dimanche 25 décembre 2022

La Révolution sans le roi, ou le capitalisme à marche forcée.

Ils racontent la 1ère Guerre Mondiale | Toute l'Histoire

Guerre secrète en Afrique Centrale – Un livre de Patrick Mbeko pour comprendre les conséquences des manœuvres mondialistes dans la région des Grands Lacs

 La géopolitique africaine est un sujet généralement méconnu. Avec Guerre secrète en Afrique Centrale, le lecteur découvrira comment les Etats-Unis et la France se sont affrontés dans la région des Grands Lacs.

L’auteur, Patrick Mbeko, d’origine congolaise, intervient régulièrement au Canada pour analyser les questions géostratégiques et économiques auxquelles le continent africain est confronté.

Dans cet ouvrage, il nous fait partager les rivalités entre la France et les Etats-Unis, « pays alliés » cherchant chacun à occuper un rôle de premier plan dans la région des Grands Lacs qui regorge de ressources naturelles – mines d’or et de diamant mais aussi de coltan et de cassitérite, essentiels aux nouvelles technologies – qui attisent les convoitises.

L’assassinat du président du Burundi Melchior Ndadaye, la diabolisation du président rwandais hutu Habyarimana, le « génocide rwandais », l’implication des puissances occidentales aux côtés du FPR/APR avec pour corollaire l’inefficacité de la MINUAR, les manœuvres américaines pour écarter Mobutu, le rôle d’un Paul Kagamé approuvé par les grands argentiers de ce monde, tout cela est ici minutieusement dépeint pour nous faire comprendre les tragédies commises dans cette région des Grands Lacs.

Patrick Mbeko évoque aussi le rôle d’organisations juives travaillant avec les militants du FPR « à la mémorialisation du « génocide des Tutsis », avec en toile de fond cette comparaison quasi-maladive avec la Shoah« .

L’auteur conclut que « loin d’avoir failli à un prétendu objectif humanitaire, qu’elle n’a jamais eu, l’administration Clinton a au contraire facilité la conquête du Rwanda par le général Kagamé, et partage pleinement avec lui la responsabilité des terribles exactions commises au Rwanda et de celles dont le FPR s’est si férocement couvert au Congo ». 

Guerre secrète en Afrique Centrale, Patrick Mbeko, éditions Kontre Kulture, 14 euros

https://www.medias-presse.info/guerre-secrete-en-afrique-centrale-un-livre-de-patrick-mbeko-pour-comprendre-les-consequences-des-manoeuvres-mondialistes-dans-la-region-des-grands-lacs/41371/

La vie quotidienne des Français sous l'occupation [2/3], avec Bénédicte ...

samedi 24 décembre 2022

Le nouveau Passé-Présent : Désinformation et guerre psychologique

 Guillaume Fiquet reçoit l'historienne Marie-Catherine Villatoux, pour son ouvrage "Guerres secrètes - Renseignement et opérations spéciales de la Grande Guerre à l'Afghanistan". Les guerres secrètes sont depuis toujours une réalité incontournable des luttes armées et constituent l’une des formes les plus subtiles et les plus abouties de l’art militaire. À l’ombre des regards, loin des médias et des observateurs, se déroule de manière permanente une guerre sourde, invisible et pourtant bien réelle. Les hommes qui la mènent servent au sein d’unités hautement spécialisées, rompues aux techniques dites "non conventionnelles" de la guerre, que les forces armées classiques ne peuvent généralement assurer pour des raisons qui tiennent tant à un manque d’instruction ou de disponibilité, qu’au caractère parfois discret, voire même clandestin, attaché à ces missions si particulières. Cet ouvrage est avant tout une invitation à la découverte de ces procédés non orthodoxes et du secret qui les entoure. Il couvre une période allant de la Grande Guerre aux conflits les plus récents – en passant par la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide, les guerres d’Indochine, de Corée, d’Algérie et du Vietnam - à travers une série de récits et de cas emblématiques illustrant toute la gamme des actions spécifiques attachées aux guerres secrètes : renseignement, contre-espionnage, guerre psychologique, désinformation, opérations spéciales et clandestines…


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-desinformation-et-guerre-psychologique

Gustave Flaubert et le Grand Orient de France

 

Voici un livre étonnant à plus d’un titre. D’abord parce que ce livre s’inscrit dans une démarche multimédia. Un DVD l’accompagne, que l’auteur conseille de visionner avant d’entamer la lecture de son livre. Chaque chapitre du livre est également marqué d’un code QR qui renvoie, via un smartphone ou une tablette numérique, vers une nouvelle vidéo.

Le parcours de l’auteur n’est pas non plus banal. Olivier Roney est un prestidigitateur. Il s’est heurté à la franc-maçonnerie dans le cadre professionnel. Il s’est par ailleurs passionné pour Gustave Flaubert. En 2008, il part en Egypte pour réaliser un travail sur le voyage en Orient de Gustave Flaubert. Malgré les difficultés rencontrées à son retour en France, il finit par publier Gustave Flaubert et le Grand Orient de France qui n’est que le premier volume d’une trilogie.

L’ouvrage est remarquablement documenté et décrit bien l’influence maçonnique sur la vie politique française du XIXème siècle mais aussi sur la vie littéraire de l’époque.

Dans le plan franc-maçon de déchristianisation de la France, Rouen est un enjeu important. Lorsqu’en 1874, l’écrivain rouennais Gustave Flaubert présente au théâtre du Vaudeville Le Candidat, pièce assassine pour le monde politico-maçonnique, il se met toutes les loges à dos et celles-ci se liguent pour empêcher que cette pièce connaisse le moindre succès. Pourtant Gustave Flaubert était fils de franc-maçon. Mais aujourd’hui encore, selon Olivier Roney, le Grand Orient de France veille à conserver une certaine censure autour de l’œuvre de Flaubert…

Gustave Flaubert et le Grand Orient de France, Olivier Roney, édité par l’auteur, 202 pages + DVD, 35 euros.

https://www.medias-presse.info/gustave-flaubert-et-le-grand-orient-de-france/41517/

vendredi 23 décembre 2022

Le nouveau Passé-Présent n°342 : La Kriptie, les forces spéciales de Sparte

 Guillaume Fiquet reçoit Jean Bataille, auteur de "Kryptie, les services secrets de Sparte", paru aux éditions Dualpha. Est-ce que les Grecs qui ont tout inventé en matière de philosophie, de mathématiques, de médecine, de navigation, d’architecture avaient aussi une pratique sophistiquée de la fonction secrète ? Sparte, système d’ordre conçu pour "être et durer" créa des formes politiques originales qui lui permirent de combattre impitoyablement tout ce qui pouvait présenter un danger pour l’État. Elle y intégra la fonction secrète par obligation comme un mal nécessaire à la survie de la cité pour au départ combattre la guérilla des Messéniens. Elle l’organisa, la mit en pratique et lui donna un nom, Kryptie.


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-n0342-la-kriptie-les-forces-speciales-de-sparte

LE ROI ARTHUR | Documentaire Toute l'Histoire

L’instrumentarium du Moyen Âge

Publié il y a quelques jours aux éditions de l’Harmattan, L’instrumentarium du Moyen Âge est une étude exceptionnelle des instruments de musique médiévaux.

Plusieurs auteurs se partagent la rédaction de ce livre, chacun abordant un prisme très particulier, tels l’histoire de l’art, la musicologie, la philologie ou encore la reconstitution d’instruments qui ont pratiquement disparu.

La première partie de cette étude est consacrée à la représentation de l’instrumentarium médiéval dans l’art et la littérature. On y apprend comment la résonance musicale doit la forte valorisation de son esthétique au fait qu’elle s’inscrit dans la recherche spirituelle de l’éternité, les instruments médiévaux étant tous concernés par la métaphore religieuse de la résonance.

La deuxième partie de cette étude est dédiée aux analyses organologiques et restitutions du son de ces instruments médiévaux avec notamment une description affinée de l’évolution de l’orgue au Moyen Âge.

La troisième partie de cette étude s’attarde sur les méthodes et travaux de reconstitutions du monde sonore médiéval.

Enfin, la quatrième et dernière partie de ce recueil, confiée à différents luthiers et une archetière, étudie avec minutie la reconstitution des instruments de la Cathédrale de Chartres.

Ce livre vous permettra de tout savoir, ou presque, sur les tabors, naquaires, buisines, escaletes, harpes, vièles, chifonies, psaltérions, guiternes et autres citoles, méconnus voire oubliés de notre temps.

Une iconographie de qualité vient agrémenter la lecture de ce recueil de haut niveau.

L’instrumentarium du Moyen Âge, sous la direction de Welleda Muller, éditions de L’Harmattan, 235 pages, 27,5 euros.

A commander en ligne sur le site de l’éditeur.

https://www.medias-presse.info/linstrumentarium-du-moyen-age/41557/

jeudi 22 décembre 2022

Blanc : histoire d'une couleur, avec Michel Pastoureau

L’épopée des Zouaves Pontificaux : la dernière croisade

 

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Paru pour la première fois en 1913, cet ouvrage de qualité est réédité par les éditions Sainte Philomène avec une mise à jour et augmenté de notes, de cartes et d’illustrations.

Garibaldi est célébré par les naïfs et, surtout, par la franc-maçonnerie comme l’auteur de l’unification italienne. Il convient d’emblée de rappeler que Garibaldi était avant tout un révolutionnaire haineusement anticatholique. D’autre part, le roi Victor-Emmanuel II était lui-même viscéralement anticlérical et voulait mettre la main sur les territoires pontificaux.

En 1860, l’Etat pontifical est assiégé par les révolutionnaires. Le Pape Pie IX confie alors à Mgr Xavier de Mérode, ancien officier belge devenu camérier de Sa Sainteté, de créer une armée et de lui trouver un chef. Ce chef sera le général français de La Moricière. A deux, ils vont lever une armée de volontaires venus principalement de Belgique et de France, mais aussi d’Italie, de Hollande, de Suisse, d’Irlande et d’Autriche.

Défendre Pie IX contre ses ennemis est un devoir sacré pour le chrétien, qui doit tout abandonner pour accourir au secours du trône de saint Pierre. C’est dans cet esprit que des hommes de toutes conditions, de la noblesse au monde ouvrier, vinrent se battre pour le Pape et pour la Chrétienté.

Mgr de Mérode était personnellement très investi dans cette épopée militaire. L’ouvrage rapporte cette remarque de Mgr de Mérode au général de La Moricière : « C’est une singulière occupation pour un prêtre mais nous sommes revenus au temps des croisades, où les légats d’Urbain II et d’Innocent III, revêtus d’une cuirasse, prêchaient la guerre sainte en faisant porter devant eux, au plus fort de la mêlée, la lance et la croix du Sauveur.« 

Les soldats du Pape prirent même à l’église de la Santa Clasa les drapeaux de Lépante.

La première bataille, à Castelfidardo, est hélas un désastre. Seul le Latium reste aux mains du Pape. Mais de nouveaux volontaires affluent. Il en vient même d’Espagne, de Pologne, d’Angleterre et du Canada. Entre 1860 et 1870, 25 nationalités furent représentées dans cette armée pontificale.

Au bout de dix années d’une lutte intrépide, c’est la chute de Rome en septembre 1870, qui donna lieu à des scènes atroces guidées par un antichristianisme barbare.

Ce récit se lit comme un roman d’aventures. Il s’agit pourtant bel et bien de l’héroïque et authentique épopée des Zouaves Pontificaux dans laquelle s’illustrèrent de grands noms dont Athanase de Charrette est resté l’un des plus célèbres.

Cette épopée des Zouaves Pontificaux est surnommée la dernière croisade.

L’épopée des Zouaves Pontificaux, Henry Méhier de Mathuisieulx, éditions Sainte Philomène, 320 pages, 25 euros 

A commander auprès de l’éditeur.

https://www.medias-presse.info/lepopee-des-zouaves-pontificaux-la-derniere-croisade/42316/

mercredi 21 décembre 2022

La bataille de Vienne, 1683 : vaincre ou disparaître. Seconde partie

 

Promotion Roi Arthur

Dès le 14 juillet 1683, le grand vizir attaque et répartit ses troupes dans trois secteurs autour de Vienne. L’aile gauche, au nord-ouest, est aux ordres du vizir Ahmet Pacha. Le centre, à l’ouest et au sud-ouest, est commandé directement par Kara Mustafa. Enfin, l’aile droite, au sud, est placée sous l’autorité du vizir Kara Mehmet Pacha. Le lendemain, comme le veut la tradition, le grand vizir fait sommer la garnison de se rendre, ce que le comte von Starhemberg et les habitants refusent catégoriquement. Commence alors le siège de Vienne avec les premiers bombardements et les premiers travaux de sape.

Le siège de Vienne

Le 12 août, les Ottomans se rendent maîtres de la contrescarpe des fortifications. La pression ottomane contraint davantage la ville qui a déjà subi de lourdes pertes, que ce soit par l’ennemi ou par les maladies. Malgré cet étau qui se resserre, les défenseurs n’envisagent pas de se rendre et continuent à lutter farouchement. Tous se rassemblent derrière la figure modèle du chef européen incarné par le comte von Starhemberg, à la fois sévère, charismatique et paternel.

Le 26 août, les janissaires refusent de poursuivre le combat. En effet, le règlement ottoman interdit l’emploi de ce corps d’infanterie pendant plus de quarante jours consécutifs dans le cadre du siège d’une forteresse. En réalité, ces soldats d’élite musulmans s’appuient sur ce texte pour demander davantage de butins, financiers comme humains, ainsi que des privilèges étendus. Le grand vizir Kara Mustafa n’a d’autre choix que d’accepter le chantage des janissaires pour maintenir sa position et poursuivre la conquête de Vienne. Il leur promet donc la part la plus importante des prises de guerre parmi lesquelles toutes les femmes de la cité.

Au mois de septembre, près de deux mois après le début du siège, les fortifications sont près de tomber. En outre, la garnison est en piteux état : les munitions commencent à manquer, les vivres s’épuisent et la dysenterie fait des ravages. On dénombre environ soixante morts par jour pendant que les assauts, les bombes, les grenades, les boulets, les mines et les contre-mines se succèdent. Des rumeurs courent également sur des traîtres et les quelques cas avérés sont condamnés de manière exemplaire par le commandant de la place d’armes. Cependant, malgré la disparition de plus de 22 000 hommes, la défense tient bon et la population viennoise, pieds nus, équipée d’armes rouillées, de bâtons et de marteaux, vient en renfort des soldats et des miliciens.

Le 8 septembre, Charles V, qui a harcelé les arrières et les flancs de l’ennemi pendant toute la durée du siège, se déplace avec ses troupes à Tulln. Il y fait la jonction avec les forces polonaises commandées par leur roi, Jean III Sobieski. Il forme alors l’armée de secours, forte de 81 000 hommes[1] et appuyée par 400 pièces d’artillerie de tous calibres. Le 11 septembre, il fait installer les bivouacs sur les hauteurs du Kahlenberg, à quelques kilomètres au nord de Vienne. La ville aperçoit alors ses feux et les défenseurs retrouvent enfin l’espoir.

La contre-offensive du Kahlenberg

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1683, l’artillerie de l’armée de secours commence à faire feu sur les positions musulmanes. Au petit matin, Kara Mustafa comprend la manœuvre de Charles V et décide de réarticuler son dispositif pour maintenir le siège et contraindre les Impériaux au repli. Toutefois, la contre-attaque opérée par le duc de Lorraine et le comte de Leslie, sur Nussdorf et Heiligenstadt, aux environs de 5 heures, brise l’aile nord du dispositif adverse qui est forcée de reculer.

La bataille de Vienne, 1683 : vaincre ou disparaître. Seconde partie

En début d’après-midi, Jean III profite de la faiblesse du dispositif ottoman pour ordonner une puissante offensive en direction de Hernals. Pour cela, il est appuyé sur sa gauche par le général Sieniawski et sur sa droite le général Jablonowski, qui font progresser leurs hussards en direction de Gersthof et d’Ottakring. Vers 16 heures, le général Charles-Frédéric de Waldeck, accompagné par le duc de Saxe-Lauenbourg et le duc Jean-Georges de Saxe, lance une charge de cavalerie en direction des faubourgs de Döbling, s’empare de ces positions et fait la jonction avec les troupes de Charles V et du général Sieniawski. Face à la brillante manœuvre impériale, le front ottoman cède de toute part.

La bataille de Vienne, 1683 : vaincre ou disparaître. Seconde partie
Vers 18 heures, malgré leur situation délicate, les troupes du grand vizir opèrent un ultime sursaut et se remettent en ordre de bataille dans leur propre campement. Le roi de Pologne, à la tête de 23 000 cavaliers dont 3 000 hussards ailés polonais, décide alors de lancer la plus grande charge de cavalerie que l’Europe ait connue jusqu’à présent. Le choc est terrible et la poche de résistance ennemie vole en éclats. La lourde cavalerie polonaise, appuyée par le général de Waldeck, finit de disperser les Ottomans qui s’enfuient dans un chaos effroyable, harcelés par le feu de l’artillerie et les lances des hussards.

À 19 heures, alors que la nuit tombe, Louis de Bade et le baron de Mercy pénètrent dans les dernières tranchées ottomanes. Les janissaires tentent d’y mener une ultime action défensive mais ils sont submergés et s’enfuient à leur tour. Au même moment, Charles V atteint les faubourgs de Vienne et, quelques minutes plus tard, il entre dans la ville avec l’empereur Léopold Ier. Malgré des conditions terribles et des pertes effroyables, la garnison a tenu bon. La capitale autrichienne et, à travers elle, l’Europe tout entière sont sauvées.

La poursuite de la campagne

Après un rapide repos, le duc de Lorraine repart au combat le 14 septembre. La fin de l’année 1683 se termine sur des succès considérables et les troupes ottomanes sont obligées de battre en retraite sur tous les fronts. En raison de sa désobéissance, de l’échec de sa campagne et des lourdes pertes qu’il a subies, le grand vizir Kara Mustafa reçoit du sultan l’ordre de se suicider. Il s’exécutera le 25 décembre et sa tête sera apportée à Mehmed IV en personne pour confirmer sa mort.

En 1684, le pape Innocent XI, conscient du péril qu’encourt encore l’Europe face aux velléités ottomanes, décide d’unir les puissances chrétiennes contre l’envahisseur islamique. Il fait alors appel au frère Marc d’Aviano, un moine capucin italien proche de Léopold Ier, et au nonce apostolique de Vienne Buonvisi pour inciter l’empereur à négocier une alliance entre les nations européennes. Finalement, le 5 mars 1684 à Linz, est créée la toute première coalition terrestre en Europe : la Sainte-Ligue ou Societas offensivi et defensivi belli. Celle-ci est formée par le Saint Empire romain germanique, la Pologne, la Lituanie, la sérénissime république de Venise, l’ordre de Malte et la Toscane. Le tsarat de Russie rejoint également cette alliance en 1686.

Cette armée coalisée qui compte près de 40 000 hommes est placée sous le haut commandement de Charles V. Celui-ci peut s’appuyer sur des soldats aguerris et déterminés mais également sur des chefs de très grande valeur. On compte parmi eux le prince-électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, Louis-Guillaume de Bade, le prince Eugène de Savoie, le comte Guido von Starhemberg ou encore le comte Jean Pálffy. Tous vont prendre part à la grande épopée européenne contre l’envahisseur mahométan.

De 1684 à 1696, malgré quelques revers, les victoires se succèdent. Cependant, la situation militaire évolue peu et la Sainte-Ligue n’arrive pas à obtenir de victoire décisive sur l’ennemi. En 1697, l’empereur donne le commandement en chef des armées coalisées au prince Eugène de Savoie. Celui-ci a pour ordre de prendre position dans le sud de la Hongrie, entre le Danube et la Tisza, en vue de s’emparer de Belgrade. Il organise donc le déplacement ses troupes afin de préparer la conquête de la ville. Celle-ci doit ainsi marquer un tournant décisif dans la campagne.

Toutefois, alors qu’il progresse vers le sud, le prince découvre l’armée ottomane en train de marcher vers le nord. Constatant une faiblesse dans le dispositif ottoman, il décide de lancer une attaque d’opportunité à Zenta. Malgré des troupes inférieures en nombre et un terrain globalement défavorable, il obtient enfin une victoire décisive sur l’ennemi. Il exploite cet énorme succès militaire dans la célèbre « marche en Bosnie », une opération de dix-huit jours qui mettra totalement en déroute l’armée ottomane. La réussite de ces opérations va forcer le sultan à faire reculer ses troupes et à négocier la paix.

La paix de Karlowitz

Léopold Ier accepte les négociations de paix à condition que tous les membres de la Sainte-Ligue soient représentés. L’Angleterre et les Pays-Bas envoient alors des plénipotentiaires tandis que la France abroge tous ses accords avec l’Empire ottoman dans le cadre du traité de Ryswick, signé le 20 septembre 1697. Inquiet de son isolement, le sultan va lancer une ultime offensive en mars 1698, qui se solde par un échec face aux troupes du prince Eugène de Savoie.

Finalement, les négociations se précipitent et, après Vienne et Debrecen, c’est finalement Karlowitz (Sremski Karlovci) qui est retenue pour y mener à bien les pourparlers. Ceux-ci se tiendront d’octobre 1698 à janvier 1699 et déboucheront sur la signature du traité de Karlowitz le 26 janvier 1699. La paix qui vient d’être négociée est une grande victoire européenne sur l’Empire ottoman. Ce dernier entre alors dans une phase de déclin tandis que l’Autriche et le Russie de Pierre le Grand émergent en tant que puissances européennes de premier rang. L’Europe semble ainsi sauvée définitivement du péril islamique…

La fin des prétentions ottomanes

Après la perte d’une grande partie de ses territoires, l’Empire ottoman est menacé par la sérénissime république de Venise. En 1714, le sultan met en avant le prétexte de violations des législations turques par les marchands vénitiens pour déclarer la guerre le 9 décembre 1714. Grâce à leur supériorité navale, les Ottomans reconquièrent la province de Morée (Péloponnèse) et attaquent les îles Ioniennes. Le 20 août 1716, les Vénitiens défont les troupes musulmanes à Corfou ce qui leur permet de reprendre l’initiative et de donner un signal fort aux puissances européennes.

Face à ce nouvel affront ottoman, Charles VI, empereur du Saint Empire romain germanique, signe une alliance défensive avec la sérénissime république de Venise le 13 avril 1716 et lance un ultimatum au sultan. Ce dernier, déçu dans ses espoirs de voir l’Autriche rester neutre, rejette les injonctions qui lui sont faites et lance une nouvelle offensive en Europe. À la fin du mois de juillet 1716, une armée de 120 000 hommes, placée sous les ordres du grand vizir Silâhdâr Ali, quitte Belgrade et se dirige vers le nord-ouest pour attaquer la forteresse de Peterwardein.

Eugène de Savoie se voit alors confier une nouvelle fois le commandement des forces autrichiennes et prend la tête d’une armée de 70 000 hommes. Le 5 août 1716, il surprend les Ottomans à Peterwardein. Le combat s’engage rapidement et, peu après le début de la bataille, le grand vizir est mortellement blessé. Privés de commandement et attaqués de toutes parts, les forces musulmanes sont en déroute et s’enfuient. Après cette première rencontre, les forces européennes enchaînent les victoires et reprennent Temesvar le 12 août 1716, Timişoara le 1er octobre 1716 et Belgrade le 18 août 1717. Au même moment, les Vénitiens tentent de reconquérir la Morée. Cependant, leur flotte est battue au cap Matapan en juillet 1717, ce qui rend impossible toute opération visant à reprendre leurs anciennes places fortes en Méditerranée.

À la suite de ces batailles, chrétiens et musulmans acceptent de mener à bien des négociations de paix sous la médiation des ambassadeurs britanniques et hollandais. Un traité est finalement signé entre l’Autriche, la sérénissime république de Venise et l’Empire ottoman, dans la ville serbe de Požarevac (Passarowitz), le 21 juillet 1718. Si les négociations ont permis la redistribution des territoires[2] selon le principe de l’uti possidetis juris[3] et ouvre le marché oriental au Saint Empire romain germanique, la paix de Passarowitz ainsi obtenue marque surtout l’arrêt officiel de l’expansion ottomane en Europe. Cette ultime victoire donne l’espoir aux Européens de ne plus voir déferler les hordes musulmanes sur leur sol.

Ce qu’il faut retenir

En premier lieu, la bataille de Vienne, au même titre que les batailles de Lépante ou de Saint-Gothard, nous rappelle que les Européens sont capables de laisser leurs différends de côté pour s’allier quand leur avenir est en danger. Ils trouvent alors la force de surmonter les difficultés et de se battre côte à côte, au sein d’une coalition, pour préserver leur identité.

La bataille de Vienne montre aussi toute la résilience des peuples d’Europe. Face aux violences, aux massacres, aux viols, aux pillages et à l’esclavage imposés par les Ottomans, ils ont su résister et se battre jusqu’au bout, sans céder au fatalisme ni au désespoir. Cette foi, cette fidélité et cette combativité doivent servir de leçon à nos jeunes générations. Elles sont amenées à combattre dès aujourd’hui, dans des champs matériels ou immatériels, et peuvent puiser leurs forces dans l’exemplarité de leurs anciens. En outre, l’histoire doit les inciter à ne jamais douter de la légitimité et de la nécessité de leur action.

Enfin, cette invasion ordonnée par Mehmed IV au XVIIe siècle doit également nous amener à réfléchir à notre relation avec les musulmans. Depuis l’écriture du Coran par Mahomet, il est dit que l’islam doit imposer sa domination au monde par la conquête de la « Pomme d’or » c’est-à-dire par la conquête du cœur chrétien de l’Europe, symbolisé par des villes comme Vienne en 1683. Aujourd’hui, les communautés musulmanes continuent de se battre plus ou moins consciemment pour atteindre cet objectif[4]. Elles mènent ainsi à bien des actions violentes (attentats, crimes, violences, etc.) et des actions non violentes (communication, prêches, enseignement scolaire, construction d’édifices, grand remplacement, etc.) à travers toute l’Europe.

Ces communautés sont souvent guidées depuis l’étranger, notamment par des organisations terroristes comme les Frères musulmans, l’État islamique et les groupuscules qui leur sont affiliés. Elles sont également soutenues activement par la Turquie. En effet, Recep Tayyip Erdoğan n’a aujourd’hui pas d’autre ambition que de retrouver la grandeur de l’ancien empire musulman, de s’inscrire dans la longue lignée impérialiste des sultans d’autrefois et d’imposer par la force l’islam à l’Europe[5]. Pour cela, il appelle tous les musulmans à assumer leur rôle de soldat de l’islam et s’allie également avec les pires groupes criminels et terroristes salafistes qui soient. Chaque jour, la pression et l’influence de l’empire ottoman moderne se font plus fortes sur l’Europe, largement facilitées par des gouvernements faibles et complaisants avec l’envahisseur mahométan.

Ces quelques réflexions doivent nous amener à replonger au cœur de notre longue mémoire. Elles doivent inciter les peuples européens à s’unir à nouveau, comme par le passé, pour protéger ce qu’ils ont de plus précieux : leur identité et leur civilisation. Aujourd’hui, encore plus qu’hier, un choix déterminant s’impose à eux : il faut vaincre ou disparaître…

Arnault Fermor – Promotion Roi Arthur

Notes

  • [1] Cette armée de secours se compose de 24 000 soldats impériaux, de 21 000 Polonais, de 8 000 Bavarois, de 8 000 hommes de Souabe et de Franconie, de 7 000 hommes de l’électorat de Saxe, de 6 000 Hongrois du palatin Pál Eszterházy et de 7 000 Lituaniens, Cosaques et autres volontaires étrangers.
  • [2] L’Empire ottoman doit céder à la maison d’Autriche le Banat, la Serbie septentrionale (y compris Belgrade), les territoires bosniaques au sud de la Save et l’Olténie valaque. La sérénissime république de Venise, quant à elle, doit céder aux Turcs l’île de Sassos, la Morée, les escales crétoises de Souda et Spinalonga, et de Parga en Épire. Les Vénitiens conservent toutefois les îles Ioniennes et leurs domaines en Dalmatie.
  • [3] Cette locution provient de la phrase : Uti possidetis, ita possideatis, qui signifie : « Vous posséderez ce que vous possédiez déjà. » Il s’agit d’un principe issu du droit romain et que l’on retrouve aujourd’hui en droit international sous le principe de l’intangibilité des frontières. Selon l’uti possidetis juris, les États nouvellement indépendants ou les belligérants d’un conflit conservent leurs possessions pour l’avenir ou à la fin dudit conflit, nonobstant les conditions de traités antérieurs.
  • [4] La conquête de la « Pomme d’or » est un objectif clairement défini aujourd’hui par la doctrine des Frères musulmans. Ce document intitulé « le Projet » était conservé secrètement dans un coffre-fort du groupe islamique, dans une banque en Suisse. Il a été trouvé très récemment lors d’une investigation par des services de renseignements européens. Ce texte doctrinal décline une approche holistique de la conquête de l’Occident par l’islam et décrit les différents moyens à mettre en œuvre aujourd’hui afin d’atteindre cet objectif (attentats, crimes,
  • influence, mariages interraciaux et interreligieux, etc.).
  • [5] En 1998, Recep Tayyip Erdoğan reprenait publiquement les propos du théoricien du nationalisme turc Zia Gokalp (1876-1924) : « Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes, et les croyants nos soldats. » Il donnait ainsi une appréciation claire de ses intentions futures, de sa volonté d’invasion et de la vocation universelle des musulmans à conquérir le territoire sur lequel ils s’installent.

Illustration : Entsatzschlacht von Wien 1683 (détail), Frans Geffels (ca 1683-1694). Source : Wikimedia

https://institut-iliade.com/la-bataille-de-vienne-1683-vaincre-ou-disparaitre-2-2/

Chasseurs de trésors

#127 - David Cayla sur son livre "Déclin et chute du néolibéralisme"

Les Mythes de la Seconde Guerre mondiale

 

Les-mythes-de-la-seconde-guerre-mondiale

Tant de livres sont déjà parus sur la Seconde Guerre mondiale. Tout n’a-t-il pas déjà été dit ou écrit ? L’équipe de spécialistes de ce conflit réunie sous la houlette de Jean Lopez, directeur de la rédaction de Guerres & Histoire, et Olivier Wieviorka, membre de l’Institut universitaire de France, a entrepris l’apparente gageure de prouver le contraire et de tordre le cou à quelques idées reçues concernant cette guerre et ses belligérants.

Vingt-trois mythes, souvent fruits de la propagande, soit de l’Axe, soit des Alliés, passent ainsi à la moulinette. Chaque auteur prend soin de séparer le vrai du faux, loin de tout manichéisme.

Non, les Britanniques n’étaient pas unanimement derrière Churchill avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Winston Churchill fut un temps la bête noire de l’establishment. Il devint Premier ministre par défaut. Au début du conflit, la presse anglaise tira à boulets rouges sur son gouvernement. Ce sont ses talents oratoires qui lui permirent dans un premier temps de gagner la confiance des Anglais. Et malgré son image de vainqueur, Churchill n’a plus le soutien de l’opinion publique lorsque viennent les élections de juillet 1945 qui l’écartent du pouvoir.

Non, les cheminots français n’étaient pas majoritairement engagés dans la Résistance. L’engagement résistant fut essentiellement individuel. Le 27 décembre 1944, un ingénieur de la SNCF, Louis Armand, déclare en préfecture Résistance-Fer présenté à partir de 1947 comme un réseau « action » qui aurait regroupé les cheminots résistants sous le commandement de ce Louis Armand, ce qui fut largement dénoncé par les résistants cheminots eux mêmes mais continua de constituer un mythe entretenu par le film La Bataille du rail.

L’armée italienne était-elle aussi mauvaise qu’on le croit ? Ce stéréotype négatif repose sur un fond de vérité qui s’inscrit dans une série de désastres militaires subis par l’armée italienne depuis 1848. Mais l’armée italienne connut aussi ses heures de gloire et de sacrifice durant cette Seconde Guerre mondiale. Les alpini se sont notamment illustrés lors de la retraite du Don en janvier 1943, se sacrifiant pour permettre l’évacuation du reste du contingent italo-allemand. 

Ce n’est là qu’un bref aperçu de l’intérêt de ce livre et de la variété des sujets qu’il aborde. 

Les Mythes de la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka, éditions Perrin, 441 pages, 21 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

mardi 20 décembre 2022

Le « bruit de la guerre » chez L-F. Céline, dans Voyage au bout de la nu...

Une histoire mondiale du communisme – Thierry Wolton livre une étude magistrale du totalitarisme le plus mortifère du XXème siècle

 

histoire mondiale du communisme

Thierry Wolton était déjà connu pour une vingtaine d’ouvrages, la plupart consacrés à différents aspects du communisme. Avec cette Histoire mondiale du communisme, Thierry Wolton restera comme l’auteur d’une somme magistrale consacrée au totalitarisme le plus mortifère du XXème siècle.

De prime abord, le lecteur sera surpris par l’épaisseur de ces deux « pavés » (le troisième étant annoncé pour 2017). Pourtant, rien n’y est superflu. Chaque élément vient utilement renforcer la connaissance de ce monstre politique qui, partout où il a été expérimenté, s’est révélé tyrannique et sanguinaire.

« D’une main de fer, nous conduirons l’humanité vers le bonheur« , était le slogan des îles Solovki, premier camp de rééducation en Russie bolchévique. Toute l’investigation historique qui nous est livrée par Thierry Wolton démontre que ce communisme, qui a porté les plus folles espérances de certains, s’est partout et toujours imposé et maintenu par cette impitoyable « main de fer« .

Le système communiste s’est appliqué sur un tiers de l’humanité, à travers une trentaine de pays en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Les mécanismes du pouvoir ont systématiquement été les mêmes, malgré les variations idéologiques. L’objection des singularités nationales ou des conjonctures malheureuses pour tenter de relativiser les abominations du communisme ne peut donc être retenue.

« La violence est la sage-femme de la révolution« , écrivit Lénine. Sous sa direction, les premiers bolcheviks, après avoir terrassé le tsarisme, éliminent la paysannerie et organisent la famine comme moyen d’extermination de masse. Puis vint Staline et ce fut l’essor du Goulag.

Le passage consacré à la « Vendée soviétique » et à la liquidation des cosaques mérite une attention particulière, tout comme le chapitre traitant du sort réservé aux pays tombant dans l’escarcelle de l’URSS après Yalta ou encore la partie abordant la terreur khmère rouge.

Thierry Wolton ne se limite pas à énumérer l’histoire criminelle du communisme, il démonte aussi la pensée communiste, dès Marx qui s’inspire de la théorie de l’évolution de Darwin pour prétendre expliquer scientifiquement l’évolution des sociétés humaines. Avec Marx, le communisme se veut aussi l’avènement de la divinité de l’homme – marquée par la foi dans la science et le progrès – succédant à celle de Dieu. Les théories de Marx parachèvent ainsi le processus engagé par la Révolution française. Ensuite, dans l’esprit de Lénine et de ses successeurs, le christianisme est non seulement un ennemi idéologique mais aussi le principal obstacle à abattre. En URSS, entre 1917 et 1980, 200.000 membres du clergé ont été exécutés et 500.000 autres emprisonnés ou déportés. Dans d’autres pays, le Kremlin fait le choix de contrôler le clergé plutôt que de le réprimer. Ainsi, en Hongrie, en 1956, les communistes estimaient contrôler 40 % des postes clés au sein de l’Eglise catholique.

De même, l’auteur analyse remarquablement la logique de fabrique des ennemis qu’entretient le communisme, avec la criminalisation des élites, la « prophylaxie des purges » et l’impérieuse lutte des classes.

Le travail réalisé par Thierry Wolton est colossal et méthodique. Il offre une vision à la fois globale et détaillée du communisme. Rien n’échappe à son enquête. L’eugénisme, les expériences sur les prisonniers et les trafics d’organes, l’arme psychiatrique, l’anéantissement de l’intelligence, le modèle d’Etat policier, les privilèges des chefs et de leur nomenklatura,…, tout est passé au crible.

Avec, en conclusion, la conquête du samizdat et les voix de la dissidence.

Il faut encore ajouter que la qualité d’écriture de cette histoire mondiale du communisme fait qu’une fois plongé dans sa lecture, vous aurez du mal à vous interrompre.

Une histoire mondiale du communisme, tome 1 : Les Bourreaux (1128 pages), tome 2 : Les Victimes (1132 pages), Thierry Wolton, Grasset, prix de lancement jusqu’au 31 janvier 2016 : 33 euros le volume

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/une-histoire-mondiale-du-communisme-thierry-wolton-livre-une-etude-magistrale-du-totalitarisme-le-plus-mortifere-du-xxeme-siecle/42539/

lundi 19 décembre 2022

Qu'est-ce que l'Anthropocène ? (Partie 2/2) - Point de Vocabulaire #002

Gustave Le Bon et la fabrique sociologique du gauchiste culturel, par Nicolas Bonnal

 

Comme toujours dans notre pauvre mais invincible et indépassable occident, la cause est ancienne. On pourrait citer Aristophane sans rire et c’est ce que fait Cochin pour expliquer la France philosophe de la Révolution et de la Terreur (voyez mes textes).

Venons-en à l’indispensable Gustave Le Bon qui explique très bien, vers 1890, la fabrication moderne du mécontentement industriel, que l’on retrouve à l’œuvre avec les antisystèmes non pas de pacotille mais de cyber-cafés.

La foule se moque du message. Une idée simple et seule la guide selon Le Bon : la conspiration patronale. La solution est toujours miraculeuse :

Le mythe de la conspiration patronale selon Le Bon

« C’est ainsi par exemple que la théorie essentielle du socialisme d’il y a quarante ans, d’après laquelle les capitaux et les terres devaient se concentrer dans un nombre de mains toujours plus restreint, a été absolument démentie par les statistiques de divers pays. Au point de vue de l’extension du socialisme, ces discussions de théoriciens sont d’ailleurs sans aucune importance. Les foules ne les entendent pas. Ce qu’elles retiennent du socialisme, c’est uniquement cette idée fondamentale que l’ouvrier est la victime de quelques exploiteurs, par suite d’une mauvaise organisation sociale et qu’il suffirait de quelques bons décrets, imposés révolutionnairement, pour changer cette organisation. »

Le Bon se rend célèbre alors en dénonçant non pas les mécontents, les antisystèmes ou les indignés, mais les inadaptés. Fruit du progrès et de l’instruction, du mécanisme et du farniente moderne, ils sont légion, comme dit l’Evangile :

Les inadaptés créés par le système éducatif

« Les inadaptés : leur nombre immense, leur présence dans toutes les couches de nos sociétés, les rendent plus dangereux pour elles que ne furent les Barbares pour l’Empire Romain.

Rome sut se défendre pendant longtemps contre les envahisseurs du dehors. Les Barbares modernes sont dans nos murs, indigènes ou immigrés. S’ils n’ont pas incendié Paris complètement à l’époque de la Commune, c’est Uniquement parce que les moyens d’exécution leur firent défaut. »

Les plus dangereux des mécontents sont ceux que Le Bon nomme les dégénérés fabriqués par le système. Cela se rapproche de notre époque :

 « A la foule des inadaptés créés par la concurrence et par la dégénérescence, s’ajoutent chez les peuples latins les dégénérés produits par incapacité artificielle. Ces inadaptés sont fabriqués à grands frais par nos collèges et nos universités. La légion des bacheliers, licenciés, instituteurs et professeurs sans emploi constituera peut-être un jour un des plus sérieux dangers contre lesquels les sociétés auront à se défendre. La formation de cette classe d’inadaptés est toute moderne. Son origine est psychologique. Elle est la conséquence des idées actuelles. »

Oui, mais n’oublions pas le principal : l’idéologie n’est que la regrettable conséquence d’une sociologie folle productrice d’inadaptés. 

Une sociologie folle productrice d’inadaptés

Gustave Le Bon encore :

« Notre éducation théorique à coups de manuels, ne préparant absolument à rien qu’aux fonctions publiques, et rendant les jeunes gens totalement inaptes à toute autre carrière, ils sont bien obligés, pour vivre, de se ruer furieusement vers les emplois salariés par l’Etat. Mais comme le nombre des candidats est immense et le nombre des places minime, la très grande majorité est éliminée et se trouve sans aucun moyen d’existence, par conséquent déclassée et naturellement révoltée. »

Le Bon évoque le préjugé anti-manuel des peuples latins, passés directement du féodalisme au socialisme :

« Ils ne le font pas (et ceci est la seconde raison), à cause du préjugé indéracinable contre le travail manuel, l’industrie et l’agriculture, qui existe chez les peuples latins, et n’existe d’ailleurs que chez eux ».

Sur le préjugé féodal et anti-artisanal :

« Les peuples latins possèdent en effet, malgré de trompeuses apparences, un tempérament si peu démocratique que le travail manuel, fort estimé dans l’aristocratique Angleterre, est jugé par eux comme humiliant ou même déshonorant… »

Préjugés anti-industriels des peuples latins

Toutes ces bonnes études ne servent évidemment à rien, sinon à se révolter :

« Après de longues et· coûteuses études, les diplômés sont bien obligés de reconnaître qu’ils n’ont acquis aucune élévation de l’intelligence, ne ‘sont guère sortis de leur caste, et que leur existence est à recommencer.

Devant le temps perdu, devant leurs facultés émoussées pour tout travail utile, devant la perspective de l’humiliante pauvreté qui les attend, comment ne deviendront-ils pas des révoltés ? »

Est-ce qu’un homme de Davos est capable de se nourrir lui-même

Après Le Bon prépare l’antienne de nos amis libertariens, déjà pronostiquée par Lao Tse il y a vingt-cinq siècles : l’assistance produit la dépendance.

« Jusqu’ici la charité publique ou privée n’ont fait qu’accroître considérablement la foule des inadaptés. Dès qu’un bureau d’Assistance Publique fonctionne quelque part, le nombre· des pauvres s’accroît dans d’immenses proportions. Je connais un petit village aux portes de Paris ou près de la moitié de la population est inscrite au bureau de bienfaisance.

Les recherches faites sur ce sujet ont prouvé que 95% des pauvres secourus en France sont des individus qui refusent toute espèce de travail. »

Et de nouveau philosophe, Le Bon achève (penser à notre texte sur Maupassant et les extrémistes politique de son temps):

« De nouveau désabusé, l’homme reprendra une fois encore l’éternel labeur de se créer des chimères capables de charmer son âme pendant quelque temps. »

Je rappelle que chez les termites une bonne partie de ces insectes sont incapables de se nourrir eux-mêmes ; et que lorsqu’on veut s’en débarrasser, on cesse de les nourrir. 

Question subsidiaire : est-ce qu’un homme de Davos est capable de se nourrir lui-même ?

Sources :

Gustave Le Bon – Psychologie du socialisme (archive.org)

Nicolas Bonnal –  La culture comme arme de destruction massive ; le choc Macron (Amazon.com)

Leftists Aren’t Capable Of Surviving Economic Collapse – Here’s Why | ZeroHedge

https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/12/19/gustave-le-bon-et-la-fabrique-sociologique-du-gauchiste-culturel-par-nicolas-bonnal/

L’art militaire de Napoléon (Jacques Garnier)

 Jacques Garnier est spécialiste d’histoire militaire et de la période napoléonienne. Il  a déjà beaucoup écrit sur les guerres et les batailles du Premier Empire. Il innove en proposant une « biographie stratégique » de Napoléon Bonaparte.

La guerre est une science, voire un art. Napoléon reste indiscutablement parmi les chefs de guerre les plus étudiés et les plus admirés de tous les temps. Avec L’art militaire de Napoléon, Jacques Garnier s’attache à nous expliquer ce qui fit de Napoléon un chef de guerre exceptionnel.

Napoléon a su briller au niveau politique, dans la détermination de la guerre dans son acceptation clausewitzienne, au niveau stratégique, dans la direction des mouvements des armées, et au niveau tactique, dans la conduite de la bataille.

L’auteur retrace l’évolution et les caractéristiques de la science militaire de Napoléon à travers l’examen de ses principales campagnes et batailles. Dès la campagne d’Italie, tous les principes de la stratégie napoléonienne sont déjà présents : attaque sur position centrale, débordement de l’armée ennemie pour couper ses lignes de communications, attaque de flanc…

César, Turenne et Frédéric II sont des modèles pour Napoléon, au point qu’il écrira à Sainte-Hélène des précis de leurs guerres assortis d’observations. Mais cela ne suffit pas à expliquer la doctrine de guerre de Napoléon et son habileté tactique. La « Grande Armée » de Napoléon, considérée par beaucoup, à l’époque, comme la meilleure armée du monde, était très entrainée et vouait un véritable culte à son chef qui savait se montrer proche de ses soldats. Mais c’est la capacité d’innovation de Napoléon qui retient l’attention. Napoléon est le premier à avoir un projet offensif global conjuguant recherche de cartes, reconnaissance du terrain et action politico-diplomatique. Et Jacques Garnier rappelle que si Napoléon peut parfois compter sur la chance, celle-ci se mérite.

Jacques Garnier examine toute la finesse stratégique et tactique de Napoléon à Austerlitz. Il montre aussi que la campagne de Russie était condamnée par l’impossibilité logistique d’une guerre continentale hors des moyens de l’époque. Victoires et défaites, jusqu’à l’ultime et fatidique Waterloo, sont ainsi passées en revue sous l’angle de cette science militaire maniée le plus souvent avec audace et dextérité ainsi qu’inventivité par un Napoléon entré dans la légende.

L’art militaire de Napoléon, Jacques Garnier, éditions Perrin, 349 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/lart-militaire-de-napoleon-jacques-garnier/42734/

samedi 17 décembre 2022

Le comte de Chambord face à l’idéologie de la République

 

Le comte de Chambord face à l’idéologie de la République

Les éditions Via Romana viennent de publier les actes des colloques tenus à l’occasion du bicentenaire de la naissance du Comte de Chambord (1820-2020). Personnalité emblématique d’un XIXe siècle tourmenté, le comte de Chambord, « Enfant du miracle », n’a jamais régné mais son magistère intellectuel demeure bien réel et son combat social toujours d’actualité. Il fut un repère moral pour ses partisans, autant que pour ses adversaires républicains et orléanistes, se heurtant sans cesse au principe qu’il s’efforça d’incarner : « Ma personne n’est rien ; mon principe est tout ». Et s’il est vrai que l’essence doit s’actualiser dans l’existence, le prince de Bourbon parvint à maintenir la royauté traditionnelle présente à l’esprit de tous, en particulier parmi les couches populaires, renouant ainsi avec la vieille alliance de la royauté et du tiers-état, du trône et du peuple.

« Sachons reconnaître que l’abandon des principes est la vraie cause de nos désastres. Une nation chrétienne ne peut impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de ses traditions, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes et de son enseignement public. Dans ces conditions, elle ne fera jamais qu’une halte dans le désordre, elle oscillera perpétuellement entre le césarisme et l’anarchie, ces deux formes également honteuses des décadences païennes. » Déclaration du 7 mai 1871

Seize auteurs présentent le fruit de leurs travaux dont plusieurs inédits menés autour de la personnalité, de la pensée et de l’action du Prince. Entre le bicentenaire de sa naissance (29 septembre 1820) et le 140e anniversaire de sa mort (24 août 1883), ce livre qui puise aux sources les plus récentes de la recherche fixe pour plusieurs décennies une étape décisive dans l’historiographie du comte de Chambord.

Philippe Montillet, juriste et historien, administrateur de l’Institut de la Maison de Bourbon, et Benoît Courtin, diplômé de Sciences Po, président de l’association culturelle bretonne Cercle Jean-Pierre Calloc’h, ont dirigé ces riches contributions de Mgr Louis de Bourbon, duc d’Anjou ;  Michel David ; Patrick Guibal ; Antonin Macé de Lépinay ; Korantin Denis ; Jean-Paul Clément ; Rémy Hême de Lacotte ; Père Augustin Pic ; Philippe Pichot-Bravard ; Franck Bouscau ; Mathias Martin ; Patrick Delon ; Benoît d’Audiffret ; Yves Tillard ; Marie-Pauline Deswarte ; Guillaume Bernard .

Philippe Pichot-Bravard montre notamment que les réactions engendrées par la publication du Syllabus le 8 décembre 1864 par le pape Pie IX mirent en lumière l’affaiblissement de la catholicité, révélant la soumission de la grande majorité de l’épiscopat concordataire  à l’égard du pouvoir politique, et trahissaient  la conversion d’une large partie des élites catholiques aux principes de la modernité philosophique :

Ce sont ceux qui n’ont pas reçu le Syllabus en 1865 qui ont, entre 1871 et 1873, empêché la restauration d’Henri V. Les catholiques libéraux, tant du côté orléaniste que du côté légitimiste, ont voulu se prémunir contre la restauration d’un roi du Syllabus, d’un roi traditionnel, en lui imposant comme condition de sa reconnaissance par eux de l’acceptation, par lui, de ce que l’on appelait alors les “principes de 89”, expression aussi vague et mouvante que l’est aujourd’hui la notions de “valeurs de la République”. […]

Le prince n’a jamais eu l’intention d’imposer sa volonté au peuple français, de le contraindre à la légitimité en usant de moyens contraires à l’esprit de la légitimité. La Contre-révolution n’est pas une révolution blanche mais le contraire de la Révolution.  Elle ne peut pas s’opérer avec les moyens de la Révolution que sont la révolte, le mensonge, le coup d’Etat et le crime. Elle exige de s’opérer avec les moyens qu’enseigne la morale chrétienne. A l’instar du Christ qui offre son amour aux hommes mais se refuse à les contraindre à l’aimer, parce que cette contrainte annihilerait cet amour qui exige un engagement libre, le comte de Chambord offrait aux Français de se rallier à lui, refusant non seulement le marchandage, mais aussi la contrainte, parce que la restauration de la royauté traditionnelle devait reposer sur l’amitié entre le prince et son peuple, engagement réciproque qui exige la liberté. Cet antilibéral qu’était le comte de Chambord était bien plus respectueux de la liberté d’autrui que ne l’étaient les libéraux.

Dans sa contribution, Marie-Pauline Deswarte souligne le caractère irrécupérable de la République issue de la Révolution :

Pour contrer la République idéologique beaucoup croient à une République modérée conservatrice de l’ordre social : c’est le cas de Thiers. Voyant la faiblesse originelle d’une République sombrant dans l’anarchie, il pense corriger ce défaut en accroissant les pouvoirs du Président de la République ; pour lui, la monarchie orléaniste serait en fait une République orléaniste. La gauche évolue ainsi. Le comte de Chambord a compris le danger. Le 6 octobre 1873 il écrit : “En France Thiers se met décidément à la tête de toutes les gauches contre la monarchie”. Il comprend que la République est une idéologie, celle des droits de l’homme axée sur l’individualisme, qui a rejeté l’homme social.

La déroute actuelle de nos partis de droite témoigne de la pertinence de cette analyse qui n’a pas prise un ride. Depuis le début de la Vème République qui voulait restaurer l’ordre social en donnant un pouvoir effectif au Président de la République, leur conservatisme n’a jamais su s’opposer efficacement à la Révolution triomphante […].

https://www.lesalonbeige.fr/le-comte-de-chambord-face-a-lideologie-de-la-republique/

Qu'est-ce que l'Anthropocène ? (Partie 1/2) - Point de Vocabulaire #002

Stalinisme, trotskysme et successeurs

 

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Les dissensions actuelles au sein des partis d'extrême gauche ne manquent pas de réjouir. De la nouvelle direction de LFI ont été écartés des poids lourds; jusqu'ici incontournables tels qu'Alexis Corbière, François Ruffin, Clémentine Autain, Eric Coquerel ou Raquel Garrido. Entre Mélenchon, Quatennens ou Bompard, et leurs petits camarades mais aussi, en plus petit, au sein du NPA, en voie d'éclatement on est souvent tenté de penser "que le meilleur perde".

On en arrive même à leur préférer les vieux "stals" du PCF, à imaginer, ou faire semblant de croire, qu'un Fabien Roussel manifesterait plus de bon sens populaire, que ces résidus du gauchisme.

Leurs déchirements illustrent en première analyse le patchwork des publics qu'ils prétendent assembler. Leur jargon baptise cela intersectionnalité. Leur salmigondis prétend additionner pèle mêle, et unir dans un même combat, tous ceux, et, bien sûr toutes celles, qui s'emploient à dénoncer le racisme, l'oppression des femmes, et ce qu'ils appellent "homophobie""transphobie", mais aussi "islamophobie". La contradiction, pourtant éclatante, se trouva démontrée par exemple lorsque, le 2 octobre, Sandrine Rousseau fut huée lors d'une manifestation en soutien aux femmes iraniennes(1)⇓

Si elles continuent de polariser les lubies, les vieilles querelles entre staliniens et trotskistes méritent à cet égard d'être relativisées. Malgré la disproportion de leurs descendances respectives, en effet, seuls les disciples du fondateur de l'Armée rouge se disputent son héritage. Les émules, pourtant infiniment plus nombreux, du petit Père des Peuples, coryphée des Sciences et des Arts, l'homme d'Acier Joseph Djougachvili, demeurent plus discrets quant à leur filiation. Ils la revendiquent rarement. Si Thorez n'hésitait pas à se dire lui-même "premier stalinien de France", il ne fut, pourtant, certainement pas le dernier.

Mais à la vérité il n'existe guère de différence véritable entre la ligne de Staline et celle de Trotski, son malheureux rival exclu du parti en 1927, assassiné en 1939, sinon quant au tempo : le premier entendait, d'abord, consolider son pouvoir dans l'aire géographique qu'il contrôlait, le second prétendait embraser rapidement le reste du monde.

Ainsi la plus fondamentale erreur occidentale a consisté, par conséquent, à croire que le dictateur qui gouverna l'URSS, sans partage de 1931 à 1953, après avoir éliminé tous ses rivaux entre 1922 et 1930, eût ambitionné uniquement ce qu'il appelait l'instauration du "socialisme" dans "un seul pays".

En vertu de quoi le partage entériné en février 1945, lors la conférence de Yalta, avalisé d'avance dans le cadre de cette "belle et bonne alliance" franco-soviétique, proclamée par De Gaulle, le 2 décembre 1944 à Moscou, devenait une bonne nouvelle.

Peu importait alors, aux yeux des "globalistes" de l'époque, qu'une dizaine de pays d'Europe centrale et orientale fussent satellisés et opprimés par leur "libérateur" de l'est. Pendant presqu'un demi-siècle, on fit donc l'impasse sur leurs tentatives d'émancipations nationales, comme à Budapest en 1956, mais aussi à Berlin-Est en 1953, à Varsovie, en Tchécoslovaquie en 1968 etc.

Toute l'Histoire de ces régimes soit être revue en corrigeant la vision fausse d'un communisme réduit à son seul pré carré et s'en contentant. De 1945 À 1991, la guerre froide vit se multiplier en effet les petits monstres, de l'Afghanistan au Zimbabwe, en passant par Cuba et le Vietnam.

La création du Komintern, rapidement incorporé au pouvoir soviétique, puis sa reconstitution après-guerre sous le nom de Kominform, témoignent au contraire du caractère mondial du système et de ses objectifs de conquête.

A partir du XVe Congrès du parti en décembre 1927 et de la liquidation de la NEP actée en 1929, le stalinisme a mis effectivement en place une économie planifiée, dont le caractère industriel séduisait même une partie des Occidentaux dans le contexte de la crise mondiale.

Mais, concrètement, que signifiaient donc, que visaient, que produisirent ces plans quinquennaux – dont le premier "piatiletka" fonctionna jusqu'en 1933, la XIIIe édition s'achevant en 1991 ? Sous couvert d'un priorité générale à l'industrie lourde, et sous l'apparence d'une transformation modernisant le pays, il en résulta surtout une énorme production d'armement, d'aviation militaire et de blindés, l'ensemble étant géré, de façon impérative, par une gigantesque bureaucratie. Outre la transformation d'églises en garages et la collectivisation radicale des terres, la chasse aux koulaks se traduisant aussi par une famine dans les régions céréalières, et particulièrement en Ukraine, le régime ne visait pas le bien-être des populations mais la puissance illimitée de l'État.

Sur le plan militaire, la priorité tendait à doter l'Armée rouge de chars d'assaut en grande quantité, d'une artillerie efficace et d'une aviation de combat. Un colossal complexe militaro-industriel soviétique se développa, en commençant par les combinats sidérurgiques situés dans les bassins houillers. D'emblée on prévoyait une hausse de 110 % de la production. De 1928 à 1940, le nombre d'ouvriers dans l'industrie, la construction et les transports passa de 4,6 millions à 12,6 millions. L'URSS devint ainsi une nation apparemment "industrielle" de premier plan.

À la même époque, étaient lancées les premières purges massives y compris contre des fonctionnaires du régime communiste et de l'appareil politico-économique du Gosplan.

Sur cette base l'URSS stalinienne préparait donc clairement la guerre. Celle-ci était conçue comme la revanche sur la défaite qu'avait connue la révolution bolchévique en Europe orientale en août 1920. Vaincue à Varsovie, à Berlin, à Budapest, la puissance rouge internationale allait, se tournant vers l'est, réinventer et réinvestir une révolte des peuples de l'orient. Tel fut le sens du congrès de Bakou de 1920, monté de toutes pièces en septembre par le Caucasien Staline, alors Commissaire du peuple aux nationalités.

Il est remarquer qu'alors, depuis 1919, de forts mouvements anticoloniaux avaient commencé à se manifester en Inde, en Egypte, en Chine : ce n'étaient cependant pas ceux-ci que mettaient en scène les tréteaux du Komintern animés par Zinoviev, mais une foule de bachi-bouzouks hurlants. C'étaient déjà des révolutionnaires islamiques. Il s'agissait alors, prioritairement, de remettre en cause la puissance des Empires occidentaux principalement français et britanniques, et de réviser les traités imposés par les vainqueurs de 1918. Peu importait que les opposants fussent les représentants de l'obscurantisme. Il importait encore moins que cette opposition se mêle à la résilience des puissances vaincues.

La focalisation sur l'ouest du monde continue de fausser le regard des historiens, alors même que, dès les années 1920, la guerre soviétique se préparait sur deux fronts : l'enjeu chinois, la canalisation de la puissance japonaise éclairent puissamment la stratégie stalinienne des années 1930. Le pacte germano-soviétique de 1939, rompu par Hitler en 1941, se complétait par un accord analogue avec Tokyo, que Moscou ne dénonça qu'en 1945.

Dès cette année, dans le contexte d'une victoire, à laquelle Tchang Kaï-shek était théoriquement associé et qui, sur le papier, tendait à instaurer une "Golden Peace" sur 5 zones d'influences, on allait voir, au contraire se préparer la conquête de Pékin par Mao Tsé-toung qui se traduirait, en 1949, par l'élargissement de l'une des zones, aboutissant à un partage non pas entre cinq zones pacifiques mais en deux blocs antagonistes : l'Est et l'Ouest de la guerre froide.

C'est cela que la déclaration d'amitié sans limites entre Xi Jinping et Vladimir Poutine ce 4 février 2022 tendait à réactiver.

Et pour mieux en comprendre le bénéficiaire, plutôt que de chercher la vérité dans Marx et Engels, conseillons à nos commentateurs agréés de relire la fable de La Fontaine "Le Singe et le Chat". Ils sauraient alors ce que veut vraiment dire "tirer les marrons du feu".

JG Malliarakis  

Apostilles

1 cf. article de Claire Conruyt in Le Figarodu 3 octobre 2022.

https://www.insolent.fr/2022/12/stalinisme-trotskysme-et-successeurs.html