dimanche 22 juin 2014

Sondage Ipsos : un Français sur cinq croirait à l’existence des Illuminati

Un Français sur cinq croit à l’existence de cette société secrète et est convaincu que ses membres « tirent les ficelles de l’économie mondiale », selon un sondage Ipsos pour Fleuve Editions, révélé mercredi 18 juin par Le Parisien.Le quotidien trouve d’ailleurs cela « préoccupant »… Mais pour qui ?
La société secrète des Illuminati, appelée originellement « illuminés de Bavière » est censée avoir été dissoute fin XVIIIe par le gouvernement bavarois, ce qui a toujours été contesté, notamment par l’abbé Barruel qui dans ses fameuses mémoires, lui prête un rôle fondamental dans la Révolution française.
Le quotidien explique que « les adeptes de la théorie du complot sont persuadés que depuis sa disparition, en 1789, elle a basculé dans la clandestinité ».
Le thème des Illuminati est en quelque sorte devenu à la mode après avoir fait l’objet d’un roman de l’écrivain scandaleux Dan Brown, en 2000.
« Peu de spécialistes pensaient que le phénomène Illuminati avait pris une telle ampleur, souligne Le ParisienLa Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires [elle-même dirigée par des franc-maçons...-NDCI], estimait ainsi récemment qu’un ‘mouvement de fond’ était en train d’émerger, mais sans pouvoir le quantifier. »
L’étude exclusive Ipsos pour Fleuve Editions a été réalisée en mai 2014 sur un panel de 1 500 individus de 15 à 65 ans.

22 juin 1633 : procès de Galilée.

La sentence est rendue au couvent dominicain de Santa-Maria, ce jour là. L'affaire devient avant même la révolution un exemple de désinformation pour discréditer l'Eglise catholique et montrer que la science et la foi sont incompatibles. Qu'enseigne-t-on à l'école sur le sujet ? Jean Sévillia dans son livreHistoriquement incorrect, (Ed. de la loupe, page 96 à 129) rappelle ce qu'écrivait Arthur Koestler dans Les somnambules en 1961 :
« Galilée n'a pas inventé le télescope. Ni le microscope, ni le thermomètre. Ni l'horloge à balancier. Il n'a pas découvert la loi d'inertie ; ni le parallélogramme de forces ou de mouvements ; ni les taches du soleil. Il n'a apporté aucune contribution à l'astronomie théorique, il n'a pas laissé tomber de poids du haut de la tour de Pise, il n'a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n'a pas été torturé par l'Inquisition, il n'a point langui dans ses cachots, il n'a pas dit « Eppur si muove »(*), il n'a pas été un martyr de la science. »
(*)« et pourtant elle tourne » phrase apocryphe de l'italien Giuseppe Baretti écrite à Londres en 1757, selon Jean Sévillia
En fait au XVème siècle Nicolas Copernic, prêtre polonais scientifique important énonce une théorie sans la prouver : le mouvement des planètes s'expliquerait mieux s'il était ordonné autour du soleil plutôt que de la terre. Il construit un modèle mathématique, l'héliocentrisme. Ses travaux sont très bien accueillis à Rome Seul Luther le traite de fou. D'ailleurs, tous les réformés s'opposent à ses travaux ! Et pourtant, c'est l'Eglise catholique qui se voit intenter un procès d'obscurantisme ! Pendant plus de cent ans, c'est l'Eglise qui défend les scientifiques contre les adversaires de l'héliocentrisme !Elle va même jusqu'à protéger les scientifiques protestants comme l'allemand Johannes Kepler, qui trouve refuge chez les Jésuites après des découvertes complémentaires à la théorie de Copernic. Alors pourquoi la condamnation de Galilée ?
En 1609, il s'attribue la découverte d'un opticien hollandais ; mais le plus grave est que malgré la protection du cardinal Barberini, futur pape, tous ses écrits sont polémistes. Il ne démontre rien, il affirme et mais ses adversaires au défis de prouver qu'il a tord. Selon Jean Sévillia, son caractère hautain et méprisant est pour beaucoup dans sa condamnation.
Par deux fois l'Inquisition affirment qu'elle ne trouve pas d'hérésie dans les écrits de Galilée (1615). Ses détracteurs s'attaquent alors aux écrits de Copernic et à une époque où tout le monde croit que la terre est le centre du soleil, l'Eglise demande simplement à Galilée de présenter ses écrits non comme la vérité mais comme une théorie puisque ni Copernic, ni lui ne sont capable de prouver ce qu'ils ont avancé. Les cardinaux qui le protègent lui demandent aussi de ne pas mélanger les saintes écritures à ses écrits.
Il accepte et tient sa promesse pendant 7 ans. Pendant cette période non seulement il n'apporte aucune preuve à ses théories mais se met à dos les jésuites qu'il ridiculise sur le sujet du déplacement des comètes alors que ce sont eux, en la personne du père Grassi, astronome du romain, qui ont raison :
« Vous n'y pouvez rien, il a été donné à moi seul, de découvrir tous les nouveaux phénomènes du ciel, et rien aux autres. » (*)
(*)Jean Sévillia Historiquement incorrect, (Ed. de la loupe, page 113)
En 1624 son protecteur le cardinal Barberini est élu pape. Galilée lui expose un projet de livre comparant les différents systèmes : Ptolémée, Copernic, Kepler. Le pape l'encourage en lui conseillant de les présentés tous les trois comme des théories et surtout de ne pas y mêler la religion.
Le livre terminé Galilée demande l'imprimatur au Saint Office ; ce dont il n'a pas besoin pour un livre scientifique. Il l'obtient moyennant quelques modifications et rajout qu'il accepte. L'imprimatur signifie que le livre doit être imprimé à Rome. Il le fait imprimer à Florence et en profite pour le faire paraître avec l'imprimatur mais en ayant totalement changé le texte.
L'inquisition se saisie bientôt du sujet et, malgré l'amitié que le pape lui accorde toujours. Galilée passe en jugement. Les règles juridiques sont grandement adoucies à la demande du Saint-Père. Le jugement tombe et lui reproche son manque d'obéissance et son mensonge, mais aussi l'absence de preuve dans ce qu'il présente comme la vérité et non une hypothèse. L'utilisation des Ecritures dans ses écrits le fait condamner aussi pour hérésie formelle.
Jean Sévillia note que la sentence du 22 juin est modérée : interdiction d'enseigner et de se livrer à l'interprétation des écritures, mise à l'index de son livre le Dialogue, une peine de prison sans durée fixé (il sera assigné à résidence chez l'ambassadeur de Florence 5 mois !) et la récitation hebdomadaire pendant 7ans des psaumes de la pénitence. C'est d'ailleurs sa fille aînée religieuse qui le fera à sa place !

samedi 21 juin 2014

Sur Nouvel Arbitre, un excellent article sur Maurras et la décentralisation

[A la rencontre d’un texte ] Charles Maurras et l’Idée de décentralisation.
« Il suffit de se demander à qui profitent l’émiettement de la Nation en individus et la toute-puissance de l’Etat centralisateur. » 
A l’aube d’une session extraordinaire à l’assemblée nationale au sujet de la réforme territoriale, une redécouverte de l’article de Charles Maurras en 1898 au sujet de la décentralisation ne peut être que fructueuse. Vous pouvez retrouver ce texte ici .
S’il regrette que le terme décentralisation puisse sembler être un terme vague, Maurras lui offre une définition alléchante : « On appelle décentralisation un ensemble de réformes destinées à reconstituer la patrie, à lui refaire une tête libre et un corps vigoureux. » Une vision qui ne pouvait que séduire les amoureux du pays réel puisque ses premiers instigateurs auraient été des proches de Louis de Bonald.
Le sens de la décentralisation
Pour Maurras la Nation donne tout à l’Homme qui ne naît finalement à la citoyenneté qu’une fois devenu digne de cet héritage. Cette Nation doit être servie par un pouvoir fort garant de l’unité nationale, de la concorde et protégeant les Français des germes du désordre. Dès lors la question de la décentralisation pourrait semble paradoxale dans le logiciel maurassien. Loin s’en faut, en effet le provençal annonce : « On ne rétablira chez nous une autorité permanente, un pouvoir central durable, responsable et fort, qu’au moyen de libertés locales étendues. » [...]
La suite ici

Les origines des Néandertaliens datent d'au moins 430.000 ans

Jusqu'alors, on évaluait à 330.000 ans les origines de ces hominidés…
Les origines de l'homme de Néandertal remontent à au moins 430.000 ans selon certains traits de ces cousins éteints de l'homme moderne trouvés sur des crânes découverts en Espagne qui apportent un nouvel éclairage sur l'évolution des hominidés.
« Ce sont sans aucun doute les traits morphologiques de Néandertaliens les plus anciens trouvés à ce jour», a souligné lors d'une conférence de presse téléphonique Juan-Luis Arsuaga, professeur de paléontologie à l'université Complutense de Madrid, principal auteur de ces travaux publiés jeudi dans la revue américaine Science.
Les précédentes recherches dataient l'émergence de l'homme de Néandertal quelque 100.000 ans plus tard.
Objet de controverses
Selon ces chercheurs, cette découverte permet aussi d'affirmer que le plus récent ancêtre commun de l'homme moderne et des Néandertaliens est antérieur à 430.000 ans.
Cette étude a été effectuée sur dix-sept crânes partiels ou presque complets excavés du célèbre site préhistorique de la Sima de Los Huesos près de Burgos dans le Nord de l'Espagne.
« Avec ces crânes, il a été possible de déterminer pour la première fois des caractéristiques morphologiques crâniennes d'un groupe d'hominidés qui vivaient en Europe au Pléistocène moyen» soit entre 400 et 500.000 ans dans le passé, souligne Ignacio Martinez, un paléontologue de l'Université d'Alcalá (Espagne), un des co-auteurs.
Durant cette époque clé et objet de controverses scientifiques, des hominidés primitifs se sont séparés des autres groupes qui vivaient en Afrique ou en Asie de l'Est pour venir s'établir en Eurasie où les caractéristiques qui allaient définir la lignée néandertalienne sont apparues, expliquent ces scientifiques.
Plusieurs centaines de milliers d'années plus tard, l'homme moderne, venu d'Afrique, s'est à son tour installé en Eurasie coexistant avec les Néandertaliens avec qui il y a eu des croisements limités. Ces derniers ont disparu il y a environ 28.000 ans.
Des dents utilisées comme une troisième main
Les crânes étudiés par ces chercheurs présentent des traits néandertaliens seulement sur la face et les dents. La boîte crânienne présente des traits correspondants à des hominidés plus primitifs.
« Ces caractéristiques morphologiques, nous laissent penser que les occupants de la Sima appartenaient au clade de Néandertal même s'ils n'étaient pas forcément les ancêtres directs des Néandertaliens classiques», souligne le professeur Arsuaga.
« Ils appartenaient à une lignée européenne précoce qui a ensuite inclu les Néandertaliens», ajoute-t-il.
Le point le plus important est le fait qu'un grand nombre de traits néandertaliens observés sur ces crânes manifestaient des activités de mastication, notamment les incisives qui présentent une forte usure.
« C'est comme si ces dents avaient été utilisées comme une troisième main ce qui est typique des Néandertaliens», souligne le professeur Arsuaga.
Ces scientifiques estiment que l'évolution de la face a été la première étape dans l'évolution de l'homme de Néandertal qui n'a pas évolué de manière linéaire mais à différents moments.
Site exploité depuis trente ans
« Durant des décennies, la nature du processus évolutif qui a donné naissance aux Néandertaliens a fait l'objet d'un débat et une question importante était de savoir si ce processus a concerné l'ensemble du crâne dès le début ou si différentes parties du crâne ont évolué séparément au cours du temps», explique Ignacio Martinez.
Ces chercheurs ont aussi constaté combien les individus de la grotte de Sima étaient similaires. Les autres fossiles de la même période géologique sont différents et ne correspondent pas aux caractéristiques morphologiques des occupants de la Sima. Cela signifie, selon les auteurs, qu'il existait une grande diversité entre les populations d'hominidés dans cette période de la préhistoire.
Il apparaît ainsi que plus d'une lignée de ces groupes ont coexisté en Europe il y a plus de 400.000 ans et que celle représentée sur le site de la Sima était plus proche des Néandertaliens.
Le site de la Sima est exploité depuis 1984. Depuis 30 ans, près de 7.000 fossiles humains correspondant à toutes les parties du squelette d'au-moins 28 individus ont été mis au jour.
20 Minutes avec AFP :: lien

vendredi 20 juin 2014

Passé Présent N°16

Prosateur admirable mais faux contre-révolutionnaire : François-René de Chateaubriand

Parmi les Maîtres de la Contre-Révolution que j'ai évoqués dans RIVAROL à l'automne 2012, c'est volontairement que je n'ai pas fait figurer Chateaubriand. Non que j'éprouve la moindre aversion envers ce prosateur admirable qui fut aussi un cœur noble et orgueilleux et un paladin ombrageux de la légitimité monarchique. Mais, malgré ses pages grandioses et magnifiques, il ne fut pas du tout contre-révolutionnaire. C'est ce que j'entends montrer en ce bicentenaire de la Restauration à laquelle son pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, publié justement en mars 1814, apporta une contribution remarquable.
J'ai follement aimé dans mon enfance ce poème de François-René, simple et nostalgique, que l'on m'avait fait apprendre en récitation à l'école de Frères et que je n'ai jamais oublié : « Combien j'ai douce souvenance /Du joli lieu de ma naissance ! / Ma sœur, qu'ils étaient beaux les jours /De France ! / O mon pays, sois mes amours / Toujours !... » Ses premières années de « compagnon des flots et des vents » qu'il vécut sur la grève de la pleine mer avec les enfants du pays le marquèrent pour toujours, car c'est là, non loin de Saint-Malo, que sa mère lui avait « infligé la vie », comme il devait dire plus tard, le 4 septembre 1768. Dernier né d'une lignée de hobereaux fiers mais ruinés, il acquit aux collèges de Dol et de Rennes quelques éléments d'une éducation chrétienne et classique, jusqu'à seize ans où il vint séjourner au château de Com-bourg. Dans ce lieu triste entouré de landes et de forêts allait se développer sans frein son imagination et se nourrir sa mélancolie, hors de toute réalité et de toute activité concrète. Il semble avoir songé à finir par le suicide une vie si désenchantée.
Son père lui ayant obtenu un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre, il partit pour Paris en 1787, fréquenta les poètes à la mode et, sous l'influence des encyclopédistes et des rousseauistes, il perdit ta foi. Le 14 juillet 1789, les têtes de l'intendant de Paris, Berthier de Sauvigny, et du beau-père de celui-ci, Foulon de Doué, qu'il vit passer au bout des piques changèrent ses dispositions politiques : « J'eus horreur des festins de cannibales et l'idée de quitter la France pour quelque pays lointain germa dans mon esprit ». Ainsi se retrouva-t-il en Amérique en 1791, où il put découvrir des paysages à la mesure de ses rêves et faire provision d'images et de couleurs pour son œuvre future. Il était sûr d'avoir rencontré là-bas l'homme primitif, le bon sauvage... Mais la nouvelle de l'arrestation de Louis XVI à Varennes l'incita à rentrer en France ; il se laissa marier à Céleste de Lavigne, puis émigra et s'engagea sans grande conviction dans l'Armée contre-révolutionnaire des princes (comtes de Provence et d'Artois), où il fut blessé. Puis il passa à Londres quelques années de misère, où il voulut composer « l'épopée de l'homme de la nature » et ce furent les Natchez, livre étrange, emphatique, naïf qui se voulait un essai épique sur l'homme primitif opposé aux conventions de la civilisation raffinée. François-René n'allait le publier qu'en 1826 en France. Toujours de cette période anglaise, date son Essai sur les Révolutions (1796), livre de doute et de douleur, où il entendait montrer que l'humanité n'est pas en progrès et qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les personnages et les principaux traits de la Révolution française. Avait-il donc rompu avec les encyclopédistes au sujet de la notion de progrès ? Il proclamait la nécessité et la beauté de la religion, mais en la confondant avec la superstition et en considérant le christianisme comme fini... Un sceptique qui cherchait sa voie.
J'AI PLEURÉ ET J'AI CRU
1798 : à la mort de sa mère, puis de sa sœur, Mme de Farcy, il recouvra la foi : « Ces deux voix sorties du tombeau, cette mort qui servait d'interprète à la mort, m'ont frappé, je suis devenu chrétien : je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles ; ma conviction est sortie du cœur : j'ai pleuré et j'ai cru ». Voilà François-René libéré des sophistes qui l'avaient égaré un moment et renouant avec la religion de sa race et de son enfance ; il voudrait mettre désormais sa plume au service de sa foi reconquise.
Rayé de la liste des émigrés grâce à son ami Louis de Fontanes, futur grand-maître de l'Université napoléonienne, il rentra à Paris « avec le siècle » en 1800. C'était au moment où Napoléon Bonaparte, Premier consul, s'apprêtait à signer le Concordat (10 avril1801), rendant à l'Église catholique dans certaines limites sa place dans la Cité. François-René vit que l'heure était venue de publier le livre qu'il portait en lui depuis sa "conversion" : ce fut alors Le Génie du christianisme, sorti le mercredi saint 1802. Pour tâter le terrain, il avait d'abord lancé Atala dès 1801, une nouvelle racontant les amours de Chactas et d'Atala dans les forêts solitaires et agitées par la tempête ; ce poème partagé en fragments lyriques et écrit en prose rythmée, voulait montrer l'harmonie de la religion avec les grandes scènes de la nature. Puis François-René ajouta une deuxième nouvelle, René, l'image de lui-même et de tous les désenchantés qui soupiraient après un rêve insaisissable, il plaça les deux nouvelles en introduction à la première édition de son Génie du christianisme (1802), manière d'expliquer que pour lui le "mal du siècle" et les désolations ombrageuses d'après la Révolution ne pouvaient trouver abri que dans le christianisme.
LE CHRISTIANISME, COMME SOURCE DE POÉSIE
Le Génie était une apologie de la religion chrétienne, mais d'un genre bien spécial : pas question d'en prouver la vérité, mais seulement de dire, contre les "Lumières", que la religion chrétienne est belle, qu'elle inspire des belles actions et de belles pensées, qu'elle sert la poésie : les dogmes sont beaux à considérer, et répondent aux aspirations du cœur ; le christianisme, par sa doctrine, par sa conception de la vie, est une source de poésie vivante ; l'art issu de la religion est splendide (François-René réhabilitait avec raison la cathédrale gothique) ; les cérémonies chrétiennes sont poétiques.
On remarque aisément les limites de cette argumentation. L'ouvrage toutefois atteignit parfaitement son but qui était d'émouvoir d'innombrables lecteurs par une langue visuelle et colorée. Chateaubriand devint illustre ; il avait réussi à ruiner le préjugé anti-chrétien et à prouver que le christianisme est une religion belle et humaine. Le sentiment religieux allait être à la mode dans la littérature pour quelques générations. Reste que, sous cette plume magnifique, la religion perdit en profondeur ce qu'elle avait gagné en couleurs et qu'elle allait peu à peu se réduire, pour beaucoup, aune forme de sensibilité, voire - comme devait dire Maurras - à un « déisme sentimental » qui permet, au nom de l'idée de Dieu, « d'attribuer à l'infini ses propre bassesses » et de s'autoriser toutes les rébellions. Il faut, en effet, la force des dogmes et de l'organisation catholiques pour sauver l'idée d'un Dieu immuable qui échappe aux égarements du cœur, et même de la raison raisonneuse... Sinon, on relègue dans l'ombre les caractères essentiels de la religion chrétienne qui sont d'être vraie et surnaturellement révélée. Désireux de se l'attacher, l'empereur Napoléon nomma François-René secrétaire d'ambassade à Rome, puis en 1804 ministre dans le Valais.
Mais, le 21 mars 1804, en apprenant l'arrestation et l'assassinat du duc d'Enghien, sur ordre du Premier consul, il n'hésita pas : lui qui avait commencé une belle carrière dans la diplomatie, il donna aussitôt sa démission, décidé à vivre de sa plume, et d'un article, de temps à autre, dans le Mercure qui allait mettre Napoléon, devenu empereur, en fureur. Il ne fut toutefois pas exilé, car l'empereur aimait son style et avait un faible pour lui et cet opposant de salon était alors l'idole du Faubourg Saint-Germain... Désireux d'écrire une épopée chrétienne qui mettrait en relief la supériorité poétique du christianisme sur le paganisme, il partit pour la Grèce et pour Jérusalem. De là sortirent Les Martyrs et Y Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), œuvres de puissantes évocations, presque résurrections du passé.
DE BONAPARTE AUX BOURBONS : L'ÉTERNEL OPPOSANT
Retour sur la scène politique en 1814 : son De Buonaparte et des Bourbons, publié en mars, connut un immense succès, car cette brochure venait à son heure en une conjoncture où les Français ne savaient plus très bien à quel régime se donner. Louis XVIII devait reconnaître que cette brochure l'avait aidé plus qu'une armée de plusieurs milliers d'hommes.
En 1816, nouveau geste de refus. Ministre sans porte-feuille, Chateaubriand critiquait vivement, dans La monarchie selon la Charte, le ministère dont il faisait partie. Exclus, il redevint un homme d'opposition, à la tête du Conservateur. Après l'assassinat du duc de Berry par le bonapartiste Louis-Pierre Louvel, le 13 février 1820, Chateaubriand contribua à renverser le ministère Decazes : « Le poignard qui a tué le duc de Berry est une idée libérale », s'écria-t-il à la Chambre des députés. Après de brillantes ambassades à Berlin, à Londres, il devint à nouveau ministre de janvier 1823 à juin 1824 et remporta un beau succès : « "ma " guerre d'Espagne ». Là où Napoléon avait échoué, il avait réussi. Il venait de donner à la Restauration la gloire militaire qui lui manquait tant... Il se crut alors un si grand homme qu'il en devint insupportable et il se trouva tout surpris de recevoir un billet de Louis XVIII l'avertissant qu'il n'était plus ministre : « On me met à la porte comme si j'avais volé la montre du roi sur la cheminée. »
Vexé, il travailla à rapprocher les oppositions d'extrême-droite et de gauche et, bien que monarchiste, il allait porter une grande part de responsabilité dans le courant d'opinion qui contribua à la révolution de 1830 et à la chute de Charles X. Sa fidélité à la branche aînée des Bourbons lui valut quelques jours de cellule pour avoir voulu aider la duchesse de Berry à conspirer pour sauver l'avenir de son fils, le petit duc de Bordeaux, futur comte de Chambord. Durant la Monarchie de Juillet, refusant toute pension au nom de son sens de l'honneur, il se situa dans l'opposition, mais il se consacra à la rédaction de ses Mémoires d'outre-tombe, un essai d'autobiographie qui ne manquait pas de charme et qui contenait des pages inoubliables, où son imagination le poussait à se montrer plus grand qu'il n'était...
Cette vie que sa mère lui avait "infligée" en 1768 s'éteignit à quatre-vingts ans le 4 juillet 1848, quelques mois après la révolution de février qui renversa Louis-Philippe 1er, "roi des Français", qu'il ne voulut jamais servir. Son cercueil fut déposé dans l'îlot du Grand-Bé, en face de Saint-Malo, dans un roc solitaire en face de l'océan, à l'endroit qu'il avait voulu lui-même pour sépulture, comme un dernier défi aux forces déchaînées de la mer...
LE POÈTE DE L'HONNEUR
Lui qui, selon le mot du duc de Lévis Mirepoix, « daignait à peine se retourner pour voir si on le suivait(1) », n'allait cesser d'entraîner dans son sillage les esprits les plus éclatants de son siècle.
Fut-ce pour leur bien ? On ne peut nier que Chateaubriand a considérablement renouvelé les thèmes littéraires et même l'art d'écrire : chez lui la langue était colorée, musicale, imaginative. Maurras y a vu le danger d'accorder plus d'importance aux mots qu'à l'ordre des mots, de trop donner à ceux-ci une couleur de sensualité, mais plus grave est assurément chez François-René le goût pour les grandeurs que la vie a désertées. Cet homme qui aurait voulu ne pas être né, qui, comme on l'a dit, a « baillé sa vie » et « théâtralisé son existence(2) », qui a cultivé « le génie de se mettre en scène(3) », qui fut un serviteur bien incommode de la royauté, et qui s'affirmait « féodalement libéral », promenait en fait une âme de révolté qui ne voyait dans les choses que leur force de l'émouvoir. Tout d'après lui-même ! Lisons encore Maurras : « Race de naufrageurs et de faiseurs d'épaves, oiseau rapace et solitaire, amateur de charniers, Chateaubriand n'a jamais cherché, dans la mort et le passé, le transmissible, le fécond, le traditionnel, l'éternel : mais le passé comme passé et la mort comme mort furent ses uniques plaisirs. Loin de rien conserver, il fit au besoin des dégâts afin de se donner de plus sûrs motifs de regrets.(4) »
Hélas, cet homme qui n'a pas manqué de grandeur et qui ne cesse d'être attachant, notamment par son sens exemplaire de l'honneur, a quand même travaillé au profit de l'individualisme révolutionnaire. Ce nécrologue, beaucoup plus que serviteur, de la monarchie ne peut être reconnu comme un vrai contre-révolutionnaire.
Michel Fromentoux Rivarol du 30 mai 2014
1. Duc de Lévis-Mirepoix : Histoire de l'individualisme français. Plon. 
2. Jean-François Chiappe : La France et le Roi. Perrin 1994 
3. Ghislain de Diesbach : Chateaubriand. Perrin, 1998
4. Charles Maurras : Trois idées politiques : Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve. In Œuvres capitales, Essais politiques. Flammarion, 1954

jeudi 19 juin 2014

Christine de Pisan (1364 - 1431) Femme de lettres et féministe

Christine de Pisan est la première femme à avoir vécu de sa plume, la première « femme écrivain » donc. Italienne originaire du village de Pizzano, dans les montages proches de Bologne, elle est née à Venise en 1365.
Son père est un célèbre professeur de médecine et d'astrologie. Dans l'Italie de la Renaissance, ces deux disciplines vont de pair car chacun est convaincu que Dieu se manifeste par des échanges entre les étoiles qui brillent dans le ciel et les hommes qui peuplent la Terre. Il importe donc de savoir interroger les étoiles pour guérir les hommes ou prévenir des malheurs.
Devenu le médecin et l'astrologue du roi de France Charles V, le père de Christine fait venir celle-ci ainsi que toute sa famille à Paris, auprès de lui. Il encourage les penchants de sa fille pour la lecture mais ne lui en impose pas moins un mari quand elle arrive à l'âge de quinze ans.
Christine se soumet à la coutume et devient bonne épouse et bonne mère. Mais dix ans plus tard, son mari décède brutalement et la jeune veuve éplorée, contre tous les usages, fait le choix de ne pas se remarier et d'élever seule ses trois enfants. 
Au roi Charles V a succédé son fils Charles VI et Christine de Pisan voit s'éloigner ses protecteurs traditionnels. Les difficultés s'accumulent.
Du fait de son éducation, elle déjoue avec habileté les pièges tendus par les créanciers de son défunt mari et réussit à récupérer les sommes qui lui sont dues. Disposant de temps libre, elle se remet à la lecture et écrit de petits textes pour son plaisir personnel puis un livre sur les caprices de la Fortune.
Ses écrits ravissent la cour et le duc de Bourgogne Philippe le Hardi lui propose alors d'écrire la vie de son frère, le roi défunt Charles V le Sage. C'est ainsi qu'elle lui livre en 1404 Le Livre des fais et bonnes moeurs du sage roi Charles V.
Le portrait qu'elle fait du roi coïncide avec celui qu'en font les historiens modernes. Elle dépeint un homme de bureau, efficace et compétent, autrement plus performant que les rois batailleurs qui l'ont précédé :
« Ce roi, par son sens, sa magnanimité, sa force, sa clémence et sa libéralité désencombra le pays de ses ennemis tant qu'ils n'y firent plus leurs chevauchées. Et lui, sans se mouvoir de ses palais et sièges royaux, reconquit, refit et augmenta son royaume qui, auparavant, avait été désolé, perdu et dépris par ses devanciers portant les armes très chevalereux »(Christine de Pisan, Livre des fais et bonnes moeurs du sage roi Charles V, début XVe siècle).
Le succès éloigne les difficultés matérielles. Les commandes affluent, motivées moins par la qualité de son style, discutable, que par la nature insolite d'une femme de lettres. Christine de Pisan s'entoure d'un véritable atelier de production avec des copistes et des enlumineurs. Elle-même se fait représenter dans les illustrations de ses manuscrits.
Elle s'en prend aussi aux allusions érotiques, sexuelles ou franchement misogynes duRoman de la Rose, un recueil poétique écrit par Guillaume de Lorris et Jean de Meung entre 1230 et 1280 et très apprécié par les lettrés de son temps. En réaction, elle publie un manifeste destiné à magnifier le rôle des femmes dans l'Histoire. C'est La Cité des Dames.Elle ne manque pas de plaider la cause des femmes dans ses recueils poétiques avec par exemple ces conseils adressés aux hommes :
« Ne sois déceveur de femmes
Honore-les, ne les diffame.
Contente-toi d'en aimer une
Et ne prends querelle à aucune »
.
Mais le climat s'obscurcit à mesure que montent les rivalités à la cour et au Conseil de régence qui entoure Charles VI le Fou. Après la défaite des troupes royales à Azincourt et l'occupation de Paris par les Anglais, Christine de Pisan tire sa révérence. En 1418, elle entre au couvent comme beaucoup de dames de son âge. 
Mais alors que la mort se rapproche, elle apprend une nouvelle incroyable : une Pucelle a sauvé le royaume de la déréliction et tient tête aux Anglais. Enthousiaste, elle se remet à son pupitre et écrit son dernier livre, qui est aussi le premier document sur Jeanne d'Arc : Le Ditié de Jeanne d'Arc :
« Moi, Christine, qui ait pleuré
Onze ans en abbaye close (...)
Ore à prime me prends à rire... »
.
André Larané
Cette courte biographie de Christine de Pisan nous a été inspirée par le beau livre d'Alessandro Barbero, Divin Moyen Âge (Flammarion, 2014).

Alain de Peretti: L'abattage rituel, un danger pour la santé

Le discours de Bayeux, fondement de la Ve République

Le général de Gaulle s’est rendu, le 16 juin 1946, à Bayeux pour y présider les fêtes organisées par la municipalité en commémoration de sa visite à cette ville, la première libérée, dans les premiers jours de la bataille de France de juin 1944.
À l’occasion du discours qu’il prononce à Bayeux, il expose son projet constitutionnel et se réjouit du rejet de la première constitution, après son abandon du pouvoir au mois de janvier précédent. Il y jette les bases de ce qu’il souhaite être les nouvelles institutions pour la France et présente un projet de constitution fondé sur un régime Présidentiel fort dans lequel le chef de l’Etat est la clé de voûte du pouvoir exécutif (conception qu’il mettra en pratique après son retour au pouvoir en 1958) :
« C’est du chef de l’Etat que doit procéder le pouvoir exécutif. Au chef de l’Etat la charge d’accorder l’intérêt général quant au choix des hommes avec l’orientation qui se dégage du Parlement. A lui la mission de nommer les ministres et, d’abord, bien entendu, le Premier qui devra diriger la politique et le travail du gouvernement. au chef de l’Etat la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets, car c’est envers l’Etat tout entier que ceux-ci et celles-là engagent les citoyens. A lui la tâche de présider les Conseils de Gouvernement et d’y exercer cette influence de la continuité dont la nation ne se passe pas. A lui l’attribution de servir d’arbitre au-dessus des contingences politiques. A lui s’il devait arriver que la patrie fût en péril, le devoir d’être le garant de l’indépendance nationale et des traités conclus par la France… »

mercredi 18 juin 2014

« L’antichristianisme juif » : le nouveau livre choc de Martin Peltier


Martin Peltier – écrivain et chroniqueur à Rivarol – signe un nouvel ouvrage qui ne manquera pas de faire parler de lui !
Écrit pour remettre les pendules à l’heure et sous-titré « l’enseignement de la haine », il rappelle qu’il existe un « antichristianisme juif » et ce en quoi il consiste.
350 pages. 26 €. Editions DIE. On peut l’acheter sur internet pour l’instant exclusivement ici.
4e de couverture :
« On parle fréquemment d’antisémitisme chrétien. Un historien juif français, Jules Isaac (celui de Mallet et Isaac), a répandu la thèse que l’Eglise aurait dispensé un « enseignement du mépris » du peuple juif. Un évêque frança is, Mgr de Berranger, a déclaré que ce serait « le terreau » sur lequel aurait poussé la Shoah.
Aucune source sérieuse n’étaie ces allégations fantaisistes.
On constate à l’inverse que la tradition rabbinique du Talmud a distillé un enseignement de la haine du Christ et des chrétiens : depuis deux mille ans, l’antichristianisme juif a pris les formes les plus diverses, du blasphème à la lapidation, du bûcher à la révolution.
330 pages bourrées de faits ét ablis, de références solides, pour recomposer une perspective historique raisonnable. Et en finir avec les fantasmes.
Historien, essayiste, romancier, journaliste, Martin Peltier n’a plus l’âge de prendre les censeurs au sérieux. Les sujets qui fâchent l’amusent, à condition de les examiner sérieusement. Il est attaché à la vieille maxime : « Si j’ai tort, qu’on me le prouve, si j’ai raison, qu’on me l’accorde ». »