbaye de Cluny furent fondus à cette occasion.
On s'accorde à dater du 22 juillet la captivité de Saint Mayeul et le 15 août sa libération. L'année fut longtemps controversée mais l'an 972 fait consensus.
Les bandes de musulmans qui rançonnaient les pèlerins se rendant à Rome au niveau des différents cols des Alpes du sud ne venaient pas de capturer l'abbé d'un simple monastère de Gaule. Outre le fait d'être le chef de l'ordre monastique le plus important d'Occident, L'Ordre de Cluny, l'abbé Mayeul était un personnage de premier rang en Europe.
Il fut très semblablement un des conseillers du roi de France Hugues Capet sans que cela soit formellement attesté. Mayeul eut un rôle diplomatique auprès d'Otton Ier le grand (Qui reconstitua l'Empire romain), puis de son fils Otton II, puis Otton III qui deviendra roi de Germanie en 983. Otton III fut très lié à l'archevêque de Reims Gerbert d'Aurillac, à Mayeul abbé de Cluny et à Hugues Capet.
L'influence de l'abbé Mayeul à la cour ottonienne fut tellement importante que, par deux fois, après la mort du pape Benoît VI en 974 (Décédé de mort violente) et du pape Benoît VII en 981 la cour impériale lui proposa de devenir pape, ce qu'il refusa. Chose exceptionnelle, l'abbé Mayeul fut reconnu saint immédiatement après sa mort le 11 mai 994.
L'annonce de son rapt par les musulmans fit scandale à la cour de France, à la cour impériale et à Rome. Une forte mobilisation des chrétiens vit le jour.
Bataille de Tourtour en 973 & libération de la Provence en 990
La réaction, suite à l'enlèvement de l'abbé Mayeul, ne se fera pas attendre. Le comte de Provence Guillaume 1er lance une guerre de libération contre les sarrasins "Au nom de Mayeul". Il réunit l'Ost provençal avec l'aide de son frère Roubaud auquel vient se joindre des soldats du Bas-Dauphiné et de Nice. Le marquis de Turin apporte son aide.
Les sarrasins sont traqués et sont défaits à la bataille de Tourtour dans le moyen Var actuel (à l'ouest de Draguignan) en 973. Les survivants se retranchent alors dans leur fief du Fraxinet.
Guillaume 1er mettra neuf ans à mobiliser les seigneurs provençaux afin de constituer une armée et chasser méthodiquement les nombreuses bandes autonomes qui continuaient leurs méfaits en Provence et dans les Alpes provençales.
En 983, Guillaume 1er se rend maître du Fraxinet mettant ainsi fin à presque cent ans de colonisation musulmane. Vers 990, les dernières bandes sarrasines autonomes seront enfin décimées sur l'ensemble de la Provence et des cols alpins.
Reconstruction de la Provence
Avec le départ des sarrasins s'achève une page particulièrement troublée de l'histoire de la Provence. Ils ont saccagé un immense territoire qui est resté presque dépeuplé durant presque un siècle. Les villes de Fréjus et de Toulon sont détruites à tel point qu'il n'y a plus d'évêque durant tout le Xe siècle.
Désormais la sécurité est rendue aux campagnes provençales grâce à Guillaume 1er surnommé "Le libérateur" qui s'affirme comme le chef incontesté de la partie méridionale du royaume de Bourgogne. Guillaume prendra le titre de prince de toute la Provence qui devient une principauté indépendante. Il distribuera à ses fidèles les terres en déshérences, celles de ceux qui avaient fait alliance avec les sarrasins et celles conquises sur les sarrasins comme l'atteste de nombreux actes de donation dans la région de Fréjus, de Sisteron ou de Marseille.
La lutte continue... jusqu'en 1830
La Provence n'en aura pas fini avec les sarrasins. Ils vont continuer leurs incursions depuis la mer sur la bande littorale durant encore 250 ans. Toulon sera atteinte à quatre reprises : En 1119, 1146, 1178 et 1197. Durant ces deux dernières attaques Toulon a été totalement détruite, les populations massacrées ou déportées dans les bagnes du "Dar al islam" (Terre d'Islam", la ville laissée déserte. Les musulmans reviendront occuper la ville de Toulon durant l'hiver 1543-1544 à l'invitation de François 1er !
Finalement, les musulmans ayant été expulsés de Corse, Sicile, Sardaigne, du sud de l’Italie et de la partie nord de l’Espagne, les attaques sur les terres françaises cessèrent mais elles continuèrent sur mer par des actions de pirateries qui seront l'occasion de capturer les équipages et les passagers et ainsi alimenter la traite des européens à Alger ou Tunis.
Deux ordres religieux seront créés afin de secourir et racheter les captifs : L'ordre des Trinitaires (ou Mathurins) et l'Ordre de Notre-Dame de la merci (ou Mercédaires). De 1212 à 1785, l'Ordre des Trinitaires rachètera 40 000 captifs.
L'insécurité en Méditerranée sera telle que ce sera une des principales causes à la recherche de nouvelles routes commerciales entre l'Europe et la Chine. Elle conduira à la redécouverte des côtes africaines et d'un nouveau continent !
Ce n’est qu’en 1830 que la France, exaspérée par ces exactions, se décida à frapper le serpent à la tête, et à aller en Algérie détruire définitivement les dernières bases des pirates musulmans d'Alger et de Tunis.
En Europe orientale, l'Empire ottoman encore tout puissant commettra une suite de génocide au cours des différentes guerres de libération des pays colonisés, comme se fut le cas avec la Bulgarie et le massacre de la ville de Stara Zagora en 1877 qui fit 15 000 victimes.