vendredi 27 mai 2022

Henry Kissinger, le diplomate du siècle

  

Les lectures de Scipion de Salm

Henry Kissinger, né juif allemand en 1923 - d’où un accent prononcé obstiné -, a été le célèbre conseiller principal pour les affaires étrangères, puis ministre, du président états-unien Nixon (1969-1974). Il a été une vedette médiatique à son époque, chose très rare dans sa fonction ; ses prédécesseurs et successeurs immédiats ont été tous oubliés.

L’auteur est un diplomate français, qui a rencontré le personnage, et l’admire. Le livre, certes intéressant, donne quand même beaucoup dans l’hagiographie, pas toujours inspirée ou justifiée. Il n’en reste pas moins que Kissinger, universitaire brillant, a marqué son époque, et a essayé, avec courage, en dépit de quelques contradictions, de promouvoir une école réaliste pour les affaires étrangères. Rien n’est plus dangereux pour la stabilité du monde, la paix, que les croisades idéologiques. Sur ce point, il a eu parfaitement raison.

Dans ses fonctions, Kissinger a négocié, peut-être au mieux dans des circonstances difficiles, le retrait états-unien du Viêt-Nam, et le rapprochement avec la Chine continentale communiste, manœuvre réaliste par excellence.

Henri Kissinger, Gérard Araud, Tallandier, 2021, 330 pages, 20,90€

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2022/05/26/henry-kissinger-le-diplomate-du-siecle-6383874.html

L’Etat Islamique ne fait pas pire que la Révolution française

 

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Certains ont du mal à croire à la collusion entre les régimes maçonniques d’occident et l’Etat Islamique financé par ses alliés saoudien et qatari. Les parangons de vertus se drapent dans leurs « principes républicains » pour abattre Assad et soit-disant combattre l’Etat Islamique dont ils soutiennent leurs frères jumeaux que sont Al-Nosra ou Al-Qaida, les ex-terroristes du 11 septembre, devenu pour l’occasion des modérés…

Mais il suffit de faire un peu d’histoire pour comprendre pourquoi les horreurs perpétrées par Daesh n’effraient pas outre mesure la République maçonnique. Quand même, me dira-t-on l’air outré, vous oubliez les gens brûlés vivants ou noyés dans des cages de fer en public ? Vous oubliez les tueries de masse et les égorgements mis en scène comme à Palmyre ?

Certes non, mais comme nous allons le voir, la République Française n’a pas fait moins pire, et a même sans doute dépassé en horreur l’Etat Islamique comme le rappelle Reynald Secher, docteur ès lettres, écrivain, scénariste, et auteur du concept de mémoricide, quatrième crime de génocide :

La France aime donner des leçons au monde notamment dans le domaine des droits de l’homme, au titre qu’elle en serait à l’origine. Elle oublie de dire qu’en même temps, elle est aussi l’actrice du premier génocide idéologique en Vendée commis au nom de ces mêmes droits.

Dans ce cadre, il s’agissait de créer l’homme nouveau, ce qui passait obligatoirement par la disparition de l’homme ancien qui devait accepter d’être régénéré ou de disparaître. C’est à ce titre que la Révolution a éliminé la famille royale, une bonne partie du clergé, de la noblesse et, entre autres, des habitants de la Vendée militaire.

À l’heure actuelle, grâce à la découverte de documents originaux signés de la main même des auteurs de ces crimes, c’est-à-dire les membres du Comité de salut public et notamment Robespierre, Carnot, Barrère, etc. Nous avons reconstitué à la fois la pensée, les méthodes utilisées, les moyens déployés afin de mener à terme cette folie.

Ce crime est légal car conçu et mis en œuvre directement par le pouvoir exécutif et voté par la chambre des députés. Il se décompose en trois grandes étapes : du 1er août 1793 au 21 janvier 1794 avec l’utilisation de l’armée « masse » ; du 21 janvier au 13 mai 1794 avec le recours des colonnes infernales mobiles ; du 13 mai à la chute de Robespierre avec de nouveau l’utilisation de l’armée « masse ».

Mais éliminer une population conséquente évaluée à 815 000 habitants n’est pas chose aisée surtout, comme le déplorent les politiques, celle-ci refuse de se laisser massacrer, et pire, se défend. Tout dans ce crime de masse a été essayé, y compris l’horreur absolue comme l’utilisation de gaz, de fours… On y retrouve l’indicible comme les tanneries de peaux humaines, la fonte des corps pour la graisse…

Crime politique, crime honteux, crime inavouable, politiques comme historiens officiels, au nom de l’unité nationale, de l’idéologie et de la politique ont tout fait non seulement pour le masquer mais aussi pour inverser les causes et les conséquences faisant en sorte, qu’avec le temps, les bourreaux sont devenus les victimes et les victimes les bourreaux.

Alors de la Révolution française d’inspiration maçonnique à l’Etat Islamique…il y a des degrés où l’horreur n’a plus de classification…

https://www.medias-presse.info/letat-islamique-ne-fait-pas-pire-que-la-revolution-francaise/63531/

Être entrepreneur au Moyen Âge : l'histoire d'un cordier d'Avignon

jeudi 26 mai 2022

La chute de Babylone (539 av. J. C.)

Regards nouveaux sur Nietzsche 3/5

  

Dans la sphère de l'actuel renouveau nietzschéen en Allemagne Fédérale, Friedrich Kaulbach rejoint quelque peu l'école française (deleuzienne) contemporaine en disant que Nietzsche est un philosophe "expérimental" qui joue avec les perspectives que l'on peut avoir sur le monde. Ces perspectives sont nombreuses, elles dépendent des idiosyncrasies des philosophes. Dès lors, au départ de l'œuvre de Nietzsche, on peut aboutir à des résultats divers, très différents les uns des autres ; résultats qui n'apparaîtront contradictoires qu'au regard d'une logique formelle ; en réalité, ces contradictions ne relèvent que de différences de degrés.

Le Philosophe A aboutit à autre chose que le Philosophe B parce que sa perspective varie de x degrés par rapport à l'angle de perception de B. Vu ces différences de perspectives, vu ces divers et différents regards portés à partir de lieux divers et différents, l'homme créant (créateur) garde une pleine souveraineté. Il peut adopter aujourd'hui telle perspective et demain une autre. Son objectif est de construire un monde qui a une signification plus signifiante pour lui. Friedrich Kaulbach, dans son livre (2), Sprachen der ewigen Wiederkunft : Die Denksituation des Philosophen Nietzsche und ihre Sprachstile [Königshausen & Neumann, Würzburg, 1985], distingue, chez Nietzsche, un langage de la puissance plastique, un langage de la critique démasquante, un langage expérimental, une autarcie de la raison perspectiviste, qui, toutes les quatre, doivent, en se combinant de toutes les façons possibles, contribuer à forger un instrument pour dépasser le nihilisme (le fixisme des traditions philosophiques substantialistes) et affirmer le devenir, l'éternel retour du même. Le rôle du maître, dans cette interprétation de Kaulbach, c'est de pouvoir se servir de ce langage nouveau, combinatoire, que l'on peut nommer le langage dionysiaque.

Mais Löw ne se contente pas de l'interprétation de Kaulbach, même si elle est très séduisante. Et il ne se satisfait pas non plus de la sixième stratégie interprétative : celle qui table sur quelques assertions de Nietzsche, où le philosophe affirme que sa philosophie est une œuvre d'art. Pour Nietzsche, en effet, la beauté était le signe le plus tangible de la puissance parce qu'elle indiquait précisément un domptage des contradictions, un apaisement des tensions. Quand un système philosophique s'effondre, qu'en reste-t-il ? Ses dimensions artistiques, répondait Nietzsche. Le penseur le plus fécond, dans cette perspective du Nietzsche-artiste, doit agir en créateur, comme le sculpteur qui projette sa vision, sa perspective en ouvrageant une matière, en lui donnant forme.

Nietzsche : sophiste et éducateur

Pour Löw, Nietzsche est sophiste ET éducateur. Sa volonté de devenir un éducateur, comme les sophistes, est l'élément déterminant de toute sa démarche philosophique. Ses contradictions, problème sur lequel six écoles d'interprétations se sont penchées (comme nous venons de le voir), constituent, aux yeux de Löw, des obstacles à franchir, à surmonter (überwinden) pour affiner l'instrument éducateur que veut être sa philosophie. Une phrase du Nachlaß apparaît particulièrement importante et féconde à Löw : « Der große Erzieher wie die Natur : er muß Hindernisse thürmen, damit sie überwunden werden » (Le grand éducateur [doit être] comme la nature : il doit empiler des obstacles, afin que ceux-ci soient surmontés).

Le plus grand obstacle est Nietzsche lui-même, avec son style héraclitéen, décrété "obscur" par les premiers critiques de l'œuvre. Pour Nietzsche, le choix d'un style héraclitéen est au contraire ce qu'il y a de plus transparent dans son travail philosophique : il indique un refus de voir ses aphorismes lus par la populace (Pöbel) et par les “partis de toutes sortes”. Nietzsche souhaitait n'être ni utile ni agréable… Cette attitude témoigne d'un rejet de tous les “catéchistes”, de tous ceux qui veulent penser sans obstacles, de ceux qui veulent cheminer sans aléas, sans impondérables sur une allée soigneusement tracée d'avance. Le monde idéal, supra-sensible, de Platon devient, pour Nietzsche, la caricature de cet univers hypothétique sans obstacles, sans lutte, sans relief. Mais Nietzsche sait que sa critique du platonisme repose sur une caricature, que son image du platonisme n'est sans doute pas tout Platon mais qu'elle vise et cherche à pulvériser les catéchismes platonisants, qui règnent en despotes aux périodes creuses où il n'y a rien de cette immaturité potentiellement créatrice (le monde homérique, la vieille république romaine, l'épopée napoléonienne, la libération de la Grèce à laquelle participa Lord Byron, etc.) ni de cette force pondérée et virile (l'admiration de Nietzsche pour Adalbert Stifter).

L'éducateur Nietzsche crée une paideia [formation] pour tous ceux qui viendront et ne voudront jamais imiter, répéter comme des perroquets, potasser de façon insipide ce que leurs prédécesseurs ont pensé, écrit, dit ou inventé. L'objectif de Nietzsche est donc précis : il faut forger cette paideia de l'avenir qui nous évitera le nihilisme. Nietzsche, aux yeux de Löw, n'est donc pas le fondateur d'une stratégie philosophique omni-destructrice comme il l'est pour Deleuze ni le maître du nouveau langage dionysiaque qui permet d'adopter successivement diverses perspectives comme pour Kaulbach. Nietzsche est "sophiste" pour Löw, parce qu'il se sert très souvent de la méthode des sophistes, mais il est simultanément un "éducateur", éloigné des préoccupations strictement utilitaires des "sophistes", car il veut que les génies puissent s'exprimer sans être encombrés des étouffoirs de ceux, trop nombreux, qui "pensent" sur le mode de l'imitation.

Le génie est créateur : il fait irruption de manière inattendue en dépit des “discours stupides sur le génie”. Nietzsche se donne une responsabilité tout au long de son œuvre : il ne se complait pas dans ses contradictions mais les perçoit comme des épreuves, comme des défis aux “répétitifs”. Et si aucune philosophie ne doit se muer en “isme”, ne doit servir de prétexte à des adeptes du “psittacisme” savant, celle de Nietzsche, aux yeux mêmes de Nietzsche, ne saurait être stupidement imitée. Nietzsche se pose contre Nietzsche, avertit ses lecteurs contre lui-même (cf. Ainsi parlait Zarathoustra). Löw extrait ainsi Nietzsche de la sphère d'hypercriticisme, poussé parfois jusqu'à l'affirmation joyeuse d'un anarchisme omni-dissolvant, où certaines écoles (dont la deleuzienne) voulaient l'enfermer.

Le recours à la "physiologie"

Löw interprète donc Nietzsche comme un philosophe dans la plus pure tradition philosophique, en dépit d'un langage aphoristique tout à fait en dehors des conventions. Helmut Pfotenhauer, dans un ouvrage concis : Die Kunst als Physiologie, Nietzsches ästhetische Theorie und literarische Produktion [J.B. Metzlersche Verlagsbuchhandlung, Stuttgart, 1985, 312 p.] aborde, lui, l'héritage légué par Nietzsche sous l'angle de la physiologie. Ce terme, qui a une connotation naturaliste évidente, se trouve dans l'expression nietzschéenne Kunst als Physiologie, l'art comme physiologie. Il faut dès lors s'interroger sur le vocable "physiologie", qui revient si souvent dans les propos de Nietzsche. Honoré de Balzac, le grand écrivain français du XIXe, à qui l'on doit aussi une Physiologie du mariage, disait à propos de ce néologisme d'alors : « La physiologie était autrefois la science exclusivement occupée à nous raconter le mécanisme du coccyx, les progrès du fœtus ou ceux du ver solitaire […] Aujourd'hui, la physiologie est l'art de parler et d'écrire incorrectement de n'importe quoi […] ».

Au XIXe siècle donc, le terme physiologie apparaît pour désigner une certaine littérature populaire, qui n'est pas sans qualités, ou le style "causant" des feuilletons des grands quotidiens. La "physiologie" sert à décrire, avec goût et esprit, les phénomènes de la vie quotidienne, à les classer, à les typer : on trouve ainsi une physiologie du flaneur, de la grisette, de l'honnête femme ou du touriste anglais qui arpente les boulevards parisiens. La physiologie, dans ce sens, doit beaucoup aux sciences naturelles et aux classifications d'un Bouffon ou d'un Linné. Balzac, pour sa Comédie humaine, trace un parallèle entre le monde animal et la société des hommes. On parle même de "zoologie politique"…Baudelaire, E.T.A. Hoffmann, Poe, Flaubert (qui, selon Sainte-Beuve, maniait la plume comme d'autres manient le scalpel) adoptent, à des degrés divers, ce style descriptif, qui enregistre les perceptions sensuelles et leur confère une belle dimension esthétique.

La physiologie offre de nouveaux modèles à la réflexion philosophique, permet de nouvelles spéculations : tous les domaines de la vie sont "historicisés" et relativisés, ce qui jette d'office l'observateur philosophique dans un tourbillon de nouveautés, d'innovations, véritable dynamique affolante où la vitesse rend ivre et où les points de repères fixes s'évanouissent un à un. Nietzsche ne jetait qu'un regard distrait et distant sur ces entreprises littéraires et scientifiques, ainsi que sur toutes ces tentatives de scruter les phénomènes spirituels à la lumière des révélations scientifiques et de les organiser théoriquement. Il se bornait à constater que le style des "physiologistes" envahissait l'université et que le vocabulaire de son époque se truffait de termes issus des sciences naturelles. Devant cette distraction, cet intérêt apparemment minime, une question se pose : pourquoi Nietzsche a-t-il eu recours au vocable "physiologie", qui n'avait rien de précis et avait été souvent utilisé à mauvais escient ?

À suivre

Qu'est ce qu'être Français et le principe d'état ? Partie 2 : café riche...

Révolte Hongroise, l’histoire cachée….

 

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Pour le 60e anniversaire de la révolte du peuple hongrois de 1956, plutôt que de refaire la chronologie des événements qui est lue partout ailleurs, procédons à une lecture alternative des événements, en mettant le projecteur sur des faits oubliés.

On ne peut pas comprendre la révolution contre l’oppression communiste de 1956 et la répression féroce qui s’en suivit sans avoir à l’esprit le rôle important qu’à joué en Hongrie la communauté juive. Le 20 mars 1919, les communistes s’emparaient déjà du pouvoir en Hongrie et faisaient régner la terreur. Leur chef était un petit gratte-papier vivant d’escroqueries dans le milieu des assurances, un certain Aaron Cohen qui se faisait appeler Bela Kun.

Il composa son gouvernement dont la répartition ethnique était totalement en décalage avec celle du peuple hongrois : les Juifs y détenaient 18 postes sur 26, dont le secrétaire général du gouvernement (Kuhn), le Commissaire du Peuple pour les affaires intérieures (Landler) et son adjoint (Weiss dit Bela Vago), le commissaire à l’agriculture (Hamburger), celui aux finances (Weichselbaum dit Varga) et son adjoint (Schlesinger dit Szkely), celui à l’éducation (Kunstater dit Kundi) et son adjoint (Löwinger dit Lukacs), celui à la guerre (Schwartz dit Pogany) et son adjoint (Tibor Szamuelly), celui à la justice (Rosentegl dit Ronal) et son adjoint (Ladai)… En bref, tous les postes clés. On assistant à des massacres de masse de religieux catholiques et même d’agressions sexuelles massives contre les gamines des écoles catholiques, ce qui n’est guère étonannt quand on sait que toute la hierarchie policière de Budapest avait été recrutée dans le ghetto et que le responsable de la liquidation des biens de l’Eglise était Oszcar Faber, en ficelle du même métal.

La Hongrie retrouvant la liberté suite à une intervention franco-roumaine, les années trente marqua une prise de conscience très forte du peuple hongrois. Alliée à l’Allemagne dès 1938 pour reprendre les terres qui lui avait été volées par le Traité de Trianon, la Hongrie fut avec l’Italie légitime le seul allié qui lui resta fidèle jusqu’au bout. Défendant pied à pied Budapest, la Hongrie dut céder et connu à nouveau le cauchemar. Deux anciens ministres de Bela Kun étaient d’ailleurs dans les fourgons de l’armée rouge. Une nouvelle fois, la même ethnie minoritaire fournit la majorité des bourreaux, toujours au poste clés, comme au même moment la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie et bien sur l’Ukraine martyre, connaissait le même sort.

A la tête du pays, Rosenkrenz dit Rakosi remplace le Bela Kun de 1919. Dans ce régime communiste là, ce n’est plus Landler à l’Intérieur, mais Gerö puis Szebeni. Ce n’est plus Hamburger à l’agriculture, mais Egry. Varga revient aux finances. Plus Kundi à l’éducation mais Rabinovtis dit Revai. Plus Pogany à la guerre, mais Freedmann dit Farkas et plus Ronal à la justice mais Dessi… ejusdem farinæ… Quant au journal stalinien Szabad Nep, si chéri de Telerama, on comprend mieux pourquoi quand on sait que son directeur était Moises Kahana dit Josef Revai…

L’Eglise catholique est bien entendue, comme en Pologne avec PAX et le fameux « agent Lolek », infiltrée par les communistes, également par la même utilisation de marranes. Si certains hauts dignitaires hongrois furent d’ascendance juive mais défendirent la Sainte Eglise Catholique (Mgr Vilmos Fraknoi,), d’autres s’avérèrent des marranes infiltrés, tels le tristement célèbre Mgr Laszlo Paskai, fait cardinal par Jean-Paul II et agent de la police politique hongroise (mais son nom de code à lui n’était pas Lolek…) La réunion de l’école des cadres de Moscou de 1935 ayant déjà portée ses fruits, des postes-clés du Vatican étaient déjà sous contrôle soviétique, notamment par le biais du jésuite Tondi, agent du NKVD depuis 1936, qui fit arrêter de nombreux prêtres antimodernistes de l’autre côté du rideau de fer, du bénédictin Brammertz recruté en 1960 par la Stasi et l’ami personnel de Jean-Paul II, le père Hejmo. Le poids de l’infiltration communiste dans l’église empêcha l’élection du cardinal Siri en lieu et place de Jean XXIII (qui bénéficiait aussi depuis 1947 de soutiens fraternels).

En 1956, le peuple Hongrois se révolte, comme les Polonais quelques mois plus tôt, comme les Allemands en 1953, comme les Baltes et les Galiciens depuis 1945. L’Espagne est prête à leur envoyer des armes. Ils ne savent que trop, dans la péninsule ibérique, ce que c’est que de subir la schlague des moscoutaires. Ignoblement, les radios américaines incitent les Hongrois à se révolter mais avec la ferme intention de les laisser tomber. USA et URSS, surtout à cette époque, avaient un accord tacite : l’URSS pouvait écraser l’Est, Hongrie, Tchécoslovaque et Pologne seraient abandonnées à leur triste sort. Les USA, en contrepartie, pouvait liquider les partis ou régimes communistes dans sa zone, Moscou n’irait pas plus loin que les mêmes appels non suivis d’effets.  Les deux capo del capi savaient jusqu’où ne pas aller. En 1956, c’était même l’idylle entre les deux camps, cousinage oblige. Qui dirige l’URSS une fois Staline assassiné en 1953 ? Commence à poindre la figure de Salomon Perlmutter, alias Nikita Khrouchtchev. L’un des pères du génocide ukrainien de 1933 avec Lazare Moïsevitch Kaganovitch, ce que les historiens juifs Montefiore et Halfin définirent comme le plus grand crime juif de l’histoire, et ce, à tous les niveaux (il est d’ailleurs intéressant de noter que toutes les négationnistes de l’Holodomor pratiquent la solidarité ethnique, je ne mets pas de noms n’étant pas un délateur, mais je les ai en stock). Qui dirige la répression sauvage en Hongrie ? Le fils d’un grec de Russie appelé Andropoulos, nom russifié en Andropov.  Mais Andropoulous n’est que son père adoptif, le nom de son père biologique est inconnu. Maman Andropov, née Faynstein, n’ai jamais donnée l’identité du père.

Et de l’autre côté du rideau de fer, qui est président des Etats-Unis ? Dwight David Isaac (« Ike ») Eisenhower. Les livres d’histoires le donne comme de confession protestante. Soit. Personnellement, je préfère me fier à l’annuaire 1915 de l’académie militaire de West Point où il se présente comme un juif suédois. Ce qui permettrait de comprendre pourquoi il a fait mourir de faim 900.000 prisonniers de guerre allemands, donnant ordre à ses hommes de tuer les enfants voulant nourrir leurs pères, et pourquoi il a fait assassiner le général Patton, mettre au placard le général Ward (20e division blindée) pour le crime suivant : avoir demandé aux soldats américains de donner leur ration de chocolat aux enfants allemands mourant de faim…  sans parler du « suicide » de l’amiral Forrestal, ami de Joseph Kennedy. On peut aussi expliquer par ce cousinage sa haine contre Joseph McCarthy que l’histoire et l’ouverture des archives soviétiques réhabilita (la quasi-totalité des personnes qu’il avait désigné comme traitres communistes l’étaient !), sa volonté de détruire l’indépendance européenne, tant en Indochine qu’en Algérie ou à Suez. C’est d’ailleurs en 1954 qu’un visionnaire de génie, profondément catholique, prophétisa : «La Troisième Guerre Mondiale n’aura pas lieu entre l’URSS et les Etats-Unis, mais entre l’Europe et un islam armé et instrumentalisé par les Etats-Unis ».  Le nom de ce génie ? L’Amiral canadien William Carr… On parle des Etats-Unis, mais y a aussi la Grande-Bretagne : elle est dirigée par Anthony Eden, neveu par alliance de Churchill, né des amours adultérins entre le roi Edouard VII et la cocotte Jenny Jerome (Jacobson jadis, comme l’admis la presse israélienne). La fille de Churchill, Sarah, eut pour impresario Théodore Kaufman, l’homme qui projeta en 1941 l’extermination de la population allemande, projet repris partiellement par Henry Morgenthau Jr  en 1944 (plan approuvé par Churchill et Roosevelt) mais annulé en 1948 suite à la rupture d’alliance par Staline après avoir été rempli au tiers (6 millions de morts de faim sur les 20 millions prévus)…  Comme disait une personne qui savait ce qu’elle disait, Walter Rathenau : « Trois cents hommes, qui se connaissent tous personnellement, dirigent les destinées économiques de l’Europe et choisissent entre eux leurs successeurs »…

Aujourd’hui, la Hongrie est libre mais sous la menace d’une nouvelle mouture tyrannique : l’Union européenne, née dans les cartons de l’occupant américain mais que le génial Boukovski avait surnommée l’UERSS… Comptant sur la Hongrie pour savoir se défendre contre la 3e génération, celles des Merkel, des Hollande, Attali, Camerone… Il y a de sinistres atavisme céans. Comme dit la chanson :

Dans le jardin de nos pères

tout va de mal en pis (bis)

tous les vautours du monde

viennent y faire leur nid…

Hristo XIEP

https://www.medias-presse.info/revolte-hongroise-lhistoire-cachee/63589/

mercredi 25 mai 2022

Regards nouveaux sur Nietzsche 2/5

  

Par la suite, la sociale-démocratie oscillera entre le légalisme strict, devenu "révisionnisme" ou "réformisme" parce qu'il acceptait la société capitaliste / libérale, ne souhaitait que la modifier sans bouleversement majeur, et le révolutionnisme, partisan d'un chambardement généralisé par le biais de la violence révolutionnaire. Cette seconde tendance demeurera minoritaire. Mais c'est elle, rappelle R. Hinton Thomas, qui puisera dans le message nietzschéen.

Une fraction du parti, sous la direction de Bruno Wille, critiquera avec véhémence l'impuissance du réformisme social-démocrate et se donnera le nom de Die Jungen (Les Jeunes). Ce groupe évoquera la démocratie de base, parlera de consultation générale au sein du parti et, vu l'échec de sa démarche, finira par rejeter la forme d'organisation rigide que connaissait la social-démocratie. Wille et ses amis brocarderont le conformisme stérile des fonctionnaires du parti, petits et grands, et désigneront à la moquerie du public la "cage" que constitue la SPD. Le corset étouffant du parti dompte les volontés, disent-ils, et empêche toute manifestation créatrice de celles-ci. L'accent est mis sur le volontarisme, sur les aspects volontaristes que devrait revêtir le socialisme. Ipso facto, cette insistance sur la volonté entre en contradiction avec le déterminisme matérialiste du marxisme, considéré désormais comme un système "esclavagiste" (Knechtschaft).

Kurt Eisner, écrivain et futur Président de la République rouge de Bavière (1919), consacrera son premier livre à la philosophie de Nietzsche (1). Il critiquera la « mégalomanie et l'égocentrisme » de l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra mais retiendra son idéal aristocratique. L'aristocratisme qu'enseigne Nietzsche, dit Eisner, doit être mis au service du peuple et ne pas être simplement un but en soi. Cet aristocratisme des chefs ouvriers, combiné à une conscience socialiste, permettra d'aristocratiser les masses.

Gustav Landauer (1870-1919), créateur d'un anarchisme nietzschéen avant de devenir, lui aussi, l'un des animateurs principaux de la République Rouge de Bavière en 1919, insistera sur le volontarisme de Nietzsche comme source d'inspiration fructueuse pour les militants politiques. Son individualisme anarchiste initial deviendra, au cours de son itinéraire politique, un personnalisme communautaire populiste, curieusement proche, du moins dans le vocabulaire, des théories völkisch-nationalistes de ses ennemis politiques. Pour ce mélange de socialisme très vaguement marxisant, d'idéologie völkisch-communautaire et de thèmes anarchisants et personnalistes (où le peuple est vu comme une personne), Landauer mourra, les armes à la main, dans les rues de Munich qu'enlevaient, une à une, les soldats des Corps Francs, classés à "l'extrême-droite".

Contrairement à une croyance tenace, aujourd'hui largement répandue, les droites et le conservatisme se méfiaient fortement du nietzschéisme à la fin du siècle dernier et au début de ce XXe. R. Hinton Thomas s'est montré attentif à ce phénomène. Il a repéré le motif essentiel de cette méfiance : Nietzsche ne s'affirme pas allemand (ce qui irrite les pangermanistes), méprise l'action politique, ne s'enthousiasme pas pour le nationalisme et ses mythes et se montre particulièrement acerbe à l'égard de Wagner, prophète et idole des nationalistes. Si, aujourd'hui, l'on classe abruptement Nietzsche parmi les penseurs de l'idéologie de droite ou des fascismes, cela ne correspond qu'à un classement hâtif et partiel, négligeant une appréciable quantité de sources.

Six stratégies interprétatives de Nietzsche

Outre l'aspect politique de Nietzsche, outre les éléments de sa pensée qui peuvent, en bon nombre de circonstances, être politisés, le philosophe Reinhard Löw distingue six stratégies interprétatives de l'œuvre nietzschéenne dans son livre Nietzsche, Sophist und Erzieher : Philosophische Untersuchungen zum systematischen Ort von Friedrich Nietzsches Denken [Acta Humaniora der Verlag Chemie GmbH, Weinheim, 1984, XII+222 p.]. Pour Löw, la philosophie de Nietzsche présente une masse, assez impressionnante, de contradictions (Wiedersprüche). La première stratégie interprétative, écrit Löw, est de dire que les contradictions, présentes dans l'œuvre de Nietzsche, révèlent une pensée inconséquente, sans sérieux, sans concentration, produit d'une folie qui se développe sournoisement, dès 1881. La seconde série d'interprétations se base sur une philologie exacte du discours nietzschéen. Dire, comme Ernst Bertram, l'un de ses premiers exégètes, que Nietzsche est fondamentalement ambigu, contradictoire, procède d'une insuffisante analyse du contenu précis des termes, vocables et expressions utilisées par Nietzsche pour exprimer sa pensée (cf. Walter Kaufmann). La troisième batterie d'interprétations affirme que les contradictions de Nietzsche sont dues à leur succession chronologique : 3, 4 ou 5 phases se seraient succédé, hermétiques les unes par rapport aux autres.

Pour certains interprètes, les phases premières sont capitales et les phases ultimes sont négligeables ; pour d'autres, c'est l'inverse. Ainsi, Heidegger et Baeumler, dans les années 30 et 40, estimeront que c'est dans la phase dernière, dite de la "volonté de puissance", que se situe in toto le "vrai" Nietzsche. Löw estime que cette manière de procéder est insatisfaisante : trop d'interprètes situent plusieurs phases dans un laps de temps trop court, passent outre le fait que Nietzsche n'a jamais cherché à réfuter la moindre de ses affirmations, le moindre de ses aphorismes, même si, en apparence, sa pensée avait changé. Cette méthode est de nature "historique-biographique", pense Löw, et demeure impropre à cerner la teneur philosophique globale de l'œuvre de Nietzsche.

La quatrième stratégie interprétative, elle, prend les contradictions au sérieux. Mais elle les classe en catégories bien séparées : on analyse alors séparément les divers thèmes nietzschéens comme la volonté de puissance, l'éternel retour, la Vie, le surhomme, le perspectivisme, la transvaluation des valeurs (Umwertung aller Werte), etc. Le "système" nietzschéen ressemblerait ainsi à un tas de cailloux empilés le long d'une route. Les liens entre les thèmes sont dès lors perçus comme fortuits. Nietzsche, dans cette optique, n'aurait pas été capable de construire un "système" comme Hegel. Nietzsche ne ferait que suggérer par répétition ; son œuvre serait truffée de "manques", d'insuffisances philosophiques.

Pour Landmann et Müller-Lauter, cette absence de système reflète la modernité : les fragments nietzschéens indiquent que le monde moderne est lui-même fragmenté. Les déchirures de Nietzsche sont ainsi nos propres déchirures. Löw rejette également cette quatrième stratégie car elle laisse supposer que Nietzsche était incapable de se rendre compte des contradictions apparentes qu'il énonçait ; que Nietzsche, même s'il les avait reconnues, n'a pas été capable de les résoudre. Enfin, elle ne retient pas l'hypothèse que Nietzsche voulait réellement que son travail soit tel.

La cinquième stratégie consiste, dit Löw, à prendre le taureau par les cornes. Les contradictions indiqueraient la "méthode de la pensée de Nietzsche". Quand Nietzsche énonçait successivement ses diverses "contradictions", il posait consciemment un "modèle d'antinomie" qui fait que certains énoncés de Nietzsche combattent et contredisent d'autres énoncés de Nietzsche. En conséquence, on peut les examiner de multiples manières, à la mode du psychologue ou de l'historien, du philologue ou du philosophe. Pour Jaspers, ces contradictions mettent tous les systèmes, toutes les métaphysiques et toutes les morales en pièces : elles ouvrent donc la voie à la “philosophie de l'existence”, en touchant indirectement à tout ce qui se trouverait au-delà des formes, des lois et du disible.

Pour Gilles Deleuze, l'un des principaux porte-paroles de l'école nietzschéenne française contemporaine, Nietzsche est l'anti-dialecticien par excellence. Ses contradictions ne sont pas l'expression d'un processus rationnel mais expriment un jeu a-rationnel, anarchique qui réduit en poussières toutes les métaphysiques et tous les systèmes. Les textes de Nietzsche ne signifieraient rien, si ce n'est qu'il n'y a rien à signifier. Cette “psychanalyse sauvage” omet, signale Blondel, que Nietzsche voulait constamment quelque chose : c'est-à-dire créer une nouvelle culture, un homme nouveau.

À suivre

La petite Histoire : L’avènement des Capétiens – Les grands Capétiens

 Les Capétiens, descendants directs d’Hugues Capet, ont incontestablement posé les bases de la France royale, de l’État moderne, et l’ont fait accéder au statut de plus grande puissance de la chrétienté médiévale. De Philippe Auguste à Philippe Le Bel en passant par Saint Louis, Louis VI le Gros ou encore Louis VIII, leur ère est sans doute l’une des périodes les plus importante et fondatrice de notre histoire. Mais pour commencer, pour cet épisode 1, posons les bases nous aussi en parlant du premier d’entre eux, Hugues Capet, et expliquons simplement comment les Capétiens se sont installés sur le trône, ont légitimé leur dynastie et débuté cette merveilleuse aventure française.


https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-lavenement-des-capetiens-les-grands-capetiens

mardi 24 mai 2022

Regards nouveaux sur Nietzsche 1/5

  

Il y a cent ans paraissait l'ouvrage le plus célèbre de Nietzsche, celui qui sera le plus lu et que toute personne moyennement cultivée citera ou évoquera spontanément : Ainsi parlait Zarathoustra. On sait d'emblée que le philosophe allemand a une réputation qui sent le soufre, que ses vigoureuses tirades anti-chrétiennes risquent de faire chavirer toutes les certitudes, que son rejet, qualifié d'aristocratique, de toute espèce de moralisme, fait de sa pensée une gâterie, une ivresse, une drogue pour un très petit nombre. Tous les fantasmes sont permis quand il est question de Nietzsche ; chacun semble avoir son petit Nietzsche-à-soi, chacun tire de l'itinéraire du philosophe de Sils-Maria une opinion chérie qu'il exhibera comme un badge coloré, avec la certitude coquine de choquer quelques bien-pensants. Et, en effet, en cent ans, on a dit tout et n'importe quoi à propos de Nietzsche, tout et le contraire de tout.

Cet amateurisme et ce désordre, cette absence de professionnalisme et ce subjectivisme facile, qu'a subis l'œuvre de Nietzsche au cours du siècle écoulé, ont été désastreux : rien n'a pu être construit au départ de Nietzsche ; il reste de son travail pionnier que des critiques fulgurantes et féroces, des déconstructions et des destructions ; il reste l'âcre fumée qu'une horde de pillards laisse derrière elle. Cent après la parution du Zarathoustra, il est donc temps de dresser un bilan philosophique du nietzschéisme, de désigner, dans l'œuvre qu'il nous laisse, les matériaux d'une reconstruction, les matériaux qui serviront à construire un nouveau temple pour la pensée voire qui inspireront les bâtisseurs de cités nouvelles, puisque la faillite des idéologies dominantes, assises sur les "anciennes tables de la loi" postule de repenser et de reconstruire le politique sur d'autres fondements.

Ici, il ne sera pas question de dire définitivement ce qu'il convient de penser à la suite de Nietzsche, ni de donner une fois pour toutes la clef de l'énigme nietzschéenne. Modestement, il s'agira de donner un fil conducteur pour comprendre globalement la signification du message nietzschéen et de voir clair dans le réseau des interprétations philosophiques contemporaines de ce même message. Dans ce réseau, il s'agira de débusquer les interprétations abusives, stérilement subjectivistes bien qu'intellectuellement séduisantes, et de mettre en évidence celles qui recèlent des potentialités pour demain.

Cet indispensable travail de tri doit se faire au départ d'une documentation existante, à partir de ce qu'une poignée de chercheurs patients ont découvert. Vu le regain d'intérêt pour l'œuvre de Nietzsche, vu l'accumulation des travaux universitaires consacrés à sa philosophie, l'on devra, pour cette démarche, poser un choix dans l'abondante littérature qui est à notre disposition. Notre étude sera donc partielle, non exhaustive ; son ambition est d'amorcer une classification des nietzschéismes dans le but précis de rendre la philosophie nietzschéenne constructive. De ne pas l'abandonner à son stade premier, celui de l'hypercriticisme, dont nous ne nierons pas, pourtant, l'impérieuse nécessité.

Un soupçon idéologique

Le premier écueil que rencontre actuellement le nietzschéisme, dans le “grand public” (pour autant que cette expression ait un sens dans le domaine de la philosophie), c'est un soupçon d'ordre politico-idéologique. En effet, le nietzschéisme, pour l'intelligence qui se qualifie de "progressiste", est un système de pensée qui conduit à l'avènement du fascisme ou du national-socialisme. Très récemment encore (en juin 1981), Rudolf Augstein, l'éditeur de l'hebdomadaire ouest-allemand Der Spiegel, dans un article à sa mode, c'est-à-dire à l'emporte-pièce, déclarait sans ambages que si Nietzsche était le penseur, alors Hitler était l'homme d'action qui mettait cette pensée en pratique (Denker Nietzsche-Täter Hitler). Le journaliste en voulait pour preuve les falsifications de certains des manuscrits de Nietzsche par sa sœur, Elisabeth Förster-Nietzsche qui, un jour, au soir de sa vie, avait été serré la pince du Führer ! On avouera qu'au regard de la masse de manuscrits laissés par Nietzsche et de la quantité de livres publiés avant sa folie et que la sœur zélée n'a jamais pu modifier, l'argument est un peu mince. Augstein s'inquiétait tout simplement du retour à Nietzsche qu'opère une jeune génération de philosophes allemands et de l’abandon progressif mais sensible du corpus doctrinal de l'École de Francfort de Horkheimer et Adorno, dont la faillite se constate par le désorientement d'Habermas, celui qui gérait l'héritage des "francfortistes".

Pour les Allemands éduqués dans le sillage de la dénazification, les “francfortistes” représentent en effet une caste de gourous infaillibles, intangibles, un aréopage de grands prêtres dont il serait impie de mettre les paroles (souvent sibyllines) en doute. Pourtant les faits sont là : le “francfortisme” a lassé ; son refus permanent de toute affirmation, de toute pensée qui affirme, joyeusement ou puissamment, tel ou tel fait, de toute philosophie qui dit le beau et pose la créativité comme hiérarchiquement supérieure à la critique ou à la négation, n'a mené qu'à l'impasse. On est bien forcé d'admettre que la négativité ne saurait être un but en soi, qu'on ne peut régresser à l'infini dans le processus permanent de négation. Pour Habermas, bien situé dans l'aire philosophique du francfortisme, le “réel”, tel qu'il est, est mauvais, dans le sens où il ne contient pas d'emblée tout le "bon" ou tout le "bien" existant dans l'idée.

Devant ce réel imparfait, il convient de maximiser le bon, de moraliser à outrance afin de minimiser les charges de mal incrustées dans ce réel marqué d'incomplétude. Ainsi, la réalité imparfaite appelle la révolution salvatrice ; mais cette révolution risque d'affirmer un autre réel, de déterminer un réel également imparfait (tantôt moins imparfait tantôt plus imparfait). Donc Habermas rejette les grandes révolutions globales, initiatrices d'ères nouvelles affirmatives, pour leur préférer les micro-révolutions parcellaires et sectorielles qui inaugurent ipso facto un âge de corrections permamentes, d'injections à petites doses de “bien” dans le tissu socio-politique inévitablement marqué du sceau du “mal”. Mais le monde de la philosophie ne pouvait indéfiniment se contenter de ce bricolage constant, de cette morne réduction à un réformisme sans envergure, à cette socio-technologie (social engeneering) sans épaisseur.

Devant le soupçon de nazisme qui pèse en permanence sur le nietzschéisme, devant l'impossibilité de maintenir la philosophie au niveau d'une négation permanente et de maintenir la mouvance kaléidoscopique du réel sous la férule de ces micro-révolutions qui, finalement, ne résolvent rien, il faut renvoyer dos à dos les thèses qui posent comme incontournable le "pré-nazisme" du nietzschéisme, rejeter le mirage de la négativité permanente et s'interroger sur l'avènement d'un ordre global, d'un consensus généralisé, qui puisse englober et sublimer les multiples et diverses affirmations qui fusent en permanence depuis le tissu épais du social et du politique, tissu déposé par les vicissitudes historiques.

Nietzsche et la pensée de gauche en Allemagne, au début du siècle

Le nietzschéisme a certes connu des interprétations nazies ; des philosophes plus ou moins impliqués dans l'aventure nazie ont fait référence à Nietzsche. Inutile de nier ou de minimiser ces faits, surtout pour prendre expressément le contre-pied de la démonstration d'Augstein. Mais, en dépit d'Augstein et de ses bricolages idéologiques favoris, en dépit de la bigoterie francfortiste qui afflige l'Allemagne de ces deux ou trois dernières décennies, en dépit de l'hiérocratie fondée en RFA par le Saint-Pierre du francfortisme, Horkheimer, Nietzsche, nous le savons désormais grâce à de nouvelles recherches historiques, n'a pas seulement préparé les munitions idéologiques de l'hitlérisme, il a aussi influencé considérablement le socialisme de son époque. Une étude du Professeur britannique R. Hinton Thomas, de l'Université de Warwick, nous illustre avec brio ce télescopage, cette cross-fertilization entre nietzschéisme et socialisme, entre le nietzschéisme et une pensée contestatrice classée à "gauche". Son livre Nietzsche in German politics and society, 1890-1918 [Manchester Univ. Press, 1983] nous informe de l'impact de Nietzsche dans la pensée qui animait les cercles sociaux-démocrates de l'Allemagne impériale à la Belle Époque, de même que dans les milieux anarchistes et féministes et dans le mouvement de jeunesse qui a produit, en fin de compte, davantage d'ennemis résolus du Troisième Reich que de cadres de la NSDAP. Contrairement aux affirmations désormais "classiques" des progressistes, R. Hinton Thomas démontre que l'influence de Nietzsche ne s'est pas du tout limitée aux cercles de droite, aux cénacles conservateurs ou militaristes mais que toute une idéologie libertaire, dans le sillage de la social-démocratie allemande, s'est mise à l'école de sa pensée. Le professeur britannique nous rappelle les grandes étapes de l'histoire du socialisme allemand : en 1875, sous l'impulsion d'August Bebel, les socialistes adoptent le programme dit de Gotha, qui prétendait réaliser ses objectifs dans le cadre strict de la légalité. En 1878, le pouvoir impose les lois anti-socialistes qui freinent les activités du mouvement. En 1890, avec le programme d'Erfurt, les socialistes choisissent un ton plus dur, conforme à l'idéologie marxiste.

À suivre

Nos très chers émirs (Christian Chesnot et Georges Malbrunot)

 

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Christian Chesnot et Georges Malbrunot, grands reporters au service étranger de France Inter pour le premier, et du Figaro pour le second, sont tous deux spécialistes du Moyen-Orient et auteurs de plusieurs ouvrages sur la région.

Ce livre est une enquête sur le rôle de l’argent des monarchies du Golfe. Comment l’argent a-t-il longtemps coulé à flots pour s’assurer la complaisance des responsables politiques ? Qui sont les politiciens qui en ont profité ? Quel est le rôle de l’Arabie Saoudite et du Qatar dans le développement du salafisme en France ? Les auteurs de ce livre ont eu accès à des documents officiels, des télégrammes diplomatiques et des notes du Trésor notamment.

De quoi en apprendre de belles sur la vénalité de nos politiciens. Les auteurs affirment ainsi que le ministre socialiste Jean-Marie Le Guen avait proposé que l’ambassade du Qatar signe un contrat avec la société de communication de son homme de confiance, Alexandre Medvedowsky, PDG de ESL Networks, laquelle société lui aurait reversé chaque mois 10.000 euros.

A Noël, le précédent ambassadeur du Qatar offrait aux parlementaires français du groupe d’amitié France-Qatar des montres Rolex ou des bons d’achats pouvant aller jusqu’à 5.000 ou 6.000 euros. Les épouses pouvaient recevoir des sacs Louis Vuitton d’une valeur de plusieurs milliers d’euros. A la fête de départ de cet ambassadeur, ils sont nombreux à se presser dans son hôtel particulier : Manuel Valls, Claude Guéant, Michèle Alliot-Marie, Jack Lang, Nadine Morano, Enrico Macias, les représentants de la communauté musulmane, mais aussi les responsables juifs du CRIF.

Les noms abondent, de ces politiciens qui ont profité de la générosité des émirs. Marine Le Pen n’est pas épargnée par les révélations des auteurs de cette enquête qui affirment que, lors d’une rencontre avec la présidente du Front National, le représentant des Emirats  arabes unis a proposé un financement de un million de dollars, voire de deux, pour sa campagne électorale.

Il est aussi question dans ce livre des mosquées financées en France par des émirs.

Ecoutons ce que dit Jacques-Jocelyn Paul, industriel français installé à Ryad : « L’argent, nerf de la guerre, est aussi en Arabie la meilleure façon de gérer le clientélisme. Vers les tribus, vers les Occidentaux en les aidant à financer leurs partis politiques, en régulant les prix du pétrole et en octroyant des contrats d’armement mirifiques, vers les croyants du monde entier par la diffusion des thèses hanbalites et vers les pays sous-développés à vassaliser. « 

Nos très chers émirs, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, éditions Michel Lafon, 300 pages, 17,95 euros

https://www.medias-presse.info/nos-tres-chers-emirs-christian-chesnot-et-georges-malbrunot/63711/

Le TRAITÉ de TROYES signé le 21 mai 1420

lundi 23 mai 2022

Royauté et incarnation, par Vladimir Volkoff.

  

Eric Muraise dit dans "Le Grand Monarque", que la France possède encore quelques monarchistes mais des royalistes, non. Différence : les monarchistes préfèrent un régime; les royalistes aiment un homme.

La monarchie est à la royauté ce que le déisme, avec son horlogerie, est à l'Église avec ses chapiteaux et ses encensoirs. Eric Muraise peut avoir raison. Nous en connaissons tous de ces monarchistes grincheux qui n'ont qu'un sujet de conversation : dénigrer le Prince. Ils ont le choix, pourtant, surtout à notre époque où il y a de moins en moins de trônes et de plus en plus de prétendants. Mais non : le Prince, qu'ils se reconnaissent est toujours celui qui leur plaît le moins. Ils s'arrangent pour regretter l'aïeul, préférer l'oncle, attendre le petit-fils. Dans l'histoire, même, aucun Louis, aucun Henri ne les satisfait. Au mieux, ils vénèrent un Childebrand quelconque, dont personne n'a jamais entendu parler. Ces monarchistes Jean-­qui-grogne ne sont pas des royalistes ; car la monarchie ne sera jamais qu'une idée, tandis que la Royauté est une incarnation.

Entre tous les régimes politiques, c'est l'homme qui fait l'originalité de la Royauté. Curieusement, les régimes dits "humanistes" sont les plus déshumanisés : justice immanente ! La grande machine électorale qui repose sur le principe abstrait : 1 = 1, qui rend ses oracles sous forme de statistiques, qui aplatit les visages en bulletins de vote, ne s'adresse, dans les meilleurs des cas, qu'à une fonction de l'homme : l'intelligence. Élire bien, c'est élire intelligemment. Élire le meilleur, c'est élire le plus intelligent. Le suffrage universel pourrait être avantageusement remplacé par un ordinateur bien programmé. Paradoxe : ce qu'il y a encore d'humain dans la procédure élective - les pots-de-vin, les poignées de main, les caméras, les accordéons - c'est tout cela qu'il faudrait éliminer pour que la république fonctionnât rationnellement.

La Royauté est autre. Pourquoi ? Parce que, révérence parlée, elle commence là où commence l'homme : dans les reins d'un monsieur et dans le ventre d'une dame. La Royauté passe par la naissance et elle passe par la mort. Un roi immortel serait un dieu, ou un automate, pas un roi. Il y a eu des périodes - on voit cela dans Richard II - où le prestige des rois était tel que l'on doutait qu'ils eussent des fonctions naturelles, comme les autres hommes. Ils en ont ! Il n'y a pas plus de royauté désincarnée qu'il n'y a d'amour platonique. Le corps importe peu en république. Le corps de tel président -je ne veux pas citer de nom le corps de tel président quelles qu'aient été les qualités de l'homme, il y a eu des présidents de la république qui étaient de fort honnêtes hommes - n'est très exactement rien : tout juste bon à mettre au Panthéon ! Il est grotesque de supposer qu'on puisse avoir de la piété pour le corps d'un élu. Les royalistes, eux, savaient ce qu'ils faisaient quand ils trempaient leurs mouchoirs dans le sang de Louis XVI. La royauté n'a de sens que si le corps du Roi est reçu comme sacré.

C'est le corps du Roi qui est royal. Peu importe que Charles VI soit fou, c'est un fou royal, parce que son corps est royal. Peu importe que Louis XVI soit guillotiné. Couper le corps en deux ne sert à rien : les deux moitiés restent des morceaux de Roi. Malgré que nous en ayons nous sommes tous devenus si matérialistes, que paradoxalement nous avons perdu le sens du corps.

Le corps nous apparaît comme un outil, comme un grattoir pour nous chatouiller l'âme. En réalité, le corps est un gage. Les martyrs donnaient leur corps en gage de leur foi. La main qui signe, la main qui étreint donne des gages. Les genoux qu'on fléchit donnent un gage. Qu'est-ce que s'engager, sinon engager son corps ? Un prince d'une nationalité qui épouse une princesse d'une autre nationalité, ce sont les deux puissances qui échangent des gages. "J'en mettrais ma main au feu", 'J'en mettrais ma tête à couper" : ne sont-ce pas là des gages que l'on risque ? Notre corps n'est peut-être pas ce que nous avons de plus précieux, mais il est ce que nous avons de plus vulnérable. C'est sa noblesse. C'est pourquoi il est notre gage. Et avant tout notre gage d'identité. "J'aime Béatrice" pouvait dire Dante. J'aime Béatrice peut signifier j'aime Béatrice telle que Dieu la reçoit dans son Paradis mais comment faire pour reconnaître une Béatrice sans visage ? Je vais à sa rencontre, je la regarde, je l'écoute, je reçois des lettres écrites de sa main : Le corps de Béatrice est le gage de Béatrice.

J'ai remarqué tout à l'heure que le Roi était celui qui attirait l'amour. Aimer le Roi : sans cela il n'y a pas de Royauté. Il faut l'aimer de trois manières : d'abord parce qu'il est le Roi et qu'on ne le connaît pas, comme les fiancés du temps jadis qui n'avaient jamais rencontré leur promis et qui l'aimaient déjà d'avance, de confiance. L'aimer ensuite, quelques fois, bien qu'on le connaisse.

 Une paysanne normande, parlant de son mari, ivrogne, violent, disait à ma mère "paraît qu'y a des femmes qu'aiment point leur homme. Mais comment qu'elles font puisque c'est leur homme ?". Et un proverbe russe dit : "A force de souffrir, on finit par aimer". C'est comme cela qu'il faut aimer le Roi, aussi. Il faut l'aimer, enfin, ou du moins essayer, parce qu'on le trouve aimable, se battre un peu les flancs, si besoin est, l'aimer avec ses faiblesses en mettant les choses au pis, avec ses vices, ses médiocrités, ses couardises, l'aimer tendrement, presque charnellement, comme Monluc aima Henri II, comme Sully aima Henri IV. Ne pas oublier que les règnes des reines - je pense à Élisabeth d'Angleterre, Catherine de Russie, Marie ­Thérèse d'Autriche - ont été particulièrement réussis parce que ces reines étaient des rois et que pour un homme il est plus facile d'aimer son roi lorsque c'est une reine.

Le corps du roi est le gage de la royauté. Les bâtardises et les usurpations mises à part, le gage royal est le corps du roi, tel qu'il est hasardé dans les combats, tel qu'il est martyrisé par les régicides, tel qu'il engendre le roi qui lui succédera, tel qu'il apparaît physiquement désigné lorsque son crâne reçoit la couronne, que sa poitrine, ses pieds, ses mains, ses paupières, ses narines reçoivent le Saint Chrême.

Tous les peuples ont eu des monarques, mais lorsque nous disons Roi, nous pensons surtout à un roi chrétien parce que l'incarnation est l'axe de la foi chrétienne. Pour être chrétien, il faut croire que le Verbe se fit chair, et cela suffit. Le gage de l'amour du Père, c'est le Fils et plus précisément, c'est le corps du Fils, dans lequel nous nous empressons d'enfoncer des clous ; pas n'importe quel corps, mais un certain corps, apparu en Palestine huit siècles après la fondation de Rome. Il n'importe pas que nous soyons contents ou non de ce que le corps du Fils soit celui de ce charpentier rabbin. Certains auraient préféré qu'il fût Grec, ou Viking , ou Africain. Nous n'y pouvons rien. Le gage a été donné.

Il est là. Les théologiens pensent que le Fils a trois fonctions : il est prophète, grand-prêtre, Roi. Le psalmiste dit : Le cœur du Roi est dans la main de Dieu... Le premier prodrome du Christ est Melchisédech, roi de Chalem, la future Jérusalem. Jésus est un prince de la maison de David. C'est en tant que Roi qu'il fait son entrée à Jérusalem. Le beau nom de Roi figure sur l'inscription placée en haut de la croix. Lorsqu'il parle du monde d'où il vient, il l'appelle Le Royaume et chaque fois que nous répétons le Notre Père, nous demandons un règne, pas une république.

Dans la mesure où le Christ est Roi, tout roi participe du Christ. Oui, même le Louis XV du Parc aux Cerfs, même le Charles IX de la Saint-Barthélemy. La personnalité du Roi peut être en contradiction avec la vérité incarnée en lui, la vérité demeure. On serait loin de compte si on voyait le Roi comme une personne dans laquelle se serait logé un principe, comme un Bernard-l’ermite dans sa coquille. Il n'y a pas de principe royal. La république a des principes, la Royauté a des princes. Il y a simplement une vérité royale. Et la vérité est que cet homme que je vois devant moi est Le Roi. Le Roi est l'époux de la Patrie comme le Christ est l'époux de l'Église. Il en est quelquefois le sacrifié expiatoire comme le Christ l'est de l'humanité. La Royauté est sur terre, l'objet privilégié des vertus théologales car notre amour s'oriente vers le Roi, icône du Père, notre espérance vers le Prince, icône du Fils, et notre foi en la Royauté elle-même, qui est Esprit. L'Ancien et le Nouveau Testament utilisent une expression essentielle et singulière : ils parlent du Dieu vivant. Cette qualité, la vie, est l'attribut le plus glorieusement divin de la Royauté.

Au XVIIIème siècle, le voyageur anglais, Young, remarquait : "Un Français aime son Roi comme sa maîtresse, à la folie". Sage folie ! Un autre Anglais, contemporain celui-là, Lawrence Durrel écrit que les structures royales reproduisent l'architecture même de la personne humaine, structure organique. Rien dans tout cela qui sente l'abstrait, le construit, le prémédité. Dans la Royauté, il y a le grain qui meurt et qui ressuscite, il y a les fils qui s'engrainent sur les pères, il y a l'homme tel qu'il a été créé à l'image de Dieu, il y a... il y a la vie.

Ce n'est pas un hasard si, en Royauté, la même formule a pu servir à la fois de prière, de cri de joie, de cri de guerre, de simple interjection. Ce n'est pas un hasard si, lorsqu'on pense au Roi on exprime pour lui le vœu le plus charnel et le plus religieux : QU'IL VIVE !

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2008/08/13/vladimir-volkof-royaute-et-incarnation.html#more

L’assassinat du duc de Berry et la fin de la monarchie

  

Spécialiste du premier XIXe siècle et de la Restauration, Michel Bernard Cartron vient de publier une biographie du fils de Charles X, La vie brisée du duc de Berry. Charles-Ferdinand d’Artois, né à Versailles le 24 janvier 1778 est mort assassiné par un bonapartiste à Paris le 14 février 1820, à sa sortie de l’opéra. Il est le fils de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie. 

Il était jeune, il aimait la vie et un peu trop les femmes. Charles Ferdinand d’Artois, duc de Berry, incarnait l’espoir de la monarchie restaurée. Bien qu’ultra, l’auteur n’évoque pas sa proximité avec la franc-maçonnerie. Sa vie légère, polygame, alors que la France sort essorée des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, souligne le décalage entre les héritiers de saint Louis et Louis XIV et la Révolution.

Louis XVIII n’avait pas de descendant. Charles X a eu deux fils, dont l’aîné, le duc d’Angoulême n’avait pas non plus d’héritier. Le duc de Berry a eu 4 enfants, dont deux sont morts en bas âge. A sa mort, son épouse Marie-Caroline de Bourbon-Sicile est enceinte d’un fils, « l’enfant du miracle » , qui deviendra le Comte de Chambord, l’espoir de la monarchie française. À sa mort en 1883, la République aura triomphé en France.

L’assassinat du duc de Berry signe la fin de la politique d’apaisement initiée par Louis XVIII. La volonté de réconcilier les traditions monarchistes et l’idéologie révolutionnaire fait place à deux blocs opposés : les royalistes et les libéraux et, dans le pays, comme l’a redouté le roi, deux peuples ennemis en proie aux haines fratricides. Pour ces raisons, le 14 février 1820 a généré dans l’histoire de la Restauration et même au-delà une ligne de fracture qui ne sera sans doute jamais résorbée.

https://www.lesalonbeige.fr/lassassinat-du-duc-de-berry-et-la-fin-de-la-monarchie/

Épouses de ministres sous Louis XIV

1917, l’année qui a changé le monde (Jean-Christophe Buisson)

 

1917

Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint au Figaro Magazine, présente aussi une émission sur la chaîne Histoire et l’auteur de plusieurs ouvrages historiques ayant trait aux Balkans.

1917 ? Cette année-là, éclatent en Russie deux révolutions : l’une mettra à bas en quelques jours un régime monarchique et une dynastie solidement installés depuis plusieurs siècles; l’autre instaurera un système totalitaire inédit qui s’étendra à tous les continents et fera plusieurs dizaines de millions de victimes.

Cette année-là, Marie Curie, double prix Nobel de physique et de chimie, pose les fondations du premier centre de lutte anticancer en France.

Cette année-là, les Etats-Unis décident pour la première fois de se mêler des affaires européennes en engageant massivement des troupes dans un conflit loin de leur sol.

Cette année-là, Guillaume Apollinaire invente le mot surréalisme, tandis que se développe le mouvement dada qui ouvre une galerie, lance une revue et monte des expositions.

Cette année-là, l’ex-leader socialiste Benito Mussolini écrit que son pays a besoin, à sa tête, d’un homme « qui connaisse le peuple, soit son ami, le dirige et le domine, quitte à lui faire violence ».

Cette année-là est créée la coupe de France de football.

Cette année-là, les troupes britanniques entrent dans Bagdad et Jérusalem d’où elles ont chassé les occupants turcs.

Cette année-là est enregistré aux Etats-Unis le premier disque de jazz.

Cette année-là, trois jeunes bergers voient la Vierge à plusieurs reprises près de leur village de Fatima, au Portugal.

Ce ne sont là que quelques-uns des faits que nous présente Jean-Christophe Buisson qui nous invite à observer un tournant de l’Histoire, un basculement, dans les domaines les plus variés. Avec une chronologie qui se veut exhaustive et universelle, ce livre englobe les événements militaires capitaux, les initiatives diplomatiques d’envergure, les soubresauts politiques majeurs et le détail des grandes révolutions politiques, sociétales et culturelles. Les faits sont hiérarchisés selon leur importance et contextualisés. Et une importante iconographie vient renforcer le texte.

Un siècle plus tard, notre monde est le produit de cette année-là.

1917 L’année qui a changé le monde, Jean-Christophe Buisson, éditions Perrin, 320 pages, 24,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur 

https://www.medias-presse.info/1917-lannee-qui-a-change-le-monde-jean-christophe-buisson/63851/

dimanche 22 mai 2022

21 mai 2013 : acte ultime de Dominique Venner

  

Avant de se donner la mort, le mardi 21 mai 2013 à 16 heures, devant l’autel de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, l’écrivain et historien Dominique Venner a fait parvenir une lettre d’explication à ses amis.
La dernière lettre de Dominique Venner.
Je suis sain de corps et d’esprit, et suis comblé d’amour par ma femme et mes enfants. J’aime la vie et n’attend rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. Pourtant, au soir de cette vie, devant des périls immenses pour ma patrie française et européenne, je me sens le devoir d’agir tant que j’en ai encore la force. Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable. J’offre ce qui me reste de vie dans une intention de protestation et de fondation. Je choisis un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre-Dame de Paris que je respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales.
Alors que tant d’hommes se font les esclaves de leur vie, mon geste incarne une éthique de la volonté. Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité. Je m’insurge contre les poisons de l’âme et contre les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations.
Le discours dominant ne pouvant sortir de ses ambiguïtés toxiques, il appartient aux Européens d’en tirer les conséquences. À défaut de posséder une religion identitaire à laquelle nous amarrer, nous avons en partage depuis Homère une mémoire propre, dépôt de toutes les valeurs sur lesquelles refonder notre future renaissance en rupture avec la métaphysique de l’illimité, source néfaste de toutes les dérives modernes.
Je demande pardon par avance à tous ceux que ma mort fera souffrir, et d’abord à ma femme, à mes enfants et petits-enfants, ainsi qu’à mes amis et fidèles. Mais, une fois estompé le choc de la douleur, je ne doute pas que les uns et les autres comprendront le sens de mon geste et transcenderont leur peine en fierté. Je souhaite que ceux-là se concertent pour durer. Ils trouveront dans mes écrits récents la préfiguration et l’explication de mon geste. »
Sur la mort de Dominique Venner cliquez ici et cliquez là

En souvenir de Jean Mabire

 

Mabire

Pour autant que je m’en souvienne, j’ai dû lire Jean Mabire pour la première fois en 1972, dans un numéro spécial d’Historia, sans trop bien me souvenir si l’article était signé Henri Landemer ou de son nom propre. C’était la belle époque de nos adolescences, que je narre très superficiellement dans mon hommage à Yves Debay, camarade d’école, futur directeur des revues Raids et L’Assaut et bien entendu, fervent lecteur précoce, lui aussi, de Jean Mabire. Finalement, par le biais des premiers numéros d’éléments, au début des années 70, l’image de Jean Mabire, écrivain, se précise pour moi : non seulement, il est celui qui narre, avec simplicité et puissance, la geste des soldats de tous horizons mais il est aussi celui qui s’intéresse aux réalités charnelles et vernaculaires, au vécu des gens, disciple qu’il est, à ce niveau-là, d’Olier Mordrel, l’ancien directeur de la revue nationaliste bretonne Stur, pour qui l’engagement devait être dicté par les lois du vécu et non par des abstractions et des élucubrations intellectuelles. Mordrel et Mabire sont en ce sens nos “Péguy” païens, ceux qui nous demandent d’honorer les petites et honnêtes gens de chez nous, nos proches, nos prochains, et d’honorer aussi le brave soldat qui, avec l’humilité de sa condition, accomplit son devoir sans récriminer.

C’est en 1981 d’ailleurs que je rencontre pour la première fois Jean Mabire, en chair et en os, lors de la présentation du livre d’Olier Mordrel, Le Mythe de l’Hexagone, à Paris, dans une salle au pied de la Tour Montparnasse. Quand Jean Mabire est entré et s’est tout de go dirigé vers la table où Mordrel signait ses livres, c’est un véritable bulldozer de joie de vivre, de ferveur, d’énergie qui a fait irruption dans cette salle surchauffée et enfumée. Nous nous sommes simplement salué sans entamer la moindre conversation. Il faudra attendre quelques années, je crois, pour que nous nous retrouvions face à face, au “Dauphin”, à Paris, avec Pierre Vial et pour que nous entamions une conversation plus approfondie sur des sujets divers, tournant tous bien sûr autour des deux thèmes de fond qui nous sont chers : l’enracinement et l’aventure. J’y reviens. Depuis ce déjeuner au “Dauphin”, Mabire m’adressera chacun de ses livres, assortis d’une gentille dédicace.

Nous nous reverrons dans le Beaujolais, milieu des années 80, où le GRECE avait organisé une “Fête de la Communauté” et où Jean Mabire, ainsi que Robert Dun, tenaient des stands pour vendre et dédicacer leurs ouvrages. Guibert de Villenfagne de Sorinnes m’avait accompagné, avec son épouse et sa fille, et y a acheté le livre de Jean Mabire sur les Chasseurs alpins [Presses de la Cité, 1984] pour l’offrir à son père Jacques, un des organisateurs du régiment des Chasseurs ardennais, dès les années 20 avec le Colonel Chardome, puis combattant du front de la Lys pendant les “Dix-Huit” jours de mai 1940 et animateur du maquis de la Semois pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Quand Jean Mabire débarque à Bruxelles, fin des années 80, pour venir présenter ses ouvrages sur les “Bourguignons”, il me demande de lui servir de guide pour trouver la salle à Sterrebeek, qui doit le recevoir. Nous y apprenons la mort, sur l’autoroute Liège-Bruxelles, d’un ancien (très jeune) officier, venu chercher son exemplaire et sa dédicace particulière, lui, le défenseur des quais de Stettin à l’âge de 18 ans… J’avais connu son fils en 1983, qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, à l’Hôpital militaire de Neder-over-Hembeek, affligé qu’il était d’une maladie infectieuse, émacié sur son lit mais gardant, héritage paternel, un regard de feu et la fibre énergique que nous aimons voir vibrer chez nos interlocuteurs. La transmission avait été faite, aussi par l’apport d’Alexis Curvers et de Marcel Decorte, mais la Parque, méchante, avait tranché le fil qui reliait le Lieutenant Régibeau, valeureux Liégeois, à la vie.

Jean Mabire m’invite ensuite, près de dix ans plus tard, à l’Université d’été des “Oiseaux Migrateurs”, un mouvement de jeunesse qui lui tenait fort à cœur. Au programme de la journée que j’ai animée avec d’autres : le long processus d’unification de l’Hexagone à partir du bassin de la Seine et de l’axe Paris-Orléans, soit la distance la plus courte entre la Seine et la Loire. Belle leçon de géopolitique, sur le modèle d’un cours prodigué à l’École de guerre et évoqué, sous Weimar, par deux éminents géopolitologues allemands, aujourd’hui oubliés et pillés, Henning et Körholz ! Personnellement, je devais parler de l’époque de la christianisation de l’Europe, entre l’effondrement mérovingien, le renouveau pippinide et la renaissance carolingienne. Mais une fois de plus, ce furent nos longues conversations vespérales puis à la terrasse d’une taverne de village qui furent les plus passionnantes : sur la Normandie, sur la métapolitique, sur l’histoire en général et surtout, ces jours-là, sur l’œuvre de Marc Eemans, qui venait tout juste de décéder à Bruxelles. Mabire était fort ému : il avait appris le décès du peintre surréaliste, poète et historien de l’art quelques jours auparavant. Deux jours après l’annonce de cette triste nouvelle, Mabire avait reçu une dernière lettre du peintre, prouvant que celui-ci avait bien l’intention de demeurer actif, au-delà de ses 91 ans. Mabire avait déjà été victime de la maladie qui devait l’emporter un peu moins de huit ans plus tard : il avait gagné la première bataille. Il était heureux. Actif. Nous partagions le même dortoir, sur un matelas, à même le sol, comme en bivouac. Mabire était septuagénaire et ne craignait pas les nuits à la spartiate, sur une paillasse à même le carrelage. Je me suis promis de faire pareil, au moins jusqu’à 75 ans. Jusqu’ici, j’ai tenu ma promesse.

Je reverrai ensuite Mabire près de Lille, où il était venu prononcer une conférence sur Drieu la Rochelle dans le cadre des activités de Terre & Peuple, magistralement gérées par le camarade Pierre Loubry à l’époque. Mais, la plus poignante de nos rencontres fut incontestablement la dernière, début décembre 2005. C’était dans le cadre du Cercle de Bruxelles de l’époque, qui se réunissait le plus souvent rue des Renards, près du “Vieux Marché” (cher à Hergé qui l’a croqué dans Le Secret de la Licorne). Les membres et animateurs du Cercle de Bruxelles — dont le regretté Ivan de Duve, mort en mars 2014 —  avaient décidé de dîner avec Jean Mabire dans un restaurant animé par la Comtesse de Broqueville, la Flûte enchantée, également situé dans les Marolles. Ce restaurant était un resto du cœur de haute tenue : on y jouait du Mozart, forcément, mais aussi les meilleurs morceaux de jazz, on y avait organisé une bibliothèque et les démunis pouvaient manger chaque jour à leur faim un repas complet, en trois suites, pour 3,50 €, servi par des garçons en veste blanche, avec boutons argentés et belles épaulettes. Ceux-ci étaient généralement des musiciens ou des chanteurs d’opéra venus d’Europe orientale ou de l’ex-URSS, qui logeaient aux étages supérieurs pour un loyer plus que modeste et, en échange, servaient en semaine les démunis du quartier. Les samedis et les dimanches, le restaurant était ouvert au public : on y servait le même repas qu’aux démunis mais on le facturait 20 €. Les bénéfices étaient affectés à la cuisine et permettaient, sans déficit, de nourrir les déclassés pendant une semaine. Le Cercle de Bruxelles avait décidé de participer avec Jean Mabire, à une conférence organisée à la Flûte enchantée par les “Patagons”, les amis de Jean Raspail. Un couple qui avait vécu au fin fond de la Patagonie et y avait rencontré Raspail dans la gargotte au milieu de nulle part, qu’il avait construit de ses mains, nous a évoqué ces voyages de l’auteur du Camp des Saints dans un pays dont la nature est pleine de contrastes : où un glacier coule le long d’une forêt tropicale ou d’un désert aride. Les orateurs commentaient un vaste diaporama, illustrant cette luxuriance ou cette aridité, ces paysages si diversifiés. On comprenait dès lors la fascination de Raspail pour cette région du monde.

Après la conférence et le diaporama, les conversations sont allés bon train. Mabire était certes marqué par le mal sournois qui le rongeait. La présence de la maladie était palpable mais Maît’Jean, superbe, l’ignorait délibérément, faisait comme si elle n’était pas là. Il parlait comme il avait toujours parlé : Ana, Hupin, de Duve, moi-même, nous l’écoutions, muets, car il exprimait sans détours tous les enthousiasmes qui animaient sa carcasse d’enraciné normand, de combattant des Aurès, d’écrivain prolixe. Son érudition, dépourvue de toute sécheresse, relevait indubitablement de ce “gai savoir” que préconisait Nietzsche. Mabire, effectivement, avait franchi les caps que Nietzsche nous a invités à franchir : il n’était plus — et depuis longtemps ! — le chameau de la fable du Zarathoustra de Nietzsche qui traînait un savoir lourd et sans joie ni le lion qui se révoltait contre les pesanteurs des prêtrailles de tous poils et cassait tout autour de lui : il était devenu un compagnon de l’enfant joyeux et insouciant qui joue aux billes, qui ne voit malice nulle part, qui n’est pas affecté par les pesanteurs et les ressentiments des “derniers hommes”. La faconde de Jean Mabire, en ce 9 décembre 2005, a été une formidable leçon de virilité romaine, de stoïcisme joyeux. Le flot ininterrompu des joies et des aventures, des pieds-de-nez aux sots qui nous gouvernent ou, pire, veulent gouverner nos âmes, ne doit pas s’interrompre, même si l’on doit mourir demain. En écrivant ces lignes, je nous revois sur le trottoir, en face de la “Flûte enchantée”, et je revois les yeux perçants de Mabire qui se braquent sur moi et m’intiment l’ordre de continuer le combat auquel il ne pourra bientôt plus participer. Et puis il me serre longuement la pince, la secoue doucement : je sens l’adieu du chef. Je ne pourrai plus jamais me dérober. Je me disais souvent : “J’y suis, j’y reste !”. Après l’ultime poignée de main de Mabire, je dis : “J’y suis et j’y resterai !”.

Telle fut donc ma dernière rencontre avec Mabire. La plupart de nos conversations passaient toutefois par le téléphone. Comment exprimer l’essentiel de ce qui est passé entre lui et moi, entre l’écrivain et le lecteur, entre l’ancien qui évoque ses idées et ses sentiments et le jeune homme qui écoute ? Mabire, c’est avant tout un charisme, sûrement inégalé dans l’espace politico-idéologique qui est le nôtre. Mabire a traité des sujets brûlants, controversés, sans jamais blâmer les hommes dont il décrivait les aventures et les sentiments, fussent-ils totalement contraires aux principes figés de la “rectitude politique”. Mabire était capable de balayer les objections par le simple ton de sa voix, toujours enjouée et chaleureuse. Et de fait, Mabire n’a jamais été vraiment attaqué par les petits organes de presse, chargés par le système et ses polices de traquer les non-conformistes et de leur tailler “un beau costume”, pour qu’ils soient honnis par la postérité, houspillés hors des cercles où l’on cause, hors des médias, couverts d’opprobre. Souverain et parfaitement maître de sa propre parole, Mabire a largement échappé, grâce à son charisme si particulier, aux chasses aux sorcières, dont il n’aurait, de toutes les façons, pas eu cure.

Le fond philosophique de la vision du monde de Mabire est un existentialisme, le seul vrai. Né dans la seconde moitié des années 20, Mabire vit son adolescence pendant la Seconde Guerre mondiale et arrive à l’âge adulte en 1945, quand sa Normandie a été totalement ravagée par les bombardements alliés et les combats, quand s’amorcent des années de déchéance et de misère pour la vieille Europe, une ère noire que les historiens ne commencent qu’à décrire aujourd’hui, notamment dans les pays anglo-saxons : je pense à Ian Buruma et à Keith Lowe, auteurs de livres à grand succès sur la déréliction de l’Europe entre 1945 et 1952. L’engouement littéraire de cette époque est l’existentialisme, dont on ne retient que les figures de Sartre et de Camus, avec leur cynisme ou leurs interrogations morales biscornues et alambiquées. Cependant le primat de l’existence sur l’essence — ou plutôt le primat de l’existence sur les fabrications purement intellectuelles ou les morales désincarnées — peut s’interpréter en un tout autre langage : l’aventure, la projection de soi vers un monde souvent dangereux, vers un monde non conforme, sont des formes d’engagement, politique ou non, plus pétulantes, plus enthousiastes, plus fortes que l’immersion facile dans les glauques caves “existentialistes” des quartiers branchés de Paris dans les années 50 où l’on protestait en abandonnant toute tenue, toute forme et surtout toute éthique. L’œuvre toute entière de Mabire, y compris son œuvre militaire, est l’affirmation haute et claire du primat des existences fortes, des volontés tranchées mais cette fois trempées dans une beauté, une luminosité, une éthique naturelle et non affichée, que le sinistre sartrisme, ponctué de sa jactance politicienne et communisante, ne possédait évidemment pas. Bernard Garcet, qui avait animé les écoles de cadre du mouvement Jeune Europe de Jean Thiriart, au moment où Mabire, avec Venner, côtoyait Europe-Action, le MNP et le REL, nous a un jour rappelé un cours qu’il avait donné et où était esquissée l’humanité idéale que devait incarner le militant de Jeune Europe : une humanité enracinée et désinstallée. Quant à l’humanité en déchéance qui avait promu la société triviale du “coca-cola et du frigidaire de Tokyo à San Francisco”, elle était, aux yeux des cadres formateurs de “Jeune Europe”, déracinée et installée. Mabire recourait aux racines, — normandes pour lui — et prônait le grand large, l’aventure, le désinstallement. Le bourgeois frileux, fustigé par tous les existentialistes, y compris les sartriens, n’avait plus le souci de ses racines et s’installait dans un confort matériel post bellum que secoueront pendant un bref moment les plus pugnaces des soixante-huitards. Mabire a donc été un homme de son temps. Mais il a clairement dépassé l’existentialisme mainstream de la place de Paris, qui n’est qu’une sinistre caricature, expression de la trivialité d’une époque de déclin, d’endormissement des énergies.

La désinstallation, pour Mabire, était éveil et aventure. La notion d’éveil, chez lui, est un éveil permanent au message subtil des racines, à leur chant intérieur qui doit nous saisir et nous mobiliser entièrement. C’est dans cet esprit que Maît’Jean a voulu entamer une longue enquête sur les “éveilleurs de peuple”, dont, hélas, un seul volume seulement paraîtra chez Fayard, vu le désintérêt du public français pour ces figures d’Irlande, de Hongrie ou de Danemark. La notion d’éveilleur est la marque la plus patente du Jungkonservativismus de Mabire. Il entend conserver les valeurs innées du peuple, avec ses éveilleurs, mais les mettre au service d’un bouleversement régénérateur qui va culbuter les notables moisis de l’univers de Mauriac, les modérés d’Abel Bonnard, ceux qui se délectent dans les compromis. Mais l’élément “jung”, l’élément de jeunesse, est précisément ce qui doit redonner en permanence un élan nouveau, un “Schwung”, à une entité politique ou à un groupe ethnique marginalisé et persécuté. Cela amène notre Maît’Jean tout droit dans l’optique de la philosophie sphérique de l’histoire, mise en exergue par Armin Mohler dans son célèbre ouvrage sur la “révolution conservatrice” allemande des années 1918-1932. Pour la “révolution conservatrice”, tributaire de la nietzschéanisation de la pensée allemande, le temps historique n’est ni linéaire ni cyclique, c’est-à-dire ni messianique/déterminé ni répétitif/déterminé mais sphérique, c’est-à-dire qu’il reçoit à intervalle régulier — quand les âmes cessent soudain de subir le processus d’endormissement — l’impulsion d’élites, de peuples vivants, de personnalités énergiques, donc d’éveilleurs, qui le poussent dans le sens voulu par leurs volontés. Il n’y a pas d’existentialisme possible sans ces cœurs rebelles, sans ces cerveaux hardis, sans ces peuples enracinés, sans ces éveilleurs aventureux.

Jean Mabire est aussi notre encyclopédiste. Sa série “Que lire ?”, issue d’une chronique dans National-Hebdo, nous indique la voie à suivre pour saisir justement, dans les patrimoines littéraires européens, toutes les facettes possibles de cet existentialisme profond et impassable qui fera, un jour encore, bouger les choses, culbutera les institutions vermoulues, impulsera à la sphère du temps une direction nouvelle. Les “Que lire ?” sont donc des bréviaires, qui attendent, d’une génération nouvelle, de recevoir suite. Où sont les volontaires pour constituer l’équipe ?

Robert Steuckers, Forest-Flotzenberg, 25 mai 2014.

Lire aussi :  « Il fut beaucoup plus que cela », préface de Dominique Venner à : Bibliographie de Jean Mabire, Alain de Benoist, édité par l’Association des Amis de Jean Mabire (15 rue de Breuilles, 17330 Bernay Saint Martin - 9 €).

Écouter : émission Méridien zéro n°44

Textes de JM disponibles sur ce site :

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/18